Depuis que je suis arrivée à cette soirée d’adieu de l’amiral je ne me sens pas très bien…je ne parviens même pas à expliquer ce que je ressens tellement j’ai mal.
Le fait que l’amiral s’en aille me fait mal aussi …après toute ces années, je vais avoir du mal à m’y faire. C’est vraiment un homme que j’apprécie beaucoup et une personne qu’on n’oublie pas dans une vie...un grand homme et un vrai ami
Harm me regarde toujours avec cet air préoccupé, il se fait du soucis pour moi ; je le comprends : j’ai une mine atroce. J’essaie de sourire mais quand je fais la liste de tout ce qui pose problème je me ravise et je ravale mes larmes pour me montrer forte…seul Harm voit à l’intérieur et ne se laisse pas prendre à mes faux semblants.
L’amiral est parti, sans que personne ne le remarque … noble comme toujours.
Moi, je suis là à regarder tous ces gens et à afficher un sourire…j’en ai assez.
Je sors et il me suit, il est toujours là …pas loin, juste derrière moi...à quelques pas.
Harm : hey …
Je lui souris sans pour autant parler, je n’en ai pas l’envie…
Je m’assieds sur le banc, j’ai l’impression que tout mon monde s’écroule une nouvelle fois autour de moi. Mes yeux reflètent sûrement mes pensées troubles puisqu’il me regarde attentivement, comme pour m’analyser, puis son regard fini toujours par s’attendrir et laisser une lueur que je n’ai jamais pu décrire dans le fond de ses yeux.
Il s’installe juste à côté de moi , un peu plus près que d’habitude peut-être qu’il a remarqué qu’aujourd’hui j’ai un peu plus besoin de lui même si je sais pertinemment que j’ai sans cesse besoin de lui.
Harm : ça va ?
Mac : …
Sa voix est calme et posée, je ne parle toujours pas…mais quand je me retourne vers lui, les yeux brillants : il a sa réponse …
Ca avait été difficile ces temps-ci, Webb était mort, j’étais plus ou moins malade …d’un mal qui ne faisait pas souffrir que mon corps…Je suis en train de réaliser que tout ce qu’il me faut pour être heureuse n’est que désillusion et aujourd’hui toute une partie de ma vie s’envole en emportant mes plus beaux rêves avec elle…
Harm : vous voulez en parler ?
Son ton a changé…il s’inquiète.
J’aurais aimé tout lui dire, tout …tout ce que je ressens …tout ce qui m’arrive mais en faisant ça c’est aussi une page entre nous que je vais tourner, ce à quoi je m’accroche depuis maintenant cinq ans jour pour jour.
Mac : ça fait trop mal…
Il prend ma main en voyant que je n’attends que ça : en parler pour me sentir moins seule…je veux juste le sentir près de moi , qu’il me serre du plus fort qu’il le peut pour oublier ce qui me ronge mais tout ça il ne peut pas le savoir …
Je me lève pour faire les cent pas un peu plus loin comme durant ces longues nuits où il m’est impossible de fermer l’œil , ce nœud dans ma gorge se fait plus insistant aussi à chaque respiration , à chaque bouffée d’air .
Le ciel est plutôt clair mais il fait assez froid, je commence à m’éloigner de l’endroit où il est assis …il me regarde encore, je sens son regard sur moi et à ce moment là il a presque aussi mal que moi, ça a toujours été comme ça …
Un peu plus loin c’est un petit endroit sombre en retrait, il y a encore quelques bancs puis des lumières discrètes …tout est calme sous la lune scintillante.
J’essaie de me calmer, je lève les yeux vers le ciel et lui, il me suit toujours du regard…
Une étoile filante surprend l’obscurité, je reviens à la réalité, à ma réalité…mon vœu ne s’exaucera jamais. Et quand les larmes brûlantes de tristesse se dessinent sur mes joues, il décide de se lever… je m’avance encore, il ne peut pas me voir comme ça , je serais obligée de lui expliquer mais il s’avance aussi .
Je le sens vraiment tout près, de plus en plus près…
Il se met juste face à moi avec son regard protecteur et inquiet, il est en train de se rendre compte que cette fois-ci c’est bien plus grave que d’habitude et que j’ai beaucoup de mal à remonter à la surface …il commence par essuyer mes larmes puis il se rapproche, je suis juste contre lui et il me serre…Dieu que j’en avais besoin…
Je suis dans ses bras, blottie dans le creux de son cou et c’est tout ce qui compte, ma respiration tremble alors il me calme, il n’y a que lui qui puisse faire ça, juste lui …
Je commence à avoir froid, il passe sa veste sur mes épaules puis il relève mon visage avec sa main avec une douceur que j’avais rarement vue …
Harm : Mac… ?
Mac : …
Harm : hey…
Il prend ma main et on s’assied sur ce banc glacé à l’écart de la fête. Il essuie encore une larme et il me pousse du regard à lui parler, je rassemble mes pensées et je le regarde dans les yeux …je ne peux pas…je ne peux pas lui faire ça …je ne peux pas nous faire ça…Il serre ma main plus fort …je lui dois la vérité, il a toujours été là …
Mac : le médecin…m’a annoncé les résultats tout à l’heure et …ils ne sont pas bons…
Harm : ??
Son regard cherche plus d’informations, il perd pied lui aussi …mais il veut savoir
Il doit le savoir.
Mac : je ne pourrai probablement jamais …avoir d’enfants…je…
Je suis totalement incapable de continuer, je détourne le visage …je suis un Marin je ne dois pas pleurer mais ça me fait tellement mal… il a les yeux brillants lui aussi, il tourne mon visage vers lui encore une fois, je ne sais pas me calmer j’ai l’impression que ma vie vient de perdre son sens petit à petit durant cette journée et que même notre futur à tous les deux je vient de le changer à jamais…
Il me reprend dans ses bras, je crois qu’il pleure…je ne sais pas, …il a une main dans mes cheveux et l’autre il passe dans mon dos pour que je me calmes, pour que je puisse me reprendre, …il ne fait que murmurer mais sa voix à peine perceptible réussi à me réconforter.
Harm : chh…je suis là…ça va aller
J’ai l’impression que je suis dans ses bras depuis des heures, il est parvenu à me rassurer même si il en a autant besoin que moi en ce moment. Il sait ce que tout ça représente mais il est là , pour moi et il me balance doucement alors je ferme les yeux puis je regarde le ciel pour revoir une étoile filante et faire le vœu de sortir de cet atroce cauchemar … mais le ciel reste sombre , …et moi, je continue à pleurer…Je me relève doucement , nos visages sont proches , je sens son souffle …je vois ses yeux qui brillent et ses mains qui tentent toujours de me réconforter…il efface les quelques larmes qui coulent encore : ça m’a fait du bien .
Je n’ai plus envie de rester à cette fête et de jouer la comédie. De toute manière je suis persuadée que je n’y arriverais pas…je crois qu’il a compris.
Harm : je vous ramène…
Ca n’était même pas une question…juste un murmure qui osait briser les silence qui venait de tomber.
Je me lève, sa veste me tient bien chaud…mais j’ai froid à l’intérieur, mon cœur est vidé, mon âme brisée, mes rêves cassés, …à jamais.
Je sens cette colère en moi , je ne me sens pas vraiment bien depuis quelques instants en réalité …quand j’étais dans ses bras ça allait mieux mais là je ne sait plus . Mes jambes avancent toutes seules, mes yeux se ferment presque, j’ai l’impression que ma tête va exploser, j’ai de moins en moins d’air …j’ai mal…trop mal…
Nous ne sommes pas loin de la voiture… il reste tout près de moi avec toujours ses gestes attentionnés pour me montrer qu’il est là …mais ça me brûle là , à l’intérieur , je n’y vois même plus clair …un trou noir. J’ai juste le temps de porter ma main au bas de mon ventre et de prononcer un ‘’harm’’ étouffé avant de finir in extremis dans ses bras…je crois.
Harm : Mac !...
HOPITAL BETHESDA, 23H59.
Médecin : vous avez bien fait de l’amener ici capitaine mais rassurez-vous ce n’est rien de grave.
Harm : pourquoi s’est-elle évanouie ?
Médecin : hé bien c’est assez difficile à dire, je pense que c’est dû à plusieurs facteurs : le choc post opératoire : c’est une réaction possible après ce genre d’intervention, la fatigue et puis sa tension qui était trop basse …Nous avons fait plusieurs examens et tout est redevenu normal
Harm : quand pourra-t-elle rentrer ?
Médecin : je vais la laisser deux bonnes heures sous baxter ensuite vous pourrez la ramener, elle a besoin de quelques jours de repos
Harm : merci, docteur
Médecin : au revoir, capitaine
Il passe sa tête dans l’embrasure de la porte, je viens de me réveiller et j’émerge petit à petit. Il referme doucement la porte et il vient s’asseoir près du lit. Il me regarde encore et toujours sans parler,…il penche simplement la tête vers moi et il passe sa main dans la mienne.
Mes idées se remettent lentement en place …je me rend compte de ce qui vient d’arriver, je me suis évanouie …dans ses bras ! Le pauvre…il a dû avoir une peur bleue.
Je m’agite de trop parce que je recommence à avoir mal dans le bas du ventre et je laisse échapper un gémissement encore un peu engourdi.
Harm : doucement Marine…
Mac : …qu’est-ce qui s’est passé ?...
Harm : vous vous êtes évanouie …j’ai juste eu le temps de vous rattraper
Mac :…je suis désolée
Harm : je vous ai promis de toujours être là…alors je suis là
Mac : …
Il sourit, enfin …son beau sourire c’est toute ce qu’il me faut.
Dans la voiture, je somnole mais je finis toujours par tomber dans une espèce de trou noir, ces angoisses piétinent même mes heures de sommeil …je veux que tout ça cesse.
Mac : vous buvez quelque chose ?
Harm : non merci Mac, vous feriez mieux de vous allonger. Le médecin a dit que vous aviez besoin de repos
Je vais m’asseoir sur le divan, je sens que je ne vais pas tenir bien longtemps…
Une fois n’est pas coutume, j’écoute ce qu’il me dit…je dois vraiment être male… !
Harm : ça va aller ?
Mac : oui…
Ma voix et mon ton ne correspondent pas vraiment à ma réponse, il le sait …il me connaît par cœur et probablement mieux que personne .Alors il approche du salon, dans la pièce froide et sombre…
Harm : non…
Je me retourne vers lui, et je souris : ça ne me sert à rien de faire semblant avec lui : mon sourire n’a rien de réjouissant, je le regrette vite …il reflète tout ce qu’il y a de plus triste en moi et je ne veux pas lui infliger ça …je viens pourtant de le faire.
Mac : vous restez ?
Harm : bien sûr…je reste
Il fait tout noir dehors, je suis sur le divan avec lui et on regarde un film …je ne le regarde pas vraiment mais ça me change les idées .C’est plutôt romantique, assez déprimant… …
Je m’endors, je ne me retiens pas je suis trop épuisée…ma tête glisse contre lui.
Je sens qu’après quelques minutes il se lève, il me prend dans ses bras et il m’amène dans ma chambre puis il relève les couvertures. Je ne suis pas profondément endormie…il repart après avoir effleuré ma joue de sa main…
Dans le salon, il réfléchit encore et encore à son avenir, à notre avenir, il se rappelle…
« Harm : je vais vous dire une chose : dans cinq ans à compter d’aujourd’hui, si ni l’un ni l’autre ne fréquentons quelqu’un…nous partagerons un enfant
Mac : vous et moi…faire un bébé ensemble ?
Harm : oui…avec votre physique et ma matière grise il sera …parfait…
Mac : et si jamais elle a votre physique et ma matière grise ?
Harm : …ce serait pas mal aussi…
Mac : ne faites pas de promesse que vous ne tiendrez pas
Harm : ça ne m’est jamais arrivé… »
Il commence à peine à sombrer lui aussi petit à petit dans le sommeil quand des bruits étouffés lui parviennent. Sans même prendre la peine de se réveiller correctement, il fonce vers ma chambre et s’accroupit juste à côté du lit.
Je rêve…je parle dans mon sommeil…je ne m’en rend pas compte mais lui il est là…
Mac : Harm…le bébé…
Je m’agite un peu trop à son goût, je me tourne, je me retourne, je retombe dans ce trou … je sursaute puis ça recommence ; j’ai froid, je tremble …il faut que ça s’arrête.
Harm : Mac… … …Mac…
Je me réveille en entendant sa voix, j’ai vraiment froid …mon souffle est court…quand j’ouvre les yeux il est là, juste au dessus de moi …mon regard croise le sien : il est mal, j’ai mal…
Mes yeux se remplissent de larmes…mais bon sang qu’est-ce qu’il m’arrive ???
Il m’enlace…je le serre de toutes mes forces comme si il était la seule chose qui me reste…mais…il EST le seule chose qui me reste…
Il s’allonge à côté de moi en m’entourant toujours de ses bras, je tremble un peu moins …je me blottis juste dans le creux de son cou … il passe une nouvelle fois sa main le long de mon dos…j’arrête de trembler, il me rassure, il murmure …
Harm : chhh……
Je me rendors bercée dans ses bras…que doit-il penser de moi ?...un Marin’S qui lâche prise …
Non…il n’a aucune pensée de ce genre…il a juste mal…
Je dors calmement cette fois-ci, il passe sa main sur mon visage, il se rassure quand il la passe sur mon front puis il joue avec une mèche de cheveux et fini par s’endormir.
Le lendemain matin, je me sens déjà mieux…enfin une nuit complète de sommeil. Je me retourne un peu et je sens un bras qui me serre toujours, et lui il ne dort pas : il me regarde me réveiller tout doucement avec un petit sourire…
Harm : vous émergez ?
Mac : … …
Vous êtes réveillé depuis longtemps ?
Harm : une heure…peut-être plus
Mac : vous ne vous êtes pas levé ?
Harm : j’avais peur de vous réveillez en bougeant …
Je trouve ça très attentionné…mais je me rend compte que je le serre comme hier soir , en réalité je crois que nous n’avons que peu ou presque pas bougé …J’ose un timide sourire du matin et il ne bouge pas…il me rend juste mon sourire.
Harm : …je vais aller me préparer pour partir au JAG; vous devriez dormir encore un peu…
Mac : j’ai dormi comme une marmotte, je ferais mieux de me lever
Harm : le médecin a dit…
Mac : Harm…je suis un Marin’S
Je me lève, il n’est pas d’accord mais il sait aussi qu’il ne doit pas insister …
Harm : je vous prépare un bon petit plat ce soir…A 7h chez moi
Mac : Harm…je crois que je ne vais pas sortir aujourd’hui…je…
Harm : très bien alors je viendrai vous préparer ça ici…
Je lui offre un sourire qui, pour la première fois, n’est pas forcé …il est tellement craquant…et puis j’ai besoin de lui surtout maintenant…
Mac : …à ce soir alors
Quand il a fini de passer son uniforme, il me dit au revoir et passe la porte mais j’ai oublié quelque chose…quelque chose de très important …
Mac : Harm ?
Harm : oui ?
Mac :…
Harm : ???
Je me rapproche de lui, je me hisse sur la pointe des pieds et je lui donne un baiser discret sur la joue … il est étonné puis il me regarde et souris. Ces sourires sont ….un vrai médicament !
Mac : merci…
Il referme la porte…les heures jusqu'à ce soir vont me sembler interminable…