19 : 21 GMT
Non loin du petit aérodrome
La Jolla, San Diego – Californie.
Harm resta comme figé encore pendant quelques instants avant d’ouvrir les yeux et de se précipiter vers Mac. Il la prit dans ses bras et la fit virevolter dans les airs. Sarah Mackenzie qui avait été prise par surprise poussa un cri perçant. Harm lui riait à présent. Il riait tellement que Sarah se mit à rire elle aussi… « Doucement Harm ! » dit-elle entre deux respirations…
Harm la déposa tout doucement à terre, mais ne la lâcha pas. Il la serrait fort contre lui à présent. Ils restèrent ainsi enlacés pendant quelques instants, savourant le plaisir de la sentir contre lui. Mac elle aussi savoura cet instant. Elle aussi aimait le sentir contre elle.
Sarah se dégagea doucement de son étreinte et leva la tête vers lui le regardant dans les yeux et ce qu’elle y vit lui réchauffa le cœur, dans ces yeux ne transparaissait plus de tristesse ni de désespoir. Tout cela semblait n’avoir jamais existé et Sarah ne put s’empêcher de sourire : les choses finiraient pas s’arranger, elle en avait soudain acquis la conviction même si le chemin à parcourir était encore très long.
— Elle est sortie du coma il y a une demi-heure.
— C’est fantastique !
— Mais ce n’est pas encore terminé…
— Je sais, Harm, mais elle est forte et elle s’en sortira avec notre aide ! Je vous le promets ! Voulez-vous rentre à l’hôpital ?
— Oui, j’en meurs d’envie, mais je voudrais rentrer me changer avant et prévenir ma mère.
— Très bien, allons-y !
Ils se dirigèrent vers la voiture et partirent en direction de la maison de sa mère. Harm était certain que sa mère serait aussi heureuse que lui de la nouvelle qu’on venait de lui apprendre. Il n’arrivait toujours pas à le croire. Ocean était sortie du comma dans lequel elle avait sombré il y a une semaine. ‘Ocean est sortie du comma !’ un sourire éclaira son visage au même moment et Sarah l’imita sachant instinctivement ce qui lui passait par la tête.
Harm s’installa derrière le volant et prit la route qui menait à la maison de sa mère afin de lui annoncer la bonne, l’excellente nouvelle ! Lorsqu’ils arrivèrent Frank était rentré et lorsque Trish lui avait appris la tragédie, Frank Burnett avait été consterné et attristé car lui aussi la connaissait depuis que Harm la lui avait présentée tout comme à sa mère. Il l’avait un peu considéré comme sa fille, même si il ne l’aurait jamais admis en présence de qui que ce soit. Il savait pourtant que Ocean avait compris. Et Frank soupçonnait que Harm l’avait compris lui aussi, il y a un petit bout de temps déjà.
Ils décidèrent de tous se rendre à l’hôpital même s’ils savaient très bien qu’ils ne pourraient probablement pas tous la voir en même temps, mais ce n’était pas très grave, ils voulaient juste être près d’elle.
20 : 37 GMT
Hôpital de La Jolla
San Diego – Californie.
Il était tous les quatre à l’accueil. Harm était en train de demander des nouvelles de Ocean lorsque l’infirmière Winslow leur demanda de la suivre. Le chirurgien en chef Allison Jameson souhaitait leur dire quelques mots. A ce moment, le cœur de Harm se mit à battre un soupçon plus rapidement. Laura les conduisit donc dans une pièce un peu plus isolée. Allison se tourna vers le Capitaine Rabb le regard apaisant.
— Ne vous en faites pas, ce n’est rien de gave. Mademoiselle McNamara se porte bien. Ce dont j’ai à vous parler concerne la suite des événements. Sourit-elle.
Harm poussa un soupir de soulagement.
— Que voulez-vous dire ?
— Ocean semble être sortie d’affaire ou du moins elle semble avoir pris ce chemin, mais la route de la guérison est loin d’être courte, Capitaine nous n’en sommes qu’au tout début. De plus nous devons la placer en chambre d’observation pendant deux jours pour être certains qu’il n’y a aucune complication. Passé ce délai, tout ira bien. Mais les deux jours à venir vont être décisifs.
— Vous voulez dire que ce n’est pas parce qu’elle est sortie du coma que cela signifie qu’elle est sortie d’affaire ?
— C’est exact.
— Mais comment est-ce possible ? Demanda Harm qui s’efforçait de rester calme.
— Harm, je pense que ce que le docteur Jameson essaie de dire c’est que même si tout va bien et que le patient – Ocean – est sorti du coma, le risque que quelque chose se produise est toujours là. Intervint Mac d’une voix douce.
— Le Colonel à raison Capitaine, le risque zéro n’existe pas. Et je pense qu’en tant que pilote vous le savez mieux que quiconque n’est-ce pas ? Fit doucement remarquer le chirurgien.
Harm se leva et fit quelques pas dans la pièce avant de s’adosser au mur face au médecin, à l’infirmière et face à Mac. Il croisa les bras sur son torse et ferma les yeux.
***
15 : 19 GMT
Da Nang, Vietnam, 1981
Seize ans, l’âge de faire des bêtises et quelles bêtises… Harm avait décidé de partir à la recherche de son père qui avait été abattu et était porté disparu depuis maintenant onze longues années. Personne ne savait ce qu’il était advenu du Lieutenant Harmon Rabb, Sr. Tout ce que l’on savait, ou plutôt ce que l’on avait accepté de dire, c’était que ce Lieutenant était à présent considéré comme étant disparu au combat, mais rien de plus. La vie d’un petit garçon alors âgé de 5 ans avait définitivement basculée ce jour-là, le petit garçon était tout à coup devenu un homme.
Comment pouvait-on expliquer à un petit homme de son age que son père son modèle ne rentrerait pas à la maison ? Comment une mère était-elle censée dire à son fils que son père avait disparu et que personne ne pouvait garantir qu’il rentrerait un jour ?
Aucune mère, aucune femme n’est jamais préparée à ça. La veille de Noël 1969 était une date que ni Harm Junior ni sa mère n’oublierait jamais…Cette date avait eu de nombreuses conséquences sur leur vie. Patricia Reed Rabb devrait à présent gérer l’éducation de son fils toute seule. Elle ne savait pas si elle en était capable, mais elle était certaine d’une chose c’est que Harm junior n’oublierait jamais son père quoi que la vie pouvait encore leur réserver… jamais.
Harm était parti à la recherche de son père seul dans un lieu dangereux et hostile pour tenter de le retrouver. Mais toujours rien. A la place, il avait trouvé autre chose : Gym, son premier amour… La mère de la jeune fille avait pris Harm sous son aile. Seulement un jour, alors que le jeune homme rentrait d’une journée de recherche, il vit Gym marcher, se retourner vers lui en souriant. Là, un hélicoptère arriva et les marines qui étaient à bord tirèrent et abattirent Gym sous ses yeux ainsi que sa mère. Harm hurlait et voulait aller leur porter secours, mais un homme le retenait, posait son bras sur lui et lui faisait baisser la tête. C’est ce qui lui a sauvé la vie ce jour-là.
Harm rentra aux Etats-Unis sans rien savoir de plus concernant la disparition de son père…
***
Harm rouvrit des yeux brillants… il réalisa que sa vie avait toujours été proche de la mort – elle avait déjà essayé de l’emmener mais au lieu de cela, elle emmenait des personnes qui lui étaient chères : son père, son officier radar – six mois avant d’être transféré au JAG –, Luke Pendry, Diane, Jordan… et ce n’était pas uniquement à cause de son travail. Au moins, la grande faux ne lui prendrait pas Ocean, ce n’était pas encore pour cette fois. Un sourire se dessina tout doucement sur les lèvres du Capitaine Harmon Rabb, Jr.
Peu après le même sourire éclaira le visage de Sarah Mackenzie comme la dernière fois elle semblait savoir ce qui se passait dans sa tête. Elle était plus proche de lui que jamais et elle en était heureuse, mais elle aurait préféré que ce soit en d’autres circonstances. Ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre, ils se comprenaient d’un seul regard. Mac repensa à tous les hommes qui avaient traversé sa vie et elle se rendit compte que pas un ne l’avait vraiment aimée, sauf peut-être, le Colonel John Farrow qui aurait sacrifié sa carrière pour la protéger et c’était en quelque sorte ce qu’il avait fait.
D’abord il y avait eu Eddy qui faisait souvent la fête avec elle et qui était mort alors qu’il avait pris le volant ivre. Eddy avait terminé sa vie sur le bitume et Mac, elle, venait de toucher le fond, maintenant elle ne pouvait que remonter. Et c’est ce qui s’est passé, elle est remontée.
Son oncle Matthew O’ Hara ; il l’avait fait entrer chez les Marines et c’est là qu’elle avait pu petit à petit se reconstruire une nouvelle vie, bien plus stable et seine cette fois.
Les hommes n’avaient fait que se succéder dans sa vie. Ils ne faisaient en fait que traverser sa vie et pourtant ils avaient tous quelque chose en commun : leur manière de sortir de sa vie, ils avaient tous été emmenés par la grande faucheuse – Eddy, Chris, Dalton… Sarah Mackenzie soupira. Harm et elle avait une chose en commun … enfin, ils n’en avaient pas qu’une seule, mais celle-là était de taille leur vie était cernée par la mort. Pourtant même si le ciel était rempli de nuages sombres, tôt ou tard, ils savaient tous les deux qu’un rayon de soleil finirait par percer l’épais manteau que formaient les nuages et qu’ensuite tout finirait par s’améliorer. Cela avait toujours été le cas jusqu’à présent et Mac ne voyait pas pourquoi les choses seraient différentes cette fois-ci.
Sarah fut tirée de ses pensées par la voix de Harm. Il la regardait avec un petit sourire.
— Je viens de demander au docteur Jameson si malgré le fait que Ocean soit aux soins intensifs pour deux jours, je pouvais tout de même aller la voir. Elle a accepté, mais je ne peux y aller que seul. Vous devriez rentrer et vous reposer un peu. Ça va aller, moi je vais rester auprès d’Ocean.
— Vous en êtes sûr ?
— Oui, Mac, ne vous en faites pas pour moi. Je vais bien, j’ai juste besoin de rester avec elle. Je vais vous raccompagner jusqu’à la sortie de l’hôpital et en même temps, je vais tout expliquer à ma mère et à Frank.
— Très bien, entendu, mais vous êtes certain que vous ne voulez pas que je reste avec vous ?
— Certain Mac.
Sarah Mackenzie le regarda dans les yeux et compris que son ami avait en effet besoin de rester seul avec la jeune femme qui était à présent sortie du coma, mais toujours en soins intensifs. Ocean et lui avaient besoin de se retrouver et il était plus qu’évident qu’un lien très fort unissait ces deux-là. Ils semblaient partager quelque chose de vraiment spécial.
Harm dirigea Sarah Mackenzie vers la sortie de l’hôpital, sa main droite reposait doucement dans le creux du dos de sa partenaire. Harm et Mac étaient suivis de sa mère et de son beau-père, Franck. Trish, elle n’avait pas besoin que son fils lui explique ce qu’il avait l’intention de faire. Il avait suffit qu’elle le regarde dans les yeux pour comprendre. A la sortie, Harm fit tourner Mac afin qu’elle puisse lui faire face, il la regarda une long moment avant de lui murmurer « Merci », et de la prendre dans ses bras.
Mac rentra donc en compagnie de Trish et Frank afin de se reposer un peu et de se changer. Elle espérait même pouvoir peut-être prendre une douche. Sarah était assise à l’arrière de la voiture, sa tête était appuyée contre l’appui-tête, elle avait fermé les yeux. Ses pensées étaient tournées comme toujours vers Harm. Elle avait beau savoir que la meilleure chose à faire était de le laisser seul à l’hôpital – Mac avait du mal à s’y résoudre. Elle aurait préféré pouvoir rester auprès de lui, lui tenir la main, lui dire qu’il n’avait pas à avoir peur de l’avenir pour Ocean que tout finirait par rentrer dans l’ordre, mais elle ne le pouvait pas. Pourquoi cela lui était-il si difficile ?
Le trajet s’était déroulé silencieusement, chacun plongé dans ses propres pensées, mais tous inquiets. Frank Burnett se gara devant la maison et sortit de la voiture en silence, la contournant pour ouvrir la porte à Trish puis, il ouvrit celle de Mac qui sortit en lui adressant un léger sourire.
Peu après Frank, Trish et Mac entrèrent dans la maison. Mac se dirigea vers le canapé et s’y laissa tomber lourdement avant de s’excuser de ce qu’elle venait tout juste de faire. Elle n’avait pas à faire cela car elle n’était pas chez elle. Patricia Rabb Burnett la rassura tout de suite et ajouta même qu’elle était chez elle.
— Ne vous en faites pas Mac, je comprends très bien. Ces derniers jours ont été très éprouvants pour tout le monde.
— Oui, c’est vrai.
— Voudriez-vous prendre un bain ? Je pense que cela vous fera le plus grand bien. Vous semblez tendue.
— Oui, un bain me plairait en effet. Répondit Mac avec gratitude.
Trish qui s’était assise face à Mac se releva et monta les escaliers afin d’accéder à l’étage supérieur où se trouvait la salle de bain. Trish ouvrit les robinets et l’eau commença à couler remplissant tout doucement la baignoire, ensuite elle regarda toutes les bouteilles alignées sur le bord de la baignoire – la baignoire était entourée d’un côté d’un petit muret de marbre –, et c’est sur ce même petit muret qu’étaient alignées une dizaine de petites bouteilles de différentes couleurs qui semblaient ainsi former un arc-en-ciel. Trish tendit le bras droit et fit glisser son doigt très délicatement sur les bouteilles avant de se décider pour celle de couleur verte. Elle la prit, l’ouvrit et versa un peu de son contenu dans la baignoire.
Une délicieuse odeur de chèvrefeuille commença à emplir la pièce, elle sourit en pensant que cela ne pouvait faire que du bien à Mac. Toute cette histoire était également dure pour Sarah Mackenzie, même si celle-ci ne connaissait pas Ocean aussi bien qu’eux et Harm, et Trish soupçonnait Mac de tenir énormément à lui. Il suffisait de voir comment elle agissait lorsque Harm se sentait mal. Mais Trish comprenait aussi que l’attachement que Mac éprouvait pour Harm n’était pas à sans unique. Son fils lui aussi tenait énormément à Mac.
Trish se rendit compte que son fils ne buvait jamais en présence de la jeune femme et la seule fois où il l’avait fait en la présence de Mac dans la cuisine, – une ou deux semaines plus tôt, il lui avait demandé de reprendre son verre et avait dit qu’il ne le boirait de toute façon pas car il était trop fatigué. Elle n’avait rien dit à ce moment-là, mais Trish savait également pourquoi il lui avait demandé cela
Revenant doucement à la réalité, elle arrêta les robinets, le bain était rempli et couvert par une mousse épaisse. Passant dans la pièce à côté, elle prit deux trois serviettes de bain, les déposa sur une chaise et redescendit afin de prévenir Sarah que la baignoire était prête. Mac se tourna vers elle et la remercia.
— Vous n’auriez pas dû vous donner cette peine, voyons.
— Quelle peine ? C’est un plaisir.
— Merci. Murmura-t-elle d’une petite voix.
— Il n’y a vraiment pas de quoi. C’est moi qui vous remercie d’être là pour mon fils. Je me fais beaucoup moins de soucis pour lui depuis que vous êtes entrée dans sa vie car je sais que vous veillez sur lui.
Mac se sentit rougir légèrement. Elle s’avança vers Trish et l’entoura de ses bras. Elles restèrent ainsi enlacées pendant quelques instants. Mac monta ensuite à l’étage pour prendre un bain. Sarah pénétra dans la pièce, fermant les yeux, agréablement surprise par l’odeur. Mac se laissa emporter quelques secondes par ses pensées avant de refermer la porte derrière elle.
Sarah Mackenzie se déshabilla et se glissa avec délectation dans la mousse. Elle se sentait déjà mieux. Sarah remercia une nouvelle fois en pensées la mère de Harm : elle avait su immédiatement ce dont elle avait besoin pour se sentir bien mieux. Mac commença à jouer avec la mousse, elle en prit dans ses mains qu’elles ramena plus près de son visage et souffla sur la mousse. Celle-ci virevolta et retomba sur l’épais tapis qui recouvrait Sarah. Une grosse bulle se forma et elle y vit apparaître le visage tout sourire de Harm. Elle répondit à son sourire et murmura « Je vous aime Harm, je vous aime depuis le premier jour où j’ai posé les yeux sur vous… »
Mac souffla sur la bulle et celle-ci flotta encore quelques instants dans les airs avant d’éclater tout doucement. Elle appuya sa tête contre la baignoire et sourit avant de fermer à nouveau les yeux, profitant ainsi encore plus de l’enivrante odeur du chèvrefeuille. Pour l’instant, ce qu’elle ressentait pour son ami et partenaire resterait sont petit secret…
Elle s’en voulait de vraiment le réaliser maintenant que Harm avait tant de problèmes et qu’il avait besoin d’elle, mais elle savait aussi que le fait de réaliser l’amour qu’elle lui portait signifiait qu’elle l’avait admis et cela la rendait plus forte et cette force, elle l’utiliserait pour l’aider et le soutenir tout comme elle soutiendrait Ocean.
A suivre…/ To be continued…