05 :
18 GMT
Bloc
Opératoire de l’hôpital de La Jolla
San
Diego – Californie.
La
tension était palpable dans la salle, Allison Jameson, le chirurgien en chef
était concentrée sur ce qu’elle faisait, elle transpirait et avait besoin
qu’on l’éponge assez souvent. Il ne fallait surtout pas que ses mains tremblent
ou qu’elle se trompe. Chaque personne présente dans le bloc savait exactement
ce qu’elle avait à faire. L’anesthésiste vérifiait toujours l’écran à cristaux
liquides qui lui indiquait le nombre de pulsations du cœur d’Ocean sur l’écran,
il y avait aussi trois lignes horizontales et l’une d’elle montait en pic
à chaque battement. Tout se déroulait bien étant donné la gravité de l’opération
qu’elle devait accomplir, mais malheureusement la bonne continuité de cette
intervention ne dura pas très longtemps. Allison était arrivée à la partie
la plus délicate de toute cette opération, là où elle devait déloger le nerf
coincé entre deux disques de la colonne vertébrale. L’opération était délicate,
Allison attendit quelques secondes avant de continuer afin de prendre une
profonde inspiration. Elle effectua des gestes précis. Elle était sur le point
de déloger le nerf, de l’extraire de son emplacement, mais juste au moment
où elle croyait avoir réussi, le nerf resta légèrement accroché et se déchira.
Le docteur Jameson jura et ne put rien faire d’autre que continuer l’intervention
et tout refermer avant de quitter le bloc opératoire désemparée. Une fois
hors de la salle d’opération elle retira son bonnet et l’envoya valser à terre
ce n’était pourtant pas la première intervention de ce type qu’elle pratiquait,
Allison connaissait les risques, mais cette fois elle s’en voulait vraiment.
Quelque chose chez cette patiente l’avait touchée, elle était si jolie et
si jeune pourtant quelque chose de grave semblait lui être arrivé. Cela pouvait
sembler très bizarre, mais le chirurgien en chef Allison Jameson était capable
de percevoir certaine chose de la vie de ses patients rien qu’en les voyant.
Elle était certaine que cette jeune femme avait déjà été fortement éprouvée
par la vie et malheureusement ce ne serait pas terminé, de longs mois l’attendraient
encore… Allison réalisa qu’elle devait aller annoncer la nouvelle à la famille
de Ocean. Elle s’avança dans le couloir un peu comme un robot, son métier
n’était pas des plus réjouissants ni des plus faciles et dans des moments
comme celui-ci, il lui arrivait souvent de souhaiter ne jamais avoir choisi
la chirurgie. Elle poussa les deux lourdes portes devant elle, elle aurait
tant voulu pouvoir annoncer autre chose que : ‘Je suis navrée, mais votre fille ne
remarchera plus jamais car il y a eu des complications durant l’intervention.’ Elle déboucha dans le hall et regarda autour
d’elle : apparemment il n’y avait personne. Allison décida d’aller demander
à l’accueil si quelqu’un était venu s’informer au sujet de la jeune femme
que l’on avait amenée aux urgences quelques heures plus tôt. L’infirmière
derrière le comptoir se trouvait justement être Laura Winslow, la même infirmière
qui avait informé le Capitaine Rabb de ce qui était arrivé à Ocean McNamara.
—
Y a-t-il eu des personnes qui sont
venues s’informer de l’état de Ocean McNamara ?
—
Non, des proches arriveront bientôt.
—
Très bien, prévenez-moi dès qu’ils
seront arrivés.
—
Oui madame, mais je pense que ce
ne sera pas avant quelques heures ou même demain car ces personnes arrivent
de Washington.
—
Aucune importance. Prévenez-moi à
leur arrivée.
Le
docteur Jameson s’éloigna lentement, ses pensées se bousculèrent dans sa tête
car elle pensait toujours à Ocean McNamara : son visage lui apparut à nouveau
si doux, si jeune et en même temps si grave. Elle décida d’aller prendre une
douche : peut-être que cela l’aiderait à penser un peu moins. Allison se dirigea
donc vers le local des douches, elle ne voulait pas quitter l’hôpital avant
d’avoir parlé elle-même aux proches de sa patiente, le docteur Jameson leur
expliquerait tout en détails. Il ne fallait pas que Ocean se retrouve seule,
pas qu’elle pensa qu’elle le serait, même les mois à venir seraient aussi
difficiles pour la jeune femme que pour ses amis et sa famille.
11 :
37 GMT
Le
lendemain à bord d’un A-310 de la American Airlines
Quelque
part dans les airs
Harm
et Mac étaient assis côte à côte, se tenant la main, leurs doigts entrelacés,
la tête de Sarah reposant sur l’épaule de Harmon. Depuis qu’ils étaient à
bord de l’appareil, ils n’avaient encore échangé aucune parole, tout simplement
parce qu’ils n’en ressentaient pas le besoin, être l’un près de l’autre leur
suffisait amplement. Ils étaient chacun perdu dans leurs pensées, Mac pensant
à son père et au jour où elle s’était rendue à l’hospice du Sacré Cœur alors
qu’en réalité elle ne voulait pas y aller. Mac s’était laissée convaincre
par son équipier et ami d’aller voir son père une dernière fois pour lui faire
ses adieux et, grâce à cela, elle avait ainsi pu faire la paix avec son père
et, par la même occasion, avec elle-même. Pour ça, Sarah lui en serait éternellement
reconnaissante. Harm quant à lui pensait à Ocean, aux moments qu’ils avaient
passés ensemble, mais aussi aux difficultés qu’ils avaient traversées. Elle
l’avait soutenu dans les moments difficiles. Elle avait toujours été là, tout
comme Mac était présente pour lui une nouvelle fois.
—
Mac ?
—
Mmmm ?
—
J’avais oublié quelque chose…
—
Quoi donc ?
—
Non rien.
—
Mac ?
—
Oui.
—
Merci d’être là pour moi, merci d’être
mon amie. Je ne sais pas ce que je ferais sans vous. Murmura-t-il.
—
Je serai toujours là pour vous quoi
qu’il arrive et vous ne me perdrez jamais, vous vous rappelez ?
Harm
se tourna vers elle pour lui faire face et lui fit un sourire. Et il la prit
dans ses bras. Ce geste si simple avait la faculté de les apaiser l’un et
l’autre et cela peu importe ce qui pouvait leur arriver. Lorsqu’ils étaient
ensemble le monde pouvait bien s’écrouler autour d’eux car ensemble ils savaient
qu’ils pouvaient surmonter n’importe quoi. Il était certain que les choses
ne seraient pas faciles, mais au moins ils seraient tous les deux. Mac sentit
doucement Harm se dégager de son étreinte. Il la regarda dans les yeux. Sarah
Mackenzie sentit son cœur se déchirer, les yeux de son équipier reflétaient
à nouveau une telle détresse, tout comme au moment où il avait reçu ce coup
de téléphone, hier. L’instinct de Sarah lui disait qu’il ne lui avait pas
tout raconté, elle avait l’impression que quelque chose d’autre s’était produit
dans leur vie après la mort de Diane. Elle savait qu’elle ne devait pas le
pousser, mais quelque chose la poussa à lui poser la question.
—
Harm qu’est-ce qu’il y a ? Demanda-t-elle
doucement.
—
Je ne veux pas la perdre, Mac. Je
ne veux pas perdre Ocean.
—
Mais vous n’allez pas la perdre voyons,
dit-elle avec moins de conviction dans la voix qu’elle ne l’aurait voulu.
—
J’ai déjà failli la perdre une fois.
—
Comment ça, que s’est-il passé ?
Harm
se mit alors à raconter l’accident domestique qui s’était produit deux ans
auparavant dans lequel la jeune femme avait perdu ses deux parents dans l’incendie
de leur maison. Harm l’avait appelée lorsqu’il avait appris la nouvelle, mais
elle n’avait pas décroché le téléphone. Il avait réessayé plusieurs fois de
l’appeler dans la même journée, mais n’obtenait jamais de réponse. Le Capitaine
Rabb commençait à s’inquiéter et il avait comme une sorte de pressentiment.
Il réessaya une dernière fois avant de se décider à aller la voir et heureusement…
lorsque Harm arriva devant la porte de son appartement il sonna tout d’abord,
n’obtenant pas de réponse il prit la clé dans la poche de son pantalon ―
Ocean lui avait confié un double des clés de son appartement lorsqu’ils étaient
devenus amis au cas où ―, et l’introduit dans la serrure. Il était entré
avant de l’appeler plusieurs fois, toujours sans succès. Il s’aventura dans
l’appartement à sa recherche: il se pouvait fort bien qu’elle ne l’ait pas
entendu si elle écoutait de la musique ou si elle était sous la douche, mais
il élimina d’emblée sa seconde hypothèse car il n’entendait pas l’eau couler.
Tout était bien rangé comme d’habitude, pourtant quelque chose semblait être
différent… Une sorte d’intuition lui
dicta de se rendre à sa chambre et c’est ce qu’il fit d’un pas lent, lorsque
Harm atteignit la porte de la chambre, celle-ci était entrouverte. Il la poussa
doucement et la vit étendue sur son lit, tout habillée. Ocean portait un jeans
bleu et un sweater vert pistache et rose pâle, elle portait égalent encore
ses tennis. Sa tête reposait de côté sur l’oreiller et ses longs cheveux auburn
reposaient librement, couvrant une grande partie du deuxième oreiller, sa
main droite reposait sur son ventre tandis que son bras gauche avait l’avant-bras
replié vers le haut et sa main était posée sur ses cheveux. Harm vit également
que dans cette même main il y avait quelque chose, il s’approcha un peu et
son visage pâlit lorsqu’il réalisa ce que c’était et se mit à courir en direction
du lit… ‘Oh Seigneur, non !’ soupira-t-il. Ocean tenait
un flacon de pilules dans la main, une partie du contenu était éparpillée
sur le coussin au-dessus de sa tête et un verre était posé sur la table de
chevet et contenait un fond de liquide brun. Harm prit le verre et le sentit.
L’odeur lui indiqua que ce qu'il y avait dans le verre était du bourbon. Il
prit ensuite le flacon dans la main de la jeune femme et il regarda l’inscription
sur l’étiquette « Phénobarbital ». Harm n’hésita plus une seconde, il prit
son portable et composa le 911 et demanda une ambulance de toute urgence tout
en priant mentalement pour qu’il ne soit pas trop tard. Lorsqu’il eut raccroché,
il s’assit sur le lit près de la jeune femme, la souleva doucement avant de
se placer sous elle pour la prendre dans ses bras, il la berça doucement,
des larmes commencèrent à perler dans ses yeux. ‘Ocean pourquoi as-tu
fait ça ? Pourquoi ?’ Puis Harm sécha ses larmes et, la
prenant dans ses bras, se leva du lit et la posa doucement à terre ‘Il
est hors de question que je te laisse t’en aller comme ça ! Tu m’entends !?’ Harm se mit alors à lui faire un massage cardiaque
ainsi que la respiration artificielle en attendant que les secours arrivent.
Ceux-ci arrivèrent deux minutes plus tard et emmenèrent la jeune femme. Le
Capitaine Rabb informa les ambulanciers que c’était une tentative de suicide,
tout comme du fait qu’elle avait avalé des pilules de Phénobarbital avec du bourbon. Il accompagna les médecins
dans l’ambulance tenant la main d’Ocean McNamara qui gisait inconsciente sur
la civière. Un masque posé sur la bouche, les médecins avaient réussi à la
réanimer et à la stabiliser, mais elle avait à nouveau perdu connaissance.
—
Avez-vous une idée du pourquoi de
son geste ?
—
Non, pas vraiment.
—
En tous cas, je peux vous dire qu’elle
avait vraiment l’intention de mourir. Le phénobarbital et le bourbon sont
un excellent mélange lorsque l’on veut en finir.
—
Que voulez-vous dire ?
—
Le phénobarbital est un somnifère
et les somnifères ont une interaction assez élevée avec l’alcool. Le bourbon
fait agir le somnifère trois à cinq fois plus rapidement que la normale…
Harm
resta un moment sans réagir, laissant son cerveau absorber l’information qu’il
venait d’apprendre. Mais enfin, pourquoi Ocean aurait-elle voulu mettre fin
à ses jours ? Pourquoi ? Elle qui est si forte, elle qui m’a empêché
de m’effondrer après la mort de Diane. Pourquoi n’ai-je rien vu venir ?
Se demanda-t-il. Il tourna et retourna les événements des derniers jours dans
sa tête sans comprendre. Harm n’avait aucune réponse pour expliquer le geste
de son amie.
***
Mac
l’observait : les traits de son visage étaient graves et ses yeux si expressifs
d’ordinaire étaient ternes et leur couleur n’était plus vraiment le bleu acier
dans lesquels elle aurait donné n’importe quoi pour pouvoir se perdre … non
ils étaient gris à présent. Ce souvenir semblait encore être si présent dans
son esprit. Mac le prit à nouveau dans ses bras. Que pouvait-elle bien lui
dire ? Que pouvait-elle faire pour l’apaiser ? Pour le moment tout
ce que Sarah Mackenzie pouvait faire c’était d’être présente. Ocean McNamara
avait une grande importance dans la vie de Harmon Rabb, Jr et Mac commençait
à le réaliser pleinement à présent. Elle comprenait mieux pourquoi il tenait
temps à aller en Californie pour la voir et la soutenir. Harm avait déjà tellement
dû supporter depuis sa plus tendre enfance : la disparition de son père,
la mort de son meilleur ami, Luke Pendry, la mort brutale de Diane Schonke,
la tentative de suicide de Ocean, la découverte de ce qui était réellement
arrivé à son père, l’assassinat de Jordan Parker, le fait qu’il ait un demi-frère
et à présent ça. Mac savait que son ami était quelqu’un de fort, mais cette
fois-ci, elle craignait qu’il ne finisse par atteindre ses limites et ne s’effondre.
Son cœur se serra en y repensant. Une des plus dures épreuves pour lui avait
certainement dû être ce voyage en Russie, un soir il était assis dans le seul
canapé de la pièce qui leur servait de chambre de laquelle on ne pouvait même
pas ouvrir les fenêtres. Harmon Rabb regardait la photo qu’il avait toujours
dans son portefeuille, qui le représentait son père et lui il y avait tant
d’années. Il avait regardé cette photo de façon tellement nostalgique… ils
avaient vécu tellement de choses ensemble qu’elle ne pouvait plus l’imaginer
ne faisant plus partie de sa vie aujourd’hui. Lorsque plus tard, ils avaient
voulu prendre le transsibérien le major Sokol les avait retrouvés peu avant
qu’ils ne puissent le prendre. Il les avait emmenés avec lui, à bord de l’hélicoptère.
Arrivé au terrain d’aviation militaire de Vnoukovo, l’hélicoptère s’était
posé et au grand soulagement de l’Amiral Chegwidden ils en étaient sortis
tous les deux. Mac n’oublierait jamais ces moments passés en Russie… Harm
lui non plus d’ailleurs… Une fusillade avait éclaté peu après et le Colonel
Parlovski avait été abattu. Harm s’était penché sur le corps de ce dernier
en lui demandant où était son père et Parlovski avait alors répondu dans un
dernier souffle : Svischevo. Mac et lui s’étaient alors rendus dans ce
village en Sibérie. Là ils avaient parlé à une dame qui avait recueilli son
père, l’avait soigné et nourri. Il était resté avec elle plusieurs années
d’après ce qu’elle leur racontait. Harm avait enfin appris ce qui était arrivé
à son père. Il était mort en héros. Une phrase que cette dame avait dite lui
revient en mémoire : « Tchékhov
a dit la force de la Taïga ne réside pas dans ses arbres gigantesques et son
silence, mais dans le fait que seul les oiseaux migrateurs en connaissent
la fin, seuls les oiseaux et votre père. » Il
se souvient alors être allé un peu plus loin regardant droit devant lui et
avoir dit : « Au revoir papa, je t’aime ». Une larme roula
sur sa joue et Sarah sut parfaitement à quoi son ami pensait à cet instant
précis.
—
Il sera toujours avec vous Harm…
Pour
toute réponse il lui offrit un petit sourire. Elle le lui rendit tout aussi
doux. Sarah reposa la tête sur l’épaule de son ami et ils restèrent ainsi
jusqu’à ce que l’avion atterrisse en Californie.
13 :
24 GMT
Maison
de Trish et Franck Burnett
La
Jolla, San Diego – Californie
Harm
et Mac venaient juste de garer la voiture de location qui les attendait à
leur sortie de l’aéroport. Harmon voulut se rendre immédiatement à l’hôpital,
mais Sarah l’en avait gentiment dissuadé, en lui disant qu’il valait peut-être
mieux d’abord se rendre chez sa mère pour la prévenir. Le Capitaine avait
fini par céder et puis, après tout, sa mère avait demandé s’il avait eu des
nouvelles d’Ocean dernièrement lorsqu’elle l’avait appelé la veille. Rabb
avait appelé sa mère à son arrivée à La Jolla en lui disant qu’il venait lui
rendre visite, omettant délibérément de lui parler du dernier coup de téléphone
qu’il avait reçu dans son bureau. Trish vint ouvrir la porte avec un grand
sourire qui s’effaça aussitôt qu’elle le vit. Elle s’inquiéta encore plus
lorsqu’elle vit que Mac l’accompagnait car c’était la première fois que Sarah
accompagnait son fils. Quelque chose ne tournait pas rond.
—
Harm que se passe-t-il ? Fit
Trish d’un air alarmé.
—
Maman laisse-nous entrer d’abord,
tu veux bien ?
—
Mais oui bien sûr ! Tu as l’air
épuisé.
Mac
prit les bagages dans le coffre et dit à son ami de déjà entrer dans la maison
avec sa mère, mais le Capitaine de frégate Harmon Rabb, Jr insista pour l’aider.
Il l’aida donc à porter les valises à l’intérieur de la maison. Harm et Mac
déposèrent les bagages près de la porte d’entrée et Trish le regarda d’un
air interrogateur.
—
Tout va bien ? Demanda-t-elle.
—
Maman allons-nous asseoir, tu veux ?
—
Comme tu veux.
Ils
se dirigèrent tous les trois vers la cuisine. Trish et Sarah s’assirent. Harm,
lui, prit un verre dans l’armoire, le remplit d'un peu d’eau et alla s’asseoir
à la table lui aussi. Ils restèrent tous assis ainsi dans la cuisine pendant
quelques minutes. Harmon but une gorgée du verre d’eau à demi rempli qui était
placé devant lui avant d’inspirer profondément puis il se tourna vers sa mère.
—
Maman te rappelles-tu ton coup de
fil d’hier que tu m’as passé au bureau ?
—
Bien entendu. Pourquoi ?
—
Et bien, quelques minutes après avoir
raccroché, j’ai reçu un autre coup de téléphone de Laura Winslow, elle est
infirmière à l’hôpital de La Jolla.
—
Mais enfin pourquoi une infirmière
t’appellerait-elle ?
—
Elle appelait au sujet d’une patiente
qui avait été amenée d’urgence. Maman… il… s’agissait… d’Ocean. La voix de
Harm se fêla.
—
Oh mon dieu ! Que lui est-il
arrivé ?
Mac
regarda son meilleur ami et comprit qu’il n’arriverait pas à expliquer ce
qui était arrivé à la jeune femme à sa mère, elle prit donc la parole. Harm
lui en fut très reconnaissant.
—
Elle a été victime d’un accident
de la route, madame Burnett.
—
Je vous en prie, Mac, appelez-moi
Trish. Pardon !? Mais comment ? Quand est-ce arrivé ?
—
Un camion a dérapé sur le verglas
et l'a percutée de plein fouet hier et nous ne savons pas exactement où cela
s’est produit ou du moins pas encore. Elle a été admise à l’hôpital de la
Jolla. Harm et moi sommes en congé spécial pour trois semaines. Nous allons
nous rendre à l’hôpital maintenant.
—
Je viens avec vous.
—
Non, maman, je pense qu’il vaut mieux
que tu restes ici, Franck ne devrait pas tarder à rentrer et il ne servirait
à rien que nous attendions tous les trois dans les couloirs dans l’espoir
d’en apprendre plus, mais moi je dois m’y rendre.
—
Très bien, Harm, mais tiens-moi au
courant dès que tu sais quelque chose.
—
Ne t’en fais pas maman.
Harm
se redressa et se leva, il s’avança vers sa mère et la prit dans ses bras.
Il jeta un regard en direction de Mac et celle-ci se leva à son tour. Ensemble
ils se dirigèrent vers la sortie. Quelques instants plus tard, ils faisaient
route vers l’hôpital. Trish quant à elle resta quelques minutes sur le perron
avant de rentrer à nouveau dans la maison. Ses pensées voguèrent vers la jeune
femme qu’elle appréciait tant elle aussi. Ce que la vie pouvait être injuste
pensa-t-elle. Elle fit une petite prière pour que l’avenir de la jeune femme
ne soit pas trop noir.
13 :
44 GMT
Hôpital
de La Jolla
San
Diego – Californie.
Harm
gara la voiture non loin de l’entrée du bâtiment médical. Mac et lui se dirigèrent
vers les portes vitrées qui s’ouvrirent lorsqu’ils n’étaient plus qu’à quelques
centimètres de celles-ci. Ils pénétrèrent dans le hall et se dirigèrent vers
l’accueil. Harm se présenta et précisa qu’il était là pour mademoiselle Ocean
McNamara. Elle avait été amenée d’urgence pour cause d’un grave accident de
voiture. L’infirmière de l’accueil lui dit qu’elle savait très bien de quoi
il était question, qu’ils devaient attendre quelques minutes. Elle leur indiqua
des chaises adossées contre le mur derrière eux. Elle allait prévenir le chirurgien
qui l’avait prise en charge lorsque les médecins lui avaient montré les radiographies
de la patiente. Harm regarda la jeune femme face à lui d’un air hébété quelques
secondes, puis Mac le tira gentiment par le bras et l’entraîna vers les chaises.
Le Capitaine alla tout d’abord s’asseoir gentiment sur une des chaises, mais
il ne fallut pas très longtemps pour qu’il se lève et commence à faire les
cent pas. Mac le regardait, désemparée. Elle avait beau essayé de l’apaiser,
mais rien n’y faisait. Harm continuait à faire un aller retour incessant.
Il finit tout de même par s’appuyer contre le mur et ferma les yeux. Le docteur
Jameson arriva enfin.
—
Bonjour. Fit-elle doucement. Vous
êtes parents de Ocean McNamara ?
Harm
avait sursauté légèrement, il était perdu dans ses souvenirs. Il la salua
et se présenta.
—
Bonjour, je suis le capitaine de
frégate Rabb et voici le Lieutenant-colonel Sarah Mackenzie. Nous ne sommes
pas exactement parents, mais c’est tout comme. Ses parents ont péri dans l’incendie
de leur maison il y a deux ans et elle me considère comme son frère. Et le
Colonel Mackenzie m’a accompagné pour me soutenir.
—
Je pense que c’est une bonne chose
qu’elle vous ait accompagné car malheureusement j’ai de mauvaises nouvelles
à vous annoncer. L’accident de mademoiselle McNamara était grave. Le camion,
comme vous le savez déjà je crois, l'a heurtée de plein fouet et même si le
chauffeur ne roulait pas au-delà de la vitesse maximale autorisée, le choc
a été très violent…
—
Mais comment va-t-elle ? Est-ce
qu’elle va s’en sortir ?
—
Oui Capitaine elle va s’en sortir
ne vous en faites pas.
Harm
poussa un soupir de soulagement et regarda Sarah qui lui adressa un petit
sourire entendu. Mais le sourire de Harm, tout comme celui de sa partenaire,
s’effaça très vite lorsque le docteur Allison Jameson continua le récit des
événements qui s’étaient déroulés dans le bloc opératoire la nuit précédente.
Tous les muscles du corps de Harmon Rabb se raidirent et il prit doucement
la main de Mac dans la sienne. Ce geste, il l’avait fait sans réellement s’en
rendre compte. C’était comme une chose naturelle.
—
Mais sa colonne vertébrale a été
touchée. Nous avons du prendre une décision rapide et nous avons pris celle
de l’opérer car, voyez-vous, un nerf s’était coincé entre deux vertèbres.
J’ai tenté de le déloger et j’y étais pratiquement parvenue, mais au moment
où je m’apprêtais à l’extraire, le nerf est resté accroché à l’extrémité du
disque d’une des deux vertèbres entre lesquelles il était coincé, il s’est
sectionné ce qui a pour conséquence une paralysie définitive des membres inférieurs.
Heureusement
que Sarah était à ses cotés car la pièce commençait à tourner et Harm semblait
perdre pieds. Mac l’aida à s’asseoir et le médecin qui leur parlait les quitta
quelques instants pour aller chercher un verre d’eau qu’elle lui tendit lorsqu’elle
réapparut. C’est le Colonel qui dut le prendre car Harm ne semblait plus vraiment
être présent physiquement, oui il l’était, mais c’était tout car c’était comme
si son corps refusait de répondre ou de réagir. Pour le moment, il n’était
plus capable de penser ou de faire quoi que ce soit d’autre. Les mêmes paroles
revenaient sans cesse dans sa tête « …qui a pour conséquence une
paralysie définitive des membres inférieurs… » « …qui a pour conséquence
une paralysie définitive des membres inférieurs… » Il fallut
encore quelques instants à Harm pour qu’il cesse de réentendre sans arrêt
cette même phrase et pour qu’il puisse enfin reprendre le contrôle de lui-même.
Sarah Mackenzie, elle, était toujours à ses côtés, lui tenant la main et le
regardant avec inquiétude car il était toujours aussi pâle que tout à l’heure
lorsque le chirurgien avait annoncé le verdict de l’opération. Le Capitaine
Rabb rassembla toutes ses forces et demanda :
—
Que va-t-il se passer maintenant ?
—
Et bien tout d’abord nous devons
voir comment elle se remet de l’opération. Ensuite un psychologue viendra
la voir et ensuite six mois de rééducation au moins.
—
Pouvons nous aller la voir ?
—
Pour le moment, elle est encore sous
sédatifs pour qu’elle continue à dormir. Au plus elle dormira, au mieux son
corps pourra tout d’abord se remettre par lui-même. Vous devriez rentrer chez
vous à présent et essayer de dormir un peu Capitaine. Je sais que vous voulez
rester auprès d’elle, mais pour le moment cela ne changerait rien. Il vaut
mieux vous reposer et vous pouvez revenir dans quelques heures si vous voulez.
Je laisserai une consigne au personnel concerné.
—
Je vous en remercie infiniment docteur
Jameson.
Harm
n’avait pas vraiment envie de partir, mais il savait que c’était la meilleure
chose à faire pour le moment. Sarah et lui quittèrent donc l’hôpital et se
dirigèrent en direction de la voiture. Harm n’en pouvait plus, il était déjà
fatigué, mais les nouvelles que venait de lui annoncer ce médecin avaient
fini de l’achever. Sans qu’il n’ait besoin de dire quoi que ce soit, Sarah
prit les clés de la voiture et se mit au voulant. Elle attendit que son ami
ait attaché sa ceinture de sécurité avant de démarrer et de rouler en direction
de la maison de la mère de Harm. Pendant le trajet, aucun mot ne fut échangé.
Harmon avait posé la tête sur l’appuie-tête et fermé les yeux, Mac elle ne
lui posa aucune question. En fait, Harm se revoyait avec Ocean et Diane lorsque
tout allait encore bien et il se revit ensuite avec la jeune femme dans le
Montana dans le chalet l’aidant à surmonter la mort de Diane Schonke. Tout
cela lui paraissait bien loin aujourd’hui et révolu. Une larme solitaire traça
tout doucement sont chemin le long de la joue pour ensuite aller mourir à
la commissure de ses lèvres. Sarah Mackenzie avait vu la larme couler et n’avait
toujours rien dit, elle continuait à conduire. Pourtant elle aurait voulu
faire quelque chose, quelque chose pour l’apaiser, pour le soulager elle avait
mal pour lui si Sarah avait pu le faire elle aurait souhaité avoir mal pour
lui afin de l’empêcher de souffrir seulement elle ne le pouvait pas. Sarah
continua à conduire jusqu’à la maison des Burnett et se gara devant la porte,
tourna la clé, ce qui arrêta le moteur, et resta assise derrière le volant
pendant quelques instants encore…
—
Harm je sais que c’est difficile,
mais je suis certaine que tout va s’arranger.
—
S’arranger ?! Mac elle est paralysée
à vie, elle ne pourra plus jamais marcher !
—
Je le sais, j’ai entendu les paroles
du médecin tout comme vous. Je sais bien que je ne la connais pas bien ou
même pas du tout, mais d’après ce que vous m’avez dit sur elle, je suis persuadée
que Ocean est quelqu’un de fort et qu’elle saura reconstruire sa vie. En plus,
elle ne sera pas toute seule dans cette épreuve, vous serez là pour la soutenir
et moi aussi je ne vous laisserai pas seul.
—
Je ne peux pas vous demander cela
Mac.
—
Vous ne me le demandez pas. Je vous
offre mon soutient et puis de toute façon vous n’êtes pas en position de force
et vous ne pouvez argumenter dit-elle avec un sourire. De plus Harm, le médecin
a dit qu’elle avait perdu l’usage de ses jambes oui, mais elle n’a pas dit
que Ocean avait perdu l’usage de ses facultés mentales. Je sais que ce ne
sera pas facile et que c’est malheureux, mais elle n’est pas un légume Harm
et elle ne le sera pas non plus, elle pourra refaire sa vie, même si le chemin
sera très très long et semé d’embûches, elle aura toujours une vie !
Je vous le promets !
Harm
la regardait interloqué par ce qu’elle venait de lui dire. Mac semblait tellement
sûre d’elle et il se sentit un peu mieux lorsque l’impact de ce qu’elle venait
de lui raconter fit son effet comme si la force des paroles que Sarah venait
de prononcer s’insufflait en lui et il l’en remercia en lui effleurant la
joue d’un baiser. Il sortit ensuite de la voiture et Mac fit de même. Harm
prit la clef qu’il avait dans sa poche et l’introduisit dans la serrure afin
d’ouvrir la porte d’entrée, il laissa d’abord entrer le Lieutenant-colonel
Mackenzie et la suivit avant de fermer la porte derrière lui. Trish était
assise à la table du salon, elle bouquinait nerveusement, elle semblait lire
sans vraiment voir les pages ni les lettres qu’il y avait dedans. Lorsqu’elle
entendit la porte d’entrée se refermer, elle se leva et attendit. Mac entra
dans la pièce la première, lui faisant un petit sourire, mais elle sentit
que quelque chose n’allait pas et que les nouvelles concernant l’état de santé
de la jeune femme qui se trouvait à l’hôpital n’étaient pas bonnes. Son cœur
se serra lorsqu’elle vit son fils. Harm se sentait un peu mieux grâce aux
paroles que Sarah avait dites, mais il ressentait toujours une vive douleur
par rapport à ce qu’on lui avait annoncé. Harmon s’avança sans un mot vers
sa mère et la prit dans ses bras. Le cœur de Trish se fendit lorsqu’elle sentit
le corps de son fils se secouer, elle ne dit rien et le berça tout doucement
comme lorsqu’il était petit et qu’il avait du chagrin. Sarah était toujours
debout, observant la scène, des larmes commencèrent à piquer ses yeux. Elle
se montrait forte pour l’homme qu’elle aimait en secret, mais le voir si vulnérable
et si désemparé sans pouvoir rien faire pour l’apaiser la faisait souffrir
autant que lui. Trish vit les larmes de Mac couler le long de ses joues et
elle fit un sourire à Mac… La mère du Capitaine savait exactement ce que ressentait
Sarah Mackenzie pour l’avoir ressenti elle aussi des années auparavant lorsqu’on
lui avait annoncé que son fils s’était crashé et que le RIO était mort. Harm
avait passé un bon nombre de jours à l’hôpital et au début, elle avait pleuré
pendant des heures car elle avait eu tellement peur qu’elle ne l’eut perdu
lui aussi comme elle avait perdu son mari. Mais heureusement Harm avait survécu
même si celui-ci souffrait de graves blessures corporelles, mais Trish savait
que son fils s’en sortirait… Mac regarda Trish Rabb Burnett en posant son
index sur sa bouche. Cette dernière ne voulait pas que son meilleur ami sache
qu’elle aussi pleurait. Quelques instants plus tard, Mac alla se rafraîchir
dans la salle de bain. Lorsqu’elle réapparut, Harmon Rabb était assis à la
table de la cuisine un verre de bourbon posé en face de lui; il le fixait
d’un regard vide. Elle fut tout d’abord surprise quand elle vit le verre car
Harm ne buvait jamais lorsqu’il était avec elle. C’était devenue une habitude
lorsque Sarah était avec lui et d’autres, il ne buvait jamais pour qu’elle
ne se sente pas seule à ne pas boire et elle lui en était reconnaissante,
bien plus qu’il ne pouvait se l’imaginer. Mais aujourd’hui il y avait un verre
devant son ami et elle ne lui en voulut pas le moins du monde, elle le comprenait.
Sarah devait même avouer qu’elle était tentée elle aussi par un verre, mais
elle ne le prendrait pas. Mac comprit alors que Trish connaissait à présent
l’état d’Ocean. Confirmation qu’elle eut – bien qu’elle n’en eut pas besoin
– en voyant les yeux rougis de cette dernière. Le Lieutenant-colonel Mackenzie
s’avança doucement vers son ami et posa une main sur son épaule et lui dit
doucement car sa voix était un peu rauque :
—
Harm vous devriez monter vous reposer,
je vous accompagne.
—
Hein ? Oui vous avez raison.
Puis
réalisant soudain sa présence, il demanda à sa mère de retirer son verre de
bourbon parce que de toute manière il ne le boirait plus car il était trop
fatigué. Mac qui comprit ce qu’il venait de faire sourit en elle-même. Même
mal, Harm pensait d’abord à elle…
Harmon
se leva, se dirigea vers l’escalier et Mac le suivit. En haut des marches
Sarah se dirigea vers la porte devant laquelle se trouvaient ses valises,
mais Harm la retint. Elle le regarda et fit un petit sourire en faisant un
léger signe de la tête. Il ouvrit sa porte et lui tendit la main. Quelques
instants plus tard, le Capitaine Rabb se coucha tout comme le Lieutenant-colonel
Mackenzie se glissa à ses côtés se pelotonnant tout près de lui comme elle
l’avait fait la veille de leur départ pour La Jolla en Californie. Ils étaient
là dans le lit tout habillés sans rien dire, les mots entre eux étaient inutiles.
Ils n’avaient pas besoin de se parler, tout ce dont ils avaient besoin Harm
et Mac l’avaient là maintenant, Harmon Rabb était apaisé par la présence de
sa meilleure amie et Sarah elle ne demandait pas plus que d’être dans les
bras si sécurisants de son partenaire rien ne pouvait plus l’atteindre…
Dans
le salon Trish qui était assise dans le canapé et souriait, elle avait le
sentiment que Harm ressortirait plus fort de cette tragédie tout comme Ocean.
Et que la jeune femme qui l’avait accompagné à l’étage supérieur n’y serait
pas totalement étrangère.
* * * * *
A SUIVRE…