Jour 05

13h45 GMT

QUARTIER GENERAL DU JAG

FALLS CHURCH, VIRGINIE

 

 

Le vol avait été long, Mac avait réussi à dormir quelques heures. Ces derniers jours avaient très durs à supporter et beaucoup de choses s'étaient passées.

Elle avait emmené avec elle le dossier qu'elle devait plaider ce matin. Mais ces traits étaient tirés lorsqu'elle débarqua au JAG en civil.

Tous étaient à leurs postes depuis plus d'une heure.

Elle avait contacté l'amiral l'avisant qu'elle serait à l'heure pour l'audience de 09h. Elle avait omis délibéremment son ingérence dans l'arrestation des assassins de Mic, elle voulait le faire de vive voix et en assumer les conséquences.

Elle appréhendait son retour au JAG. L'affrontement qu'elle avait refusé avant son départ, elle devrait y faire face à présent.

Lorsqu'elle sortit de l'ascenseur, elle n'avait pas quitté son air triste. De toute façon elle en était incapable. Tous s'écartèrent devant elle, la saluant de la tête. Elle se dirigea directement vers son bureau où son uniforme l'y attendait.

Elle n'avait plus que quinze minutes avant le début de la séance.

Elle se changea rapidement. Et à son grand soulagement, elle ne croisa aucun de ses proches collaborateurs. Chacun était occupé. Mais le plus dur était à faire, elle devait faire abstraction de ses états d'âmes, de sa fatigue et surtout de son chagrin.

Elle entra dans la salle d'audience au moment où le capitaine de vaisseau HOBBES, président s'installa.

Mac représentait le ministère public dans une affaire de manquement au devoir. Le défendeur,  le capitaine de frégate Harmon Rabb ne l'avait pas quitté des yeux depuis son entrée dans la pièce. Il décelait la fragilité de son amie. Il la connaissait si bien.

L'audience fut levée pour le déjeuner pour les délibérations. Mais Mac partit rapidement. Elle ne laissa pas le temps à Harm de la rattraper. Tout ce qu'elle voulait dans l'immédiat était une douche. Elle se dirigea donc vers les vestiaires. Elle savait que personne ne l'y trouverait. Elle avait besoin avant tout d'être seule. La matinée avait été très dure. Sarah avait eu beaucoup de mal à se concentrer. La présence de l'amiral Chegwidden dans la salle durant quelques minutes l'avait stressée.

Mac s'était réfugié dans son bureau en attendant le retour du jury. Assise dans son fauteuil, elle repensait à sa première rencontre avec Mic à l'aéroport de Dulles. Il ne ressemblait pas du tout à un officier de la marine royale australienne. Elle souriait.

On frappa à la porte. Elle savait de qui il s'agissait. mais ce retour à la réalité la replongea dans la tristesse.

-entrez, Harm

-Mac…

Il était debout devant le bureau, les mains sur les hanches, toujours aussi impeccable dans son uniforme blanc. Mais pour une fois il était mal à l'aise.

-Sarah, je vous présente mes condoléances.

-merci, Harm, répondit-elle d'une voix lointaine.

Elle n'avait pas bougé de son siège. Elle avait posé ses mains sur son bureau. Elle attendait la suite.

-comment allez-vous, Mac ?

-aussi bien que possible.

-Mac ?

-…

Il arborait cette mine de chien battu, pas du tout convaincu par les paroles de son amie. Il voulait savoir. Il voulait qu'elle sache qu'il était là en cas de besoin. Qu'il ne la lacherait pas cette fois.

Mais Mac ne répondait pas à son interrogation. Il n'obtiendrait rien d'autre.

-le jury va rendre son verdict.

-j'arrive.

Ce ne fut qu'une pure formalité. Mac avait gagné son procés, trop de charges pesées sur l'accusé.

Ce n'est que vers 16h, qu'elle se libéra de ses obligations pour se rendre au bureau de l'amiral. Elle savait intérieurement que son commandant l'attendait.

Le capitaine LANCASTER avait contacté le matin même le juge avocat général pour lui apprendre l'affaire Brumby et «l'implication » du lieutenant colonel Mac Kenzie.

Il avait beaucoup réfléchi depuis, n'était-il pas intervenu personnellement dans les affaires italiennes lorsque sa fille avait été enlevée quelques années plus tôt. Il ne pouvait reprocher à son second ce qu'il aurait fait lui-même. Mic était un excellent officier, ses assassins devaient être arrétés. Mac n'avait pas eu un rôle prépondérant, elle n'était là qu'en tant observatrice. Néanmoins il avait aussi appris pour le coup de poing de la bouche du lieutenant ROBBINS. En fin de compte cet homme avait eu de la chance. Il n'avait reçu qu'un seul coup et un nez cassé. Il fut ramené à la réalite par des coups à la porte.

Le colonel Mac Kenzie entra et se mit au garde à vous. Immédiatement A.J. se leva et se dirigea vers elle, l'invitant ainsi à s'asseoir. Il prit le siège voisin

-colonel, comment allez-vous ?

-aussi bien que la situation le permet, monsieur.

-Mac, si vous avez besoin de quelques jours…

-non, je vous remercie, monsieur mais je préfère travailler.

-très bien… colonel, le capitaine Lancaster m'a téléphoné ce matin.

-je voulais vous parler directement, amiral et non par téléphone. Je reconnais que j'ai outrepassé les bornes en insistant auprès du capitaine Lancaster pour faire partie de l'équipe. Et j'en assume les conséquences… Mais je me devais d'être là.

-je comprends Mac… Le capitaine Lancaster m'a prévene que tout le réseau a été arrêté et ceci grâce à Mic. Il sera décoré à titre posthume de la Navy Cross australienne. Il me tiendra au courant de la suite… autre chose le lieutenant Robbins voulait déposer plainte contre vous…

Mac était surprise, elle n'avait pas pensé que l'amiral serait au courant de ce point.

-Monsieur, j'ai perdu mon calme, et j'accepte toutes les sanctions… Mais amiral, à aucun moment je ne regrette mon geste sauf sur un point…

-et je pourrais savoir sur lequel ?

-qu'il ne soit pas resté avec moi seul durant cinq petites minutes. Il aurait eu alors des raisons de déposer plainte contre moi.

-je comprends tout à fait, Mac, répondit A.J. avec un petit sourire.

-Amiral, vous avez dit qu'il voulait déposer plainte.

-oui, tout à fait, il a changé d'avis. Mic avait beaucoup d'amis dans son service et surtout un certain capitaine PETERS.

-je comprends amiral, dit-elle avec un léger sourire.

Le silence s'installa quelques secondes, le temps que l'amiral regagne son fauteuil.

-Mac, je n'ai nullement l'intention de vous infliger une sanction. Entre nous, j'aurais agi de la même façon, mais l'homme ne serait pas reparti avec seulement le nez cassé. Il souriait, l'ambiance se délectrisa comme par enchantement.

-merci monsieur.

-bon colonel, le lieutenant Roberts vous attends dans son bureau pour faire le point quant aux affaires en instances.

-à vos ordres.

Elle quitta rapidement le bureau soulagé par les propos de l'amiral et rejoingnit Bud.

L'amiral avait été impressioné par la mine de son chef d'état major. Elle semblait si fragile, si triste. Elle avait perdu l'étincelle dans ses yeux. Il ne restait qu'à laisser le temps agir, lui seul pourrait guérir les blessures. Il en savait quelque chose.

Le lieutenant Roberts attendait dans son bureau, il avait été avisé par l'amiral de la venue de Mac. Il était très tendu, il ne savait pas quoi dire ni quoi faire. Mic était son ami, devait être le témion à son mariage. C'était trop injuste. Il s'afférait dans le triage des différents dossiers lorsque Sarah frappa à sa porte.

L'entretien fut très difficile pour tous les deux. Ils restèrent durant près de deux heures à faire le point sur les différentes affaires et sur les problèmes survenus au JAG depuis le départ du colonel.

Timidement Bud l'invita à dîner, mais Mac refusa, elle était trop fatigué. Elle le remercia et lui dit qu'elle passerait prendre son chien dans la soirée avant de rentrer chez elle. En attendant, elle avait encore beaucoup de travail.

Surchargé de dossier, Mac entra dans son bureau et ferma la porte. Elle avait vu tous ses amis, chacun à leur manière leur présentèrent leurs condoléances. Ils semblaient tous si tristes, si compatissants.

Ce n'est que tard qu'elle quitta le bureau. Harm lui avait proposé de la déposer chez elle, mais elle refusa. De toute manière elle avait sa voiture.

Et les jours passèrent…

Le colonel Mac Kenzie avait changé. Elle avait maigri. Tous l'avaient remarqué. Mais avant tout, elle était morose, ne souriait plus. Tous les malheurs du monde se lisaient sur son visage. Elle n'arrivait pas à faire son deuil. De passer à autre chose. La seule chose qui lui permettait de rester à la surface était son travail. Elle ne cessait jamais de travailler. Car dès qu'elle se laissait aller, une vague de souvenirs l'envahissait et les larmes coulaient sans qu'elle puisse les arrêter.

Harm avait tenté à plusieurs reprises de lui parler mais il s'était heurté à un mur insurmontable. C'est simple lors de leurs rares discussions, dès que Harm tentait d'évoquer la mort de Mic ou de tout autre point personnel, Mac signifiait la fin de la discussion en lui disant : « capitaine, je n'ai pas de compte à vous rendre. »

Il ne la lacherait pas. Mais il ne savait plus quoi faire ou quoi dire. L'amiral lui avait dit que seul le temps pourrait arranger les choses mais le temps passait et Mac s'enfonçait de jour en jour.

JOUR 23

03H10 GMT

APPARTEMENT DE MAC

GEORGETOWN

 

Sarah était assise sur son canapé. Cela faisait environ une heure qu'elle était rentrée chez elle, les bras chargés de dossiers. Depuis des semaines, elle se plongeait dans le travail, abattant plus de travail qu'aucun autre membre du Jag. Elle allait de victoires en victoires devant les tribunaux. Depuis son retour d'Australie, elle n'était pas partie sur le terrain. Tout compte fait, elle préférait rester à Washington. Elle avait rarement vu Harm ces derniers temps, lui enquêtait à travers tous les Etats Unis. D'un certain de vue elle en était soulagée. Un fossé s'était creusé entre eux et elle avait aidé à le creuser très profond. Déjà avant la mort de Mic, ils s'étaient éloignés mais ils restaient encore à l'écoute de l'autre.

De nombreux dossiers trainés sur la table cachant ainsi les albums de photo d'elle et de Mic qu'elle feuilletait tous les jours ou je dirais les nuits. La joie était partie mais aussi le sommeil. Alors il fallait bien s'occuper.

« TOC… TOC… TOC… »

Elle leva les yeux vers la porte. Elle n'avait pas besoin de regarder sa montre pour savoir quelle heure il était.

Elle déposa le dossier sur le canapé et se leva. Elle regarda par le juda et découvrit son visiteur. Attiré par le bruit, Jingo se rapprocha de la porte, flairant celle-ci.

Elle prit une grande inspiration, elle entrebailla la porte. Elle se plaça de façon à ce que son visiteur n'entre pas dans l'appartement.

-bonsoir, Mac

-Harm

-je viens prendre des nouvelles.

-nous nous voyons au bureau

Le ton était froid, elle n'avait vraiment pas envie de discuter.

-Je sais, mais nous travaillons beaucoup et c'est le bureau.

-et bien, comme vous le voyez, Harm, je vais bien.

Harm était mal à l'aise. Il ne savait pas par où commencer. Il n'avait peur de rien que ce soit dans les airs ou dans un tribunal mais devant cette femme il perdait toute son assurance. Et Mac ne le faisait pas entrer. C'était un signe. Et un mauvais signe.

-Je me demandai si ça vous direz de venir diner avec moi. J'ai découvert un nouveau petit restaurant qui vous sert d'énormes steacks.

Il lui dit cela en lui faisant son plus beau sourire. Elle n'y résistait pas… avant.

-je suis désolé, Harm mais j'ai beaucoup de travail. Peut-être une autre fois

-OK, Sarah, une autre fois… si vous avez besoin d'un ami, je serai toujours là.

-bonsoir Harm.

Durant toute la conversation, Jingo se frottait aux jambes de Harm, il s'accroupit et le carressa lui disant au revoir. Sans le vouloir, il remarqua quelque chose dans l'appartement. Il se redressa brusquement et fixa Mac. Il ne comprenait pas. Son visage s'était décomposé.

-Mac, sur la table…

-Bonsoir Harm

Et elle referma la porte et s'y adossa. Elle regarda sa table basse. Parmis la paperasse, un verre et de bouteille de vodka s'y trouvaient.

Harm n'y croyait pas. Elle avait replongé et lui n'avait rien vu. Il refrappa à la porte mais il savait qu'elle ne l'ouvrirait pas. Il regagna son véhicule et de son portable l'appela. Mais elle ne décrocha pas. Il n'eut que sa messagerie.

-Mac, laisser moi vous aider. Je veux vous aider. Parler-moi, je vous en pris. Mic est mort depuis plus de trois semaines, vous ne pouvez pas continuer comme cela. Mac, décrocher, je vous en pris… Mac… s'il vous plait…

Mac avait entendu le monologue de Harm, elle savait que son ami avait raison. Mais elle pouvait s'en sortir toute seule.

-écouter mac, je vous téléphonerai jusqu'à ce que vous décrochiez… vous m'entendez, Mac.

Mac était en colère à présent comment pouvait-il intervenir dans sa vie. Elle se dirigea vers la prise téléphonique et l'arracha.

Harm n'eut plus que la tonalité. Il avait échoué une fois de plus. Que devait-il faire à présent ?

Sarah s'était rassise sur son canapé et réfléchissait. Cela faisait des semaines qu'elle réfléchissait. Elle ne pouvait quitter du regard cette bouteille qui la nargait. Elle se souvenait parfaitement du moment où elle avait craqué. Cela remontait à quinze jours, elle était partie faire des courses, et elle ne sait comment elle fut attirée par cette bouteille. Elle avait toujours aimé la vodka à l'époque où elle buvait. La bouteille était restée deux jours sous l'évier. Et une nuit, une crise d'angoisse l'envahit, elle ne trouva rien de mieux que de la vider. Elle se le reprochait, mais chaque jour le sommeil ne venait pas, et l'angoisse était là. Elle ne buvait pas en service se disait-elle mais elle se voilait la face.

Aujourd'hui, elle ne pouvait plus se voiler la face, elle ne contrôlait plus rien. De rage elle attrapa la bouteille et la lança à travers la pièce. Elle se brisa contre le mur. Mac s'effondra en pleurs. Que lui arrivait-il ? Elle ne contrôlait plus sa vie. Elle devait trouver le courage de réagir. Mais comment ?

Le lieutenant Colonel Sarah Mackenzie était au bord du gouffre. Elle ne savait plus comment gérer la situation. Une personne pouvait l'aider. Après une longue hésitation, elle prit son blouson et quitta son appartement.

Une heure plus tard, elle se retrouva devant une belle batisse. Elle n'osait pas frapper à la porte. Elle était tétatinisée. Prenant une longue inspiration, elle frappa sur le montant de la porte et attendit quelques instants.

-colonel, quelle surprise de vous voir ici !

-excusez-moi, monsieur de vous déranger si tard, je souhaiterai vous parler.

-entrer, je vous en pris.

L'amiral A.J. Chegwidden était surpris de voir son second chez lui. Ce n'était pas dans son habitude et cela l'inquiéta. Il avait remarqué les changements chez son amie mais elle faisait son travail.

Mac était vétu simplement d'un pantalon de jean's bleu et d'un pullover gris clair. Elle ne cessait de jouer avec ses mains ne sachant quoi en faire. Elle était très tendue ce qui était perceptible.

-que puis-je faire pour vous Mac ?

-eh bien monsieur, c'est assez compliqué… Je ne voulais pas en discuter au bureau…

L'amiral l'invita à s'asseoir de la main.

-je voudrai un congé sans solde, monsieur.

-je ne comprends pas. Expliquez-vous.

Mac était de plus en plus mal à l'aise face à son commandant. Elle avait retourné cela dans sa tête des milliers de fois. Elle s'était dit que l'amiral était un ami et qu'il pourrait comprendre. Du moins elle l'espérait. Elle se leva et se dirigea vers la cheminée où un feu flamboyait. Elle le fixa du regard puisant dans les flammes le courage de se livrer. L'amiral ne bougeait pas.

-monsieur, j'ai retourné cela dans ma tête des milliers de fois. C'était ça ou …ma démission…

-continuez.

A.J. voyait son amie se débattre intérieurement. Il était surpris par ses paroles. Mac se retourna, elle devait l'affronter et lui expliquer.

-voyez-vous, amiral, la mort de Mic m'a plus touché que je ne le pensais… et mes vieux démons ont ressurgi…

Mac ne cessait de se triturer les mains, elle ne pouvait les quitter de son regard. Elle perdait de plus en plus son assurance.

-…j'ai besoin de faire le point sur ma vie, amiral.

-Mac, asseyez-vous, je vous en pris…

Elle repris le siège qu'elle occupait quelques minutes auparavant d'un pas hésitant.

-…Mac quand vous parlez de démon, c'est bien à ce que je pense.

Avec des trémollos dans la voix, elle se sentait faiblir.

-si vous pensez à l'alcool, amiral, la réponse est oui… je voulais que vous l'appreniez de moi… Je ne sais pas comment j'en suis arrivé là, monsieur. Je ne contrôle plus rien… et je préfère démissionner plutôt que déshonorer mon uniforme.

Elle se leva rapidement tentant de cacher les larmes qui coulaient. Elle craquait. Elle avouait à son commandant, un homme qu'elle respectait par-dessus tout, sa dépendance, ses difficultés, son mal-être.

L'amiral la rejoint devant la cheminée et posa sa main sur son épaule.

Elle essuya ses larmes du bout des doigts.

-monsieur, je suis désolé de me comporter ainsi.

-Mac, vous en avez tout à fait le droit. Et vous avez bien fait de venir… vous voulez du café ?

-oui, avec plaisir, monsieur.

L'amiral se dirigea vers sa cuisine. Il était chamboulé par ce qu'il venait d'entendre. Il n'avait jamais vu Mac aussi triste, aussi perdue. Il avait bien constaté les traits tirés, une mine triste et le renfermenent de son second depuis ces dernières semaines mais il ne pensait pas que c'était si profond. Tout en réfléchissant, il prépara le plateau. Ses gestes étaient mécaniques.

Dans le salon, Sarah tentait de se reprendre. Le plus dur était dit. Elle s'assit tranquillement, un peu plus détendue.

Rapidement, A.J. prit le fauteuil face à elle.

-Mac, pourquoi avoir tant tardé à venir.

-je pensais pouvoir contrôler la situation mais je me trompais.

-en avez-vous discuter avec Rabb.

Elle était surprise de sa question.

-vous savez, monsieur mes relations avec le capitaine Rabb sont un peu tendues en ce moment. Ce n'est pas sa faute.

-je comprends… écoutez, je préfère que vous preniez ces congés que de vous voir démissionner. Vous êtes un excellent officier, et une excellente avocate. Je ne veux pas vous perdre en tant que tel…

A.J. lui servit un café qu'elle prit plus pour s'occuper les mains que pour boire.

-…savez-vous où vous irez ?

-je ne sais pas encore, faire du camping peut-être, en tout cas loin de tout. J'ai besoin de me retrouver seule.

-ne bougez pas, colonel.

Mac fut suppris par le ton employé. Elle se figea. Mais l'amiral revint rapidement avec un trousseau de clés et un plan.

-j'ai hérité, il y a quelques années d'une cabane où milieu de nulle part. La dernière fois que j'y suis allé, elle tenait debout. Il n'y a pas une habitation à des kilomètres à la ronde, pas d'électricité. Mais elle se situe au bord d'un lac. Il y a environ huit heures en voiture de Washington à là bas. Voici les clés et un plan pour vous y rendre.

-mais monsieur…

-colonel, je ne vous force pas à y aller. Mais si vous cherchez un lieu au milieu de nulle part, c'est l'idéal. De toute façon, je ne vous garantis pas l'état de la maison.

Elle était géné par le geste de son commandant. Mais durant ces dernières années, il s'avérait plus qu'un supérieur, il était un ami avant tout. Il l'avait prouvé à de nombreuses reprises. Elle répondit du bout des lèvres

-merci, monsieur.

-votre place vous attendra au Jag.

L'entretien se finit rapidement et Mac partit dans la nuit.

Cela faisait près de trois semaines que le lieutenant colonel Sarah MacKenzie avait disparu dans la nature. L'amiral avait redistribué ses dossiers, surchargeant d'avantage les offficiers du Jag. Il ne s'était pas étendu sur les raisons du départ de Mac. Mais il cachait son anxiété. Il n'avait pas de nouvelle lui non plus.

Le capitaine Rabb avait tenté d'apprendre les raisons du départ de son amie, sans préciser ce qu'il avait découvert. Mais il s'était heurté à un mur. L'amiral lui avait répondu que si Mac avait voulu lui parler, elle l'aurait fait. Que répondre à ça. Il était très inquiet. Il savait qu'elle avait replongé dans l'alcool, il avait à plusieurs reprises essayé de la voir mais elle avait disparu et seul l'amiral semblait savoir où elle se trouvait.

Il avait contacté Chloé espérant la trouver dans le Vermont, sans résultat. Elle n'avait aucune nouvelle de sa sœur depuis des semaines.

JOUR 55

16H23 GMT

QUARTIER GENERAL DU JAG

FALL CHURCH, VIRGINIE

 

 

Ce ne fut qu'au bout d'un mois que l'amiral convoqua Harm dans son bureau. Une nouvelle affaire pensa-t-il. Il n'avait plus d'entrain comme avant. Sa coéquipière lui manquait.

-fermez la porte et asseyez-vous, capitaine.

Harm prit place face à l'amiral qui était resté à son bureau.

-Où en sont vos dossiers, capitaine ?

-et bien, concernant l'affaire Jennings, nous sommes en train de conclure un accord, tout comme dans le dossier Fish.

-dans combien de temps pensez-vous tout boucler ?

-dans la journée si c'est nécessaire.

-très bien, rien d'autre en attente.

-non, monsieur.

Harm était intrigué par cet entretien.

-je voudrais que vous me rendiez un service. Si je n'étais pas coincé avec le secrétaire d'état, je le ferai moi-même.

-je comprends monsieur, je vous écoute.

-je voudrais que vous donniez ceci au colonel MacKenzie. Nous l'avons reçu, il y a une semaine.

Colonel Mackenzie, il avait bien entendu. A.J. lui tendit une grande enveloppe en papier kraft adressé à Sarah Mackenzie, Jag, Fall Church, Virginie, U.S.A. La mention USA l'intrigua, il regarda le cachet de la poste : Australie.

-où pourrai-je la trouver, monsieur ?

Il essayait de cacher sa joie, il reverrait son amie enfin.

-je n'en suis pas sûr. Mais avec un peu de chance vous la trouverez à cette adresse. Il lui tendit un morceau de papier avec toutes les indications pour s'y rendre.

-je vous conseille de prendre un sac de couchage et une tente, ainsi que des provisions. C'est au milieu de nulle part. Je vous donne donc le reste de la semaine.

-à vos ordres, amiral.

-Rabb, une dernière chose. Si elle ne se trouve pas là, appelez-moi et nous aviserons.

-bien monsieur.

Harm s'apprêtait à partir lorsque l'amiral le rapella.

-ramenez nous la.

-à vos ordres, monsieur.

Il quitta rapidement le bureau. Il avait de nombreuses choses à faire avant de partir.

Quant à l'amiral, il s'enfonça dans son fauteuil. Il se disait que si une personne pouvait la ramener, c'était bien Rabb. Il avait hésité longtemps avant de prendre cette décision. Sans que Mac ne le dise, il savait en son for intérieur que Harm faisait parti des problèmes de Mac. Le mariage avait été annulé un peu à cause de lui. Il pria pour qu'il ne se trompe pas. Pour se rassurer, il se dit que cela faisait un mois. Elle avait peut-être fait la paix avec elle-même.

Harm partit en fin de matinée, il n'avait pu faire autrement.

JOUR 55

03H25 GMT

AU MILIEU DE NULLE PART

 

 

Sarah MacKenzie était assise sur une chaise longue au bord d'un lac. Cela faisait un mois qu'elle se trouvait là. Après mures réflexion, elle s'était rendue dans la cabane de l'amiral. Le confort était minimal, mais elle s'en contenta. Il y avait assez bois pour la cheminée et assez de pétrole pour les lampes.

L'amiral avait raison, elle se trouvait au milieu de nulle part. Elle était entourée d'arbres à perte de vue. Elle avait eu beaucoup de mal à venir jusqu'ici avec sa voiture. Mais elle se sentait bien ici.

Elle passait son temps à se balader, à nager dans le lac ou lire. Elle s'occupait la journée comme elle pouvait. Mais il y avait les nuits. Ces longues nuits où le sommeil ne venait pas. Elle faisait avec comme tout le reste.

Durant ce laps de temps, elle avait eu surtout le temps de réfléchir. De réfléchir à sa vie, à sa carrière, à Mic. Il hantait ses nuits. Dès qu'elle fermait les yeux, elle le revoyait. Les cauchemards avaient vite remplacé les beaux rêves du début. Elle n'avait pas eu une véritable nuit de sommeil depuis des semaines.

Les cauchemards avaient tous la même fin. La mort de Mic. Elle se reveillait en sueur, en hurlant, chassant définitivement le sommeil. Cela durait depuis des semaines.

Le soleil descendait lentement sur l'horizon lorsque Mac se redressa sur sa chaise longue. Son chien Jingo était couché à ses pieds. C'était la seule compagnie qu'elle s'était autorisée. Elle entendait le bruit d'un moteur. Cela faisait une éternité qu'elle n'avait vu personne. La première ville se trouvait à une heure de route. Personne ne savait qu'elle se trouvait là excepté l'amiral. Elle se dirigea vers la cabane qui se trouvait à vingt mètres.

Elle reconnut immédiatement la voiture de Harm et prit peur. Elle ne savait pas pourquoi. Elle ne voulait pas l'affronter en tout cas. Elle avait beaucoup pensé à lui pourtant. Bien qu'elle se le cachait, Harm était l'un des nombreux problèmes qu'elle avait à résoudre.

Il descendit de sa voiture, il l'avait vu. Elle lui avait tellement manqué. Mais il put constater de sa voiture la mine de son amie. Elle avait maigri, elle semblait si fragile.

Elle se tenait droite comme un «i», les bras croisés. Il lui fit un grand sourire.

-salut, Mac.

-comment m'avez-vous trouvé ?

Le ton était froid. Elle ne semblait pas contente de le voir. Harm pris un air sérieux. Ce ne serait pas facile. Mais il ne la lacherait pas.

-c'est l'amiral qui m'a dit où vous trouvez. Il n'en était pas sûr lui-même.

-pourquoi êtes-vous là, Harm.

-je m'inquiettais…

Devant l'absence de réaction de Mac, il continua :

-l'amiral m'a remis ceci pour vous. Il voulait venir lui-même mais il est bloqué avec le secrétaire d'état…

Il se pencha dans sa voiture et prit la lettre. Il se rapprocha d'elle et lui tendit.

-…il pensait que cela pouvait être important.

Elle prit l'enveloppe et la regarda attentivement. Un frisson la parcourut lorsqu'elle vit le cachet de la poste. Elle ne dit pas un mot.

-vous n'auriez pas un verre d'eau, je meurre de soif. La route a été longue depuis Washington.

Mac était perdue dans ses pensées. Elle le regarda dans les yeux et sans un mot se dirigea vers la maison.

Harm la suivit. Il examina l'intérieur.

La cabane en bois était composée de deux pièces. La première était assez grande. Un vieux canapé se trouvait en face de la cheminée, une petite table à côté supportait un livre. Dans un angle se trouvait la cuisine composée d'un évier avec une pompe à eau d'une vieille cuisinière qui fonctionnait au bois et d'une table. La vaiselle était faite.

A la gauche de la porte d'entrée, on voyait se profiler la chambre séparée d'un simple rideau.

Mac se dirigea vers la pompe à eau et servit un verre d'eau à Harm. Elle avait déposé l'enveloppe sur la table. Elle n'avait pas décoché un mot ni un sourire.

Pendant que Harm sirottait son verre, il continuait d'examiner la maison. Elle était impéccable.

-je suppose que vous ne repartez pas maintenant.

-si ça ne vous dérange pas. J'ai eu beaucoup de mal à trouver et je crois que la ville la plus proche se trouve assez loin.

-à une heure de route.

Mac activa la vieille cuisinière pour faire chauffer le repas du soir. En général elle se contentait de peu. Par chance, le matin elle avait péché deux truites. Elle comptait les faire durer trois jours mais elle n'avait pas le choix. Le silence se fit très lourd. Harm n'y tenant pas, retourna à sa voiture récupérer ses affaires. Il avait besoin de réfléchir. Il ne s'attendait pas à un tel accueil. Il faudra qu'il s'arme de patience pour briser la carapace qu'elle s'était forgée. La nuit commençait à tomber rapidement, et la fraîcheur se fit plus présente. Avant de rentrer, il examina plus attentivement les alentours. Un magnifique lac se présentait devant lui. Les derniers rayons du soleil se reflétaient dedans. Il poussa un long soupir et entra.

Mac avait allumé la cheminée. Elle était accroupie face à elle, attisant les braises avec le tisonnier. L'arrivée de Harm chamboulait son quotidien. Elle restait en général tard dehors, les yeux perdus dans les étoiles, emmitouflée dans un grand châle. Elle avait allumé aussi les deux lampes à pétrole.

Harm déposa ses affaires dans l'entrée, prenant son courage à deux mains il tenta de communiquer avec Sarah.

-je ne savais pas que l'amiral avait cette maison.

Elle ne répondit rien. Elle se leva devant la cheminée et le fixa droit dans les yeux. Et après un très long silence, elle dit :

-le repas sera près dans une demi-heure, vous pouvez mettre vos affaires dans la chambre.

-ce n'est pas la peine, Mac, je dormirai dans le canapé.

-écoutez, Harm, je n'ai pas envi de discuter. Donc vous avez deux posibilités : soit vous dormez dans la chambre, soit vous partez.

Elle avait dit cela en le fixant droit dans les yeux. Le ton était dur, aucune discussion n'était possible.

Harm n'avait pas bougé, il se tenait debout à l'entrée de la cabane, les mains posées sur les hanches. Il prit la décision de ne pas discuter. Elle semblait si en colère contre lui. Mais Harm ne comprenait pas. Il prit son sac et se dirigea vers la chambre.

Un vieux lit occupait la majorité de la pièce. Le lit était fait. Il y déposa son sac et son blouson, le lit grinça immédiatement. La fenêtre donnait sur le lac.

Lorsqu'il pénétra dans le salon, il constata que les affaires de Mac se trouvaient dans un coin. Elle s'afférait dans la cuisine.

-vous voulez un coup de main, Mac.

-ça ne sera pas la peine.

Elle rassembla assiettes et couverts pour les mettre sur la table et tomba sur l'enveloppe. Elle l'avait déjà oublié. D'une main tremblante elle la prit, l'examinant. Elle n'avait pas remarqué qu'elle était adressée à Sarah Mackenzie et non au lieutenant colonel. Elle redoutait son contenu.

Pendant ce temps, Harm s'était approché de la cheminée. Il avait remarqué de nombreux livres posés au-dessus. Il n'y avait que des grands classiques de la littérature.

Il s'accroupit devant l'âtre et ajouta une bûche. Il avait besoin de réfléchir, de trouver la faille, jetant de temps en temps un coup d'œil à Mac. Il resta ainsi de longues minutes.

-capitaine, c'est prêt ! Je suis désolé, je n'ai que ça, je n'attendais pas de visite.

Harm se retrouva rapidement assise face à elle. Elle lui parlait c'était déjà un début.

-c'est parfait pour moi, Mac.

Il était tendu, tout autant que Sarah. Ils mangeaient des bouts des lèvres. Un long silence se fit, un silence oppressant.

-Mac, est-ce que je peux vous poser une question ?

-essayez toujours, je ne vous garantis pas une réponse.

-Pourquoi êtes-vous partie ?

-j'ai demandé un congé à l'amiral qui me l'a accordé.

-ce n'est pas ce que je voulais savoir.

-c'est la seule réponse que vous aurez.

Harm était ébahi par la froideur de cette réponse. Un peu déboussolé, il se reprit.

-alors quand rentrez-vous ? Vous me manquez.

Elle le fixa droit dans les yeux en l'entendant.

-je ne sais pas. Je n'ai pas encore pris de décision.

-lorsque je vous regarde, Mac, j'ai l'impression de voir de la haine dans vos yeux.

Elle se leva rapidement et vida le reste de son poisson dans la poubelle. Elle ne voulait pas que Harm la voit si fragile. Ce que voyait son ami était une grande tristesse. Elle avait perdu cette petite étincelle. Il n'avait fallu à Harm que quelques secondes pour le remarquer.

-ce n'est pas le cas Harm.

Harm se rapprocha d'elle et la força à se retourner. Il avait fissuré son armure et il en profiterait, quitte à la brusquer.

-Mac, regardez-moi et parlez-moi !

Mac était acculée et ne trouva qu'une seule parade. C'est alors que le marine fit son apparition.

-lachez-moi, capitaine ! …

Elle le regarda droit dans les yeux. Comment osait-il se comporter ainsi ?

A ses mots, Harm la lacha immédiatement, il se retrouva coi devant elle. Il ne savait pas quoi dire. L'avait-il blessé ? Il ne le pensait pas. Elle s'était réfugiée derrière son uniforme pour ne pas faire face à la discussion. Il était trop tôt.

-…écoutez, il se fait tard, nous devrions aller dormir. Vous avez une longue route à faire demain.

Hésitant une seconde, Harm prit la direction de la chambre et se retourna au dernier moment.

-Mac, je n'ai pas l'intention de… non oublier… Bonne nuit.

Elle était restée devant l'évier. Durant de longues minutes elle ne bougea pas. Sortant de sa létargie, elle débarrassa la table, éteignit les lampes à pétrole puis s'affala sur le canapé fixant les flammes. Elle était sur les nerfs. Elle avait besoin de se calmer avant tout.

Il était eviron dix heures du soir, le silence de la nuit n'était troublé que par le crépitement du bois dans la cheminée et le hululement des chouettes. Harm était allongé sur le lit, le bras gauche sous la tête tentant de comprendre la scène qui s'était passé auparavant. Il tentait de trouver des réponses à ces questions.

Depuis la mort de Mic, Mac avait changée, elle s'était renfermée. Mais ça ne devait pas être la seule réponse. Pourquoi n'était-elle pas venue le voir ? Vaincu par la fatigue, il s'endormit très tard.

Quant à Mac, elle réfléchissait aussi, emmitouflé dans son duvet. Le mois passé ici ne lui avait pas donné de réponse. Elle se sentait tout aussi perdu qu'à son arrivée. Le seul point positif concernait l'alcool. Il n'y en avait pas dans cette maison. Elle avait rapidement compris que l'alcool n'avait était qu'une fuite en avant pour oublier ses problèmes. Elle ne voulait pas les affronter. A présent elle les acceptait. Mais elle devait se rendre à l'évidence, elle ne les réglerait pas seule.

Sans s'en rendre compte elle s'endormit et réva.

Elle se trouvait dans son appartement de Georgetown, elle avait préparé un dîner aux chandelles pour Mic et elle. Elle allait se marier dans trois jours. Elle était heureuse. Les lumières étaient tamisées. Mic lui sourait, ils échangeaient des mots d'amour. Et soudain elle se retrouva une arme à la main, la pointant sur son compagnon. Mic ne faisait que lui dire «je t'aime, Sarah, je t'aime plus que tout. Je veux passer le reste de ma vie avec toi. ». Et il souriait. Mac tenait cette arme, Mic ne semblait pas la voir. Et sans comprendre pourquoi, elle appuya sur la détente et le coup parti. Elle se leva et se dirigea vers lui, elle le serrait dans ses bras, et Mic lui disait «Je t'aime Sarah Mac Kenzie ».

Mac se reveilla en sursaut, elle était en sueur. Elle se redressa dans le canapé où elle avait passé tant de nuit. Elle se leva et ranima le feu. Elle mit un châle sur les épaules et quitta la maison. Elle se retrouva sur sa chaise longue admirant les premiers rayons du soleil, des larmes coulaient. Toujours le même cauchemard. Elle ne comprenait pas. Elle n'avait pas tué Mic. Elle ne quitta pas sa place durant de nombreuses heures.

Depuis son arrivée ici, Mac avait beaucoup réfléchit sur sa vie. Elle ne pouvait que faire un constat : elle avait réussi sa vie professionnelle mais pas sa vie privée. Tous les hommes qui avaient partagé sa vie étaient morts. Qui plus est mort de mort violente : son mari, Chris qu'elle avait tué en légétime défense, Dalton tué par un fou, et maintenant Mic, assassiné pour l'argent. Comment pouvait-elle aller bien dans ces conditions. Elle avait fui trop longtemps et l'arrivée inopinée de Harm l'avait mis devant le fait accompli. Cela faisait des semaines qu'elle essayait de trouver une solution. Mais rien. Elle survivait, tout simplement et elle ne pourrait pas continuer ainsi très longtemps.

Elle était installée devant le lac depuis de longues heures lorsque Harm qui l'avait aperçu à son lever se dirigea vers elle. Lui aussi avait réfléchi, et malgré l'accueil qu'elle lui avait fait, il ne partirait tant qu'elle ne lui avait pas parlé.

Doucement il se présenta derrière elle, sur de lui, un mug de café dans les mains.

-Du café, marine

Elle savait qu'il était là, elle l'avait entendu. Elle savait qu'il ne la lacherait pas, elle le connaissait trop bien. Elle tourna la tête et tendit la main pour prendre le mug. Il souriait.

-je suppose, Harm que vous n'avez pas l'intention de partir

-c'est tout à fait exact, Mac.

Elle sirota son café durant quelques secondes, Harm s'était assis par terre à côté d'elle, admirant le paysage. Il devait y aller doucement s'il voulait que Mac se ne braque pas comme hier.

-pourquoi êtes-vous là, capitaine ?

-je m'inquiettais pour vous Mac.

-comme vous le voyez, je vais bien.

- arrêter, Mac, vous mentez. Je vous connais bien. Je sais que ce n'est pas le cas .

Il s'était levé en la fixant et avait crié cette dernière phrase. Mais il s'en voulu immédiatement devant la mine de Sarah. A son tour elle se redressa et le fixa dans les yeux.

-De quel droit pouvez-vous dire ça. Vous ne me connaissez pas. Et je n'ai pas de compte à vous rendre, capitaine.

Elle s'apprêta à regagner la maison lorsqu'il l'attrapa par le bras. Il n'avait pas le choix. Il la força à le regarder et repris doucement.

-pourquoi n'êtes-vous pas venu me voir lorsque vous avez recommencé à boire ? Je suis votre ami. J'étais là. J'aurai pu vous aider.

-comment, Harm. C'était une chose que je devais faire seule. Vous ne pouviez rien y faire.

-et c'est pour cela que vous avez fui!…

Harm la tenait toujours par le bras, elle n'avait pas tenté de se dégager. Pour quoi faire.

-… Sarah, Mic est mort depuis près de deux mois. Ce n'est pas de votre faute.

- VOUS N'AVEZ PAS LE DROIT DE PARLER DE LUI ! VOUS NE L'AIMIEZ PAS. VOUS ENTENDEZ, JE VOUS INTERDIS DE PARLER DE MIC.

Elle se dégagea rapidement et entra dans la maison, en pleurs. Harm resta au bord du lac. Il avait mis le doigt sur le problème. Mais il ne comprenait pas. Comment Mac pouvait-elle imaginer qu'il n'appréciait pas Mic.

Elle s'était retrouvée face à la cheminée, les mains appuyés dessus fixant désepéremment le feu. Les larmes coulaient. Harm ne l'avait pas suivi. Elle se calma lentement, essuyant ses derniers pleurs. Son attention fut attiré par la grande enveloppe de papier kraft qu'elle avait laissé la veille. Elle la prit délicatement, la regardant attentivement. Elle ne reconnaissait pas l'écriture. Elle ne savait plus quoi faire.

Sarah quitta la maisonnet rapidement par la porte de derrière, elle voulait se retrouver seule, emportant avec elle l'enveloppe.

Elle marcha le long du lac pendant une demie heure, elle connaissait ce coin. Elle s'assit sur un gros rocher, cherchant dans l'horizon les réponses. Et doucement elle ouvrit l'enveloppe.

Harm, pendant ce temps s'inquiétait pour son amie, elle ne se trouvait pas à l'intérieur. Il partit donc à sa recherche. Il ne sait comment, peut-être ce lien spécial qui existait entre eux deux mais la retrouva rapidement. Il la regarda sans bouger, sans dire un mot à une vingtaine de mètres d'elle. Il voulait s'assurer qu'elle ne ferait pas une bétise. Il avait eu si peur.

Mac avait trouvé en premier lieu une lettre de la mère de Mic :

Sarah,

Vous trouverez si joint une lettre qui vous est adressée.

J'ai longtemps hésité à vous l'envoyer et j'ai réfléchi. Ce qui c'est passé entre mon fils et vous ne me concerne pas. Vous avez fait un choix et je ne veux pas savoir pourquoi votre relation a échoué ou à cause de qui elle a échoué.

Je sais une seule chose, mon fils vous aimait et vous l'aimiez.

Je l'ai compris lors de l'enterrement lorsque je vous ai vu, puis sur la plage.

Mais à ce moment, je ne vous avais pas pardonné. Cela va vous paraître bizzare, mais je ne pourrai l'expliquer.

Je veux que vous sachiez aujourd'hui que j'ai retrouvé la paix et je souhaite que vous la trouviez à votre tour.

Soyez heureuse, Sarah.

Myriam Brumby

 

 

Délicatement, elle prit la petite enveloppe et reconnu immédiatement l'écriture. C'était celle de Mic.

Des larmes coulaient lentement, elle les essuya du revers de la main. D'une main tremblante elle décacheta l'enveloppe.

Sarah,

 

 

Cela fait près de dix mois que je t'ai quitté et que j'ai regagné mon pays natal, dix mois que je suis en colère contre toi, que je t'en veux d'avoir brisé notre relation et notre avenir. Nous allions nous marier, et je me suis rendu compte que tu ne m'aimais pas. Je t'en veux depuis dix mois pour m'avoir menti, m'avoir fait tant espéré.

 

Et ce matin, je me suis réveillé et j'ai tout compris.

Tout devint limpide pour moi.

Ce n'est pas de ta faute, ni de la mienne en fin de compte.

 

Comme l'a si bien dit Bud, c'est une question de destin.

Je n'ai pas su t'entendre et t'écouter.

Je n'ai pas su être ton ami

Je n'ai pas su t'attendre et te mériter.

Je me suis imposé à toi, voulant te mettre devant le fait accompli.

J'ai voulu te séparer de ton meilleur ami, et cela a était la pire des erreurs

Tout ce que j'ai réussi c'est à t'éloigner de moi.

Mais je suis comme cela, c'est mon tempérament de marin. Je t'aimais

Je le reconnais, j'espèrais passer le reste de ma vie à tes côtés, aux côtés de la femme que j'aimais mais le destin en a décidé autrement.

J'ai un aveu à te faire, inconsciemment je le savais depuis le début mais j'ai refusé de le voir.

Dès le début j'ai vu ce lien spécial qui vous unissez, toi et Harm. Meilleurs amis du monde, toujours prêt à risquer sa vie pour l'autre. J'avais un adversaire à ma mesure.

En fait, j'étais jaloux, pas de Harm, mais de ce lien qui vous unissez que je n'ai pas su tisser avec toi.

Lorsque je suis revenu au pays, j'ai cru que tu me remplacerais rapidement. Comme dit le proverbe «un de perdu, dix de retrouver ». Mais je sais que toi, Sarah tu n'es la femme que d'un seul homme. Dommage qu'il ne s'en rende pas compte.

Aujourd'hui, je sais que tu m'as aimé et je ne regretterais jamais le temps que nous avons passé ensemble.

 

Sarah, tu es une femme magnifique, brillante, intelligente mais tu as un gros défaut, outre le fait d'être tétue comme une mule, tu es avaugle.

 

Tu te demandes pourquoi je dis cela. J'ai un second aveu à te faire. Mais ne leur en veux pas.

J'ai gardé contact avec Bud et Harriet. Rassures-toi, nous ne parlions de toi mais du petit AJ et de ma vie. Ils sont des amis très chers et je suis heureux de les connaître. C'est seulement il y a quelques jours que j'ai eu le courage de leur demander de tes nouvelles. Je voulais savoir si tu étais enfin heureuse.

Tu sais Harriet a le nez fin. Elle a vu ce qui se passait entre toi et Harm.

Vous vous êtes éloignés, je ne sais pour quelle raison. J'avoue, j'espère un peu à cause de moi.

Tout ce que je te souhaite, Sarah, c'est de trouver le bonheur auprès de l'homme que tu aimes et même s'il s'agit de Harmon Rabb.

Sarah, tu as le droit au bonheur, tu le mérites mille fois.

Alors si tu l'aimes, dit lui, quitte à avoir le cœur brisé. Tu seras alors libéré quelle que soit sa réponse.

Sarah, je veux que tu saches que tu occuperas toujours une place particulière dans mon cœur.

J'ai tourné aujourd'hui la page afin de trouver le bonheur aussi.

 

Et peut-être, pourrions-nous un jour devenir de vrais amis. Je l'espère de tout mon cœur.

 

 

Mic.

Mac avait lu la lettre avec la plus grande difficulté, elle ne cessait pas de renifler, tentant de retenir ses larmes ou de les essuyer, toujours assise sur le rocher. A la fin de sa lecture, elle ne put que dire entre deux sanglots «Oh mon dieu, Mic, je t'aimais… Jamais de regret, ni de remord »

Elle resta ainsi de longues minutes, Harm l'observait toujours, il savait qu'il ne devait pas intervenir. Il veillait sur elle comme il revait de le faire.

La matinée était bien avancée. Ils étaient là tous les deux depuis quelques heures. Sarah ne savait pas qu'elle était épiée. Elle se sentait revivre tout doucement. Le soleil étincelait de mille feux. Elle déposa l'enveloppe et alla nager. Harm en la voyant se dévétir, regagna lentement la cabane. Il savait intérieurement que son amie allait mieux. Son visage était moins dur, plus détendu. Il ne savait pourquoi mais le courrier avait du l'aider.

Ce n'est qu'en début de soirée que Mac regagna la cabane. Elle avait totalement oublié la présence de Harm. Quant à ce dernier il avait préparé un petit repas avec les provisions qu'il avait ramené. Il l'avait attendu patiemment, assis le canapé, lisant un livre de Mac.

Sarah n'avait pas encore pris de décision quant à sa relation avec Harm, si relation il y avait. Mais elle devait rentrer sur Washington avant tout.

Dès son entrée, Harm se leva et se dirigea vers elle. Elle avait les traits tirés par un manque de sommeil évident mais elle semblait en paix avec elle. Elle semblait étonné par sa présence.

-Mac, je nous ai préparé des lasagnes si le cœur que vous en dit.

-pourquoi pas.

Ils s'installèrent à table sans échanger un mot. Mac était absorbée par ses pensées. Mais elle mangea avec appétit, il faut dire qu'il s'agissait de son premier repas de la journée. Harm respecta son silence mais au bout d'une heure de se régime, il ne tint plus.

-Mac, je pourrai vous parler.

-de quoi Harm.

-c'est à propos de ce que vous m'avez dit ce matin à propos de Mic.

-Harmon, je n'ai pas envi de parler de lui surtout avec vous.

Elle avait dit cela calmement. Toute l'animosité du matin avait disparu. Harm était un peu rassuré mais il ne lacha pas. Il l'a fixa droit dans les yeux. Mac quant à elle avait le nez dans son assiette.

-Alors Mac, quand est-ce que vous revenez ? Vous nous manquez à tous. Le Jag n'est plus pareil sans vous.

Elle leva la tête et le regarda.

-Je rentre demain à Washington mais je ne sais pas encore concernant le Jag.

-vous rentrez demain.

-Oui, à la première heure. Je peux vous laisser les clés si vous voulez.

-non, non, je rentre avec vous Sarah.

-très bien. Excusez-moi mais je suis fatiguée, je vais aller me coucher.

L'échange avait été presque impersonnel. Elle semblait si loin. Mais Harm s'était promis de ne pas la brusquer. Il rangea rapidement la vaiselle. Pendant ce temps, Mac avait allumé un feu dans la cheminée et s'était rapidement endormie.

Harm l'avait regardé longuement. « Mon Dieu que cette femme lui avait manqué ». Lentement il regagna sa chambre et s'endormit du sommeil du juste.

Cela faisait des semaines que Mac n'avait pas aussi bien dormi. Ces cauchemards avaient disparu, laissant place à de doux rêves. Elle se reveilla à l'aurore, attisa le feu et prépara le petit déjeuner. Elle était enfin en paix avec elle.

Ils échangèrent très peu de paroles et quittèrent la maisonnet sans quelques regards tristes de Mac. Cette maison l'avait acceuilli, c'était un havre de paix. Chacun dans son véhicule, ils prirent la route de Washington. Harm ne voulait pas la quitter ainsi. Il n'avait pas eu ses réponses mais il savait que le temps n'était pas encore venu. Ils firent les mêmes haltes, Harm essaya de retisser ce lien spécial qui les unissait. Harm parlait et Mac écoutait. Il la suivit ainsi jusqu'à son appartement et se dire bonsoir, sans plus.

Il était environ 17h quand Mac arriva chez elle. Elle redécouvrit son appartement. Jingo semblait heureux de revenir chez lui.

Elle plongea dans un grand bain et y demeura jusqu'à ce que l'eau soit froide.