Le lieutenant colonel Sarah MacKenzie se trouvait dans son bureau du Juge Avocat Général depuis 08h00 du matin. Son bureau était recouvert de nombreux dossiers en instance. La matinée était déjà bien avancée, le mug de café à moitié froid et à moitié vide était posé dans ce cafarnaum de paperasse.
Elle jeta un coup d'œil à l'extérieur, tous s'activaient à leur tache. Les uns au téléphone, les autres plongés dans la lecture de dossiers.
Mac pouvait être fiere de cette équipe. Et fière d'elle. Elle ne devait son grade qu'à son travail. Elle était maintenant lieutenant colonel dans le corps des marines et chef d'état major de l'amiral Chegwidden, Juge Avocat Général, qu'à force de travail.
Beaucoup de chose avait changé depuis ces derniers mois.
Mic était parti depuis plus de dix mois sans qu'elle le retienne. Il avait compris qu'il ne serait jamais le seul dans le cœur de Sarah. Il avait un adversaire de taille, le capitaine de frégate Harmon Rabb Junior. Il ne voulait pas qu'elle choississe. Il avait préféré partir, annulant de par la même son mariage avec la femme qu'il aimait par- dessus tout. Il n'y avait pas eu de scène. Pas un mot, pas d'adieu. Lorsque Mic vit que des larmes coulaient sur les joues de Mac, il sut qu'elle l'avait aimé, mais pas aussi fort qu'il aurait voulu. Lui, il réintégrait la marine royale australienne. Le temps guérirait ses blessures, beaucoup de temps, peut-être.
Ces dix derniers mois, Mac et Harm avaient parcouru la moitié des Etats-Unis, de cour martiale en cour martiale. Mais ils avaient perdu quelque chose. Chacun en avait conscience. Ce quelque chose qui faisait d'eux une équipe hors paire, ce quelque chose qui ne peut être décrit par des mots. Quelque chose s'était cassé.
Depuis son accident et sa rupture avec Renée, Harm avait tenté de se rapprocher de Mac sans résultat. Il s'en voulait beaucoup car il savait que cet état était de sa faute. Il n'avait pas été là lorsqu'elle était venue le voir après le départ de Mic. A ce moment, il l'avait encore repoussée. Une fois de trop, pensait-il.
Ils travaillaient ensemble, menaient des enquêtes, étaient adversaires lors de cour martiale. Mais les restaurants à l'improviste qu'ils faisaient à une époque n'existaient plus. Tout comme les réunions de travail chez l'un ou l'autre devant un plat de lasagnes végétariennes se faisaient rares. Ils parlaient de leur vie mais sans rentrer dans les détails. Ils ne partageaient plus autant leurs sentiments, leurs états d'âme. Et cela durait depuis dix mois sans que cela nuise à leur travail tout autant. Ils étaient trop professionnel pour cela.
Jour 01
14h25 GMT
QUARTIER GENERAL DU JAG
Tous les officiers du Jag étaient réunis dans la salle de conférence, attendant l'amiral Chegwidden pour leur réunion hebdomadaire et la distribution de dossiers. Le lieutenant colonel Mackenzie, les capitaines Rabb, Turner et Mattoni et les lieutenants Roberts et Singer se mirent au garde à vous dès l'entrée de leur commandant.
Le Jag était une grande famille, chacun se respectait. Ils travaillaient entre amis, bien que souvent opposés au tribunal, ils étaient très soudés autour de cet ancien commando de marine.
-Repos !
Le ton était autoritaire, l'amiral s'assis et posa une pile impressionnante de dossiers sur la table. Il se mit au courant des progrès des affaires en instance et entama la distribution des nouvelles affaires allant du simple manquement au devoir à la tentative de meurtre sur un officier.
-Colonel, ce dossier est pour vous. Vous représenterez le ministère public. Le lieutenant Bart est accusé d'avoir tenté de tuer son supérieur le capitaine Carter avec un couteau. Ce dernier se trouve actuellement à l'hopital de Besteda… Capitaine Rabb vous assurerez la défense du lieutenant Bart.
Il leur transmire le volumineux dossier et reprit la parole :
-colonel, je compte…
A ce moment, on frappa à la porte et le quartier maître Tiner entra timidement. Il savait ce qu'il risquait en interropant la réunion. Chegwidden leva la tête, son visage se fit plus dur.
-Tiner, que voulez-vous !
-excusez-moi, amiral, j'ai une communication importante pour le colonel Mackenzie.
-prenez le message, Tiner et dites-lui que je rappelerai, répondit Mac.
-j'ai essayé, madame, mais elle ne veut rien savoir.
Tiner attendait un signe. Mac regarda l'amiral qui lui fit un signe de la tête l'autorisant implicitement à quitter la pièce. Elle se leva et rejoignit Tiner.
-bon en attendant le retour du colonel, Mattoni et vous Turner, vous avez…
Mac n'entendit pas la suite. Elle était intriguée par ce coup de fil. De qui pouvait-il bien venir ? Elle regagna son bureau rapidement en congédiant Tiner qui regagna son poste.
-colonel Mackenzie, j'écoute.
La voix à l'autre bout du fil était très émue. La personne avait du calme à garder son calme et à retenir ses pleurs. Dès que Sarah entendit cette voix, elle la reconnut. Elle savait qu'il y avait un problème. Lentement, elle fit le tour de son bureau et se dirigea vers son siège, se tenant au bois de la table. Elle appréhendait ce qui allait venir.
La communication ne dura pas très longtemps mais paru une éternité pour le colonel Mac Kenzie. Elle raccrocha comme un automate. Elle n'y croyait pas. Elle ne réalisait pas ce qu'elle venait d'entendre.
Le capitaine Rabb tapa sur le montant de la porte. Il avait un grand sourire et s'apprétait à sortir une plaisanterie lorsqu'il vit le visage de Mac. Elle était assise, sa main était toujours posée sur le combiné du téléphone. Elle ne réagissait plus. Perdue dans ses pensées, elle n'avait pas entendu frapper, ni vu Harm tentant d'attirer son attention en faisant de petits gestes tout en s'approchant du bureau. Il était inquiet.
-Mac, Mac ça va…
Il l'avait déjà appelée plusieurs fois sans résultat. Tentant le tout pour le tout, il prit le ton militaire. Il voulait qu'elle réagisse.
-colonel
A l'appel de son grade, la marine repris le dessus et leva la tête. Devant lui se trouvait Harm, le regard très inquiet.
-ah ! C'est vous Harm.
-ça va, Mac, cela fait plusieurs fois que je vous appelle sans résultat.
-oui, oui, Harm ça va très bien.
-vous êtes sûr.
- oui !
Le ton de sa voix s'était durci sans qu'elle le veuille. Elle se releva, ajusta son uniforme et s'apprétait à quitter son bureau lorsque très calmement Harm reprit la parole.
-Mac, on vous attendait en salle de conférence depuis une demi-heure lorsque l'amiral a levé la scéance.
-une demi-heure, ce n'est pas possible.
Mac regarda sa montre. Ce simple geste inquieta d'autant plus son ami. Le colonel Mac Kenzie était réputé pour son sens du timing. Elle semblait si perdue à ce moment précis.
Harm déposa le dossier de la tentative de meurtre sur une pile. Pendant ce temps, Mac regagna son siège, reprenant peu à peu le dessus. Elle ne voulait rien laisser paraître. Alors qu'elle s'asseyait, Harm prit le siège face à elle. Il voyait qu'elle avait besoin de parler, et il serait là. Il ne l'abandonnerait pas cette fois ci.
-Mac, ce coup de téléphone…
Mac ne le laissa pas terminer. Elle ne voulait pas parler, elle ne voulait pas lui parler. Peut-être plus tard, mais pas maintenant. Elle avait trop de choses à faire.
-excusez-moi, Harm, mais je n'ai pas trop le temps.
Le ton était sans appel. Harm la connaissait trop bien. Ce n'était pas le moment. Il se leva et se dirigea vers la porte. Il se retourna avant de quitter la pièce.
-Mac, si vous avez besoin de parler, je suis là. Quelle que soit l'heure !
-je sais Harm, merci.
Elle le regarda quitter son bureau. Elle prit le combiné du téléphone et donna plusieurs appels. Elle avait plusieurs choses à régler avant de voir l'amiral.
Trente minutes plus tard, elle était devant Tiner demandant si l'amiral pouvait la recevoir.
Dès qu'elle entra dans le bureau, elle se mit au garde à vous. Elle priait pour ne pas craquer. Elle devait rester calme avant tout.
-repos, colonel, ravi de vous revoir.
-excusez-moi, monsieur de ne pas vous avoir rejoint pour la réunion.
Après s'être adossé dans son fauteuil, il la jaugea.
-je suppose, colonel que vous n'êtes pas venu uniquement pour cela. Je vous écoute.
-à vrai dire, monsieur, je solliciterai un congès de trois jours.
Elle était debout devant l'imposante table de chêne. Elle savait qu'elle devrait dire le pourquoi de cette demande. Il fallait avant tout qu'elle tienne le coup, surtout devant lui.
-vous ne venez pas de revenir de congès, colonel.
-en effet, amiral… Ma prochaine audience n'a lieu que vendredi matin et je serai de retour.
-je pourrais savoir le motif de ce congès.
-je dois me rendre à un enterrement…
Elle avait dit ces mots avec difficulté. Sa voix trahissait son émotion. En l'entendant, l'amiral s'adoucit et l'invita à s'asseoir. Il se leva et pris le siège placé à côté du sien. Il prit une longue inspiration.
-Mac, je peux vous demander de qui il s'agit.
Mac avait ses mains posés sur ses genoux, tentant de reprendre son calme. Sa voix la trahissait et elle ne le voulait pas. Elle ne pouvait quitter du regard ses mains.
-il s'agit… il s'agit de Mic. Il a eu un accident de voiture, il y a deux jours, son enterrement a lieu mercredi matin. C'est sa mère qui m'appelait.
-Brumby ?
L'amiral était sans voix. Il accusait le coup. Il avait cottoyé cet australien pendant de nombreux mois lors de son passage au Jag. Il avait appris à l'apprécier en tant qu'officier de marine, avocat puis en tant qu'homme. Il ne savait pas quoi dire à son amie. C'est avec difficulté qu'il reprit la parole. Doucement.
-je vous présente mes condoléances, Sarah…
C'était si rare qu'il l'appelle ainsi par son prénom. En y réfléchissant c'était l'une des seules fois. En ce moment elle n'avait pas besoin d'un commandant obtu mais d'un ami.
-vous pouvez prendre plus de trois jours, Mac.
-merci, monsieur. Mais cela suffira et je préfère à mon retour être occupée.
-alors prenez au moins le reste de la journée.
-bien monsieur. Je vais donner quelques coups de fil afin de déplacer mes rendez-vous.
L'amiral se leva face à elle. Il avait envi de la prendre dans ses bras. Il voyait surtout qu'elle se cachait derrière son uniforme pour ne pas s'effondrer. Il n'avait rien dit lorsque Mic était reparti en Australie. Cela ne le regardait pas. Mais il avait compris que l'Australien ne gagnerait pas. L'accident de Harm en était une preuve flagrante ainsi que sa réaction lorsque le Patrick Henry avait trouvé Skates et pas lui. Ils connaissaient ses officiers bien plus qu'il voulait le laisser paraître. Surtout ces deux là. Ses meilleurs éléments.
Mac se leva, se mit au garde à vous et s'apprétait à quitter le bureau lorsqu'elle se ravisa.
-monsieur, j'ai un service à vous demander.
-oui.
-je sais que Mic était apprécié de tous ici. Je ne me sens pas la force de l'annoncer à tous.
-bien sûr, Mac, je le ferai.
-merci, monsieur mais… est ce que vous pourrez le faire que demain. Je ne veux pas… je ne pourrais pas…
-je comprends, Mac. Je ferai comme vous le désirer.
-merci, amiral.
Elle quitta le bureau sans plus attendre. Elle avait encore du travail avant de partir. Quant à l'amiral il restait là, debout face à sa porte, les mains sur les hanches. L'interphone se mit à grésiller le tirant de ses pensées. Il ne savait pas combien de temps il était resté ainsi.
-amiral.
-oui, Tiner ! Répondit-il, sur un ton plus dur qu'il ne l'aurait voulu.
-le capitaine Rabb voudrait vous voir.
-pas maintenant Tiner. Et qu'on ne me dérange pas avant nouvel ordre.
-à vos ordres, amiral.
De l'autre côté de la porte, Harm était suppris par le ton employé et des ordres. Il questionna donc Tiner, sans résultat. Il regagna son bureau, la tête remplie de questions sans réponse.
Quant à Mac, elle s'était enfermée dans son bureau épluchant son agenda, trouvant de nouveaux créno horaires pour ses auditions. Il lui faudrait jongler à son retour. Elle mit un peu d'ordre sur son bureau et son regard tomba sur le dossier Bart. Un nouveau dossier. Elle l'avait complètement oublié. Elle y jetta un rapide coup d'œil. Elle quitta son bureau et retrouva le lieutenant Roberts. Elle l'informa des nouvelles dispositions prises concernant les auditions qu'ils devaient prendre ensemble, prétextant l'attente de nouveaux éléments. Elle ne voulait pas mentir à son ami, elle s'excuserait plus tard. Il comprendrait demain de toute façon.
Le dossier Bart sous le bras, elle se présenta une nouvelle fois devant Tiner. Le pauvre quartier maître lui exposa les ordres reçus, il ne voulait pas en découdre, il ne voulait pas l'annoncer à l'amiral. Un ordre était un ordre, surtout venu de l'amiral Chegwidden. Voyant qu'elle n'arriverait à rien, elle prit le taureau par les cornes. Elle appuya sur l'interphone, devant un Tiner complètement ébahi.
-amiral.
Le Juge avocat général était enfoncé dans son fauteuil et tentait d'ingurgiter la mort de Brumby. Tant de ses compagnons d'infortune, tant d'amis étaient morts au combat. C'était les risques du métier. Il le savait. Mais c'était si dur. La voix du colonel Mac Kenzie le sortit de ses souvenirs. Si Mac l'appelait, c'est qu'il y avait un problème. Il se redressa.
-oui
-pourrai-je vous voir.
-oui, entrer, colonel.
Tiner était suppris par la voix de l'amiral. Il n'y avait pas une heure, il ne voulait voir personne. Il n'était pas homme à oublier les ordres qu'il avait donnés. Il ne put qu'entendre le colonel le remerciait. Il ne comprenait rien au film qui venait de se dérouler sous les yeux.
Le colonel Mac Kenzie était au garde à vous. Elle attendait un signe de son commandant qui ne se fit pas attendre. A son entrée, il s'était levé et se dirigea vers elle.
-amiral, excusez-moi de vous déranger mais cela concerne le dossier Bart.
-ah ! Oui, j'avais oublié.
Elle tendit le dossier que son commandant prit.
-je ne pense pas que l'enquête puisse attendre mon retour donc je vous le remets.
-vous l'avez lu. Je pensai que vous étiez partie.
-j'allais le faire. J'y ai jeté un rapide un coup d'œil et une investigation rapide me semble adequate.
-oui, bien sûr. Je le transmettrai à autre officier.
-merci, monsieur.
Après un moment d'hésitation, A.J. repris la parole :
-Mac, si vous avez besoin un jour de parler, ma porte sera toujours grande ouverte.
-je sais, monsieur. Merci beaucoup.
Elle quitta le bureau rapidement, ainsi que le Jag discrétement. Harm ne la vit pas partir.
16h30 GMT
QUARTIER GENERAL DU JAG
FALL CHURCH, VIRGINIE
Le travail avait commencé depuis longtemps pour tout le monde. L'amiral A.J. Chegwidden avait examiné l'emploi du temps de tous ses subordonnés, il voulait que tous soit présent pour l'annonce qu'il devait faire. Il avait demandait à Tiner de veiller à ce que tous les officiers et sous officiers ne quittent pas le Jag sans en être informé. Il prit son courage à deux mains et se dirigea vers la salle principale du bâtiment. Il aimait « se promener » dans cette pièce, veiller à ce que tous fassent leur devoir, il aimait que tous sachent qu'il était là à veiller au grain. Il aimait avant tout diriger cette équipe si soudée. Et c'est dans ce moment là, que le Jag devrait se serrer les coudes.
Dans son uniforme bleu d'amiral deux étoiles de la marine des Etats Unis, il fit son entrée. Les mains dans le dos, il s'éclaicit la voix :
-mesdames et messieurs, je vous demanderai quelques minutes d'attention…
Tous se retournèrent vers leur commandant, les bureaux se vidaient, tous étaient attentifs.
-j'ai le regret de vous informer… de la mort du capitaine de corvette Mic Brumby… (il chassa le chat de sa gorge), survenue il y a trois jours lors d'un accident de voiture. Je vous demanderai comme il est de coutume d'observer une minute de silence.
Tout le monde entendait, mais personne ne comprenait. Ils étaient tous sous le choc, tout comme l'amiral la veille lorsqu'il avait appris la nouvelle. Un silence glacial régnait dans la salle. La minute passée, tous se regardaient en espérant qu'ils avaient mal compris. Le capitaine Harmon Rabb était estaumaqué. Il réalisa. Le coup de téléphone. Avant qu'il ne fasse le moindre geste, l'amiral demanda au lieutenant Harriet Sims de le suivre dans son bureau.
-lieutenant, vous voudrez bien organiser une collecte le plus rapidement possible pour l'envoi d'une couronne pour l'enterrement. Il a lieu demain.
-bien entendu, amiral, je m'en occupe tout de suite…
L'amiral avait regagné sa place derrière son bureau. Il connaissait Harriet, elle n'en resterait pas là. Il fit semblant de lire un dossier.
-…monsieur, comment va le colonel Mac Kenzie.
-elle tient le coup, lieutenant… Elle tient le coup. Ce sera tout, lieutenant. Romper…. Entrer, Capitaine et fermer la porte.
Harriet quitta rapidement le bureau. Elle n'avait pas encore réalisé que son ami Mic était mort. Cet homme qui avait sacrifié une place en or d'avocat dans un cabinet prospère, pour ne pas la contre interroger. Il préférait perdre un travail que perdre ses amis. Harriet était effondrée.
Harm entra à son tour. Il avait entendu les paroles de l'amiral concernant Mac. Mais cela ne lui suffisait pas.
-monsieur, comment le colonel a-t-elle pris la nouvelle ?
Harm ne voulait pas tourner autour du pot cent sept ans. Mais il ne savait pas comment avoir des nouvelles de la femme qui hantait ses nuits.
L'amiral n'en croyait pas ses oreilles. Il s'attendait à tout sauf à ça. Il le fixa dans les yeux.
-comment pensez-vous qu'elle ait pris cette nouvelle, capitaine !
-excusez-moi, monsieur, je voulais savoir si…
-je sais ce que vous vouliez dire, capitaine… Quand elle est venue m'annoncer la mort de Brumby, je ne pense pas qu'elle l'avait réalisée…
Il lui fit signe de s'asseoir de la main. Son ton était beaucoup plus calme.
-…quoiqu'il en soit, elle m'a demandé à ce que je l'annonce à tout le monde. Elle ne voulait pas les «affronter», si je peux me permettre cette expression.
-amiral, avec votre autorisation, je voudrai me rendre chez elle.
-inutile, capitaine. A l'heure qu'il est, elle doit se trouver dans l'avion.
-bien amiral.
Harm se dirigea vers la sortie.
-capitaine, concernant l'affaire Bart, c'est le capitaine Turner qui reprend le dossier. Donc pour les détails, vous verrez avec lui.
-à vos ordres.
-capitaine, encore une chose… Mac revient vendredi.
-merci, amiral… Je me disai, monsieur que l'on pourrait tous se retrouver ce soir au Mac Murphies pour lui rendre un dernier hommage.
-très bonne idée capitaine.
Pendant ce temps, le colonel Sarah Mac Kenzie se trouvait dans un boeing 747 en direction de l'Australie. La veille, elle avait feuilleté des albums photos. Elle se souvenait de chacune d'entre elle. Elle les avait gravées dans sa tête. Elle fermait les yeux et voyait le visage de Mic, chaque trait, chaque ride. Elle se souvenait de chaque éclat de rire. Elle ne voulait se souvenir que des bons moments qu'ils avaient passé ensemble. Elle voulait oublier les disputes, les éclats de voix, leur rupture.
Elle n'avait pu trouver le sommeil. Elle n'acceptait pas sa mort. Elle ne voulait pas y croire. Elle n'avait pas versé de larme.
Le voyage était long, elle avait apporté avec elle quelques dossiers. Elle pourrait ainsi avancer dans son travail. Mais elle n'arrivait pas à ce concentrer. Ce n'est qu'au bout de plusieurs heures de vol que le sommeil la submergea. Elle rêva de Mic. Ils couraient ensemble le long de la mer. Le soleil était resplendissant. Ils riaient. Ils faisaient une course. Mic avait pris un peu d'avance. Il lui disait de la rattraper, «allez ! Courres, marine. Rattrape-moi, si tu le peux ». Il riait en disant cela. Et il se laissait attraper. Ils tombèrent tous les deux sur le sable humide. Ils roulèrent, roulèrent et tous deux riaient. Ils étaient heureux. Puis ils cessèrent de rouler. Ils se regardaient droit dans les yeux. Sarah était au-dessus de Mic. Ce dernier remit une mèche de cheveux de Sarah en place, il ne pouvait quitter du regard ses yeux.
«Je t'aime, Sarah Mac Kenzie. »
« Oh ! Mic… »
Un steward la secouait depuis environ une minute. Son visage reflettait un tel bonheur qu'il avait décidé de la réveiller en dernier. Il l'avait vu monter à Washington, cette magnifique jeune femme d'environ trente ans avait le regard triste, voire vide, les traits tirés. En la voyant à présent, il avait des scrupules à la reveiller, à la tirer d'un si beau rêve.
-madame… madame, nous sommes arrivés à Sydney…
Sarah se reveilla, elle était si bien sur la plage, si heureuse. Elle ne se souvenait pas d'avoir été si heureuse un jour. Mic était là, bien vivant, il lui disait qu'il aimait. Mais elle vit l'homme devant elle dans son uniforme rouge de steward. Que voulait cet individu, pourquoi la dérangeait-il alors qu'elle était avec Mic. Et elle compris soudainement, brutalement. Et son sourire si radieux disparut pour ne laisser qu'un regard triste et vide.
-je suis désolé, mais nous sommes arrivés. Vous êtes la dernière.
-merci.
Elle rassembla ses affaires rapidement et quitta l'appareil sans se retourner.
Le steward la regarda s'éloigna et se dit à lui-même «mon Dieu, qu'elle doit souffrir ! ».
Mac se dirigea vers le contrôle des douanes pour les vérifications. Son passeport était parsemé de visas de nombreux pays aussi divers que varié.
-madame, vous venez en Australie pour tourisme ou pour affaires.
Tourisme, il en avait de bonne celui-là. Tourisme, est-ce qu'elle avait la tête pour faire du tourisme. Pendant toute l'attente elle n'avait de cesse que de se remémorer son merveilleux rêve. Et maintenant cet homme au physique insignifiant lui demandait les raisons de son séjour.
-tourisme, répondit-elle des bouts des lèvres.
-alors bon sèjour en Australie, madame.
-merci.
Elle récupéra ses bagages, se rendit à la société de location de voiture et ressorti de l'aéroport. Elle ne fit pas attenttion à la foule qui entourait l'aéroport. Elle voulait quitter ce lieu qui l'avait si durement ramené à la réalité. A la raison pour laquelle elle se retrouvait si loin de chez elle.
Il était encore tôt, avec le décalage horaire, il était seulement seize heures. Trop tôt pour se rendre à l'hotel. Sans le vouloir ou le savoir, elle se retrouva rapidement au bord de l'océan. Devant cette étendue d'eau si bleu qui l'appelait, elle ne put qu'arrêter son véhicule. Elle ne sait pas comment elle se retrouva sur le sable, nus pied marchant vers la mer. Cette vue ressemblait tant à celle de son rêve. Elle n'avait pas pu résister. Elle avait le temps, personne ne l'attendait. Elle resta un long moment debout face à cette immensité bleue fixant un point invisible par dela l'horizon.
Le soleil se couchait lorsque Mac quitta enfin la plage. Elle était restée là, assise, les bras entourant ses jambes. Elle avait reconnu cet endroit, Mic lui avait fait visiter. Il voulait tant qu'elle connaisse les merveilles de son pays. Durant son séjour, ils avaient tous les deux crapahutté à droite et à gauche. Cela semblait si loin à présent.
Elle reprit sa voiture et regagna son hotel. Tout ce qu'elle désirait, c'était de dormir et «voir» Mic.
Ces dernières 48 heures, elle n'avait pas eu son compte de sommeil. Elle était vidée.
22h55 GMT
Le cimetière se trouvait sur une butte. Un nombre impressionnant de voitures étaient dèjà stationné aux abords lorsque Mac arriva. La cérémonie avait commencé depuis quelques minutes. Elle se plaça près d'un arbre, à l'écart de tout ce monde. Elle ne savait pas quelle réaction aurait la famille de Mic.
De son poste d'observation, elle pouvait voir les nombreux officiers présents. Assis au premier rang, Mme Brumby en larmes, un mouchoir à la main était soutenue par un homme de grande stature.
Mac reconnut certains visages. Des parents ou des amis de Mic. Elle les avait rencontrés lors de son dernier sèjour en Australie. C'était si loin à présent.
Depuis son arrivée, elle avait le sentiment de pas être là, qu'elle était dans un rêve et que bientôt elle se réveillerait.
Vetu d'un tailleur noir et de lunettes de soleil, Mac tentait tant bien que mal de garder son calme. La nuit précédente avait été longue, très longue. Le manque de sommeil se lisait à présent sur le visage du colonel Mackenzie. Elle avait beaucoup hésité avant de venir. Sa place était-elle là ? Elle regardait toutes ces personnes rassemblées autour de ce cerceuil de bois. Mais elle ne pouvait le regarder. Cela venait à accepter la mort d'un homme qui l'avait aimé, qui l'avait tant aimé qu'il avait sacrifié sa carrière. Et elle, que lui avait-elle donné en contre partie ? Rien.
La cérémonie continuait, certaines personnes avaient constaté la présence de cette jeune femme vétu tout de noir. On ne pouvait voir son visage masqué par les lunettes noires. Personne ne semblait savoir de qui il s'agissait. Mais elle semblait si fragile, si meurtrie.
Un coup de feu retenti dans l'enceinte du cimetière brisant le lourd silence. Les honneurs militaires étaient rendus au capitaine de corvette Mic Brumby. Une deuxième puis une troisième détonation retentit.
Mac avait sursautté à chaque tir, faisant plus présente l'inévitable vérité : Mic était mort.
La mère de Mic reçu des mains d'un officier de marine le drapeau australien. Effondrée, elle se blottit dans les premiers bras qui s'offrirent à elle. S'ensuivit les sempiternelles condoléances. Mac n'avait pas bougé depuis le début des obsèques. Elle voulait se retrouver seule avec Mic une dernière fois.
Lorsque les dernières personnes quittèrent le cimetière, Sarah se rapprocha d'un pas incertain vers la tombe. De nombreuses fleurs étaient disposées tout autour du cerceuil. Une grande couronne attira son attention : « A UN EXCELLENT OFFICIER –LE JAG ». Elle posa délicatement sa main sur le bois du cerceuil, et les premières larmes depuis si longtemps retenues ruisselèrent. Elle se tenait à présent la tête, tentant de se maîtriser. Ses nerfs lachaient. Elle ne pouvait plus arrêter ses larmes, ni ses sanglots. Ce n'est qu'au bout de quelques minutes qu'elle se calma.
Elle se rapprocha d'avantage, des bouts des lèvres, elle déposa un baiser sur le bois en disant : « pardonnes-moi, Mic, de t'avoir laissé partir. Tu es la chose qui m'est arrivé le mieux dans ma vie. Tu seras à tout jamais dans mon cœur. Adieux. »
Elle déposa une rose rouge, et se dirigea vers sa voiture.
Deux hommes avaient assisté à toute la scène. Ils ne voulaient pas intervenir. Mais ils l'abordèrent lorsque Mac se dirigea vers eux. Les yeux embrouillés de larmes, elle ne comprit pas tout de suite ce qu'il se passait. Quelqu'un lui parlait, mais elle ne comprenait pas ce qu'il lui disait.
-excusez-moi, madame. Vous connaissiez bien Monsieur Brumby.
Elle les regarda tous les deux, surprise.
-oui.
-excusez-moi, nous ne nous sommes présentés. Je suis l'inspecteur Stravos et lui, c'est le sergent Jakson de la criminelle.
-de la criminelle, je ne comprends pas… je pensais que Mic était mort dans un accident de voiture.
-disons plutôt que l'accident a été provoqué. A qui ai-je l'honneur ?
-excusez-moi, Sarah Mackenzie.
-madame, nous pourrions en discuter ailleurs.
Le sergent Jakson lui fit signe de la main d'avancer. Il n'aimait pas les cimetières. Mais il avait appris tout au long de sa carrière que l'on apprenait beaucoup de choses sur les personnes en assistant à leurs obsèques. Dans cette affaire, il doutait que l'assassin montre le bout de son nez. Mais il était intrigué par cette jeune femme restée à l'écart pendant toute la cérémonie.
Pendant tout le trajet jusqu'à sa voiture, le marine avait fait son retour. Son cerveau fonctionnait à plein régime. Mic avait été assassiné. Son accident n'en était pas un. Sabotage ? Pour quelles raisons ? Une enquête qu'il menait ou une vengeance ? Arrivée à sa voiture, elle savait qui elle devait voir pour avoir les renseignements.
-écouter, messieurs, je n'ai pas vu Mic depuis plus de dix mois et je ne sais pas qui lui en voulait. J'ai quelqu'un à voir. Si vous avez d'autre question, je suis descendue à l'hotel Palm Beach.
Elle ne les laissa pas parler qu'elle montait déjà en voiture. Les deux inspecteurs n'en croyaient pas les yeux. Elle les avait plantés là. Ils étaient intrigués par ce départ rapide. Ils ne laisseraient pas tomber cette piste.
Deux heures plus tard, Mac attendait patiemment dans un bureau. Elle avait eu beaucoup de mal à pénétrer dans la base navale. Mais à son grand soulagement le commandant Lancaster se souvenait d'elle.
-entrez, colonel. Je ne savais pas que le Jag menait une enquête ici, à moins que vous vous trouviez ici en congés.
-c'est à moi de m'excuser, commandant. Pour être franche, je viens de l'enterrement du capitaine Brumby et j'aurais une question à vous poser.
Le commandant était suppris de sa présence, il lui désigna le siège face à lui et l'invita à s'asseoir.
-voilà, commandant, deux inspecteurs de la criminelle m'ont accosté au cimetière et m'ont affirmé que l'accident de Mic n'était pas un accident.
-colonel, une enquête a été ouverte, c'est tout ce que je peux vous dire.
-monsieur, sauf le respect que je vous dois, je ne suis pas ici en tant que représentante du Jag mais en tant qu'amie du capitaine Brumby.
Le commandant Lancaster s'enfonça dans son fauteuil, et réfléchit quelques instants. Mac n'avait pas bougé un cil. Il se leva, ouvrit la porte et dit à son aide de camp.
-appelez-moi le capitaine PETERS, tout de suite…
Il referma la porte et se retourna vers Mac qui s'était levé.
-…je sais ce que vous représentiez pour Mic, colonel et je fais ceci en sa mémoire… Mais sachez, que tout ce que vous entendrez ici est confidentiel.
-merci monsieur
Le commandant Lancaster regagna son bureau.
-le capitaine Brumby agissait sous couverture. Il avait pris la place d'un sergent au poste de ravitaillement en armes. Depuis plusieurs semaines, on avait remarqué que des armes disparissaient asinsi que des explosifs. Notre enquête désignait un sergent major ainsi qu'un lieutenant. Mais nous avions aucune preuve. La mission du capitaine était d'en trouver. Il m'avait contacté la veille de sa mort, il avait une piste. Un chargement nouvellement arrivé avait été détourné. Nous avons trouvé dans le reste de sa voiture des traces de C4. Du moins assez pour détruire le système de freinage. D'après nos experts, l'accélérateur était bloqué. Ils n'ont laissé aucune chance au capitaine Brumby.
On frappa à la porte et le capitaine de vaisseau PETERS fit son entrée. Dans son uniforme blanc, le capitaine Jack Peters était un homme d'environ 1m80, d'environ trente ans. Il avait un charme fou.
-Capitaine PETERS, au rapport, commandant.
-repos, capitaine… je vous présente le colonel Mac Kenzie. Veuillez lui expliquer la situation.
-colonel, ravi de vous connaître, Mic m'a souvent parlé de vous… D'après les dernières indications du capitaine Brumby, l'échange a lieu cette nuit. Mais nous ne savons pas où a lieu la transaction. Nous avons donc placé sous surveillance le lieutenant Robbins et le sergent major Andropulos.
-monsieur, je voudrai être présente lorsque vous les arrêterez.
-colonel, je sais ce que vous ressentez mais je ne peux vous l'autoriser. Je vous promets que nous les coincerons et qu'ils paieront pour ce qu'ils ont fait.
-merci, monsieur pour tout.
Elle quitta le bureau du commandant, elle était frustrée. Il faut dire que si elle s'était retrouvée face à ses deux hommes, elle ne savait pas si elle aurait le courage de les livrer aux autorités. A ce moment précis, elle avait des envies de meurtres.
Elle quitta l'enceinte de la base et s'arrêta rapidement. Elle entra dans le premier pub ouvert. Elle commanda une eau de seltz et une vodka. Elle en avait besoin.
Le capitaine Peters l'avait suivi sans le vouloir. Le capitaine Brumby était son ami. Il lui avait parlé de «Mac», il voulait lui parler. Il s'arrêta derrière sa voiture et entra à son tour dans le pub.
Mac était assise sur un tabouret face au bar. Elle fixait ce verre d'alcool. Elle hésitait. Cela faisait si longtemps qu'elle n'avait pas bu. Cela faisait à présent treize ans, excepté lors de la mort de Dalton. Elle tentait de résister. Un homme s'assit à ses côtés, elle ne l'avait pas vu s'installer.
-colonel MacKenzie. Vous voulez toujours participer à l'arrestation de ces deux salaups.
-capitaine, je suis étonnée de cette proposition. Il me semble que le commandant a refusé.
-J'en ai discuté avec lui après votre départ. Il a accepté à condition que vous ne soyez qu'un observateur.
-merci, capitaine.
Elle but son eau de seltz, le capitaine commanda une bière.
-colonel, Mic est un ami. Je ne veux pas voir ses deux salaups s'en sortir. Je les coincerai… Mic m'a souvent parlé de vous, colonel.
Elle le regarda, étonnée.
-appelez-moi Mac, capitaine, je ne suis pas en service.
-moi c'est Jack.
Il lui tendit la main. L'ambiance se délectrisa.
-Mic m'a dit qu'il avait une totale confiance en vous. Il souriait à chaque fois qu'il énonçait votre caractère trempé de marines. De votre talent dans un tribunal, de votre ténacité.
Elle souriait à l'évocation de ses souvenirs si doux.
-Je suis étonnée qu'il vous ait dit cela. Je pensais qu'il m'en voulait.
-Non, Mac. A chaque fois qu'il prononçait votre nom, une petite étincelle brillait dans ses yeux.
-merci, Jack. Merci pour tout.
Il se leva, paya les consommations.
-je vous attends à 21h ici, c'est l'heure à laquelle nos deux suspects finissent leur service.
-je serai là.
Jack Peter quitta le bar laissant seule Sarah. Mic lui avait raconté sa vie auprès de la femme qu'il aimait. Il voulait faire ce dernier geste pour son ami.
Plongée dans ses pensées, Mac partit quelques minutes plus tard, regonflée. Elle contacta la compagnie aérienne pour changer son billet de retour. Elle arriverait juste à temps pour la cour martiale, vendredi à 09h00.
Le verre de vodka n'avait pas été touché.
Elle regagna la plage et s'y promena. L'après-midi était bien avancé lorsque ses pas la menèrent sans le vouloir devant la maison de Mic. Elle reconnut immédiatement les lieux. Cette maison était pleine de souvenirs si doux. Elle se remémorra tous ces doux moments. Elle avait été heureuse dans cette maison. Elle resta face à cette demeure de longues minutes. Elle ne voulait pas quitter ce lieu enchanteur. Elle tenait ses chaussures à la main pour marcher dans le sable. Les larmes coulaient lentement. Elle se les essuya du revers de la main. Elle s'effonfra sur le sable, pleurant toutes les larmes de son corps.
Une femme d'une soixantaine d'année la regardait. Mais Sarah ne pouvait pas la voir. Elle se trouvait debout face à la grande baie vitrée dans la maison de Mic. Elle serrait dans ses bras un cadre où tronaient la photo de son fils adoré et de la femme qu'il avait tant aimé.
Elle l'avait trouvé au fond d'un tiroir du bureau. Myriam Brumby ne pouvait quitter du regard la femme effondrée sur le sable qui avait tant fait souffrir son fils. Elle avait beaucoup hésité avant de l'appeler. Après mures réflexions, elle avait fini par informer Sarah la mort dans l'âme. Elle voulait qu'elle sache mais elle ne s'attendait pas à la voir.
Myriam l'avait aperçu près de l'arbre lors de l'enterrement. Elle n'avait pas fait un geste vers elle. Et maintenant, elle savait que cette jeune femme avait aimé son fils.
A son retour, Mic ne s'était pas étendu sur l'annulation de son mariage. Il avait rempilé dans l'armée et la vie avait repris son cours. Mais l'étincelle dans ses yeux avait disparu à tout jamais. Et depuis son retour, il s'était plongé dans le travail pour oublier.
Myriam n'avait plus de larme à verser. Cela faisait des jours qu'elle pleurait. Elle ne vivrait à présent qu'à travers les souvenirs. Mais elle ne pouvait pas totalement pardonner à Sarah Mac Kenzie.
Et les minutes passèrent, puis les heures…
Les deux femmes n'avaient pas bougé.
Mac était toujours à genoux sur le sable. Elle faisait son deuil de Mic. Mais bientôt, elle aurait sa vengence. Elle aurait face à elle les hommes qui l'avaient tué.
Et le temps passa inéxorablement.
L'horloge interne de Mac lui signala qui l'heure était arrivée. Elle jetta un dernier coup d'œil à la maison de Mic et y décela la présence d'une femme tout vétu de noir. Elle savait de qui il s'agissait, mais elle n'avait pas le courage de l'affronter.
Elle passa par son hotel se changer et se dirigea vers le pub.
Le capitaine PETERS entra, il était en civil. Il brieffa rapidement le colonel et regagnèrent ensemble le sous-marin. Il s'agissait en fait d'un petit fourgon blanc truffé d'appareil d'écoute.
Il était 22 h, heure locale, la camionnette était en poste devant la maison du lieutenant ROBBINS. Ce dernier avait regagné son domicile depuis peu. Ils ne leur restaient plus qu'à attendre.
Une seconde équipe surveillait le sergent major ANDROPOLOS. Ils étaient en contact radio en permanence. D'autres véhicules attendaient dans les parages, attendant le signal.
Mais avant le coup d'envoi, Mac avait une chose à faire.
-Lieutenant Sims à l'appareil
-Harriet, c'est le colonel MacKenzie
-Oh ! Bonjour colonel…
Harriet était très surprise par ce coup de fil. Mac avait une voix lointaine. Elle appréhendait cet appel, mais elle n'avait pas le choix
-… vous voulez parler à l'amiral
-Non, Harriet, c'est à vous que je veux parler
-Je vous écoute, madame.
-Voilà, je voudrai que vous passiez chez moi prendre mon uniforme, je n'aurai pas le temps. Vous le laisserez dans mon bureau. Mon avion n'arrivera qu'à sept heures quinze, vendredi.
-oui bien sur, colonel. Si vous voulez, je peux passer vous prendre à l'aéroport.
-Non, ce ne sera pas la peine, Harriet. Mais merci qu'en même.
-Madame, je voudrai…
-je vous écoute, Harriet
-je vous présente mes condoléances, colonel.
-je vous remercie Harriet. On se voit demain.
-Oui colonel.
Et elle avait raccroché. Mac avait fait tout son possible pour que sa voix ne laisse rien paraître. De toute façon, elle devrait tôt ou tard affronter ses amis. Bien que la conversation n'ait duré que quelques minutes, elle avait plongé Mac dans le désarroi. Cela l'avait rapproché de son retour aux Etats Unis. Mais pour l'instant elle devait se focaliser sur l'arrestation des assassins de Mic. Le reste, on verrait plus tard.
Le silence régnait dans le petit camion. Deux des membres de l'équipe étaient rivés sur les écoutes.
Mac quant à elle était plongée dans ses pensées.
Le capitaine PETERS tendit une tasse de café à Mac ce qui la sortit de sa stupeur.
-Jack, je peux vous poser une question.
-Bien sûr
-Comment allait Mic avant…
-Bien, il travaillait beaucoup, vous savez… Je ne l'avais pas vu depuis quelques semaines, en fait depuis qu'il s'était infiltré… C'est… C'était un excellent officier.
-Je sais, je sais, Jack
-Vous saviez qu'il serait nommer capitaine de frégate le mois prochain. Depuis son retour il n'avait pas perdu une seule affaire. On aurait dit qu'il avait quelque chose à prouver.
Il avait dit cette dernière phrase dans un souffle.
-Je ne le savais pas. Je n'ai eu aucune nouvelle de Mic depuis son départ. Nous nous sommes quittés…
-capitaine, ça bouge !
C'était le lieutenant Randall qui avait coupé court à la conversation. Il était 03h15 du matin. Ils regagnèrent tous leurs postes.
Tout se déroula très vite. La seconde équipe les avait rejoint près d'un hangar dans le centre de Sydney. Tout le dispositif se mit en place. L'entrepot était cerné. Ils n'attendaient plus que les acheteurs.
Au signal du capitaine PETERS, responsable de l'opération, ils armèrent leurs armes, prêt à l'assaut.
Mac regarda Jack PETERS. Ils n'avaient pas besoin de parler. Il avait compris. Il tendit un 9mm à Mac en lui disant :
-Rester derrière moi, Mac. Je risque ma place en vous embarquant avec moi.
-Promis, Jack.
L'assaut fut lancé. Une douzaine d'hommes se trouvaient à l'intérieur, armés jusqu'au dent.
En moins de cinq minutes, tous furent arrêtés. Personne n'avait été blessé.
Lorsque les deux militaires passèrent devant Mac, ses jointures des mains devinrent blanches. Mais elle devait se maîtriser.
Dans un dernier réflexe, elle saisit le lieutenant ROBBINS par le bras.
-Pourquoi l'avoir tué ?
-je suppose que vous parlez de ce petit con de sergent…
-Il était capitaine
Le lieutenant ROBBINS sourit en entendant cela.
-il devenait trop curieux, il a eu que ce qu'il méri…
Il ne finit pas sa phrase, avec une rage folle, Mac lui asséna un violent coup de poing au visage qui déstabilisa le militaire. Il en tomba au sol.
Menotté, il se releva difficilement essuyant le sang qui lui coulait de la bouche. Il souriait. Il fut rapidement emmené par les soldats.
Mac avait encore le poing serré, elle n'avait pas bougé.
« Ca y est, les assassins de Mic sont arrêtés » pensa-t-elle.
Le capitaine PETERS la rejoignit et lui prit l'arme des mains
-venez, Mac, c'est terminé… Vous voulez que je vous conduise à votre hotel.
Après un moment de silence, Le militaire qu'était Mac repris le dessus.
-Non laisser-moi au Pub, j'y ai laissé ma voiture.
-vous pourrez la récupérer plus tard, la nuit a été longue vous avez besoin de repos.
-je me reposerai plus tard, Jack et j'ai un avion à prendre dans trois heures.
-très bien, alors allons-y.
Le trajet de retour se fit dans le silence. Arrivé près du pub, Mac dit
-Jack, je voudrai que vous me teniez au courant des suites de l'affaire, s'il vous plaît.
-Je vous le promets, Mac.
Ils étaient arrivés depuis quelques minutes.
-Merci pour tout, Jack. Merci.
-C'est normal, je le devais à Mic.
Elle quitta rapidement le véhicule et lui dit adieu d'un signe.
Alors qu'elle montait dans l'avion, elle se retourna une dernière fois. Elle le savait, plus jamais elle ne viendrait dans ce pays. Il y avait beaucoup trop de souvenirs.