Partie 3

 

Vendredi 25 octobre 2001
09h00 GMT
AMBASSADE DE TUNIS, TUNISIE

 

Le visage de Mac était marqué par le manque de sommeil accumulé depuis des jours. Elle voulait clôturer cette enquête au plus vite et regagner les Etats Unis. D’une humeur massacrante, elle était plongée dans ses dossiers depuis une heure, lorsque le sergent Gallindez se présenta à ses quartiers. Voyant la mine de sa supérieure, il comprit rapidement qu’elle avait très peu dormi. Il ne fallait pas être devin pour s’en apercevoir 

Tout le monde au Jag savait ou tout au moins soupçonnait une histoire entre elle et le capitaine Rabb. Les ragots allaient bon train depuis l’annulation du mariage de Mac avec Mic Brumby. Victor n’avait jamais  porté attention à ses rumeurs, ils respectaient trop les deux officiers. Mais devant la mine du Colonel, il prit conscience que cette situation ne pouvait perdurer pour les deux parties car dans le cas contraire elle se finirait très mal pour l’un ou pour l’autre.

Ne voulant rien paraître, Victor fit le rapport de ses découvertes de la veille. Il avait trouvé de nouveaux éléments. Bien qu’il soit heureux d’être sur le terrain, il avait un mauvais présentiment, et ses années dans la police lui avaient appris qu’il fallait toujours se fier à son intuition.

La première chose à faire était d’interroger à nouveau le caporal O’Brian concernant la dispute. Les allégations de Miller faisaient planer un doute suffisant pour que les deux enquêteurs se concentrent sur cette piste. Si le caporal était vraiment toxicomane, il devait connaître des dealers donc peut-être le réseau. Ils s’attelèrent donc à cette tache.

-caporal O’Brian dit Mac

Le caporal se mit aux gardes à vous à l’entrée des deux militaires. Ils se trouvaient dans une pièce meublée d’un petit bureau et d’un lit de camp. Un soldat se trouvait derrière la porte pour le surveiller. O’Brian ne comprenait pas ce qui lui arrivait. De son côté, Mac ne voulait plus perdre de temps et attaqua directement

-Caporal, vous nous avez menti sur le sujet de votre dispute avec le soldat de première classe Miller !
-Non, madame, je vous assure.
-Nous avons la déposition de Miller. Je vais vous poser une question, et votre réponse  fixera votre avenir dans le corps des marines...

Mac employait un ton ferme et autoritaire, mais il était plutôt du à sa grande lassitude et à un grand énervement intérieur.

-…êtes-vous toxicomane ?

O’Brian était médusé par la question de Mac. Il s’attendait à tout sauf à ça. Cet étonnement n’échappa pas aux deux militaires.
-Je vous ai posé une question marines.
-Non…non, madame. Je vous assure que je n’ai jamais touché à ces saloperies. J’ai des défauts mais en tout cas pas celui là…

Le ton employé par O’Brian était sincère.

-…je bois peut-être trop mais je ne me pique pas ! ! ! Cria-t-il.
-Alors pourquoi cette dispute répondit Mac.

Le marine prit une grande inspiration et se lança

-Eh bien madame, je me suis marié à une tunisienne il y a de cela une semaine, et cela n’est pas du goût de tout le monde et plus particulièrement de Miller.

Maintenant il comprenait son erreur, pourquoi n’avait-il pas tout révélé, il se le demandait. Il avait peur pour sa carrière.
L’entretien poursuivit son cours plus calmement, O’Brian acceptait l’examen médical pour se disculper des accusations. Il fut donc escorté par deux marines à l’hôpital. Mac et Gallindez se retrouvèrent donc seuls dans la pièce.

-Madame, à votre avis pourquoi Miller a-t-il menti ?
-Peut-être pour le discriditer, tout simplement. En tout cas une piste pour rien, nous n’avons plus qu’à tout reprendre depuis le début.

Le reste de la journée fut consacré à l’interrogatoire de tous les marines du moins gradé au plus haut, ainsi que du reste du personnel. Rien n’en découla. Ils avaient tous d’excellents états de service et se plaignaient de ne pas retourner plus souvent au pays. Ils menaient à bien leur mission. Moralité, ils avaient fait chou blanc.

Il était 16h, lorsque le dernier interrogatoire fut terminé. A son retour dans sa chambre, Mac constata qu’elle avait été fouillée. Quelqu’un les surveillait, ils en étaient maintenant sûrs. Elle vérifia que son arme de service se trouvait encore à sa place et qu’il était chargé.
Lorsqu’elle était arrivée à Tunis, elle s’était rendu à l’armurie de l’ambassade et avait pris un pistolet automatique 9 mm. Etalé sur le bureau devant eux tous les dossiers du personnel, il devait y avoir un élément qu’ils leur avaient échappé.
Mac se rendait au criptage pour faire son rapport à l’amiral lorsque au détour d’un couloir elle supprit une discussion. Les deux militaires ne l’avaient pas vue. Elle reconnut les deux hommes. Il s’agissait de Miller et du lieutenant Johns. La discussion était plutôt houleuse et à la grande surprise de Mac, c’était Miller qui menaceait son supérieur. Elle n’entendit que des brides.

-qu’est-ce que tu sais de ces deux fouineurs de Washington, Peter.
-ce que m’en a dit Weiss. Ecoutes, je ne suis que lieutenant, je ne suis pas dans les petits papiers du major. Nous ne devrions pas parler ici …

Miller ne cessait de regarder autour de lui, il n’était pas du tout rassuré par les lieux. Johns non plus.
-tu as raison…
Ils s’éloignèrent rapidement sans que Mac ne puisse les suivre.

            Victor Gallindez était plongé dans l’étude lorsqu’il eut une lueur. Il s’acharnait sur le dossier de Miller depuis une demi-heure. Quelque chose le génait mais il ne trouvait pas. Les états de service du marine étaient exemplaires, très bien noté, apprécié de ses supérieurs. Et il trouva la faille. Un détail ne collait pas dans son dossier. C’est à ce moment que Mac entra dans la chambre.

-Sergent, donnez-moi les dossiers de Miller et de Johns.
-Madame, j’ai justement celui de Miller et j’ai trouvé quelque chose…Selon ses états de service il ne devrait pas se trouver dans cette ambassade. Je ne viens que de m’en apercevoir maintenant. Il est trop jeune en tant que militaire.

Mac prit le dossier, le feuilleta et acquiessa de la tête. Pendant ce temps, Victor retira de la pile de dossier celui de Johns.

-comment est-il arrivé ici est donc la question et pourquoi ici ?

Il connaissait par cœur celui de Miller et trouva le point commun, il suffisait de vérifier si sa conclusion était la bonne.
-madame, Miller et le lieutenant Johns peuvent se connaître mais il faudrait que je le vérifie.
-expliquez-vous sergent.
-Eh bien madame, Miller est né au Texas, mais il a souvent déménagé. A l’âge de quinze ans sa famille s’est installé à New York. Le lieutenant Johns a  à peu près le même itinéraire et a aussi attéri à New York. Peut-être qu’ils ont fréquenté le même lycée…
-Ceci expliquerait la discussion entre les deux marines que j’ai surprise dans les couloirs. Très bien sergent, téléphonez au Jag pour qu’il fasse les recherches le plus rapidement possible.
-à vos ordres.
Victor se leva et allait quitter la pièce lorsque Mac le rappela.
-très bon travail sergent.
-merci madame, répondit-il avec un grand sourire.

Décidemment elle ne regrettait pas son choix. Le sergent Artilleur Victor Gallindez était un très bon élément et un très bon enquêteur.
Vingt minutes plus tard il était de retour. Ils auraient la réponse d’ici une heure. Néanmoins cela ne résolvait pas le mystère.

-Sergent, s’ils se connaissaient avant d’être affectés ici, ceci ne les implique pas nécessairement dans le traffic.
-Oui je sais, madame. J’ai demandé au lieutenant Sims d’effectuer des recherches sur Miller et sur son affectation ici.
-Très bien, sergent, allons manger quelque chose, la journée risque d’être encore longue.
-à vos ordres, madame.

Victor partit devant, Mac allait le suivre lorsqu’elle fit demi-tour et pris son arme qu’elle glissa dans son dos. Sa veste d’uniforme le cacha aisément.
Ils se restaurèrent au mess tout en évoquant l’enquête. Ils se rendirent au criptage pour réceptionner les informations d’Harriet. Ils attendaient lorsque le sergent responsable de la salle radio tendit le téléphone à Mac.

-Oui, Colonel Mac Kenzie
-Capitaine El Fourah, nous avons le chef du réseau.
-Très bien, nous arrivons.
-Je vous attends.
Elle raccrocha le combiné. Le fax du Jag arrivait au même moment.
-Prenez tout ça sergent nous l’étudirons sur le trajet du commissariat.
-à vos ordres, madame.

Victor conduisait tandis que Mac lisait le rapport d’Harriet.
-Vous aviez raison, sergent. Ils ont fréquenté le même lycée à New York. Par contre, Harriet n’a pas encore eu le rapport sur l’affection de Miller à Tunis. Dès qu’elle l’aura elle nous l’enverra !
-comme vous le disiez, madame. Ceci ne les implique pas dans le traffic.
-en effet.

Le reste du trajet se fit dans le silence. Chacun dans ses pensées, ils espéraient que le capitaine El Fourah leur fournirait les renseignements qu’ils leur manquaient.
Vingt minutes plus tard, ils se trouvaient dans le bureau du chef de la police.
-Colonel, nous avons le chef du réseau. Tout ce qu’il a pu nous dire c’est qu’il s’agit de deux américains. Il n’en a vu qu’un seul. Il répond au surnom de Bouba. Le second, il ne l’a jamais vu en face, mais il en a très peur. Selon ses dires, c’est lui le plus dangereux. C’est tout ce que je peux vous dire colonel.
-pourrions nous le voir, capitaine.
-non ce n’est pas possible pour l’instant. Disons que son interpellation ne s’est pas faite sans casse. Il est actuellement à l’hopital, en salle d’opération.
-je vous remercie pour ces renseignements, capitaine.

L’entretien n’avait pas duré plus de cinq minutes, ils furent congédiés. Il ne fallait pas attendre d’autre renseignement de sa part.
Ils reprirent donc le chemin de l’ambassade.

Pendant ce temps dans l’ambassade, deux individus se sentaient de moins en moins en sécurité. Ils avaient instauré depuis leur arrivée dans le pays un réseau de renseignement qui les avait avisés de l’arrestation de leurs complices. Il était temps pour eux de plier bagages. Ils n’avaient plus qu’une chose à faire, récupérer leur butin. Ils n’avaient pu le faire auparavant. Dans une heure ils seraient loin et riches. Bouba avait réparti les rôles pour une fois, il occuperait l’ambassadeur pendant que son complice récupérait le magot du traffic.

Les deux enquêteurs revinrent rapidement à l’ambassade. Mac souhaitait aviser l’ambassadeur de l’avancement de l’enquête. Quant au sergent il se dirigea vers la salle de radio.
Elle le trouva en grande conversation avec son secrétaire particulier Anderson.

-Votre excellence, pourrais- je vous parler ?
-Bien sûr, colonel, suivez-moi dans mon bureau. Nous finirons plus tard, Anderson.

Le sergent responsable de la radio cherchait le sergent Gallindez pour lui remettre le fax avec la mention «urgent ». Il le croisa donc et lui remis le précieux document. Lorsqu’il vit le nom inscrit, il fit demi-tour et se mit à courir.

Mac Kay tourna la poignée de porte de son bureau et ouvrit la porte. Il laissa Mac entrer la première.
Dans le bureau, un homme s’attelait à sortir des liasses de billets d’une planque camouflée sous le bureau même de l’ambassadeur. Il entendit la serrure et sortit son arme, l’arma. Il était prêt à tout, il avait même prévu le silencieux.
Mac entra, elle ne le vit pas tout de suite. L’ambassadeur la suivait et refermait la porte. C’est à ce moment que Mac vit le canon de l’arme pointé vers eux.

Victor arrivait au même moment à hauteur du bureau, et il vit  Anderson qui s’apprétait à entrer à son tour dans le bureau une arme dans la main. Il n’y avait personne dans le couloir.
Il y avait 15 marines ici, et il n’y en avait pas un dans le coin.
Le sergent Gallindez sauta sur Anderson. Ils furent tous les deux projetés dans le bureau. Mac en profita pour pousser l’ambassadeur sur le côté et le coup de feu parti. L’individu se leva et pris la fuite. Le sergent avait presque maîtrisé Anderson et Mac entendait la cavalerie arrivée. Elle prit son arme et suivit l’homme en fuite. Il s’agissait de Miller.
Le bureau était attenant à d’autres pièces. Miller connaissait bien les lieux à la différence de Mac, il savait comment éviter les soldats. Mais avant tout il fallait qu’il se débarasse du colonel qui le suivait de près. Elle était seule, tant pis pour elle. Il l’attendit tapis dans une petite pièce sombre. Il n’avait plus qu’une porte à franchir et il était libre. Tanpis pour Anderson. Il ne ferait qu’une bouchée de la femme.
A peine fut-elle entrée que Miller, caché derrière la porte tenta de lui porter un coup. Mais il ne fut pas assez fort pour mettre hors de combat Mac. Néanmoins elle perdit son arme. Elle lui fit face, Miller la pointait avec son arme, elle lui donna un violent coup de pied latéral, ce qui désarma son adversaire. Un combat s’ensuivit. Il était équilibré, chacun portait de violent coup à son adversaire. Mac réussit tout de même à projeter en arrière Miller. Lors de sa chute, il réussit à ramasser son arme et tira. Mac fut touché au bras. Elle plongea, elle avait repéré son arme. Et ils tirèrent tous les deux. Tous les deux tombèrent au sol. Miller face contre terre, Mac sur le côté. Elle avait encore son arme à la main et le visait au cas ou. Miller ne bougeait plus. Puisant dans ses dernières forces elle se traîna contre le mur et s’y adossa. Elle le regarda. Le soldat de première classe Jack Miller était mort. Elle entendait au loin des hommes qui couraient. Une fois de plus, elle n’avait pas fait dans la dentelle. Une affaire règlée de plus avec « diplomatie ».
Elle savait qu’elle était blessée mais n’avait pas envie de crier, elle n’avait plus la force d’appeler au secours. Elle se souvint de sa décision. De la décision qu’elle avait prise lors de ce séjour concernant l’homme qui hantait ses nuits. Quoiqu’il advienne, elle le ferait. Le sang coulait au niveau de son ventre, elle mis sa main gauche dessus pour tenter d’arrêter l’hémorragie. Elle avait si mal, elle était si fatiguée. Elle ferma les yeux.
Dans un dernier effort, elle les rouvrit et vit un magnifique officier tout de blanc vétu, un large sourire se rapprochait d’elle. « Harm » souffla-t-elle.

 

Vendredi 25 octobre 2001
22h30 GMT
AEROPORT DE WASHINGTON D.C.

Harm débarquait de Dallas après la cour martiale qu’il avait perdue. Trop de charge pesait contre son client. Une consolation, il lui avait évité la peine de mort. Il croupirait le reste de sa vie dans un pénitentier. D’un côté il était satisfait. Certes, ce n’était pas le côté juriste, il n’avait pas fait libérer un criminel. En descendant d’avion, il n’avait qu’une seule pensée, voir Mac.
Chaque jour il n’avait pas cessé de l’appeler chez elle. Sans résultat. Son répondeur devait à présent être satturé de messages. Il ne comprenait plus, il lui avait laissé un message où il lui disait qu’il l’aimait. Mais elle ne l’avait pas appelé.
Au moment où il récupérait ses bagages, il aperçut l’amiral qui se dirigeait vers le service des lignes internationales. Il avait l’air plutôt pressé. Il l’appela mais il ne répondit pas. Tout en prenant son sac, il pensa que Chegwidden partait peut-être pour l’Europe voir sa fille. Il le saurait lundi. Pour l’instant il voulait un taxi et se rendre à Georgetown, chez Mac.
Il quitta donc l’aéroport, déposa son sac, prit une douche chez lui et se rendit à l’appartement de Mac.
Il sonna à sa porte mais personne ne répondit. Il s’apprétait à partir lorsqu’il croisa une femme, la quarantaine, vétue sobrement. Il la connaissait, il s’agissait de la voisine de Mac. Mme Hartford le reconnu aussi :
-Bonsoir capitaine, si vous chercher Sarah, elle n’est pas là. Elle est partie il y a trois jours.
-Je ne la savais pas, j’étais à Dallas, je vous remercie. Bonsoir.
-Bonsoir.

Il regagna donc son appartement déçu. Il voulait contacter Bud, pour savoir où Mac s’était rendue mais il n’osait pas. Pour quelle raison lui demanderait-il ? Il  attendrait donc lundi.

 

Vendredi 25 octobre 2001
22h30 GMT 
HOPITAL DE TUNIS, TUNISIE

 

Le lieutenant colonel Sarah Mac Kenzie avait été transportée à l’hopital et avait été transférée directment en salle d’opération.
Le sergent Gallindez attendait en salle d’attente. L’opération durait déjà depuis des heures, et il n’avait aucune nouvelle de la part des médecins. Il avalait café sur café. L’ambassadeur Mac Kay était resté une heure en sa compagnie mais avait du regagner l’ambassade pour régler les derniers problèmes après l’arrestation de Anderson. Il devait faire le point de ses dossiers et vérifiait s’il ne manquait aucun document confidentiel. De plus, il devait aviser ses supérieurs et les autorités locales. Il promit au sergent de revenir après.
Victor resta donc seul. Il s’en voulait ne pas avoir su protéger son colonel. Il en voyait à présent le résultat. Il ne faisait qu’arpenter la salle d’attente et tentait vainement d’avoir des nouvelles de la salle d’opération, sans résultat.
Cela faisait maintenant plus de cinq heures que l’opération durait. La salle d’attent e de l’hopital donnait accès à un long couloir menant sur le bloc opératoire. C’est à ce moment que Victor vit un brancard sortir de la salle. Plusieurs perfusions étaient suspendues au-dessus du corps inanimé. Le sergent s’engagea dans le couloir, plusieurs personnes en blouses bleues sortaient à la suite du brancard. Il ne pouvait s’agir que du colonel. Ils enlevèrent leurs masques et leurs blouses maculés de sang. Un homme d’une cinquantaine d’années donna des instructions et se dirigea vers le sergent. Ses traits étaient tirés, l’opération avait été longue.
-sergent, je suis le professeur Bakrim. Je supose que le colonel est votre supérieur.
-en effet monsieur, comment va-t-elle ?
-elle a perdu beaucoup de sang. La balle qu’elle a reçue était très mal placée, d’où la durée de l’opération…
-et maintenant monsieur ?
-je ne vous cache mon inquiétude, lorsqu’elle est arrivée, elle était très faible et l’hémorragie…
-excusez-moi monsieur mais elle va s’en sortir ?
-cela dépendra d’elle. Les prochaine 24 heures seront cruciales. Pour l’instant elle est dans le coma.
-je vous remercie professeur dit-il dans un souffle.

Le professeur le laissa à son inquiétude. L’amiral avait appelé Victor, il n’arriverait que dans quelques heures.

Le sergent Gallindez acceuilla l’amiral à sa descente de l’avion. Il vit tout de suite la mine du sergent il espéra que le pire n’était pas arrivé.

-sergent vous avez des nouvelles !
-elle est dans le coma, amiral.

Le sergent n’avait pas fermé l’œil de la nuit, idem pour l’amiral Chegwidden. Victor avait pris les bagages de l’amiral et ils se dirigèrent vers leur véhicule. Le Juge avocat général voulait en tout premier lieu se rendre à l’hopital.

-docteur, puis je voir le colonel Mac Kenzie ?
Le médecin hésitant un instant acquiessa mais lui ordonna de rester que quelques instants.
Lorsqu’il entra dans la chambre, il fut impressionné par le nombre de tuyaux qui reliaient son amie à des machines. Le tein de Mac était blanc, mais elle semblait dormir. Le sergent attendait dans l’ambrasure de la porte et fut tout aussi impressionné par l’état de son colonel.

-colonel vous allez vous battre, c’est un ordre. Vous avez entendu, battez-vous !

L’amiral avait des trémollos dans la voix. La faiblesse de Mac l’avait ému. Il espèrait que le ton employé suffirait. Il quitta la chambre et regarda dans les yeux le sergent. Et ils se comprirent sans un mot. Ils regagnèrent donc l’ambassade. Ils reviendraient dans une heure. L’amiral voulait avant tout voir l’ambassadeur et surtout le traître.
Dès son retour, il ordonna au sergent d’aller se reposer.
L’ambassadeur expliqua son sauvetage par le colonel et par le sergent. Il l’avertit qu’il avait contacté le Président des Etats Unis pour l’aviser de la fin de l’enquête. Ce dernier avait tenu à être averti de l’évolution des investigations, les relations diplomatiques avec la Tunisie étaient en jeu. Mac Kay avait même précisé qu’il avait demandé une médaille pour les deux militaires. L’amiral avait écouté attentivement, il acquiessa à la demande de Mac kay mais il voulait avant tout regagner l’hopital. Il prit contact avec le major Weiss pour que tout soit mis en place pour le rapatriement de Anderson aux Etats Unis et qu’il soit jugé pour tous ses crimes.
Il retourna donc à l’hopital et attendit. Il fut rejoint par le sergent qui n’avait pris que trois heures de repos.
Les heures passèrent et Mac ne se réveillait toujours pas. Les vingt quatre heures étaient écoulées depuis longtemps. Ils avaient obtenu du corps médical sans quelque rétissences l’accord de rester dans la chambre de Mac. Les deux militaires ne prenaient que très peu de repos. Ils ne faisaient que somnoler dans deux fauteuils de la chambre. Ils attendaient patiemment. Ils étaient impuisants.

 

Lundi 28 octobre 2001
15h30 GMT.
QUARTIER GENERAL DU JAG
FALL CHURCH, VIRGINIE

Harmon Rabb se présenta au quartier général du Jag tôt, il espérait avoir de plus amples renseignements concernant la mission de Mac. Il n’avait pas réussi à la joindre sur son portable. Il voulait clarifier la situation le plus rapidement, avant qu’il ne soit trop tard. Il avait un mauvais présentiment qui ne l’avait pas quitté du week end. Quelques personnes étaient déjà arrivées. Ils avaient tous une tête d’enterrement. Il se dirigea vers son bureau y déposer ses affaires. Pas de message, il se dirigea donc vers la cuisine pour prendre un café.
Il était dans ses pensées lorsque Bud et Harriet arrivèrent.
Il lui lancèrent un amical bonjour avec un grand sourire. Mais devant la mine de ses amis, sa joie s’envola tout de suite. Inquiet il prit la parole.

-Il y a un problème, le petit A.J. va bien, Harriet ?
-oh oui, capitaine,  vous n’êtes pas au courant.
-au courant de quoi, Harriet je viens tout juste d’arriver.
Devant la difficulté de sa femme, Bud prit la parole :
-eh bien, capitaine, c’est au sujet du colonel Mac Kenzie.
-qu’il y a t-il Bud ? Il ne lui est rien arrivé ?
-elle a été blessée par balle vendredi, l’amiral s’est rendu à Tunis pour la voir.

Harm était devenu blème, il du s’adosser au mur. Non ce n’était pas possible. Pas maintenant.
-vous avez des nouvelles, sa blessure n’est pas grave ?
-j’ai eu l’amiral samedi, il m’a dit qu’elle était dans le coma. Dès qu’il aura des nouvelles il nous appelera ! Harm n’en revenait  toujours pas, il ne savait pas quoi faire. Ses amis s’étaient rendu compte du malaise du capitaine. Eux non plus ne savaient pas quoi faire. Mac était leur amie aussi.
Il se dirigea vers son bureau, le visage blanc comme un linge Il prit le combiné du téléphone et se renseigna sur le premier vol pour Tunis.

 

Lundi 28 octobre 2001
15H30 GMT
HOPITAL DE TUNIS, TUNISIE.

 

Le lieutenant colonel Sarah Mac Kenzie commençait tout doucement à immerger. Ses yeux s’ouvraient par intermittence.elle entendait au loin des sons qu’elle n’arrivait pas identifier. Son ythme cardiaque s’accèlerait ce qui mis la puce à l’oreille des deux militaires présents dans la pièce. L’amiral se leva et se précipita au chevet de Mac, et il vit ce qu’il espérait depuis de longues heures. Le sergent s’était aussi levé et il vit les yeux du colonel s’ouvrirent.
-sergent, allez chercher un médecin !
-tout de suite amiral.

Victor Gallindez fit demi-tour et se précipa vers le hall et ramena de force un médecin, il ne parlait pas l’arabe. Ce fut donc un médecin mécontent qui entra dans la chambre, suivi de près par le sergent.
C’est alors qu’il comprit, il appela une infirmière en renfort et ausculta Mac. Avec un fort accent il expliqua la situation

-messieurs, le colonel est sorti du coma mais elle est encore très faible. Il faudra encore plusieurs jours pour qu’elle récupère.
-docteur, peut-on la rappatrier aux Etats Unis ?
-non amiral, ce ne sera pas encore possible avant deux à trois jours. Il faut qu’on lui fasse de nombreuses analyses.
-je vous remercie docteur, nous pouvons la voir.
-oui mais n’essayez pas de la faire parler, elle a besoin de repos avant tout.
-D’accord docteur.
-sergent je vais téléphoner au Jag leur anoncer la bonne nouvelle, je vous rejoins dit l’amiral. Il avait besoin de se retrouver.
-à vos ordres, monsieur.

L‘amiral  eut rapidement Bud et lui annonça la nouvelle. Harm entrait au même moment dans le bureau du lieutenant Roberts.
-amiral, le capitaine Rabb est revenu de Dallas, vous désirez lui parler.
-oui, passez le moi
-Oui amiral, répondit Harm en prenant le combiné.
-Je ne vous attendais pas avant deux jours, capitaine.
-je sais amiral, mais cela a été réglé plus rapidement que prévu…Comment va le colonel Mac Kenzie, amiral dit-il dans un souffle.
-elle est sortie du coma, capitaine mais elle est très faible, je la ferai rappatrier d’ici deux à trois jours.
-avec votre permission, je voudrai vous rejoindre à Tunis, monsieur.
-et pour quelle raison, capitaine.
-Mac est mon amie, monsieur.
-Oui…Oui je sais, permission refusée, j’ai besoin de vous au Jag, je vous tiendrai au courant, capitaine.
-à vos ordres, monsieur.

Il raccrocha, déprimé, il devrait encore attendre. Mais elle était vivante. Il n’attendrait plus. Il avait déjà perdu trop de temps. Il lui dirait à quel point il l’aime, qu’il voulait passer le reste de sa vie avec elle…

Mac émergeait tout doucement mais elle se sentait si lasse, elle avait perdu tous ses repères. Elle avait tout de même compris qu’elle se trouvait dans un hopital, elle savait qu’elle avait reçu une balle, mais tout était encore très flou. Elle passa le reste de la journée à somnoler.
Le lendemain dans la journée, elle réussit à échanger que quelques mots avec l’amiral et le sergent. Elle commençait à reprendre des forces, et les souvenirs de son enquête lui revinrent. La bagarre et la mort du soldat Miller. Elle était encore reliée à de nombreux tuyaux et ne pouvait pas encore se lever. Ses analyses étaient bonnes, son départ pour les Etats Unis était prèvu dans deux jours. L’amiral Chewigdden et le Sergent artilleur Gallindez l’escorteraient.

Durant l’hospitalisation de Mac, les deux militaires n’avaient pas chômé. Le rapatriement du corps de Miller et d’Anderson avait été organisé. Le secretaire de l’ambassadeur prendrait la direction de la prison. N’étant pas militaire, il serait jugé par le tribunal  civil. Victor n’avait qu’une envie l’écharper vif. Mais il s’occupait du rapatriement de Mac, ce qui le soulageait quelque peu, il était si heureux du rétablissement de son colonel. L’amiral l’avait félicité pour le résultat de l’enquête et avait tué dans l’œuf le sentiment de culpabilité de Victor. Le Juge avocat général savait exactement ce que ressentait le sergent. Le colonel Mac Kenzie n’avait fait que son travail. Il avait appuyé de tout son poids le rapport de l’ambassadeur Mac Kay pour la remise de récompenses des deux militaires. Il avait contacté le secrétaire d’Etat à la marine et l’avait convaincu. La médaille ne serait pas longue à venir. Ainsi les deux militaires partagaient leur temps entre l’ambassade et l’hopital, ils avaient hate de rentrer au pays.

Mac récupérait à une vitesse qui suppris le corps médical de l’hopital. A la veille de son départ elle avait réussi à faire quelques pas en compagnie de l’amiral. Le sergent Gallindez effectuait les derniers préparatifs de leur départ qui avait lieu le lendemain matin en avion sanitaire.
L’Amiral l’informa que Anderson avait tout avoué. C’était lui qui avait fouillé leurs chambres.
Mac s’assit dans le jardin de l’hopital, elle était fatiguée, l’amiral en civil s’assis à ses côtés. Il l’avait déjà félicité pour son enquête et pour l’arrestation des auteurs. Mac était encore quelque peu troublé par la mort de Miller, elle avait tué un être humain, ce n’était pas anodin. Il lui faudrait un peu de temps. Elle savait qu’elle n’avait pas eu le choix. Mais à ce moment précis, elle pensait à tout autre chose. La discussion commença tout doucement :

-colonel, à votre retour aux Etats –Unis, vous terminerait votre convalescence à Bestesda…. Vous risquez d’avoir de nombreuses visites, vous nous avez fait très peur Mac.
-désolé monsieur, répondit-elle avec un léger sourire.
-ne nous refaites pas ce coup, Mac.
-avec grand plaisir, monsieur.

Le soleil était éclatant mais il ne faisait pas trop chaud en cette fin d’après midi. Une légère brise se levait. Un silence s’installa entre les deux amis. Mac pris son courage à deux mains et se lança :

-Amiral…
L’amiral la regarda et attendit la suite.
-Amiral, j’ai appris qu’un poste se libérait dans la pacifique, je voudrais y postuler. Sa voix était faible, elle attendait la réponse de son Co.
-Colonel, vous voulez quitter le Jag.
-pas le Jag, amiral, seulement Washington DC.

Mac avait préparé tous les arguments, toutes les réponses. Elle avait pris sa décision depuis plusieurs jours, bien avant qu’elle ne soit blessée.
L’amiral avait constaté le changement d’attitude chez Mac, sa fatigue. Il savait pour quel motif elle voulait quitter Washington, il en voulait à Rabb. Il avait trop attendu et la perdait. Il savait que cela arriverait tôt ou tard.

-colonel, vous êtes sûre de vouloir quitter le Jag. Tous vos amis sont là bas.
-je sais amiral, mais j’ai besoin de faire le point et de prendre un nouveau départ.

Un long silence s’installa, chacun réfléchissait. L’amiral Chewigdden quitta son rôle de supèrieur hirarchique et aborda  le problème du côté de l’ami. Il n’y était pas habitué mais en ce moment Mac avait plus besoin d’un ami que d’un supèrieur. Les avants bras posés sur les jambes, la tête baissée, il se redressa et regarda Mac dans les yeux.

-Mac, je pense que vous devriez prendre un peu plus de temps pour réfléchir. Vous venez de traverser une mauvaise période, les événements se sont bousculés. Je vous parle en tant qu’ami, je ne pense pas que quitter le jag soit la meilleure solution pour régler vos problèmes.
Mac l’avait écouté, elle savait que son commandant avait raison, mais il n’y avait pas d’autre solution.
-Monsieur, vous avez peut-être raison, mais pour ma part c’est la seule solution que j’ai trouvé pour retrouver l’équilibre.

A aucun moment ils n’avaient parlé de Harm. L’amiral connaissait la raison de la demande de Mac, il soupçonnait quelque chose entre ses deux adjoints mais n’avait rien dit. Mac était reconnaissant à l’amiral de ne pas en demander plus. Le soleil se couchait, et ils rentrèrent tous les deux, Mac dans un fauteuil, elle semblait si lasse. L’amiral l’accompagna jusqu’à sa chambre et lui dit en partant :

-colonel, si votre décision est prise, à mon retour à Washington je transfèrerai votre demande avec une lettre de recommandation.
-je vous remercie, amiral.
-bonsoir Mac à demain
-bonsoir monsieur.

L’amiral regagna l’ambassade. Il était soucieux et triste. Mac était très compétente, il vait une confiance totale en elle. Mais il l’a comprenée. Il maudit Harm de la faire partir. Maintenant lui seul pourrait la faire rester.
Il tiendrait sa parole en transmettant sa demande mais il attendrait quelques jours. Il fallait que ses adjoints s’expliquent enfin.