Partie 2

 

Mardi 22 octobre 2001
22H45 GMT
QUARTIER GENERAL DU JAG
FALLS CHURCH, VIRGINIE

Mac avait les traits tirés, mais ne laissait rien paraître de sa fatigue, elle était fidèle à elle-même. Le Sergent Artilleur se présenta à son bureau et frappa.

- Madame, l’amiral Chegwidden vous demande dans son bureau.
- Merci, sergent.

Mac eut un pincement au cœur, elle se demandait ce qu’il y avait, les affaires qu’elle traitait en ce moment étaient simples. Elle se leva, ajusta son uniforme et se dirigea vers le bureau de son Co.
La porte du bureau était ouverte, et l’amiral l’attendait, elle pénétra et se mit au garde à vous. Elle remarqua que le sergent se trouvait derrière elle.

- Repos. Sergent, fermez la porte et asseyez-vous.

Les deux marines obtempèrent. Le sergent se demandait ce qu’il faisait ici, il n’allait jamais sur le terrain, ce qui lui manquait parfois.
L’amiral se replaca à son bureau et ouvrit un dossier assez volumineux et pris la parole.

- Colonel, sergent, vous allez vous rendre à l’ambassade américaine de Tunis, vous enquêterez sur un traffic de drogue… Selon les informations que nous avons, deux personnes de l’ambassade seraient impliquées dans cette affaire. Vous les identifirez. Il y a deux jours la police tunisienne a arrêté un réseau d’une dizaine de personnes. Une de ces dernières a mis en cause des membres de l’ambassade sans les nommer. L’ambassadeur Mc Kay est averti de votre arrivée. Je l’ai eu au téléphone, il m’a garanti son entière collaboration. Deux billets d’avion vous attendent à l’aéroport, il décolle dans quatre heures…. Des questions ?
-Oui amiral, répondit Mac, pourquoi nous. Les marines ne sont pas nécessairement impliqués.
-Sur ordre du secrétaire d’Etat, colonel.
-Dans ce cas, monsieur, répondit Mac en prenant le dossier que lui tendait son commandant.
-Rompez… Pas vous colonel.

Ils se levèrent au garde à vous et le sergent quitta la pièce. Mac attendait un peu inquiète. Un silence s’installa, l’amiral prit la parole, il s’était mis face à elle, adossé à son bureau, les bras croisés.

- Mac, vous allez bien, vous m’avez l’air un peu fatigué.
- Je vais bien amiral, j’ai un peu trop travaillé ces derniers temps. C’est tout.

Un peu sceptique l’amiral l’a jaugea. Il savait pertinemment que le colonel ne lui dirait rien alors il continua.

- Très bien Colonel, rompez.
- A vos ordres.

Mac quitta à son tour le bureau un peu soulagée que l’amiral n’est pas plus demandé d’explications. Elle n’aurait pas su quoi dire de toute façon.
Elle rassembla ses affaires dans son bureau et donna rendez-vous au sergent deux heures plus tard à l’aéroport.

 

Mercredi 23 octobre 2001
15h30 GMT
AMBASSADE AMERICAINE DE TUNIS,
TUNISIE

Les deux militaires se dirigèrent directement à l’ambassade américaine. Ils avaient eu le temps de prendre connaissance du dossier concernant l’affaire dans l’avion. Mais ils ne purent que constater que beaucoup d’éléments manquaient. Ils examinèrent les états de services de chaque militaire basé à Tunis. Selon le rapport un réseau  de douze personnes avait été interpellé par les forces de police avec en leur possession 20 kg de cocaine, de nombreuses armes, ainsi que 100.000 $ en liquide dans un entrepôt du centre de Tunis. Lors d’un interrogaire de l’un d’entre eux, un certain Azzouri avait mis en cause des membres de l’ambassade américaine, précisant qu’il recevait les ordres de ces personnes. Que lui n’était qu’un exécutant, rien d’autre.
Le Colonel et le Sergent avaient déjà établi une liste des personnes à voir pour décanter l’affaire en espèrant une plus grande collaboration des autorités locales.
Après les différents contrôles de sécurité de l’ambassade, ils furent invités par le secrétaire de l’ambassadeur à le suivre. Ils n’eurent que le temps de déposer leurs bagages. Ce dernier était un homme quelconque dans un costume gris clair. Malgré sa grande taille, on pouvait entrer dans une pièce sans se rendre compte de sa présence. Mac l’examina tout de même, après tout, chaque personne dans cette ambassade était suspecte.

Ils furent  introduits dans un grand bureau dont la décoration était assez simple. La photographie du Président des Etats-Unis trônait au-dessus d’un grand bureau où étaient entassé de nombreux dossiers. Un drapeau américain était placé de chaque côté de la baie vitrée. Alors qu’ils examinaient la pièce, un homme de petite taille, les cheveux gris dégarnis et vétu d’un costume gris entra dans la pièce.
Les deux militaires se mirent automatiquement au garde à vous.

- Vous devez être le Lieutenant Colonel Mac Kenzie et vous le Sergent Gallindez, je suis l’ambassadeur Henry Mc Kay. Prenez place, je vous pris, en les invitant à s’asseoir.
- Merci, monsieur répondirent-ils tous les deux prenant place dans de confortables fauteuils de cuir marron.
- J’espère que vous avez fait un voyage agréable…Je ne vous cache pas le plaisir de vous voir.

Prenant la parole, Mac attaqua directement

- Merci, Votre Excellence, si vous le permettez, je voudrais venir à l’essentiel pour régler cette affaire…

Arborant un grand sourire, l’ambassadeur lui dit l’empêchant de continuer

- L’Amiral Chegwidden m’avait prévenu de votre venue et de votre réputation de Bull dog, Colonel.
Mac ne put lui faire qu’un sourire, le sergent ne put y résister non plus.
- Voilà, colonel, et vous sergent, le ministère des affaires étrangères de Tunis ne cessent de me contacter afin de leur remettre les deux personnes impliquées dans cette affaire. La tension entre de nos pays est à son comble. La Tunisie estime que ce sont ces deux personnes qui sont les cerveaux de ce réseau. Bien que ce pays ne soit pas aux mains d’islamistes purs et durs, le gouvernement est soumis à de grandes pressions de la part de ces derniers. Toujours selon eux, nous avons perverti de simple gens qui sont dans cette affaire que des victimes du satan américain… Je ne vous cache pas  que le Président est très inquiet de cette situation.
- Votre excellence je comprends tout à fait le climat politique que cette affaire engendre et je vous assure que nous démasquerons ces personnes et qu’ils seront traduits devant la justice quelle qu’elles soient. Néanmoins, Monsieur il nous manque de nombreux éléments pour commencer cette enquête.
- Je sais Colonel, c’est pourquoi j’ai déjà pris les devants et j’ai contacté Le Ministre des affaires étrangères ainsi que le chef de police locale afin que vous ayez le plus de renseignements. Vous avez rendez-vous demain matin à 09h00 avec le Capitaine  El Fourah, chef de la police. Je tiens à vous préciser qu’officiellement vous êtes ici pour un simple contrôle de sécurité afin de ne pas éveiller les soupçons.
- Merci Votre Excellence.
- Je vous laisse vous installer, mon secrétaire va vous conduire à vos chambres. M. Anderson vous communiquera toutes les informations que vous désirerez. Ce dernier est arrivé un ancien, il est au courant de tout le fonctionnement de l’ambassade.

Se levant les deux militaires se mirent au garde à vous et s’apprêtaient à quitter la pièce lorsque Mc Kay les interpella.

- Colonel, je vous demanderai de mener cette enquête de façon rapide et discrète. Mais avant tout sans heurter la susceptibilité des autorités locales.
Mac s’étant retournée lui répondit du tac au tac
- Telle en était mon intention, Votre Excellence.
- Dans ce cas c’est parfait.

Ils quittèrent enfin le bureau et se dirigèrent vers leurs chambres respectives. Ils étaient assez fatigués tous les deux, sans ajouter le décalage horaire. Les chambres étaient agréables et relativement grandes. Un bureau était présent dans chaque chambre.
Avant que le secrétaire ne les quitta, le Colonel lui demanda la liste complète de toutes les personnes travaillant à l’ambassade. M. Anderson l’avisa que cette liste était en cours de rédaction et qu’elle aurait à dispostion d ‘ici d’une heure.
Sur ce, elle donna rendez--vous au sergent dans une heure et demi dans sa chambre afin de s’atteler à cette enquête. Chacun partirent de leur côté.
Mac pris une douche brûlante afin de se délasser. Elle était épuisée, et son visage en laissait apparaître les traces. Elle se dit qu’elle se reposerait plus tard mais elle savait que cela n’allait pas être aussi simple. Elle ferma les yeux alors que l’eau brûlante lui coulait le long du corps. Elle laissa  son esprit vagabonder quelques instants. Elle vit alors Renée entourant la taille de Harm. Ses yeux se rouvrirent, elle sortit de la douche et se regarda dans la glace. Des larmes coulaient le long de son visage, ses yeux étaient rouges.
Elle s’habilla rapidement chassant ces images et se promettant de régler le problème dès que possible et de façon radicale. Elle avait déjà une petite idée sur la manière mais elle n’était pas encore prête.

Anderson frappait à la porte alors que Mac était encore dans ses pensées. Il réitéra, cette fois, elle alla ouvrir la porte. Le secrétaire avait en main un dossier. Elle le fit entrer.

- Voici colonel, la liste du personnel de l’ambassade. Outre l’ambassadeur, sa femme et ses deux enfants, il y a 8 peronnes assignées à l’administration de l’ambassade, ce qui inclut la comptabilité, les attachés d’ambassade et secrétaires. A cela, il faut ajouter un contingent de 15 marines sous les ordres du Major Weiss. Le colonel Parker est en congès aux Etats Unis depuis 15 jours. De plus cinq tunisiens travaillent ici aux cuisines et à l’entretien des locaux. Une enquête de sécurité a été faite les concernant…Ce sera tout Colonel.
- Oui merci.

Elle prit les dossiers et s’installa à son bureau afin de commencer l’étude de la liste.

Le Sergent Gallindez se présenta 15 minutes plus tard.

- Madame,
- Sergent prenez place, Anderson vient de me communiquer la liste du personnel de l’ambassade. Je voudrai  que vous vous renseigniez sur les différents marines. Où ils habitent, où ils se rendent en dehors de l’ambassade etc.
- A vos ordres, Colonel mais si je peux m’exprimer, nous ne sommes pas sûrs que ces deux personnes soient des marines.
- Je sais segent, mais il faut bien commencer quelque part…. Je vais téléphoner à l’amiral pour qu’il fasse une petite enquête sur le colonel Parker qui est en ce moment aux  Etats-Unis ainsi que sur le reste du personnel. Compte en banque…
- Très bien madame.
- Il est 17h, rendez-vous à 20h.
- A vos ordres.

Le sergent Gallindez quitta la pièce et Mac appela le Jag. Très rapidement il eut l’amiral en ligne et lui expliqua la situation. Il l’avisa qu’il mettrait Harriet sur l’épluchage des différents dossiers.
Mac se dirigea vers le Criptage afin d’envoyer le dossier au Jag. Selon l’amiral, elle recevrait les premiers renseignements d’ici 12 heures.

Il était près de 18h, lorsqu’elle eut fini, elle avait eu une discussion avec Anderson qui se trouvait lui aussi au criptage. Rien d’anormal n’avait été relevé ces dernières semaines selon lui. Cependant concernant le corps des marines il fallait qu’elle le demande directement au Major Weiss.
Mac se rendit donc au carré des officiers en espèrant y trouvait le Major.

Pas sans mal, elle le trouva. E Major Tymotee Weiss était un bel homme, d’environ 35 ans, de corpulence athlétique. Une tasse de café encore fumante était posée sur la table. Le Major ne vit pas l’arrivée de Mac, tellement il était plongé dans la lecture d’un dossier.

- Major Weiss,

Au son de la voix, il leva les yeux et la vit, il se raidissa immédiatement en voyant les étoiles d’argent de l’uniforme de Mac. Il avait les yeux bleus et un charme fou.

- Repos Major…Je suis le Lieutenant Colonel Sarah Mac Kenzie, je suis envoyée par Washington pour effectuer un contrôle de sécurité dans cette ambassade.

Le Major se détendit, il était impressionné par la beauté de la jeune femme. A ne pas en douter, il était sous son charme.

- Madame, vous désirez un café, avec une vague hésitasion.

C’est tout ce que le major avait pu répondre. Mac compris qu’elle avait troublé le marine, elle lui fit un grand sourire.

- Avec plaisir major.

Pendant qu’il préparait le café, le major avait réussi à reprendre le contrôle de lui-même. Il avait été ébloui par les yeux noisette de cette nouvelle venue mais elle était lieutenant colonel et lui major

- Que puis-je faire pour vous, madame ?
- Me renseigner, vous êtes le commandement de ce contingent donc je viens prendre la température.
- Commandant par intérim, Madame.
- Oui je sais le colonel Parker se trouve en ce moment aux Etats-Unis.
- En effet, Madame, il devrait revenir d’ici trois semaines. Et ce sera mon tour de repartir quelques temps au pays.
Tout en disant ceci il lui tendit le mug de café fumant en souriant.
- Vous n’êtes pas retourner aux Etats unis depuis combien de temps Major.
- Depuis 9 mois, 18 jours, 21heures et 11 minutes, Madame.
- Quelle précision !
Cette petite discussion anodine permettait à Mac de jauger son interlocuteur. Elle avait pu constater qu’il n’était pas indifférent à elle.
- Cela est normal, madame…Quels renseignements voulez-vous.
- Je voudrais savoir comment se comportent les soldats lorsqu’ils passent la porte de l’ambassade. S’il n’y a pas eu de problème avec la population locale. Ce genre de renseignements major.

Le major réfléchit quelques instants, Mac le surveillait du coin de l’œil afin de voir ses réactions tout en sirotant son café.

- Eh ! Bien, colonel, nous avons un très bon contact avec la population et je fais très attention à ce que mes hommes ne fassent pas d’esclandre en dehors de l’ambassade.
- Aucune bagarre ou de différend n’est donc à signaler, major.
- Pas à ma connaissance, madame. La plupart des soldats habitent en ville et se sont plus ou moins intégrer.
- Plus ou moins, major.
- Vous savez, colonel,  nous sommes loin de notre pays et de nos familles. Certains d’entre eux ne sont pas rentrés chez eux depuis près d’un an. La différence de culture est difficile pour certains.
- Je croyais major qu’il n’y avait pas eu d’incident.

Elle s’était levée et se dirigeait vers la fenêtre du carré des officiers qui donnait sur les grilles de l’ambassade. Le Major Weiss se tenait debout, sa tasse de café à la main,  la main gauche dans le dos et la regardait s’éloigner.

- En effet c’est ce que j’ai dit, madame. Mais j’ai tout de même relevé des tensions depuis quelques jours.
- De quelle nature, dit Mac en se retournant l’air interessé.
- J’ai suppris une discussion très agitée entre deux soldats il y a deux jours. Ils allaient presque en venir aux mains lorsqu’ils m’ont vu.
- Quels sont les noms de ces deux soldats, major.
- Il s’agit du caporal O’Brian et du soldat de première classe Miller, Colonel.

Mac réfléchissait mais elle se repris tout de suite. Mais le Major s’inquiétait de la tournure de la discussion, ne lui avait-elle pas dit qu’elle se trouvait ici pour un contrôle de sécurité.

- Major savez-vous à quel sujet ils se disputaient ?
- Non madame.

Mac s’aperçut du trouble du Major Weiss à ces questions.

- Selon vous la sécurité de l’ambassade n’est pas affectée.
- Non madame.
- Très bien Major je vais vous laisser.
- Colonel, …
- Oui major, alors qu’elle déposait sa tasse de café sur la table face au Major Weiss
- Une chose m’a paru bizzare néanmoins.
- Je vous écoute.
- Eh ! Bien ce n’est peut être rien mais lorsque je suis arrivée dans la pièce il y avait un troisième homme caché dans un coin de la pièce très interessé par ce qui se passait. Malheureusement il faisait trop sombre pour voir de qui il s’agissait.
- Merci Major,

Le major se mit au garde à vous et Mac quitta la pièce. Son parfum flottait encore dans la pièce. Le Major Tymotee Weiss l’inspira avec félicité. Il ne pouvait s’arrêter de penser quelle belle femme était le Lieutenant Colonel Sarah Mac Kenzie.

Mac se dirigea directement vers sa chambre pour étudier les dossiers de ces deux militaires. Elle n'avait pas vu l’heure lorsque le sergent Gallindez frappa à sa porte.
Sorti de ses pensées, elle l’invita à entrer.

- Ah, c’est vous Sergent, je n’ai pas vu l’heure passée. Vous avez dîné.
- Non, madame.
- Eh ! Bien, que dites-vous de manger à l’exterieur, j’ai peur qu’il y ait trop d’oreilles curieuses, ici.
- Avec plaisir, colonel.
- Rendez-vous dans 20 minutes alors... Tenue bourgeoise, sergent, dit-elle avec un grand sourire.
- A vos ordres.

L’ambassadeur avait mis à leur disposition un véhicule civil assez discret. Tous les deux partirent pour le cœur de Tunis. Ils se retrouvèrent dans un petit restaurant tunisien dans le quartier populaire. Ils étaient les seuls. Après la commande, le sergent lui fit son rapport.

Le Sergent Gallindez n’avait pas chômé. Il avait appris que la plupart des marines habitaient dans le même quartier de Tunis. En fait, ils s’étaient regroupés dans le quartier le plus commerçant, les cafés y faisaient profusion. Le lieu de rendez-vous américain était un troquet qui s’appelait «chez Karim ». Trois marines habitaient singulièrement le quartier le plus huppé de Tunis, quartier résidentiel par excellence et doté d’une police privée qui empêchait que toute la «vermine  des bas-fonds viennent troubler la tranquillité des bonnes gens ». Ces dernières informations avaient été soutirées à un marine de première classe qui s’était laissé à la confidence. Le sergent n’avait repris alors que les expressions du soldat. Il s’agissait du Major Weiss, du Lieutenant Johns, du caporal O’Brian.

Devant les dernières révélations du sergent, Mac lui rapporta à son tour les informations qu’elle avait récoltée auprès du Major Weiss. Ils en arrivèrent à la conclusion de se concentrer sur ces trois marines et surtout comment un simple caporal pouvait se payer une telle maison. Un silence s’installa entre les deux militaires.

- Colonel, permission de parler franchement.
- Allez-y sergent.
- Madame, je n’aime pas cette affaire… Je ne sais pas si c’est mon instinct d’ancien flic, mais il ya quelque chose qui me gêne et je n’arrive pas à savoir ce que c’est.
- Je me suis toujours fiée à mon instinct, sergent et à de nombreuses reprises il m’a sauvé la vie. Qu’est-ce-qui vous gêne ?
- Je ne sais pas exactement. Lorsque je discutais avec certains marines, j’ai ressenti comme une certaine tension comme si on me cachait quelque chose, un secret.
- Sergent, lorsque je vous ai demandé d’intégrer le Jag, il y a de cela deux ans, je savais que je n’avais pas choisi n’importe qui. Et vos états de service me l’ont prouvé… Ainsi que votre première rencontre avec l’Amiral.

A cette remarque ils se mirent à rire et se souvenèrent.

- Merci, madame. Mon engagement au Jag, je ne l’ai jamais regretté. Le Jag est une grande famille et je suis fier d’en faire partie.
- En effet, sergent. C’est une grande famille…

Le reste de la soirée se déroula dans la bonne humeur, ils discutèrent, parlant de tout et de rien.

 

Jeudi 24 octobre 2001
09H30 GMT
QUARTIER GENERAL DE LA POLICE
TUNIS, TUNISIE

 

Le lieutenant colonel Mc Kenzie et le sergent artilleur Gallindez se présentèrent en civil à 08h50, heure locale au central de police de Tunis. Le policier de l’accueil n’avait pas vu d’un bon œil l’arrivée de ces étrangers, et encore plus lorsque ce fut Mac qui prit la parole lui annonçant son rendez-vous avec le Capitaine El Fourah. L’activité du commissariat  était à son comble d’inactivité. Ils avaient été placés dans une petite pièce  où tronait la photographie du Président de la Tunisie. Le temps s’écoula sans que personne ne leur adresse la parole mais les regards n’étaient pas du tout compatissants. La tension augmentait chez Mac, déjà qu’elle n’avait pas très bien dormi, son sommeil avait encore agité par l’image d’un certain Capitaine de frégate. Et en plus on la faisait attendre. Le Sergent avait remarqué les traits tirés de son colonel ainsi que son énervement de plus en plus perceptible.
Ce n’est qu’à 09h45, qu’on vinrent les chercher. Elle tenta de se calmer en repensant aux recommandations de l’ambassadeur Mac Kay. Le bureau du chef de la police était austère et le mobilier assez usagé. Le capitaine était un homme portant la cinquantaine, son uniforme n’était pas de première jeunesse. Il n’avait même pas levé les yeux à leur entrée.

- Vous devez être le colonel Mac Kenzie, en s’adressant à Gallindez.
- Je suis le Colonel Sarah Mac Kenzie du Bureau du Juge Avocat Général, capitaine répondit Mac d’un ton ferme et autoritaire.
- Excusez-moi Colonel de ma méprise, dans mon pays rare sont les femmes qui occupent de tel poste… Asseyez-vous je vous en prie.
Tandis que les deux marines prenaient place.
- J’ai reçu ordre de collaborer avec vous.
Il avait dit cela sur un ton de repproche, l’ayant remarqué Mac  resta calme et se dit que cela n’allait pas être aussi facile.
- Je vous remercie capitaine, nous sommes là pour stoper ce traffic qui sévit dans votre pays et je vous assure que les coupables seront traduit devant la justice et châtiés.

Le capitaine les examina tous les deux pendant un très long moment, il s’était adossé dans son fauteuil, jouant avec son stylo.

-Eh bien ! Colonel quel laïus… Revenons-en aux faits. Selon les dernières…dépositions des personnes que nous avons interpellées, il y aurait deux personnes de l’ambassade américiane qui seraient impliquées et en seraient les cerveaux. Malheureusement, aucune d’entre elles ne les a vu. Tout ce que nous savons c’est qu’ils s’agissent de deux américains. Nous sommes à la recherche du chef du réseau qui a réussi à prendre la fuite et qui est le seul à les avoir cottoyé et donc capable de les identifier. Ce n’est qu’une question d’heure pour que nous l’arrêtions.

Mac avait écouté  attentivement les explications du capitaine El Fourah et décida de jouer carte sur table.

- Capitaine, je sais que vous collaborez avec nous sur instructions… Mais sachez que nous avons tous les deux le même but. Le traffic de drogue est un fléau et nos deux pays en sont les victimes… Les Etats-Unis et par ce biais l’ambassadeur Mac Kay sont conscients des enjeux politiques de cette affaire… Laissons aux politiques, la politique, et nous occupons-nous de ces criminels.

Le chef de la police réfléchissa de longues secondes en fixant Mac, il n’avait pas changer de postion depuis tout à l’heure ; avait-elle fait mouche, c’est tout ce que la jeune femme pouvait se demander. Il se redressa, s’attabla à son bureau, prit un dossier assez volumineux et l’ouvrit. Il tourna les pages et s’arréta sur un procès verbal. Il prit une grande inspiration.

- Comme je vous l’ai déjà dit colonel, nous avons très peu d’informations concernant les deux cerveaux. Ils recevaient les ordres de l’homme que nous recherchons… Néanmoins l’un des individus a assisté à une conversion téléphonique très animée, ils parlaient en français. A un moment, le chef prononça un mot…Bull Dogs marines.
-Bull Dogs marines, capitaine, cela impliquerait que l’un des cerveaux est un militaire.
-En effet colonel…Lors de cette conversion, il semblerait que l’Américain ait précisé qu’il ne fallait pas qu’il oublie qu’il avait à faire à un Bull Dog Marines. Maintenant, c’est à vous de jouer colonel.
-Merci, capitaine, nous savons où commencer maintenant.
-Dès que nous arrêterons le chef en fuite, je vous aviserai.
-Merci, capitaine.

Le capitaine les congédia poliment. Durant tout l’échange, le sergent avait été étonné du revirement du chef de police. Le colonel l’avait manoeuvré merveilleusement. En effet, Mac était fière d’elle. Ils regagnèrent l’ambassade. Maintenant, ils savaient où cherchait.
A leur retour, le criptage l’avisa de l‘arrivée des informations demandées au Jag. Ils s’enfèrmèrent dans la chambre de Mac pour les analyser.
Cependant, un homme les surveillait depuis qu’ils étaient de retour. Il avait même fouillé les deux chambres sans laisser la moindre trace ou du moins il le croyait.
Le lieutenant Sims avait bien travaillé, ils avaient à leur disposition toutes les situations financières de tout le personnel ainsi que leur trajet professionnel.
Ils se concentrèrent en premier lieu sur le Caporal O’Brian. Son compte en banque était bien garni. Chaque mois, un dépôt de 10.000 $ était effectué via une banque des Bahamas. Ceux du Major T. Weiss et du Lieutenant Peter Johns ne faisaient apparaître aucun mouvenment suspect. Leurs états de service étaient exemplaires. Ils avaient été affectés en même temps depuis 18 mois. Et ne se connaissaient apparemment pas.
D’un commun accord, ils décidèrent d’interroger le plus rapidement possible le caporal O’Brian.
Mac prit dans le premier tiroir de son bureau le dossier miltaire de O’Brian mais sa main s’arrêta au moment où elle allait prendre le dossier.
Devant l’hésitation de son colonel, le sergent Gallindez lui demanda :

-Il y a un problème, colonel.
-Oui, on dirait que l’on a fouillé mon bureau. J’avais placé un morceau de papier de telle façon que si l’on ouvre le tiroir, il tombe.
Elle se baissa et ramassa le petit morceau de papier et le montra au sergent en le tenant par le bout des doigts.
-On dirait, madame que nous sommes surveillés.
-En effet, sergent.

Elle laissa le sergent dans sa chambre pour examiner le reste des dossiers et se dirigea vers le bureau de Anderson.

-M. Anderson, il nous faudrait une pièce afin d’effectuer nos interrogatoires de sécurité.
-L’ambassadeur me l’avait déjà demandé, colonel, je vais vous y conduire.
-Merci.

Après avoir mis en place la pièce elle fit convoquer le caporal O’Brian et fit venir le sergent Gallindez.
Vingt minutes plus tard, le caporal O’Brian était au garde à vous devant les deux marines.

-Caporal O’Brian, je suis le Lieutenant Colonel Mc Kenzie et voici le sergent artilleur Gallindez. Nous sommes ici pour un contrôle de sécurité… Prenez place, caporal en lui désignant une chaise en bois.
Le Colonel s’assit face à lui et le sergent resta debout examinant le soldat. Et l’interrogatoire commença.

-Caporal, vous êtes affecté ici depuis 18 mois, est-ce exact ?
-Oui colonel.
-Depuis combien de temps n’êtes-vous pas reparti aux Etats unis ?
-Depuis 10 mois et 9 jours, madame.
-Selon votre dossier vous vous étes engagé il y a de cela cinq ans, à l’âge de 24 ans.
-Oui, c’est exact, colonel.

Victor l’examinait, il semblait très nerveux. O’Brian ne cessait de se triturer les mains. Mac l’avait remarqué aussi. Elle décida de passer à l’attaque. Dans son uniforme de marine, les yeux brillants, les bras sur le bureau et les doigts entrelassés sur le dossier ouvert, elle se lança :

-Caporal, vous revevez une solde d’environ 2500$ par mois, prime internationale comprise.
-En effet colonel.
-Où résidez-vous, O’Brian ?
-J’habite au 12 avenue de l’Indépendance, répondit-il.
-Votre loyer est de combien ?
-Je ne paye pas de loyer, madame.

Un peu déstabilisé, Mac se reprit malgré tout.

-La question que je me pose, caporal est la suivante :  comment se fait-il que chaque mois vous recevriez une somme de 10.000$ venant d’une banque des Bahamas ?

Le caporal ne semblait pas mis à mal par cette question. Il affichait même un léger rictus ce qui déstabilisa quelque peu nos deux enquêteurs

-Madame, O’Brain est le nom de jeune fille de ma mère. Je l’ai pris au divorce de mes parents à ma majorité… Le nom de mon père est MacKingley, il est propriétaire du plus grand casino des Bahamas, et les 10.000$ sont pour mon père une façon de se faire pardonner le divorce et de m’acheter. La maison que j’occupe est une de ses nombreuses propriétés.

Mac et Victor se regardèrent, une piste pour rien. Elle allait clôturer l’entretien lorsqu’elle se ravisa un éclair dans les yeux.

-Caporal, cela répond à ma première question… Pourquoi vous êtes vous disputé avec le soldat de première classe Miller ?

 Le Caporal se tendit, sa nervosité était évidente. Apparemment il ne s’attendait pas à cette question.

-Caporal, je vous ai posé une question.
-C’était un simple différend, Madame.
-Je vous demande la raison de ce différend, caporal, dit-elle sur un ton autoritaire qui exigeait une réponse.
-C’était à propos… du service, répondit O’Brian.

Cependant la réponse ne satisfit pas les deux marines. La réponse avait été faite sur un ton peu convaincant. Semble-t-il, le caporal espérait que la réponse anodine empêcherait de demander d’avantage. La tension du caporal était très visible, de légères gouttes de sueur commençaient à se former sur le front du jeune soldat.
Le colonel se leva et se placa derrière le caporal O’Brian. Ce dernier était toujours assis face à la table de la petite pièce. Elle regarda Victor Gallindez. Les bras croisés il fixait le marine, ce qu’il vit et qui le déstabilisa d’avantage. Mac lui fit un signe des yeux pour qu’il prenne le relais.

-Caporal, cette réponse est plus qu’insuffissante, dit-il sur un ton sec.

Victor était ravi, il reprenait ses automatismes de flic qu’il pensait avoir oublié. Le caporal était entrain de baisser sa garde, il allait craquer d’un instant  à l’autre.

-Sergent, je vous assure qu’on se disputait à propos du service. Nous avons chacun des vues sur elle.

Le sergent continua son interrogatoire dans ce sens, mais les réponses étaient hésitantes et à plusieurs reprise, il se contredit. Néanmoins, il se tenait sur ses positions.
Au bout de trente minutes, de ce petit jeu, Mac le renvoya dans ses quartiers avec ordres de ne pas les quitter jusqu’à nouvel ordre.
Les deux enquêteurs avaient les mêmes questions. Elle demanda à Gallindez d’aller chercher le première classe Miller.
Revenu dix minutes, il avisa que le soldat ne prendrait son service que ce soir.

Une heure plus tard, ils convoquèrent donc le soldat de première classe Miller. C’était un jeune homme d’environ 25 ans, souriant avec une démarche athlétique. Il portait un large sourire lorsque le sergent Gallindez vint le chercher. Le colonel Mc Kenzie lui laissait le privilège de l’interrogatoire. Le militaire présentait un large sourire tout au long de l’entretien. Il était inébranlable. Néanmoins il contredisait le caporal O’Brian. Tout en gardant son calme, il définissait son supérieur comme un toxicomane. Il l’avait surpris en train de se «piquer » d’où la dispute et il avait préféré garder le silence pour le protéger.

-Soldat Miller, savez vous que selon vos déclarations le caporal n’est plus à même d’assumer sa mission de protection de l’ambassade et que vous avez commis une faute grave en ne dénonçant pas sa dépendance à des produits stupéfiants, lui dit Mac.
-Oui je sais Madame mais je pensais que je pourrais le sortir de là. Pour tout vous avouer, Madame, j’ai aidé mon frère à se sortir de la drogue. Donc…
-vous savez que vous pouvez être traduit en cour martiale pour un tel motif
-oui, madame, mais je pensais bien faire.
-bien, soldat vous pouvez reprendre votre service, j’en aviserai personnellement le Major Weiss.

Il se mit au garde à vous et quitta le bureau. Nos deux enquêteurs se retrouvèrent seuls à faire le point.
-Vous l’avez cru, sergent.
-Je ne sais pas madame, il y a quelque chose qui me gène chez Miller…. Peut-être sa trop grande confiance en lui.
-oui, vous avez peut-être raison, sergent… Je vais aller voir le Major Weiss pour voir la suite concernant O’Brian.Vous continuez vos recherches. On se retrouve demain à 08h pour faire le point. OK ?
-A vos ordres, colonel.

Et ils se séparèrent. Mac demanda un examen médical complet concernant le caporal O’Brian et une surveillance accrue le concernant. La journée se terminait, Mac était épuisée, elle regagna ses quartiers. Cela faisait près de deux jours qu’ils se trouvaient là et ils n’avaient pas à proprement parler avancé dans leur enquête. Malgré sa fatigue elle se plongea dans un nouvel examen de tous les dossiers  militaires. Elle avait reçu le complèment de renseignements du Jag et ce ne fut que très tard qu’elle se coucha.
Elle avait une tête à faire peur. Malgrè tout son esprit était occupé, tout du moins la journée. Allongée dans son lit ses pensées retournèrent à Washington, aux traits du capitaine de frègate Rabb, à la pensée de leur baiser échangé lors de sa soirée de fiançailles chez l’Amiral Chegwidden. Elle avait le cœur en morceau, il ne lui avait même pas laissé un message avant de partir, même pas un coup de téléphone. Les larmes roulèrent sur ses joues, elle ne pouvait plus les arrêter. « Je l’aime tant pourquoi me fait-il tant souffrir ! ! Il faut que cela cesse ! ! » se disait Mac.  Cela faisait des semaines que la situation perdurait, sa mine s’assombrissait de plus en plus, elle n’arriverait plus à cacher son état bien longtemps.
Mac se forca à se calmer et se dit «puisqu’il ne veut pas prendre de décision, c’est moi qui vais la prendre ! » Il était près de cinq heures lorsque ses paupières se fermèrent gonflées par une nuit de pleurs. Elle avait pris sa décision et l’appliquerait à son retour aux Etats Unis.