Dimanche 28 décembre 2003
Résidence de l'Amiral Chegwidden
MacLean, Virginie
23h39
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L'amiral Chegwidden, Albert Jetro de son prénom, merci pour lui, était tranquillement installé dans le canapé de son salon – offert par l'ancien Secrétaire d'Etat à la Marine (…oui, il serait peut-être temps d'en changer, tout comme il avait été temps de changer de SECNAV !) – bref, AJ était tranquillement installé – que dis-je, avachi – dans le canapé de son salon, à regarder un film de guerre, américain bien sûr, à la télé. Enfin… regarder était un bien grand mot, car il avait depuis longtemps délaissé ce navet aux allures hollywoodiennes un peu trop prononcées selon lui (nan, nan, c pas Top Gun… pour quiconque s'aventurerait à critiquer, j'en suis fan, et tout militaire qui se respecte en fait un de ses films cultes !!) pour se perdre dans des pensées non moins intéressantes que les tribulations de jeunes aviateurs frimant dans le cockpit de F14 ou dans leur tenue immaculée de réception (le prestige de l'uniforme ! Là, ça peut être compris comme une allusion à ce cher Maverick !) . Mais ses paisibles pensées furent bientôt interrompues par la sonnerie stridente de la porte d'entrée – qu'il prit d'abord pour l'alarme incendie du porte-avions où se déroulait l'action du film.
Qui pouvait bien lui rendre visite à cette heure tardive ? Il avait passé une semaine exécrable : le SecNav l'avait harcelé au téléphone quotidiennement à propos d'une affaire où le fils d'un quatre étoiles était impliqué, tandis que ses deux meilleurs avocats (pas la peine de les citer !) semblaient avoir pris une fois de plus la salle de tribunal – où Mac sévissait en tant que juge – comme décor pour un règlement de compte personnel. La dernière chose dont il avait besoin était d'une visite impromptue lui annonçant quelque mauvaise nouvelle. AJ se leva péniblement de son siège et traîna des pieds jusqu'à la porte d'entrée. Il y avait des jours comme ça où il valait mieux rester couché… ce en quoi il put à nouveau vérifier l'exactitude de cette pensée.
AJ : Meredith ??
Meredith : Bonjour à toi aussi !
AJ : Euh… excuse-moi. Mais entre, voyons !
Après un rapide baiser sur les lèvres, elle pénétra à l'intérieur de la maison.
Meredith : Ouhlàlà, il fait un de ces froids de canard dehors ! Vite, que je me réchauffe ! Mmmh, tu n'aurais pas quelque chose à boire pour m'y aider, par hasard ?
*Comment diable faisait-elle pour être toujours de bonne humeur ?*
AJ : Si, si, assied-toi, je reviens tout de suite.
Tout en se dirigeant vers la cuisine, AJ se posait des questions. *Qu'est-ce que Meredith venait-elle donc faire chez lui, un dimanche soir tard, alors même qu'ils s'étaient vus quelques heures auparavant ? Elle lui avait même préparé le déjeuner… ce qui n'avait rien arrangé à son humeur ! Quelle catastrophe allait-elle encore générer ? Mon Dieu, j'ai réellement pensé ça ? Je devrais quand même lui laisser le bénéfice du doute…*
Meredith : Chéri ?
AJ : Oui, oui, je suis là. Mais, dis-moi, Meredith… c'était prévu que tu passes ce soir ? On ne sait jamais, d'ici que je sois atteint d'Alzheimer précoce…
*Oui, enfin, pas si précoce que ça, je ne suis plus tout jeune*.
Meredith : Non, non, pas du tout, c'est juste que je me promenais… euh… dans mon appartement… quand j'ai subitement eu une idée lumineuse ! Alors je me suis dit que tu aimerais la connaître, surtout qu'elle te concerne un peu, et me voilà !
AJ : Ah…
Il lui lança un regard mi-moqueur, mi-alerté.
Meredith : Oui, car vois-tu, je me suis rendue compte que depuis le temps que l'on se connaît maintenant, je n'ai même pas eu l'occasion de rencontrer calmement tes collègues ; alors pour y remédier dans les plus brefs délais, j'ai décidé d'organiser un repas – tu connais mon amour de la cuisine – avec tous tes amis du JAG. Ce n'est pas une bonne idée ?
AJ : Mmmh… et où donc aurait lieu ce… repas ?
Meredith : Oh, chez toi bien sûr, que tout le monde se sente à l'aise ; et puis…
AJ : Mais tu sais, tu as déjà rencontré mes principaux collègues… le capitaine Rabb par exemple !
A l'évocation de ce souvenir, le visage de Meredith s'illumina encore plus (si toutefois c'est possible !).
Meredith : Ah oui, qu'est-ce qu'il était adorable ! Je me demande s'il accepterait de m'emmener voler à nouveau…
AJ , précipitamment : Donc, ce serait pour quand ce repas ?
Meredith : Ah bien j'ai pensé que nous pourrions faire d'une pierre deux coups et fêter avec eux le réveillon de la saint Sylvestre…
AJ : C'est-à-dire, je ne sais pas q'ils seront libres. Quatre jours à l'avance, ils auront très certainement quelque chose de prévu, objecta AJ, trop heureux d'entrevoir une porte de sortie.
Meredith : Je les appelle…
AJ : Non ! Meredith, il est plus de minuit, je… je leur parlerai demain au JAG. *Encore une mauvaise journée en prévision…* En attendant, tu ferais mieux de rentrer te coucher, il se fait tard. Je te ramène.
C'était plus prudent, pensa-t-il, étant donné le caractère souple de la conduite de Meredith.
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Lundi 29 décembre 2003
QG du JAG
Falls Church, Virginie
16h30
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Cela faisait des heures et des heures que l'amiral Chegwidden tournait et retournait dans sa tête les diverses manières dont il pourrait annoncer à ses subordonnés la requête de Meredith, mais il voyait déjà le regard apeuré de Tiner, celui moqueur du Capitaine, et l'air poliment surpris de Bud. Jusqu'à présent, ces images avaient eu raison de son effort, pourtant existant. *Bon, allez, je ne peux plus reculer maintenant, certains commencent déjà à partir*. Il venait de faire un tour dans le hall du JAG pour se donner un peu de courage, et il avait vu sortir du tribunal un Harm furieux contre une Mac pas désolée pour un sou (pourquoi le serait-elle d'ailleurs ?). Cette perpétuelle guéguerre entre ses deux meilleurs éléments commençait à lui taper sur le système, et il se dit qu'une petite soirée, finalement, ne leur ferait pas de mal… Quoique, avec ces deux handicapés des sentiments, il fallait s'attendre à tout !
AJ : Colonel, Capitaine, dans mon bureau !
Pour la première fois depuis quelques longs jours, Harm et Mac s'adressèrent un regard de connivence : lorsque l'Amiral vous convoquait dans son bureau en aboyant de la sorte, mieux valait être solidaires. Surtout que cela ne devait pas être sans rapport avec leurs attitudes respectives au tribunal. Le sourire de circonstance qu'ils avaient esquissé l'un envers l'autre s'évanouit aussitôt pour refaire place à une certaine animosité compétitive : à chacun la défense de ses 6 heures !
AJ : Tiner ! Allez me chercher Turner, Galindez, Roberts et le lieutenant Sims, puis rejoignez-nous dans mon bureau.
Tiner : Moi aussi, Monsieur ?
AJ : Vous êtes sourd, Tiner ?
Tiner : Non, Monsieur. A vos ordres, Amiral.
Si tant de monde – et même Tiner ! – était concerné, cela n'avait sans doute aucun rapport avec le tribunal. Harm et Mac se détendirent légèrement et échangèrent un nouveau regard, empreint de surprise cette fois. A la question muette du Colonel, le Capitaine répondit par un haussement d'épaules.
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10 minutes plus tard
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Sturgis, Victor, Harm, Mac, Bud, Harriet et Jason attendaient patiemment, dans la position réglementaire du garde-à-vous, que l'Amiral, qui semblait passablement contrarié, daigne faire état de leur présence en les autorisant à se mettre au repos… ce qui ne semblait pas dans ses préoccupations, jusqu'au moment où Tiner vacilla.
AJ : Repos !
L'amiral Chegwidden scruta successivement chacun des visages en face de lui.
AJ : Hum !
Il s'éclaircit la gorge.
AJ : Je voulais… oui, je voulais vous souhaiter un joyeux Noël, certes un peu en retard…
L'expression de stupeur, qui n'avait cessé de s'accroître, atteignit son paroxysme sur le visage de ses subordonnés. Mac réussit tout de même à glisser à Harm un : « Vous croyez qu'il va bien ? » inquiet et stupéfait.
AJ : … et je voudrais profiter de l'occasion que vous soyez tous réunis dans mon bureau pour vous remercier de tout le travail que vous effectuez au JAG…
Harm, incrédule, se pencha légèrement vers Mac et chuchota : « Il est peut-être tombé de son fauteuil, ça m'est arrivé une fois, et… euh… eh bien, j'étais un peu bizarre après… ».
Le souvenir de Mac habillée d'une longue robe décolletée, ou vêtue uniquement d'une simple serviette de bain, les cheveux mouillés, vint lui caresser l'esprit et, à ces visions, son expression s'adoucit ; laissant inconsciemment ses yeux glisser paresseusement sur les courbes harmonieuses de sa partenaire, il se sentir rougir lorsqu'il croisa son regard surpris, ce qui eut pour effet de le ramener brusquement à la réalité… juste à temps pour ne rien manquer de la performance de l'Amiral !
AJ : … car vous faites tous du très bon boulot, même s'il arrive de vous quereller…
Il lança un regard qu'il voulait sévère à Harm et Mac, qui prirent l'air le plus coupable qu'ils purent.
AJ : En plus de cela, je vous considère comme, oui, je crois que l'on peut dire ça, comme des amis.
Le regard de Tiner pétilla d'excitation et de fierté !
AJ : C'est pourquoi je voudrais vous présenter quelqu'un que je… euh… fréquente. Ou plutôt, pour être franc, cette personne voudrait vous rencontrer. Elle s'appelle Meredith.
Une expression désespérée passa sur le visage de Harm, qui eut tôt fait de la réprimer, par politesse.
AJ : En conséquence, nous vous invitons tous chez moi pour la Saint Sylvestre… si vous êtes libres bien sûr, il n'y a aucune espèce d'obligation.
Il avait appuyé ses derniers mots car, en son for intérieur, il tenait à ce que le moins de personnes possible assiste à une soirée qui avait tout – c'est-à-dire Meredith – pour dégénérer.
AJ : Vous pouvez disposer.
Tous sortirent du bureau de l'amiral, apparemment ravis d'une telle proposition, et Harm éprouva un élan de compassion – mâtiné d'une pointe de sadisme – pour tous ces visages encore innocents. *Finalement, ça pourrait être drôle de voir leur tête quand ils découvriraient qui était véritablement Meredith Cavanaugh !* Seul Tiner semblait vaguement affolé. Il faut dire que lors de sa dernière visite au JAG ? Meredith avait tenu à aider le pauvre Jason à réparer son ordinateur atteint d'un virus particulièrement coriace, mais de toute évidence le virus était moins coriace que Meredith, car cela avait eu pour conséquence un appel catastrophé au réparateur, qui n'avait eu d'autre choix que de constater le passage de vie à trépas de la loyale machine.
Harm ne put réprimer un petit sourire ironique au souvenir de cette scène, sourire qui n'échappa pas à sa vigilante partenaire.
Mac : Alors, Flyboy, on dirait que l'invitation de l'Amiral vous fait on ne peut plus plaisir… Ne me dites pas que vous n'aviez rien de prévu pour le réveillon, avec toutes ces belles blondes (NdA : je n'ai rien contre les blondes, sauf quand elles s'appellent Renée Peterson bien sûr !) qui vous tournent autour… L'Amiral serait sans doute heureux de les rencontrer !
Harm : … Eh bien, détrompez-vous.
Son sourire avait quelque peu faibli, elle venait de lui rappeler combien il se sentait seul… *Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé… Il pourrait séduire toutes ces belles blondes dont parlait Mac qu'il serait toujours seul dans son cœur, car elle n'était pas sienne*. Mais il n'avait pas dit son dernier mot (Jean-Pierre !) .
Harm : En réalité…, approchez ! dit-il d'un air de conspirateur.
Mac, curieuse, s'exécuta, et il continua, sur le ton de la confidence.
Harm : Je ne souhaite pas emmener quelques-unes de ces charmantes personnes chez l'Amiral, car elles prendraient peur en découvrant quel genre de… créatures, m'entourent.
Il eut un sourire satisfait.
Harm : Et puis, à tout bien considérer, cette soirée pourrait s'avérer déjà suffisamment intéressante comme ça… Ca se voit que vous ne connaissez pas Meredith Cavanaugh !
Mac : Ah, parce que vous la connaissez, vous ?
Harm : Mmmh… disons que nous sommes montés jusqu'au 7 ème ciel ensemble…
Qu'est-ce qu'elle détestait quand il prenait ce petit air suffisant !
Mac : Pourtant, si je ne m'abuse, si l'un de nous deux devait la connaître, ce serait moi, étant donné que j'envisageais de lui faire donner des cours d'anglais à Chloé…
Harm : Mamma Mia, vous avez renoncé à votre projet j'espère ?
Mac : Harmon Rabb Junior, vous êtes incroyablement médisant ! Meredith m'a l'air de quelqu'un de très bien ; eh puis, elle ne peut pas être aussi horripilante et désespérante que vous, Harm, la comparaison est impossible à soutenir !
Elle lui adressa un sourire taquin. Leur complicité avait refait surface à la première occasion. *Oh oui, la soirée chez l'amiral s'annonçait décidément passionnante, qu'est-ce qu'il allait rire !* Mais ce que Harm ignorait, c'était que les autres allaient sans doute s'amuser bien plus que lui…
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Mercredi 31 décembre 2003
Résidence de l'Amiral Chegwidden
MacLean, Virginie
18h34
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AJ s'affairait dans la cuisine pour les derniers préparatifs de la soirée. Il avait évité le pire, pensait-il… quoique, vu la dernière trouvaille de Meredith, le pire restait peut-être encore à venir ! En effet, lorsque la question du menu du repas s'était posée, Meredith, avec son entrain habituel, s'était spontanément proposée pour le préparer. AJ, qui tenait à ce que ses amis le restent, avait essayé de lui faire changer d'avis, en vain, jusqu'à ce qu'il trouve l'argument irréfutable : il avait envie de la surprendre, et ne voulait pas qu'elle, si chère à son cœur, se fatigue un tel jour… d'autant plus que la soirée risquait de se prolonger fort tard dans la nuit. De plus, il connaissait bien mieux qu'elle sa cuisine et ses ustensiles. Curieusement, Meredith avait assez rapidement accepté, et AJ se demandait ce que cela cachait, quand elle lui fournit d'elle-même la réponse.
Meredith : Mais ne fais pas des trucs lourds et compliqués, hein ; les gens font toujours des trucs si lourds et compliqués que cela ne plaît jamais à tous les convives. Non, il serait temps de rompre avec les traditions. J'ai une idée…
AJ se retint de lever les yeux au ciel.
Meredith : Si tu préparais une fondue savoyarde ?
L'amiral eut un soupir de soulagement : si ce n'était que ça !
Meredith : C'est vrai, c'est simple, convivial, et puis ça pourrait même être amusant…
AJ fronça les sourcils.
Meredith : …imagine les gages qu'on pourrait donner à ceux et celles qui perdraient leur bout de pain ! Ce sera formidablement palpitant, tu vas voir !
AJ lança un regard soupçonneux à Meredith, mais ne put s'empêcher de s'attendrir en voyant l'enthousiasme se peindre sur ses traits. Il n'aimait certes pas trop cette idée de gages, mais il se dit que de petits gages tels qu'on les concevait habituellement – sauter à cloche-pied, faire des sauts de kangourou… – étaient somme toute assez inoffensifs ; Meredith avait raison, cela pourrait même se révéler drôle. Tout de même, cette Meredith était restée très gamine. Elle devrait bien s'entendre avec Rabb. A propos, il se surprit à se demander ce que ses collègues pouvaient bien penser de sa relation avec Meredith…
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Au même moment
Appartement de Mac
Georgetown
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Mac venait juste de sortir de la douche. Vêtue d'un simple peignoir, les cheveux en bataille, elle se dirigeait vers sa coiffeuse pour se maquiller, lorsque deux coups secs furent frappés à la porte. Elle jeta un coup d'œil à son réveil : 18h30. Son horloge interne ne l'avait pas trompée. Qui pouvait bien venir chez elle un 31 décembre à 18h30 ? Harm devait bien passer la chercher à 19h pour la réception de l'Amiral (sa voiture à elle, en panne, était au garage… ce qui avait permis à l'arrogant capitaine de faire la remarque qu'une belle voiture, c'était bien, mais encore fallait-il qu'elle soit capable de rouler !), mais elle doutait qu'il soit en avance. Peut-être était-ce Clay. Un sourire rêveur apparut sur les lèvres de la jeune femme. Même si cela n'avait rien à voir avec le genre de relation qu'elle entretenait avec Harm (quelle relation ?), elle se sentait très proche de Clay qui, sous des airs de grand dur impitoyable et insensible, cachait un cœur des plus généreux, Harm et elle avaient eu tout le loisir de le constater depuis le temps qu'ils le connaissaient. Elle avait dîné plusieurs fois avec Webb ces derniers temps, et il avait été adorable, patient tout en étant un minimum téméraire. La dernière fois – pas plus tard qu'avant-hier – il l'avait raccompagnée jusqu'à la porte de son appartement et, avant de partir, avait déposé un léger baiser sur ses lèvres, sans insister davantage. Pourtant, elle ne lui aurait pas résisté ; mais c'était un véritable gentleman. Brumby aussi était un gentleman, lui souffla une petite voix. Non, comparer Brumby à Clayton était comme… comparer un Airbus à un Tomcat. Elle eut un petit rire à l'utilisation d'une terminologie typiquement "harmienne".
Ses réflexions l'avaient menée jusqu'à la porte d'entrée, qu'elle entrebâilla.
Harm : Hey, Marine, c'est moi ! Je vous fais peur ou quoi ?
Mac : Oh, Harm ! C'est juste que je ne vous attendais pas de sitôt, d'habitude la ponctualité n'est pas votre point fort, alors être en avance… Mais entrez donc !
Et elle s'écarta pour le laisser entrer. C'est alors qu'il s'aperçut de sa tenue. Encore une fois, il se surprit à l'observer à la dérobée, troublé. Des milliers de souvenirs affluaient dans son esprit. Qu'elle était belle. Si seulement elle n'était que belle. Il aurait pu avoir une aventure avec elle comme il en avait eu avec Renée, Jordan ou même Kate. Mais quand les sentiments s'y mêlaient, tout devenait de suite beaucoup plus compliqué. Il ne voulait pas risquer de tout gâcher entre eux, ils devaient avancer prudemment, elle était trop précieuse pour lui. *Allons, Rabb, cela fait sept ans que vous avancez prudemment !* N'était-il pas grand temps ? Le pilote qu'il avait été et qu'il était toujours dans son cœur n'aimait-il pas prendre des risques ?
Mac : Harm ?... Harm !
Harm : Oui ?
Mac : Vous me semblez préoccupé, capitaine. Comme… absent. Vous n'avez pas de soucis j'espère ? Vous m'en parleriez, n'est-ce pas ?
Harm : Mais tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes, Votre Honneur !
Il savait qu'il l'avait blessée de par cette remarque ironique, et il s'en voulut. Mais il avait tellement peur qu'elle ne devine ses pensées qu'il préférait lui laisser croire qu'il était fâché contre elle. Il n'aimait pas être la cause de sa souffrance, il n'aimait pas la voir souffrir tout court d'ailleurs, et il se promit de lui dire la vérité sur ses sentiments un jour, tout en se maudissant intérieurement de ne pas avoir le courage de le faire maintenant.
Mac : Bon, eh bien, puisqu'il en est ainsi, M. l'avocat de la défense, attendez-moi ici, je me prépare le plus rapidement possible, que vous n'ayez pas à me supporter trop longtemps.
De toutes manières, pensait-il, il l'aurait attendue ici. Même si l'idée de l'aider à s'habiller était tentante. Il s'imaginait déjà ses mains sur ses épaules nues, alors qu'il l'aiderait à enfiler les bretelles de sa robe… *Stop, Rabb, avant que tu ne perdes les contrôle !* La maîtrise de soi – du moins extérieurement – était un de ses principaux atouts… quoique la notion d'atout était contestable.
Pendant ce temps, Mac était partie s'enfermer dans sa chambre, où elle laissait libre cours à sa colère : pourquoi ne pouvait-il donc pas se réjouir de sa promotion, comme elle le ferait s'il était à sa place et elle à la sienne ? Il fallait toujours qu'il ramène une petite pointe de jalousie, cette fierté masculine bien mal placée. La soirée aurait pu être si plaisante… Malgré sa colère, elle avait remarqué que sa coéquipier était habillé de manière fort seyante, avec sa chemise noir au col savamment ouvert, un peu plus qu'il n'aurait dû l'être en ce mercredi de décembre. Qui donc voulait-il charmer ainsi ?
Toute à ses réflexions, elle s'escrimait à essayer de fermer sa robe, mais la fermeture-éclair lui résistait inlassablement. Pourquoi fallait-il donc que ces fermetures soient toujours dans le dos, je ne suis pas contorsionniste moi, pensait-elle avec mauvaise humeur. Elle répugnait à demander à Harm de l'aider – elle pensa même à appeler Clayton, jusqu'à ce qu'elle se souvienne qu'il était en mission pour la CIA à l'autre bout de la Terre –, et elle dut finalement se résigner à faire appel aux services de son partenaire. Elle fit de son mieux pour masquer l'énervement dans sa voix.
Mac : Harm, vous pourriez venir m'aider, s'il vous plaît ?
Intrigué, Harm pénétra à son tour dans la chambre, non sans avoir frappé auparavant : il ne tenait pas à expérimenter quelques prises de karaté de son Devil Dog Marine… Mais Mac n'avait plus rien d'un marine, dans sa robe rouge somptueuse qui mettait en exergue un corps parfait. *De toutes manières, son corps serait toujours parfait pour moi, car mon marine est autre chose qu'une belle femme… Le reste n'a que peu d'importance, même si je ne vais pas bouder mon plaisir à la regarder…*
Le caractère, lui, était resté marine.
Mac : Cette robe… pff… pas pratique… rrr… la fermeture…
Harm : Oh ! Vous voulez que je vous aide à fermer cette robe ?
Il ne pouvait s'empêcher de la taquiner, sans doute pour dissimuler sa propre gêne.
Harm : Vous savez, si quelqu'un voyait l'avocat de la défense mettre sa robe au juge, il pourrait se poser des questions… Vous me direz, ce serait pire s'il le voyait enlever la robe du juge…
Mac : La ferme, Harm ; et si vous ne voulez pas…
Harm : Du calme, Marine, je plaisantais !
Il s'approcha doucement d'elle, par derrière, et retint sa respiration : c'était exactement la scène qu'il s'était surpris à rêver tout à l'heure… *Garde ton sang froid, pilote, tu vas en avoir besoin !*Pourquoi lui infliger une telle torture ? Une si délicieuse torture… Il essaya d'entrer le moins possible en contact avec sa peau, mais étant donné le peu de tissu que sa robe comportait et le caractère récalcitrant de la fermeture, cela était mission quasi impossible. Finalement, la fermeture-éclair céda à ses assauts répétés, et il la remonta en douceur le long de la colonne vertébrale de son amie, la main gauche posée sur sa hanche. Rien qu'à ce contact, il sentait une douce chaleur l'envahir progressivement et, interdit, il ne retira pas sa main une fois sa tâche accomplie. Il ne pouvait l'enlever, son esprit ne commandant plus vraiment ses gestes. La respiration saccadée, le cœur battant, il laissait ses émotions, ses sensations, le submerger et le diriger, si bien que, sans qu'il ne s'en rende vraiment compte, son pouce commença à caresser sensuellement la chair de sa partenaire.
Mac tressaillit à ce contact inattendu, et s'écarta précipitamment de lui, trop brusquement pour paraître naturelle. Elle se retourna pour lui faire face, et eut un petit sourire gêné.
Mac : Merci, Harm. Nous devrions peut-être y aller, si nous voulons être à l'heure.
Ils avaient largement le temps, et ils le savaient aussi bien tous les deux. Mais rester quelques minutes de plus dans son appartement seule avec lui paraissait risqué à Mac… même si, tout bien considéré, c'était le genre de risques qui auraient pu être agréables à prendre… Mais encore une fois, ils avaient choisi de fuir. Fuir devant le bonheur. C'était tellement plus facile de se complaire dans le malheur. Elle sentit le goût amer du regret dans sa bouche. Qu'est-ce qui lui arrivait ? Harm et elle semblaient pourtant avoir renoncé l'un à l'autre depuis longtemps… Vite, penser à autre chose.
Mac : Vous croyez que je devrais emporter cette veste ?
Elle avait dit la première chose qui lui était venue à l'esprit.
Harm , après un temps de réflexion : Oui. Vous devriez. Sarah. Il fait plutôt frisquet ce soir.
Mais Sarah s'était arrêtée aux premiers mots, qu'il avait accentués. Les mêmes qu'il avait prononcés ce soir-là, sur le ferry. Cela avait-il un sens ? Voulait-il lui signifier qu'il était fin prêt ou, au contraire, ces mots étaient-ils empreints de la même résignation que trois ans auparavant ? Elle en avait marre de chercher perpétuellement à le déchiffrer, marre de cette danse interminable qui durait depuis maintenant plus de sept ans, et elle décida de ne pas réagir à ses mots. Elle ne voulait pas s'enfermer une fois de plus dans un espoir qui se solderait par une désillusion certaine, encore une fois.
Harm vit son visage se fermer, prenant cet air de marine revêche qu'il lui connaissait si bien, et il choisit de ne pas insister.
Ils revêtirent leurs manteaux et quittèrent l'appartement, direction : la voiture d'Harm.
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Résidence de l'Amiral Chegwidden
MacLean, Virginie
20h09
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Tous les invités étaient maintenant arrivés, et le dîner serait servi sous peu. En attendant, Bud, Harriet, Gunny, Tiner, Harm, Mac, Meredith et l'Amiral prenaient l'apéritif sous la véranda, discutant avec bonne humeur. Seuls Harm et Mac semblaient perdus dans leurs pensées, comme ailleurs… Il faut dire que ce porche leur rappelait une multitude de souvenirs. Un plus précisément que les autres. Tous deux sentaient revenir sur leurs lèvres, dans leur corps tout entier, les sensations qu'ils avaient éprouvées ce soir-là, alors que Mac était venue poser ses lèvres sur les siennes en guise d'adieu, avant qu'il ne l'attire contre lui pour intensifier ce baiser qu'il ne voulait définitivement pas comme étant un baiser d'adieu.
Leurs regards se croisèrent alors, le temps d'une seconde, et Harm fut frappé de constater toute la tristesse, la rancœur et l'amertume qu'exprimaient les yeux de sa partenaire. Des yeux où il aimait tellement se perdre habituellement… Son cœur se serra, et il baissa la tête, comme pris en faute.
Quel gâchis, pensait Mac. Et jusqu'où le porterons-nous ? Il serait temps de passer à autre chose, d'oublier. L'image de Clay se matérialisa devant elle. Harm et moi, c'est de l'histoire ancienne… avant même que ça n'ait vraiment débuté. Ils se connaissaient l'un l'autre plus que n'importe qui avait pu, pouvait et pourrait les connaître un jour ; mais toutes les petites attentions – même elles ! – que Harm lui portait habituellement (ce soir encore, il avait pris un jus de fruit en guise d'apéritif, pour qu'elle ne se sente pas seule à ne pas boire d'alcool), l'énervaient aujourd'hui, et elle ressentit une furieuse envie d'alcool. Elle se dirigeait vers le buffet afin de se servir un verre de pastis – au diable les collègues –, quand Meredith – qu'au passage elle avait trouvée fort sympathique, contrairement aux prédictions de Harm – annonça de sa voix radieuse :
Meredith : Le dîner est prêt ! Rentrez donc à l'intérieur !
L'Amiral haussa sourcils. Le dîner n'aurait dû commencer que dans un petit quart d'heure ; que mijotait-elle ? Il l'avait vue observer alternativement Harm et Mac – dont il lui avait un peu parlé, il est vrai – du coin de l'œil, et il commença à se dire que Meredith n'était peut-être pas aussi innocente qu'elle en avait l'air…
Et il n'était pas au bout de ses surprises !
Tous rentrèrent à l'intérieur et s'assirent à la place que Meredith leur avait attribuée, et Harm se retrouva en face de Mac. Au milieu de la table savamment décorée (Meredith aurait-elle des talents cachés ?!) trônait l'appareil à fondue.
Meredith paraissait enchantée.
Meredith : Je vous explique les règles du jeu…
Autres : ???
Harm : Amiral, vous nous aviez caché qu'il s'agissait d'une surprise party !
Mais à voir la tête de l'amiral, il était clair que lui aussi semblait l'ignorer.
Meredith, plus enthousiaste que jamais, continua sur sa lancée.
Meredith : Vous connaissez tous le principe de la fondue : celui qui perd son bout de pain a un gage.
L'Amiral eut un sourire indulgent.
Meredith : Mais pour pimenter un peu le tout…
Le sourire de l'amiral s'évanouit.
Meredith : … j'ai trouvé qu'il serait amusant de jouer au strip fondue, c'est-à-dire que celui ou celle qui perd son bout de pain doit retirer un vêtement à chaque fois… jusqu'à ce qu'il ne reste plus de fondue… ou plus de vêtements !
L'air horrifié de l'amiral ne semble pas perturber le moindre du monde la shakespearienne en herbe.
Meredith : Alors, vous en pensez quoi ? … AJ ?
Mais AJ n'eut rien le temps de dire – de toutes manières, il ne savait pas s'il en aurait été capable tellement il était estomaqué – car Gunny, mû d'une impulsion intuitive, s'exclama :
Gunny : Quelle bonne idée vous avez là, Meredith ! Je n'ai encore jamais joué au strip avec un deux étoiles ! Allez, c'est parti !
Et, sans plus attendre, il se saisit d'un pic, y ajusta un morceau de pain et trempa le tout dans la marmite de fromage fondu, ce sous l'air hagard de son supérieur. Celui-ci se morigéna de ne pas avoir envisagé un tel scénario : comment avait-il pu être assez naïf pour croire que Meredith s'en tiendrait à de vulgaires petits gages ? Et dire qu'il croyait avoir tout vu avec elle ! Quand même, là, elle poussait le bouchon un peu trop loin (Maurice !!). Il regarda autour de lui les réactions de ses subordonnés. Il espérait qu'il n'y avait pas de paparazzi à la fenêtre ! Après un instant de stupeur, les Roberts semblaient plutôt amusés. Il faut préciser que AJ junior leur ayant refilé un de ces virus hivernaux qui traînent, ils étaient habillés en conséquence et ne couraient de fait pas grand risque. Sturgis, quant à lui, arborait un petit sourire en coin, à l'instar de Gunny et Meredith. Tiner montrait un air de stupéfaction polie. Seuls Harm et Mac semblaient indécis, ne sachant s'il fallait s'en affoler ou s'en amuser. Finalement, ils optèrent pour l'amusement. Après tout, leur habileté légendaire leur permettrait sans doute de conserver leurs petits bouts de pain sains et saufs ! Et ce fut effectivement le cas… au départ tout au moins ! La première victime fut Tiner qui, apparemment, n'attendait que ça, car, pris en faute, il gloussa et se prêta de bonne guerre la règle du jeu, ôtant le pull dont il était vêtu.
Suivirent quelques longues minutes pendant lesquelles chacun faisait bien attention à accrocher correctement son morceau de pain ; puis, peu à peu, les langues se délièrent et la conversation reprit le dessus, reléguant la vigilance au second plan.
C'est ce moment que choisit le sergent artilleur Galindez pour aller titiller discrètement le morceau de pain de Mac dans l'appareil à fondue. Lorsque celle-ci, qui n'avait rien remarqué, sortit son pic de la mixture, il était désespérément vierge. Cela n'échappa pas à Meredith qui, depuis le début, épiait tous les mouvements, et elle lança un cri de triomphe.
Meredith : Mac ! Prise en flagrant délit !
Tous se tournèrent vers la jeune femme.
Harm : Oui, pas de défense possible, Colonel, vous êtes condamnée d'avance, renchérit Harm alors qu'il plongeait à son tour un morceau de pain dans le fromage, en même temps que Tiner.
Le jeune quartier-maître lança un regard de connivence à Gunny et, lorsque Harm, pavoisant comme un paon au fait que Mac se soit fait prendre, sortit à son tour le pic du mélange, le bout de pain avait mystérieusement disparu. Son sourire se mua en surprise, puis en déconfiture. Son teint vira au cramoisi.
Mac : Eh bien, Capitaine, je ne vous savais pas aussi solidaire…
Mais tandis que Harm n'avait d'autre choix que d'enlever sa chemise (les chaussettes n'étaient pas considérées comme des vêtements à part entière), Mac était bien embarrassée… Outre ses sous-vêtements, elle ne portait que sa robe et, entourée de tant de visages masculins qu'elle côtoyait quotidiennement, elle ne pouvait se résoudre à se dévêtir de quelque vêtement que ce fut. Il en allait de sa réputation de marine !
Mac : N'avions-nous pas dit que nous pourrions choisir un gage si nous ne voulions pas ôter un vêtement ?
Meredith : Ah non… désolée, ce n'était pas prévu dans le règlement…
*… que vous aviez soigneusement établi, Meredith*, pensa Mac. Elle commençait à comprendre ce qu'avait voulu dire Harm quand il lui avait parlé de la compagne de l'Amiral. Harm… En face d'elle, il lui offrait une belle vision, le torse nu. Mais elle ne comptait pas en faire autant. Toutefois, les règles du jeu étaient les règles du jeu, et elle ne voulait en aucun cas rompre l'engagement : une Marine ne reculait jamais devant le danger! Face à ce dilemme, Mac réfléchissait à plein régime, quand elle eut une illumination. Après tout, il existait peut-être une solution lui permettant d'honorer ses engagements tout en ne la découvrant pas aux regards… Bien sûr, cela allait faire jaser les hommes, mais qui ne tente rien n'a rien !
Elle eut un petit sourire mutin puis, inclinant légèrement la tête en signe d'acceptation du châtiment, elle se leva de sa chaise, passa ses mains sous sa robe, et fit glisser lentement sa culotte de dentelle le long de ses jambes, jusqu'à ce qu'elle l'enlève, dans le geste le plus naturel qu'elle put. Puis elle se rassit. Durant tout ce temps, elle avait soigneusement évité de regarder Harm, ni aucune autre personne d'ailleurs. Si elle l'avait fait, elle se serait rendue compte que les hommes étaient estomaqués, tandis que les femmes laissaient transparaître un sentiment d'admiration devant tant de culot. Mac donnait là une bonne leçon à tous ces hommes qui voulaient se rincer l'œil : ils en étaient réduits à imaginer ce qui devait être, et c'était infiniment plus rusé… et plus excitant.
Pour Harm, c'était une vraie torture. Il déglutit difficilement et, prétextant une envie pressante, se leva – un peu précipitamment – de table, alors que Mac replongeait avec un air de défi son pic dans la fondue.
Harm atteignit le couloir et, hors de vue des convives, s'adossa brutalement à la paroi. Respirant un grand coup, il s'exhorta au calme, en vain. Car l'image de Mac nue sous sa robe n'avait de cesse de tarauder son esprit. Il sentait une chaleur bienfaisante envahir son corps, en particulier une partie à laquelle il ne voulait pas penser, et il rejoignit bien rapidement la salle de bain pour s'asperger la figure d'eau glacée.
Quand il revint dans la salle à manger, quelques dix minutes plus tard, la fondue était finie, et chacun le regarda avec un petit sourire malicieux ; Harm prit alors son air le plus innocent et, accrochant son fameux flyboy grin à ses lèvres, il s'excusa, montrant son portable :
Harm : J'avais un coup de fil urgent à passer…
Il savait pertinemment que peu –si ce n'est aucun – seraient dupes, mais il s'en moquait éperdument : tant qu'ils faisaient semblant de le croire…
Le reste de la soirée se déroula plutôt tranquillement, les victimes de la fondue savoyarde ayant reçu l'autorisation de réintégrer leurs vêtements, et Meredith semblant pour l'instant se contenter des effets de cette mise en scène.
Harm évita Mac toute la soirée, de peur que, à sa vue, de nouvelles images viennent se former dans son esprit, pour le hanter et le tourmenter. Il passa l'heure suivante à discuter basket et voitures avec Sturgis, tandis que Mac parlait de Chloé avec Meredith, lançant de temps en temps un coup d'œil en direction de Harm. Il l'avait étonnée tout à l'heure. Elle s'attendait certes à ce qu'il soit un peu gêné, mais sa réaction semblait avoir été un peu plus violente… Qu'est-ce que cela signifiait ?
L'amiral, qui écoutait vaguement leur conversation, se dit que Chloé et Meredith s'entendraient sans doute à merveille : elles aimaient toutes les deux jouer aux entremetteuses…
Quand minuit sonna, tous s'échangèrent leurs vœux et, comme il est de tradition, se firent la bise. Harm redoutait ce moment. Il attendit que ce soit Mac qui vienne à lui et qui, se hissant sur la pointe des pieds, dépose ses lèvres sur sa joue, tout contre la commissure de ses lèvres.
Mac : Bonne année, Flyboy.
Il lui offrit son plus beau sourire, pour cacher son trouble certain.
Harm : Bonne année, Ninjagirl.
L'Amiral, à qui rien n'échappait (lol, ils font la paire avec Meredith !) , les regardait roucouler en secouant la tête – décidément, il n'y comprendrait jamais rien ! –, le sourire aux lèvres, quand Meredith lui sauta au cou pour lui plaquer un baiser sonore sur la bouche… sous l'œil amusé de Tiner, qui perdit bien vite son sourire lorsque l'Amiral lui lançait un regard réprobateur.
Ces moments furent interrompus par les Roberts qui venaient prendre congé, devant récupérer AJ Junior. Peu à peu, les convives partaient et, vers les trois heures du matin, Mac vint dire au revoir à l'Amiral et Meredith.
AJ : Vous voulez que je vous raccompagne, Colonel ?
Mac : Merci, monsieur, mais je vais prendre un taxi.
Harm, qui avait guetté les mouvements de sa collègue et amie, intervint.
Harm : Vous plaisantez, Mac ! Je vous ai amenée, je vous ramène. De toutes manières, je commençais à être fatigué, j'allais y aller aussi. Amiral, Meredith, merci pour tout, cette soirée était ma foi… très sympathique !
Et ils prirent congé.
Meredith : Tu crois qu'ils ont compris ?
AJ : Compris quoi ?
Meredith : Mais voyons, tu sors d'où ? Qu'ils sont faits l'un pour l'autre bien sûr !
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Jeudi 1 er janvier 2004
Appartement de Mac
Georgetown
03h29
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Cela faisait 17 minutes qu'ils roulaient et Mac s'était assoupie. Toute réflexion faite, cela arrangeait plutôt Harm, qui n'aurait pas su quel sujet de conversation autre que "fusée rouge" aborder. Le voyage se déroula donc dans un silence des plus absolus, même si troublé de temps à autre par de petits gémissements que poussait Mac dans son sommeil. Harm se demandait à quoi elle pouvait bien rêver.
Harm : Un penny pour vos pensées, Marine, murmura-t-il.
Si elle avait été éveillée, il savait qu'elle lui aurait répondu : « C'est tout ce que valent mes pensées ? » d'un air faussement vexé.
Mais elle dormait.
Une fois arrivés au bas de l'immeuble où habitait Mac, Harm stoppa le moteur du VSU et, après un moment d'hésitation, posa sa main sur l'épaule de Mac, la secouant légèrement. Celle-ci, toute à son rêve, couvrit la main de Harm de la sienne et commença à la caresser, inconsciemment. Mais Harm, bien conscient de ses limites, lui, l'appela :
Harm : Mac ?... Mac ?
Mac : Mmmh…
Harm : Réveillez-vous, Mac, nous sommes arrivés.
Elle ouvrit les yeux et, appréciant la situation d'un coup d'œil, eut un petit air gêné. Il eut la délicatesse de ne pas faire de remarque désobligeante. Elle s'empressa d'ôter sa main et s'excusa brièvement :
Mac : Désolée.
Harm : Mais y'a pas d'mal ! Je vais vous raccompagner jusque chez vous.
Mac , en colère : Harm, je…
Harm : Objection rejetée, Colonel ! Ce n'est pas négociable, je vous raccompagne.
Mac : Vous ne feriez pas un juge très équitable, Harm…
Elle lui adressa un sourire tendre. Après le lui avoir rendu, il sortit de la voiture, en fit le tour et ouvrit la portière de sa partenaire.
Mac : Que me vaut tant de galanterie, Capitaine ?
Harm : Ne posez pas de questions idiotes et profitez-en, Marine : les bonnes résolutions de la nouvelle année ne durent jamais bien longtemps !
Il lui tendit la main, qu'elle saisit après un court moment d'hésitation. Lorsqu'elle fut hors de la voiture, il ne la lâcha pas, ni dans l'ascenseur, ni lorsqu'elle eût ouvert la porte de son appartement. Elle n'osait pas retirer sa main, de peur de le vexer, le blesser. Eh puis… elle avait presque honte de l'avouer, mais c'était agréable. Terriblement. Désespérément agréable. Si elle s'était plus ou moins résignée à ce que leur relation n'évolue guère plus, une petite lueur d'espoir subsistait, flamme fragile vacillant sous le poids de l'incertitude. La seule certitude qu'elle avait était qu'elle voulait profiter au maximum des rares moments de tendresse qu'ils pouvaient partager…
Il s'arrêta sur le seuil de son palier, sa main toujours dans la sienne, et murmura, comme à regret :
Harm : Je vais vous laisser.
Elle fut frappée par son regard, intense. Expansif comme il ne l'avait jamais été auparavant. Frappée et un peu paniquée. Elle avait tellement envie de lui. De se sentir dans ses bras puissants et sécurisants. Tendres aussi. Son corps entier l'appelait. Mais le zeste de raison qui lui restait lui dicta ses paroles.
Mac : Ce serait mieux, en effet. Bonne nuit, Harm. Enfin… ce qu'il en reste !
Elle voulait à tout prix détendre l'atmosphère.
Harm : Bonne nuit… Sarah.
Et il se pencha doucement vers elle, déposant un léger baiser sur sa joue. Puis il lâcha sa main en la faisant glisser dans la sienne, de sorte à conserver le contact le plus longtemps possible. Enfin, avec un petit sourire triste, il se retourna et commença à descendre les escaliers, sans se retourner.
Avec un soupir où se mêlaient frustration et exaspération, une pointe de regret aussi, Mac referma la porte de son appartement. Elle n'avait plus sommeil du tout. Au contraire, elle ressentait un besoin impérieux de s'affairer. Elle prit un CD en haut d'une pile et l'inséra dans le lecteur. Les premières notes et les paroles les accompagnant retentirent :
Do you love me ?
Or am I just another trip in this strange relationship ?
*Génial, exactement ce qu'il me fallait*, ironisa-t-elle.
Des milliers et des milliers d'images l'assaillirent. 7 ans de souvenirs. 7 ans de disputes. 7 ans de réconciliations. 7 ans d'émotions. 7 ans de partage. 7 ans d'amitié. 7 ans… d'amour ? 7 ans d'amour… refoulé.
Alors que Mac s'embrouillait dans ses pensées, Harm était parvenu à sa voiture, dans un état assez analogue à celui de sa partenaire. Ses sens étaient exacerbés par la fatigue et les émotions de la soirée. Il ne pourrait indéfiniment se mentir, enfouir au plus profond de lui des sentiments qui lui faisaient indéniablement peur. La vie était remplie d'occasions qu'on ne saisissait pas, mais il se disait que Mac et lui en avaient eu bien trop pour que ce soit un hasard. Et puis il commençait à se rendre compte que nier la vérité consistait à se nier lui-même et que, de toutes façons, tous ces sentiments, toutes ses émotions qu'il s'évertuait à enfouir chaque jour un peu plus dans un tiroir caché au fond de son cœur, finiraient tôt ou tard par en sortir, ne laissant alors de la place qu'aux regrets et remords. Car il serait trop tard. Le fier Harmon Rabb Junior qui mettait tant d'application à réussir ce qu'il entreprenait pour éviter de réitérer les souffrances du passé, aurait échoué sur le point le plus important : le bonheur. Le bonheur de l'amour. Bon sang, ce n'était pas son âme d'avocat, de beau parleur, qui le tirerait de cette situation, même si elle l'avait aidé à découvrir sa vérité ; non, pour une fois, ce serait son âme fougueuse, passionnée, de pilote. Le goût du risque… ou peut-être tout simplement un peu de courage et d'honnêteté.
Mac tournait en rond dans son appartement, ne sachant que faire, lorsqu'un coup discret fut frappé à sa porte. Si discret qu'elle crut d'abord avoir rêvé. *Tu prends tes désirs pour des réalités, ma vieille*. Elle espérait tellement que Harm revienne vers elle. Elle avait besoin de lui.
Mais un second coup vint lui confirmer qu'elle n'était pas complètement folle. Les battements de son cœur s'accélérèrent, l'air commença à se faire plus rare dans ses poumons. Elle se noyait. Elle se noyait dans son propre avenir. Elle se dirigeait vers cette porte comme si sa vie en dépendait. Si ce n'était pas Harm derrière, elle était intimement persuadée qu'elle ne connaîtrait jamais plus le goût de la joie et du plaisir, elle ne pourrait survivre, ils auraient atteints un point de non-retour. Elle voulait atteindre un point de non-retour avec lui. Mais pas dans ce sens.
C'est marrant comme un moment apparemment anodin peut décider du reste de votre vie. Le temps reste suspendu dans l'air. Au dessus d'une porte, dans notre cas. Même la musique, qui avait égrené inlassablement ses notes jusqu'à présent, se mêla au caractère insolite de la situation, les derniers accords de la chanson s'évanouissant pour laisser place à un silence insoutenable. La main sur la poignée, Mac se surprit à murmurer une prière, elle qui ne croyait plus en Dieu depuis bien longtemps. Tremblante, ne sachant pas vraiment si elle voulait oui ou non découvrir son avenir, elle ouvrit la porte… et son cœur rata un battement. Il était là. En face d'elle. Près d'elle. Un soulagement immense s'abattit sur ses épaules. Elle plongea son regard dans celui, brûlant, de Harm. Même sans s'être concertés, ils savaient tous deux ce que leur présence ici signifiait. Elle ne pouvait signifier qu'une chose. Les mots, qu'ils magnaient si bien au tribunal, étaient devenus inutiles. Ce n'était que des mots. Il susurra juste un "Mac…" qui valait tous les "Sarah" du monde. Il y avait exprimé le triste regret du passé et la promesse heureuse de l'avenir. Elle lui répondit par un "Harm" tout aussi doux et prometteur.
Et il fit un pas en avant, refermant la porte d'un geste de la main sans quitter Mac du regard. Alors, les yeux toujours rivés dans les siens, il se pencha lentement vers elle. Le temps que mirent leurs lèvres pour se toucher leur parut interminable. Une exquise torture. Lorsqu'enfin elles se rencontrèrent, Harm se mit à caresser ses lèvres avec les siennes, d'un mouvement empreint de douceur et de tendresse. C'était le baiser de l'attente, le baiser de la délivrance aussi. Ils l'avaient attendu si longtemps. Ils voulaient le savourer, et en graver chaque instant, chaque sensation dans leur mémoire. Ils avaient tout leur temps, maintenant qu'ils savaient qu'ils ne feraient plus marche arrière.
Harm attira Mac tout contre lui et, de doux, leur baiser se fit bientôt plus profond, laissant place peu à peu à une passion si longtemps contenue… depuis une certaine rencontre dans une roseraie… Les mains se firent plus entreprenantes et, dans cet esprit de paix tranquille et sereine, dans la conviction absolue que rien désormais ne pourrait les séparer, ils avancèrent au rythme de la chanson qui venait de jouer ses premières notes…
When moonlight crawls along the street
Chasing away the summer heat
Footsteps outside somewhere below
The world revolves I let it go
We build our church above this street
We practice love between these sheets
The candy sweetness scent of you
It bathes my skin I'm stained by you
And all I have to do is hold you
There's a racing in my heart
I am barely touching you
Turn the lights down low
Take it off
Let me show
My love for you
Insatiable
Turn me on
Never stop
Wanna taste every drop
My love for you
Insatiable
Il l'allongea tendrement sur le lit. Il se demandait si elle s'était rhabillée après son gage… Il eut bientôt la réponse.
The moonlight plays upon your skin
A kiss that lingers takes me in
I fall asleep inside of you
There are no words
There's only truth
Breathe in Breathe out
There is no sound
We move together up and down
We levitate our bodies soar
Our feet don't even touch the floor
And nobody knows you like I do
The world doesn't understand
But I grow stronger in your hands
Turn the lights down low
Take it off
Let me show
My love for you
Insatiable
Turn me on
Never stop
Wanna taste every drop
My love for you
Insatiable
La tendresse et le désir se mêlaient habilement dans des mouvements précis et coordonnés qui leur paraissaient si naturels… Ils avaient l'impression de connaître le corps de leur partenaire et ses sensibilités aussi parfaitement qu'ils connaissaient son esprit. C'était comme s'ils l'avaient toujours connu.
We never sleep we're always holdin' hands
Kissin' for hours talkin' makin' plans
I feel like a better man
Just being in the same room
We never sleep there's just so much to do
Too much to say
Can't close my eyes when I'm with you
Insatiable the way I'm loving you
Baby
Turn the lights down low
Take it off
Let me show
My love for you
Insatiable
Turn me on
Never stop
Wanna taste every drop
My love for you
Insatiable
Baby
Leur amour leur fit atteindre des sommets qu'ils n'avaient jamais côtoyés jusqu'alors. Ils comprirent tout le sens des mots extase et bonheur.
When I'm looking your eyes
Insatiable
The way I'm loving you
Oh what can I do
Insatiable Insatiable
My love for you
Insatiable... My love for you... Insatiable... My love for you...
Bien sûr, ils devraient parler. Mais l'instant présent était si bon. Et puis ils sauraient. Ils avaient atteint un tel degré de quiétude… Ils avaient acquis la certitude inébranlable que, quoiqu'il arrive, ils ne pourraient désormais jamais plus nier leurs sentiments, les faits étaient là pour le leur rappeler.
L'avenir qui s'ouvrait à eux était rempli de promesses. Il leur appartenait.
The End
Feedbacks please !!! C'est ma première fanfic, alors si vous avez des critiques – positives ou négatives – à m'adresser, voici mon mail (N'oubliez pas de préciser l'objet. Merci.) : harmacf14@yahoo.fr
La chanson utilisée est Insatiable de Darren Hayes (ex-chanteur de Savage Garden). En plus des paroles, la musique est superbe, et je vous invite à l'écouter en suivent le lien suivant (vous cliquez, vous tomber sur une page où il suffit de cliquer sur un des icônes « Insatiable ». Si un des icônes ne marche pas, essayez un autre, ça arrive.) :