24 décembre
18h55
Appartement de Sarah.

La jeune femme avait largement eu le temps de se préparer pour la soirée chez les Roberts. En rentrant chez elle, elle avait trouvé pas moins de 7 appels venant de Harm sur son répondeur.
Plus les 5 messages sur le portable … On dirait que vous ne pouvez plus vous passer de moi, Pilote ! Douze appels depuis ce matin, 11 heures 31 exactement, voilà de quoi ravir le cœur d'une femme …

Elle met une dernière touche à son maquillage quand elle entend les trois coups frappés à sa porte.
18h57 …Impossible ! Ce serai bien la première fois qu'il est à l'heure !

      C'est pourtant Harm qui se trouve à la porte.

  1. Hey ! Salut Pilote ! Trois minutes d'avance …
  2. Comme quoi tout peut arriver, Marin's !

Elle remarque aussitôt qu'il n'est pas tout à fait dans son état normal.

  1. Tu ne m'embrasses pas ?
  2. Pardon, Sarah, je manque à tous mes devoirs …
  3. D'amoureux transi ?
  4. Par le froid, oui et par l'amour aussi !

Et il la prend dans ses bras et l'embrasse passionnément. Quand ils se séparent enfin après cette étreinte Sarah est un peu surprise d'une telle fougue.

  1. On dirait que tu ne m'as pas vue depuis une éternité !
  2. Depuis cette nuit, tu veux dire … Enfin, tu étais déjà partie de chez moi quand je me suis réveillé. Et je t'ai à peine aperçue quand je suis sorti du tribunal ce matin.
  3. J'avais beaucoup de chose à faire aujourd'hui, des rendez-vous importants …
  4. Au point de couper ton portable ?
  5. Oui ! Tu m'as quand même laissé 12 messages … Je t'ai manqué à ce point ?
  6. Tu n'as pas idée.

Il la regarde avec une telle passion qu'elle en est chavirée. Il faut qu'elle lui parle d'une chose importante mais elle ne sait pas si le moment est bien choisi.

  1. Sarah … Tu es magnifique. Dit-il comme s'il venait seulement de le remarquer.
  2. Merci, Tu n'es pas mal non plus ! D'habitude, tu ne portes pas ton uniforme de gala pour le réveillon chez Harriet et Bud ?
  3. Ce soir n'est pas un soir comme les autres …
  4. Ah bon ?
  5. J'ai pris une décision importante, sans doute la plus importante de ma vie … Et j'ai pris cette décision quand … je t'ai vu au mur. J'arrivais juste quand tu repartais … Nous aurions pu y aller ensemble comme l'année dernière.
  6. Oui, je sais mais … Il fallait que j'y aille seule … J'avais besoin d'un tête à tête avec ton père !

Harm est surpris que la femme qu'il aime, soit allée au Mémorial pour s'adresser à son père comme il le fait lui-même depuis si longtemps.

  1. Tu es allée te plaindre de moi. Dit-il avec un léger sourire en coin. C'est ça ?
  2. Pas tout à fait … Mais, dis-moi, cette décision importante me concerne-t-elle ?
  3. Oui, ma Sarah, elle nous concerne tous les deux. Et il sort de sa poche un écrin en velours rouge un peu vieilli par le nombre des années. C'est pour toi, ma Chérie !
  4. Tu m'offres déjà mon cadeau de Noël ?
  5. Ce n'est pas un cadeau, c'est autre chose …

Il ouvre l'écrin et présente à Sarah une bague ornée d'un diamant entouré par deux saphirs.

  1. Mon grand-père a offert cette bague de fiançailles à ma Grand-mère en 1939. Mon père l'a offert à ma mère quand il l'a demandée en mariage …
  2. Et ?
  3. Elles me l'ont donnée toutes les deux, il y a déjà quelques années, en disant qu'elle devrait être portée par celle qui deviendra ma femme …
  4. Harm ?
  5. Sarah Mackenzie ! Acceptes-tu de devenir ma femme ?

Sarah ne sait plus quoi dire : elle reçoit enfin cette demande qu'elle attendait depuis si longtemps.

  1. Harm ! C'est si … Mon Dieu … Je ne sais plus … quoi dire ?
  2. Il me semble que la réponse doit être … oui … ou non !

Alors elle se jette dans les bras de cet homme qui vient de lui demander sa main.

  1. Oui, Harm ! Cent fois … Mille … dix mille fois "Oui".
  2. Oui, quoi ?
  3. J'accepte. Tu fais de moi la plus heureuse des femmes …

Après une nouvelle étreinte très passionnée, les deux amoureux se séparent juste le temps de mettre de l'ordre dans leurs idées. Sarah a les yeux pleins de larmes tant l'émotion qu'elle ressent est grande.

  1. Mon amour, ne pleure pas. Ton maquillage ne va pas y résister.
  2. Et toi, tu devrais retirer le rouge à lèvres que tu as sur la bouche … Et pour le JAG ?
  3. Nous verrons ça avec l'Amiral mais il est peut-être temps de partir.
  4. Tu as raison, nous allons vraiment être en retard …

 

Mais Harm a toujours la même idée qui le chagrine :

  1. Et ton rendez-vous …
  2. Quel rendez-vous ?
  3. Avec mon père ?
  4. C'est entre lui et moi ! Mais il semble que cela a porté ses fruits …
  5. Comment ?
  6. Ne t'a-t-il pas inspiré de demander ma main ?
  7. Qui sait ?

Merci Papa, je crois que tu m'as fait signe juste à temps pour que j'aille au mur et que je découvre Sarah …

 

…………

24 décembre
20h05
Résidence des Roberts.

Harriet commence à se demander si Mac et Harm n'ont pas oublié la soirée de Noël quand soudain le carillon de l'entrée retentit. En arrivant pour ouvrir la porte, elle entend des rires.

  1. Ah ! Vous voilà enfin ! Dit-elle en voyant les deux amoureux. Entrez vite, il fait un froid terrible.
  2. Pardonnez-nous Harriet mais nous avons eu un problème de voiture … Répond le Capitaine.
  3. Pas du tout, c'est toi qui nous as mis en retard …

Tiens, ils se tutoient maintenant ! S'étonne la jeune femme. C'est nouveau !

Mais déjà ils rejoignent les autres invités. L'ambiance est déjà très joyeuse et le punch doit y être pour beaucoup. Il y a aussi le fait de se retrouver entre amis pour le réveillon, tradition instaurée par Harriet et Bud depuis quelques années.

L'amiral Chegwidden observe tout son monde avec le sourire aux lèvres mais très vite son attention est attirée par les deux fortes têtes de son staff. Un verre de punch pour le Capitaine, un jus de fruit pour le Colonel, ils font honneur au buffet, complimentent la maîtresse de maison, ils vont de l'un à l'autre, ayant pour chacun un mot pour souhaiter un joyeux Noël. Bref Mac et Harm se comportent comme de parfaits invités.
Il y a quelque chose de nouveau entre ces deux là …et depuis quelques temps déjà, il me semble …Mais ce soir, ils ne se quittent pas d'une semelle. Et les regards qu'ils échangent en disent beaucoup plus long qu'ils ne souhaiteraient en laisser paraître. Je vais en avoir le cœur net ! Se dit AJ en se dirigeant vers ses deux avocats.

Mais Harriet remarque la bague que porte Mac et s'exclame :

  1. Mac, cette bague est magnifique !
  2. Merci Harriet, c'est vrai qu'elle est très belle et très ancienne aussi …

Harm se rapproche encore un peu plus de Sarah et passe son bras autour de la taille de la jeune femme en disant :

  1. Oui, cette bague est très ancienne, Harriet ! Elle est dans ma famille depuis plus de soixante ans.

Le silence se fait et tous les yeux se tournent vers le couple qu'ils forment. L'Amiral est stoppé net dans sa progression et un petit sourire se dessine sur ses lèvres. Le regard de Harm croise celui de son supérieur et AJ hoche la tête comme s'il donnait son consentement à ce qui va suivre. Conforté par ce soutien quelque peu inattendu, Harm parle un peu plus fort pour s'adresser à tous :
- Sarah va devenir la troisième Madame Rabb qui portera cette bague …

Un "oh" général se fait déjà entendre mais le pilote continue :

  1. Ce soir, mes amis, j'ai demandé à Sarah de devenir ma femme et elle a dit "OUI"!

Harriet laisse échapper un cri de joie et tombe dans les bras des fiancés. Un certain tumulte s'est emparé de l'assistance et chacun se presse pour féliciter les futurs époux.

  1. Quel merveilleux cadeau de Noël, vous nous offrez là ! Dit Bud tandis que sa femme n'en finit pas de manifester sa joie.

Sturgis donne une grande tape sur l'épaule de son vieux copain et demande :

  1. Permission d'embrasser la future Madame Rabb ?
  2. Permission accordée !
  3. Félicitations à vous deux mais sérieusement, Mac, êtes vous vraiment consciente de ce que vous faites ?
  4. Oui, Sturgis et j'en suis très heureuse !
  5. Alors, je crois que l'office de Noël que mon père va célébrer ce soir ne pourra que bénir votre amour …

L'Amiral est enfin devant les deux amoureux. Sarah et Harm attendent la sentence de leur supérieur mais ils sont tellement heureux qu'ils n'arrivent même pas à être inquiets. Cependant AJ prend un air sérieux tout en croisant les bras :

  1. Serait-il possible de savoir depuis combien de temps cela dure entre vous ?
  2. En fait, Amiral … Commence Harm.
  3. Depuis trois mois ! Termine Sarah. Il s'est enfin décidé quand j'ai eu mon accident au début de l'automne.
  4. J'en étais sûre ! Triomphe Harriet.
  5. Et vous nous avez caché ça pendant des semaines mais j'aurai dû m'en douter, vos disputes étaient un peu moins virulentes au JAG. Cela en devenait presque monotone. Mais qu'est ce que je vais bien pouvoir faire de vous ?
  6. Amiral …
  7. Silence, Capitaine ! Puis se tournant vers les Roberts, AJ ajoute : Je crois que je trouverai bien un moyen de vous garder tous les deux comme je l'ai fait pour ces deux là. Mais pour l'amour du ciel, si d'autres couples doivent se former au sein du JAG … attendez que je sois parti en retraite !

 

……………

24 décembre
23h45
Résidence des Roberts

            Le retour de l'Eglise où le Révérend Turner avait célébré l'office de Noël s'était fait sans encombres malgré la neige qui commençait à tout couvrir de son blanc manteau. Le moment était venu d'ouvrir les cadeaux déposés au pied du sapin qui ornait le salon des Roberts.

            Sarah, Jen et Harriet se chargent de la distribution : il y a des paquets pour tout le monde mais le plus grand nombre portent les prénoms des enfants Roberts. Quand le calme est revenu et que la jeune troupe montent se coucher sous la garde de Jen et Harriet, Sarah se pose enfin sur le canapé.
            Un peu de calme ! L'annonce de notre mariage a généré un moment de folie mais quelle belle façon de dire les choses. Ainsi, je vais devenir "la troisième Madame Rabb qui portera cette bague …" après Gram et Trish. Je suis heureuse, tellement Heureuse. Harmon Rabb Junior, tu es le plus beau rêve de ma vie …
A travers ses paupières mi-closes, Sarah contemple son pilote préféré. Pour la première fois de la soirée, il se trouve à l'autre bout de la pièce, complètement accaparé par l'Amiral et le Révérend Turner. Leur conversation est si animée que Harm semble ne pas avoir remarqué qu'elle n'est plus près de lui.
Tout en l'observant, elle pose doucement sa main sur son ventre et elle prodigue une caresse à son doux secret.
C'est à ce moment que Harm la cherche du regard à travers la pièce et la découvre tranquillement assise avec cette main sur son ventre. Leurs yeux se rencontrent et n'en finissent pas de se dire l'amour qu'ils ont l'un pour l'autre.

Rien qu'un regard …

Harm remarque le geste de Sarah.
Je l'ai déjà vue faire ce geste là … Aujourd'hui, au mur … Sa main droite sur son ventre … sur ses lèvres pour un baiser puis sur les lettres gravées dans la pierre …

Les yeux du pilote se font interrogateurs et sur la bouche de la jeune femme se forment quatre lettres : B - E - B - E … Bébé ? Un bébé !

Rien qu'un regard … Rien qu'un geste, quatre lettres mimées sur les lèvres d'une femme amoureuse et tout est dit …

Harm se demande comment il n'est pas tombé à la renverse, son cœur va exploser. Il plante là ses deux compagnons, se dirige vers Sarah et lui murmure à l'oreille.

  1. Sarah Mackenzie, drôle de façon d'annoncer les choses ?
  2. Harmon Rabb Junior, tu n'es pas mal non plus dans le genre !
  3. Et tu comptais me le …
  4. Chut, plus un mot ! Gardons ça pour plus tard ! L'annonce d'un mariage est bien suffisante pour un soir de Noël …
  5. Et comme vœux de Nouvel An ?
  6. Pourquoi Pas ?

…………

25 décembre
8h45
Appartement de Harm.

Sarah se réveille doucement dans les bras de Harm. Elle sent sur elle le regard de son amant.

  1. Bonjour Madame Rabb !
  2. Bonjour Monsieur Rabb !
  3. Bien dormi ?
  4. Peu, mais bien ! Je dors toujours comme un bébé quand je suis dans tes bras.

Harm pose sa main sur le ventre de Mac puis du bout des doigts, il trace des petits cercles qui font frissonner la jeune femme. Il se lance dans les questions qu'il n'a pas eu le temps de poser depuis qu'il a compris qu'il allait être papa.

  1. En parlant de bébé, tu comptais me le dire quand ?
  2. Je n'ai eu la confirmation qu'hier …
  3. Tu avais des doutes ?
  4. Bien sûr, depuis une bonne semaine !
  5. Je comprends mieux pourquoi tu étais un peu soucieuse. Mais tu n'as pas répondu à ma question : quand comptais-tu me l'annoncer ?
  6. Hier, j'avais pris ma décision au mur, devant le nom de ton père.
  7. Mon père ?
  8. Oui, ton père ! Et puis, après une telle demande en mariage, je ne pouvais plus douter de mon choix.

Ainsi, c'était ça : Comme s'il manquait un engagement entre nous !

Mais Sarah continue :

  1. Je voulais être certaine de ne pas te forcer la main … Tout a toujours été un peu compliqué entre nous !
  2. Et puis, je t'ai demandé en mariage ainsi tu es sûre de mon engagement envers toi … Et depuis quand avons-nous concrétiser notre deal …
  3. Sept semaines !
  4. Sept semaines ? Avec quatre pour cent de chance ?
  5. Quatre pour cent de chance d'avoir un bébé …
  6. Après sept semaines de travaux pratiques, ce n'est pas si mal : j'étais certain de réussir …

Sarah le repousse en riant :

  1. Pilote, tu es vraiment trop sûr de toi …

 

……………

21 mars, l'année suivante,
15h55
Eglise du Révérend Turner

L'Amiral Chegwidden fait les cent pas devant la porte de ce salon où les femmes de son équipe se sont retranchées.
Mais que font-elles là-dedans, Mac est pourtant d'une ponctualité à toute épreuve et un jour comme aujourd'hui elle va être en retard pour la première fois de sa vie.

            Il a d'abord entendu des rires, des murmures et depuis quelques secondes des exclamations puis la porte s'ouvre sur Harriet qui semble un peu paniquée.

  1. Amiral, pouvez-vous demander à Dave Colls de venir, vous savez l'ami de Jen, s'il vous plaît ?
  2. Mais personne n'a le droit de voir la ma …
  3. Oui, mais lui, il est médecin. Et si possible, discrètement, inutile d'affoler tout le monde … Surtout le Capitaine !

Trouver ce Dr Colls dans cette chapelle et le faire venir, sans éveiller l'attention, c'est mission impossible …Se dit AJ.

Harm attend avec Bud, Sturgis et Sergueî près de l'autel. Dans son uniforme de parade, le fringuant Capitaine de frégate semble ne plus tenir en place, il jette des regards nerveux dans l'allée centrale de la chapelle puis sur sa famille. Gram est là, près de Trish et Franck, elle observe son petit-fils avec une certaine fierté.

Heureusement pour AJ, Dave Colls se trouve dans les premiers rangs près de la porte d'entrée. Avec le sourire, l'amiral se penche vers lui.

  1. Docteur Colls, votre voiture gène le passage, il faudrait la déplacer, s'il vous plaît !
  2. Ma voiture ? Oh ! Mais oui, Amiral, je vous suis.

Dave Colls comprend tout de suite que l'Amiral a trouvé cette excuse pour faire appel au médecin plus qu'au conducteur de ce magnifique coupé Mercédes.

  1. Un problème avec Mac ? Questionne le docteur.
  2. Je n'en sais strictement rien. Harriet m'a juste dit de venir vous chercher.
  3. Amiral, voici les clés de ma voiture, ma sacoche est toujours dans le coffre, pouvez-vous aller la prendre. Je vais voir ces dames.

Me voilà relégué au rôle de bagagiste maintenant ! Soupire l'Amiral en exécutant la mission confiée par Colls.

Quand il revient devant la porte du salon où les femmes de son Staff sont installées, AJ entend la voix de Mac qui clame haut et fort :

  1. Je vais bien, pas la peine de jouer au docteur avec moi, Dave. Vous aviez largement le temps de faire ça, il y a six mois quand je suis arrivée dans votre service des urgences.
  2. Mais Mac …
  3. Non ! Je vais être en retard à mon propre mar …Et elle ouvre la porte pour tomber nez à nez avec son supérieur qui s'apprête à frapper. Oh Amiral !
  4. Mac ? Vous allez bien ?
  5. Oui, AJ ! Je n'ai eu qu'un étourdissement … le stress … un peu de fatigue, ce n'est vraiment rien …
  6. Mais dans votre état, Mac !
  7. Quoi, mon état ? Je suis un Marin's, j'en ai vu d'autre ! Dit-elle en s'énervant un peu plus.
  8. Oui, mais un Marin's enceinte de presque cinq mois, il me semble.

L'Amiral Chegwidden décide de prendre les choses en mains pour calmer le jeu.

  1. Dr Colls ? Votre avis sur la question ?
  2. Je ne peux rien faire de plus, Amiral. Mac est très nerveuse et ce léger malaise est … pour ainsi dire normal. La tension des derniers jours et …
  3. Merci Docteur ! Mesdames, je vais vous demander de me laisser quelques minutes avec Sarah, s'il vous plaît et vous aussi Docteur. Allez prendre vos places, nous arrivons pour que cette cérémonie puisse enfin commencer.

Quand la porte se referme sur eux, Sarah semble se détendre un peu mais son visage reste soucieux : elle craint d'entendre l'avis de son supérieur.

  1. AJ, je suis désolée … mais …
  2. Mac, vous n'avez pas à être désolée ! Je comprends beaucoup de choses, vous savez ! Je sais bien que vous êtes un Marin's et je ne suis pas prêt de l'oublier. J'aimerai savoir … de quoi avez vous peur ?
  3. Peur ? Mais AJ, que voulez vous dire ?
  4. Ce que je veux dire, Sarah, c'est que là-bas, dans cette chapelle, il y a un homme qui attend. Il est au bord de l'évanouissement lui aussi.
  5. AJ …
  6. Laissez-moi parler, Sarah ! Cela fait combien de temps que vous vous tournez autour tous les deux … Le jeu du chat et de la souris … Oh ! Ne dites rien, ce n'est pas la peine, j'ai largement eu le temps de vous observer. Il y a six mois, jours pour jours, qu'il vous a enfin avoué son amour. Le 24 décembre il vous a demandé de devenir sa femme et il me semble me souvenir que vous avez accepté. Aujourd'hui, vous portez son enfant … Et vous êtes là devant moi, merveilleusement belle dans cette robe de mariée, à deux doigts de devenir Madame Harmon Rabb. C'est ce que vous attendez depuis si longtemps … N'est ce pas ?

L'Amiral vient s'asseoir près de la jeune femme et lui prend la main. Puis il continue d'une voix douce et paternelle :

  1. Seulement voilà ! Vous avez peur qu'il se dérobe encore … Comme à chaque fois que vous avez pensé qu'il allait enfin se déclarer !
  2. J'y pense encore parfois.
  3. Savait-il pour le bébé quand il vous a demandé d'être sa femme ?
  4. Non, j'avais l'intention de lui dire mais pour une fois, il avait un peu d'avance sur moi …
  5. Vous voyez ! Cet homme qui vous attend ne se dérobera pas … Oh ! Je sais que vous pensez que les hommes qui ont traversé votre vie n'ont pas eu de chance avec vous, qu'ils n'ont pas réussi à vous conduire jusqu'à l'autel. A part Mic … mais ce fichu australien ne vous méritait pas !
  6. Je n'en suis rendue compte trop tard : Harm occupait trop mon esprit … Et puis, c'était comme une vengeance.
  7. Et lui ? Savez-vous qu'il avait peur de reproduire ce que son grand-père et son père ont fait avant lui : laisser une veuve et un orphelin ? C'est la raison pour laquelle il refusait de s'engager …
  8. Oui, je sais tout cela.

AJ s'interrompt un court instant pour lui laisser le temps de réfléchir.

  1. Sarah, je ne vous ai jamais demandé quelque chose de personnel. Que dis-je, ce n'est pas une demande, c'est plus une prière : Oubliez ce que vous avez été tous les deux. Imaginez plutôt ce que vous allez devenir : une épouse et son mari, une mère et un père, bref une famille aimante et heureuse. N'avez vous pas envie de connaître ce qui vous à fait cruellement défaut dans votre jeunesse.
  2. Je n'y croyais plus !
  3. Je sais, Sarah ! Aujourd'hui, je vous demande d'oublier que vous êtes un Marin's, un Devils Dog ! Oubliez votre devoir de soldat ! Vous n'êtes plus au sein d'une armée en campagne … ni dans un combat loin de votre pays. Vous êtes en sécurité. Soyez tout simplement la femme qui se cache sous votre uniforme et vos décorations, celle qu'il attend d'épouser pour le meilleur et pour le pire. Laissez-vous porter par son amour ! Préparez-vous à devenir une maman ! Pour Harm et pour votre enfant, vous serez tout d'abord celle qui leur offre sa vie et son amour avant d'être le Colonel Sarah Mackenzie du corps des Marin's des Etats Unis. D'accord ?
  4. Oui, AJ ! Merci !

L'Amiral Chegwidden se lève et prend le bouquet qui attend sur une table. Sarah vérifie une dernière fois son maquillage dans le miroir, arrange son voile et se dirige vers lui.

  1. Sarah, en me demandant de vous conduire à l'autel, vous m'avez fait l'honneur de me donner le rôle d'un père et je considère Harm comme un fils. Vous êtes tous les deux les meilleurs éléments que je n'ai jamais eus sous mes ordres même si vos éternelles disputes m'ont fait hurler, si vos réconciliations encore plus étonnantes que le reste m'ont donné envie de vous envoyer chacun à l'autre bout du pays. Croyez-vous qu'un père digne de ce nom laisserait ses enfants se perdre dans un mariage sans aucun avenir …
  2. Non, AJ !
  3. Alors, nous y allons ?
  4. Oui, je suis prête. Conduisez-moi vers ma nouvelle vie ! Grâce à vous, je n'ai plus peur. Merci … Papa !

Ce dernier mot fait naître un grand sourire sur le visage de l'Amiral Chegwidden et il dépose un baiser sur la joue de la jeune femme. Il ouvre la porte, tend le bouquet à Sarah et lui propose enfin son bras.

            L'orgue retentit dans la chapelle et tous les regards se tournent vers l'entrée : Chloé ouvre la marche, puis c'est Mattie, viennent ensuite Jen et Harriet. L'amiral Chegwidden entre fièrement, droit comme un i dans son uniforme de parade, pour conduire Sarah vers celui qui l'attend près de l'autel.
Harmon Rabb junior voit venir vers lui la plus belle des mariées qu'il ait jamais vue.

            Rien qu'un regard …

Rien qu'un regard entre ces deux là et on peut lire tout l'amour qui les uni.

            Quelques instants plus tard, quand les nouveaux époux se tournent vers l'assistance, Harm remarque une silhouette un peu flou qui les observe depuis la tribune. Trish et Gram suivent le regard du jeune marié et découvrent, elles aussi, cette apparition d'un pilote d'un autre temps, figé dans son éternelle jeunesse. Le père et le fils ont le même sourire mais déjà la vision a disparu.

            Emu, Harm se penche vers sa femme et murmure à son oreille :

  1. Il était là, Sarah …
  2. Oui, je sais ! Mon amour, il sera toujours là pour nous …

Un peu plus tard dans la soirée.

AJ Chegwidden lève son verre à la santé des jeunes mariés et prononce les quelques mots d'usages en de telles circonstances puis ce sera le tour de Bud même Franck Burnett, le beau-père de Harm ira de son petit couplet. La fête bat son plein et tous sont heureux du bonheur que l'on peut lire sur le visage de Sarah et Harm.

Un peu avant minuit, alors que beaucoup de couples se trouvent sur la piste de danse, le Docteur Dave Colls rejoint l'Amiral près du bar. Ils observent Sarah et Harm qui dansent amoureusement les yeux dans les yeux.

  1. Belle soirée, Amiral ! Beau couple ! N'est ce pas ?
  2. En effet, très beau couple mais ce soir, il n'y pas d'Amiral, seulement AJ, Docteur !
  3. Bien AJ et moi c'est Dave … Quand je les ai vus la première fois dans mon service, il était impossible d'ignorer la force de  cet amour qui les unissait. Et étant donné leur personnalité, je me suis dit qu'avec ces deux là, la vie ne devait pas être monotone …

AJ se tourne vers Dave avec un léger sourire en coin.

  1. Vous n'avez même pas idée ! Au JAG, nous avons souvent cru qu'ils allaient déclencher la troisième guerre mondiale rien que tous les deux et les avoir sous mon commandement m'a donné pas mal de fil à retordre. Mais ceci dit, ils sont certainement les deux meilleurs avocats que j'ai connus.
  2. Vous les aimez tous les deux, n'est ce pas ?
  3. Oui, Dave !
  4. Comme un père ?
  5. Presque !

 

4 juillet, une vingtaine d'année plus tard.
Résidence des Rabb, près de Washington.

            Aujourd'hui, l'Amiral en retraite AJ Chegwidden se rend comme chaque année depuis 15 ans au barbecue du 4 juillet qu'organisent Mac et Harm. C'était devenu une tradition comme le fameux réveillon de Noël chez les Roberts et celui du nouvel an chez les Rabb. Les deux familles étaient restées très proche, presque indissociable comme une seule et même tribu.

            AJ est devenu un vieux monsieur mais il veille toujours sur les anciens membres de son équipe. Il note les changements chez les uns et les autres et découvre avec plaisir les progrès de la nouvelle génération.

            La famille Roberts s'était agrandie avec la venue des jumeaux, Steve et Andy, qui devaient bientôt fêter leurs 18 ans. Le jeune AJ Robert étudie le droit comme son père et son parrain. Jimmy, son frère cadet est en deuxième année de médecine. Harriet continue de mener les hommes de sa famille avec le même entrain que du temps du JAG. Bud devrait bientôt prendre sa retraite.

            Sturgis s'en est allé depuis presque trois ans, laissant seule sa femme Bobby et la jeune Mackenzie. Mais pour rien au monde, la mère et la fille ne manqueraient les fêtes organisées par Mac et Harriet.

            Jen avait quitté le JAG pour épouser Dave Colls, ce médecin qu'elle avait rencontré vingt ans plus tôt en accompagnant Mac pour une visite à l'hôpital quelques jours après son accident. Ils avaient trois adorables filles. L'ancienne secrétaire de l'Amiral, au passé un peu mouvementé, était devenue la parfaite épouse qu'attendait Dave et une véritable dame patronnesse.

            David Harm Rabb était né le 21 juillet juste quatre mois après le mariage de ses parents et AJ Chegwidden était son parrain. C'était un solide jeune homme avec le même sourire ravageur que son père, les mêmes yeux aussi, mais un savoureux mélange des traits de ses parents. Du haut de son mètre quatre vingt dix sept, il adorait soulever sa "petite marraine" Harriet dans ses bras jusqu'à ce qu'elle demande grâce, ses pieds s'agitant à plus de trente centimètres du sol. Harriet disait de lui qu'il était le sixième homme de sa vie et qu'elle ne pouvait rien lui refuser. C'est elle qui avait plaidé sa cause près de Mac quand le jeune homme avait décidé de devenir le quatrième pilote de la famille.

            Trois ans après la naissance de son frère David, Patricia Sarah Rabb avait bien faillit venir au monde au QG du JAG comme AJ Roberts. Mac avait perdu les eaux en plein tribunal alors qu'elle officiait comme juge. Harm, oubliant la défense de son client, avait porté sa femme dans ses bras jusqu'au bureau de l'Amiral sous les yeux effarés de celui-ci. Pour une fois l'ambulance était arrivée à temps. Cette charmante jeune fille ne savait pas très bien quoi faire de son existence, mais à juste 17 ans, Patricia n'avait vraiment qu'une envie : profiter de la vie et s'amuser avec ses amis. Alors pourquoi s'engager dans l'armée comme ses parents et son frère.

            Mac avait quitté le JAG et le Corps des Marin's depuis une dizaine d'années pour se consacrer à sa famille. C'était pourtant une chose qu'elle n'avait jamais imaginé en épousant Harm. Elle était devenue juge mais elle décréta un jour qu'elle avait fait le tour de la question et que Harm et les enfants étaient beaucoup plus important que sa carrière. Avec Harriet et Jen, elle formait un trio d'amies inséparables et terriblement complices pour le plus grand bonheur de leurs époux. Madame Harmon Rabb conservait cette beauté qui avait séduit le fringuant pilote lors de leur première rencontre dans la roseraie de la Maison Blanche et ils étaient toujours aussi amoureux qu'aux premiers jours de leur liaison.

            Harm avait pris sa retraite depuis presque deux ans : il avait fini par devenir JAG avec le grade d'Amiral. Il disait qu'il avait beaucoup appris sous le commandement de Chegwidden et qu'il lui en serait éternellement reconnaissant. Il avait eu lui aussi dans son équipe deux ou trois fortes têtes du même genre que Mac et lui dans leur jeune temps : il comprenait ce que l'Amiral avait enduré avec eux. Il pilotait toujours son Stearman et depuis sa retraite, il donnait des cours de pilotage dans la petite société d'aviation que Mattie avait créé avec son mari. Avec à peine quelques fils argentés dans ses cheveux et son éternel sourire de Flyboy, Harm voyait encore des femmes se retourner sur lui et cela le flattait. Il n'y avait plus qu'une seule femme dans sa vie et il bénissait le jour ou il avait enfin avouer son amour à Sarah.

            Ce soir du 4 juillet, AJ Chegwidden est un vieux monsieur très heureux. Il regarde autour de lui ses "anciens" comme il les appelle, ceux qui sont devenus sa seule famille depuis de longues années. Il est fier comme un patriarche au sein de sa tribu.
Il sait aussi que ce traditionnel barbecue est sans doute le dernier car son cœur est bien fatigué. Alors qu'il parle avec le jeune David, il croise le regard de Harm …

            Rien qu'un regard … Sans doute, un peu plus las qu'avant pour l'Amiral mais tellement reconnaissant pour tout ce qu'ils ont partagé depuis près de trente ans.

            Harmon Rabb junior a compris… Il sait lui aussi !

Rien qu'un regard a suffit.

            Ce soir là, l'Amiral AJ Chegwidden s'est endormi avec le sourire aux lèvres et il est parti pour un dernier voyage … Heureux …

 

 

FIN