24 décembre - QG du JAG
Bureau de Harm
11h18
Il la regarde marcher vers sa voiture...
Il venait juste de sortir du tribunal quand elle pénétrait dans l'ascenseur. Il n'avait pas eu le temps de la rattraper ni de dire son nom que déjà les portes se refermaient sur elle.
Il était revenu dans son bureau et de la fenêtre, il avait découvert la silhouette de la jeune femme qui sortait du bâtiment. La voyant partir ainsi d'un pas décidé vers son véhicule, il se demande où elle peut aller en cette fin de matinée du 24 décembre.
Harmon Rabb Junior sort précipitamment de son bureau et se dirige vers celui de Bud. Il est tellement préoccupé qu'il heurte sans le vouloir le Lieutenant Sims.
- Oh ! Harriet, je suis désolé...
- Ce n'est rien, Monsieur, nous sommes tous un peu dans la lune aujourd'hui : l'esprit de Noël …
- Vous avez raison, Harriet ! Le Colonel...
- ... Est partie, Monsieur. Elle s'est absentée pour le reste de la journée.
- Ah ! Elle n'a pas laissé de message pour moi ?
- Non, Monsieur. Vous aviez besoin d'elle ?
- Oui... enfin non ! Mais... Vous ne savez pas où elle est allée, par hasard ?
- Non, le Colonel m'a simplement dit qu'elle serait peut-être un peu en retard, ce soir pour le réveillon, sans doute avait-elle encore quelques achats à faire pour ses cadeaux de Noël. Il y a un souci, Monsieur ?
- Non, Harriet... mais je pensais déjeuner avec Mac... justement un dernier petit cadeau pour AJ.
- C'est gentil, Monsieur, mais comme toujours le petit AJ sera trop gâté par le Père Noël...
- Sans doute, Harriet, sans doute.
Et aussitôt, le Capitaine Rabb, réellement perturbé par cet échange avec la charmante Madame Sims Roberts, tourne les talons et repart vers son bureau laissant la jeune femme très surprise par son attitude.
Quelque chose ne va pas chez lui ? s'interroge Harriet. Comme si, il y avait quelque chose entre le Colonel et le Capitaine ! Depuis le temps…
Avant que le Capitaine n'ait le temps de refermer la porte de son bureau, l'Amiral Chegwidden fait son entrée sur le plateau et annonce d'une voix presque joyeuse :
Le brouhaha général lui assure que tout le monde est heureux de ces quelques heures de repos supplémentaire. Mais il se dirige vers le bureau de Harm qu'il trouve en train de composer un numéro sur son portable. Dés qu'il aperçoit l'Amiral devant lui, le Capitaine referme prestement son téléphone et se lève.
Et il regarde l'Amiral quitter son bureau cependant Harm n'a pas manqué de remarquer le sourire en coin de AJ.
Convaincant ? En quoi puis-je être plus convaincant ? Est-il possible que Mac… lui ait dit quelque chose sur nous ?
NOUS !
Ce "Nous" qui existait depuis quelques semaines déjà… Depuis ce 21 septembre, premier jour de l'automne, ou sous une pluie battante, la voiture de la jeune femme avait fait un tête à queue et avait terminé sa course dans un fossé. Harm suivait sa partenaire au volant de sa corvette et il avait assisté, impuissant à l'accident.
Il était sorti comme un fou de sa voiture pour porter secours à la jeune femme. Malgré le choc, Mac tentait déjà de s'extirper de l'habitacle.
Et la jeune femme s'était évanouie.
Ce n'est qu'à l'hôpital qu'elle avait repris connaissance. Son esprit était encore un peu flou et elle ne savait pas trop où elle se trouvait. Un médecin était à son chevet.
Mac avait écouté sans rien dire : en fait, elle ne se souvenait de rien sauf peut être du visage inquiet de Harm penché au-dessus d'elle alors qu'elle se sentait partir.
Le Dr Colls sortait de la chambre et aussitôt Harm faisait son entrée, presque sur la pointe des pieds. Il portait à la main le sac de voyage que le Marin's laissait toujours dans son coffre de voiture, au cas ou.
- Mac ? Je peux ? J'ai votre sac.
Il était venu s'asseoir à son chevet et lui avait pris la main.
Devant la moue dubitative de son partenaire, la jeune femme s'attendait au pire.
Mac ferma les yeux en soupirant :
Elle ferma les yeux de nouveau : Harm ne lâchait pas sa main et elle sentait la chaleur de cet homme lui remonter jusqu'au cœur. Son esprit, quelque peu embrouillé, n'arrivait pas à faire la part des choses. Que venait-il de dire ?
Que serai-je devenu sans vous ?
Serait-il possible qu'il dise enfin ces mots qu'elle attendait de lui depuis si longtemps ?
Mac sentait ses paupières devenir de plus en plus lourdes : les calmants devaient commencer à faire de l'effet. Elle n'avait plus envie de parler, juste de sentir la présence de son pilote près d'elle et sa main dans la sienne.
Il sentait qu'elle s'abandonnait dans un sommeil réparateur et qu'elle était déjà loin de lui.
Il l'a dit. Il m'a dit qu'il m'aimait ! Oh ! Harm, mon amour …
……………
24 décembre - QG du JAG
11H43
Bureau de Harm.
Cela fait trois fois qu'il tombe sur la messagerie de sa partenaire. Il y a juste douze minutes que l'Amiral est sorti de son bureau, laissant Harm un peu déconcerté par les questions qu'il lui avait posé.
Questions qui tournaient sans cesse dans la tête
Est-il possible que Mac… lui ait dit quelque chose sur nous ?
"NOUS", Sarah et moi, moi et Sarah …
Ce "nous" qui ne voulait plus tout à fait dire la même chose depuis presque quatorze semaines.
Quatre-vingt quatorze jours exactement aurait dit Mac avec son habituel sens du timing. Harm n'avait pas compté les heures, les minutes ou les secondes de bonheur qu'il avait passé près d'elle depuis que le Dr Colls l'avait laissée sortir de l'hôpital. Mais chacun de ces instants valaient tout l'or du monde à ses yeux.
Quand le docteur avait vu cet officier de l'Aéronaval faire le siège du bureau des infirmières pour retrouver la jeune femme que les secours venaient d'amener, il lui avait poser la question :
Ce cher Colls avait déduit que ce type était le "petit ami" de ce charmant colonel des Marin's. Quand il était revenu dans la chambre, il l'avait trouvé assis au chevet de la blessée, lui tenant la main alors qu'elle s'était endormie.
Pas de doute, ce Capitaine est raide dingue de cette femme !
Colls allait passer la porte quand soudain il se ravise :
Les deux militaires n'osaient même plus se regarder. Mac avait retiré sa main de celle de Harm et ce dernier fixait la pointe de ses chaussures mais déjà le médecin était hors de la pièce.
Devant l'air ahuri de la jeune femme, il continuait avec un léger sourire en coin :
Déjà l'infirmière était là et une dizaine de minute plus tard, les deux amis quittaient le service. En les voyant partir, le Dr Colls ne pouvait s'empêcher de penser :
Un Colonel des Marin's et un Capitaine de l'Aéronaval … Si ces deux là font des enfants, pas de souci à se faire pour les Forces Armées des Etats Unis … Quel beau couple … Tout ce qu'on peut lire dans leurs yeux …
Harm était aux petits soins pour Mac, l'aidant à s'installer dans la corvette. La jeune femme eut une grimace de douleur, ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention de son partenaire.
Déjà la voiture démarrait en douceur.
Mac avait présumé de ses forces et l'aide d'Harriet lui avait été des plus précieuse. Rien que le fait de se retrouver dans son appartement lui donnait le vertige. Harm avait laissé les deux amies juste le temps d'aller chercher des affaires chez lui et de faire quelques courses. En un temps record, il était de retour.
Une fois seul, Harm jeta un œil dans la chambre où la femme de ses rêves dormait, assommée par les calmants. Il s'approcha du lit et passa doucement un doigt sur la joue de sa belle endormie.
Il se serait bien allongé près d'elle pour la prendre dans ses bras mais il n'était pas certain que ce corps délicat et meurtri ne souffre de sa tendre étreinte. Au lieu de ça, il lui restait le canapé. Ce n'est qu'une fois assis dans le salon qu'il prit conscience de sa propre fatigue. Il n'avait même pas le courage de se préparer quelque chose à manger et il s'endormit aussitôt que son grand corps eut trouvé sa place sur ce canapé trop petit pour lui.
Vers 1 heure du matin, au beau milieu son rêve, le pilote entendit une voix appeler : c'était Mac, il en était sûr mais il ne la trouvait pas. Soudain, il se réveilla tout à fait en tombant du canapé. Il était chez elle et elle l'appelait toujours d'une voix angoissée. Il n'était plus dans son rêve et il se rua vers la chambre en bousculant au passage une commode.
Il avait pris la jeune femme délicatement dans ses bras et elle retrouvait son souffle.
Elle retrouvait son calme dans les bras de l'homme qu'elle aimait depuis si longtemps en silence. Malgré les douleurs qui irradiaient tout son corps, elle appréciait le contact de ses mains sur sa peau. Il lui communiquait sa force dans cette douce étreinte.
Déjà leurs lèvres s'étaient trouvées pour le plus doux des baisers mais la passion aidant, l'étreinte de Harm se faisait plus forte et Sarah laissa échapper un gémissement de douleur.
Harm la souleva délicatement dans ses bras et la conduisit à la salle de bain.
Ils avaient ri tous les deux de ces petits mots si nouveaux pour eux.
Quelques instants plus tard, ils étaient installés dans le salon pour prendre le temps de manger les sandwichs que Harm avait préparés tout en buvant un verre de lait.
Et depuis quatre-vingt quatorze jours, ils avaient bien rattrapé le temps perdu !
…………
24 décembre - QG du JAG
11H57
Bureau de Harm.
Harm est toujours perdu dans ses pensées quand Harriet et Bud se présentent à la porte de son bureau.
Le Capitaine jette son portable sur le bureau avec un geste d'impatience :
Quelques minutes plus tard, il monte dans sa voiture. Sans vraiment savoir pourquoi, il se retrouve sur le parking du centre commercial que Mac et lui fréquentent pour faire leurs achats.
Après tout, elle avait encore des achats à faire, Mac me l'avait dit il y a deux jours. Harriet a sans doute raison…
Il y a un monde fou et il sait très bien qu'il ne trouvera jamais sa partenaire dans cette cohue. Alors il décide de battre en retraite et de rentrer chez lui. Sur le chemin du retour, il revoit les dernières semaines passées près de Sarah. Une certaine harmonie s'était installée dans leur couple : Ils étaient heureux de s'être enfin avoué leur amour même si au JAG, personne n'était au courant.
Harm ne peut s'empêcher de penser aux hommes qu'il a vu aux cotés de Sarah presque autant que les jolies femmes qui se sont pendues au cou du pilote sous les yeux de l'avocate. Il n'oublie pas non plus le nombre de fois ou il a pensé la perdre à jamais. Combien de fois, son cœur avait explosé dans sa poitrine quand elle était en danger. Il avait même démissionné du JAG pour aller la rechercher au Paraguay et tant d'autres choses encore.
Sarah avait été là aussi pour lui : elle lui avait sauvé la mise plus d'une fois. Elle l'avait accompagné dans sa quête pour retrouver son père. Elle l'avait soutenu quand il avait découvert la mort de celui-ci en Russie. Pour la garde de Mattie, elle avait dit au juge qu'il était le père qu'elle aurait souhaité pour ses enfants. Elle avait annulé son mariage avec Mic quand il était porté disparu en mer lors du crash de son F14.
Oui, Sarah avait toujours été là au bon moment pour lui.
Et maintenant qu'ils sont enfin réunis, Harm sent qu'il a toujours peur de la perdre, comme si rien n'était définitivement écrit pour eux deux.
Comme s'il manquait un engagement entre nous ?
Un engagement …
A vrai dire, depuis qu'ils étaient ensemble, aucun des deux ne s'étaient vraiment installé chez l'autre, à peine une brosse à dent et quelques vêtements laissés là par hasard. Ils passaient presque toutes leurs nuits ensemble mais ils repartaient le matin avec un sac de voyages en permanence dans le coffre de leur voiture.
Sarah dit souvent que je me défile … Pourtant, je lui donne chaque jour des preuves de mon amour ! Je n'arrive pas à comprendre ce qui se passe depuis quelques jours ?
En effet, depuis presque une semaine, Sarah paraissait un peu soucieuse et aujourd'hui, ce silence ne pouvait que l'interpeller un peu plus. Harm n'avait toujours pas réussi à joindre la jeune femme, ni sur son portable, ni chez elle : c'était toujours la messagerie. Il avait laissé un nombre incalculable de message sans aucun résultat.
Il avait passé l'après-midi à traîner dans son appartement, à lire un dossier, à jouer de la guitare sans vraiment arriver à se concentrer. Un seul mot occupait son esprit : Sarah
Il doit être environ 16h30 quand il jette enfin un œil dehors : Il neige et il ne s'en est même pas rendu compte. Il fait le tour de son appartement avec un certain vague à l'âme quand soudain son regard s'arrête sur une photo dans un cadre, c'est la photo de son père avec lui aux commandes de l'avion. Il sait enfin ce qu'il doit faire.
Harm remet son uniforme de Capitaine de Frégate avec ses décorations, enfile son manteau et quitte son appartement : lui aussi a un rendez-vous.
24 décembre
17h15
War Vietnam Mémorial.
La circulation est dense en cette vielle de Noël et Harm met un certain temps pour atteindre le mémorial. C'est le rendez-vous de tous les 24 décembre depuis qu'il est à Washington.
Il vient se recueillir et retrouver le souvenir de son père, Harmon Rabb Senior, parce que le 24 décembre 1969, celui ci n'est pas rentré de mission.
Harm se souvient que Sarah était avec lui pour le Noël précédent : Elle avait tenu à l'accompagner, et ce n'était pas la première fois qu'elle le faisait. Elle avait mis sa main dans la sienne quand elle avait senti qu'il était au bord des larmes. Il faisait un froid terrible ce jour là, comme aujourd'hui, alors Harm avait passé son bras autour des épaules de sa partenaire et il l'avait serré contre lui. Ils avaient senti aussitôt une douce chaleur les envahir. Ce n'était qu'une illusion mais tellement réconfortante pour l'un et l'autre.
Harm n'est plus qu'à une dizaine de mètre de l'endroit où est écrit le nom de son père quand soudain il est stoppé dans sa marche. Son cœur bat la chamade mais il reste figé sur place : elle est là.
Sarah est devant le mur. Elle est encore en uniforme. Le Colonel Sarah Mackenzie du Corps des Marin's des Etats Unis est venue rendre hommage au Lieutenant Harmon Rabb senior.
Harm est incapable de faire un pas de plus. Il la regarde comme si plus rien d'autre n'avait d'importance dans sa vie que de la voir là, devant ce mur. Elle passe les doigts sur les lettres gravées comme il l'a fait si souvent. Et avec une extrême lenteur, elle pose sa main droite sur son ventre, puis sur ses lèvres pour un tendre baiser et de nouveau sur le nom incrusté dans la pierre. Elle baisse les yeux, recule d'un pas et exécute le salut militaire avec la grâce qu'il lui connaît. Encore quelques secondes et elle tourne les talons et elle s'en va dans la direction opposée.
Sarah n'a pas vu Harm et il n'a pas osé l'appeler.
……………
Malgré la neige et le froid, il y a beaucoup de monde devant le mur en cette fin d'après-midi mais enfin Sarah arrive à sa voiture. Elle remarque aussitôt la corvette de son amant garée à peine à une dizaine de mètre de son véhicule.
Il est là, bien sûr ! J'aurai dû m'en douter : cette sensation étrange de sentir un regard sur moi quand j'étais devant le nom de son père… Il est temps que je réponde à ses messages !
Elle prend son téléphone portable et compose un message qu'elle envoie sur celui de Harm.
"Je t'attends à 19 h chez moi. Je t'aime. Sarah."
Et elle démarre aussitôt.
Avec un peu de chance, j'aurai le temps de prendre un bon bain bien chaud avant qu'il n'arrive. Et puis de toute façon, il sera certainement en retard … comme d'habitude. Heureusement que j'ai déjà prévenu Harriet …