Quand le Capitaine Walker arriva à l’hôpital, elle trouva Viper dans la salle d’attente. Il se leva et vint vers elle.
- Comment va-t-il ?
- Il est sorti de la salle d’opération, mais il est dans le coma.
- Quoi ?
- Leïa ?
Celle-ci se retourna et vit s’approcher le chirurgien qui s’était occupé de Harm.
- John, comment va-t-il ?
- L’opération s’est bien passée, mais il a perdu beaucoup de sang et donc des forces. Nous avons dû lui faire deux transfusions. A la fin de l’intervention, il a sombré dans le coma. Maintenant, il faut attendre. Ne me demandes pas combien de temps, Dieu seul le sait.
- Est-ce que je peux le voir ?
- Oui. Mais avant, je vais soigner ta blessure.
- Ce n’est rien, juste une égratignure.
- Tu n’iras pas voir ton ami tant que je n’aurai pas nettoyé cette blessure.
- D’accord.
Il la conduisit dans une pièce et lui demanda de se déshabiller. Il désinfecta la plaie et fit quelques points de suture. Il posa ensuite un pansement afin que la blessure ne s’infecte pas.
- Voilà, c’est terminé. A propos de ton ami, je dois t’avertir qu’il est branché à une machine à oxygène pour le moment. C’est juste une précaution, nous l’enlèverons dans une heure ou deux. C’est un peu impressionnant mais ne t’inquiètes pas.
- Merci.
Le chirurgien la conduisit en salle de réanimation, auprès du blessé. Viper et le médecin la laissèrent seule dans la pièce.
Leïa s’approcha du lit sans quitter Harm des yeux. Elle lui prit la main et la porta à ses lèvres. Elle s’assit près de lui et lui dit quelques mots.
- Harm ? Il paraît que les personnes dans le coma peuvent entendre ce qu’on leur dit. Je l’espère car ce que je vais vous dire, je ne sais pas si j’aurais le courage de vous le redire. Je ne veux pas que vous me laissiez tomber, Capitaine Rabb, j’ai besoin de vous.
" Grâce à vous, j’ai compris que les hommes ne sont pas tous des salauds. Je vous en prie, Harm, ne me quittez pas... Je vous aime. Vous avez réussi à me rendre confiance en moi. J’espère que vous partagez aussi les sentiments que j’ai pour vous. Si vous m’aimez, même un peu, revenez parmi nous pour me le dire.
La jeune femme attendit mais rien ne se passa. Une larme coula sur sa joue et tomba sur la main qu’elle n’avait pas lâchée. Elle se leva et se pencha pour déposer un baiser sur la joue de l’homme qu’elle aimait.
Maintenant qu’elle s’était enfin avouée les sentiments qu’elle ressentait pour lui, son coeur et son esprit étaient plus légers. Une seule chose obscurcissait son avenir, pour le moment, c’était l’inconscience dans laquelle était plongé Harm.
Elle sortit de la chambre et retrouva Viper.
- Courage, ma chérie, ça va aller.
- Oui, il faut garder espoir, répondit-elle sur un ton ironique. Excuses-moi.
- Ce n’est rien. Que s’est-il passé avec Gibson ?
- L’arrestation a été un peu mouvementée.
- Vous l’avez eu ?
- Oui, ainsi qu’un de ses complices, le troisième est mort.
- Il a avoué pour le meurtre ?
- Ce n’est plus mon problème, Viper. C’est celui de la police. Je leur ai remis toutes nos conclusions, tous les éléments de l’enquête. C’est un cas civil, il doit être jugé par une cour civile. J’espère qu’il en prendra pour un max., c’est tout ce que je peux dire.
- Est-ce que c’est lui qui a installé le système vidéo ?
- Non, il n’était même pas au courant. Je vais aller voir le Colonel Preston. Peut-être que quelqu’un d’autre que Stevens l’a fait chanter. J’espère, car c’est le seul moyen que l’on a pour trouver le maître chanteur. Tu me tiens au courant ?
- Bien sûr, comptes sur moi.
Leïa regarda une dernière fois Harm, puis après un sourire à Viper, quitta l’hôpital.
CHAPITRE XX
Quand le Capitaine Walker sonna chez le Colonel Preston, c’est sa fille, Macy, qui vint ouvrir.
- Bonjour, Macy. Votre père est-il là ?
- Non, mais je voulais justement vous voir.
- Pourquoi ?
- J’ai reçu une lettre bizarre.
- Comment ça ?
- Venez.
Leïa la suivit dans le salon. Elle s’assit pendant qu’elle allait prendre quelque chose dans le tiroir du secrétaire.
- Tenez, lisez ceci.
La jeune femme prit l’enveloppe qu’elle lui tendait et sortit la feuille qui était à l’intérieur. Une clé tomba sur ses genoux. Elle la ramassa et commença à lire le contenu de la lettre.
" Mercredi 20 juin 1997.
" Macy,
" Quand tu recevras cette lettre, c’est que quelque chose me sera arrivé. J’aurai voulu te dire tout ce qui va suivre moi-même, face à face. Je ne veux pas que tu penses que je me suis servi de toi et encore moins que tout ce que je t’ai dit n’était que du vent. Je t’aime vraiment, et j’aurai tant voulu qu’on se marie comme on l’avait prévu.
" Si je ne t’ai rien dit sur la vraie raison de ma présence, ici, dans cette base, c’est que je n’en avais pas le droit. J’étais sur une enquête, et mon boulot de MP n’était qu’une couverture. Je travaille pour le J.A.G. Il y a un an, on m’a recruté pour mener une enquête en sous-marin. Mes supérieurs m’ont inventé une carrière mais mon nom n‘a pas été modifié.
" Le but de cette infiltration était de mettre à jour le réseau de trafiquants de drogue qui existait dans cette base. Toutes les preuves que j’ai pu rassembler sont dans une consigne à la gare dont la clé est dans cette enveloppe. Tu y trouveras des cassettes qui confirment mes soupçons ainsi qu’un rapport complet que j’ai écrit au fur et à mesure que mes recherches avançaient. Je veux que tu remettes tout à l’officier du JAG qui viendra pour résoudre l’énigme de ma mort.
" Macy, pardonnes-moi pour ne pas t’avoir dit cela plus tôt. Je t’aime.
Lieutenant Jeremia Michael.
- C’est le monde à l’envers. Tout le monde nous a caché quelque chose à un moment ou à un autre de cette affaire. Stevens, votre père, et maintenant je découvre que même l’Amiral Shegguidden a eu des secrets pour nous. Si on avait su cela depuis le début, on serait allé plus vite et Harm ne serait peut-être pas sur un lit d’hôpital entre la vie et la mort.
- Votre équipier est blessé ?
- Oui, nous avons arrêté Stevens pour l’interroger après avoir découvert, grâce aux cassettes de Jerry, que Brad était présent le soir du meurtre. Il s’est rebellé, a prit l’arme d’un militaire et a tiré sur Harm. Je suis allée, ensuite, interpeller le revendeur de drogue. Là aussi il y a eu de la bagarre, mais pas trop de casse.
- Pourquoi tous ces non-dit, ces mensonges ?
- Je n’en sais rien. Il faut que j’appelle mon supérieur, peut-être qu’il pourra m’en dire plus. Tout d’abord, il faut que j’aille chercher les affaires de Jerry à la consigne. Je vous remercie pour votre aide, Macy. Sans vous, on y serait jamais arrivé.
- Ce n’est rien. Je voulais que vous trouviez l’assassin de Jerry pour qu’il paie.
- Ne vous inquiétez pas sur ce point. Stevens va être jugé par un tribunal militaire puis par une cour civile. Les preuves que nous avons réuni, plus celles de votre ami vont l’envoyer en prison pour un bon bout de temps. Je ne parle même pas de Gibson, pour lui, la peine de mort ne m’étonnerait pas.
- Merci encore une fois pour tout.
- Au revoir, Macy.
- Au revoir, Capitaine Walker.
Cette dernière monta dans une Jeep et prit la direction de la gare. A son arrivée, elle se dirigea vers les consignes et chercha le numéro qui correspondait à la clé. Après l’avoir trouvée, elle l’ouvrit et découvrit un attaché case ainsi qu’un carton avec des cassettes.
Elle prit le tout et rentra chez elle pour compulser les dossiers qui devaient être dans la valise.
Une fois de retour dans la maison, elle s’assit dans le salon et ouvrit la mallette. Elle contenait un dossier de taille énorme composé de feuille dactylographiées et de photos.
Elle commença à lire les pages et découvrit que l’Amiral Shegguidden ne devait pas être au courant de cette affaire. A l’époque où la décision avait été prise, il n’était pas encore au poste qu’il occupait aujourd’hui. Il semblait que la décision d’infiltrer la base avait été prise à un niveau élevé du haut commandement.
Une heure plus tard, la jeune femme avait terminé de consulter le rapport du Lieutenant Michael. Il avait fallu plusieurs mois à ce dernier pour découvrir que le Capitaine Stevens était mêlé au trafic dans le sens qu’il était consommateur. Il avait découvert d’autres utilisateurs en filmant à leur insu plusieurs personnes, car Michael ne s’était pas contenté de mettre une caméra dans les douches, il en avait placé plusieurs dans la base, sans que cela se sache.
Il avait tenté de surveillé le chef des MP afin de voir le revendeur. Bien que ce dernier ne se savait pas filmé, Jerry l’avait toujours vu de dos. Le jour de son assassinat, le jeune homme avait écrit une page pour dire qu’il devait prendre des précautions car il était à deux doigts de découvrir l’identité du dealer. Il indiquait qu’il avait rédigé, la veille, une lettre qu’il avait remis à un de ses amis à l’extérieur de la base. Celui-ci devait, dès qu’il ne recevrait plus son appel téléphonique fixé tous les soirs à 19 h, l’envoyer à Macy Preston, la seule personne en qui Jerry avait confiance dans la base.
Leïa regarda les photos qui étaient jointes aux dossiers. Elles représentaient Stevens avec quelqu’un vu de dos, puis cette personne avec d’autres officiers ou de simple soldats. Quelques clichés montraient l’échange de l’argent contre une dose de drogue.
La jeune femme reposa tout sur la table et attrapa le téléphone. Elle composa le numéro direct de l’Amiral Shegguidden.
- Shegguidden !
- Bonjour, Amiral. C’est le Capitaine Walker.
- Alors Capitaine. Où en êtes-vous avec cette enquête ?
- Elle est terminée, mais...
- Très bien, vous rentrez quand avec le Capitaine Rabb ?
- Eh bien, justement. Le Capitaine Rabb est à l’hôpital. Il est dans le coma.
- Que s’est-il passé ?
- C’est une histoire bien compliquée pour que je vous la raconte au téléphone, Amiral.
- Soit, je prends le jet tout de suite. A quel hôpital est-il ?
- Celui de la base... Amiral ?
- Oui, Capitaine.
- Vous pouvez me faire une faveur ?
- Dites toujours.
- N’emmenez pas le Capitaine Kroenning avec vous. Elle serait la goutte d’eau qui ferait déborder le vase.
- Compris. A plus tard.
Shegguidden raccrocha et la jeune femme fit de même. Elle alla prendre une douche puis, après avoir enfiler un uniforme propre, elle reprit la direction de l’hôpital.
Quand elle arriva dans la salle de réanimation, le lit qu’occupait le Capitaine Rabb un peu plus tôt dans l’après-midi, était vide. Elle eut un haut le coeur. Elle ne comprenait pas. Viper devait la contacter si quelque chose se passait. Elle se retourna dans l’encadrement de la porte, elle ne vit personne dans le couloir. Sa respiration se fit plus saccadée, l’air entrait de plus en plus mal dans ses poumons. Les larmes lui vinrent.
Ce n’était pas possible, Harm ne pouvait pas être mort.
Elle se dirigea vers la salle de permanence des infirmières. Une voix l’appela.
Elle se retourna et aperçut le Colonel Parker venir vers elle. Quand il vit la pâleur de sa protégée, il comprit tout de suite ce qu’elle avait dû penser en ne trouvant pas Harm dans son lit.
- Ne t’inquiètes pas, chérie. Tout va bien.
- Il n’est pas... dans son lit. Il...
- Ils l’ont déplacé car il n’a plus besoin de la machine pour respirer.
- Il s’est réveillé ?
- Non, toujours pas.
- Je veux le voir.
- Je te conduis à lui.
Après avoir emprunté un couloir, ils arrivèrent devant une chambre. Le Capitaine Rabb était étendu sur le lit blanc. On aurait dit qu’il dormait, tout simplement. Son visage était détendu.
Leïa s’approcha et s’assit à côté de lui. Elle lui prit la main pour la serrer dans les siennes. Elle resta là pendant deux heures, jusqu'à ce que l’Amiral pénètre dans la pièce.
En entendant la porte, elle se retourna. Quand elle reconnut son supérieur, elle se leva et se mit au garde à vous.
- Repos, Capitaine. Comment va-t-il ?
- Pas de changements, Amiral. Le chirurgien a dit d’attendre son réveil. Une fois qu’il aura ouvert les yeux, on sera sûr qu’il est sorti d’affaires.
- Et vous ?
- Je vous demande pardon ?
- Le Colonel Parker m’a dit que vous aviez été blessée.
- Ce n’est rien, Amiral.
- Malgré le garrot qu’elle avait en arrivant, elle a perdu beaucoup de sang. De plus, elle n’a rien mangé depuis hier au soir.
- Je n’ai pas faim, Viper. Je vais bien. Je me reposerai quand Harm sera réveillé. Voici une mallette contenant tout un dossier que le Lieutenant Michael avait assemblé dans le but de démanteler le réseau de drogue dans la base. Michael était un officier du JAG en couverture ici. Il y a aussi des cassettes vidéo, je les ai laissé à la maison.
- Vous dites que le Lieutenant Michael était des nôtres ?
- En effet. C’est dans le dossier. Apparemment, il a été envoyé par quelqu’un du haut commandement, mais je n’ai pas découvert qui.
- Je m’en charge. Vous avez fait du bon boulot tous les deux. Quelqu’un a-t-il prévenu sa famille ?
- Oui, Amiral. J’ai trouvé l’adresse de sa mère dans ses papiers. Je l’ai appelé, elle devrait arriver vers 23 h à l’aéroport. Je me charge de la conduire ici personnellement.
- Très bien. Je vais dans la salle d’attente. J’en profiterai pour jeter un oeil sur ces dossiers.
- Viper ?
- Oui, Leïa.
- Merci d’avoir appelé sa mère. Je n’y avais pas pensé une seule seconde.
- C’est normal. Tu avais d’autres chats à fouetter. Essaies de te reposer un peu. Tu veux que j’aille te chercher quelque chose ? Un café ? Un sandwich ?
- Non, je ne pourrai rien avaler. Merci.
La jeune femme se retrouva seule de nouveau. Elle regarda Harm, priant en silence qu’il veuille bien se réveiller. Elle avait besoin de lui. De cet homme avec qui, pour la première fois depuis des années, elle se sentait enfin devenir une femme. Elle finit par s’assoupir, la tête sur le lit, ne lâchant pas la main de son partenaire.
CHAPITRE XXII
Il était près de minuit quand Viper revint de l’aéroport avec Mme Rabb. Il l’accompagna dans la chambre et trouvèrent la jeune femme endormie.
Le Colonel Parker s’approcha et la réveilla doucement.
- Leïa, la mère de ton ami est là.
Le Capitaine se leva rapidement, trop car elle eut un étourdissement et dû se rasseoir immédiatement.
- Ca ne va pas Mademoiselle ?
- Ce n’est rien. Je...
- Tu n’es pas raisonnable, tu n’a rien avalé depuis la veille, tu es blessée et tu a perdu beaucoup de sang. Toutes ces émotions et les arrestations t’ont épuisées, il faut que tu te reposes.
- Non ! Je veux rester auprès de Harm. Je... J’ai peur qu’il s’en aille si je ne suis pas là.
- Rassurez-vous, Capitaine, répondit Mme Rabb, il ne partira pas. Moi aussi je veux qu’il revienne parmi nous.
- Excusez-moi, Madame, vous devez me trouver bien égoïste.
- Non, c’est tout à fait normal puisque vous aimez mon fils.
Elle s’assit auprès de Harm, face à Leïa. Elle lui caressa la joue sans le quitter des yeux.
La jeune femme étudia la mère du jeune homme. Elle avait des cheveux grisonnants qui lui donnaient du charme. Elle devait avoir environ une cinquantaine d’années, mais elle était encore belle. Harm avait ses yeux mais le reste, il devait le tenir de son père, tout comme sa passion pour l’armée.
Madame Rabb regarda Leïa et sourit.
- Cela fait longtemps que vous vous connaissez ?
- Non, juste trois semaines. Je suis l’une de ses équipières.
- Oh.
- C’est quelqu’un de bien. Vous pouvez être fière de lui. Il est très généreux.
- Trop parfois. Vous l’aimez ?
- Oui. Il a fallu que cet accident arrive pour que je m’en aperçoive. Voyez-vous, j’ai eu beaucoup de problèmes personnels. Mes parents sont morts alors que mon frère et moi étions très jeunes. Ensuite, après une agression, je me suis retrouvée enceinte. Depuis, j’ai toujours eu beaucoup de difficultés à laisser un homme m’approcher. Avec Harm, cela a été différent, c’est d’ailleurs ce qui m’a effrayée au début. Il a été doux, patient, attentif, il ne m’a jamais brusquée.
- C’est dans sa nature. Il est très altruiste.
- J’ai encore tellement de choses à lui dire. Je... Je ne voudrai pas qu’il parte avant de les avoir entendu.
- C’est un homme robuste comme son père. C’est un battant, il va s’en sortir.
- Vous me redonnez un peu d’espoir alors que ce serait plutôt mon rôle.
- Ce n’est rien. Le Colonel a dit tout à l’heure que vous n’aviez rien mangé depuis des heures. Je crois qu’il est temps d’y remédier, je vais vous accompagner.
- Non, ça va aller.
- Vous ne lui rendrez pas service en vous laissant aller. Il faut vous ménager sinon vous risquez de lui faire peur quand il se réveillera et qu’il vous verra blanche, les yeux cernés. Ce ne serait pas un beau spectacle pour lui.
Les deux femmes se retrouvèrent dans la cafétéria de l’hôpital quelques minutes plus tard. Elles prirent chacune un café et un sandwich et s’assirent à une table.
- Alors ainsi, vous êtes la princesse.
- Il vous a déjà parlé de moi ?
- En effet. Harm m’appelle une fois par semaine. Vous savez, on ne se voit pas souvent. Il part aux quatre coins du pays et parfois du monde en mission. Il n’a pas beaucoup de temps pour venir à la maison.
- Je peux savoir ce qu’il vous a dit ?
- Que de bonnes choses, d’ailleurs, je le soupçonne d’être amoureux de vous ? A chaque fois qu’il me parle d’une femme de cette façon, c’est qu’il est fou d’elle.
- Ca lui est arrivé souvent ?
- Vous êtes la troisième.
- Qu’est-il arrivé aux deux autres ?
- La première l’a laissé tomber pour un officier plus gradé, la deuxième ne pensait pas être prête pour le mariage. Elle est partie prendre du recul. Elle était reporter, elle est morte lors d’un reportage en Irak, pendant la guerre du Golfe.
- Vous vous demandez sûrement ce que je lui réserve.
- Non. Je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai pas de mauvais pressentiment en ce qui vous concerne.
- C’est sensé être rassurant ? demanda la jeune femme avec un faible sourire.
- Vivez au jour le jour, et ne vous posez pas trop de questions. Vous ne mangez pas votre sandwich ?
- Je ne peux rien avaler. Comment faites vous pour ne pas être effondrée et pour réussir à parler comme si rien n’était arrivé ?
- Je ne suis pas sans coeur. Ce n’est pas la première fois que je vois mon fils dans cet état. Dans un certain sens, je me dit qu’il y a un espoir, même si il est dans le coma. Quand son père a été porté disparu, là c’était insoutenable. Il n’y avait rien pour me dire qu’il était mort, mais rien non plus pour prouver qu’il était vivant.
- Et vous n’en savez toujours rien. Le corps de votre époux n’a jamais été retrouvé.
- C’est exact. Harm a effectué des recherches approfondies, mais en vain. J’essaie de ne pas montrer mes sentiments, je me dis que si on voit que j’ai peur, et surtout si Harm le voit, il aura peur lui aussi et renoncera à se battre.
- Si ma fille était à la place de Harm, je ne pourrai pas être aussi forte que vous. Je serai sur son lit en train de pleurer et de prier Dieu qu’il me la rende, même si je ne suis pas pratiquante.
- Je vous comprends, il y a quelques années, j’étais comme vous. Harm a eu un terrible accident d’avion. Il a lutté plusieurs jours entre la vie et la mort. Quand il s’est réveillé, j’ai été la mère la plus heureuse du monde. Et depuis ce jour-là, je me suis promis de vivre tous les jours que je passerai en sa compagnie comme si c’était le dernier.
- Il vous a raconté beaucoup de choses sur moi, Madame Rabb ?
- Appelez-moi Trish, et je vous appellerai Leïa.
- D’accord... Croyez-vous qu’il y a une chance pour nous deux ?
- C’est à vous deux de vous donner cette chance. Maintenant, allons retrouver Harm.
Les deux nouvelles amies, unie dans leur amour pour un même homme, retournèrent dans la chambre.
Le jeune homme n’avait pas bougé. Elle s’assirent chacune d’un côté du lit et lui prirent une main. Au bout d’un quart d’heure, Leïa s’endormit épuisée par les efforts qu’elle avait dû fournir.
CHAPITRE XXIII
La jeune femme émergea petit à petit du sommeil, elle entendait au loin une voix féminine. Elle mit plusieurs secondes avant de se rappeler où elle se trouvait : Harm, l’hôpital... La voix qu’elle percevait était celle de la mère du jeune homme.
- Je suis certaine que tu m’entends, mon chéri. Tu sais, Leïa est très gentille. Je crois qu’elle tient sincèrement à toi. On a discuté toutes les deux, on deviendra de très bonnes amies, j’en suis persuadée. Ecoutes, je voudrai que tu te réveilles. J’essaie de me montrer forte, de ne pas m’inquiéter, mais c’est dur.
Sa voix se brisa et Trish se mit à sangloter. Elle serra encore plus fort la main de son fils et y posa ses lèvres.
- Je t’en supplie, Harm, ne me laisse pas toute seule. J’ai déjà perdu ton père, je ne veux pas te perdre toi aussi, pas au profit de l’armée. Tu dois revenir, tu m’entends ? J’ai besoin de mon fils auprès de moi.
La mère du jeune homme, ne pouvant plus se contrôler, laissa libre cours à sa peine et à son désarroi. Elle ne fit pas attention à Leïa quand celle-ci se leva doucement et vint derrière elle. Elle se pencha et mit ses bras autour du cou de Trish. Elle colla se tête contre la sienne et la berça pour essayer de la calmer.
- Chut... Ca va aller, Trish. Tout va bientôt revenir dans l’ordre, vous verrez, c’est vous même qui me l’avez affirmé.
- J’ai menti...
- Non, je sais que vous le pensiez à ce moment-là, et encore maintenant. Vous m’avez persuadée d’y croire. Alors, il va s’en sortir.
- Merci, mon petit. Ca va mieux.
Pendant ce temps, les deux femmes ne s’étaient pas aperçues que Harm avait bougé les doigts de sa main droite. Très doucement, il revint à la vie. Il ouvrit les yeux et les referma plusieurs fois avant de les garder grands ouverts.
Petit à petit, il se rappela ce qui s’était passé et comprit qu’il devait être dans une chambre d’hôpital. Il perçut le son de voix faibles, dans le lointain. Au fur et à mesure que ses sens lui revenaient, il distinguait les mots exacts qui étaient prononcés. Il reconnu la voix de sa mère et celle de Leïa. Comprenant que cette dernière essayait de remonter le moral de Trish, il lui en fut reconnaissant.
Quand il les aperçut, la jeune femme serait affectueusement sa mère dans ses bras.
- Que croyez-vous que l’on deviendrait si il partait ? demanda la jeune femme sur le ton de la plaisanterie.
- Vous...seriez... perdues, répondit Harm.
Les deux femmes regardèrent en même temps Harm, les yeux grands ouverts, entrain de leur sourire.
- Harm ! Mon chéri. Tu es réveillé !
- Bonjour, Maman... Fallait pas... te déplacer pour rien.
- Oh, tu sais bien comment je suis, mon fils a un petit bobo et j’accours.
- Je t’adore... Maman.
- Moi aussi.
Trish se pencha sur son fils et l’embrassa. Elle en profita pour lui murmurer quelques mots sur Leïa.
- C’est une fille bien, elle vaut le coup que tu t’accroches à elle. Elle t’aime vraiment.
- Merci.
- Je vous le laisse, Leïa, je vais avertir le Colonel et l’Amiral qu’il est réveillé.
La jeune femme sourit faiblement puis regarda Harm. Elle avait les yeux brillants, elle était prête à pleurer tellement elle était heureuse de le voir vivant. Elle aurait voulu dire quelque chose mais aucun mot ne passa ses lèvres.
Harm lui prit la main sans la quitter des yeux, il serra les doigts de la jeune femme qui ne put résister d’avantage. Elle laissa couler les larmes sur ses joues. Le jeune homme l’attira sur le lit et en faisant attention de ne pas lui faire de mal, elle posa sa tête au creux de son cou.
Après s’être un peu calmée, elle releva la tête et l’embrassa longuement avec passion. Quand leur baiser s’acheva, Harm lui sourit.
- Laissez-moi un peu d’oxygène, vous oubliez que je suis un grand malade, je n’ai pas encore toutes mes facultés.
- On dirait que les principales vous sont revenues, Capitaine Rabb, répondit Leïa sur le même ton moqueur. Vous m’avez fait très peur.
- J’en suis désolé.
Quelqu’un frappa à la porte. La jeune femme se relava immédiatement et défroissa son uniforme avec les mains.
- Alors, Capitaine Rabb, il paraît que vous avez décider de revenir parmi nous ?
- Oui, Amiral. Je me suis dit que vous ne pouviez pas vous passer de moi. Donc, il fallait que je revienne.
- Je suis content que vous alliez mieux. Je vais vous laisser, j’ai rendez-vous à Washington à propos du dossier qu’avait monté le Lieutenant Michael... Je compte sur vous, Capitaine Walker pour mettre au courant le Capitaine Rabb sur l’aboutissement de cette affaire.
- Bien sûr, Amiral.
- Capitaine Walker ?
- Amiral ?
- J’ai vu le chirurgien, votre blessure ne nécessite pas de congés forcés. Je compte sur votre présence au bureau mercredi. Nous aurons peut-être besoin de votre témoignage dans cette affaire.
- Je serai là.
- Parfait. Sur ce, je vous laisse. Reposez-vous bien, Capitaine Rabb.
- Comptez sur moi, Amiral.
Leïa salua son supérieur qui sortit suivi du Colonel Parker. La mère de Harm s’approcha.
- Je partirai aussi mercredi. Je suis désolée de ne pas pouvoir rester plus longtemps, mais j’ai des obligations.
- Ce n’est rien, Maman. C’est déjà bien assez d’être venue tout de suite. Je m’excuse pour tous ces soucis.
- Tu vas bien, c’est le principal.
- On va vous laisser, Harm. Je vais amener votre mère à la maison pour qu’elle se repose.
- Oui, vous avez raison. Ca vous fera du bien à toutes les deux.
Elles l’embrassèrent chacune leur tour puis sortirent de la chambre. Elles rencontrèrent le chirurgien qui s’occupait de lui.
- Alors ?
- Je vais l’examiner. Mais maintenant qu’il est sorti du coma, il n’y a aucune raison pour qu’il ne se remette pas. Après tout, sa blessure n’est pas plus grave qu’une appendicite. Ce qui était inquiétant, c’était la quantité de sang qu’il a perdu et son coma. Puisqu’il est réveillé, il va pourvoir reprendre des forces. Il est sorti d’affaire.
- Merci pour tout ce que tu as fait, John.
- C’est mon job, Leïa.
- Merci tout de même, docteur.
Le chirurgien leur sourit puis continua sa route.
Les deux femmes rentrèrent. Pendant que la mère de Harm alla dormir un peu, Leïa prit une douche puis imita Trish.
Plus tard dans la journée, elles retournèrent à l’hôpital où elles passèrent une heure à discuter avec Harm. La jeune femme mit un point d’honneur à ne pas parler de l’enquête et de l’arrestation du meurtrier.
Le lendemain, Leïa resta auprès du jeune homme une grande partie de l’après-midi, puis le moment de partir arriva.
- A quelle heure est votre avion ?
- 20 h. Mais je n’ai pas fini mes bagages.
- Vous allez me manquer.
- Vous aussi. J’essaierai de vous appeler tous les jours.
- J’attendrai chaque appel avec impatience.
- Reposez-vous bien. Quand vous sortirez d’ici, vous ferez votre convalescence chez vous. A ce moment-là, je pourrai venir vous voir tous les soirs.
- Je compte sur vous pour tenir vos promesses.
- Si je ne les tiens pas, c’est que quelque chose me sera arrivé.
- Ne parlez pas de malheur. Je ne serai pas là pour veillez sur vous.
- Je pensais que c’était moi qui prenait soin de vous, répondit-elle en souriant.
Il s’embrassèrent une dernière fois, puis Leïa quitta l’hôpital le coeur gros.
Elle avait dit au revoir à trish, espérant la revoir bientôt. Elle rentra terminer ses bagages puis alla à l’aéroport prendre l’avion que la ramenait à Washington.
Elle était soulagée, le pire était passé.
Malheureusement pour elle, elle ne se doutait pas que des changements allaient survenir dans sa vie professionnelle. Des bouleversements qui lui promettaient encore de durs moments à vivre car quelqu’un à Washington l’attendait impatiemment, toutes griffes dehors.
Leïa se présenta le mercredi matin, comme prévu, dans le bureau de l’Amiral Shegguidden. Celui-ci lui expliqua qu’il avait remis le rapport du Lieutenant Michael au haut commandement qui l’avait félicité officieusement pour avoir résolu l’affaire.
- Pourquoi officieusement ?
- Ils ne veulent pas que quelqu’un sache qu’ils avaient fait infiltrer une base militaire de renom.
- Mais c’était pour une bonne cause et le Colonel Parker n’en a pas pris ombrage.
- En effet, mais on ne peut pas discuter leurs ordres.
- Peut-être, mais après tout ce qui est arrivé, c’est un peu léger comme remerciements.
- Vous ne vous attendiez pas à une médaille ?
- Non, Amiral, juste à un peu de considération pour avoir failli perdre nos vies.
- Je comprends. S’il ne tenait qu’à moi...
- Je sais, Amiral. Si vous n’avez plus besoin de moi, je vais rejoindre le Lieutenant Austin et voir où elle en est avec les affaires en cours.
- C’est une bonne idée. Mais... Je dois vous avertir de quelque chose.
- Quoi ?
- En votre absence, j’ai affecté le Capitaine Kroenning auprès du Lieutenant Austin.
- C’est bien, mais je suis revenue.
- Vous oui, mais il manque toujours le Capitaine Rabb. Je pense qu’une personne de plus et de son expérience n’est pas à négliger.
- Et qui est sous les ordres de qui ?
- Voyons vous êtes du même grade, c’est en équipiers que je veux vous voir travailler.
- J’espère qu’elle le sait, Amiral, sinon vous pouvez être sûr que cette nouvelle équipe ne tiendra pas une journée.
- Je compte sur vous pour qu’il en soit autrement.
- Rassurez-vous, s’il y a un problème de communication, il sera vite résolu.
- Que voulez-vous dire ?
- J’ai toujours mis un point d’honneur à exercer mon travail, quel qu’il soit, dans de bonne conditions. Si je vois que l’atmosphère se détériore sans possibilités d’y remédier, je prendrai la décision qui s’impose.
- Laquelle ?
- Je partirai.
- C’est une solution de lâche.
- Peut-être de votre point de vue, pour moi, c’est le moyen de rester libre de mes actes, de mener mes enquêtes comme je l’entends, et surtout de garder le moral. Il n’y a rien de plus désastreux pour un client que d’avoir un avocat qui n’a plus le moral, donc plus les capacités intellectuelles nécessaires pour le défendre.
- Je vous comprends.
- Mais ne vous inquiétez pas trop, je ferai tout mon possible pour que nous n’en arrivions pas là. Je suis bien ici, et on est une bonne équipe. De plus, si le Capitaine Kroenning veut la guerre comme elle me l’a laissé entendre à Miramar, elle l’aura. Et vous pouvez être sûr que cela fera du bruit.
- Tant que vous n’en venez pas aux mains et que votre travail ne s’en ressent pas, faites ce que vous voulez. Vous pouvez disposer.
- Merci, Amiral.
La jeune femme salua son supérieur et sortit. Tout en se rendant dans son bureau, elle repensa à Kroenning et à leur dernière rencontre.
Vu l’intérêt qu’elle portait au Capitaine Rabb, il ne faisait aucun doute qu’elle allait lui imputer l’état dans lequel se trouvait Harm.
Arrivée devant la porte du bureau, Leïa prit une bonne inspiration et ouvrit la porte. Elle rentrait dans la cage aux lions.
Le Lieutenant Austin la salua, heureuse de la revoir. Le Capitaine Kroenning fit de même, mais en cachant sa joie.
- Comment allez-vous, Capitaine ? demanda Meg. L’Amiral nous a dit que vous aviez été blessée vous aussi.
- Ca va, c’était juste une égratignure.
- Et Harm ?
- Quand je l’ai quitté hier soir, il allait bien. Il était reposé. Il reprend des forces à une vitesse surprenante.
- Encore heureux qu’il en soit capable, rétorqua le Capitaine Kroenning.
- Lieutenant, veuillez nous laisser seules un instant, s’il vous plaît.
Meg les regarda l’une après l’autre puis sortit. Dès qu’elle eut refermé la porte, le Capitaine Walker attaqua.
- Bon, crevons l’abcès tout de suite. Mettons les choses au point et on ne reviendra plus sur le sujet. Je vous écoute.
- Vous avez mis la vie du Capitaine Rabb en danger.
- C’était un accident, on ne pouvait pas prévoir que Stevens allait réagir de cette façon.
- Vous vous êtes laissée aveugler par les sentiments que vous avez pour Harm. Vous avez perdu tout sens de la réalité.
- J’ai la tête bien sur les épaules et l’esprit très clair.
- Je ne le pense pas, bien au contraire. Votre nuit d’amour avec lui vous a complètement déboussolée au point que vous avez perdu vos réflexes.
- Arrêtez, vous devenez ridicule. Bien que cela ne vous regarde pas, je n’ai jamais couché avec Harm. Jamais ! J’avais les idées tout à fait nettes et ni Harm, ni les militaires qui étaient avec nous, ni moi ne pouvions penser qu’un lâche comme Stevens pouvait tenter quelque chose pour s’en sortir. Je vous conseille de ne plus remettre ce sujet sur le tapis, compris ? C’était un accident, un malheureux accident... Shegguidden m’a dit que nous allions travailler ensemble, je n’y vois aucun inconvénients, au contraire. Je connais vos antécédents et j’apprécie que vous nous en fassiez profiter à Meg et moi. Néanmoins, si vous persistez dans ce sens, notre collaboration ne fera pas long feu. Je me fous que vous me meniez la vie dure, mais notre boulot et encore moins le Lieutenant Austin ont à en pâtir. Vous pouvez bien baisser les armes juste pour quelques jours. Après vous ferez ce que vous voudrez. D’accord ?
- D’accord, mais ne pensez pas vous en tirer ainsi, Capitaine Walker.
Kroenning sortit du bureau en claquant la porte. Elle ruminait sa colère car elle venait de rendre les armes, provisoirement pourtant, devant une de ses rivales. Rien que d’y penser, cela la rendait malade, d’autant que Leïa avait invoqué des motifs tout à fait valables qu’elle-même aurait présenté dans d’autres circonstances.
Néanmoins, elle n’allait pas en rester là, elle voulait se venger. Même si elle ne pouvait pas le faire verbalement. Il fallait qu’elle se débrouille pour que le Capitaine Walker n’ait aucun contact avec Harm jusqu'à son retour. Cela mettrait bien de l’eau sur le feu entre eux. Ce serait toujours mieux que rien.
Les quinze jours qui suivirent cette altercation furent les plus horribles que Leïa eut à vivre.
Le Capitaine Kroenning imposa à ses deux équipières un rythme dément. Elle travaillaient jusque tard dans le soirée. Le matin, elles embauchaient tôt, si bien que Leïa n’eut pas beaucoup d’occasions de joindre son équipier à l’hôpital.
Les deux fois où elle réussit à lui parler, ce fut avec l’aide de Meg.
En effet, cette dernière inventa une excuse pour expliquer l’absence de la jeune femme. Même si Kroenning ne fut pas dupe, elle n’avait aucune preuve réelle que c’était un mensonge.
Quand le Capitaine Walker entendit la voix de Harm, cela lui réchauffa le coeur. Après s’être excusée pour ne pas lui avoir téléphoné plus tôt, elle lui expliqua ce qui se passait en son absence au bureau ainsi que l’enfer que le Capitaine Allison Kroenning leur faisait vivre.
Le jeune homme lui demanda de tenir bon, insistant sur le fait que dans deux semaines, il serait revenu et que tout serait comme avant.
Quinze jours s’étaient donc écoulés. La dernière fois que Leïa avait parlé avec le Capitaine Rabb remontait à cinq jours.
Harm avait été un peu dur avec qu’elle. Bien qu’elle lui ait expliqué les raisons de son silence, il n’arrivait pas à comprendre qu’elle ne puisse pas l’appeler plus souvent. Il avait raccroché sans dire un mot gentil pour elle.
*****
La jeune femme arriva au bureau où elle trouva le Lieutenant Austin toute seule.
- Je rêve, la vipère n’est pas là.
- Non. Décidément, je n’ai pas de chance. Tous mes équipiers se la mette à dos.
- Il faut avouer qu’il y a de quoi.
- J’admets qu’il faut la supporter.
- Je suis heureuse de vous l’entendre dire.
- Si vous vous calmiez un peu, peut-être que les choses iraient mieux.
- Me calmer ? mais comment voulez-vous que j’arrive à me calmer. Elle nous mène une vie infernale. Depuis que j’ai quitté Harm, je n’ai pu lui parler que deux fois en quinze jours. Et la dernière fois, on ne s’est pas quitté en très bons termes. Elle veut nous brouiller et je crois qu’elle va y arriver.
- Non, je ne crois pas. J’ai eu Harm, hier au soir.
- Comment avez-vous fait ?
- Vous oubliez que je suis partie plus tôt que vous. Le Capitaine n’a rien contre moi, c’est vous qui êtes dans son collimateur.
- Vous pouvez le dire. Comment va Harm ?
- Très bien. Il devrait pouvoir sortir dans deux ou trois jours.
- C’est super. Est-ce qu’il vous a dit quelque chose à propos de notre conversation ?
- Oui. Il m’a dit que vous ne l’aviez pas beaucoup appelé depuis votre départ. Je lui en ai expliqué la raison. Il m’a demandé de l’excuser auprès de vous pour tout ce qu’il avait pu vous dire.
- Il ne me croyait pas ? Si vous ne lui aviez pas téléphoné pour confirmer mes dires, il ne m’aurait jamais cru. Moi qui pensait qu’il avait confiance en moi, je vois que je me suis trompée sur toute la ligne.
- Non, ne dîtes pas ça, Leïa. Je suis certaine qu’au fonds de lui, il savait que vous disiez la vérité. Il faut aussi se mettre à sa place, c’est quelqu’un qui aime l’action. Il était évident que deux semaines à rester cloué dans un lit le rendraient impatient et l’énerveraient à un point qu’il ne fasse pas attention à ce qu’il dit.
- Vous avez sûrement raison, Meg, concéda-t-elle, un léger sourire sur les lèvres. Moi aussi, je ne devrai pas le juger trop vite.
- Bien ! Puisque cet incident est réglé, je vous propose de nous mettre au travail avant que Kroenning n’arrive.
- A vos ordres, chef !
Les deux femmes s’assirent à leur bureau et commencèrent à étudier les dossiers qui étaient devant elles. Juste à ce moment-là, le Capitaine entra sans prendre le temps de s’annoncer.
Les deux officiers se regardèrent, se félicitant chacune mentalement pour avoir eu la bonne idée de se mettre à la tâche à cet instant précis.
- Je vois que vous êtes déjà au travail, c’est bien. Je...
La jeune femme fut interrompue par la sonnerie du téléphone. Leïa voulu décrocher mais elle fut plus rapide qu’elle.
- Capitaine Kroenning !... Bonjour, Amiral... Oui, elle est là. Je vous la passe. Tenez, c’est...
Elle ne put finir sa phrase car sa " rivale " lui avait déjà arraché le combiné des mains.
- Bonjour, Amiral... Je viens tout de suite, répondit-elle en raccrochant. Je vous laisse. Comme vous venez de l’entendre, Shegguidden veut me voir sur le champ.
Elle sortit en saluant Allison qui, une fois encore, ruminait sa colère. Elle n’arrivait pas à comprendre comment le Capitaine Walker faisait pour lui échapper. C’était très frustrant pour elle car elle ne pouvait exprimer sa colère dans ces cas-là : elle se retrouvait seule avec le Lieutenant Austin qui n’avait rien à voir dans leur querelle.
Néanmoins, Kroenning avait une petite idée de la raison pour laquelle l’Amiral voulait voir Leïa. La jeune femme ayant appris que Harm devait sortir de l’hôpital dans les jours qui venaient, et donc rentrer à Washington, était allée voir son supérieur pour lui soumettre l’idée d’envoyer Leïa en congé. D’après elle, le Capitaine était très fatiguée ce qui était sûrement dû au train d’enfer qu’elle avait mené depuis plus de trois semaine et aussi à sa blessure.
Bien que l’Amiral ait paru surpris de la proposition de Allison, il l’avait accepté. Ce qu’elle était loin d’imaginer, c’était, qu’une fois de plus, son complot allait se retourner contre elle.
******
Leïa frappa à la porte du bureau de l’Amiral et entra après avoir reçu son invitation. Elle se mit au garde à vous devant lui.
- Repos, Capitaine... Alors ? Comment allez-vous ?
- Je vous demande pardon ?
- Quoi ? Il n’y a rien d’étonnant à ce que je vous demande des nouvelles de votre santé.
- Euh, non , Monsieur. Je ne pensais pas que vous m’aviez convoquée pour cela, c’est tout.
- Eh, bien, vous vous trompez. J’ai eu des échos selon lesquels vous étiez fatiguée suite à votre blessure.
- Je peux vous demander qui vous a dit ça ?
- Il semblerait que le Capitaine Kroenning vous porte de l’intérêt.
- Pardon ?... Excusez-moi, Monsieur, mais depuis que nous travaillons ensemble, elle nous fait mener une cadence d’enfer. Je ne dis pas cela pour me plaindre. Il me semble seulement qu’elle a perdu tout sens de l’objectivité à cause de sa jalousie stupide.
- Je ne veux pas entrer dans les détails. Vos querelles personnelles ne me regardent pas tant que cela n’affecte pas votre travail. Néanmoins, je pense comme elle.
- A quel sujet, Monsieur ?
- Vous avez l’air épuisée. Votre blessure, les événements d’il y a quinze jours, vos nuits sans sommeil et le rythme de travail que vous avez suivi depuis votre retour vous ont complètement vidée. Je pense que deux semaines de congés ne vous feront pas de mal.
- Mais il y a beaucoup de dossiers à traiter, elles n’y arriveront jamais toutes seules.
- C’est exact, c’est pourquoi je vais leur adjoindre une personne de plus en votre absence et celle du Capitaine Rabb. Vous reviendrez d’ailleurs en même temps. Au fait, j’allais oublier, il sort demain de l’hôpital, ce serait bien qu’il y ait quelqu’un de sa connaissance pour aller le chercher.
- Je ne savais pas qu’il sortait demain.
- Eh bien, c’est fait. Une dernière précision, votre congé débute sur l’heure. Je vous conseille de quitter Washington, d’aller prendre l’air quelque part, au calme. Ca vous fera le plus grand bien.
- A vos ordres, Amiral.
Elle le salua puis sortit du bureau en souriant. Elle le soupçonnait d’avoir tout manigancé. Kroenning allait être verte de rage, elle qui pensait l’éloigner du Capitaine Rabb, en agissant de la sorte, elle allait les rapprocher encore plus. En effet, Leïa décida de prendre le premier vol pour Miramar afin d’être présente à sa sortie.
Si il était d’accord, ils allaient passer deux semaines seuls dans un endroit calme où ils n’auraient rien d’autres à faire qu’à penser à eux et à l’avenir de leur relation.
Elle arriva devant la porte de son bureau. Elle s’arrêta un moment pour essayer de se calmer afin que sa collègue ne voit pas trop sa joie, puis elle entra.
- Il faut que je vous laisse.
- Pourquoi ?
- L’Amiral m’a ordonné de partir quelques jours.
- Ah oui, dit Allison, contente que son plan ait fonctionné.
- Il va vous affecter quelqu’un pour vous aider tant que Harm et moi ne serons pas rentrés.
- Harm ne revient pas la semaine prochaine ?
- Non. Il sort demain mais il doit encore rester deux semaines au repos.
- Combien de temps va durer votre congés ?demanda Meg connaissant d’avance la réponse.
- Je reviendrai en même temps que Harm.
- Vous allez le rejoindre, affirma Kroenning, la voix étranglée par sa colère.
- En effet, c’est une suggestion que m’a fait l’Amiral. Quant à savoir si nous allons passer ces vacances ensemble, je dirai que cela dépend de Harm. Veuillez m’excusez, mais je dois rentrer faire mes bagages. A bientôt.
- Bonnes vacances Capitaine.
Leïa sortit, heureuse de voir le piège du Capitaine Kroenning se retourner contre elle.
La jeune femme était sur la route de l’aéroport, il était près de 13 h.
Il lui avait fallu faire ses bagages, appeler son pilote personnel et ami pour qu’il prépare le jet privé. Celui-ci ne pouvant pas être à Washington avant le lendemain midi, elle avait pris son mal en patience et en avait profité pour joindre sa fille à Brownsville.
Jessica était très heureuse, elle commençait juste ses classes mais déjà elle ne pensait qu’à une chose, voler. Tout ce passait bien, elle avait eu Steve un peu plus tôt dans la matinée et il devait venir passer le week-end avec elle en permission. Leïa pouvait partir pour des vacances en amoureux sans se faire de souci et ne penser qu’à elle. Après avoir embrasser une dernière fois sa fille, elle raccrocha, le coeur léger. Il ne lui restait, maintenant qu’un problème : faire évoluer les choses entre elle et Harm.
La jeune femme arriva enfin sur le parking où se trouvait son jet privé. Le taxi l’aida à sortir ses valises du coffre.
- Bonjour, Leïa.
- Bonjour, Bob. Comment ça va ?
- Très bien, et toi ?
- Ca ira mieux quand on sera à Miramar. Tu as eu un vol calme pour venir ?
- Quelques perturbations au-dessus du Texas, mais c’est tout.
- J’ai bien fait d’opter pour les Rocheuses, alors.
- Ils annoncent des orages violents et de fortes rafales de vent pour ce week-ends, c’est pas mieux.
- Eh bien, il va falloir que je prévois des provisions.
- Ce ne serait pas une mauvaise idée ? Tu sais qu’on ne peut rien prévoir en montagne.
- Je sais. L’avion est prêt ?
- Oui, Madame, on n’attendait plus que toi.
- Alors, allons-y, Commandant.
Le pilote chargea les bagages de la jeune femme, les arrima, puis ils montèrent à bord. Elle s’installa à ses côtés dans le cockpit.
Quelques minutes plus tard, ils volaient dans un ciel bleu, sans nuages.
Au bout de trois heures de vol, ils virent leur destination. Bob posa l’appareil sans problèmes. Un taxi attendait la jeune femme comme prévu.
Elle monta dans le véhicule qui prit la direction de la base de Miramar.
Arrivée devant l’hôpital, elle fit garer la voiture et descendit. Elle demanda à l’accueil si le Capitaine Rabb était déjà sortit.
- Non, Madame. Il ne devrait plus tarder, il a signé sa fiche de sortie il y a cinq minutes.
- Je vous remercie.
Elle alla l’attendre sur un banc à l’extérieur, de façon à ne pas le manquer.
La jeune femme ne l’avait pas appelé la veille pour le prévenir qu’elle serait là. Elle avait eu peur de sa réaction car ils ne s’étaient pas parlés depuis leur dernier coup de téléphone. Elle ne savait pas comment il allait réagir en la voyant. Mais maintenant qu’elle était là, elle comptait bien ne pas repartir sans lui.
Quand Harm passa la porte, Leïa sentit les battements de son coeur s’accélérer. Il ne la vit pas et passa devant elle sans s’arrêter.
- Vous avez besoin d’un chauffeur, Capitaine ? dit-elle en se levant.
Le jeune homme se retourna et la regarda, n’en croyant pas ses yeux. Meg lui avait dit qu’elle travaillaient comme des bêtes à cause de Kroenning et que personne ne pourrait venir le chercher. Et puis, voilà, Leïa était là, devant lui, toute souriante.
- Que faites-vous là ?
- C’est une longue histoire que je vous raconterai en route, allons-y.
- Où ?
- Dans un endroit où vous pourrez vous reposer au calme, avec une servante qui vous sera tout dévouée pendant deux semaines.
- Qui sera la servante ?
- Moi, bien sûr.
- J’ai dû rater un épisode, remarque Harm.
- Venez.
Ils montèrent dans le taxi qui les ramena à l’aéroport où le jet les attendait, prêt à décoller, Bob ayant refait le plein et vérifié l’appareil.
Pendant le vol, Leïa expliqua à son équipier ce qui s’était passé la veille dans le bureau de l’Amiral Shegguidden et lui raconta sa dernière entrevue avec Kroenning.
- Elle a dû être très en colère.
- Elle n’arrivait même plus à parler tant elle était furieuse. J’espère seulement que Meg n’en subira pas les conséquences. Après tout, c’était son idée à elle de demander à Shegguidden de m’envoyer en vacances. Il n’a fait qu’accéder à sa demande.
- Et où m’emmenez-vous ?
- C’est une surprise.
- Vous croyez avoir tout prévu, n’est-ce pas ?
- Mais c’est le cas. Je suis même passé chez vous pour vous prendre quelques vêtements adéquats.
- Comment êtes-vous entrée ?
- C’est un détail sans importance. Rassurez-vous, ajouta-t-elle, je n’ai pas enfoncé la porte. Elle est intacte.
- J’espère bien.
- Il y avait juste une chose que je n’avais pas prévu.
- Laquelle ?
- Votre réaction en me voyant. La dernière fois que l’on s’est parlé, vous avez été froid et distant avec moi. Meg m’a avoué vous avoir téléphoné il y a deux jours. Il a fallu qu’elle confirme mes dires pour que vous acceptiez de me croire. Je dois dire que cela m’a fait beaucoup de peine, je pensais que vous aviez confiance en moi.
- Leïa...
- Laissez-moi terminer. Je sais qu’on ne se connaît peut-être pas encore assez, que je vous demande aussi beaucoup. Mais...Je pensais que vous m’aimiez un peu.
- C’est le cas, Leïa.
- Alors pourquoi ce manque de confiance en moi ?
- Vous n’y êtes pour rien. Ecoutez, cela faisait quinze jours que j’étais cloîtré dans cette chambre d’hôpital. J’étais comme un animal en cage. A un moment ou à un autre, il fallait que ma colère sorte. Malheureusement, il a fallu que cela tombe sur vous. Pour rien au monde, je n’aurai voulu que ça arrive.
- Je vous crois. Meg avait déjà commencé à plaider en votre faveur, vous avez fini de me convaincre.
- Alors, ami ?
- Ami.
Il se pencha sur elle et l’embrassa tendrement sur les lèvres. Leur baiser se fit plus ardent car, chacun d’eux ayant dû attendre ce moment pendant plusieurs jours, ils ne voulaient pas le voir s’arrêter si vite.
CHAPITRE XXVII
Quand l’avion atterrit, Harm ne savait toujours pas où ils se rendaient. En regardant par le hublot, il vit, tout à coup, des montagnes.
- C’était donc ça ?
- Quoi ? demanda la jeune femme en souriant.
- Vous avez opté pour les Rocheuses.
- Ca ne vous plaît pas ?
- Pourvu que je me repose, c’est tout ce qui compte.
- Pardon ?
- Vous démarrez au quart de tour. Non, pour moi, le principal, c’est d’être avec vous, le lieu ne m’intéresse pas.
- J’avais le choix entre un ranch au Texas ou le chalet.
- Je préfère le chalet. Surtout, qu’en ce moment, le Texas n’est pas très recommandé avec les pluies qui s’y abattent.
- Vous changerez peut-être d’avis quand vous saurez que des orages violents avec des vents forts ont été annoncés pour ce week-end.
- Ce sera juste un mauvais moment à passer. Et puis on peut trouver des occupations qui feront paraître le temps moins long.
- On verra ça. Allons-y, on a encore une bonne heure de route pour arriver au chalet.
- Je parie qu’il se trouve dans un coin perdu.
- Presque, il est dans les bois, près d’un lac et le voisin le plus proche est à 5 km, c’est un garde forestier, Petit Aigle.
- Pardon ?
- Son nom américain est Franck, mais il est d’origine indienne. Je l’appelle par son vrai nom, je pense qu’il a le droit de vivre selon les rites et les coutumes de son peuple si cela ne nuit à personne. C’est presque un ermite. Vous verrez, il est très gentil. Il a connu mes parents quand ils ont acheté ce chalet, j’aime aller le voir parce qu’il me parle d’eux. Jessie aussi l’adore. Il nous a appris beaucoup de choses, notamment sur le pouvoir de guérir des certaines plantes.
- Eh bien, partons à la découverte d’un autre monde, d’une nouvelle partie cachée de votre histoire.
Ils chargèrent leurs bagages dans le 4x4 qui les attendaient selon les instructions qu’avait donné la jeune femme. Celle-ci salua Bob en lui demandant de revenir les chercher dans deux semaines. Puis elle prit le volant et, une fois sortis de la ville, ils prirent une route secondaire qui grimpait en lacets à travers la montagne.
Après avoir traversé une plaine, ils continuèrent en descendant pendant quelques minutes. Leïa montra à son passager le lac près duquel se trouvait le chalet.
Ils arrivèrent enfin, le trajet avait duré plus d’une heure car la jeune femme roulait lentement afin de montrer certains endroit à Harm.
Ils déchargèrent les bagages ainsi que les provisions qui se trouvaient dans le véhicule.
- Qui a fait ces courses ?
- La même personne qui a laissé le 4x4 à l’aéroport.
- Et...
- C’est un ami. Quand il n’y a personne au chalet, c’est lui qui garde le véhicule de façon à ce qu’il ne s’abîme pas et qui vient voir une fois par semaine si tout est normal. Il fait le bois et nettoie autour du chalet l’été, au cas où il y aurait un incendie.
- Vous ne venez pas souvent ?
- Pas autant que j’aimerai. C’est un coin superbe, c’est calme, idéal pour réfléchir et reprendre des forces.
- Tout ce qu’il me faut, quoi.
- Parfaitement.
Leïa déposa ses paquets dans la cuisine, invitant Harm à faire de même. Il regarda autour de lui.
La cuisine n’était pas très grande, une sorte de comptoir la séparait du reste de la maison . Le séjour et le salon formaient une seule pièce. Il y avait une cheminée auprès de laquelle se trouvaient un canapé, des fauteuils et une table basse. Dans un coin de la pièce, on pouvait voir un secrétaire, et au fond, il y avait une porte et des escaliers.
- La porte donne sur une chambre, celle que vous occuperez pendant notre séjour ici, et sur une salle de bains. En haut, il y a ma chambre et une autre salle d’eau.
- Votre chambre ?
- Oui. Quand j’étais petite, je dormais là-haut, c’était mon coin à moi. Mon frère n’y a dormi qu’une fois et même Jessie n’y va pas. En fait, c’est faux, elle venait me rejoindre à chaque fois qu’il y avait un orage. Ils sont très impressionnants par ici.
- Donc, si j’ai peur, je pourrai venir vous rejoindre ?
- Vous avez passé l’âge d’avoir peur des orages, Capitaine Rabb ?
- Au fond, je suis resté un tout petit garçon à qui il arrive d’avoir peur du noir et des tempêtes.
- Il se peut que j’essaie de vous guérir.
- Comment ?
- Je vais y réfléchir. Finissons de nous installer d’abord.
Leïa rangea toutes les courses dans les placards puis monta ses valises pour les défaire. Elle laissait toujours quelques vêtements dans le chalet mais deux ou trois pulls de plus n’étaient pas inutiles parfois.
Leur première soirée au chalet s’annonçait bien. Elle prépara un petit dîner simple tout en écoutant la radio. Le journaliste prévenait les automobilistes de ne pas quitter leur domicile de tout le week-end car une tempête arrivait sur la région. Il demandait aux auditeurs d’être très prudents, de se barricader dans les maisons, de fermer toutes les issues et d’attendre que cela passe.
- ...Nous venons de recevoir un communiqué nous indiquant que les secours ont déjà dû intervenir près d’une cinquantaine de fois au sud de la région. Des toits ont été découverts, plusieurs personnes sont blessées mais il semblerait qu’il n’y ait pas de morts à déplorer. Nous vous rappelons que pour votre sécurité, il est recommandé de ne pas sortir de chez vous et encore moins de prendre votre véhicule.
- Ca à l’air calme ici, pour le moment.
- En effet, mais il vaut mieux que l’ont ferme les volets.
- Je m’en occupe.
- Je vais au garage vérifier les portes.
La jeune femme sortit et fut surprise de constater que le vent commençait à se lever. Il prenait de plus en plus de force. Le ciel s’obscurcissait peu à peu à cause de l’orage.
Elle vérifia les portes et les fenêtre du garage, prit les torches qui se trouvaient dans la voiture puis retourna à l’intérieur.
- C’est bon Leïa, tout est fermé.
- Parfait, je vais sortir les bougies et les lampes à pétroles ça nous évitera de les chercher dans le noir tout à l’heure...
La jeune femme fut interrompue par la sonnerie du téléphone.
- Qui cela peut-il être ?
- Je ne sais pas... Allô !... Jessie ! Ca va ?
- Oui, je voulais simplement savoir si vous étiez bien arrivés. J’ai entendu les informations, ils disent que l’orage a déjà fait beaucoup de dégâts.
- En effet, mais nous allons bien, la tempête commence juste ici. Je ne sais pas si je vais pouvoir te parler longtemps. Le vent est de plus en plus violent et cela ne m’étonnerait pas qu’il fasse coucher des arbres sur le chemin en détruisant les lignes téléphoniques.
- Tu as raison. Je te laisse passe une bonne soirée.
- Sur ce point là, tu n’as pas à t’inquiéter.
- Je suis contente pour toi, maman. Je t’aime.
- Moi aussi, ma chérie.
- Jessica a des problèmes ?
- Non, elle voulait simplement savoir si on était arrivé à bon port.
- Dites plutôt qu’elle voulait vérifier si j’étais bien avec vous.
- Je la soupçonne d’avoir appelé pour cela, moi aussi. Bon, je ne sais pas si c’est la tempête, mais je meurs de faim.
- Moi aussi.
- Je n’en doute pas. Je vais mettre la table.
Harm alluma un feu dans la cheminée car la température avait soudainement baissée puis aida la jeune femme à installer les couverts.
Ils commencèrent à manger en entendant le vent de plus en plus fort. La pluie se mit à tomber puis il y eut le tonnerre, les éclairs, la foudre.
- Il va être méchant, on dirait. Leïa ?
- Pardon, j’étais perdue dans mes pensées.
- Vous pensiez à quoi ?
- A rien de précis.
- Menteuse, je suis sûre que vous étiez en train de penser à toutes les choses que l’on pourrait faire tous les deux.
- Quel genre de choses ? demanda-t-elle en riant.
- Ceci par exemple.
Harm approcha son visage et l’embrassa doucement. La jeune femme, dont les sens s’étaient éveillés, se pressa contre lui et rendit leur baiser plus sensuel.
Ils attendaient ce moment depuis si longtemps qu’ils firent tout deux très attention de ne pas brusquer l’autre. Harm avait des gestes tendres sous lesquels la jeune femme se détendit petit à petit.
Au bout de quelques minutes, ils se retrouvèrent tous les deux nus sur le tapis, les flammes du feu les réchauffant et étant le seul témoin de leur amour.
Leïa n’avait plus peur, elle savait que son partenaire ne lui ferait pas de mal. Elle le sentait hésiter par moment, s’assurant qu’elle ne se raidissait pas. Quand, après être sûr qu’elle était prête, il la pénétra avec douceur, la jeune femme comprit que les liens qui les unissaient depuis le début de leur rencontre étaient devenus maintenant plus solide que le roc.
Quand ils se désunirent, à bout de souffle, ils restèrent blottis l’un contre l’autre sans rien dire. Les mots étaient inutiles car leurs corps avaient exprimés tout ce qu’ils ressentaient.
CHAPITRE XXVIII
Quand Harm se réveilla le lendemain matin, Leïa n’était plus à ses côtés. Il s’en inquiéta puis il sentit une odeur de crêpes venir de la cuisine. Il sourit puis chercha son pantalon et l’enfila.
Il se dirigea vers la cuisine et s’approcha de la jeune femme. Elle portait sa chemise pour simple vêtement. Il passa derrière elle et l’entoura de ses bras.
- Bonjour, Capitaine, lui murmura-t-il dans l’oreille.
- Bonjour, Capitaine. Est-ce que des crêpes faites maison vous conviennent pour le petit déjeuner ?
- J’avais pensé prendre autre chose pour le déjeuner.
- Je n’en doute pas mais tu te contenteras de ces crêpes. J’en ai encore pour dix minutes, va prendre ta douche.
- A vos ordres, chef, répondit-il en l’embrassant dans le cou.
- J’adore qu’un homme m’obéissent à la baguette.
- Sadique ! Où en est la tempête ?
- L’orage est passé mais il pleut toujours et le vent est encore très violent. Il est inutile de penser sortir aujourd’hui, il n’y a aucune visibilité.
- On trouvera bien quelque chose à faire pour tuer le temps.
- Je ne m’inquiète pas pour ça, tu es un homme plein d’idées.
- Heureux de te l’entendre dire.
Il l’attira à lui et l’embrassa, Leïa répondit à son baiser avec beaucoup d’ardeur. Maintenant elle savait qu’ils allaient faire un bout de chemin ensemble. Elle ne voulait pas trop penser à l’avenir et aux obstacles qu’il rencontreraient sûrement, le Capitaine Kröenning en tête. Elle allait prendre les choses au jour le jour et savourer chaque minutes de son nouveau bonheur. Jessica était pleinement heureuse, maintenant c’était à son tour et pour le moment, c’était en bonne voie.
Harm la serra dans ses bras et elle resta là, la tête dans son cou, fermant les yeux.
- Je vous aime Capitaine Walker.
Leïa releva la tête et regarda celui qui dorénavant serait plus que son équipier. Elle vit dans ses yeux toute la profondeur de ses sentiments.
- Je vous aime Capitaine Rabb. Vous êtes la plus belle chose qui me soit arrivée depuis bien longtemps.
Ils s’embrassèrent, le jeune homme la souleva de terre et la ramena près du feu où ils laissèrent éclater toute la force de leurs sentiments.
FIN