CHAPITRE XI

- Salut vous deux. Ca va ? dit la jeune fille en embrassant sa mère.

- On savourait un peu de tranquillité.

- On vous dérange, intervint Steve.

- Mais non, on avait un coup de pompe, précisa Harm.

- Ca tombe plutôt mal.

- Je te demande pardon ?

- Eh bien, Steve et moi, on s’était dit qu’on pourrait faire une sortie ensemble tous les quatre au restaurant puis peut-être en boite.

- C’était une bonne idée, ma chérie, mais pas ce soir.

- Je t’en prie, ma petite maman. C’est notre dernière soirée ensemble, Steve et moi repartons demain après-midi, nous n’allons pas nous revoir avant plusieurs semaines.

- Raison de plus pour que vous passiez la soirée tous les deux seuls, en amoureux.

- Maman, je parlais de nous deux.

Leïa regarda sa fille, elles étaient restées trois mois sans se voir et la jeune femme avait trouvé cette période la plus longue qu’elle ait connu. Elle regarda Harm pour savoir ce qu’il en pensait, et contre toute attente, c’est lui qui prit la décision.

- Vous choisissez le restaurant ?

- Merci, Capitaine, dit Jessica les yeux brillants, vous méritez que je vous embrasse.

- Calmes-toi, Jessie, intervint son fiancé en la prenant par la taille, ces plaisirs là me sont exclusivement réservés. Capitaine, il vous faudra vous contenter d’un simple merci, les paiements en nature sont pour moi.

- Pas de problèmes.

Les deux couples quittèrent la maison un quart d’heure plus tard. Steve qui conduisait prit la direction d’un restaurant très connu de Leïa et sa fille où l’on pouvait déguster, entre autre, des plats de fruits de mer.

Le maître d’hôtel les installa sur la terrasse qui donnait sur l’océan. Ils commandèrent un apéritif.

- Alors, Capitaine Rabb, comment trouvez-vous ma mère ?

- Jessie, commença la jeune femme sur un ton menaçant.

- Quoi ? Je veux juste savoir s’il te trouve compétente dans ton boulot.

- Je suis sûr que tu voudrais aussi connaître l’avis du Capitaine d’un point de vue... disons plus personnel, précisa Steve.

- Je n’y avais pas pensé, mais si vous voulez m’en parler, je vous écoute.

- Votre mère est un très bon officier, enfin pour ce que j’en sais, cela ne fait que 15 jours qu’on travaille ensemble.

- Elle est mieux que votre ancienne partenaire ?

- Jessie, son ancienne partenaire, le Lieutenant Austin, continue de travailler avec nous, elle s’occupe d’un procès important en ce moment, c’est pourquoi elle n’est pas avec nous.

- Cela me fait penser qu’il faudrait l’appeler pour voir si tout va bien.

- Si vous la contactez, ne lui faites pas comprendre que c’est pour savoir comment elle se débrouille, vous la vexeriez.

- Vous avez raison, je trouverai bien un prétexte d’ici demain... Je crois même qu’il est tout trouvé.

- A quoi pensez-vous ?

- Je compte lui demander de m’envoyer le dossier complet de Stevens. D’ailleurs, je vais l’appeler de suite.

Harm se leva et se dirigea vers le téléphone. Il composa un numéro et une voix de femme lui répondit.

- Bonsoir, Meg.

- Harm ? Que se passe-t-il ?

- Rien de grave, j’aurai besoin d’un coup de main.

- De quoi s’agit-il ?

- Il faut que vous me fassiez parvenir le plus tôt possible le dossier complet du Capitaine Brad Stevens, officier de la Police Militaire à la base de Miramar.

- O.K., je vous le fais parvenir demain dans la matinée.

- Merci, Meg, à part ça, tout va bien ?

- Oui, très bien, lundi après-midi, je fais ma plaidoirie et les jurés devront donner leur verdict.

- Comment vous sentez-vous ?

- Pour le moment, il n’y a pas de problèmes. Mais on verra lundi, avant l’audience.

- Tout ce passera très bien, Meg, j’en suis sûr. Je penserai à vous. Au revoir.

- Merci, Harm. Au revoir.

Le jeune homme raccrocha et retourna auprès de ses amis. Sa partenaire lui demanda des nouvelles de Meg.

- Ca va, elle fait sa plaidoirie lundi, pour l’instant elle ne panique pas.

- Tout se passera bien, j’en suis certaine. Mais revenons à nos moutons, pourquoi voulez-vous le dossier de Brad ?

- Je préfère attendre demain, je veux être sûr de moi et avoir des preuves en main pour justifier mes soupçons.

- "Mystère et boule de gomme", précisa Jessica.

- Pardon ? s’étonna Harm.

- C’est une expression, vous ne la connaissez pas ?

- Maintenant, oui. J’espère que les informations envoyées par Meg me seront utiles.

- Oubliez-les, Capitaine, juste pour ce soir. Et pour l’instant, répondez à ma question, j’attends toujours une réponse.

- Quelle question ? Oh, je vois, je croyais pourtant avoir répondu.

- Pour la première, oui, mais que pensez-vous de ma mère sur le plan privé ?

- Jeune demoiselle, je garderai ma réponse pour votre mère si elle veut la connaître.

- Je vous demande pardon ?

- En clair, précisa Steve, ça ne te regardes pas.

- Regardez, Harm, dit soudain Leïa en montrant l’entrée du restaurant.

- C’est Stevens... et il est accompagné par la fille du Colonel Preston.

- La pauvre, elle ne doit pas encore être remise, vous avez vu comme elle est pâle.

- Ca tu peux le dire, on dirait un cachet d’aspirine, remarqua Jessie. Mais... tu as vu ? Elle te ressemble comme une goutte d’eau.

- Non pas tout à fait, elle n’a pas la même couleur de cheveux que ta mère. Mais c’est tout de même stupéfiant.

Leïa fit un mouvement pour se lever mais Harm la retint fermement.

- Où voulez-vous aller ainsi ?

- Je veux aller les voir et faire comme si je connaissais Macy pour voir la réaction de Stevens.

- Je vous interdis d’y aller, compris, ordonna Harm. Si vous faites ça, je pense que ça se retournerait contre cette fille. D’ailleurs, qu’est-ce qui vous fait penser que Stevens puisse réagir ?

- La même chose qui vous fait croire que Macy en supporterait les conséquences.

- O.K., un point pour vous.

- Maintenant, on compte les points, c’est nouveau, intervint Jessie. Vous voulez peut-être que Steve et moi nous jouions les arbitres ? Dites donc vous deux, dit-elle en regardant sa mère puis Harm, on est ici pour passer une bonne soirée et pour que vous pensiez à autre chose qu'à cette affaire de meurtre. Alors plus un mot là-dessus, compris ?

- D’accord, excuses-nous, je vais essayer de regarder ailleurs.

- Ca va être dur, ils sont juste en face de vous.

- N’en rajoutes pas Steve.

Ils se regardèrent puis éclatèrent de rire ce qui leur permit de se détendre. Ils passèrent leur commandes et le dîner se passa sans autres incidents, même si de temps en temps, Leïa et son partenaire ne pouvaient s’empêcher de lancer un regard furtif en direction de la table voisine.

Quand ils eurent terminé leur repas, ils demandèrent l’addition. Stevens et Macy venaient de sortir quand ils payèrent. Ils sortirent à leur tour, juste au moment où le chef des MP passaient devant l’entrée en voiture.

Jessica et Steve les amenèrent dans une boite qui était très fréquentée par les militaires de la base. Harm s’empressa de le faire remarquer. Jessie lui expliqua que c’était tout à fait normal étant donné que le dirigeant était un ancien pilote de la Navy et que surtout, cette boite de nuit était la seule de la ville.

Jessie entraîna sa mère sur la piste de danse plusieurs fois. Elles furent draguées par des jeunes de l’âge de la jeune fille. Leïa retrouvait avec sa fille les liens puissants qui les unissaient, comme lorsqu’elle l’amenait dans ses soirées il y a quelques années. Elles oubliaient qu’elles étaient mère et fille pour se comporter comme des amies ou plus, des soeurs. Steve vint les rejoindre sur la piste et partit avec sa fiancée dans une lambada très sensuelle.

Leïa vint chercher Harm qui n’était pas très enchanté de se retrouver sur la piste de danse. La jeune femme se rapprocha de lui à le toucher et ils imitèrent tous les couples qui s’étaient déjà formés.

Harm était stupéfait car la femme qu’il tenait dans ses bras n’avait rien à voir avec celle qui le matin même lui dévoilait la partie la plus atroce de sa vie. Il se rendait compte qu’il retrouvait maintenant la femme qu’il avait suivit en boite lors de leur première rencontre à Washington. Il se laissa prendre au jeu et oublia tout ce qu’il savait sur la jeune femme qu’il tenait dans ses bras et qui se trémoussait au rythme de la musique.

Quand la musique se tut, Leïa se dirigea vers leur table et Harm alla chercher des rafraîchissements pour tous. La jeune femme venait juste de s’asseoir quand elle fut accostée par un homme blond qui se mit en devoir de la draguer. Au début cela l’amusa, puis elle fut mal à l’aise, elle lui demanda de partir mais le jeune homme s’entêtait. Son insistance rendit la jeune femme nerveuse. Elle se remémorait une autre sorte d’insistance, celle de quatre adolescents complètement ivres qu’elle n’avait pas pu repousser toute seule. Alors, à ce moment-là, elle se rappela que cette fois-ci, elle n’était pas seule. Elle tourna la tête et du regard chercha son équipier qui revenait justement vers elle avec les boissons.

Harm avait remarqué en revenant vers la table que la jeune femme n’était pas seule, cela ne l’étonnait pas du tout, Leïa était une femme ravissante et c’était normal qu’elle se fasse accoster. Mais le Capitaine s’aperçut que l’interlocuteur de sa coéquipière devenait de plus en plus insistant. Il ne s’en serait pas inquiété si, à ce moment là, la jeune femme ne s’était retournée vers lui avec dans les yeux un appel au secours qui en disait long sur ce qu’elle ressentait. Harm comprit que la jeune femme fragile que Leïa lui avait montré tôt dans la matinée venait de réapparaître.

- Excusez-moi, monsieur, mais cette place est prise, dit Harm au type assis en face de Leïa.

- Je voulais juste tenir compagnie à cette jolie fille, précisa le jeune homme.

- Eh bien, ce n’est plus nécessaire, je suis revenu alors allez voir ailleurs.

- La dame ne me l’a pas demandé.

- Ca fait dix minutes que je vous demande de me laisser seule alors pour la dernière fois, foutez le camps.

- O.K, vous énervez pas, je m’en vais.

- Qu’est-ce qui se passe ? demanda Jessie en arrivant et voyant le type partir.

- Rien, répondit sa mère, il faut que je prenne l’air.

La jeune femme se leva et se dirigea vers la terrasse. Sa fille la regarda partir puis se retourna vers Harm. Elle décida de suivre sa mère mais le jeune homme la retint.

- Il vaut peut-être mieux la laisser seule.

- Non, je ne crois pas, il faut qu’on parle toutes les deux. Depuis que je l’ai vu hier, je sais que quelque chose ne va pas et j’attendais d’être seule avec elle pour lui poser des questions, je pense que c’est le moment.

- Je crois au contraire que non, insista Harm.

- Je crois savoir ce que vous penser, Capitaine. Mais ça fait déjà plusieurs années que ma mère ne me voit plus comme un monstre, et dans certains moments difficiles, c’est vers moi qu’elle se tourne. Aujourd’hui, je vois bien qu’elle ne va pas bien, elle ne sait plus où elle en est, et même si, cette fois, elle n’est pas venue d’elle-même vers moi, je sais qu’elle a besoin de moi. De toute façon, on a certaine chose à mettre au point ensemble.

- Je suis désolé, s’excusa Harm, je ne voulais pas...

- Ne vous en faites pas, je comprends. Vous êtes devenu un ami pour ma mère et vous deviendrez peut-être plus un jour, alors il vous faudra vous habituer à nos changements d’humeur.

- Surtout à ceux de Jessie, précisa Steve. Arrêtes de discuter et vas rejoindre ta mère.

- Merci.

Jessica l’embrassa puis se dirigea vers la terrasse sur les pas de sa mère qu’elle retrouva assise sur un banc, recroquevillée. Jessie s’approcha de sa mère et prit place à ses côtés, ne voyant que son dos. Elle l’entoura de ses bras et posa sa tête sur son dos. Leïa ne bougea pas, elle avait reconnu sa fille.

- Qu’est-ce qui t’arrive, maman ? Depuis qu’on s’est retrouvée hier, je sais que quelque chose ne va pas, parles-moi, maman. Avant, j’étais ta meilleure amie, tu me racontais tout.

- Tu es toujours ma meilleure amie, chérie, répondit Leïa en se retournant et en faisant face à sa fille.

- Alors dis-moi ce qui ne va pas, et ne me caches rien.

- Je... Tout se mélange dans ma tête, je ne sais plus où j’en suis.

- C’est à cause du Capitaine Rabb, n’est-ce pas ? J’ai bien remarqué la façon dont tu le regardais, précisa Jessie en souriant devant la surprise de sa mère. Je ne vois pas où est le problème.

- Le problème, c’est que nous travaillons ensemble, nous sommes équipiers et il ne peut rien y avoir entre nous.

- Non, maman, tu sais très bien qu’il y a autre chose. Le problème c’est ton passé. Dis-moi la vérité, maman, je t’en prie.

- Je... Tu as raison, le problème c’est que j’ai peur et que mes cauchemars sont revenus. Je ressens quelque chose pour lui mais, d’un autre côté, ça me terrorise. Le problème, c’est que tout, autour de moi, est entrain de s’écrouler depuis que je l’ai rencontré. Je me retrouve sans défenses et ça me terrifie. Je lui ai dit plus de choses en un jour que je ne l’aurai fait avec n’importe quel autre homme en un an. Je ne sais plus où j’en suis et je suis à bouts de nerfs.

- Je m’en étais aperçue, dit Jessica. Maman, il faut que tu te laisses allée un peu. Tu as toujours voulu diriger les choses avec ta tête, pour une fois, laisses ton coeur prendre la direction des affaires. Il ne fait aucun doute que tu l’aimes et je suis sûre que lui aussi ressent quelque chose pour toi. Il ne te fera pas de mal, maman, c’est la douceur même, je suis certaine qu’il attendra le temps qu’il faudra, il est d’un naturel très patient. Quant à vos relations de travail, oublies cet obstacle, et penses à toi, à ton bonheur. Pour ce qui est des cauchemars, je pense qu’une fois que tu auras accepté tes sentiments envers lui et que tu décidera de lui faire confiance, ils disparaîtront aussi soudainement qu’ils sont venus. Tu sais, à deux on est plus fort contre les pièges de la vie.

- Je ne sais pas...

- Moi, si.

- On aura tout vu, une fille qui conseille sa mère sur sa vie amoureuse alors que ça devrait être l’inverse.

- Il faut bien que je serve à quelque chose.

- Je t’aime, ma chérie. Merci.

Leïa prit sa fille dans ses bras et la serra très fort contre elle. Cette dernière rendit son accolade à sa mère avec tendresse puis la repoussa et lui demanda de rentrer avec elle. La jeune femme répondit qu’elle voulait restée encore quelques minutes seule. Jessie regarda sa mère et lui sourit. Elle acquiesça, se leva et rentra dans la boite où elle croisa Harm qui s’impatientait de ne pas les voir revenir.

Après le départ de la jeune fille, il était resté avec Steve et ils avaient discuté en les attendant.

- J’espère que je n’ai pas froissée Jessica, tout à l’heure.

- Ne vous en faites pas, elle s’en remettra et puis elle sais très bien que tout ce qui vous importait, c’était sa mère. Je vais être franc avec vous, je n’ai jamais vu une mère et sa fille être aussi proches qu’elles le sont, et quand on sait ce qu’elles ont traversé, c’est vrai que leur amour l’une pour l’autre est très surprenant. Je crois que Jessie a longtemps joué le rôle de bouée de sauvetage pour sa mère.

- Que voulez-vous dire ? demanda Harm.

- La raison pour laquelle Leïa est toujours là, c’est Jessie. Avec tout ce qu’elle a subi dans sa vie, elle aurait pu se laisser aller depuis longtemps, mais il y avait Jessie et pour elle, il fallait qu’elle survive. Vous savez comment a été conçue Jessica, n’est-ce pas ?

- Oui, Leïa m’a tout raconté ce matin.

- Au départ, Leïa ne pouvait supporter l’existence de Jessie, le simple fait qu’elle vive et l’idée que c’était elle qui lui avait donné le jour la dégoûtait. C’est bien le mot. Pour qu’elles en arrivent à s’aimer ainsi, il leur a fallu beaucoup de temps, mais surtout elles ont eu des moments difficiles pendant lesquels elle n’ont pu compter que sur elles seules, et cela les a énormément rapprochées.

"Tout d’abord, il y a eu la méchanceté des gens de cette base qui ont fait courir des ragots insensés sur Leïa, ses amies lui ont tourné le dos, leurs parents l’ont enfoncée. Ensuite, un ami proche des parents de Leïa est mort, elle l’aimait beaucoup et ça lui a fait un choc. A cette époque, elle, Luke et Jessie vivaient chez cette personne à Los Angeles. C’est là-bas qu’ils sont devenus inséparables et que Leïa a fini par accepter sa fille comme telle.

"Par rapport à sa mère, Jessica a eu plus de chance, elle lui doit tout et surtout la vie. Elles sont devenues encore plus proches, si cela était vraiment possible, à la mort de Luke. Il était le frère jumeau de Leïa, elle a perdu plus qu’un frère à ce moment-là, elle a perdu une partie d’elle même. Elle a sombré dans un abîme d’où on a bien cru qu’elle ne ressortirait jamais.

"Je commençais juste à sortir avec Jessie à cette époque, elle avait décidé de ne rien dire à sa mère de peur que celle-ci, pensant qu’elle n’avait plus à s’inquiéter pour elle, songe à en finir avec la vie. Mais au contraire, elle a apprit notre liaison par "je ne sais qui" et ça a eu l’effet inverse, elle s’est battue pour revenir des morts vivants, et elle a vu en fait notre relation comme un signe d’espoir. En fait, elle avait peur que sa fille soit toujours rejetée. Aujourd’hui, elles sont comme deux soeurs, Jessie est heureuse et j’espère que Leïa le sera bientôt.

Harm laissa son regard vagabonder et se poser sur la porte donnant sur la terrasse. Steve, dans sa dernière phrase, avait fait allusion au bonheur de sa partenaire et il lui semblait que c’était à lui de la rendre heureuse, même si cela pouvait paraître idiot. Il fit de nouveau face au jeune homme.

- Ca fait longtemps qu’elles sont dehors, je vais aller voir si tout va bien.

- Comme vous voulez, mais Jessie avait raison tout à l’heure, elles devaient se parler toutes les deux pour que Leïa crève l’abcès.

Harm regarda le jeune homme puis se leva et essaya de traverser la foule. Il se trouvait à quelques mètres de la porte quand il aperçut Jessica qui venait à sa rencontre. Elle lui dit que sa mère avait besoin de quelques minutes mais qu’elle allait mieux et lui murmura à l’oreille d’aller la rejoindre mais qu’il fallait qu’il la laisse parler d’abord.

Harm ne sut pas de suite ce que Jessie voulait dire, mais en voyant Leïa debout près de la rambarde, lui tournant le dos, il comprit. Bien qu’il ne voyait pas son visage, il sentit la jeune femme plus fragile qu’il ne l’avait connu. Elle avait les épaules qui s’affaissaient comme sous le poids d’un lourd fardeau. Il s’approcha d’elle doucement pour ne pas l’effrayer.

Leïa sentit sa présence plus qu’elle ne l’entendit arriver. Elle prit une profonde respiration puis se retourna et le regarda dans les yeux.

- Vous voulez bien m’accordez une faveur ?

- Laquelle ?

- Prenez-moi dans vos bras.

Harm la regarda, surpris, puis lui ouvrit les bras. Elle se rapprocha et s’y blottit, la tête contre son cou. Il lui caressa la nuque comme il l’avait fait le matin même pour la calmer. Ils ne dirent pas un mot, savourant cet instant où enfin, la jeune femme se laissait aller.

- Je suis désolée pour tout à l’heure... Je vous dois quelques explications.

- Non, vous ne m’en devez aucune.

- Si, au contraire et une fois que je me serai libérée, tout sera plus clair entre nous... Depuis que je vous connais, tout se bouscule dans ma tête et dans ma vie. J’ai été incapable de vous tenir à l’écart de ma vie et de ses secrets comme je l’ai toujours fait avec les autres, et ça m’a complètement bouleversée.

"C’est la première fois que je perds le contrôle des choses, de mes sentiments et de ma vie. C’est nouveau pour moi et ça m’a terrifiée. Jessie m’a ouvert les yeux et m’a fait regarder en moi. Elle a raison, toutes les règles que je me suis toujours fixées pour me constituer une défense contre les inconnus et surtout contre les hommes, n’ont aucune raison d’être avec vous.

"Je sais, au plus profond de moi, que vous êtes sincère et que vous ne me voulez aucun mal. Les cauchemars qui sont revenus n’ont eux aussi plus raison d’exister mais ça va être le plus dur à faire disparaître. J’ai les nerfs à vifs depuis qu’on est ici, c’est peut-être dû à l’affaire, à mon retour ici, aux gens que j’ai retrouvé et que j’aurai préféré ne jamais revoir, mais Jessie m’a fait comprendre que je dois prendre les problèmes les uns après les autres. Le principal, c’est vous. Les sentiments que j’éprouve pour vous ont fait resurgir tous mes démons. Toute seule je ne pense pas pouvoir arriver à les chasser.

- Je veux bien vous aider si vous me laissez faire.

- Vous pensez avoir assez de patience.

Harm desserra son étreinte et repoussa un peu la jeune femme de façon à ce qu’elle le regarde dans les yeux.

- Maintenant, je sais que les sentiments que j’éprouve pour vous sont partagés. Rien, vous m’entendez, rien, ni personne ne m’empêchera de vous protéger.

- Et qui me protégera contre vous ? demanda la jeune femme, un faible sourire sur les lèvres.

Le jeune homme la regarda, il faillit ajouter quelque chose, mais il comprit qu’elle avait simplement voulu le taquiner, elle reprenait ses esprits petits à petits et redevenait elle-même, la femme dont il était tombé amoureux.

Il était amoureux ! Cette évidence le surprit mais il n’en laissa rien paraître. Il était sincère quand il parlait à Leïa mais il ne s’était pas rendu compte que ses sentiments pour elle étaient aussi forts. Il la regarda. Elle était calme de nouveau et sereine.

- Venez, allons rejoindre votre fille et son fiancé, ils doivent s’inquiéter.

- Oui, vous avez raison.

Ils entrèrent dans la boite de nuit. La jeune fille accueillit sa mère avec le sourire. La soirée reprit son cours sans aucun incident. Quand la série des slows arriva, Harm invita Leïa à danser. Elle hésita puis prit sa main le suivit sur la piste.

Au fur et à mesure que la chanson avançait, la jeune femme se détendait et quand la chanson suivante commença elle était tout à fait à l’aise dans les bras de Harm. Elle posa sa tête contre son épaule et ferma les yeux pour savourer ce moment.

Harm laissa glisser sa main sur la taille de sa partenaire, un courant "spécial" passait entre eux, c’était la première fois que ça arrivait depuis qu’ils se connaissaient. La jeune femme releva la tête et le regarda dans les yeux. Puis, tout doucement, leur visage se rapprochèrent et ce que chacun d’eux avait secrètement désiré depuis le matin arriva. Leurs lèvres se rencontrèrent et la jeune femme ne résista pas. Elle répondit au baiser du jeune homme avec un empressement dont elle ne se serait pas cru capable quelques minutes plus tôt.

Elle sentait son coeur battre la chamade, elle n’avait pas envie de voir leur étreinte s’arrêter, et elle savait que Harm ne le voulait pas non plus. C’est le jeune homme qui prit la décision de mettre un terme à leur baiser, mais il ne la lâcha pas pour autant. Elle posa de nouveau sa tête sur son épaule, aucun des deux ne prononça un mot, c’était superflu.

La soirée se poursuivit ainsi, jusqu'à ce que Jessica donne le signe du départ, il était cinq heures du matin. Les jeunes gens raccompagnèrent Harm et Leïa et après les embrassades et les promesses de se revoir le plus tôt possible, ils se quittèrent.

Ils pénétrèrent dans la maison, main dans la main. Quand Harm eut refermé la porte, il attira la jeune femme à lui et l’embrassa, elle ne le repoussa pas.

- Harm ? dit Leïa quand il la relâcha. Je... Je ne veux pas dormir seule ce soir, ajouta-t-elle sans le regarder.

- Vous êtes sûre ? demanda-t-il en lui relevant le menton.

- Oui, je veux simplement dormir dans vos bras, c’est tout. Je dois me réhabituer à dormir avec un homme, à sentir sa présence à côté de moi dans un lit. Vous comprenez ? Si vous croyez que...

- Je me tiendrai tranquille, c’est promis.

La jeune femme le regarda puis lui prit la main et le conduisit dans sa chambre. Elle se dirigea vers la salle de bains où elle passa un long tee-shirt qui lui servait de chemise de nuit. Quand elle revint dans sa chambre, il était dans son lit. Elle s’approcha puis entra dans le lit.

- Vous êtes sûre de vous ? demanda encore une fois Harm.

- Oui, répondit-elle en se blottissant contre lui.

Il la retourna doucement pour se retrouver à moitié sur elle. Il la regarda et repoussa une mèche sur ses yeux. Il lui caressa la joue, puis se pencha sur sa bouche et l’embrassa. Leïa passa ses bras autour de son cou, c’était la première fois qu’elle touchait son dos nu. Elle sentait son corps contre le sien, la douceur de sa peau nue sous ses mains. Une chaleur monta en elle et lui brisa les reins. Mais Harm quitta sa bouche pour son oreille.

- Bonne nuit, Leïa.

Il retourna la jeune femme de façon à ne voir que son dos, il laissa une de ses mains sur son ventre et mit l’autre sous la tête de la jeune femme. Il se colla contre elle et l’embrassa dans le cou. Leïa sentait son souffle contre sa nuque, elle comprit qu’il tenait simplement la promesse qu’il lui avait faite, ils dormiraient ensemble, dans les bras l’un de l’autre, mais ils ne feraient pas l’amour.

Ils finirent par s’endormir tous les deux enlacés.

 

CHAPITRE XII

Un bruit strident se fit entendre dans les profondeurs du sommeil dans lequel avait sombré Harm. Petit à petit, il se réveilla et comprit que ce bruit venait de la sonnerie de la porte d’entrée. Il sentit la jeune femme bouger dans ses bras et se rappela ce qui s’était passé la veille ou plutôt, quelques heures auparavant. Il jeta un coup d’oeil au réveil : 9 h 30.

- Qui ça peut bien être ? Un dimanche, en plus, lui demanda une voix tout endormie.

- Je ne sais pas, je vais voir, répondit-il en posant un baiser sur la tempe de la jeune femme.

Harm sortit du lit et enfila son pantalon. Il sortit de la chambre et se dirigea vers la porte d’entrée derrière laquelle une personne continuait de s’acharner sur la sonnette.

- J’arrive. Qu’est-ce que... ? Capitaine Kroenning ? Que faites-vous ici ?

- Je viens vous apporter le dossier que vous avez demandé au Lieutenant Austin.

- Ce n’était pas la peine de vous déplacer, elle pouvait très bien me les envoyer en express. Vous aviez sûrement autre chose à faire un dimanche.

- Je me suis dit que je pourrai ainsi passer la journée avec vous.

- Je crains que vous n’ayez gâché votre repose dominical pour rien, le Capitaine Walker et moi devons encore interroger quelques personnes aujourd’hui.

- Harm ? Qui est-ce... ? Capitaine Kroenning ? Que faites-vous ici ? demanda Leïa en regardant ses deux collègues l’un après l’autre.

Elle remarqua au passage que le Capitaine Kroenning n’avait pas l’air très heureuse de découvrir sa présence dans le même maison que Harm et en plus, en tenue très légères, car Leïa ne portait plus son long tee-shirt. Elle avait passé à la place un peignoir en soie. La jalousie et la colère de la nouvelle venue se lisait sur son visage, c’était flagrant. Leïa regarda Harm et vit que la situation avait plutôt l’air de l’amuser.

Elle proposa une tasse de café au Capitaine qui la refusa et demanda à Harm de la suivre sur la terrasse. Le jeune homme et sa partenaire échangèrent un regard, ils savaient aussi bien l’un que l’autre ce qu’allait dire le Capitaine.

Leïa mit la cafetière en marche et se dirigea vers la salle de bains où elle prit sa douche et passa un uniforme. Quand elle regagna la cuisine pour terminer de préparer le petit déjeuner, Kroenning et Harm étaient toujours dehors et elle pouvait entendre par moment l’un ou l’autre qui élevait la voix.

Harm ne supportait pas que le Capitaine veuille ainsi gérer sa vie et encore plus qu’elle le harcèle car c’était bien le mot à employer dans ce cas là. Elle ne reculerait devant rien pour arriver à ses fins, semblait-il.

- Ecoutez, Capitaine, une bonne fois pour toute, ma vie privée ne vous regarde en rien et lorsque j’aurai décidé de vous y faire entrer, vous serez la première à le savoir. Je suis désolé pour votre amour propre, mais je voudrais que vous arrêtiez de me mener la vie dure.

- Vous n’avez pas le droit de coucher avec elle, c’est une de vos collègue, on ne mélange pas travail et vie privée.

- Vraiment ? Sauf si c’est vous que je mets dans mon lit, n’est-ce pas ?

- Avec moi, ce ne serait pas pareil.

- Et pourquoi donc ?

- Parce que je pourrai vous faire avoir des promotions.

- Je ne crois pas que vous soyez vraiment capable de donner une promotion à qui que ce soit, Capitaine. A moins d’avoir mis l’Amiral dans votre lit. Et je ne crois pas qu’il soit assez stupide pour faire une chose pareille.

- Espèce de...

- Veuillez m’excusez, Capitaine Kroenning, mais l’Amiral Sheguidden désirerait vous parler au téléphone, je crois qu’il n’est pas de très bonne humeur ce matin. Je me demande si ça a un rapport avec le fait que vous ayez mentit pour pouvoir utiliser le jet du J.AG.

- Je n’ai rien inventé.

- Eh bien, expliquez tout ça à l’Amiral, peut-être que ça le calmera, mais j’en doute fort.

Le Capitaine Kroenning se dirigea vers téléphone et les seules paroles que les deux officiers l’entendirent prononcer furent " oui, Monsieur ", " bien Amiral ", " à vos ordres, Amiral ". Elle raccrocha et vint vers Harm à qui elle s’adressa, oubliant volontairement la présence de Leïa.

- L’Amiral veut que je rentre immédiatement. Je dois assister le Lieutenant Austin pour son procès. Il pense que je pourrai lui être utile. Sa plaidoirie n’est que demain, je ne vois pas très bien pourquoi il veut que je rentre sur le champ. Je pourrai très bien ne rentrer que dans la soirée.

- L’Amiral doit vouloir que vous étudiez la plaidoirie de Meg pour voir si vous avez des conseils à lui donner.

- Ca m’étonnerai, le Lieutenant Austin est partie hier au soir pour son ranch au Texas. Elle voulait se préparer dans le calme.

- Eh bien, l’Amiral trouve peut-être que trois officiers ici, c’est trop. De plus, vous connaissant, il doit penser que vous nous ennuierez plus qu’autre chose. En fait, il sait qu’en présence de Harm, vous êtes pire qu’une chienne en chaleur.

- Je ne vous permet pas de m’insulter, Capitaine. A votre place...

- Dieu merci, je préfère être à ma place qu’à la vôtre et c’est la raison pour laquelle vous ne pouvez pas me voir. Maintenant, je vous laisse, je dois aller interroger quelqu’un. Harm, rejoignez moi quand vous en aurez enfin fini avec elle. Oh, j’allais oublier, Capitaine, je tenais à vous dire encore une chose sur Harm. C’est un vrai étalon au lit.

Sur ce, la jeune femme sortit en saluant rapidement sa collègue qui était restée bouche bée. Avant que cette dernière réagisse, Harm , qui ne comprenait pas pourquoi Leïa avait dit cela, se rendit dans la salle de bains pour se vêtir. En y repensant, la dernière tirade de Leïa le fit rire.

Kroenning voulut demander des explications au jeune homme, mais il était déjà partit. Il revint quelques minutes plus tard, vêtu d’un uniforme.

- Vous n’êtes pas encore partie ?

- Je vous attendais. Vous pourrez m’expliquer ce qu’a voulu dire Walker en me conduisant à l’aéroport.

- Je ne vous conduirai nulle part, je dois rejoindre Leïa pour interroger un témoin dans notre affaire. Vous avez su venir jusqu’ici, vous saurez en repartir. Au revoir.

Le jeune homme la cloua sur place, ruminant sa colère. Elle chercha autour d’elle quelque chose à jeter contre la porte qui venait de se refermer mais ne trouva rien, ce qui l’énerva encore plus.

Après avoir réussi à se calmer, ceci avec beaucoup de mal, elle appela un taxi et un quart d’heure plus tard, elle prenait la direction de l’aéroport afin de reprendre l’avion militaire qu’elle s’était appropriée pour venir rejoindre Harm.

Cela allait à l’encontre du règlement qui interdisait de prendre un avion militaire pour un déplacement privé. Le fait d’avoir impliquer indirectement l’Amiral Sheguidden dans le motif qu’elle avait invoqué pour utiliser le jet, n’était peut-être pas une bonne idée vu la façon dont l’Amiral avait réagi en apprenant l’affaire. Le Capitaine Kroenning voulait absolument surveiller l’évolution des rapports entre Harm et Leïa car elle soupçonnait qu’il se passait quelque chose entre eux.

Malheureusement pour elle, elle s’était aperçue que ses soupçons s’étaient avérés justifiés, même si elle n’avait aucune preuve. Le fait d’avoir découvert les deux officiers en tenue légère ajouté à ce que Leïa lui avait dit, laissait libre court à son imagination. Celle-ci était très fertile. Néanmoins, les paroles de la jeune femme lui laissait un doute, Kroenning pensait que s’il y avait vraiment eu quelque chose entre eux, le Capitaine Walker ne lui aurait pas dit, même pour le plaisir de la faire enrager.

Quand elle monta dans l’avion, elle se promit que ses deux collègues ne s’en sortiraient pas comme cela. Il y avait plusieurs mois qu’elle avait des vues sur Harm et à chaque fois, il la repoussait. Puis un Capitaine arrivait d’on ne sait où et il lui ouvrait les bras. Pourtant, selon elle, Leïa n’avait pas grand chose de plus qu’elle.

Le Capitaine Allison Kroenning rentrait donc à Washington où elle allait devoir rendre des comptes, avec le coeur plein de dépit et de haine envers le Capitaine Walker qui avait pris sa place auprès de Harm.

Cependant, elle ferait tout pour discréditer Leïa aux yeux de l’Amiral Sheguidden, elle avait pour cela devant elle encore trois ou quatre jours, le temps qu’ils finissent leur enquête ici.

Elle sourit, heureuse d’avoir enfin trouver une parade pour bloquer la route à celle qu’elle considérait comme sa rivale.

 

CHAPITRE XIII

Harm rejoignit Leïa avant que celle-ci n’arrive chez le Colonel Preston où elle voulait poser des questions à sa fille. La jeune femme était partie à pied pour se calmer et Harm avait pris la Jeep. Il se gara à sa hauteur, elle s’immobilisa et le regarda descendre de voiture.

- La menthe religieuse est partie ?

- Oui. Je dois dire que vous avez le chic pour attiser son imagination et lui clouer le bec.

- Moi ? Je n’ai rien fait.

- Qu’est-ce qui vous a pris de lui dire que nous avions couché ensemble ?

- C’est la vérité, enfin presque. Et puis elle m’a mise hors de moi. Je ne supporte pas sa suffisance, elle se croit le centre du monde. Elle n’arrivera pas à me faire baisser la tête devant elle.

- Il ne faut jamais dire jamais, elle pourrait devenir votre supérieur un jour.

- Ca ne risque pas d’arriver, JAMAIS, vous pouvez me croire.

- Que voulez-vous dire ? Je ne comprends pas.

Leïa regarda son collègue puis baissa la tête se maudissant d’avoir laissé échapper ces quelques mots. Maintenant, elle était obligée d’en dire plus.

- Si j’ai été prise dans l’équipe de Sheguidden plutôt que dans une autre, c’est parce que ça arrangeait certaines personnes.

- Expliquez-vous. Vous voulez dire que quelqu’un vous a placée chez nous pour nous surveiller, c’est ça ?

- Pas précisément. Je...

- Quoi ! Alors toutes ces histoires sont fausses ? Tout ce que vous m’avez dit sur vous était inventé ?

- Non ! Tout ce que vous appris sur moi est la stricte vérité. Tout ! La seule chose que j’ai tu, c’est le pourquoi et le comment de ma présence à vos côtés et sous les ordres de l’Amiral Sheguidden. Rassurez-vous, il n’y a rien de monstrueux qui se cache là-dessous. J’ai été proposée à l’Amiral indirectement par une personne haut placée qui voulait avoir quelqu’un au sein du J.A.G. qui lui dirait exactement ce qui se passe quand le J.A.G. est appelé dans des missions spéciales comme cela a été le cas lors d’une réunion secrète qui s’était tenue à Hong Kong et où vous étiez.

"Cette personne sait que son entourage lui cache beaucoup de choses sur certains événements, elle sait aussi que ces secrets existent pour qu’elle n’ait à s’occuper que des grandes questions politiques, pour la décharger en somme. Mais de ce fait, elle ne sait rien, même pas les moyens employés et les résultats obtenus dans ces missions, et parfois même, elle n’apprend les faits qu’une fois que la chose a été réglée. Mon rôle est donc de lui faire un rapport sur toutes les affaires que je juge importantes et qui doivent être portées à sa connaissance.

"Parallèlement à cela, cette personne m’a ainsi donné l’opportunité de faire ce que j’aime le plus, l’action, être sur le terrain. Vous comprenez maintenant ? Je ne suis pas là pour sanctionner l’Amiral.

- Oui, et je présume qu’il n’est pas au courant.

- Pas pour le moment.

- Cette personne, elle doit bien avoir un nom ?

- Elle ne veut pas que quelqu’un apprenne qu’elle est responsable mon affectation.

- Leïa, dites-moi qui c’est. J’ai tout de même le droit de savoir pour qui vous avez accepté de jouer les espions. On est sensé se faire mutuellement confiance, non ?

- Je... C’est... le Président. Vous comprenez maintenant ?

- Oui, je comprends pourquoi Kroenning ne peut rien contre vous, vous êtes intouchable.

- Non, si Sheguidden décide de me virer, le Président ne s’y opposera pas, c’est un marché que j’ai passé avec lui. Je ne veux pas qu’il soit impliqué dans un scandale si un jour il devait y en avoir un. Il peut à tout moment me demander d’arrêter ma mission et alors, je serai à la merci de Kroenning, mais je ne la laisserai pas faire, si cela devait arriver, je partirai avant qu’elle ne me mène la vie dure.

- Vous pensez qu’il peut interrompre votre mission ?

- Non, je crois que je resterai à la même place jusqu'à ce qu’il soit remplacé. Et ce n’est pas moi qui demanderait à partir, en tout cas plus maintenant.

- Pourquoi ? demanda Harm.

- J’ai trouvé une raison de ne pas partir.

- Laquelle ?

- Vous, Capitaine.

Les deux officiers se regardèrent, ils savaient qu’ils ne pouvaient pas s’embrasser en pleine rue, n’importe qui aurait pu les voir, mais leurs regards en disaient plus long que les mots, qu’un geste ou qu’un baiser. Le jeune homme fut le premier à revenir à la réalité.

- Si on allait voir la fiancée de Michael, Capitaine. Il ne faut pas oublier qu’on a un meurtre à élucider.

- A vos ordres, Capitaine.

Les deux officiers montèrent dans la Jeep qui démarra et prirent la direction de la maison du Colonel Preston.

 

CHAPITRE XIV

Quand ils sonnèrent chez le Colonel Preston, Macy leur ouvrit la porte, elle avait des cernes aux yeux. La jeune fille les conduisit dans le salon et leur proposa du café. Ils s’installèrent puis après quelques minutes, Leïa entra dans le vif du sujet.

- Macy, est-ce que vous vous sentez assez bien pour répondre à nos questions ?

- Oui.

- Dans la nuit de jeudi à vendredi, vous aviez rendez-vous avec le Lieutenant Jerémia Michael ?

- Oui.

- Où deviez-vous vous rencontrer ?

- Sur le parking, pas loin des douches.

- Sur le parking ?

- Oui.

- Quelle heure était-il ?

- Il devait être environ une heure du matin.

- Ca fait tard pour un rendez-vous amoureux.

- Ce soir là, je faisais du baby-sitting. Je terminais à minuit, le temps que je rentre à la base, il me fallait un quart d’heure. En fait, on devait se voir vers minuit et demi, mais quand je suis passée à l’entrée, je me suis retrouvée nez à nez avec le Capitaine Stevens et j’ai eu du mal à m’en débarrasser. Pour qu’il me laisse entrer, j’ai dû lui promettre de dîner avec lui hier au soir.

- Pourquoi ne pas l’avoir envoyé sur les roses ?

- Il nous menait déjà la vie dure, à Jerry et à moi, surtout à Jerry. On aurait dit qu’il nous surveillait car il savait toujours quand nous avions rendez-vous. Ca a valu plusieurs avertissements à Jerry.

- Pourquoi ?

- Il arrivait que parfois, on se voit pendant ses heures de garde. Oh, mais pas souvent, ajouta-t-elle, Jerry aimait beaucoup son métier.

- Que s’est il passé ensuite, une fois que Stevens vous a laissée partir ?

- Je suis allée rejoindre Jerry. Nous avons discuté, je lui ai dit que tout était terminé entre nous mais il n’a rien voulu entendre, il a insisté et j’ai fini par lui avouer que j’avais reçu des menaces. Que si je continuai à le voir, on lui ferai du mal ou peut-être pire. Il m’a dit que je ne devais pas écouter le maître chanteur, qu’il ne pouvait rien lui arriver...

La voix de la jeune fille se brisa et des larmes coulèrent sur ses joues. Leïa vint s’asseoir auprès d’elle et passa un bras autour de ses épaules pour la consoler.

- Vous êtes restés ensemble longtemps ? demanda-t-elle d’une voix douce.

- Une heure environ, puis il s’est produit un truc bizarre. Je pense qu’il n’était pas loin de 2 heures parce que Jerry venait de faire son rapport à la radio.

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Eh bien, après qu’il ait eu fait son rapport, on a entendu un bruit sourd venant des vestiaires.

- Quel genre de bruit ?

- Je ne sais pas mais d’après Jerry, on aurait dit un coup de feu.

- Que s’est il passé ensuite ?

- Jerry m’a dit de rentrer, de ne plus m’inquiéter pour lui, que nous allions nous marier comme prévu mais qu’avant il voulait voir mon père pour tenter de lui demander son accord. Si papa répondait par la négative, on passerait outre, il aurait essayé, c’était ce qui comptait. Je suis partie et je l’ai aperçu se dirigeant vers les vestiaires, c’est tout.

- Vous n’avez rien vu en partant ? Si je me souviens bien, la route contourne les vestiaires, vous auriez pu apercevoir quelqu’un, une ombre ou entendre un bruit ?

- Je... je ne suis pas sûre.

- Parlez, on vérifiera ensuite.

- Je crois avoir vu quelqu’un courir en sortant par la porte de derrière, il me semble même avoir vu briller quelque chose à la hauteur du torse, mais je ne suis pas certaine, il faisait noir et le lampadaire qui éclairait ne fonctionnait pas très bien. De plus, il n’y avait pas d’autres voitures sur le parking.

- Bien, c’est déjà pas mal, Macy, l’encouragea Leïa.

- Pour les menaces, demanda Harm, elles étaient écrites ?

- La première fois, on m’a envoyé un mot que j’ai trouvé dans un livre que je venais de demander à la bibliothèque. Les autres fois, c’était une voix au téléphone.

- Elle était comment cette voix ? Elle avait un accent ?

- Non. C’était une voix grave, on aurait dit que quelqu’un voulait la modifier.

- Sûrement quelqu’un que vous connaissez.

- J’y ai pensé parce que la voix me semblait familière, mais je ne l’ai pas reconnue.

- A-t-il rappelé depuis la mort de Jerry ?

- Non, pas d’appels, ni de lettre.

- Macy, réfléchissez bien à ce que je vais vous demander, dit Leïa. Quand vous avez reçu ce mot et ses appels, avez-vous vu ou entendu, avant ou après, le Capitaine Stevens.

- Je...

- Réfléchissez, Macy, je vous en prie.

- Quand j’ai découvert le mot, il venait de me raccompagner à la maison, je l’avais rencontré en chemin. Pour les coups de fil, il est arrivé une ou deux fois qu’il appelle... avant, mais c’est mon père qui a décroché à chaque fois. Je ne comprends pas, vous pensez que c’est Brad qui a tué Jerry ?

- Non, Macy, je ne le crois pas capable de tuer quelqu’un, il est trop lâche pour ça.

- Je ne l’aime pas, d’ailleurs je n’ai jamais pu le voir mais je ne peux pas croire qu’il soit l’auteur des menaces. Pourquoi ferait-il ça ?

- Parce que vous êtes la copie presque parfaite du Capitaine Walker, Melle Preston, répondit Harm, rejoignant sa coéquipière dans son idée.

- Je ne comprends pas.

- D’après certains, Stevens pense qu’il y a eu quelque chose entre nous, tout ça parce qu’à une époque, on était bons amis. Il a une photo de vous dans le tiroir de son bureau, si bien que l’un de ses hommes pensait que c’était un cliché de moi.

- Il semblerait que le Capitaine Stevens vous ai complètement confondue dans son esprit avec mon équipière. Alors quand vous sortiez avec le Lieutenant Michael, Stevens était jaloux, il vous a menacée pour que vous arrêtiez de le voir. Mais c’est vrai que je ne le crois pas capable de tuer quelqu’un pour autant.

- Il nous faut des preuves pour tout ça. La seule chose dont nous soyons sûrs, c’est que Jerry était vivant quand Macy l’a quitté et qu’il est allé dans les vestiaires pour découvrir l’origine d’un bruit suspect. C’est peu pour découvrir l’assassin.

- Retournons dans les vestiaires, elles ont été mises sous scellés, donc personne n’y est entré depuis que le corps de Jerry a été découvert. On verra si on trouve quelque chose qui a échappé à la vigilance des MP et du médecin légiste.

- Oui, allons-y. Merci pour votre aide, Macy.

- Vous allez trouver qui à fait ça, n’est-ce pas ?

- On vous le promet. Au revoir.

Les deux officiers sortirent de la maison et regagnèrent la Jeep. Sur le trajet menant aux vestiaires, Harm demanda à Leïa de lire le dossier sur Stevens.

- Qu’est-ce que ça raconte ?

- Il y est fait mention du problème dont je vous avais parlé. Il y a ses états de service et... Tiens !

- Quoi ?

- Il y a un rapport d’un médecin, il date d’il y a un mois.

- Que dit-il ?

- Une minute, répondit-elle en lisant la feuille. Il semblerait que Stevens a fait un séjour d’une semaine dans un hôpital à la suite d’un résultat positif lors d’une analyse de sang.

- Qu’est-ce qui était positif ?

- Les toubibs ont trouvé des traces de drogue dans son sang.

- Je croyais qu’il avait arrêté suite à la désintoxication qu’il avait fait.

- Eh bien, il semblerait qu’il a remis ça... Bizarre, on dirait que cette histoire est passée à l’as... Voilà pourquoi !

- Quoi ?

- Il y a une lettre signée du Colonel Preston demandant à Viper de ne pas tenir rigueur à Stevens pour cette, je cite, " petite entorse au règlement ", que ses états de service ont toujours été parfaits et qu’il faut lui laisser une autre chance.

- On dirait que Preston l’a à la bonne.

- Oui, c’est louche.

- Il y a peut-être une raison, il se peut que Stevens soit passé maître dans l’art du chantage.

- C’est une idée à creuser. Après notre visite aux vestiaires, on pourrait aller voir le Colonel.

- Bonne idée...Si Stevens se procurait de la drogue, c’est qu’à l’intérieur de la base quelqu’un en fait le trafic. C’est sûrement cette personne qui a procuré la drogue à l’assassin. Cela rejoint votre idée selon laquelle si on trouve le fournisseur, on pourra remonter jusqu'au meurtrier qui a injecté la dose à Michael.

- Seul Brad pourrait nous donner le nom de son fournisseur et je ne pense pas qu’il y soit disposé.

- Nous arrivons, espérons que l’on va trouver quelque chose.

Ils descendirent de la Jeep et se dirigèrent vers l’entrée que Jerry avait dû utiliser ce soir là. Sur le sol, la position du corps était indiquée par des bandes autocollantes blanches.

- Voyons, commença Leïa, pour qu’il tombe comme ça, il fallait qu’il se tienne ainsi, dos à la porte.

- Ca laisse juste assez d’espace entre le mur et lui pour un homme.

- C’est pour cela que je pense qu’il y avait quelqu’un derrière lui qui l’a assommé.

- Pourquoi une deuxième personne ?

- Macy nous a dit avoir entendu comme un coup de feu et pour tirer ici avec une arme, il faut que ce soit sur quelqu’un.

- OK... Donc Jerry entre, il voit quelqu’un. Une autre personne l’assomme par derrière. Mais Macy a dit n’avoir vu qu’une ombre sortir par l’autre porte qui est là-bas. Qu’a fait la deuxième personne ?

- Elle a terminé le travail en tuant Jerry et n’est sortie que plus tard.

- Pourquoi l’autre ne l’a pas aidé ?

- Pour se protéger et laisser le sale boulot à son complice.

- Et ce bruit que Jerry et Macy ont entendu ?

- Je ne sais pas. Si c’est un coup de feu, on devrait trouver une balle quelque part puisqu’il n’y a pas eu de mort... je veux dire par balle.

- J’avais compris.

- Autant trouvé une épingle dans une botte de foin, soupira Leïa s’asseyant contre le mur.

Elle leva la tête pour se masser le cou. Son regard fut attiré par un détail au plafond.

- Harm, vous avez déjà vu des extincteurs dans des douches ?

- Ce n’est pas un extincteur, c’est un... Vous avez raison. Je pensais que c’était un jet de douche mais ils sont tous alignés contre l’autre mur.

Harm attrapa une chaise et y grimpa. Il tira sur l’extincteur qui s’avéra être un leurre. Leïa s’approcha pour le regarder.

- Qu’est ce que c’est encore ? Comme si on avait pas assez d’énigmes à résoudre .

- Venez voir, dit Harm en descendant de la chaise.

La jeune femme monta et vit ce que Harm avait découvert. Une caméra optique était cachée dans le trou. Elle regarda son équipier bouché bée et ils cherchèrent l’endroit où étaient envoyées les images prises par cette caméra miniature. Au bout d’une demie heure de recherches, alors qu’ils étaient découragés, Harm remarqua une trappe dans le plafond. Ils n’avaient pas pensé au plafond, croyant qu’il ne devait pas y avoir assez de place pour le passage d’une personne. Harm ouvrit la trappe et grimpa. Il aida ensuite Leïa à monter, sa jupe ne la laissant pas maîtresse de ses mouvements.

- Je rêve ?

- On est deux alors. Il y a tout ce qui faut pour filmer et enregistrer ce qui se passe dans les douches.

- Qui a bien pu mettre ça en place et pourquoi ?

- On va essayer de voir. Regardez, il y a des cassettes ici. Elles sont datées.

- Regardez si il y a celle de la nuit de jeudi à vendredi.

- Il va falloir voir les deux... les voilà. On va en regarder un bout pour voir ce que ça donne.

Harm prit la cassette à la date du jeudi et la mit dans le magnétoscope qu’il enclencha après avoir allumé la télé. L’image apparut, ils entendirent des voix et des rires puis ils virent des hommes complètement nus prendre leur douche.

- Génial, dit Leïa, on est tombé sur un voyeur qui enregistre les pilotes entrain de prendre leur douche. Il veut peut-être en faire un film porno. Avancez la bande, s’il vous plaît.

Harm s’exécuta puis remit le mode lecture. Un homme et une femme étaient sur le sol des douches entrain de faire l’amour. Harm allait faire une remarque quand ils découvrirent le visage de l’homme, c’était le Colonel Preston. D’après les vêtements de la femme qu’ils pouvaient voir, c’était une prostituée.

- Voilà un témoignage qui peut servir de base à un chantage, dit remarquer Harm.

- Avancez encore la bande. Si ce qui s’est passé cette nuit là est sur la cassette, ce sera plus loin.

Ils regardèrent la cassette entière sans rien découvrir d’intéressant. Harm inséra la seconde cassette marquée " vendredi ".

Ils virent encore des hommes, sûrement des pilotes, s’habiller puis sortir. Quelques secondes après, ils entendirent des voix, puis au bout d’un moment, deux hommes apparurent dans l’axe de la caméra. L’un d’eux était de dos mais l’autre leur faisait face. C’était un sergent, il donna quelque chose à l’homme qui lui tendit en échange un paquet.

- Tiens, gamin, j’espère que tu prendras ton pied avec ça. C’est de la bonne, tu peux me faire confiance.

- Quand est-ce que je pourrai en avoir d’autre ?

- Eh doucement, gamin, tu sais comment me contacter, mais la prochaine fois, ça te coûtera un peu plus cher.

- Quoi ? Je viens déjà de me saigner aux quatre veines pour vous donner les 500 dollars que vous me réclamiez pour celle-là.

- Ecoute, gamin, quand on ne peut pas s’offrir ce qu’on veut, on s’abstient.

- Mais je ne peux pas, je suis complètement accro, maintenant.

- Tant pis pour toi. Allez files maintenant, j’ai encore des clients à voir.

Le jeune sergent contourna l’homme mystérieux et à ce moment-là, les deux officiers virent qu’il tenait dans la main un sachet de poudre blanche. Ils entendirent un bruit et l’inconnu sortit du champ de vision de la caméra.

- Salut, mon pote. Alors, comment ça va ? Ca faisait longtemps que tu ne m’avais pas appelé.

- Ouais, j’avais des toubibs sur le dos pour des analyses de sang. Ils ont découvert des traces de drogue et j’ai passé une semaine dans un hôpital. Depuis, je dois me présenter tous les trois jours pour faire une prise de sang.

- C’est Stevens, constata Leïa en regardant Harm qui lui fit signe de se taire pour écouter la suite. Les deux hommes étaient maintenant sur l’écran.

- Alors tu peux plus en prendre.

- Il m’en faut pourtant.

- Ecoute mec, si je t’en donne et que tu la prends, à la prochaine analyse les toubibs vont s’en apercevoir et cette fois-ci, ils ne te lâcheront pas tant que tu ne leur aura pas lâché ton fournisseur. C’est trop risqué pour moi, mec.

- Allez, donnes m’en juste une petite dose.

- Non. T’as pas compris mec, je risque ma peau là dedans.

- Tu vas m’en donner, espèce de petite frappe.

Stevens venait de sortir son arme de service et menaçait l’autre homme.

- Calmes-toi, mec. T’en veux ? O.K., je vais t’en donner, mais après c’est fini.

Stevens baissa son arme, calmé par la proposition du dealer. Celui-ci profitant de son relâchement, attrapa la main qui tenait le revolver et envoya un crochet du droit dans la mâchoire du MP. Ils se battirent un moment, puis un coup partit. Les deux hommes surpris s’immobilisèrent.

- Espèce d’imbécile, dit l’inconnu, tu veux nous faire repérer.

Quelques minutes plus tard, un bruit se fit entendre, puis une voix.

- Police militaire, qui va là ?

L’homme mystérieux disparut de l’écran, on ne voyait plus que le Capitaine Stevens, suant à grosses gouttes tellement qu’il avait peur.

- Chef ? C’est vous ? Que faites-vous là ? J’avais cru entendre...

L’homme qui devait être le Lieutenant Michael tomba au pied de son chef qui le regarda sans bouger.

- Qu’est-ce qu’on va faire ? Quand il va se réveiller, il va me poser plein de questions ?

- Je vais m’occuper de lui, dit l’homme en sortant une seringue.

- Non, tu ne peux pas faire ça.

- Il faudrait savoir, Stevens, tu veux aller en prison ou continuer ton job. Et puis, j’ai entendu dire que tu avais des vues sur sa fiancée, c’est vrai qu’elle ressemble comme deux gouttes d’eau à Leïa. Tu devrais me remercier, je t’en débarrasse.

- Non, je ne veux pas voir ça.

Le Capitaine partit en courant sans que l’inconnu puisse le retenir. Un claquement de porte se fit entendre.

L’homme mystérieux haussa les épaules et ricana, traitant son client de lâche. Il défit la chemise du Lieutenant inerte et enfonça l’aiguille de la seringue à l’endroit où le médecin légiste avait trouvé une ecchymose. Il vida le contenu de la seringue, regarda autour de lui pour voir si il n’oubliait rien.

Le Lieutenant Michael se réveilla à ce moment-là, mais ses mouvements étaient très lents. Tout à coup, son corps fut pris de contractions et quelques secondes plus tard ; il s’écroula sur le sol. De temps en temps, un spasme faisait bouger le corps puis il n’y eut plus aucun mouvement.

L’homme mystérieux se pencha sur le cadavre pour vérifier que le coeur s’était bien arrêté de battre ? Puis il fouilla le Lieutenant et sortit un couteau qu’il ouvrit. Il prit le poignée droit du mort et le sectionna, il fit de même avec le gauche. Le sang coula sur le sol. L’inconnu mit le couteau dans la main du lieutenant après l’avoir essuyé puis disparut de l’écran. Un bruit de porte se fit entendre et il y eut le silence. L’image resta fixée sur le corps du Lieutenant puis l’écran se brouilla.

Harm sortit la cassette du magnétoscope puis regarda Leïa. Celle-ci n’arrivait pas à croire ce qu’ils venaient de voir. Elle pouvait pas croire que le Lieutenant Michael avait été tué parce qu’il avait surpris son chef dans les douches et que celui-ci ne voulait pas expliquer sa présence.

- Je n’arrive pas à y croire, dit-elle tout haut.

- C’est vrai, c’est impensable. Stevens va devoir s’expliquer, cette fois-ci, on ne repoussera pas notre petite entrevue.

- Il ne va pas s’en tirer, il va devoir payer et assumer ses fautes.

- On va appeler le Colonel Parker pour qu’il fasse fermer tout le périmètre autour de ce bâtiment.

- Si on fait ça, le gars qui a installé tout ces appareillage ne reviendra pas.

- Peut-être mais si on ne le fait pas, il se peut qu’à notre retour, il n’y ait plus rien.

- Vous avez raison, il y a un téléphone dans les vestiaires.

Ils descendirent en prenant bien soin de ne pas oublier les deux cassettes, seules preuves des méfaits de Stevens et du meurtre de Michael.

 

CHAPITRE XV

Un quart d’heure à peine après leur coups de fil à Viper, le bâtiment était encerclé par des militaires armés qui avait ordre de ne laisser passer personne à part les Capitaines Walker et Rabb et le Colonel Parker. Tout le matériel vidéo fut mis sous scellés après qu’un sergent MP, spécialisé dans la recherche des empreintes et qui avait été choisi dans le plus grand secret, ait relevé toutes les empreintes qu’il avait pu trouver.

Après s’être assurés que tout était bien en place et que personne ne pourrait traverser les barrages, Harm et Leïa, accompagnés de deux militaires, prirent la direction du poste des MP.

Quand ils y arrivèrent, ils tombèrent sur un sergent qui était de garde. Voir deux Capitaines, apparemment furieux, accompagnés de deux militaires, déstabilisa le jeune sergent qui fut tout penaud quand Harm le questionna.

- Où est Stevens ?

- Dans..., le sergent montra le bureau du doigt.

Harm et Leïa se ruèrent dans le bureau de Stevens sans frapper. Le Capitaine fut tout d’abord surpris, puis la colère prit le pas sur la stupeur.

- Qu’est-ce qui vous prend ? Vous ne pouvez pas vous faire annoncer ?

- La ferme Stevens, tu es aux arrêts. Suis nous, ordonna la jeune femme.

Les deux militaires encadrèrent le Capitaine pendant que Harm lui lisait ses droits. Ils se dirigèrent vers la salle des interrogatoires qui étaient insonorisée, ce qui était parfait pour tenir au secret ce qui allait se passer.

- Qu’est-ce qui vous prend ? Que me reprochez-vous ?

- Tu es accusé d’avoir caché des indices, de non assistance à personne en danger, de chantage et pour finir de complicité de meurtre.

- Tu divagues ! Je n’ai rien fait de tout ça.

- Depuis le début de l’enquête, tu as brouillé les pistes, tu as tout fait pour que personne ne s’intéresse à cette affaire. Tu as dit que ce n’était pas un meurtre alors que tu sais pertinemment qui est l’assassin.

- Quoi ? Capitaine Rabb, faites quelque chose, elle déraille complètement.

- Taisez-vous et asseyez-vous ! Le Capitaine Walker n’a pas terminé.

- Tu nous as caché que Michael était un de tes hommes, que tu connaissais sa fiancée, et enfin tu sais qui l’a tué puisque tu étais présent quand Jerry est entré dans les douches.

- C’est faux ! Essaies de trouver une preuve que tout ça est vrai.

- Mais on l’a déjà.

- Harm, passez nous le passage du Colonel Preston. On va commencer par le début.

Le jeune homme mit la cassette dans l’appareil vidéo qu’un des militaires venait de lui amener à sa demande et attendit le signal de sa coéquipière.

- Tout a commencé quant tu as rencontré Macy Preston qui me ressemble énormément. Tu t’es mis dans la tête qu’elle était pour toi. Mais le Lieutenant Jeremia Michael était déjà fiancé avec elle. Alors, tu lui as mené une vie infernale. Ca ne t’as pas suffit, il a fallu que tu envoies des menaces à Macy. En plus, tu voyais Macy avec l’accord de son père. Bien sûr, il ne pouvait pas faire autrement, tu avais un moyen de pression sur lui. Tu l’avais vu s’envoyer en l’air avec une prostituée dans les vestiaires. Harm, s’il vous plaît.

Celui-ci mit en mode lecture le magnétoscope. L’écran s’alluma et ils découvrirent le Colonel Preston avec une femme. Sur un signe de tête de la jeune femme, le Capitaine arrêta la cassette.

- Cette découverte t’a été bien utile pour voir Macy mais encore plus il y a un mois quand des traces de drogue ont été trouvées dans ton sang. Tu es allé voir Preston pour qu’il écrive à Viper afin qu’il ne te sanctionne pas et que tu gardes ta place.

"Le problème, c’est que tu ne peux plus te passer de coke. C’est pourquoi, dans la nuit de jeudi à vendredi, tu es allé voir ton fournisseur, tu avais rendez-vous avec lui dans les douches du vestiaire. Harm, à vous.

Le Capitaine avait mit la deuxième cassette. Stevens apparut à l’écran avec un homme qui était de dos. Harm arrêta l’appareil quand le passage de la bagarre fut passé.

Le Capitaine Stevens ne parlait plus, il regardait fixement l’écran. Leïa ne savait même pas si il entendait ce qu’elle lui racontait. Il était en sueur, ses mains tremblaient et il était de plus en plus pâle.

- Pendant la bagarre, un coup de feu est parti. Malheureusement pour lui, le Lieutenant Michael, qui se trouvait sur le parking avec Macy, a entendu la détonation. Il est venu voir de plus près ce qui se passait. Quand il t’a vu, il a été très surpris, si bien qu’il n’a pas fait attention et n’a pas remarquer ton dealer qui est arrivé par derrière et l’a assommé.

Au fur et à mesure que Leïa relatait la scène au prisonnier, le film passait à la télévision. Stevens revivait cette soirée, il ne savait pas quoi dire et encore moins quoi faire pour contrer les preuves évidentes qu’ils avaient trouvé.

- Tu es partit en courant, laissant le sale boulot à ton fournisseur mais Macy t’as vu sortir des vestiaires par la porte de derrière. Le dealer a injecté une forte dose de cocaïne à Michael et il a fait une overdose. Pour maquiller le meurtre en suicide, il a fait croire qu’il s’était ouvert les veines avec son couteau.

La cassette se termina. Harm récupéra la bande et les regarda.

- Vous ne pouvez plus nier, Capitaine Stevens. On a toutes les preuves. Maintenant, vous allez nous dire le nom de votre revendeur de drogue.

- Je...

- Allez, Brad. Pour une fois dans ta vie, essaies d’avoir du courage. Si tu nous donnes son nom, ça jouera en ta faveur lors de ton procès.

- Si je parle, je suis un homme mort.

- Si tu ne parles pas, tu l’es aussi.

Stevens regarda la jeune femme. Celle-ci fit signe aux deux militaires de l’emmener faire un tour dans une cellule pour lui laisser le temps de réfléchir un peu à sa situation.

Au moment où l’un d’eux s’approchait pour lui passer les menottes, Stevens eu un sursaut de révolte. Il attrapa le revolver du militaire et empoigna Leïa qui était restée près d’eux. L’autre militaire tenait le Capitaine en joue. La jeune femme était tout à fait calme.

- Lâchez la, Stevens, ordonna Harm. Vous ne vous en tirerez pas.

- C’est ce qu’on va voir, allez avance, ma belle.

- N’aggraves pas ton cas, Brad. On ne pourra plus rien pour alléger ta peine si tu persistes dans cet acte de folie.

- Au point où j’en suis, je n’ai plus rien à perdre, et autant que ma dernière action serve aussi mes intérêts. Si je ne peux pas t’avoir, il ne t’aura pas.

Avant que quiconque puisse réagir, le Capitaine Stevens braqua son arme sur Harm et tira.

- Non !

Leïa vit son collègue s’écrouler sur le sol, une tâche de sang grandissant sur son ventre. La jeune femme envoya un puissant coup de coude dans les côtes de son agresseur qui s’apprêtait à tirer sur l’un des militaires présents. Il fut surpris et déstabilisé ce qui permis à la jeune femme de se dégager. Stevens allait tirer sur elle quand une détonation se fit entendre. Le deuxième militaire venait de tirer sur le Capitaine. Celui-ci, blessé à la main lâcha son arme et fut maîtrisé par les deux hommes.

Leïa s’était précipitée vers Harm qui était étendu, sans signe de vie. Elle le retourna. Il ouvrit les yeux et la regarda, il avait des difficultés à rester conscient. La jeune femme se retourna vers un MP qui était entré, alerté par les coups de feu.

- Appeler une ambulance, Vite !... Harm ?

Celui-ci rouvrit les yeux. Il voulut dire quelque chose, mais aucun son ne passa ses lèvres. La jeune femme faisait pression sur la blessure pour éviter le sang de trop couler. Ses mains et son uniforme étaient pleins de sang mais elle n’y faisait pas attention. Tout ce qui lui importait, c’était de voir une ambulance arriver au plus vite pour que Harm soit conduit à l’hôpital et soigné.

- Tenez le coup, Harm. Ne me lâchez pas maintenant.

 

CHAPITRE XVI

Les ambulanciers mirent cinq minutes pour arriver. Cinq minutes qui parurent une éternité pour Leïa qui ne savait plus quoi faire pour empêcher le liquide rouge de s’écouler de la blessure béante.

Ils installèrent une perfusion au bras du blessé puis le placèrent sur une civière. Ils firent les soins de premières urgence. Ils déchirèrent la chemise de Harm pour pouvoir nettoyer approximativement son torse jusqu'à leur arrivée à l’hôpital. La jeune femme monta à leur suite dans l’ambulance, ne pouvant lâcher la main de son collègue, comme si ce simple geste était la seule chose qui le retenait dans le monde des vivants.

Une fois à l’hôpital, un groupe d’infirmières et de docteurs en tenue se chargèrent du blessé et le dirigèrent vers le bloc opératoire. Le chirurgien se retourna et fit face à Leïa qui reconnu un ancien ami dans le spécialiste.

- Restez ici, Capitaine, nous nous occupons de lui maintenant. C’est notre job.

- Tu me tiendras au courant, John ? Si tu as besoin de quelques chose... de sang...

- Ne t’inquiètes pas, Leïa. On a tout ce qu’il faut. Je dois y aller maintenant.

Le chirurgien laissa la jeune femme seule et prit le couloir que les infirmières avaient emprunté avec Harm. Il s’arrêta pour parler à l’une d’elles qui s’approcha de Leïa.

- Je vais vous montrer un endroit où vous pourrez vous nettoyer un peu.

- Je vous demande pardon ?

L’infirmière indiqua l’uniforme tâché ainsi que les mains rouges de la jeune femme. Rouge du sang de son équipier ! Elle ne comprit vraiment la situation qu’à cette minute. Harm était sur une table d’opération entrain de lutter pour rester en vie. Elle se retrouva dans une pièce où elle se lava les mains plusieurs fois dans l’espoir de voir disparaître ce rouge qui signifiait trop de choses pour qu’elle soit rassurée sur le sort de celui qui, en quelques jours, avait pris une place considérable dans sa vie et dans son coeur.

- Leïa !

La jeune femme se retourna et vit Viper venir vers elle d’un pas rapide. Il la prit dans ses bras puis, voyant l’état de son uniforme, lui demanda si elle n’avait rien.

- Non, je vais bien. Stevens a tiré sur Harm. Il est en salle d’opération. Je n’ai pas eu de nouvelles depuis qu’ils l’ont amené.

- Laisses leur le temps de le soigner. Que s’est-il passé ?

- On était en train d’interroger Stevens. Comme on n’arrivait pas à avoir le nom de son fournisseur, on voulait le mettre au frais quelques heures, le temps qu’il réfléchisse. Quand les deux militaires qui nous accompagnaient se sont approchés, Stevens a pris l’arme de l’un d’eux et...

- Je veux qu’on me soigne tout de suite !

Leïa et Viper tournèrent la tête vers les cris. La jeune femme reconnut tout de suite la voix du patient mécontent.

- Je te jure que cette fois-ci, il va me donner le nom de son fournisseur.

- Leïa, que vas-tu faire ?

- Lui faire lâcher le morceau.

La jeune femme se dirigea vers la pièce d’où provenaient les cris de Stevens. Elle demanda une arme à l’un des deux MP qui gardaient la porte. Celui-ci regarda la jeune femme puis son collègue, il hésitait à lui donner car il n’en avait pas le droit. Mais dans ce cas précis, ce qui le retenait, c’était qu’il n’était pas sûr que le Capitaine soit dans sons état normal.

Elle était blanche, son uniforme était tout froissé et tâché de sang. Tout indiquait qu’elle n’était pas complètement en possession de tous ses moyens. Le MP regarda le Colonel Parker qui s’approchait d’eux, il lui fit un signe, lui indiquant de donner son arme.

La jeune femme la prit et pénétra dans la chambre. Le Capitaine Stevens était couché sur un lit, sa main blessée sur une table. Une infirmière s’occupait de lui. Quand Leïa entra, tout deux la regardèrent comme si elle venait d’une autre planète.

- Sortez, Mademoiselle.

- Mais je dois soigner cet homme.

- Je vous ai dit de sortir, insista Leïa. Ne vous inquiétez pas pour lui, je m’en occupe.

- Non ! Ne me laissez pas avec elle. Regardez ! Elle est armée ! Elle veut me tuer.

- Dehors, je ne le répéterai pas.

- Je vais alerter la sécurité.

- Faites ce que vous voulez, mais je ne veux plus vous voir tant que je n’en aurai pas fini avec lui.

L’infirmière sortit en courant, Leïa l’entendit appeler dans le couloir le service de sécurité de l’hôpital. La jeune femme apprit bien plus tard que Viper avait interdit l’accès de la chambre, se portant garant du Capitaine Walker et de sa lucidité.

- Qu’est-ce que tu veux ? J’ai besoin de soins, rappelle l’infirmière.

- On n’a pas besoin d’elle. Je vais m’occuper de toi. Ca ne doit pas être compliqué. Je prends du coton, j’y mets de l’éther dessus et je tamponne pour désinfecter.

Leïa avait joint le geste à la parole. Elle approcha le coton imbibé près de la main du Capitaine. Celui-ci horrifié voulu la retirer mais la jeune femme l’attrapa et la maintint fermement sur la table.

- Allons, tu ne vas pas avoir peur, c’est juste un petit bobo. Il faut te soigner, c’est toi même qui l’a dit.

- Arrêtes, c’est pas marrant.

- Parce que tu crois que c’est marrant de voir mon collègue sur une table d’opération entrain de se battre pour rester en vie ? Et ça, à cause de toi.

- Je ne l’ai pas fait exprès.

- Espèce de salaud ! Tu lui as tiré dessus de sang froid. Tu savais très bien ce que tu faisais. Mais maintenant, tu es à ma merci. Tu vas me donner le nom de ton dealer et son adresse.

- Tu rêves ?

- Ah, oui ? Tu crois ça ?

La jeune femme appliqua de nouveau le coton sur la blessure. Stevens cria sous la douleur.

- Son nom.

- Je... ne le connais pas, répondit le blessé essayant de reprendre sa respiration que la douleur avait bloquée.

Elle recommença, Stevens hurla, il avait les larmes aux yeux tant sa blessure le brûlait. Il comprenait qu’elle ne le laisserait pas tranquille tant qu’elle n’avait pas ce qu’elle voulait. De plus, il savait qu’elle profitait de la situation pour se venger de ce qu’il avait fait au Capitaine Rabb.

La jeune femme décida de passer la vitesse supérieure. Elle sortit l’arme, enleva le cran d’arrêt et colla la canon sur le front du Capitaine, entre les deux yeux. Celui-ci resta figé. Il voyait dans les yeux de son adversaire qu’elle était déterminée et qu’elle pouvait très bien appuyer sur la gâchette s’il ne parlait pas.

- Tu as cinq secondes pour lâcher le morceau. Un... Deux... Tu ferais mieux de balancer... Quatre... Ci...

- Attends... Je... vais te le dire.

- N’essaies pas de gagner du temps pour prolonger ta misérable vie.

- C’est... Gibson... Tom Gibson.

- Celui avec qui tu étais toujours il y a quatre ans, lorsque tu faisais la tournée des bars ?

- Ouais.

- Son adresse !

- Je ne la...

- Attention à ce que tu vas dire. Il reste encore une seconde.

- 23... Avenue Kennedy.

- C’est un entrepôt ?

- Oui, c’est là qu’il a ses quartiers. Je n’y suis allé qu’une fois. D’habitude, je le contacte par téléphone puis il fixe une heure et un lieu de rencontre.

- Qui a mis la caméra dans les douches ?

- J’en sais rien. Je le jure.

- Alors comment étais-tu au courant pour Preston ?

- Je l’ai surpris une nuit, pendant une ronde. Je ne connaissais pas l’existence de la caméra.

- As-tu une idée de celui qui l’a posée ?

- Non ?

- Pourquoi pas Gibson ? Si il pouvait entrer dans la base pour te fournir la came, il a pu tout installer.

- C’était la première fois qu’on avait rendez-vous dans cet endroit. Il préfère les lieux plus fréquentés car tout passe inaperçu. Je t’en prie, appelle une infirmière.

- Alors que je meurs d’envie de te tuer ? Certainement pas.

La jeune femme se leva et se tourna pour partir, satisfaite de voir le visage crayeux du blessé. En tournant, elle renversa le flacon d’éther sur la main de Stevens qui se remit à hurler avant de s’évanouir sous la douleur.

Une infirmière se précipita dans la pièce, affolée et voyant le patient évanoui, elle se retourna vers Leïa, horrifiée.

- Que lui avez-vous fait ?

- J’ai juste désinfecté sa blessure.

- Mais... Avec quoi ?

- Avec l’éther qui était sur la table.

- De l’éther ? Mais, c’était de l’alcool !

- Ah bon ? Je crois que je suis recalée à l’examen.

- Alors ? lui demanda Viper en la voyant sortir. Tu as eu ce que tu voulais ?

- Oui.

- Encore heureux. Que lui as-tu fait ? On a dû l’entendre crier à chaque bout de l’hôpital.

- Je lui ai simplement désinfecté sa blessure avec de l’éther. Enfin, c’est ce que je croyais.

- Que veux-tu dire ?

- C’était de l’alcool.

Viper regarda la jeune femme comme s’il avait une martienne en face de lui. Il n’arrivait pas à croire qu’elle ait pu faire une chose pareille. Mais, en y réfléchissant bien , elle l’avait eu sa vengeance.

 

CHAPITRE XVII

Cela faisait plus d’une heure que Harm était sur la table d’opération. Leïa attendait en vain qu’un chirurgien ou une infirmière vienne lui dire quelque chose.

Stevens avait été soigné puis emmené à la prison de la base où il devait attendre de passer devant la cour martiale avant d’être livré à la justice civile pour chantage et complicité de meurtre.

Elle demanda à Viper d’informer la police civile, et plus précisément la criminelle, pour l’aider à arrêter Gibson.

- Après tout, c’est un meurtre, c’est de leur ressort et dans leur juridiction. D’ailleurs, comment se fait-il que l’on ait eu aucun flic sur le dos depuis le début de l’enquête ?

- J’y ai veillé.

- C’est-à-dire ?

- Je me suis arrangé pour que ça reste au sein de la base, et que ça ne s’ébruite pas. Je connais le directeur de la police et...

- Ne m’en dis pas plus. Je ne veux pas savoir. Fais en sorte que j’ai une équipe d’intervention prête dans moins d’une heure, qu’ils m’attendent sur le parking du musée, c’est pas loin de chez Gibson. Et qu’ils essaient d’être discrets, pour une fois. Je rentre me changer... S’il y a du nouveau...

- Je te tiens au courant. Tout va bien se passer.

La jeune femme se leva puis regarda une dernière fois la porte derrière laquelle avait disparu Harm. Elle respira profondément, il fallait que pour quelques heures elle laisse Harm de côté, juste le temps d’arrêter le meurtrier. Pour cela, il fallait qu’elle ait les idées claires : Gibson n’avait pas hésité à tuer un homme de sang froid, alors in n’en était plus à un meurtre près. Elle devait se concentrer et avoir ses réflexes au maximum de ses capacités.

 

CHAPITRE XVIII

Quand elle arriva à l’endroit qu’elle avait indiqué à Viper pour le rendez-vous avec les policiers, Leïa prit tout de suite les opérations en main. Elle se dirigea vers celui que avait l’air de commander.

- Vous êtes le chef du commando ?

- Oui, Madame, Sergent Weateker.

- Bonjour, Capitaine Walker. Je ne veux aucune embrouille. Il nous faut ce type du premier coup. Il a déjà tué de sang froid et n’hésitera sûrement pas à recommencer.

- Pas de problèmes, Madame, répondit le sergent sur un ton ironique, nous sommes des pros, on connaît notre métier.

- Moi aussi, Sergent, et on va agir à ma façon. Compris ?

- Oui, Madame.

Le Capitaine indiqua les endroits où elle voulait voir les hommes de Weateker : sur le toit de l’immeuble situé en face de l’entrepôt, sur le toit des deux bâtiments encadrant leur objectif et les deux dernières équipes cachées pour investir l’endroit par le devant et l’arrière. Tous les hommes étaient reliés par un système de micros et d’oreillettes afin qu’ils entendent tous les ordres de Leïa et qu’ils puissent l’avertir si les choses changeaient à l’intérieur. La jeune femme était avec l’équipe qui devait pénétrer dans le bâtiment par le devant.

- Unité 1 en position.

- Unité 2 en position.

- Unité 3, nous sommes prêts.

- Unité 4 OK pour nous.

- A toutes les unités, ici le Capitaine Walker, vous n’intervenez qu’à mon signal. Bien compris ?

- Cinq sur cinq, répondirent toutes les équipes.

Leïa et son commando s’approchèrent le plus près possible de l’entrée de l’entrepôt. Elle demanda si une des équipes voyait ce qui se passait à l’intérieur et si ils apercevait leur suspect. Un homme lui répondit qu’il y avait un individu à la fenêtre du premier étage, la pièce ressemblait à un laboratoire. Après que toutes les équipes aient fait leur rapport, elle en conclut qu’il n’y avait que deux personnes à l’intérieur mais la présence de Gibson n’avait pas été confirmée. Et pour cause.

La jeune femme le vit arriver dans une voiture bleu décapotable. Il descendit de son véhicule sans s’apercevoir de la présence des policiers.

- Voilà notre homme. A toutes les unités, tenez-vous prêtes à intervenir.

Quand une des équipes confirma que Gibson avait rejoint ses deux complices dans le laboratoire, elle donna le feu vert pour l’assaut. Les deux commandos au sol entrèrent en silence afin de pouvoir surprendre les suspects sans donner l’alerte. Ils arrivèrent au premier étage sans problème. Ils longèrent le couloir en se collant au mur jusqu'à ce qu’ils atteignent leur cible.

Deux hommes enfoncèrent la porte, prenant les occupants par surprise. A partir de ce moment-là, tout se passa très vite.

Des coups de feu éclatèrent. Les assiégés voulurent se défendre, mais ils étaient inférieur en nombre. Un des malfrats fut abattu, les deux autres réussirent à passer dans une autre pièce et à se mettre à couvert. Les équipes sur le toit ne pouvant les voir, Leïa décida de se charger elle-même de les intercepter.

Elle les força à tirer afin de déterminer leur position, puis après avoir repéré un bouclier possible, entra dans la pièce en tirant. Elle atteint son abri de fortune et fit signe à deux hommes d’essayer d’encercler les suspects. Pendant ce temps, elle ne cessait de tirer pour les couvrir.

Quand elle arriva au bout de son chargeur, elle ne fut pas assez rapide pour se mettre à couvert et Gibson en profita pour ajuster un peu plus son tir. Une balle frôla la jeune femme qui sur le coup se plia en deux. Remise du choc, elle constata que la balle n’avait fait qu’une égratignure. Elle noua un mouchoir au dessus de la blessure pour faire un garrot. Elle rechargea son arme et s’apprêtait à tirer quand une voix se fit entendre.

- N’approchez pas où je descends mon otage.

La jeune femme se leva légèrement pour regarder. Gibson tenait en joue un homme d’une vingtaine d’année qui pourtant était un de ses complices.

- Ca recommence, dit-elle en se levant.

- Alors, Princesse. Je me doutais bien que tu devais être dans le coup, Stevens m’avait dit que tu étais l’un des deux officiers à mener l’enquête. Je suis heureux de te revoir.

- Le plaisir n’est pas partagé.

- C’est pas gentil, ça. Tu oublies que je tiens la vie de ce type au bout de mon canon.

- Et toi, tu oublies que je suis là pour t’arrêter. Stevens a lâché le morceau, et même si il ne l’avait pas fait, on a la preuve que tu as tué le Lieutenant Michael. On a un film vidéo.

- Quel film ?

- Quelqu’un a placé tout un système vidéo dans les douche des vestiaires. Ce que l’on a vu sur les cassettes peut être très instructif, surtout dans ton cas.

- Laissez-moi sortir. Tu sais que je peux le tuer, je ne suis pas à un meurtre près.

Elle entendit dans son oreille un homme lui dire qu’il tenait le suspect en joue. Il pouvait tirer quand elle voulait.

Elle leva les bras et visa Gibson. Son visage était fermé, on ne pouvait pas savoir si elle bluffait ou non. Une chose était sûre, elle était déterminée.

- Laisses-le partir où je tire, ordonna-t-elle.

- Pas question.

- Je l’ai entièrement dans mon viseur, je tire quand vous voulez, entendit-elle.

Le meurtrier changea tout à coup de cible et visa la jeune femme qui cria :

- La main, maintenant !

Une détonation se fit entendre, et Gibson tomba à terre se tenant la main. Son arme roula sur le sol et fut ramasser par un policier avant que le tueur ait pu faire un geste .Leïa prit les menottes qui pendaient dans son dos et les lui passa. Elle se retourna vers un des hommes de Weateker.

- Lisez-lui ses droits, je veux que les choses soient faites dans les règles. Il est hors de questions qu’il s’en sorte.

L’officier interpellé s’exécuta pendant qu’elle s’approchait du jeune homme qui avait servi d’otage.

- Ca va ?

- Oui, Madame.

- Que faisiez-vous ici ?

- Je venais juste chercher quelque chose. J’étais de passage.

- Vraiment ? Retournez-vous, face au mur.

Le gamin obéit et il fit l’objet d’une fouille qui porta ses fruits. Le Capitaine trouva dans une de ses poches de pantalon une dose de poudre blanche.

- Tu files du mauvais coton, mon gars. Sergent ?

- Ouais.

- Embarquez-le pour détention illégale de drogue. Si j’étais toi, je prierai pour que l’on ne trouve pas d’autres chefs d’inculpation contre toi.

Le jeune homme fut emmener les menottes aux poignées.

- Weateker ?

- Ouais.

- Merci pour le coup de main, c’était du bon boulot.

- Vous n’étiez pas mal non plus.

- Je prends cela comme un compliment, merci, répondit-elle en souriant.

Une ambulance arriva pour conduire Gibson à l’hôpital afin qu’il soit soigné. L’homme qui l’avait blessé devait se demander pourquoi elle lui avait ordonné de viser la main alors qu’il aurait pu le tuer d’une balle dans la tête. Elle ne voulait plus voir d’autre mort.

A cette pensée, elle espéra que Harm ne serait pas le prochain sur la liste. Elle se força à chasser cette idée, il était sûrement sorti de la salle d’opération maintenant.