CHAPITRE IV

 

Leïa était sur la route qui la mènerait à son nouveau travail, dans de nouveaux bureaux, avec de nouveaux collègues. Elle avait rendez-vous avec l’Amiral Sheguidden qu’elle avait rencontré à la soirée chez les parents de Chelsea. Lors des présentations, il n’avait pas eu de réaction à l’énoncé de son nom, il devait pourtant savoir qui elle était puisqu’elle l’avait eu au téléphone pour fixer l’heure du rendez-vous. Elle allait donc sûrement revoir Harm.

Harm... Le souvenir de leur baiser restait gravé dans sa mémoire. Elle l’avait repoussé mais, dans sa tête, plusieurs sentiments se mélangeaient : désir et peur, le souvenir du cauchemar de l’autre nuit. S’ils devaient travailler ensemble, le problème serait résolu, elle avait toujours refusé de mélanger vie privée et vie professionnelle. Mais cette fois-ci, elle pressentait que ce serait dur, très dur.

*****

Elle se présenta devant l’Amiral Sheguidden à 8 h 00, comme prévu. Ils discutèrent des tâches qu’elle aurait, de ses futurs collègues, les trois personnes qu’elle avait rencontrés à la soirée. L’Amiral précisa tout de même qu’avec sa venue, le Capitaine Kroenning n’aurait plus à s’occuper de leur travail, elle allait être affectée à un autre service. Cela valait mieux, pensa la jeune femme. Apparemment, c’était aussi l’avis de l’Amiral car il trouvait que les rapports que le Capitaine Kroenning entretenait avec le Capitaine Rabb gâchaient un peu leur travail.

Avant que les trois officiers se présentent dans son bureau pour apprendre la nouvelle, l’Amiral parla à la jeune femme de la soirée. Il s’était entretenu avec Mr Reardon à son sujet. Il avait apprit qu’elle était effectivement princesse mais que lorsqu’elle portait l’uniforme de la Navy, elle n’était qu’un simple Capitaine et que ses réels liens avec les pontes du pouvoirs ne devaient interférer en rien dans sa vie de militaire. Sauf si cela pouvait aider une enquête, remarque à laquelle le jeune femme ne put s’empêcher de sourire.

A 9 h 00, Harm, Meg et le Capitaine Kroenning se présentèrent dans le bureau de l’Amiral. Tout trois furent étonnés de reconnaître dans le Capitaine Walker qu’on leur présentait, la Princesse Walker qu’ils avaient vue deux jours plus tôt.

L’Amiral leur expliqua que Leïa travaillerait désormais avec Harm et Meg, d’ailleurs, c’était pour cela qu’un troisième bureau avait été installé dans la pièce qu’ils occupaient. Devançant une objection de la part du Capitaine Kroenning, l’Amiral ajouta que celle-ci était désormais affecté aux affaires qui devaient être traitées sur place et sur lesquelles, lui, travaillait. Il présenta la chose comme une promotion sachant que cela ne plaisait absolument pas à la jeune femme.

Sur ce, il leur dit de se retirer et demanda à ces derniers d’informer la jeune femme sur les affaires en cours et de la façon dont était traité chaque dossier.

Ils sortirent du bureau sous le regard noir du Capitaine Kroenning. Harm fit remarquer que celle-ci allait sûrement leur déclarer la guerre et qu’au premier faux pas, ils se feraient casser par elle. Ils pénétrèrent dans une pièce où se trouvaient trois bureaux. Deux d’entre eux étaient rangés avec des dossiers posés qui attendaient que quelqu’un les lise. Sur le troisième se trouvait un carton contenant des dossiers, des livres juridiques et des effets personnels.

Leïa se dirigea vers lui et entreprit de déballer ses affaires. Elle regarda Harm et Meg et leur demanda de la mettre au courant des affaires en cours comme l’avait demandé l’Amiral.

Une fois installée, Leïa trouva un moment pour discuter avec Harm de ce qui leur était arrivé deux jours auparavant. Meg étant sortie chercher un dossier.

- Harm, à propos de l’autre soir...

- N’en parlons plus, je m’étais fait des idées, c’est tout.

- Non, ce n’est pas tout. J’en avais autant envie que vous, mais... Il s’est passé des choses dans ma vie qui font que j’ai du mal à...

- Quel genre de choses ? demanda-t-il, puis voyant qu’elle se renfermait sur elle-même. Laissez tomber, quand vous serez prête, on en reparlera. Au fait, vous saviez qu’on allait travailler ensemble.

- Pas vraiment. Quand on s’est rencontré, je n’en savais rien. Quand le père de Chelsea m’a présentée à l’Amiral, j’ai eu un doute, je me suis dis que même si c’était peu probable, il y avait une chance que ce soit le cas. En général, je ne mélange pas les sentiments et le boulot, mais...

- Donc vous ressentez quelque chose ?

- En effet, mais nous sommes avant tout des équipiers, par conséquent quels que soient mes sentiments pour vous, il est hors de question que je me laisse guider par eux.

- Si je comprends bien vous me faites ce que je faisais avec Kroenning, vous me tenez à distance.

- Harm, ne le prenez pas mal, il y a beaucoup de choses que vous ne savez pas de moi.

- Je ne demande qu’à combler ces lacunes. A chaque fois que je vous pose des questions sur vous et votre passé, vous répondez à côté ou changez complètement de sujet.

- Je ne parle pas facilement de moi à quelqu’un que je ne connais pas et encore plus à un homme.

- Il ne tient qu’à vous que l’on se connaisse mieux, dit-il doucement.

Leïa le regarda, elle voyait dans ses yeux qu’il était sincère : tout en lui incitait à lui faire confiance. Mais quelque chose en elle la maintenait sur ses gardes, elle hésitait à se dévoiler.

- Je ne suis pas encore prête. Je suis désolée, Harm. Si on commençait par être des amis, peut-être qu’avec le temps...

Il la regarda longuement, il aurait voulu ajouter quelque chose, essayer de la faire changer d’avis mais ce qu’il voyait dans ses yeux le retint. Il accepta tout en se promettant qu’il n’en resterait pas là. Et puis il se consola, elle venait d’émettre la possibilité que les choses pourraient évoluer entre eux.

 

 

CHAPITRE V

 

Quinze jours plus tard, Leïa, Meg et Harm travaillaient ensemble comme si cela avait toujours été le cas. Ils avaient remporté deux procès.

En fait, Leïa faisait plus un travail de terrain. Elle sortait chercher des informations mais parfois elle consultait aussi les livres de droit.

Harm et elle n’avait pas reparlé de leur baiser, la jeune femme était plus décontractée. Elle plaisantait avec eux, une parfaite entente s’était créée entre les trois officiers. Lorsque Harm et Leïa sortait pour leurs enquêtes, chacun d’eux savait ce que l’autre voulait avant que celui-ci ne le demande, à leur grand étonnement, car jamais cela ne leur était arrivé, sauf à Leïa avec Luke.

Le jeune homme s’était renseigné sur elle, il avait eu accès à son dossier, il apprit qu’elle avait été pilote dans la Navy, puis qu’elle avait disparut pendant quatre années pour réapparaître un an et demi plus tôt d’on ne sait où. Toutes les recherches qu’il fit pour découvrir ce qu’elle avait fait pendant ces quatre années furent veines, comme si elle n’avait jamais existé pendant ce laps de temps. C’était étrange. Cela rendait la jeune femme encore plus mystérieuse à ses yeux.

Harm en était là de ces pensées quand le téléphone sonna. Leïa décrocha, elle écouta puis raccrocha en disant qu’ils arrivaient.

- C’était l’Amiral, il veut nous voir Harm et moi, tout de suite.

- Ca faisait longtemps !

Ils laissèrent Meg continuer son travail de recherche sur une affaire épineuse et se rendirent chez leur supérieur. Ils frappèrent à la porte et une voix puissante leur dit d’entrer. Ils se mirent au garde à vous.

- Repos ! Je suis désolé, mais si vous aviez prévu quelque chose pour ce week-end, il va falloir annuler. Une affaire très délicate vient de nous tomber sur les bras, un officier de la Navy a été assassiné dans les douches de sa base. Le Colonel Parker, un ami de longue date, m’a demandé de lui envoyer "mes meilleurs éléments".

- On part pour Miramar ? demanda la jeune femme n’en croyant pas ses oreilles.

- En effet, Capitaine, et pour y aller plus vite, vous partez en jet.

- Y a-t-il des suspects ? demanda Harm.

- Il y a une heure de cela, les MP n’avaient aucune piste.

- Connaissez-vous l’identité de l’officier tué ? demanda la jeune femme, avec une pointe d’inquiétude que remarqua son équipier.

- Non, vous l’apprendrez sur place. Maintenant, il n’y a pas une minute à perdre. Allez-y.

- Et Meg ? demanda Leïa.

- Elle reste ici, il y a ce procès à terminer, je vais charger le Capitaine Kroenning de l’aider.

- Sauf votre respect, Amiral, commença la jeune femme, le Lieutenant Austin peut très bien se débrouiller toute seule. Je sais, précisa-t-elle avant que l’Amiral ne l’interrompe, cela ne fait que deux semaines que je suis là, mais elle est très capable, et il faut qu’elle fasse ses preuves toute seule.

- Capitaine Rabb ?

- Je suis tout à fait d’accord avec le Capitaine Walker, Amiral, et je connais le Lieutenant Austin depuis plus longtemps.

- D’accord. Elle terminera seule. Maintenant, allez-y.

Ils sortirent et retournèrent dans leur bureau pour informer Meg de la situation. Ils prirent quelques affaires puis la quittèrent. Les officiers du J.A.G. avaient toujours dans le coffre de leur voiture un sac avec des vêtements au cas où ils devaient partir en urgence. Ils prirent donc leur sac et se rendirent à la base militaire la plus proche pour prendre possession du jet qui les conduiraient à Miramar.

Ils enfilèrent des tenues de vol qu’un officier de la base leur présenta. Alors qu’ils se dirigeaient vers le jet, un Tomcat, Harm ne put s’empêcher de regarder sa coéquipière. La tenue de vol montrait ses formes généreuses. Leïa monta le première, s’installa à la place du pilote.

- Qu’est-ce que vous faites ?

- Ne comptez pas sur moi pour vous laisser le manche à balai, Harm. J’en ai bien trop envie. Auriez-vous peur que je ne sois pas à la hauteur, Capitaine ?

- Loin de moi cette idée, j’ai lu votre dossier, je sais que vous avez votre diplôme de pilote, répondit-il en prenant place derrière elle.

- Vous avez lu mon dossier ? ! Comment y avez-vous eu accès ?

- J’ai des connaissances. Néanmoins, la personne en question n’a pas pu me dire ce que vous avez fait pendant les quatre années qui ont disparut de votre dossier. Votre vie est pleine de secrets que j’ai très envie de découvrir.

- Il y a certains secrets qu’il vaut mieux ne pas savoir, murmura-t-elle pensant qu’il ne l’avait pas entendu. Mais nous sommes quittes puisque moi aussi j’ai lu votre dossier, ainsi que celui de Meg et de Kroenning. Si on faisait le sheck up ? ajouta-t-elle avant qu’il ne réponde.

Ils contrôlèrent tous les instruments de bord de l’appareil puis demandèrent l’autorisation de décoller. Ils s’engagèrent sur la piste.

La jeune femme sentit l’adrénaline lui monter au cerceau comme au temps où elle faisait partie de la Navy. Depuis son départ, elle avait eu peu d’occasion de reprendre les commandes d’un jet si ce n’était pour se maintenir à niveau et avoir le nombre d’heures nécessaires pour pouvoir voler. Elle poussa la manette des gaz à fond et tira le manche vers elle. L’avion décolla et elle ne put retenir un cri, comme elle ne put s’empêcher de faire faire un tonneau complet à l’avion.

- Excusez-moi, Harm, je n’ai pas pu résister.

- Ouais, la prochaine fois, prévenez-moi.

Il leur fallut deux heures pour rejoindre la base de Miramar. Quand Harm demanda l’autorisation d’atterrir, la jeune femme reconnut la voix masculine qui répondait de la tour. Elle inversa le bouton de communication et se mit en liaison avec la tour.

- La tour, ici JAG 1, je demande l’autorisation de faire un passage au ras de la tour.

- Non mais c’est pas vrai, pourquoi c’est toujours sur moi qu’on s’acharne ? JAG 1 je vous interdis, vous m’entendez, je vous interdis de faire ça, répondit le contrôleur en rage.

- Calmes-toi, Pépé. A ce que je vois, tu démarres toujours au quart de tour.

- Que... Princesse ? C’est toi ?

- En chair et en os, Pépé.

- Bon sang ! qu’est-ce que c’est bon de t’entendre, ma belle. Allez, je te la donnes ton autorisation, ça rappellera le bon vieux temps.

- Merci, Pépé.... Pépé ?

- Oui ?

- Evites de boire du café pendant ce temps.

- T’inquiètes, je n’ai pas de tasse dans les mains.

- C’est parti.

La jeune femme piqua vers la tour et passa au ras, Harm pensa au personnel qui était dans le bâtiment et les prit en pitié. Entendre un tomcat passer aussi près de la tour qu’ils le faisaient avait de quoi vous briser les tympans.

Tout à coup, ils entendirent des cris dans leur micro, apparemment, le dénommé Pépé, n’avait pas fermé l’interrupteur.

- Espèce d’imbécile, vous ne pouviez pas faire attention, non ? Ma chemise est dans un bel état, maintenant.

- Pépé ?

- Ouais ?

- Tu m’avais dis que tu n’avais pas de café à portée de main.

- Moi non, mais un espèce d’hurluberlu est passé derrière moi avec une tasse au moment où tu arrivais. Et...

La jeune femme partit dans un fou rire bientôt accompagné par le contrôleur. D’une voix calme et douce, celui-ci ajouta qu’il était content qu’elle rentre à la maison. Harm n’eut pas le temps de se poser de questions sur cette dernière phrase. Leïa faisait déjà les manoeuvres pour atterrir. L’atterrissage se fit sans problème.

Harm fut le premier à descendre. Un jeune sergent se dirigea vers lui un sourire aux lèvres.

- Heureux de vous rencontrer, Capitaine Walker.

Harm regarda sa coéquipière qui venait de le rejoindre et avant qu’il ne corrige le sergent pour son erreur, un capitaine s’avança, lui aussi un sourire aux lèvres. Il tendit la main à Leïa qui lui rendit son sourire.

- Bienvenue à la maison, Capitaine Walker.

- Merci, Capitaine Wilson. Heureuse de vous revoir.

Le jeune sergent regarda les trois capitaines et se fondit en excuses. Leïa fit les présentations. Puis ils montèrent dans une jeep et se dirigèrent vers des bâtiments où ils purent se changer puis il furent conduit au bureau du Colonel Parker.

Pendant le trajet, Harm se posa beaucoup de questions sur sa coéquipière. Apparemment, elle connaissait du monde dans cette base. D’ailleurs, il avait senti de la joie dans sa voix quand elle avait appris qu’ils venaient à Miramar.

Pourtant, le jeune homme ne se rappelait pas que cette base ait été mentionnée dans le dossier de Capitaine. Il manquait trop de pièces dans son dossier pour que tout soit net. Il y avait trop de mystères sur son enfance, ses rapports avec la base de Miramar, les quatre années de sa vie. Trop de secrets entouraient Leïa, cela le rendait de plus en plus perplexe. Il décida qu’à la première occasion, il lui poserait franchement ses questions et cette fois, sans passer par des chemins détournés.

Arrivés devant la secrétaire du Colonel, celle-ci les informa que ne pouvant les attendre plus longtemps, il avait du se rendre à l’amphithéâtre pour souhaiter la bienvenue à la nouvelle promotion. Leïa nota que la secrétaire était nouvelle et apprit que la précédente était partie à la retraite depuis cinq mois.

Le jeune sergent, Franck Swanson, se proposa de les conduire auprès du colonel. La jeune femme évita de dire qu’elle connaissait le chemin et ils le suivirent. Harm saisit l’occasion qu’il attendait et questionna son équipière.

- Pourquoi vous traitent-ils tous comme si ils vous connaissaient ?

- Parce que pour certains c’est le cas.

- Et pour les autres ?

- Excusez-moi, Capitaine, intervint Swanson, mais, ici, nous connaissons tous les exploits des Capitaines Walker.

- Des ?

- Bien sûr, tous les pilotes de la Navy qui passent ici ont entendu parler d’eux.

Que pouvait bien vouloir dire Swanson par "les Capitaines Walker" ? Le dossier de sa collègue ne mentionnait aucun M. Walker, ou bien c’était encore un élément manquant. Malheureusement, il ne put approfondir le sujet car le sergent ouvrit une porte derrière laquelle une voix forte et autoritaire se fit entendre. Les trois officiers pénétrèrent dans l’amphithéâtre en essayant de ne pas se faire remarquer. Le Colonel faisait son discours quand il reconnut Leïa. Son visage se détendit mais sa voix était toujours aussi ferme.

- Messieurs, voilà ce que vous apprendrez ici. Et à la fin de votre séjour, l’un d’entre vous et son copilote verrons leurs noms s’ajouter sur la plaque de marbre que se trouve sur ce mur.

- Je me demande ce qu’on ressent quand ça arrive ? demanda un membre de l’assemblée.

- Vous pouvez le demander au Capitaine Walker qui nous fait l’honneur d’être parmi nous. Le Capitaine a eu son nom inscrit par deux fois sur la plaque.

Tous les pilotes présents se retournèrent pour voir les deux Capitaines. Encore une fois, Harm fut prit pour le capitaine dont le Colonel venait de parler. Leïa regarda son équipier un peu gêné et sourit devant son embarras. La jeune femme descendit les escaliers pour rejoindre le Colonel. Tous les regards la suivirent et certains auraient siffler si elle n’avait pas été capitaine. Tout en rejoignant le Colonel, la jeune femme prit la parole.

Harm la regarda, il venait donc de découvrir un des maillons manquants. Il regarda la plaque de marbre et lut l’inscription. "Lieutenant Leïa "Princess" Walker, pilote de la Navy, Lieutenant Luke "Tiger" Walker, R.I.O.

Ainsi, il y avait bien un M. Walker, mais qui était-ce pour la jeune femme, son mari ? Non, un mari et sa femme n’avait pas le droit de servir dans la même unité, cela pouvait créer des problèmes. Alors ? Il se concentra sur les paroles de sa coéquipière.

- Sachez, Messieurs, que voir son nom sur cette plaque vous fait un effet du tonnerre. Mais ce n’est rien comparé au plaisir de vous mesurer avec les meilleurs. La compétition qui s’engage fait ressortir votre vrai nature. A chaque combat, l’adrénaline monte toujours plus haut, toujours plus fort. Certains d’entre vous abandonneront, mais ce n’est pas pour cela qu’il faudra considérer que ce sont des lâches. Au contraire, eux aussi seront des héros, car ils auront montré leur courage et il en faut pour abandonner son rêve : devenir le meilleur des meilleurs.

- Merci, Capitaine Walker. Le Colonel laissa flotter un moment de silence. Messieurs, ce soir vous avez quartier libre, je veux vous voir demain à 8.00 en tenue de vol sous le hangar 17. Bonne chance.

L’assistance se leva et toutes les personnes présentes sortirent. Leïa, Harm, le Colonel et le sergent Swanson se retrouvèrent seuls. Le Colonel se retourna vers la jeune femme et la prit dans ses bras au grand étonnement de Harm et du sergent.

- Ma chérie, je suis si heureux de te revoir., lui dit-il en l’embrassant tendrement sur la bouche. Tu nous as horriblement manqué.

- Vous aussi, vous m’avez tous manqué. Harm, approchez que je vous présente.

Leïa fit les présentations. Ils ne s’attardèrent pas à parler du bon vieux temps, ils en vinrent de suite au sujet qui conduisaient les deux officiers du J.A.G. à Miramar.

 

 

CHAPITRE VI

 

Tout en rejoignant le bureau du Colonel, celui-ci leur expliqua les faits.

A 6 h 00, le Lieutenant Michael avait été trouvé dans les douches des pilotes, les veines ouvertes. A première vue cela ressemblait fort à un suicide, mais justement un peu trop, du point de vue du Colonel.

Le corps avait été confié, sur son ordre, à un médecin légiste de l’armée, le Lieutenant Richard. L’autopsie devait se faire dans une heure. Harm regarda son équipière qui acquiesça, ils assisteraient à cette autopsie. Pour avoir plus de détails, les deux officiers devraient se renseigner auprès du Capitaine Stevens, le MP chargé de l’enquête. Le Colonel crut bon de souligner qu’il n’était pas d’accord avec le Capitaine Stevens au sujet de cette regrettable affaire.

En effet, à écouter ce dernier, il aurait fallu ne pas poursuivre l’enquête. Pour lui, c’était une perte de temps et d’argent pour l’armée. Il ne faisait aucun doute que c’était un suicide. Le Colonel, quant à lui, n’en était pas certain du tout. Il préférait attendre les conclusions du médecin légiste plus habilité qu’eux pour faire un diagnostic.

- Voilà, vous en savez autant que moi.

- Bon, allons voir l’autopsie.

- Le sergent Swanson va vous y conduire. Il vous montrera aussi où vous habiterez, il y a un logement vide pas loin de la maison. On t’aurait bien prise à la maison, Leïa, mais toutes les chambres sont prises.

- Toutes ? Ne me dis pas que toute le famille est là.

- Non, il y a juste Betty, et les deux derniers bien sûr, ainsi que Jennie...

- Je l’ai vue il y a deux semaines environ, elle nous a dit qu’elle venait finir sa grossesse ici, Marge doit être aux anges. Mais il y a encore une autre chambre, si je compte bien ?

- En effet, mais elle est occupée par une surprise.

- Une surprise ?

- Tu la verras ce soir au dîner, car évidemment tu viens manger à la maison ce soir, à 9 h, vous aussi Capitaine.

- Merci, Colonel.

- C’est quoi cette surprise ?

- Je ne peux rien te dire, ils me tueraient à la maison si ils apprenaient que j’ai vendu la mèche.

Les deux officiers du JAG sortirent. Le sergent Swanson les conduisit à l’hôpital où était le corps du Lieutenant Michael. Ils tombèrent sur le Capitaine MP chargé de l’enquête.

- Bonjour, Leïa. On revient enfin à la maison ? Je t’ai manqué tant que ça ?

- Ne te surestimes pas, Brad. Capitaine Rabb je vous présente le Capitaine Stevens. Nous sommes ici pour enquêter sur la mort du Lieutenant Micheal, nous venons assister à l’autopsie.

- Qui vous envoie ?

- Le Colonel Parker a demandé à notre Amiral de lui envoyer du renfort.

- Je n’ai besoin de personne. D’ailleurs, il était inutile de faire une enquête, c’est un suicide, tout simplement. Vous vous êtes déplacés pour rien. On dirait que ce vieillard bedonnant n’a rien d’autre à faire que de déranger ceux qui travaillent. Je pense plutôt qu’il voulait te voir, alors il a profiter de cette affaire, c’est vraiment déshonorant d’en arriver là.

- A ta place, j’en resterai là, Stevens. Tu oublies un peu trop facilement que tu es justement sous les ordres de ce vieillard bedonnant. Si tes propos remontaient à ses oreilles, je doute que tu resterais ici longtemps. Si ma mémoire est bonne, quand je suis partie ta situation était plus tôt précaire.

- A qui la faute ? Tu as tout fait pour me mettre les bâtons dans les roues.

- Pas du tout. Tu es le seul responsable de ta déchéance, Stevens, alors pour une fois ne soit pas lâche et regardes la vérité en face. Et pour ce qui est de l’enquête, tu nous laisseras juger. Une fois l’autopsie terminée, on saura si cela valait le déplacement où non. Allons-y, Harm.

Ils le clouèrent sur place, entrèrent dans la morgue où les attendait un homme en blouse blanche, probablement celui qui allait réaliser l’autopsie. L’étude du corps se fit sans incident. Le Lieutenant Jerémia Michael devait avoir une vingtaine d’années, on aurait dit un enfant. Il était robuste et bel homme.

La jeune femme s’approcha du corps, le mort avait les poignées sectionnés, mais en regardant de plus près, il s’avérait que les plaies n’étaient pas assez profondes pour être à l’origine de la mort. La jeune femme trouva étrange que le MP ne s’en soit pas aperçut et qu’il maintienne que c’était un suicide. Elle oublia cette pensée pour se concentrer sur le cadavre. Ils l’observèrent de plus près, ils firent des analyses de sang, cherchèrent d’autres traces pouvant être responsables de la mort.

Quand le docteur examina le coeur, il s’aperçut que le jeune homme était, en fait, mort d’une crise cardiaque. Il s’étonna de ne pas l’avoir découvert plus tôt mais en regardant de plus près, il s’avérait que les caractéristiques qu’on pouvait remarquer chez des personnes mortes d’un arrêt du coeur, ne se vérifiaient pas dans le cas du Lieutenant Michael.

- Vous ne trouvez pas étrange qu’un jeune homme de 28 ans, apparemment en très bonne santé et sportif, fasse une crise cardiaque et, qui plus est, dans les douches d’un vestiaire où il n’avait aucune raison de se trouver ?

- Je ne fais que constater ce que je vois, Capitaine. Pour ce qui est des "pourquoi", c’est votre travail.

- Merci, pour le boulot, marmonna Harm.

Le décès devait se situer à peu près entre 2 et 3 heures du matin. Ils faillirent ne pas remarquer un bleu sous les aisselles, celui-ci n’était pas très visible.

- Ce n’est pas dû à un coup, il n’est pas assez visible.

- Vous oubliez qu’il n’est mort que depuis environ dix heures.

- Non, ce n’est pas ça.

- Et si c’était un hématome comme ceux qu’on a quand un toubib nous fait une piqûre

- Oui, c’est une idée. D’ailleurs, j’y ai pensé moi aussi. Il est très probable qu’il soit mort d’un arrêt cardiaque suit à une overdose, ça expliquerait pourquoi je n’ai pas détecté la crise cardiaque plus tôt. Les analyses nous diront ce qu’il en est. Mais pourquoi avez-vous pensé à une piqûre ?

- A cause de l’heure de sa mort.

- Je ne vois pas le rapport ?

- Pour qu’il accepte de suivre quelqu’un dans cet endroit...

- Il devait être drogué, compléta Harm. C’est pas mal mais il a peut-être été tué ailleurs.

- Et ensuite, son meurtrier l’aurait transporté dans les douches et lui aurait tranché les veines ? Pourquoi ? Quitte à maquiller un meurtre en suicide, l’assassin pouvait faire exactement le même effet en le mettant dans la douche de sa chambre.

- Vous avez raison, une fois mort, le tueur avait plusieurs solutions pour déguiser son crime. Vous avez regardé ses pieds, Docteur Richard ? Il y a peut-être un indice.

Ce dernier s’approcha des pieds du cadavre qu’il examina méticuleusement. D’après ses observations, il n’y avait aucune écorchures.

- Cela fait beaucoup de suppositions. Vous cherchez la petite bête. Il a du se droguer lui-même puis il a voulu se trancher les veines mais manque de pot, il a fait une overdose.

- Vous croyez donc au fait qu’il a été drogué ?

- Oui, mais c’est sûrement lui qui l’a prise tout seul.

- Dans ce cas, il faudra trouver qui lui a procuré, répondit le Docteur posément.

- Vous êtes bien silencieuse, Capitaine, demanda Harm en regardant sa coéquipière. Vous avez une autre hypothèse ?

- Oui..., enfin, peut-être.

- C’est le bouquet ! s’écria Stevens. Si on commence à réfléchir à toutes les possibilités, d’ici ce soir on se retrouvera avec un liste de trois pages de suspects. J’en ai assez, et cette odeur me donne la nausée. Je vous attends dehors pour les résultats de l’analyse.

- Bon débarras, murmura la jeune femme.

- Je vous écoute, Leïa, à quoi avez-vous pensé ?

- En fait, je pense que le Lieutenant est allé tout seul dans les douches, personne ne l’y a conduit. Je pense qu’il avait peut-être rendez-vous là-bas.

- Drôle d’endroit pour un rendez-vous, remarqua Harm.

- Pas si vous voulez cacher quelque chose. Voyons, supposons que Michael se droguait, il fallait que quelqu’un lui procure de la drogue, et pour faire ce genre d’échanges, il faut un endroit discret et peu fréquenté surtout à 2 heures du matin.

- Votre hypothèse tient la route mais comment est-il mort ?

- C’est là où je bloque. S’il se shootait depuis longtemps, il connaissait les quantités qu’il ne devait pas dépasser.

- En effet, alors difficile de faire une overdose. A moins que...

- Que quelqu’un l’y ait aidé, pour une raison ou pour une autre, et pour faire croire au suicide, il lui a coupé les veines. Deuxième hypothèse, il avait effectivement rendez-vous avec quelqu’un qu’il connaissait mais la rencontre s’est mal terminée, et... là aussi je suis perdue. Il n’a aucune marque sur le visage donc il ne s’est pas battu.

- Il a été assommé, tout simplement, indiqua le Docteur.

- C’est possible ? demanda Harm.

- Oui, quand on est assommé, on n’a pas de marque.

- Ni de bosse ?

- Ca arrive.

- Donc, il a été assommé, à ce moment là, notre assassin n’a eu aucun mal pour lui injecter la drogue à un endroit où on ne pense pas à regarder. Michael a fait une overdose et le tueur lui a tranché les veines pour simuler un suicide.

- Conclusion, il nous faut trouver qui il a rencontré dans les douches et qui était susceptible de lui fournir de la drogue.

- Si il a bien été drogué, précisa le Lieutenant Richard. Attendons les résultats pour faire des conclusions.

- Vous avez raison, mais si il y a une trace de drogue, on saura vers où chercher.

 

 

CHAPITRE VII

 

Un peu plus tard, ils étaient tous assis dans la salle de réunion de l’hôpital, à étudier le rapport d’autopsie, il manquait encore les résultats des analyses sanguines.

Néanmoins, à l’exception du Capitaine Stevens, ils étaient tous persuadés que c’était bien un meurtre. Il leur restait à trouver des preuves qui confirmeraient l’une de leurs hypothèses. Hypothèses dont ils n’avaient pas jugé bon d’informer le MP. Mais une question restait sans réponse, pourquoi ? Quel était le motif ?

Leïa et Harm essayaient de tout résumer sur une feuille, les faits réels d’un côté, les questions et les hypothèses de l’autre. Pour le moment, la deuxième colonne était la plus remplie.

En attendant les analyses, Harm décida de changer de sujet.

- C’est pas le grand amour entre vous deux ? demanda-t-il en jetant un regard à Stevens qui ne les avait pas quitté des yeux une seule seconde.

- En effet.

- Vous ne voulez pas m’en dire plus ? Ca m’éviterai peut-être de mettre les pieds dans le plat.

- O.K., répondit la jeune femme en souriant. Quand j’étais ici, Brad était quelqu’un de bien, de gentil, on était bon copain. Puis je suis partie, et lorsque je l’ai retrouvé il y a trois ans, il n’était plus le même. Il était agressif, brutal, il se disait amoureux de moi, mais je ne partageai pas ses sentiments. J’ai découvert qu’il buvait et qu’il jouait.

"Un soir, je suis sortie avec Matt, Jennie et un copain à eux. Quand on est sorti du restaurant, il nous attendait, il était complètement ivre. Il s’est rué sur moi, il m’a giflée et jetée à terre, le copain de Matt à voulu prendre ma défense et ils se sont bagarrés. Matt a essayé de les séparer mais Brad était comme fou. Ensuite, les MP sont arrivés, ils ont arrêté Brad et le copain de Matt. Je suis allée au poste pour faire libérer l’ami de Matt qui avait juste voulu me défendre. J’ai discuté avec un MP qui m’a dit qu’ils avaient trouvé des traces de drogues dans le sang de Brad. Il fut mit au trou pendant deux semaines puis on l’envoya dans un centre de désintoxication pendant trois mois. Quand il en revint, j’avais réussi à convaincre Viper, le Colonel Parker, précisa-t-elle voyant le regard interrogation de son équipier, de le réintégrer au sein des MP. C’était la seule chose pour laquelle Brad se donnait vraiment à fond. Quand il a repris ses fonctions, il a essayé de me revoir, soit disant pour se faire pardonner, mais j’étais déjà partie depuis plusieurs semaines. Depuis je ne suis revenue ici que très rarement.

- Et me voir à vos côtés ne doit pas lui faire très plaisir, vu la façon dont il nous regarde.

- Ca m’est égal, je préfère votre présence à la sienne.

- Enfin, des mots qui vous viennent du coeur ! remarqua-t-il en souriant.

La jeune femme lui rendit son sourire.

Un interne vint porter les résultats qui indiquaient qu’une forte dose de drogue se trouvait dans le corps. Maintenant, ils devaient trouver comment la drogue était arrivée là. Etait-ce le Lieutenant qui se l’était injecté, comme le pensait Stevens ou bien quelqu’un l’avait-il "aidé" ? Cela n’allait pas être facile à découvrir. Ils devaient d’abord essayer d’en savoir plus sur le Lieutenant. Harm se tourna vers le Capitaine Stevens, qui n’avait pas bouger de la fenêtre

- Il faut établir une liste des amis du Lieutenant Michael, on doit tous les interroger. Il faut savoir qui l’a vu le dernier, s’il avait des ennemis, s’il se droguait ou buvait...

- La routine, quoi ?

- C’est un meurtre, Stevens, pas un jeu, répondit Harm sèchement.

Sur ce, il sortit suivi par Leïa. Ils retrouvèrent le sergent Swanson qui les attendaient dehors avec une jeep.

- Il faudrait trouver quelqu’un qui connaisse tout le monde ici, pensa Harm tout haut.

- Artie, répondirent en même temps le sergent et Leïa.

- Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt, continua la jeune femme. Artie voit tous les membres de la base défiler dans son bar. Allons-y, Sergent.

Ils s’installèrent dans la jeep et le sergent les conduisit dans le bar le plus connu de la base. Un endroit sympathique où l’on pouvait danser, faire un billard ou encore se confier au gérant.

Quand ils y arrivèrent, Harm remarqua que celui-ci n’était pas encore très peuplé, il n’était que trois heures de l’après-midi. Leïa lui présenta le fameux Artie qui venait de la prendre dans ses bras pour l’embrasser chaleureusement sur les deux joues. Décidément, la jeune femme était très connue et très appréciée dans cette base.

Artie était un homme d’un certain âge, bedonnant et très aimable. Harm comprenait en le voyant maintenant pourquoi son équipière lui avait dit qu’il était le confesseur de toute le base, il y avait en lui quelque chose qui vous incitait à lui parler de vos problèmes, de vos espoirs.

- Artie, on a besoin de ton aide.

- N’en dit pas plus, pour que deux officiers du JAG viennent me voir, c’est que vous enquêtez sur la mort de ce pauvre Jerry.

- Tu connaissais le Lieutenant Michael ?

- Ouais, c’était un chic type. Allez vous asseoir à cette table là-bas, on sera plus tranquille pour discuter. Je prends des bières et j’arrive.

- Pour moi un soda suffira, Artie, et fait des sandwiches, on n’a pas eu le temps d’avaler un morceau.

Ils s’assirent à la table indiquée rejoints par Artie qui s’assit en face de Leïa et de Harm. Il les regarda un instant, voulu dire quelque chose mais s’abstint. Il ne voulait pas froisser son amie.

- Jerry était à la base depuis un an, un garçon sans problème jusqu'à il y a deux mois.

- Qu’est-il arrivé ? demanda Harm.

- Un soir, il est venu me voir, il voulait parler. Tu me connais, Leïa, je suis toujours prêt à écouter les autres. Ce soir là, il m’a dit qu’il était amoureux, mais que son amour n’était pas partagé.

- Décidément, c’est une maladie, remarqua Harm en glissant un regard vers son équipière.

- En fait, ce qu’il ne savait pas à ce moment-là, c’est que sa dulcinée l’aimait elle aussi. Il l’apprit une semaine plus tard. Quand il est venu m’annoncer la nouvelle, il était si heureux que j’ai offert une tournée à tout ceux qui étaient présents.

- Tu as toujours été trop généreux, Artie.

- Tout était redevenu normal. Jerry était heureux, puis il y a deux jours, il m’a dit que sa petite amie ne voulait, soit disant, plus le voir.

- C’est des choses qui arrivent.

- Pas quand il était prévu qu’ils se marient ce week-end.

- Pardon ?

- Depuis que sa fiancée avait accepté de l’épouser il y a quinze jours, il ne tenait plus en place, il avait tout organisé, le côté administratif étant trop compliqué pour que le mariage se passe à la base, il avait réussi à trouver un prêtre en ville. Même l’heure était fixée.

- Pourquoi a-t-elle changé d’avis ? demanda la jeune femme.

- Ca je ne le sais pas. Il devait me le dire ce soir.

- Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ? questionna Harm.

- Hier au soir. Il est venu vers neuf heures. On a discuté comme d’habitude, j’ai remarqué qu’il était un peu nerveux, c’est là qu’il m’a dit qu’il avait rendez-vous avec sa fiancée vers 1 heure de matin. Je me suis étonné de l’heure tardive pour un rendez-vous amoureux, surtout qu’il était de service ce soir-là. Il m’a répondu qu’elle travaillait jusqu'à minuit, qu’il ne pouvait pas faire autrement et qu’il espérait que son supérieur n’en saurait rien.

- Est-ce qu’il t’a dit où ils devaient se rencontrer ?

- Non, et avant que vous ne me le demandiez, non, je ne connais pas le nom de sa fiancée. Il ne me l’a jamais dit, précisa Artie voyant le regard interrogateur des deux officiers, et je ne lui ai pas demandé, je pensais qu’il me le dirait quand tout serait réglé et qu’ils seraient mariés.

- Tu n’as même pas une idée sur son identité ?

- Non, mais pour qu’elle travaille le soir jusqu'à minuit, c’est peut-être une serveuse, ou une danseuse...

- Ou elle lui mentait, peut-être qu’elle ne voulait pas qu’ils se voient chez elle ou qu’elle voyait quelqu’un d’autre et elle ne voulait pas que Michael le sache.

- Ca fait beaucoup de peut-être, Capitaine, remarqua Artie.

- Ouais, répondit Leïa, et ça commence à m’énerver. On a aucune piste sérieuse et un tas d’hypothèses qui partent dans tous les sens.

- On en saura un peu plus demain avec les interrogatoires.

- Espérons-le, soupira la jeune femme.

- Je pense à autre chose, reprit le barman, il se peut qu’il ait refusé de me dire son nom, tout simplement parce que c’était la fille de quelqu’un de très haut placé dans la base.

- Ou parce qu’il savait que ses parents ne seraient pas d’accord pour qu’ils se marient. Encore une supposition.

- Est-ce que vous savez s’il se droguait ? demanda Harm.

- Se droguer ! répéta Artie médusé. Sûrement pas, Capitaine. Jerry avait horreur de cette saloperie, il avait perdu sa soeur à cause de la coke il y a cinq ans. Il n’aurait jamais touché à cette merde. Il faisait même parti d’une organisation contre la drogue, vous savez comme celle qu’on voit à la télé.

- Eh, Artie ! appela un client. Tu viens nous servir, ça fait une heure qu’on t’attend.

- Merci, Artie. On va terminer nos boissons et on te laisse. On te doit combien ?

- C’est pour la maison, ma belle. A bientôt.

Ils le regardèrent se diriger vers son comptoir et servir les officiers impatients.

Harm étudia le barman, jusqu'à présent, il n’en avait pas pris le temps. Il était généreux et à l’écoute des autres, c’est pour cela qu’il était très apprécié dans cette base. Des photos de pilotes étaient placardées sur le mur derrière le comptoir, certainement des souvenirs de ses années à servir à boire aux militaires.

- C’est un homme génial, vous ne trouvez pas ?

- Il est spécial en effet. Je comprends que l’on ressente l’envie de lui raconter ses problèmes. L’avez-vous fait ?

- Quoi ? Raconter mes problèmes ? Oui, répondit-elle après une hésitation. Je l’ai pris comme confesseur il y a bien longtemps. Et au cas où il vous viendrait des idées, ajouta-t-elle en souriant, sachez que, comme le font les prêtres, il ne répétera jamais ce qu’on lui a dit.

- Il a failli à sa promesse pour Jerry, remarque Harm.

- Ce n’est pas pareil, premièrement, ça n’avait rien de confidentiel puisqu’il ne savait même pas le nom de la fille. Deuxièmement, Michael est mort et ce que Artie nous a dit ne peut plus rien lui faire.

- Vous avez raison. Pour revenir à notre affaire, on y voit un tout petit peu plus clair.

- Vous trouvez, vous ? Voyons, le Lieutenant Michael devait se marier ce week-end mais quatre jours avant sa fiancée se désiste...

- Ils décident de se donner rendez-vous cette nuit à 1 heure soit disant après le boulot de la fille et ce matin, à 6 heures, on le retrouve mort. Un meurtre déguisé en suicide : il a de la drogue dans le sang...

- Assez pour faire une overdose, chose étrange puisqu’il est contre la drogue. Conclusion, il faut retrouver la fille, elle nous dira si leur rendez-vous s’est bien déroulé dans les douches, à quelle heure elle l’a quitté...

- S’il était vivant et si oui, est-ce qu’elle a vu quelque chose en sortant....

- Ou si elle sait qui pourrait en vouloir à Jerry et pourquoi.

- Conclusion, il faut questionner le maximum de personnes le connaissant pour essayer de trouver qui c’est.

- Allons voir si Stevens a été capable d’établir une liste des amis de Jerry, dit la jeune femme en se levant.

- Leïa, vous voulez bien répondre à une question ?

- Posez toujours.

- Pourquoi avoir témoigné en faveur de Stevens si vous ne l’aimiez pas ?

- J’avais pitié de lui...et je me sentais responsable.

- Pourquoi ? C’est lui qui s’était mis dans le pétrin, lui seul.

- Je sais mais ça a toujours été mon problème. Quand quelque chose de mauvais arrive à une personne que je connais, je culpabilise. Je me dis que si j’avais fait ça d’une autre manière, rien ne serait arrivé.

- Vous voulez porter les malheurs de tout le monde sur vos frêles épaules. Un jour, continua Harm d’une voix douce, il vous faudra trouver quelqu’un qui vous aide à porter ce poids et sur qui vous pourrez vous appuyer.

- Vous aimeriez que ce soit vous ? demanda Leïa un faible sourire sur les lèvres.

- J’avoue que j’aimerai bien essayer, oui.

Ils se regardèrent un moment les yeux dans les yeux. Ceux de Harm reflétaient tant de sincérité, de compassion que la jeune femme comprit qu’il ne mentait pas. Elle aurait voulu se blottir dans ses bras, juste un instant, mais ils n’avaient pas le temps. Ils étaient à Miramar pour résoudre un meurtre.

- Merci, Harm, j’essaierai de m’en rappeler, dit-elle en l’embrassant sur la joue. Maintenant, allons voir Stevens.

Ils sortirent du bar et le Sergent Swanson, toujours fidèle au poste, les conduisit au quartier général de la police militaire.

Une fois dans le bâtiment, un MP les conduisit jusqu’au bureau de Stevens. Celui-ci était au téléphone, dès qu’il les vit, il raccrocha.

- Vous avez du nouveau ? demanda le Capitaine.

- Pas vraiment, répondit Leïa en regardant Harm pour lui faire comprendre qu’elle ne voulait rien dire sur leur découverte au MP.

- Vous avez établi la liste qu’on vous a demandé ? questionna Harm.

- Oui, la voilà.

Il leur tendit une feuille de papier partagée en deux colonnes, chacune contenant une dizaine de noms. Harm et son équipière se regardèrent. Le jeune homme demanda deux photocopies de la liste qu’il obtint de suite. Il tendit une copie au Capitaine Stevens lui demandant de convoquer toutes ces personnes pour le lendemain à partir de 8 h et à une heure d’intervalle l’un de l’autre. Les interrogatoires seraient effectués dans deux pièces différentes dans le bâtiment principal. Leïa et lui prendraient chacun une colonne.

Les deux capitaines prirent congés du MP et rejoignirent le sergent qui les attendaient dans la Jeep.

- Pourquoi ne pas lui avoir dit ce qu’on a découvert ? demanda Harm.

- Je n’ai pas confiance en lui, quelque chose cloche et je ne sais pas quoi. En général, mes intuitions sont bonnes alors pour le moment, tout ce qu’on apprendra restera entre nous deux et le Colonel, si ça ne vous dérange pas, bien sûr.

- Ca va pour moi.

- Quelle heure est-il ?

- 19 h 30, répondit le Sergent.

- Ca nous laisse à peine plus d’une heure pour rentrer nous changer et aller chez Viper.

Le Sergent les déposa devant la baraque qui leur avait été affectée. Leurs bagages les attendaient à l’intérieur. Swanson se proposa de les attendre pour les conduire chez le Colonel, mais Leïa le renvoya, lui précisant que ce n’était pas très loin, qu’ils pourraient très bien marcher un peu et qu’ils l’attendaient le lendemain à 7 h 30. Le Sergent les salua et partit.

Les deux officiers pénétrèrent dans la maison. Celle-ci était meublée sobrement avec le strict minimum. En visitant la cuisine, la jeune femme s’aperçut qu’une personne bien intentionnée était allée faire les courses et que le réfrigérateur et les placards étaient remplis.

Ils prirent chacun une chambre et Leïa eut le privilège d’utiliser la salle de bains la première. Elle se doucha, ce qui lui fit beaucoup de bien. Elle était un peu tendue à cause de son retour ici, de l’affaire, de sa rencontre avec Stevens. Elle enfila son peignoir et sortit de la salle de bains. En passant devant la chambre de Harm, elle frappa à la porte comme ils avaient convenu de le faire puis s’enferma dans sa chambre. Quelques minutes plus tard, elle entendit la porte de la chambre du jeune homme puis celle de la salle de bains s’ouvrir puis se refermer.

Leïa déballa ses affaires, elle pendit ses uniformes et quelques vêtements civils puis entreprit de se préparer. Elle décida de ne pas se maquiller et de relever juste un peu ses cheveux mais pas trop pour qu’ils puissent s’aérer. Elle passa ensuite une robe d’été avec de fines bretelles qui se croisaient dans le dos. Elle chaussa des mocassins assortis, prit un châle léger et sortit attendre Harm sur la terrasse.

Celui-ci la rejoignit quelques minutes plus tard. Il portait des jeans, une chemise en soie verte et un pull jeté sur les épaules. Cette tenue le changeait complètement. Ce qu’elle avait devant les yeux ne lui déplaisait pas mais elle le préférait tout de même en uniforme.

Harm la trouvait de plus en plus belle. La voir assise sur la rambarde de la terrasse, avec sa robe à moitié boutonnée qui laissait voir une jambe nue jusqu'à mi-cuisse, le troublait énormément et attisait le désir qu’il avait d’elle depuis leur première rencontre.

- On y va ? demanda Leïa en se levant.

- Je vous suis, répondit Harm en lui rendant son sourire.

Les deux officiers quittèrent la maison et se dirigèrent vers celle du Colonel où Harm espérait bien en apprendre plus sur sa charmante coéquipière. Ce qu’il ne savait pas, c’est que ses voeux allaient être largement exaucés.

 

 

CHAPITRE VIII

 

Quand ils eurent passé le portail de la propriété du Colonel, trois enfants se précipitèrent vers la jeune femme en criant. Elle les reçut dans ses bras et les embrassa l’un après l’autre.

- Bonjour, mes chéris. Comment ça va ? Vous avez beaucoup grandi depuis la dernière fois que je suis venue.

- Mark, Peter, laissez la respirer un peu !

- Merci, Betty. Tu es splendide, tu es devenue une vraie femme maintenant.

- Vas dire ça à papa, il ne veut pas me laisser sortir avec les copains, le soir.

- Ton père n’est pas un monstre, voyons. Je suis certaine qu’il te dit ça pour ton bien.

- Tout le monde est contre moi, venez les garçons, on va avertir papa et maman qu’ils sont arrivés.

La jeune femme les regarda partir vers la maison puis se retourna vers son équipier.

- Vous venez de rencontrer les trois plus jeunes enfants de Viper, Mark, Peter et Betty. Le quatrième étant Matt que vous avez vu l’autre soir en boite avec sa femme, Jennie.

- Maman !

Une jeune fille était sous le porche de la maison et les regardait. Elle avait des cheveux châtains clairs, elle devait avoir dix sept, dix huit ans environ. Elle ressemblait étrangement à Leïa. Harm vit sa coéquipière fermer les yeux puis les rouvrir, comme si elle ne croyait pas ce qu’elle venait d’entendre. Elle était au bord des larmes. Elle se retourna très lentement vers la maison.

- Maman ! cria de nouveau la mystérieuse jeune fille courant vers eux.

Leïa se précipita à sa rencontre et elles tombèrent dans les bras l’une de l’autre. Pour la première fois depuis qu’ils se connaissaient, Harm vit son équipière pleurer. Il s’approcha un peu d’elles.

- Jessie, ma chérie. Tu m’as tellement manquée.

- Toi aussi, tu m’as manqué, maman. Promets moi qu’on ne restera plus jamais aussi longtemps sans se voir.

- Oh, oui, je te le promets, c’était trop dur. Laisses-moi te regarder, tu es magnifique... Mais je ne vois pas Steve...

Le visage de la jeune fille s’assombrit, sa mère sut tout de suite ce qu’elle allait dire.

- Il n’a pas pu se libérer pour venir.

- Ca c’était sans compter sur Viper, dit une voix derrière eux.

- Steve !

La jeune fille se jeta au coup du nouveau venu et ils s’embrassèrent sous le regard approbateur de Leïa. Le dénommé Steve avait l’air un peu plus âgé que son amie. Il était blond et dépassait sa dulcinée d’une bonne tête. Leïa s’aperçut que, toutes heureuses de se retrouver, aucune d’elles n’avait entendu le taxi arriver et le jeune homme s’approcher d’elles. Le Capitaine essuya son visage et sourit aux deux amoureux.

- Bonjour, Leïa, dit le jeune homme en l’embrassant sur la joue.

- Je suis heureuse de te revoir, Steve. Les enfants, je vous présente le Capitaine Rabb, mon nouvel équipier. Harm, voici ma fille Jessica et son fiancé, le Lieutenant Steve Gallager.

Les présentations terminées, ils se dirigèrent tous vers la maison où ils étaient attendus par une femme que Leïa présenta comme étant Marge, l’épouse du Colonel Parker.

- Bonjour, Capitaine Rabb, enchantez de faire votre connaissance. Leïa, ma chérie, comment vas-tu ?

- Très bien, Marge.

- Steve, mon grand, tu as fait bon voyage ?

- Tu savais qu’il viendrait ? demanda Jessie hésitant entre la joie et la colère.

- Bien sûr que j’était au courant. Tu ne crois tout de même pas que Viper a pensé tout seul qu’il devait le faire venir ?

- Tu es formidable, Marge.

- Je sais, dit-elle en souriant. Leïa, Capitaine, mon mari vous attend dans son bureau pour parler affaire avant le repas. Ma chérie, dis-lui que je ne vous laisse qu’un quart d’heure, passé ce délai, vous ne parlerez plus boulot. C’est bien compris ?

- Bien , chef, répondit Leïa en souriant, mimant le garde à vous.

Harm suivit son équipière jusqu'au bureau du Colonel. Elle connaissait la maison comme sa poche, semblait-il. La jeune femme frappa à la porte puis ils entrèrent.

Le Colonel les accueillit avec un sourire, il leur montra des fauteuils devant lui. Leïa préféra rester debout, elle regarda les photos accrochés aux murs.

Le Colonel demanda où en était l’enquête. Sur un signe de tête de la jeune femme, Harm fit son rapport, énumérant leurs hypothèses. Le Colonel parut satisfait puis posa son regard sur la jeune femme.

- Que cherches-tu ?

- Je ne sais pas... Je... La voilà. J’en étais sûre, je savais bien que je l’avais vu quelque part.

La jeune femme tendit la main vers un cadre qu’elle détacha du mur et s’approcha de Harm pour lui donner. Celui-ci lut sur l’inscription Vietnam, 1966. Puis regarda la photo qui représentait deux hommes.

- Mais... C’est mon père ! s’écria le jeune officier. Qui est l’autre homme ?

- C’était moi, Capitaine, répondit Viper. En effet, continua-t-il sous le regard interrogateur de son interlocuteur, j’ai connu votre père au Vietnam . Enfin, connaître est un bien grand mot car malheureusement, trois jours après notre rencontre, on partait pour une mission dont beaucoup ne sont jamais revenus. Votre père fut de ceux-là.

- Vous étiez avec lui lorsqu’il a été abattu ?

- Non, j’était dans un autre groupe. Quand je revins à la base, je venais de perdre un bon ami et quand j’ai vu l’escadrille de votre père atterrir, j’ai tout de suite sut qu’il n’était pas avec eux, je ne sais pas pourquoi... Un pilote est venu me voir et m’a dit que l’avion de votre père avait été détruit.

La porte du bureau s’ouvrit et Marge apparut.

- Le quart d’heure est terminé, maintenant, on ne parle plus boulot.

- On arrive, chérie. Vous pouvez garder la photo si vous voulez, Capitaine, dit-il en sortant de la pièce.

- Merci, Colonel, dit Harm en le suivant

- Bonsoir, vous deux, dit une voix en haut de l’escalier.

- Jennie, je commençais à me demander où tu étais.

- Je viens juste de me réveiller, c’est bête, moi qui voulait voir tes retrouvailles avec ta fille. Je suis certaine que j’ai manqué quelque chose.

Arrivée au bas de l’escalier, elle embrassa Leïa et serra la main de Harm puis ils suivirent le Colonel sur la terrasse, derrière la maison. Harm fut placé à côté du Colonel, face à Leïa qui avait à sa gauche sa fille et son fiancée puis un des deux garçons de Viper. A la droite de Harm prit place Jennie, Betty et le deuxième garçon. La femme de Viper se tenant à l’autre bout de la table, face à son mari.

Le dîner se déroula dans une ambiance chaleureuse. Ils parlèrent de tout et de rien, puis la conversation se porta sur le Vietnam.

- Maman connaît un peu ce pays, elle y a vécu quand elle était petite, pendant la guerre.

- Ah oui ? Et où ? demanda Harm, surpris.

- Saïgon, répondit la jeune femme sur un ton qui fit penser à Harm qu’elle ne voulait pas prolonger la conversation.

- Leïa vivait avec son frère et ses parents dans l’ambassade de Suède.

- L’ambassade de Suède ? répéta Harm, étonné.

- A ce que je vois, maman ne vous a pas dit grand chose sur elle.

- Elle n’était pas obligée de le faire. On ne travaille pas ensemble depuis assez longtemps pour qu’on se fasse des confidences.

La jeune femme regarda son partenaire avec un sourire gêné sur les lèvres. Il lut de la reconnaissance dans ses yeux. Mais malheureusement pour elle, Viper et sa fille décidèrent d’en apprendre plus au beau capitaine sur sa belle partenaire.

- Les parents de Leïa étaient issus de la famille royale de Suède. Quand son frère et elle avaient cinq ans, ils sont allés tous les quatre au Vietnam pour soutenir leurs hommes à l’ambassade. Malheureusement, une bombe a été placée dans le bâtiment. Elle a explosé juste au moment où Luke et Leïa revenaient d’une promenade.

- Luke et moi avons couru pour essayer de retrouver nos parents. On a d’abord trouvé notre mère, morte puis notre père, il était encore en vie. Il nous a dit de rejoindre l’ambassade américaine au plus vite. Nous ne voulions pas le laisser, on ne comprenait pas pourquoi il voulait qu’on aille chez les américains, on n’apprit la raison que plus tard.

"Deux jours après, à la suite d’une enquête menée par l’ami américain de papa qui nous avait recueillit, on apprit que la bombe avait été posée par des Suédois, comme nous, tout cela à cause d’un trône que mes parents n’ont jamais voulu. Ils pensaient mettre cet attentat sur le dos des Viets qui ont posé beaucoup de bombes dans Saïgon à cette époque. L’ami de mon père nous a rapatrié aux Etats-Unis comme réfugiés politiques. Nous avons acquis la nationalité américaine très rapidement car nos parents avaient déjà fait les démarches nécessaires avant leur décès. Ils avaient aussi rédigé un testament où était indiqué le nom de notre tuteur.

- Vous n’imaginerez jamais quel fut mon étonnement quand j’ai appris que j’avais été désigné comme tuteur avec ma femme. J’avais rencontré leur parents un an plus tôt. Mais j’étais loin de penser que le mois que Marge et moi avions passé avec eux avait fait de nous les tuteurs de leurs enfants. Néanmoins, je dois avouer que nous avons été très heureux.

- Même si ça n’a pas été toujours rose d’élever six enfants, pour rien au monde je refuserais de le refaire si on me le demandait. Tous les jours, il se passait quelque chose de merveilleux. Mark et Peter sont trop jeunes pour avoir connu ça, mais Leïa, Luke et Matt formaient un trio inséparable auquel est venu s’ajouter au fil des ans Betty et Jessica.

- Ca n’a pourtant pas toujours été merveilleux, maman, intervint Betty. Il y a eu Luke et surtout...

- Si on changeait de sujet, l’interrompit Viper. Marge, vas chercher le champagne, chérie.

- Du champagne ? Et en quel honneur ? demanda Leïa.

- En l’honneur de ta fille, répondit Jennie.

- Y aurait-il quelque chose que tu ne m’aurais pas encore dit, Jessie ?

- Une tout petite, j’ai été acceptée à l’école militaire de Brownsville. Je commence dans un mois.

- Brownsville ? C’est une école de la Navy ? Vous voulez suivre les traces de votre mère ?

- Jessie fera un pilote du tonnerre, comme sa mère et son oncle, c’est dans les gênes de la famille.

- Ne lui mets pas de pression sur les épaules, Viper. Je ne veux pas que Jessie me ressemble, même si j’en serai très fière. Je veux avant tout qu’elle soit elle-même et qu’elle fasse ce qui lui plaît. Si elle ne veut pas continuer, je ne lui en voudrait pas, bien au contraire, car ça prouvera qu’elle est maîtresse de sa vie et que personne n’a à lui dicter ce qu’elle doit faire. Tu comprends, Jessie ?

- Oui, maman. Mais je veux le faire, j’en meurs d’envie depuis le jour où tu m’as amené avec toi faire un tour sur un tomcat. Je rêve de retrouver cette sensation que je n’ai jamais retrouvé en pilotant les biplaces de Bob.

- C’est sûr que voler dans un tomcat n’a rien à voir avec le pilotage d’un petit bimoteur, ajouta Harm en souriant.

- Pourquoi avez-vous abandonné la Navy, Capitaine ? demanda Viper.

- Je n’ai pas abandonné la Navy, Colonel, j’en fais toujours partie. J’ai simplement dû arrêter de piloter car j’avais un problème de vue la nuit. J’ai eu un accident avec mon copilote. Malheureusement, il a eu moins de chance que moi. Je vole encore de temps en temps, mais plus de nuit, un mort ça suffit sur mon C.V..

- Ca n’était pas de votre faute, d’après le tribunal militaire qui vous a jugé.

- En effet, mais ça reste ancré dans ma mémoire et je ne peux m’empêcher de culpabiliser.

- Tu en sais quelque chose, Leïa, intervint Betty avec un brin d’ironie dans la voix.

Harm regarda la jeune femme puis la fille du Colonel, ne comprenant pas l’allusion. Sa coéquipière lança un regard noir à la jeune fille puis en regardant Harm, elle entreprit de lui raconter son histoire dans la Navy.

- Mon frère et moi volions toujours ensemble, c’était mon R.I.O. Un jour, nous devions sortir faire un exercice de routine...

- Ce que maman oubli de préciser, c’est qu’à cette époque, oncle Luke et elle ne faisaient déjà plus partie de la Navy, enfin du personnel naviguant. Ils étaient en mission et devaient se faire passer pour des pilotes.

- Nos supérieurs nous ont affecté de nouveaux équipiers. Nous avons décollé et pendant l’exercice, il y a eu un problème. Les réacteurs de l’appareil dans lequel se trouvait Luke se sont arrêtés. Le pilote n’a jamais pu les remettre en route. Quand ils se sont éjectés, mon frère a été projeté contre la visière du cockpit qui ne s’était pas assez écartée. Il est mort en touchant l’eau.

- Je suis désolé, dit Harm.

- Il y a eu une enquête et c’est là que j’ai rencontré un J.A.G. pour la première fois. J’ai décidé de tout plaquer pour la deuxième fois et de réintégrer la Navy mais au sein du J.A.G. J’avais des bagages en droit et l’expérience que j’avais acquis en quatre ans lors de missions spéciales ont convaincu un amiral de me prendre.

- Que voulez-vous dire par missions spéciales ? demanda Harm ne s’attendant pas à recevoir de réponse.

- Maman a été dans les Navyseals pendant quatre ans.

Harm regarda la jeune femme qui soutint son regard mais il ne dit rien. Il savait maintenant le fin mot de l’histoire et les éléments qu’il venait d’apprendre complétaient certains points noirs du dossier qu’il avait consulté sur sa partenaire.

Quatre ans dans le Navyseals, ce groupe de militaires super entraînés qui étaient sélectionnés très scrupuleusement. Elle devait en avoir vu de toutes les couleurs. Les Navyseals étaient composés de Marines, de techniciens et de pilotes qui étaient spécialisés dans les missions de la dernière chance. Ils s’étaient fait connaître en remplissant des missions très dangereuses en Colombie, au Vietnam, au Koweit et en Irak pendant la guerre. Ils agissaient sans aucun signe de reconnaissance de façon à ce que, dans le cas où l’un d’entre eux était fait prisonnier, aucunes représailles ne puissent être organisées contre les Etats-Unis. Mais il leur arrivait aussi de remplir des missions un peu moins périlleuses.

Harm fut interrompu dans ses pensées par la femme du Colonel qui revenait avec une bouteille à la main.

- Alors ce champagne, on l’ouvre, oui ou non.

La bonne humeur revint. Un peu plus tard, les deux plus jeunes allèrent se coucher imités par Jennie que sa grossesse fatiguait. Jessie et Steve allèrent se promener sur la plage en amoureux sous le regard de Leïa qui était appuyée contre un poteau de l’auvent.

Harm la rejoignit et lui posa son châle sur les épaules. Elle le remercia d’un sourire. Il resta derrière elle la frôlant avec son corps. Elle sentait son souffle dans sa nuque et cela lui donnait des frissons. Pour ne rien laisser paraître de son trouble, la jeune femme prit la parole espérant que sa voix ne la trahirait pas.

- Vous avez réussi à repousser les avances de Betty ?

- Seriez-vous jalouse ?

- Moi ? D’une gamine ? Et puis je n’ai aucune raison d’être jalouse.

- La gamine, comme vous dites, n’en n’est plus une, beaucoup de garçons doivent la courtiser.

- Peut-être un peu trop selon Viper, répondit Leïa se retournant pour lui faire face.

Il était très près d’elle, elle résista à son envie de poser ses mains sur son torse. Elle aurait voulu qu’il prenne un peu de recul, mais d’un autre côté, elle souhaitait intérieurement qu’il la prenne dans ses bras.

- Et pour ce qui est d’avoir une raison d’être jalouse, vous oubliez que cet après-midi, vous avez reconnu que je ne vous laissais pas indifférente.

- J’ai dit ça dans un moment d’égarement, répondit la jeune femme le souffle coupé de le voir si près d’elle.

- Vraiment ? demanda-t-il ironiquement.

Il s’approcha d’elle la bloquant contre la rambarde, se pencha vers elle et tout doucement, lui mit les mains sur la taille et la colla contre lui. La jeune femme posa ses mains sur son torse musclé, ne pouvant le repousser. Avec beaucoup de douceur, leur lèvres se rencontrèrent et Leïa répondit au baiser de Harm ne pouvant résister à cette bouche avide. Elle fit remonter sa main jusqu'à la nuque du jeune homme. Elle aurait voulu que ce baiser ne s’arrête jamais.

Harm sentait le coeur de la jeune femme battre la chamade. Il savait maintenant que des liens très forts s’étaient noués entre eux, même si pour l’instant, elle persistait à lutter contre les sentiments qu’elle éprouvait pour lui. Il se doutait que cette lutte était due à un fait qui avait eu lieu dans sa vie passée, mais pour le moment seul l’instant présent comptait.

Il la relâcha à contre coeur pour reprendre son souffle. Ils se regardèrent et leur yeux exprimaient bien plus de choses que les mots n’aurait pu le faire. Harm se décida à parler le premier.

- Cette soirée est à marquer d’une croix rouge.

- Pourquoi ? demanda-t-elle dans un souffle.

- J’en ai appris plus sur vous ce soir qu’en deux semaines. Et j’ai réussi à vous faire comprendre qu’on était fait pour s’entendre.

- Vous ne savez pas encore tout sur moi, ajouta la jeune femme avec un sourire mélancolique.

-Peut-être, mais c’est un début.

Leïa sourit mais ne le regarda pas. Harm préféra ne pas lui poser les questions qui lui venaient à l’esprit au sujet de Jessica, il ne voulait pas gâcher ce moment. Pourtant ce point le troublait plus qu’il ne l’aurait pensé. Au début, il s’était dit que Leïa avait adopté la jeune fille mais il n’en était plus sûr. Elles se ressemblaient tellement, aussi bien dans leurs gestes, leur attitude que physiquement . Leïa lui demanda à quoi il pensait.

- A vous.

- Je n’en doute pas. Il se fait tard et demain on a des interrogatoires à mener. On ferait mieux d’y aller.

- Quelle heure est-il ?

- Minuit.

- Allons-y, sinon on sera H.S. demain

Ils allèrent prendre congés de leur hôtes. Ceux-ci leur proposèrent de les raccompagner mais la jeune femme déclina leur offre. Ils passeraient par la plage de façon à embrasser Jessie et Steve.

Ils trouvèrent ses derniers à cinq cent mètres de la maison. Leïa embrassa sa fille et son ami puis ils continuèrent leur chemin.

- Jessica est une fille très gentille.

- Merci, je l’ai élevée de façon à ce qu’elle ne soit pas trop égoïste comme beaucoup d’enfants uniques. Je dois dire qu’elle m’a étonné plus d’une fois.

- Vous n’avez jamais pensé à avoir un autre enfant vraiment à vous ?

- Que voulez-vous dire ? Je ne comprends pas.

Harm fut étonné de sa réaction mais au fur et à mesure qu’il expliquait à la jeune femme qu’il pensait qu’elle avait adopté Jessica, il devina qu’il se trompait.

- Jessica est ma fille, je ne l’ai pas adopté. Et malgré tout ce que les gens de cette base ont dit quand elle est née, je suis fière qu’elle soit ma fille même si cela paraît incompréhensible.

Elle partit vers la maison en courant. Elle venait de comprendre qu’il faudrait maintenant lui expliquer l’existence de Jessica si elle ne voulait pas qu’il s’imagine des choses sur son compte (comme l’avaient fait, à l’époque, ses soi-disant amies d’école et leur parents). Avec Luke, Viper, Marge et leurs enfants, elle s’était battue pour défendre l’enfant fragile que Jessica était contre toutes les mauvaises langues. Elle avait appris très tôt à sa fille le secret de sa naissance.

C’était un lourd secret qu’elles avaient à porter. Au début de la liaison de sa fille avec Steve, elle avait redouté le moment où le jeune homme saurait la vérité, mais pour lui, seul comptait son amour pour Jessica et les événements qui entouraient sa venue au monde n’altéraient en rien l’amour qu’il lui vouait.

Leïa comprenait que Harm puisse se poser des questions sur Jessica, mais pour tout lui dire, il aurait fallu qu’elle baisse ses défenses. Depuis qu’elle le connaissait, tout se mélangeait dans sa tête. Depuis plusieurs années, elle avait réussi à bâtir un mur autour d’elle qu’elle ne laissait franchir à personne, surtout pas à un homme. C’était son seul moyen de défense contre les gens qui lui voulaient du mal.

Depuis que Harm était apparu dans sa vie, elle sentait ses défenses fléchir, il l’attirait énormément, sa douceur, sa gentillesse, il lui donnait l’impression que tous les hommes n’étaient pas des monstres. D’un autre côté, depuis qu’elle le connaissait, ses cauchemars étaient revenus, elle avait revu Stevens et tout ce qu’elle mettait un point d’honneur à taire sur sa vie, elle venait, en l’espace d’une soirée, d’en dévoiler une grande partie au Capitaine Rabb.

Elle pénétra en courant dans la maison et se dirigea vers sa chambre où après avoir claquer la porte, elle se jeta sur le lit et se mit à pleurer. Elle n’était plus maîtresse de la situation comme elle l’avait toujours été en ce qui concerne sa vie et surtout son passé et cela l’effrayait.

Elle réalisa alors que ce qui la terrifiait le plus, c’était que pour la première fois, quelqu’un lui demandait de se confier à lui pour ainsi la décharger d’une partie de son lourd fardeau qu’elle portait toute seule depuis des années. Se confier revenait à raconter son passé, ses cauchemars, tout ce qu’elle s’efforçait de reléguer au plus profond de sa mémoire.

Quand Harm passa près de sa porte, il l’entendit sangloter, il leva le bras pour frapper mais le laissa retomber. Il pensa qu’il valait mieux en rester là pour ce soir. Il s’en voulut d’avoir tout gâché avec sa curiosité. Ils avaient passé une bonne soirée pendant laquelle il avait appris beaucoup sur sa partenaire, mais il avait voulu en savoir plus. Il aurait dû s’apercevoir que c’était trop en demander à la jeune femme qui était sur les nerfs depuis leur arrivée dans cette base.

Il décida que le lendemain il s’excuserait et lui promettrait de ne plus lui poser de questions. Il alla se coucher, laissant la jeune femme à contre coeur alors qu’il aurait voulu la serrer dans ses bras pour la consoler. Chose que Leïa attendait inconsciemment depuis qu’elle l’avait entendu s’arrêter derrière la porte de sa chambre.

 

 

CHAPITRE IX

 

Harm se réveilla vers 6 h 00, il avait très mal dormi et il décida de se lever. En sortant de sa chambre pour aller à la salle de bains, il vit que celle de Leïa était ouverte. Il s’avança, le lit était fait. Il alla prendre un douche et passa un uniforme. Ensuite il se dirigea vers la cuisine où il se servit un café, puis sortit sur la terrasse pour prendre l’air, pensant que cela lui ferait le plus grand bien étant donné l’état dans lequel il se trouvait.

- Bonjour, dit une voix douce sur sa droite.

- Bonjour, Leïa.

- Ecoutez, dit-elle en prenant sa respiration, à propos d’hier au soir...

- On n’en parle plus.

- Si, au contraire. Je suis désolée pour ma réaction excessive.

Harm s’approcha de la chaise longue sur laquelle elle était étendue et s’assit à ses côtés en lui prenant la main.

- Vous n’êtes pas obligée de me dire quoique ce soit, c’est votre vie et cela ne me regarde pas.

- J’ai besoin de vous parler, ne serait ce que pour me sentir mieux après.

La jeune femme se leva et alla s’appuyer contre la rambarde de la terrasse, lui tournant le dos.

- Quand j’ai mis au monde Jessica, j’était encore très jeune, j’avais à peine 12 ans. J’étais une petite fille très précoce, enfin je veux dire que dès 10 ans et demi, j’avais mes première règles. Un soir, Viper nous a tous amenés au restaurant. En sortant, je me suis aperçue que j’avais oublié mon écharpe, alors je suis allée la chercher disant aux autres de rejoindre la voiture qui était garée à huit cent mètres et que j’arrivai. En ressortant, j’ai été accostée par quatre adolescents complètement ivres. Ils m’ont bousculée un peu puis ils m’ont attrapée, m’empêchant de crier, et amenée dans une ruelle sombre... Là, chacun leur tour, ils... m’ont... violée. Je me rappelle de tout... de ce que j’ai ressenti quand ils me touchaient... Quand ils ont forcé mon intimité, même encore aujourd’hui, dix huit ans après.

La jeune femme s’interrompit, les larmes aux yeux. Harm s’approcha d’elle mais n’osa pas la prendre dans ses bras de peur qu’elle ne le repousse.

- Je me suis retrouvée enceinte, les docteurs me trouvant trop jeune pour me faire avorter, ont préféré que je termine ma grossesse. J’ai eu des cauchemars pendant plusieurs années, même après la naissance de Jessica que je ne voulais pas voir au début. Les parents de "mes soi-disant amies" ne laissaient plus leurs filles m’approcher. Viper avait refusé que mon histoire soit révélée dans les journaux. Tout le monde dans la base pensait que j’étais une fille dévergondée, et que tout était de ma faute. Le secret avait été tellement bien gardé que personne ne fut au courant pour le procès et donc le viol avant plusieurs années.

"Il a fallu que je fasse front. J’ai du encaisser beaucoup de choses de la part des autres enfants de la base, jusqu'à ce que Viper décide de nous envoyer Luke, Jessica et moi chez des amis de nos parents à Los Angeles pour poursuivre nos études.

"Là-bas, personne n’était au courant et Jessica est passée pour notre soeur pendant plusieurs années, jusqu'à ce que j’ai atteint l’âge de 16 ans. C’est à ce moment-là que nous sommes revenus ici, et que Luke et moi nous sommes inscrit à l’école militaire pour devenir pilotes. Pour ce qui est de Jessica, après avoir réussi à surmonter le dégoût qu’elle m’inspirait au début, j’ai réalisé qu’elle n’y était pour rien et qu’elle avait besoin de l’amour de sa mère pour survivre dans ce monde sans merci pour des enfants comme elle.

"Cela a prit du temps, nous avons commencé à être des amies, puis j’ai fini par l’accepter et l’aimer comme une vraie maman doit aimer son enfant.

"En ce qui concerne les quatre adolescents qui m’ont agressée, ils sont tous morts, mais un seul a eu la peine qu’il méritait pour avoir gâché ma vie de petite fille. Il y en a un qui s’est suicidé, un autre qui a été tué lors de son arrestation et le troisième est mort en prison avant son jugement, tué par d’autres détenus qui n’aimaient pas ce genre de types.

La jeune femme s’interrompit un instant pour reprendre son souffle, elle venait de se décharger d’un lourd poids qui pesait sur son coeur et sur sa vie depuis bien des années. Elle était soulagée et pourrait peut-être, maintenant, si Harm ne la repoussait pas, essayer de construire quelque chose avec lui, même si cela ne durait pas. Et même si cela allait à l’encontre de ses principes, à savoir, ne pas mélanger le travail et la vie privée.

Elle se retourna et se retrouva face à face avec son coéquipier. Il la regarda, ne sachant quelle attitude prendre et quoi dire. Un "je suis désolé" lui semblait trop pauvre et un peu déplacé.

- Il m’a fallu beaucoup de temps, reprit la jeune femme, pour que ma souffrance s’atténue, depuis j’ai construit autour de moi un rempart pour que personne ne puisse m’atteindre, surtout pas un homme. Et je ne sais pas si c’est le fait de revenir ici, mais mes cauchemars d’autrefois sont revenus et hantent mes nuits...

La jeune femme baissa les yeux. Une larme coula sur sa joue, Harm l’essuya avec douceur. Alors, il fit ce qui lui sembla la seule chose à faire, il la prit dans ses bras et la serra doucement contre lui, comme pour lui dire que désormais elle avait trouvé une épaule sur laquelle elle pouvait poser sa tête et pleurer. Elle s’abandonna dans ses bras et se détendit.

Quelques instants plus tard, ils entendirent un klaxon de voiture signifiant que le Sergent Swanson était là pour les amener à leur séance d’interrogatoires. Leïa sourit à son équipier et sans dire un mot, ils sortirent rejoindre leur chauffeur.

 

 

CHAPITRE X

 

Quand ils arrivèrent à l’endroit réservé pour les interrogatoires, deux sergents les attendaient déjà. Le défilé pouvait commencer.

Tous les amis du Lieutenant Michael dirent la même chose, à savoir que c’était un homme intègre, qu’il était impensable qu’il puisse se droguer et qu’il ne connaissait pas sa petite amie. Tous les interrogatoires se déroulèrent ainsi jusqu'à ce que Leïa s’entretienne avec le Lieutenant Trévor.

- Vous n’êtes pas en uniforme, Lieutenant ?

- Non, Madame, je suis de repos aujourd’hui, si j’avais su qu’il fallait que je porte l’uniforme, je l’aurai fait.

- Non, ce n’était pas nécessaire. Vous étiez ami avec le Lieutenant Michael ?

- Oui, Madame, on se connaissait depuis l’école militaire, on a fait beaucoup de choses ensemble, comme, par exemple, décider d’entrer dans la police militaire.

- Pardon ? Vous voulez dire que Michael était un MP ?

- Oui, Madame, vous ne le saviez pas ? Pourtant le chef mène cette enquête avec vous ?

- Stevens est votre supérieur et celui de Michael ?

- Oui, Madame.

- Super, le seul élément important de l’enquête et Stevens nous le cache depuis le début.

- Il pensait peut-être que sachant que Jerry était des nôtres, vous ne voudriez pas qu’il vous aide le croyant trop impliqué.

- C’est prêter au Capitaine Stevens des sentiments honorables qu’il est loin de pouvoir ressentir, Lieutenant. Veuillez m’attendre une minute, s’il vous plaît.

La jeune femme sortit en entra sans frapper dans la salle d’interrogatoire de son équipier. Leïa le prit à part et lui relata sa découverte. Ils décidèrent de libérer le soldat qui était avec Harm et de poursuivre ensemble l’interrogatoire du Lieutenant Trévor.

De retour auprès de ce dernier, Leïa fit les présentations et ils reprirent où ils en étaient restés.

- Donc Lieutenant, vous et Jerry étaient sous les ordres du Capitaine Stevens ?

- Oui, Madame.

- Ca se passait bien entre eux ?

- Que voulez-vous dire ?

- Est-ce qu’ils s’entendaient bien ? Est-ce qu’il leur arrivait de se disputer ?

- De temps en temps, le Capitaine est dur avec tout le monde, alors à chaque incartade, ça chauffait.

- Que voulez-vous dire ?

- Le chef aime la discipline, Monsieur.

- Première nouvelle, marmonna la jeune femme.

- Pensez-vous que le Lieutenant Michael prenait de la drogue ?

- Jerry ? Se droguer ? Non, jamais ! Sa soeur est morte d’une overdose et il a toujours eu horreur de cette saleté.

- Saviez-vous que Jerry avait une petite amie ?

- Oui, Madame, mais il ne me l’a jamais présentée, je ne sais même pas son nom. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il l’aimait comme un fou.

- Vous saviez qu’il devait se marier ce week-end ?

- Non, je... Jerry m’avait simplement averti que ce week-end, il ne serait pas là, qu’il avait prévu quelque chose avec son amie. Mais quand j’ai vu sa tête il y a trois jours, je me suis dit qu’il devait y avoir un problème. J’ai essayé de lui poser des questions, mais il m’a envoyé promener. J’ai pensé qu’il avait dû se quereller avec elle.

- L’avez-vous vu le jour de sa mort ?

- Oui, dans l’après-midi. Il sortait du bureau du chef où il venait de prendre une sacrée engueulade.

- A quel sujet ?

- Eh bien, j’ai pas trop compris. Ils ont parlé de rendez-vous nocturnes, d’infractions au code militaire, de trucs dans ce genre. Quand le chef est énervé et en colère, on n’arrive pas à entendre correctement ce qu’il dit à cause des murs.

- Avez-vous demandé au Lieutenant Michael pourquoi il avait été convoqué dans le bureau du chef ?

- Oui, Monsieur. Il m’a vaguement parlé d’une sortie pendant ses heures de garde, sûrement pour aller rejoindre sa fiancée.

- Pensez-vous que quelqu’un dans cette base la connaisse ? Je commence à me demander si elle existe.

- Vous avez essayé de demander au chef ?

- Pourquoi la connaîtrait-il ?

- A chaque fois que Jerry la voyait, il était convoqué dans le bureau du chef.

- Pourquoi pensez-vous que c’était pour ça ?

- Un matin, après que Jerry se soit fait " remonter les bretelles " par le chef, je l’ai entendu se parler tout seul. Il disait que ça ne pouvait pas continuer, qu’il ne pouvait pas l’empêcher de la voir et que le chef n’avait aucun droit sur elle.

- Vous n’avez jamais eu une idée sur son identité ?

- Oh si Madame, j’ai bien une idée, même encore, je pense que je pourrai être dans le vrai, mais de peur d’être ridicule, je me tais.

- Voulez-vous bien nous en faire part, Lieutenant ?

- Eh bien, j’ai toujours pensé que pour que Jerry ne veuille pas dire qui c’était, il fallait que cette fille soit la fille d’un officier haut placé dans cette base, une femme mariée ou une fille, enfin je veux dire une pute.

- Ca ne nous éclaire pas beaucoup.

- Attendez, je n’ai pas terminé. Vous pouvez railler la dernière supposition, j’ai appris un soir, lors d’une de nos sorties, que Jerry détestaient les putes car son père avait quitté sa mère pour l’une d’entre elles quand il était petit garçon.

- Il reste la femme mariée.

- Je ne pense pas qu’un homme qui n’a pas supporté que son père quitte sa mère pour une autre, brise un couple.

- J’ai pensé la même chose que vous Madame.

- Conclusion, ce serait la fille d’un officier haut placé.

- Ca nous laisse le choix.

- Pas forcément, à mon avis, il vous faut chercher dans les connaissances du chef puisqu’il avait l’air contre cette relation.

- Comme vous venez de le dire, il avait l’air, Lieutenant.

- Mais c’est une bonne idée, et un point de départ, répondit Leïa, ça ne nous coûte rien d’essayer dans ce sens.

- Merci Lieutenant Trévor, vous pouvez disposer et s’il vous revient quelque chose à l’esprit, n’hésitez pas, contactez nous.

- A vos ordres.

Le jeune homme salua les deux officiers, puis devant leurs sourires, s’excusa, réalisant qu’il venait de se mettre au garde à vous alors qu’il n’y était pas obligé du fait qu’il ne portait pas d’uniforme.

- Notre ami Stevens est un petit cachottier.

- On devrait aller le voir pour clarifier cette affaire. Il nous dira peut-être qui est la fille.

- Attendez, j’ai une autre idée, et elle ne va pas vous plaire.

- Je vous écoute, répondit la jeune femme d’un ton soupçonneux.

- Trévor pense que la fille est dans l’entourage du capitaine...

- Raison de plus pour aller l’interroger.

- Calmez-vous et laissez-moi continuer, s’il vous plaît. Il est bientôt midi, je vous propose d’aller faire un tour du côté de chez lui et de voir ce qu’on peut découvrir.

- On ne pourra pas entrer, il doit sûrement déjeuner chez lui.

- J’espère bien, et avec un peu de chance, il ne sera pas tout seul.

- Vous pensez que cette fille est aussi proche de lui que ça ?

- Pourquoi pas ? Dans le cas contraire, il nous faudra chercher parmi ses amies...

- Ou ses conquêtes passées et présentes. C’est un type du genre jaloux.

- Alors, allons-y.

- D’accord mais avant on fait un saut dans une cafétéria, je meurs de faim.

- A vos ordres, Madame.

Ils se regardèrent en souriant puis sortirent. Le Sergent Swanson, toujours à son poste, les attendaient.

- Sergent, vous saviez que Michael était MP ?

- Bien sûr.

- Décidément, nous étions les seuls à ne pas le savoir, soupira Harm.

- Mais je croyais que vous le saviez avec son dossier et puis il a été découvert portant son uniforme.

- Qui vous a dit ça ?

- Un copain MP qui était avec le Capitaine Stevens quand il est allé voir le corps dans les douches.

- Ca fait beaucoup de choses que Stevens a omis de nous dire.

- Oui, répondit Leïa songeuse, et ça nous donne une hypothèse de plus à vérifier.

- Vous pensez qu’il est mort dans l’exercice de ses fonctions ?

- Possible, mais je trouve que Stevens ne met pas beaucoup d’énergie pour retrouver le meurtrier d’un de ses hommes. Il faut se renseigner pour savoir si Jerry était de garde ce soir là et jusqu'à quelle heure.

- Laissons tomber Stevens pour le moment et allons au poste voir cette histoire d’un peu plus près. En route Swanson.

Quand ils arrivèrent au poste central des MP, ils apprirent que le Capitaine Stevens était parti déjeuner. Ils demandèrent à voir un officier qui était de garde la nuit du meurtre de Michael. Le Lieutenant Martin était justement présent.

- Capitaines !

- Repos, Lieutenant, lui ordonna la jeune femme. Il y a un endroit où l’on peut parler tranquillement ?

- Oui, suivez-moi, lui répondit-il en les conduisant dans une pièce à l’écart qui servait aux interrogatoires.

- Vous étiez de service la nuit où le Lieutenant Michael a été tué.

- Oui, Monsieur.

- Pouvez-vous nous dire si le Lieutenant était de service cette nuit-là ?

- Oui, il était de service jusqu'à 3 h du matin.

- Avez-vous une idée de ce qu’il pouvait faire dans les vestiaires à cette heure de la nuit ?

- Non, Madame. Tout ce que je sais, c’est qu’il était parti faire une ronde de routine.

- Disons plutôt qu’il a dit ça pour avoir un prétexte et pouvoir rejoindre son amie comme convenu.

- Le problème, c’est qu’un MP doit noter tous ses déplacements. Il y a bien un carnet à cet effet, n’est-ce pas ?

- Oui, Monsieur, mais on n’a pas retrouvé celui de Jerry.

- Il n’y a pas de double ici ? Les agents qui patrouillent doivent bien faire un rapport à des heures fixes pendant leur service ?

- En effet, mais je crois que c’est le Capitaine Stevens qui a ce carnet.

- Super. Eh bien, il ne nous reste plus qu’à lui demander, répondit Leïa sur un ton énervé.

- Une minute, intervint Harm. Vous connaissiez la petite amie du Lieutenant Michael ?

- Non, mais je peux vous dire que ça ne plaisait pas beaucoup au chef.

- Et vous savez pourquoi ? demanda Leïa.

- Je pense qu’il était jaloux.

- Je vous demande pardon ?

- Eh bien, sauf votre respect, Madame, le chef n’a pas très bien digéré votre départ. Apparemment il était très "accro".

- On ne doit pas parler de la même chose, lui et moi, il n’y a jamais rien eu entre nous, si ce n’est de l’amitié et encore, tout au début.

- Je crois que pour lui c’était plus que ça, d’ailleurs, il garde une photo de vous dans son tiroir. Je l’ai vu un jour avant qu’il ne le referme.

- Génial, on est dans le mélo complet, marmonna la jeune femme, mais je ne vois pas le rapport avec notre affaire.

- Moi j’en vois peut-être un, même si c’est un peu tirer par les cheveux. Croyez-vous qu’on pourrait aller dans le bureau de Stevens une minute pour voir cette photo ?

- Harm !

- Répondez, Lieutenant.

- Je... oui, si on me demande quelque chose, je dirai que je cherche un dossier pour vous.

- Alors allons-y.

- Harm, pouvez-vous m’expliquer...

- Patientez encore deux minutes et vous allez comprendre.

Le Lieutenant Martin les conduisit dans le bureau du chef et Harm se dirigea vers le meuble. La photo était cachée sous un dossier, il la regarda puis la tendit à sa coéquipière.

- Mais... Ce n’est pas moi.

- En tout cas, elle vous ressemble beaucoup.

- En effet... Une minute...Cette maison me dit quelque chose... J’y suis, on est passé devant ce matin, elle n’est pas loin de chez nous.

- Rendez-moi la photo que je la remette à sa place. Maintenant, allons voir cette maison et son propriétaire.

- Et le carnet, vous le voyez ?

- Non, on le demandera à Stevens plus tard, on en a assez fait pour l’instant.

Après avoir remis la photo à sa place, les trois jeunes gens sortirent. Harm demanda au Lieutenant Martin de ne rien dire sur leur excursion dans le bureau du capitaine et sur leur découverte.

Une fois dans la Jeep, Leïa demanda à Swanson de refaire exactement le même trajet qu’ils avaient fait le matin même pour aller au bâtiment principal.

- Je suis pourtant certaine d’avoir vu cette maison ce matin. Elle a deux colonnes à l’entrée, ça ne vous dit rien Swanson ?

- Non, Madame, je ne regarde plus le paysage depuis longtemps.

- Je comprends... Attendez, ralentissez... Oui, c’est elle. Garez-vous un peu plus loin.

- Ne vous arrêtez surtout pas, je viens de voir Stevens sortir.

- Faites le tour du pâté de maisons. Il vaut mieux qu’il ne nous voit pas.

Le Lieutenant obéit et quand ils repassèrent devant la maison, la voiture du Capitaine tournait au croisement sans qu’il les ait aperçu.

Harm et Leïa se dirigèrent vers la porte d’entrée. La jeune femme sonna et se retourna pour voir les alentours. Sur la plaque, il y avait inscrit le nom du propriétaire : Colonel Preston.

- Vous désirez ? demanda un voix douce.

- Stupéfiant ! répondit Harm.

Leïa se retourna et se retrouva face à face avec une jeune fille d’une vingtaine d’années lui ressemblant étrangement.

- Qui est-ce Macy ? demanda une voix forte derrière son dos. Un Colonel apparut à côté de la jeune fille.

- Excusez-nous, Colonel, répondit Harm en saluant leur supérieur imité par son équipière encore sous le choc. Je suis le Capitaine Rabb et voici le Capitaine Walker.

- Princesse Walker ? demanda le Colonel.

- Oui, Monsieur, répondit Leïa.

- Viper m’a souvent parlé de votre étrange ressemblance avec ma fille, mais je n’aurais jamais cru que c’était à ce point là.

- Il est vrai que c’est plutôt déroutant... Je m’excuse de vous déranger, Colonel, mais nous aurions quelques questions à poser à votre fille, si aucun de vous n’y voit d’inconvénients, bien entendu.

- Entrez, qu’est-ce que deux officiers du J.A.G. peuvent bien lui vouloir ?

Le Colonel les conduisit dans un salon, décoré avec goût, où ils prirent place sur des fauteuils.

- Ma collègue et moi, nous enquêtons sur le meurtre du Lieutenant Michael.

- Un meurtre ? demanda la jeune fille dans un murmure.

- Vous voulez parler du MP retrouvé mort dans les douches ?

- Oui, Colonel... Macy, demanda Leïa doucement constatant que la jeune fille devenait de plus en plus pâle. Vous connaissiez le Lieutenant Jeremia Michael, n’est-ce pas ?

- Je... Oui, répondit-elle dans un murmure avec des sanglots dans la voix.

- Vous étiez sa petite amie ?

- Oui.

- Je savais que tu le voyais souvent, mais je ne pensais pas que c’était sérieux entre vous. Pourquoi ne m’avoir rien dit, ma chérie ?

- Jerry pensait que tu ne serais pas d’accord. Il n’était que Lieutenant et pensais qu’il ne serait pas assez bien à tes yeux pour ta fille. Il avait peur que tu nous sépares en apprenant la vérité.

- Oh, mon Dieu, un si gentil garçon.

- Macy, reprit Harm, la nuit où Jerry est mort, vous deviez le rejoindre, n’est-ce pas ?

- Oui, je... je devais lui dire que tout était terminé entre nous.

- Mais pourquoi, vous ne l’aimiez plus ? demanda Leïa.

- Ce n’est pas ça... je...

- Vous aviez reçu des menaces ?

- Je...

- Macy, nous savons que vous aviez projeté de vous marier ce week-end en cachette et que deux jours avant la mort de Jerry, vous vous êtes rétractée. Je pense que vous ne vouliez pas agir sans le consentement de votre père, ce qui est tout à fait normal. Jerry l’aurait très bien compris mais ce qu’il ne comprenait pas c’est que vous puissiez le repousser parce que quelqu’un vous menaçait.

- Non, si on m’avait menacée moi, je n’aurai rien dit à Jerry, mais...

- C’est lui qui était visé.

La jeune fille acquiesça mais ne put rien dire de plus car, à présent, elle laissait libre court à son chagrin dans les bras de son père.

- Mon Colonel, quand nous sommes arrivés, nous avons vu le Capitaine Stevens qui sortait de chez vous.

- En effet, Stevens vient souvent, je le soupçonne d’avoir des vues sur ma fille. Il la sort de temps en temps.

Leïa remarqua le changement d’attitude de la jeune fille à l’évocation du MP. Elle sut ce qu’elle voulait savoir même si, pour que Harm la croit, il lui fallait des preuves.

- Nous vous remercions beaucoup de nous avoir reçu, mon Colonel. Je suis désolée pour Jerry, Macy. D’après ce que nous ont dit tous ses amis, c’était quelqu’un de très bien.

La jeune femme fit signe à Harm qu’il était temps qu’ils partent. Ils saluèrent le Colonel qui leur dit de revenir s’ils avaient d’autres questions à poser.

- Je crois que pour le moment, il vaut mieux qu’on laisse votre fille tranquille pour qu’elle puisse se calmer. Nous reviendrons demain matin pour lui demander d’autres renseignements, si elle s’en sent capable.

- Merci pour votre compréhension, Capitaine Walker.

- C’est tout à fait normal, Colonel.

Leïa et Harm sortirent et restèrent un petit moment sur le palier avant de se diriger vers la Jeep.

- Il va falloir attendre demain pour avoir les réponses à nos questions. Pourquoi avoir arrêté l’interrogatoire ? demanda Harm.

- Je meurs de faim, répondit la jeune femme. Il est déjà 15 heures. Essayons de trouver quelque chose d’ouvert... Chacun son tour de se calmer et d’être patient, Capitaine Rabb, dit-elle en souriant.

Swanson les conduisit dans un petit restaurant en bord de plage et les laissa car il devait rejoindre son unité pour des manoeuvres. Il leur laissa la Jeep pour leurs déplacements.

Harm et Leïa s’installèrent à une table et commandèrent une salade complète, juste de quoi combler leur faim et tenir jusqu’au soir.

- Allez-vous m’expliquer ce qui vous a traversé l’esprit, oui ou non ?

- Je n’ai aucune preuve de ce que j’avance, il faudrait essayer de trouver d’autres indices.

- Ca fera une hypothèse de plus sur notre liste. Si vous me mettiez au courant, je pourrai juger si elle vaut le coup ou non, et ainsi je pourrai peut-être vous aider.

- Eh bien, voilà... (Merci, Mademoiselle, dit-elle à la serveuse.)... Le Lieutenant Trévor nous a dit que Stevens paraissait jaloux de Jerry pour son aventure avec Macy Preston. Quand on sait que Brad la fréquentait, qu’il n’a jamais pu se remettre de notre soi-disant histoire et que la fiancée de Michael me ressemble beaucoup, il me vient à l’idée que c’est Stevens qui a menacé Macy pour qu’elle change d’avis sur son mariage. Je pense qu’il a dû s’en prendre à Jerry.

- De là à en arriver au meurtre, il y a une marge. Il faut tout de même être objectif, votre analyse est tirée par les cheveux.

- Je sais, je vous avais prévenu, néanmoins, je pense que ça pourrait tenir la route.

- Pas devant un tribunal, il vous faut des preuves. Ecoutez, attendons demain matin que nous ayons revu la fille de Preston. On y verra plus clair ensuite.

- Oui, elle pourra nous dire ce qui s’est passé lors de son rendez-vous avec Jerry.

- Bien, nous sommes bloqués jusqu'à demain. Il est bientôt 16 h 30, on ne fera rien de plus aujourd’hui. Je vous propose de finir notre repas et d’aller chercher le rapport définitif du médecin légiste. Ensuite, on pourra rentrer se reposer un peu, depuis notre arrivée, nous avons accumulé de la fatigue avec le vol, le décalage horaire, la soirée d’hier.

- C’est vrai, une soirée au calme ne nous fera pas de mal.

Pourtant celle-ci appréhendait de se retrouver seule avec son équipier. Depuis qu’elle s’était confiée à lui, le matin même, ils n’avaient pas été seuls une minute. De ce fait, ils n’avaient pas abordé de nouveau le sujet.

Ils continuèrent leur repas en discutant de divers sujets sans revenir à l’enquête. Ils se découvrirent des points communs. Plus ils se connaissaient, plus ils ressentaient l’impression de s’être toujours connus. Leïa ne savait plus trop comment se comporter, devait-elle maintenir la barrière qui les séparaient ou devait-elle baisser ses défenses et laisser son équipier entrer dans sa vie sentimentale et le laisser prendre une place aussi importante dans son coeur que celle qu’il prenait dans sa vie professionnelle ?

La jeune femme s’apercevait que tout lui échappait, qu’elle n’arrivait plus à contrôler ses sentiments vis à vis du jeune officier et cela l’effrayait parce qu’elle n’avait pas l’habitude d’hésiter.

Elle avait toujours su comment agir dans n’importe quelle situation mais dès que cela la concernait personnellement, tout allait de travers.

Elle regarda Harm qui lui parlait, elle n’écoutait même pas ce qu’il lui disait, elle acquiesçait mais n’entendait pas les paroles qui sortaient de sa bouche, tout ce qu’elle voulait c’était l’observer comme elle n’avait pas oser le faire jusqu'à présent. Son étude ne dura pas longtemps, ils avaient terminé leur repas.

Après avoir réglé l’addition, ils montèrent dans la Jeep et Harm prit la direction de la morgue. Là, ils rencontrèrent le médecin légiste qui leur remit une copie complète de son rapport avec ses conclusions sur la mort du Lieutenant Michael, puis ils rentrèrent.

Arrivés à la maison, ils prirent une douche chacun leur tour. Pendant que la jeune femme prenait la sienne, Harm lut le rapport définitif du médecin légiste. Il ne trouva rien de plus que ce qu’ils savaient déjà mais il préférait s’assurer qu’ils n’avaient rien laisser au hasard. Leïa revint au bout d’un quart d’heure dans une robe légère, les cheveux à peine relevés sur le dessus de la tête. Harm, lui, s’habilla de jeans et d’une chemise blanche, ce qui fit sourire la jeune femme.

- Vous aimez le blanc à ce point là ?

- Pas spécialement, mais quand je fais mon sac, je prends le premier truc qui me passe sous la main.

- Vous voulez boire quelque chose ? J’ai fait du thé glacé.

- Oui, merci.

- Allez sur la terrasse, j’arrive.

La jeune femme le rejoignit avec un plateau sur lequel étaient posés des verres et un pichet de thé glacé. Ils s’assirent tous les deux côte à côte sur la balancelle et apprécièrent ce moment de calme partagé jusqu'à l’arrivée de Jessica et Steve.