CHAPITRE I

 

- Chelsea, fais attention avec ce carton, c’est fragile.

- Qu’as-tu mis dedans ?

- Des souvenirs.

- Tu sais qu’ils sont lourds tes souvenirs ?

- Je sais..., répondit la jeune femme en murmurant.

- Heureusement que c’est le dernier carton, déménager avec toi, ce n’est pas de tout repos.

- C’est une question d’habitude, répondit la jeune femme.

En effet, depuis l’âge de cinq ans, Leïa ne comptait plus le nombre de fois qu’elle avait changé d’appartement ou de base militaire. Elle avait donc tout simplement fait carrière dans l’armée, et plus précisément dans la marine américaine.

Elle était perdue dans ses pensées quand son amie lui demanda de se presser d’ouvrir la porte si elle ne voulait pas voir ses lourds souvenirs terminer en morceaux sur le palier. Leïa sourit.

Chelsea Reardon, elle, était une jeune femme pas vraiment belle aux dires de certains hommes, mais, ce qui attirait en elle, c’était son charisme, son intelligence et son humour. Leïa l’aimait beaucoup et bien que cette dernière ne se trouvait en rien attirante, elle lui enviait sa chevelure blonde qui lui descendait jusqu’au bas des reins lorsqu’ils étaient défaits. Cela faisait plus de dix ans qu’elles se connaissaient et leur amitié était toujours aussi forte. Quand l’une d’elle avait des problèmes, l’autre accourait immédiatement.

Au moment où elle passait devant la porte de l’appartement voisin, celle-ci s’ouvrit et un homme, vêtu d’un uniforme de la marine, apparut, bousculant Leïa qui réussit à rester debout.

- Excusez-moi, je ne vous avez pas vu.

- Ce n’est pas grave, je n’ai rien lâché, répondit-elle.

A première vue, il avait une tête de plus qu’elle. Il avait des cheveux ébènes, un teint hâlé que faisait ressortir le blanc de son uniforme qui lui allait très bien.

Ses yeux... Leïa s’obligea à baisser les siens pour ne pas s’y noyer.

Après quelques secondes, elle s’aperçut que lui aussi l’avait étudiée : Que pouvait-il penser d’elle (...) ? Elle devait être folle, elle ne connaissait même pas cet homme, alors pourquoi son opinion lui importait tant.

- Je ne voudrais pas avoir l’air d’insister, mais j’aimerais bien poser ce carton qui pèse une tonne, intervint Chelsea.

- J’arrive, répondit la jeune femme qui reprenait peu à peu ses esprits.

- Vous emménager dans cet appartement ? demanda le militaire.

- En effet, Capitaine...

- Capitaine Rabb, vous connaissez les grades de l’armée ?

- Oui, j’ai souvent croisé des militaires, mentit-elle. Je suis Leïa Walker. A ces mots, Chelsea lui lança un regard surpris. Veuillez m’excuser, mais mon amie va s’impatienter.

- On aura sûrement l’occasion de se revoir puisque nous allons être voisins.

- Il y a des chances, en effet.

- Alors, à la prochaine.

- Oui.

La jeune femme le suivit du regard dans les escaliers jusqu'à ce qu’il disparaisse, puis elle poussa un soupir et rejoignit son amie.

- Alors comme ça tu as souvent croisé des militaires ?

- Ca va, Chelsea.

- Mais pourquoi ne lui as-tu pas dit qui tu étais ?

- Je ne sais pas, je...

- Il t’a fait de l’effet.

- Ne sois pas idiote !

- Tu sais que j’ai raison et, apparemment, toi aussi tu lui as fait de l’effet.

- Laisses tomber, si ça se trouve, il a déjà une petite amie.

- Et peut-être que non... Devant le regard noir qui lui lança Leïa, Chelsea ajouta : O.K., on abandonne le sujet. Terminons-en avec ton déménagement, je vais t’aider puis je partirai, il faut que je me prépare pour ce soir.

- Tu as raison, tu peux y aller dès maintenant. Je n’en peux plus, je continuerai demain. Je vais aller faire quelques courses. On se retrouve à la réception de tes parents.

- A tout à l’heure

*****

Le père de Chelsea était un homme politique très en vue. Il se présentait aux élections pour le siège de gouverneur, c’était aussi un ami personnel du Président. D’ailleurs, ce dernier serait peut-être présent à la fête de ce soir. Cela faisait longtemps que Leïa ne l’avait pas vu, plus précisément, depuis plusieurs années.

Elle était heureuse à l’idée de les revoir, lui et sa femme. Jusqu'à présent, elle n’avait pas eu beaucoup de temps pour aller à la Maison Blanche voir ses amis. Elle l’avait félicité longuement lors de son élection à la présidence des Etats-Unis. Et puis beaucoup de choses avaient changer depuis leur dernière rencontre : son départ de la Navy, les quatre ans dans un corps spécial de l’armée où elle avait risqué sa vie plus d’une fois. Puis l’accident... Luke... Dès lors, elle avait alors donné sa démission et demandé à être affectée au corps des avocats de l’armée : le J.A.G..

Cela n’avait pas tout résolu mais cela l’avait tout de même apaisée. Elle avait appris ce qu’il lui fallait savoir sur le droit. En réalité, si les gradés de l’armée l’avait recrutée, c’était que ses autres compétences pouvaient être utiles dans certaines circonstances. De plus, elle avait un sens inné pour la diplomatie : elle parvenait à détendre toute atmosphère, et, en sa présence, des ennemis mortels pouvaient devenir des amis inséparables.

*****

Lorsqu’elle regagna son appartement avec ses paquets, elle croisa dans l’escalier une femme en uniforme de capitaine de la marine. Celle-ci n’avait pas l’air content, Leïa n’osa même pas lui dire bonjour. Arrivée sur le palier, elle se retrouva face à face avec le Capitaine Rabb. Apparemment, cette femme sortait de chez lui.

- Toujours des paquets dans les bras à ce que je vois. C’était plus une constatation qu’une question.

- Oui, il faut bien que je me nourrisse, répondit-elle en souriant.

- Vous n’auriez pas croisé...

- Un Capitaine ? Rouge de colère ? Dans les escaliers ? Oui, que lui avez-vous fait ? Si elle avait eu des mitraillettes à la place des yeux, je serai morte sur place.

- C’est un vrai cauchemar, elle s’obstine et s’accroche comme une vraie sangsue.

- Eh bien c’est l’amour fou entre vous.

- Oh non, Dieu m’en garde, c’est mon supérieur. Et elle croit que cela signifie qu’elle peut débarquer ici quand elle veut et me mettre dans son lit.

- Torrides les relations. Excusez-moi, cela ne me regarde pas.

- Ce n’est rien, il vaut mieux en rire. Je peux vous aider ?

- Merci, c’est gentil mais ça ira,. Il faut que j’y aille, je suis de sortie ce soir et si je continue à ce rythme, je ne serai jamais prête à temps.

- Ca me rappelle que moi aussi je sors ce soir.

- Quel enthousiasme !

- Je n’aime pas les soirées mondaines, mais je dois accompagner mon supérieur.

- J’espère pour vous qu’elle sera de meilleure humeur.

- Oh, je ne parlais pas d’elle, bien qu’elle sera là elle aussi ! !

- Alors bon courage ! Au revoir.

La jeune femme pénétra dans son appartement sous le regard du jeune homme. Grâce à une douche relaxante, elle réussit à se détendre. Son esprit vagabonda, l’image du Capitaine Rabb se matérialisa devant elle. Séduisant, tout lui plaisait en lui, ses yeux, sa bouche, un baiser de lui devait être plein de douceur, de...

La jeune femme reprit ses esprits. Elle s’interdit de repenser au beau capitaine de cette façon, elle ne le connaissait que depuis trois heures, et encore connaître dans ce cas était un bien grand mot.

Un maquillage léger, de façon naturelle, une robe bleu ciel, relevant sa peau matte et ses cheveux blonds qu’elle avait coiffés en un chignon, des mèches retombant ça et là, le psyché, qui était dans sa chambre, lui renvoya un image qui lui plut. Sa robe avait un décolleté plongeant sur le devant, elle montrait ses épaules et une partie de son dos. Ceux qui ne la connaissait pas allaient penser qu’elle devait faire des séances de bronzage aux U.V.. Mais c’était faux. Elle mit la parure que sa mère lui avait donné quand elle était petite, avant qu’elle et son père ne meurent. Ce n’était pas des bijoux de luxe comme sa mère en possédait, c’était une simple chaine à gros maillons en or avec le bracelet assortit, mais pour elle c’était le plus beau bijoux de monde.

Elle se regarda une dernière fois dans le miroir puis satisfaite, elle prit un châle et sortit un sourire aux lèvres.

 

 

CHAPITRE II

 

Quand elle arriva chez les parents de son amie, de nombreux invités étaient déjà arrivés. Leïa ne chercha pas longtemps Chelsea, celle-ci vint vers elle avec un sourire radieux aux lèvres.

- Tu es splendide, Leïa.

- Merci, tu n’es pas mal non plus. Dis-moi, tu as l’air bien heureuse. Racontes !

- Décidément, je ne pourrais jamais rien te cacher... Quand je suis rentrée tout à l’heure, Dean m’attendait.

- Et alors, tu m’avais bien dit qu’il devait passer te voir.

- Tu peux arrêter de m’interrompre... Ce que je ne savais pas, c’est qu’en m’attendant, il a parlé avec papa et... Il lui a demandé ma main.

- Tu rigoles, lui qui prétend ne pas aimer les trucs vieux jeu.

- A mon retour, il m’a demandé si je voulais l’épouser.

- Et qu’as-tu répondu ? demanda la jeune femme un sourire aux lèvres connaissant d’avance la réponse.

- Oui, évidemment.

- Je suis très heureuse pour toi, dit-elle en prenant son amie dans ses bras et en l’embrassant.

Dean les rejoignit à ce moment-là.

- Je vois qu’elle t’a annoncé la nouvelle.

- En effet, Dean, félicitations. Je commençais à croire que tu ne lui demanderais jamais.

Elle embrassa le jeune homme qui prit sa fiancée par la taille et la serra contre lui. Ils rayonnaient de bonheur. Leïa était heureuse pour eux mais inconsciemment, au plus profond d’elle-même, elle les enviait.

Elle aussi souhaitait se marier un jour et avoir des enfants, mais elle avait un passé bien trop lourd pour que les choses soient aussi faciles.

La soirée se déroula calmement jusqu'à ce que Chelsea, qui se tenait auprès de son amie, poussa un étrange cri. Son fiancé lui demanda ce qui se passait mais elle fixait un point précis et prit le bras de son amie.

- Leïa, regarde qui vient d’entrer.

Cette dernière se retourna vers la porte et vit tout de suite de qui il s’agissait. Le Capitaine Rabb était là, accompagné d’un amiral, du capitaine qu’elle avait croisé dans les escaliers de son immeuble et d’un lieutenant. Ils étaient avec les parents de Chelsea.

- Allons-y. Viens, Dean, on va te présenter le charmant voisin de Leïa, dit-elle en faisant un clin d’œil à son fiancé.

- Bonsoir, dit Chelsea en approchant de son père.

- Ma chérie, Leïa, approchez que je vous présente. Amiral, voici ma fille Chelsea, son fiancé et la Princesse Leïa Walker, une très chère amie de la famille. Les enfants, voici l’Amiral Sheguidden, les Capitaines Rabb et Kroenning et le Lieutenant Austin.

- Bonsoir, Amiral. Capitaine Rabb, on dirait que nous sommes destinés à nous rencontrer, répondit Leïa qui avait veillé la réaction du jeune homme à l’énoncé de son titre.

- Vous vous connaissez, demanda le Capitaine Kroenning, surprise.

- En effet, Capitaine, heureuse de constater que vous avez retrouvé la parole et que vous vous êtes calmée.

- Je vous demande pardon ?

- C’est après-midi, lorsque nous nous sommes croisées, vous étiez tellement furieuse que si vous aviez eu une mitraillette sur le moment, vous m’auriez tuée sur place.

- Je ne comprends pas, c’est la première fois que je vous vois.

- Eh bien, vous deviez vraiment être en rage, ce n’est pas votre avis Capitaine Rabb ? demanda-t-elle voyant que celui-ci avait du mal a gardé son sérieux.

- En effet, Altesse.

- Vous...commença le Capitaine Kroenning comprenant que la jeune femme devait parlé de son état en sortant de l'appartement du jeune homme.

- Lieutenant Austin... Austin c’est texan si je ne me trompe pas ? demanda la jeune femme, changeant de sujet jugeant que Kroenning en avait pris pour son grade.

- En effet, Altesse.

Le Lieutenant était jolie, les cheveux coupés courts. Elle avait les yeux bleus, et le type texan : elle était décontractée et souriante. Elle plut tout de suite à la Princesse.

- Dallas ?

- Oui, répondit la jeune femme en souriant.

- Dallas, j’ai des amis là-bas...

- Excusez-moi, mademoiselle, dit une voix derrière elle.

- Pardon ? répondit-elle en se retournant.

Elle se retrouva face à face avec le Président des Etats-Unis : Bill Clinton. Elle resta quelques minutes à le regarder, bouche bée, puis peu à peu, son visage s’éclaira, tout comme celui du Président. Il ouvrit les bras et l’accueillit chaleureusement. Ils s’embrassèrent sous les yeux médusés des quatre officiers, Harm nota que le reste de la troupe paraissait trouver leur attitude tout à fait normale.

- Je suis très heureux de te revoir, Princesse.

- Et moi donc ? Où sont Hillary et Chelsea ?

- Elles n’ont pas pu venir, Hillary devait assister à une soirée de charité et notre fille sort avec des amis.

- C’est de son âge, elle a bien raison.

Le Président salua Mr Reardon qui le présenta à l’Amiral Sheguidden et à ses officiers. Ensuite, il eut juste le temps de glisser à Leïa qu’il espérait la voir un peu plus tard pour parler avant d’être assaillit par plusieurs hommes politiques.

La jeune femme le regarda s’éloigner un sourire aux lèvres sachant que l’occasion ne se présenterait malheureusement pas. Elle se rendit compte qu’elle était restée seule avec ses amis et les quatre officiers. Elle renoua la conversation sur le Texas avec le Lieutenant Austin puis s’excusa auprès de l’Amiral Sheguidden de lui enlever le Capitaine Rabb et le Lieutenant Austin.

La petite troupe se dirigea vers une table sous les yeux frustrés du Capitaine Kroenning, qui mourrait de jalousie, même si elle n’aurait jamais osé se l’avouer. Leïa appela un serveur qui leur porta du champagne et des petits fours.

Ils discutèrent tous les cinq, interrompus de temps en temps par des hommes qui venaient pour inviter les trois jeunes femmes à danser. Le Lieutenant Austin accepta quelques invitations, Chelsea et Dean allèrent danser, Leïa et le jeune capitaine restèrent seuls.

- Kroenning n’est pas prête de vous pardonner l’humiliation que vous venez de lui faire subir, Altesse.

- Ca m’est égal. Et laissez tomber le titre pompeux, Capitaine, mon prénom est Leïa.

- D’accord, mais appelez-moi Harm.

- Marché conclu, répondit-elle en souriant.

Il l’invita à danser et elle accepta. Sentir sa main dans sa main, la chaleur de son autre main dans son dos, la troubla. Comment se pouvait-il qu’il lui fasse cet effet ? Elle ne le connaissait même pas. Pourtant, elle avait envie de s’abandonner dans ses bras.

Harm sentait le souffle de sa partenaire dans son cou. Il la trouvait très belle, et très attirante. Dès le premier regard, il avait sentit qu’elle n’était pas comme les autres. Il y avait quelque chose dans ses yeux qu’il n’expliquait pas. La musique s’arrêta au grand regret du jeune homme, même s’il pensait que c’était mieux ainsi car il avait peur de ne pouvoir se retenir de l’embrasser.

La soirée se déroula ainsi, Leïa apprit à connaître un peu mieux le capitaine et le Lieutenant : ils travaillaient ensemble pour le J.A.G. sous les ordres de l’Amiral Sheguidden. Elle ne dit rien mais il lui vint à l’esprit que c’était peut-être avec eux qu’elle commencerait à travailler dès lundi.

Elle décida de ne rien dire sur ses activités mais il fallait qu’elle se renseigne le plus rapidement possible sur eux, au cas où ils auraient à travailler ensemble. Elle se reprocha cette pensée mais c’était une déformation professionnelle qu’elle avait gardé des quatre années passées au sein des Navy Seals.

*****

- Mesdemoiselles, Mesdames, Messieurs, excusez-moi de troubler votre soirée, mais j’ai une très grande nouvelle à vous annoncer. Ma fille que voici et son ami que vous connaissez tous, Dean Parker, se sont fiancés cet après-midi.

Une ovation salua cette annonce. Leïa cria et siffla sous le regard incrédule de ses compagnons. Harm, assis à ses côtés, n’arrivait pas à croire que cette femme était une princesse. Décidément, elle était surprenante.

- Merci, mes amis, pour célébrer cette nouvelle, tous ceux qui le désireront pourront terminer la soirée avec ma fille et ses amis au Flashback.

Cette deuxième nouvelle fut elle aussi applaudie avec joie. Leïa se tourna vers Harm et lui demanda s’il allait avec eux en boite. Il accepta sans savoir pourquoi.

- Et vous, Lieutenant, vous venez ?

- Je veux bien, mais appelez-moi Meg.

- Avec plaisir. Allons-y.

Ils se dirigèrent vers la sortie rejoints par Chelsea et son fiancé. Ils prirent congé de leur hôte, de l’Amiral Sheguidden et du Capitaine Kroenning qui discutaient avec eux. Cette dernière leur lança un regard noir. Leïa regarda Harm et vit que lui aussi avait remarqué ce regard tueur. La jeune femme vit ses yeux briller, cependant, aucune partie de son visage n’indiquait ce qu’il pensait. Il devait trouver la situation amusante, voir la jalousie, presque palpable, de sa collègue.

Arrivés à la boite de nuit, ils prirent une table pour cinq et du champagne. La nuit s’écoula au rythme de la musique, des discussions. Harm se rendait bien compte qu’ils parlaient plus de lui, de Meg et de leur travail que de Leïa. Il mourrait d’envie de lui poser des questions sur son enfance, ce qu’elle faisait dans la vie, mais à chaque fois qu’il lui tendait la perche, la jeune femme se dérobait sans en avoir l’air.

Un jeune officier arriva par derrière et posa ses mains sur les yeux de la jeune femme. Celle-ci sursauta puis se détendit petit à petit, sans doute avait-elle reconnu le jeune homme.

- C’est Brett.

- Non, répondit le jeune homme un peu déçu. Essaies encore.

- Voyons, Sam.

- Dis, tu le fais exprès ou quoi ?

- Tout à fait, Matt, répondit-elle en souriant.

La jeune femme se retourna et sauta au cou du jeune officier. Il la serra contre lui puis la relâchant déposa un baiser sur sa bouche. Mais pas le baiser qu’un homme donne à celle qu’il aime pensa Harm, un pincement au cœur. Surpris, il s’aperçut qu’il était un peu jaloux.

- Alors ma belle comment vas-tu ?

- Ca va.

- Allez, Matt, laisses-moi embrasser ma sœur préférée.

- Jennie !

Les jeunes femmes tombèrent dans les bras l’une de l’autre en s’embrassant tandis que le dénommé Matt embrassait Chelsea.

- Dis-moi, Jennie, je ne veux pas être méchante, mais tu n’as pas pris du poids ?

- Ce serait assez difficile de l’éviter dans mon état, répondit la jeune femme.

- Dans ton état...Tu es enceinte ?

- Oui, et plutôt deux fois qu’une.

- Des jumeaux ?

- En effet.

Leïa regarda la jeune femme les yeux brillants, elle la prit dans ses bras et l’embrassa. Elle avait du mal à le croire. Jennie allait avoir des jumeaux, comme elle et...

- Ca va, Leïa ?

- Oui, ce n’est rien. Je...

- Ca ira, Leïa, lui dit Matt en passant un bras autour de ses épaules. Le garçon s’appellera Luke.

- Merci. Vous connaissez le sexe des enfants ?

- Non, il est hors de question de le savoir avant la naissance, répondit Jennie, mais je sais que je porte au moins un garçon.

Revenant à la réalité, elle présenta les nouveaux venus à Harm et à Meg. Jennie et Matt apprirent les fiançailles de Chelsea et Dean avec joie. Tout était au mieux dans le meilleur des mondes !

La soirée continua jusque tard dans la nuit, ou faudrait-il dire tôt dans la matinée. Il était six heures du matin quand ils quittèrent la boite. Matt et Jennie embrassèrent leur amis et annonça à Leïa qu’ils rentraient chez les parents du jeune homme où la jeune femme finirait sa grossesse pendant qu’il retournerait à bord de son porte-avions. Chelsea et Dean rentrèrent eux aussi de leur côté ainsi que Meg qui prit un taxi. Harm proposa à Leïa de la raccompagner, puisqu’ils vivaient dans le même immeuble, il aurait été grotesque de refuser et de dépenser de l’argent pour deux taxis.

Avant de rentrer, Leïa voulu s’arrêter dans une cafétéria pour déjeuner, cette soirée pleine d’émotion lui avait ouvert l’appétit. Ils s’attablèrent donc devant un petit déjeuner fait de café, de céréales et de jus d’orange. Ils discutèrent encore deux heures avant de prendre finalement le chemin du retour.

Arrivés devant la porte de son appartement, elle se retourna pour lui faire face.

- J’ai passé une soirée ou plutôt une nuit très agréable, Harm.

- Moi aussi, répondit-il en la regardant dans les yeux.

Ils étaient très proches l’un de l’autre, chacun d’entre eux pouvait sentir le souffle de l’autre sur son visage. Et ce qui devait arriver, arriva. Leur visage se rapprochèrent doucement, puis se furent leur bouche. Leïa ressentit un picotement dans ses reins. Leur baiser était doux, sensuel, profond. Il n’y avait aucune brutalité. La jeune femme se mit à penser qu’il devait être bon de faire l’amour avec un homme qui embrassait aussi doucement.

Déjà Harm l’avait prise dans ses bras, et tout en l’embrassant une de ses mains lui caressait le dos tandis que l’autre se perdait dans ses cheveux.

Sentir cette main aller et venir dans son dos lui donnait des émotions fortes, elle sentait le désir lui brûler le ventre. Ses mains... Elles lui rappelaient quelque chose... Quelque chose de lointain... Et puis tout à coup, elle se souvint d’autres mains, brutales celles-ci. C’est alors que son esprit reprit le dessus, elle se raidit. Harm sentit son mouvement et la relâcha. Il la regarda dans les yeux. Ce qu’il y vit lui serra le cœur. Il y avait le désir, mais aussi, et c’est apparemment ce sentiment là qui avait prit le dessus, la peur. Elle était terrorisée.

- Leïa...

- Je suis désolée, Harm. Il vaut mieux en rester là. Je... Je n’ai pas l’habitude de me laisser aller avec le premier venu... Enfin...Je ne suis pas prête, lui dit-elle sans le regarder dans les yeux.

- Ce n’est rien. Je comprends, mieux vaut laisser le temps travailler pour nous. Bonne nuit, Leïa.

Il l’embrassa sur le front et se dirigea vers son appartement. Il y entra. Leïa fit de même, le soleil filtrait à travers les stores des fenêtres. Elle regarda autour d’elle, elle vit les cartons.

Tout à coup, elle sentit une boule monter dans sa gorge puis elle éclata en sanglots. Elle se dirigea vers sa chambre et s’écroula sur le lit, en larmes.

Elle pleura longtemps, puis s’endormit.

 

 

CHAPITRE III

 

Son sommeil fut agité. Des images floues se matérialisaient dans sa tête.

Quelqu’un la frappait, l’insultait, tout son corps la faisait atrocement souffrir. Des mains lui emprisonnaient les jambes, les bras, elle essayait de se débattre, mais les mains la tenaient fermement. Elle voulait crier, appeler à l’aide, mais aucun son ne franchit ses lèvres.

Tout à coup, elle sentit quelque chose entre ses jambes, puis une douleur insupportable à l’intérieur de son ventre, comme si on lui arrachait la peau. La douleur était tellement insupportable que la jeune femme se réveilla en sursaut.

Elle avait du mal à respirer, elle était trempée de sueur, des larmes coulaient sur ses joues. Quand sa respiration fut plus calme, elle se leva et prit une douche glacée. Tout son corps tremblait, elle ne pouvait l’en empêcher . Elle resta sous l’eau froide jusqu'à ce que ses muscles se détendent.

Elle se vêtit et fit du café. En buvant le contenu de sa tasse, elle repensa à son cauchemar. Cela faisait longtemps que cela ne lui était pas arrivé.

En y réfléchissant bien, chaque fois qu’un homme essayait de l’approcher, les événements de cette nuit, dix huit ans plus tôt, se rappelaient à sa mémoire. Elle n’avait pas trouvé l’homme doux, patient et compréhensif qui pourrait la guérir de ce mal ancré profondément en elle, même si deux hommes avaient essayé sans succès.

Le premier, elle avait dix huit ans, il fut doux avec elle, mais une fois qu’il avait eu ce qu’il voulait, il l’avait laissée tomber sans un mot. Avec le deuxième, cela avait duré plus longtemps. C’était un pilote lui aussi, mais au bout d’un an de liaison, elle avait découvert qu’il ne savait pas comment lui apprendre qu’il en aimait une autre. Alors, l’âme en peine, elle avait pris les devants et était partie, lui souhaitant bonne chance avec celle qu’il aimait.

Depuis, elle n’avait laissé aucun homme l’approcher. Mais quand elle pensait au beau Capitaine, son voisin, ses résolutions fondaient comme la glace au soleil. Elle aurait voulu le connaître mieux, mais elle était encore trop effrayée.

Son regard se posa sur les cartons empilés dans un coin de l’appartement. Elle respira un bon coup. Après avoir ouvert en grand toutes les fenêtres, elle se mit au travail. Elle prit juste un quart d’heure pour déjeuner puis se remit à la tâche. Quand elle eut terminé, il était 11 heures du soir, elle était contente d’elle. Elle mangea un peu puis alla se coucher. Le lendemain, c’était sa première journée au sein du JAG de Washington.