Je me réveille dans un lit d’hôpital. Je suis seule, il fait nuit.
Je l’entends m’appeller. Je ne cherche pas à comprendre pour quelle raison je me trouve là. Je me lève difficilement.
Je suis vétue d’une blouse bleue d’hopital, tenue que je porte un peu trop souvent depuis quelques temps.
Dès que je mets debout, je ressens de violentes douleurs au niveau de l’abdomen. En y apposant la main, je sens l’épaisseur de pansements. Un autre bandage enveloppe également mon bras droit.
Je ne peux pas, je ne veux pas réfléchir au pourquoi ou au comment de ses blessures.
Tout ce que je sais c’est qu’il m’appelle.
Je me rends directement dans cette chambre. Je sais qu’il se trouve là, qu’il m’attend.
Je ne peux pas dire comment, je le sais tout simplement…
Et je l’ai enfin trouvé.
Il y a une veilleuse allumé au-dessus du lit. Il fait nuit noire dehors. Mon cœur chavire lorsque je le vois étendu dans ce petit lit.
Sa poitrine est recouverte de bandages, son visage est si pâle. Le seul signe de vie présent est le bip-bip régulier, son provenant des machines. Tout ce qu’il m’importe est qu’il est vivant, que son cœur bat.
Je me trouve sur cette chaise, lui tenant la main depuis, je ne sais plus combien de temps. Une minute, une heure ?
Je ne cesse de lui parler, je ne veux pas le quitter sans entendre sa douce voix, sa voix si enivrante, sa voix que j'’aime tant.
Je ressens de plus en plus cette douleur dans le ventre. Elle me lançe de plus en plus. Mais peu m’importe. Je ne veux pas le quitter. Ma place est à ses côtés. J’ai fui bien trop longtemps devant lui. Alors que cela était si évident, je l’aimais… je l’aime. J’ai enfin trouvé ma place à ses côtés. Je me sens épanouie enfin auprès d’un homme que j’aime de tout mon être, sans aucune réserve. Je suis prête à tout lui donner, le suivre n’importe où, abandonner cette ville, mon travail, l’armée, tout ce qui compte le plus pour moi.
Je lui caresse amoureusement le visage, lui susurrant des mots d’amour à l’oreille pour qu’il se réveille à son tour.
Je le regarde toujours. Malgré mes appels, il ne répond pas. Mais je ne cesse pas de lui parler, de lui dire que je l’aime.
Et les minutes passent, voire les heures.
Je sens sous mes doigts une réaction, enfin. Je m’écarte de lui et le fixe dans les yeux. Je le vois lutter pour les ouvrir.
Enfin il me voit et me fait un timide sourire. Il est enfin avec moi mais il doute. Je le vois dans ses yeux. Je lui dépose un tendre baiser sur les lèvres, je ne suis pas un rêve. Je suis bien là.
Je mèle ma main à la sienne et la serre. Mon visage contre le sien.
Il me sourit à nouveau. Nous n’avons pas besoin de parler. Nos sentiments se lisent dans nos yeux. Au bout d’un certain temps, ses lèvres bougent. Il tente de me dire quelque chose.
Je me penche un peu plus vers lui et je l’entends me dire «Je t’aime, Sarah ». Je lui souris.
Mais je n’ai pas le temps de répondre qu’un long bip résonne dans la pièce, dans ma tête.
Je m’écarte de lui, ses yeux sont fermés, son visage semble si apaisé.
Je ne veux pas réaliser ce que ce bip continu signifie. Je sens mes muscles se crisper, je sens la souffrance montée inexéroblamement en moi.
Une équipe de réanimation entre dans la pièce. Le personnel est surpris de ma présence l’espace d’une seconde. Une infirmière m’écarte assez rudement pour accéder à lui.
Il y a plusieurs personnes qui s’affèrent à son chevet. Je les entends parler mais je n’écoute pas. Je n’entends que le bip continu du moniteur cardiaque.
Je suis là contre le mur, dans un coin de la chambre. Je perçois le corps de mon amant se soulever sous les électro-chocs mais toujours le même bip résonne toujours dans ma tête.
Je ne sais pas combien de temps ils sont restés là à le sauver mais mon cœur se brise lorsque j’entends ces mots qui hanteront toute ma vie «heure de la mort 01h48 ».
Je ne vois pas les médecins ou les infirmières. Je ne vois que lui, cet homme que j’aime tant, allongé sur ce lit blanc sans vie.
Je ne vois pas l’infirmière éteindre le scop.
Ce bip s’arrête enfin. Il n’y a plus rien, excepté le silence.
Je ne peux pas réagir, je ne veux pas réaliser qu’il n’est plus.
Soudain je sens une main sur mon avant bras. Elle tente d’attirer mon attention. Mais je ne veux pas bouger. Elle me parle avec une voix si calme pourtant.
Je tourne enfin mon visage vers cette femme en blouse blanche. Les premières larmes coulent. Je ne comprends pas ce qu’elle me dit. Mais je ne veux pas le quitter.
Je ne sais comment j’arrive à lui parler dans un souffle.
« Laissez-moi seule avec lui… s’il vous plaît…. »
Elle me répond mais je ne comprend pas. Je continue à lui dire dans un murmure.
«Laissez-moi lui dire au revoir »
Je crois qu’elle me comprend enfin. Je tourne la tête vers ce lit si blanc, si petit.
Je n’ai même pas réalisé que je me retrouve seule dans la pièce qu’au bout d’un certain temps.
Je m’approche d’un pas hésitant vers lui. Je ressens tant de choses.
Ma blessure s’est réveillée ou je l’avais oublié. J’y positionne ma main en espérant la calmer. Je ressens comme un liquide sur ma main gauche.
Je baisse les yeux, elle est ensanglantée. Ce n’est pas grave car une autre douleur bien plus importante m’emporte. Mon cœur se brise désespérément.
Je n’arrive pas à faire le dernier pas. Je ne peux pas le quitter des yeux. Soudain la colère m’envahit et je le fais.
Je l’agrippe avec force au niveau des épaules et je le secoue. Je ne veux pas qu’il me quitte
Et je lui cris à travers mes larmes «Tu n’as pas le droit de me faire ça… Tu entends… Tu n’as pas le droit… Ne parts pas… ne parts pas sans moi. »
Et je m’effondre sur sa poitrine, secouée par les sanglots. Je réalise qu’il m’a quitté, je réalise que c’est fini à tout jamais.
Puis c’est le noir.
Je me réveille une fois de plus dans une chambre d’hôpital. La première pensée va vers mon amour, ce ne peut-être qu’un cauchemard. Ce ne peut pas être la réalité.
Je constate la présence de mon commandant dans un coin de la pièce. Il est en uniforme et a les traits tirés. Il semble absorber dans ses pensées.
Lui doit savoir mais je n’ose pas.
J’essaie de rassembler mes idées, le fil des événements.
Oui…
Son regard aimant : un pique-nique dans un parc à côté de mon appartement.
Son regard sérieux : une question, une demande en mariage.
Son regard inquiet : l’attente et une question en réponse.
Son regard surpris : une boîte avec des alliances.
Son regard amusé : une question, est-elle à ma taille ?
Son regard heureux : lorsque je tends ma main gauche.
Son regard hésitant : lorsqu’il la passe à mon doigt.
Son regard ému : lorsque je lui passe à mon tour la bague au doigt.
Des mots d’amour échangés. Puis une hésitation dans sa voix quand il me parle d’un ami, juge de paix qui nous attend dans une heure.
Il ne veut plus attendre.
Moi non plus.
Je ne peux que lui répondre : ma voiture ou la tienne. Il éclate de rire et me prend dans ses bras. Et nous tournons, je vole dans ses bras. Je l’aime tant.
Nous quittons le parc main dans la main, sans nous quitter des yeux.
Des coups de feu…
La douleur…
Le noir…
Le cauchemard…
Mon commandant me regarde. Il se tient debout à côté du lit, il me tient la main. Je sens les larmes coulées sur mes joues.
Je me surprends lorsque j’entends le son de ma propre voix.
-il est vraiment mort ?
Il acquiesse seulement la tête. Il n’arrive pas à me le dire de vive voix.
Et j’éclate en sanglot. Je sens sa main se resserrer. Et je ne sais comment, je me retrouve dans ses bras.
Il fait nuit, je crois que j’ai pleuré toute la journée. J’ai eu de nombreuses visites les jours suivants mais je ne veux pas les voir. Je suis si lasse, si meurtrie. Je m’excuse auprès d’eux. Ils comprennent.
Cela fait trois semaines que mon cœur est mort et que je ne vis plus.
Je suis au Jag, il est 19h. tout le personnel est parti excepter une personne. Il m’attend.
Je suis en civil, je sais que mes traits sont tirés. Mes blessures sont guéries mais celles de mon cœur ne le seront jamais.
La porte est ouverte, je frappe sur le montant. Il lève les yeux vers moi et me sourit timidement. Il se lève à son tour et vient à ma rencontre.
Je lui réponds par un triste sourire.
Je m’assois sur son invitation.
-monsieur, je vous remercie de me recevoir si tard
-ce n’est rien Mac, je suis ravi de vous voir. Nous nous inquiettions tous, vous aviez disparu.
-j’étais chez lui, j’avais besoin de réfléchir.
Je sorts de mon sac à main une feuille. Je constate que mon commandant pâlit. Il semble comprendre ce que je vais faire.
Il parcoure la lettre que je viens de lui remettre.
-je ne peux pas l’accepter, colonel
-vous n’êtes pas au courant de tout, amiral…
Je sens ma voix faiblir sous l’émotion.
-… le jour où on nous a tirés dessus, nous partions nous marier…
A.J. est surpris par mon aveu. Je lui montre ma main gauche, l’alliance qui ne m’a pas quitté depuis ce pique nique, je lui explique.
-monsieur, concernant ma disparition, cela est en rapport avec les auteurs… de l’attentat. Le directeur de la CIA m’a avisé qu’ils avaient arrêté l’un des tireurs. Le second est en fuite… il s’agit de fidèles de Sadik…
L’amiral m’écoute attentivement et me regarde. Il commence à réaliser toutes les implications. Je ne peux pas soutenir son regard. Je me lève et me dirige vers la cheminée où un feu flamboie.
-vous savez le plus dur, monsieur : c’est le sentiment de culpabilité… je me demande à chaque seconde… je sais que c’est moi qui étais visé car c’est moi qui ai tué Sadik… je ne regrette pas de l’avoir tué… Il était dangereux, je vous passe les détails… de toute façon vous vous souvenez comment j’ai réagi… mais je me sens aussi coupable d’avoir survécu et que lui soit… mort… j’ai depuis deux semaines deux agents de la CIA à mes basques 24h sur 24… on connaît le second homme, je le connais… depuis le Paraguay.
-alors pourquoi démissionner, Mac, vous êtes en sécurité avec nous.
-je veux partir loin d’ici, je ne veux pas voir encore des gens que j’aime mourir à cause de moi. Je suis une cible…
-vous désertez, marine
-peut-être… j’ai servi mon pays pendant 16 ans… l’armée m’a tout donné et je lui ai tout donné. J’ai tout sacrifié à ma carrière. Au nom de mon pays, j’ai perdu l’homme que j’aime... Que j’aimerai toute ma vie.
-Mac, Clayton était de la CIA, il connaissait les risques. Il avait les mêmes valeurs que vous… que nous malgré qu’il soit de la CIA…
Il me fait un timide sourire en disant cela.
-cela n’atténue pas la douleur, monsieur.
-certes mais je refuse votre démission, colonel. Nous sommes en guerre.
-sauf votre respect, amiral, je ne suis qu’une avocate. Je ne peux pas être envoyée sur le front, c’est contre la politique du corps des marines.
-mais Mac…
-théoriquement, monsieur, je ne dois reprendre mon service que dans deux jours. Dans deux heures, je prends l’avion incognito en direction d’Hawaï. Je vais me ressourcer sur une petite île au large chez des amis de Clay. Voici l’endroit exact, au cas où vous me porteriez déserteur. Je répondrai présente en cas de poursuite.
-colonel…
-ce fut un honneur de servir sous votre commandement, amiral.
Je lui fais un semblant de garde à vous et je le laisse là seul dans son bureau. J’ai rassemblé quelques affaires personnelles. Je jette un dernier regard vers chaque bureau vide. Je fais mes adieux à cet endroit.
J’attends l’ascenseur mais je suis rejoint par A.J. Nous nous regardons quelques secondes. Il me comprend, je le vois.
-je peux vous raccompagner, Mac.
-bien sûr, monsieur, mes chaperons m’attendent à la sécurité.
-je suis persuadé que vous avez fait jouer votre grade pour qu’ils restent à l’extérieur du Jag.
-mon dernier ordre, amiral.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrent. Nous restons silencieux. Un au-revoir silencieux. Nous nous comprenons sans parler.
Il marche à mes côtés et me parle en même temps. Il me demande d’être prudente. Je lui réponds en souriant que je ne quitte pas monsieur Beretta. Je lui montre l’arme que je porte dans un holster sous le bras gauche. Il semble rassurer.
Je m’arrête un instant et me retourne pour faire face au bâtiment. Il doit lire dans mes pensées mais il me laisse apprécier ce moment.
Je me retourne à nouveau, je me trouve à ses côtés.
-amiral, j’ai laissé des lettres au courrier interne pour les personnes que vous savez… pour leur expliquer.
-j’y veillerai, Mac… vous reviendrez ?
-je ne sais pas, amiral.
Mon attention est attirée par un lieutenant de la marine qui se dirige vers nous. Ce visage ne m’est pas inconnu, mais je n’arrive pas à le situer. Il y a quelque chose qui me dérange…
Je sais, il ne salue pas l’amiral. Je pousse mon ami.
Coups de feu.
Je suis au sol, j’entends une voix m’appeller, j’ouvre difficilement les yeux. Je perçois des militaires en armes autour de moi.
J’ai mal.
L’amiral est au-dessus de moi. Je crois qu’il appuie sur ma poitrine, je suis blessée. Pour la première fois, je vois de la peur dans ses yeux. Je me concentre pour lui parler. Mais je trouve difficilement mes mots. J’ai si mal.
-vous n’avez rien, amiral.
-non, Mac… mais vous marine, vous allez tenir le coup, c’est un ordre.
-A.J., je ne suis plus militaire… je n’ai plus à vous obéir
-vous avez intêtet, marine, je refuse votre démission
-trop tard, A.J… je l’ai eu ?
-oui, marine, il ne tuera plus personne. Vous êtes en sécurité, alors vous devez vous battre.
-je n’en ai plus la force, A.J… Mais je suis tranquille, je peux partir…
-je vous l’interdis, colonel.
-A.J., mon ami… vous veillerez sur eux pour moi…
-… je vous le promets, Sarah.
-… je suis si fatiguée, j’ai si froid…
Je sens mes yeux se fermer peu à peu, je n’ai plus la force de les garder ouverts. Je n’ai pas peur, je n’ai plus mal.
Une chose est sûre, je vais le rejoindre, j’entends sa voix. Il m’appelle. Il m’attend.
Et dans un dernier souffle je dis :
« Oh ! Clay…mon amour… j’arrive… »
Fin
Pensées
Il fait froid, en ce jour de décembre. Je regarde l’assemblée. Tout le monde est si triste. La chapelle est remplie de militaires de tout rang. Il y a tous les corps de l’armée. Je ne suis pas étonné. Elle est… elle était une personne si admirable.
Je vois le révérend Turner me faire un signe. C’est à moi de faire son éloge.
J’avance d’un pas hésitant vers l’autel. Pour la première fois de ma vie, j’ai peur. Peur de ne pas y arriver.
Je ne sais pas comment j’ai réussi à avancer. Du haut de la chair, je les regarde tous. Il y a tellement de tristesse dans leurs regards, plus dans certains.
Je m’éclaircis la voix, il ne faut pas que je perde le contrôle, pas encore.
« Le lieutenant colonel Sarah Mac Kenzie est… était sous mon commandement depuis presque neuf ans. Mais je ne veux pas parler de sa carrière exemplaire. Nous sommes ici pour honorer une femme exceptionnelle qui était prête à tout pour ses amis. Le mot amitié signifiait pour elle beaucoup de chose… J’ai eu la chance qu’elle me compte parmis eux. Vous vous rendez compte un calamar… Que puis-je dire sur elle que vous ne savez pas… elle vivait pleinement… elle a toujours obéit à mes ordres sauf une fois… Mon Dieu, Sarah, pourquoi n’avez pas obéit !
Je ne peux plus continuer. Je la revois dans mes bras, dans cette chambre d’hopital mais surtout face au jag. Elle est morte dans mes bras. Elle semblait si apaisé.
Je quitte la nef de la chapelle pour reprendre ma place.
Je me plonge dans mes pensées.
Mais je revois aussi tous ces visages chez Bud, j’avais demandé Sturgis et à Harm de m’y rejoindre. Comment allais-je leur annoncer sa mort ?
Je leur avais remis des lettres. Celles expliquant sa démission et celles qu’elle avait laissé lorsqu’elle était partie en mission en Irak quatre mois plus tôt.
La cérémonie se termine. Je me dirige vers le cercueil. Nous sommes six militaires à le prendre et à le porter sur nos épaules. Trois officiers de la Navy : les capitaines de frégate Harmon Rabb et Sturgis Turner et moi-même. Et trois du corps des marines : le colonel Mathew O’Hara, le colonel John Farrow et le sergent artilleur Victor Gallindez. Nous sommes tous vêtus de nos uniformes de parade.
Nous marchons dignement jusqu’à sa sépulture. Elle reposera aux côtés de Clayton Webb. Sa mère le souhaitait.
La mère de Clay y tient. Depuis la mort de son fils, j’ai appris que les deux femmes avaient beaucoup parlé.