- Et votre week-end ? Vous
vous êtes bien amusé?
- Ma grand-mère habite une ferme, Mac, on ne s’amuse pas dans une ferme,
répondit l’officier avec un sourire.
La jeune femme regarda son collègue en lui rendant son sourire. Le
Major Sarah MacKenzie ne venait pas de l’Aéronavale comme le Capitaine Rabb,
elle s’était engagée dans les Marines et grâce à un de ses supérieurs avait
pu faire des études d’avocate. Elle était charmante, brune et avait des yeux
dont le regard pouvait tuer sur place. Elle était très appréciée par ses collègues.
Le Capitaine de Corvettte Harmon Rabb Jr était l’un d’entre eux. Ancien
pilote de la Navy tout comme son père avant lui, il avait dû renoncer à voler
à cause d’un trouble de la vision la nuit. Devenu un pilote incomplet à ses
yeux, il s’était reconverti et était devenu l’un des meilleurs avocats du
JAG.
- Cela doit être excitant de s’occuper des animaux, le nargua Sarah.
- Mac, vous n’avez jamais mis les pieds dans une ferme, n’est-ce pas ?
- Non, pourquoi ?
- J’ai passé tout mon enfance dans cette ferme, j’y ai soigné les animaux
pendant des années tous les jours, matin et soir. Ma grand-mère sait très
bien que je n’y retourne que pour elle.
- Bonjour, Capitaine, Major.
- Bonjour, Bud. Vous avez passé un bon week-end ?
- Très bon, Madame. Harriet et moi sommes allés à Disneyworld.
- Mickey va bien ?
- Très bien, Monsieur. Oh ! L’Amiral Sheggwiden voudrait vous
voir tout de suite.
- Allons-y, Harm, il ne faut pas le faire attendre.
- Non, Madame, intervint Bud gêné. Il ne veut voir que le Capitaine.
Le Major regarda son collègue attendant une explication.
- Ne me regardez pas ainsi ! Je n’ai rien fait de mal, je vous
le jure. J’y vais, comme vous l’avez si bien dit, il ne faut pas le faire
attendre.
- Vous venez, Bud ? Nous devons revoir le dossier de l’affaire
Straton.
- Je suis désolé, Madame, mais l’Amiral m’a demandé d’assister à l’entretien.
- Oh ! répondit Mac, essayant de cacher sa déception, à plus tard
alors.
- Bud ?
- Oui, Capitaine.
- L’Amiral vous a-t-il dit de quoi il s’agissait ?
- Non, Monsieur. Mais il a l’ai très préoccupé.
- Alors, allons-y.
Le Lieutenant Roberts passa devant. Harm aimait bien son assistant,
celui-ci était un peu maladroit parfois, mais c’était un bon élément. Il savait
faire des recherches et il arrivait souvent qu’il présente des documents avant
même qu’on les lui demande. Il était d’une loyauté irréprochable et ferait
un très bon avocat dès qu’il aurait réussi ses examens.
Les deux hommes frappèrent à la porte du bureau de l’Amiral puis entrèrent.
- Capitaine Rab et Lieutenant Robets au rapport, Amiral !
- Repos, Messieurs. Asseyez-vous !
Les deux avocats se regardèrent sceptiques devant l’attitude de leur
supérieur. Il semblait abattu et très préoccupé.
- Messieurs, j’ai une nouvelle mission pour vous.
- Excusez-moi, Amiral, intervint Harm, mais nous avons un procès en
cours.
- Je sais, Capitaine. Je demanderai au Major MacKenzie de s’en occuper.
- Elle ne vient pas avec nous ? demanda Bud en regardant Harm.
- Non, Lieutenant. Pour cette opération, vous aurez un nouvel équipier.
Vous partez dans une heure pour rejoindre le porte-avions Georgetown. Là-bas,
vous récupèrerez le Capitaine Walker puis vous gagnerez le Kitihawk qui stationne
actuellement dans le golfe, près du Koweit.
- De quoi s’agit-il, Monsieur ?
- Lors d’une ronde de nuit dans Koweit City, une de nos patrouilles
a arrêté un clochard, dit-il en tendant un dossier à l’officier. Il s’est
avéré que ce clochard n’était autre que le Lieutenant Wilson, un R.I.O. Son
avion avait été descendu pendant la guerre du Golfe et lui et son pilote avait
été porté disparus. Vous devez savoir ce qui lui est arrivé pendant toutes
ses années. Pour l’instant, il est en observation dans l’infirmerie du Kitihawk,
il doit se reposer et des ordres ont été donnés pour que vous soyez les seuls
à recevoir ses confidences. Je n’ai pas besoin de vous dire que cette affaire
est très délicate, nos rapports avec l’Irak sont toujours plus ou moins tendus.
Et tout ce que vous raconteras le Lieutenant aura des conséquences sur notre
avenir à tous.
- Qu’est-ce que le Capitaine Walker vient faire dans cette affaire ?
- Voyons, Capitaine, intervint Bud, vous ne connaissez pas le Capitaine
Walker. Scorpion est très connu sur le Kitihawk, il faisait parti des pilotes
qui ont fait les raids sur l’Irak pendant la guerre. Scorpion est très appréciée
et respectée, tout le monde sur le Kitihawk préfère être de son côté que contre
lui, on ne lui a pas donné ce surnom pour rien.
- Pourquoi est-il sur le Georgetown, maintenant ? demanda Harm.
- Le Capitaine a demandé à y être affecté. Il avait besoin de s’éloigner
du Golfe, vous n’êtes pas sans savoir que le Kitihawk a été désigné pour rester
dans cet endroit pendant plusieurs mois.
- Et vous pensez que le Capitaine acceptera d’y retourner pour nous
aider ?
- Je n’en doute pas.
Un coup frappé à la porte les interrompit. Une jeune fille entra avant
même que l’Amiral ne réponde.
- Jessie !
- Bonjour, oncle A.J., dit-elle en se jetant dans les bras de l’Amiral.
- Quand es-tu arrivée ?
- Il y a une heure, je me suis d’abord rendu à l’appartement pour poser
mes affaires et voir si maman n’était pas là.
- Elle n’est pas rentrée, chérie.
- Pourquoi ? Elle sait très bien que je dois venir… Tu lui as
bien dit, n’est-ce pas ?
- Ecoutes, Jessie, je te demande quelques minutes, je dois terminer
cet entretien, ensuite je t’expliquerai tout.
- M’expliquer quoi ?
- S’il te plaît, Jessie, attends dehors.
La jeune femme regarda son oncle puis les deux officiers et reconnu
l’un d’entre eux.
- Bonjour, Enseigne Roberts… oh pardon, Lieutenant !
- Bonjour, Mademoiselle. Je m’étonne que vous vous rappeliez de moi.
- J’ai trop souvent entendu vanter vos mérites pour vous oublier, Lieutenant.
Scorpion a toujours dit que vous gâchiez votre temps sur le Kitihawk, il va
être content de savoir que vous faîtes parti du JAG aujourd’hui.
- Merci, Mademoiselle, cela va être un honneur de travailler à nouveau
avec lui.
- Je vous demande pardon ? Je ne savais pas qu’il devait travailler
au JAG.
- Euh…
- Vous savez le principal sur notre affaire, intervint l’Amiral, lisez
le dossier que je vous ai remis et n’oubliez pas que vous marchez sur des
œufs. Si vous déclenchez une guerre, le Président en personne réclamera vos
têtes. Rompez
- A vos ordres, Amiral ! dirent les deux hommes avant de sortir.
Le Capitaine Rabb terminait d’expliquer le procès en cours au Major
MacKenzie quand ils entendirent des éclats de voix sortir du bureau de l’Amiral.
La jeune fille qu’il avait vu sortit comme une furie.
- Tu n’avais pas le droit de faire ça !
- Jessie, calmes-toi.
- Comment veux-tu que je me calme ? Cela fait trois mois que je
n’ai pas vu ma mère, et quand j’ai enfin l’occasion de venir ici, tu prends
la décision, sans même nous consulter elle et moi, de l’envoyer en mission
dans un pays dont elle ne reviendra peut-être pas cette fois, conclut-elle
dans un sanglot.
- Voyons, Jessie, ta mère est toujours revenue des ses missions, c’est
un bon pilote.
- J’ai déjà failli la perdre une fois quand elle était là-bas. En plus,
tu va lui refaire vivre des choses qu’elle s’évertue tant bien que mal à oublier.
Tu es sans cœur, tu ne vois que l’armée, les médailles et la gloire de la
nation, mais tu es incapable d’avoir des sentiments, même pour ceux qui t’aiment.
- Jessie !
La jeune fille tourna les talons et s’engouffra dans le premier ascenseur.
L’Amiral resta un instant le regard dans le vide puis s’enferma dans son bureau.
- Capitaine, vous êtes prêt ?
- Oui, Bud, allons-y.
- On dirait que l’Amiral a un petit problème.
- On dirait, en effet, mais cela ne nous regarde pas.
Ils prirent l’ascenseur et sortirent du bâtiment du JAG. Ils tombèrent
nez à nez avec Jessie.
- Excusez-moi. Lieutenant Roberts, puis-je vous parler un instant ?
demanda-t-elle.
- Je…
- Allez-y Bud, je vais chercher la voiture.
- Merci, Capitaine. Lieutenant, vous et le Capitaine, vous allez sur
le Georgetown, n’est-ce pas ?
- Eh bien…
- Ne vous inquiétez pas, j’ai bien compris votre mission. Je voudrai
que vous portiez un message à ma mère. Il semblerait que l’Amiral ai décidé
de ne pas l’avertir que je devais rentrer pour une semaine. Nous ne nous sommes
pas vues depuis trois mois, et elle devait prendre une semaine de permission
ce mois-ci. L’ayant appris, j’avais réussi à repousser certains de mes cours
pour pouvoir la rejoindre ici. Malheureusement, A.J. ne l’a pas avertie de
mon retour et a préféré l’envoyer en mission avec vous.
- Je suis désolé.
- Merci, je voudrai que vous lui donniez cette lettre pour moi, elle
lui parviendra ainsi plus vite que par la voie habituelle.
- La distribution du courrier n’est pas très fiable et plutôt longue.
Je lui donnerai, Mademoiselle, avec plaisir.
- Merci.
- Un coup de klaxon se fit entendre.
- Je dois y aller, je vous promets que je lui remettrai en mains propres.
- Je n’en doute pas. Au revoir, Lieutenant et bonne chance, dit-elle
en l’embrassant sur la joue.
Bud resta planté au milieu de l’allée pendant que Harm s’acharnait
sur le klaxon de la voiture. Le Lieutenant revint à la réalité et se précipita
vers le véhicule qui démarra aussitôt.
- Eh bien, Bud, vous avez encore fait des ravages.
- Pardon ? Oh, non, ce n’est pas ce que vous croyez. Cette jeune
personne voulait simplement que je remettre un message à sa mère sur le Georgetown.
- Bud, nous n’y restons que quelques minutes, comment allez-vous faire
pour retrouver sa mère en si peu de temps ?
- Il n’y aura aucun problèmes, Capitaine, aucun.
Harm regarda son passager et l’examina. Celui-ci avait l’air déterminé
et pas inquiet du tout. Cela n’était pas très habituel, même si Bud n’était
pas un lâche, il n’était tout de même pas un héros. Le Capitaine sourit et
se concentra sur la route jusqu’à l’aéroport.
L’hélicoptère se posa sur la plate-forme du Georgetown de nuit, il
était 22 heures. Harm et Bud furent accueillis par le Commandant en second
qui les conduisit sur la passerelle où ils rencontrèrent le Commandant Johanson.
- Permission de monter à bord, Commandant ?
- Accordé, Capitaine. Repos, Messieurs ! Alors, il paraît que
vous êtes venus pour nous enlever un de nos meilleurs pilotes, Capitaine Rabb ?
- Nous venons chercher le Capitaine Walker, en effet, Commandant. Si
cela était possible, nous aimerions le rencontrer au plus vite et partir pour
le Kitihawk sur le champ.
- Je crains que vous ne deviez attendre un peu, Capitaine, lorsque j’ai été averti de votre venue, le Capitaine Walker avait déjà un vol d’exercice de programmé et nous pensions qu’il serait terminé à votre arrivée. Ce n’est pas le cas, mais ils seront là d’ici quelques minutes. Voulez-vous suivre la fin de l’exercice avec nous ?
- Volontiers, Commandant.
- Sergent, où en est l’escadron Delta ?
- Ils sont en avance sur l’horaire, mon Commandant. Ils arrivent sur
la dernière cible.
- Ils doivent descendre un remorqueur qui navigue sans feu de signalement
au milieu de cibles civiles, leur précisa Johanson.
- Rares sont ceux qui réussissent cet exercice du premier coup, murmura
Harm pensant ne pas avoir été entendu.
- C’est exact, Capitaine. Et je crois savoir que vous faites parti
de ces rares pilotes.
- J’ai eu cet honneur, Commandant, c’était juste avant mon accident.
- Dommage, je me sis laissé dire que vous étiez le meilleur pilote
de votre promotion à ce moment-là.
- Je me débrouillais.
- Vous me plaisez, Rabb, votre père, où qu’il se trouve, dot être fier
de vous.
- Merci, Monsieur.
- Commandant, l’exercice commence.
- Mettez le haut-parleur.
- Allez les enfants, je veux que vous montriez à ces ronds de cuir
de la passerelle ce dont vous êtes capables. Jusqu’à présent, c’était de la
rigolade, maintenant, on passe aux choses sérieuses. N’oubliez pas que cet
exercice est le dernier qui compte pour votre possible réaffectation.
- Comme si on pouvait l’oublier, elle nous met la pression à chaque
sortie.
- Si je vous mets la pression comme vous dites, Spoutnik, c’est pour
que vous soyez prêts pour le combat. Quand vous aurez un ennemi au cul, il
ne vous demandera pas s’il vous met la pression, il ne voudra qu’une chose,
vous descendre. Alors, puisque vous avez l’air d’avoir envie de rentrer très
vite au bercail, Spoutnik, vous passerez le premier. Ensuite, ce sera le tour
de Ice, Wolf, Amadeus et Squale. Je fermerai la marche. A mon commandent,
go !
L’un après l’autre, les tomcats descendirent en flèche et larguèrent
leur torpilles sur leur cible. Une fois leur cible atteinte, ils remontèrent
en chandelle et se remirent en formation.
- Kitihawk, ici Delta One. Vous m’entendez ?
- Cinq sur cinq, Delta One.
- Donnez-moi les résultats de cet exercice.
- Spoutnik, out. Ice, out. Amadeus,
out. Squale, in. Scorpion, in.
-
Merci, Kitihawk. Les enfants, je vous félicite, vous venez de descendre
des bateaux civils transportant des milliers d’enfants et de femmes. Vous
recevrez une médaille pour vos tirs sur des cibles militaires de choix. Squale,
très bon tir.
- Merci, Capitaine, répondit une voix féminine.
- Allez, on rentre, je prends la tête, Squale derrière moi, les autres
en suivant.
- A vos ordres !
- Alors, Capitaine Rabb, qu’en dites-vous ?
- Ce sont tous de très bon pilotes.
- Vous trouvez que le Capitaine Walker y est allée un peu fort ?
- Non, Monsieur, elle a eu raison. En temps de guerre, il n’y a pas
de place pour les incertains et les rouleurs de mécaniques.
- Sergent Brad ?
- Monsieur ?
- Conduisez le Capitaine Rabb et le Lieutenant Roberts auprès du Capitaine
Walker.
- A vos ordres ! Suivez-moi !
Ils suivirent le Sergent jusqu’à la piste d’atterrissage et assistèrent
à l’appontage de l’escadron Delta. Les deux premiers appareils se posèrent
sans problèmes. Quand arriva le tour de Spoutnik, celui-ci se présenta trop
bas.
Harm se plaça derrière un des responsables d’appontages, rejoint par
le Capitaine Walker qui prit les écouteurs.
- Remontez, Spoutnik ! Remontez !
- Je ne peux pas, je… Je pars en vrille…
- Négatif, Spoutnik ! Vous
êtes droit, accusez réception.
- Je suis sur le dos, on va se crasher.
- Remontes, Spoutnik ! On est bien, vieux. Remontes !
Au dernier moment, l’avion se cabra et comme par miracle accrocha le
filin d’appontage.
- Bon sang ! Dégagez la piste pour les autres. Je vais voir
Spoutnik.
La jeune femme se précipita vers le tomcat qui avait été à deux doigts
de s’écraser et en extirpa son pilote, folle de rage.
- Je vous ai eu, Capitaine, dit Spoutnik en la narguant, un sourire
fier sur les lèvres.
La jeune femme ne put se retenir et lui asséna un crochet du gauche
qui l’envoya atterrir près d’un mètre plus loin sur les fesses.
- Ne recommencez jamais un truc pareil, Lieutenant, si vous voulez
continuer à voler dans la Navy. Je suis votre supérieur et j’ai parfaitement
le droit de vous consigner au sol aussi longtemps que je le voudrai, surtout
après votre conduite impardonnable. Vous avez risqué votre vie, celle de votre
copilote et l’argent des contribuables pour satisfaire votre égo de macho
qui ne supporte pas de recevoir des ordres d’une femme. Vous êtes l’un de
mes meilleurs pilotes, Spoutnik, mais vous avez dépassé les bornes. Puisque
vous êtes incapable de raisonner avec autre chose que ce que vous avez entre
les jambes, je vous affecte à l’escadron Alpha. Et je peux vous jurer que
vous allez en bavez, Lieutenant. Kraker est peut-être un homme, mais vous
n’êtes pas sauvé pour autant, il va se faire un plaisir de vous dresser. Badboy,
à moins que vous ne vouliez suivre votre copain, je vous conseille de vous
trouver un autre pilote. Maintenant, disparaissez de ma vue, et plus vite
que ça !
Les deux fautifs s’exécutèrent, on pouvait déjà les entendre régler
leur compte entre eux. La jeune femme regarda la piste et constata que son
escadron au complet était rentré. Elle se dirigea vers une jeune femme, suivie
par Harm et Bud dont elle n’avait pas encore remarqué la présence.
- Squale !
- Capitaine ?
- Vous avez fait du bon boulot, Lieutenant Jackson.
- Merci, Madame, je n’ai fait que tirer sur la cible.
- Peut-être, mais vous avez pris la bonne. Vous êtes un bon pilote,
parfois un peu trop enclin à suivre son instinct plutôt que ses instruments
de bord ou les conseils de son RIO, mais un pilote hors pair. Continuez comme
cela, Lieutenant, et vous irez loin.
- Merci, Madame.
- Rompez, Squale, allez prendre une bonne douche avant le débriefing.
- A vos ordres !
La jeune femme salua son supérieur qui se retourna et se retrouva face
à Harm.
- Capitaine Walker ?
- Oui, à qui ai-je l’honneur ?
- Je suis le Capitaine de Corvette Hamron Rabb, du JAG, et voici le
Lieutenant…
- Bud ! Bon sang, mais que faites-vous ici ?
- Vous vous souvenez de moi, Madame ?
- Voyons, Bud, tous ceux qui on eu à faire à vous un jour pour les
mêmes raisons que moi, ne vous oublieront jamais.
- Vous dites cela à cause de ma maladresse.
- Non, Bud, répondit-elle sur un ton très doux. Vous m’avez beaucoup
aidé et je suis sûre que vous voyez de quoi je parle.
- C’est aussi ce que Jessie m’a dit.
- Jessie !
- Oui, elle m’a remit cette lettre avant notre départ. Je lui ai promis
de vous la donner en mains propres, alors la voici.
- Merci, Lieutenant. Il vaut mieux que je la lise un peu plus tard,
dit-elle en regardant Harm. Je pense que le Capitaine Rabb à quelque chose
à me dire.
- En effet, pouvons-nous aller dans un endroit plus calme ?
- J’ai besoin d’une bonne douche, suivez-moi. Rassurez-vous, ajouta-t-elle
en voyant leur embarras, je n’ai pas l’intention de vous montrer mon anatomie,
Messieurs, je ne le ferai même pas devant votre supérieur.
Ils la suivirent jusqu’aux vestiaires. Celles-ci étaient désertes,
la jeune femme leur demanda de rester derrière une rangée de placards pendant
qu’elle se déshabillait. Elle enfila une serviette autour de son corps et
se dirigea vers les douches.
- Alors, Capitaine, je vous écoute. Que me voulez-vous ?
- C’est l’Amiral Sheggwiden qui
nous envoie. Nous avons besoin de vous pour une mission.
- Je ne fais pourtant pas partie de JAG, alors pourquoi moi ?
- Il semble que vous soyez parfaite pour cette mission, d’après l’Amiral,
intervint Bud un peu gêné.
La jeune femme éteignit les robinets sans rien dire, s’enveloppa dans
un serviette et sortit pour leur faire face.
- Pourquoi ai-je l’impression que je ne vais pas aimer cette mission ?
Qu’y a-t-il Lieutenant ? On dirait que vous marchez sur des œufs.
- C’est le cas, Madame.
- Ok, venez en au fait !
- Il y a trois jours, une de nos patrouilles à Koweit City a arrêté
un clochard qui s’est avéré être le Lieutenant Wilson, il était…
- Oh mon Dieu ! Steve !… Elle devint toute blanche et s’assit
lourdement sur un banc. Que lui est-il arrivé ?
- Personne ne le sait encore. L’Amiral a ordonné que nous soyons les
seuls à lui poser la question.
- Vous êtes toute pâle, vous vous sentez bien, Madame ?
- Oui, Bud, ce n’est rien. C’est l’effet de surprise. Pourquoi me racontez-vous
tout cela ?
- L’Amiral veut que nous travaillons ensemble sur cette affaire. Il
semblerait que vous soyez la seule à connaître la région parfaitement.
- Vous pensez faire un raid au Koweit ou en Irak ?
- Nous ne savons pas encore ce que nous ferons, Capitiane, tout dépendra
de ce que nous dira Wilson.
- D’accord, je vais demander au Commandant de nous autoriser à prendre
un tomcat pour rejoindre le Kitihawk au plus vite.
- C’est déjà prévu, Capitaine. L’Amiral a parlé au Commandant avant
notre arrivée, Bud doit reprendre l’hélicoptère et nous rejoindre dès que
possible.
- Bien, laissez-moi dix minutes et je vous retrouve en tenue de vol
sur la piste.
- A tout de suite. Venez, Bud.
- Oui, Monsieur. Madame… ?
- Merci, Bud, je vais très bien. Les souvenirs sont encore très douloureux
mais je serai forte et je ne craquerai pas pour cette mission.
- Je n’en doute pas un seul instant, Madame.
- Capitaine, je ne sais pas si vous avez la moindre idée de la perle
qu’est le Lieutenant Roberts, mais si vous ne le savez pas, j’espère pour
vous que vous le découvrirez avant qu’il ne vous quitte. A tout de suite,
conclut-elle en se dirigeant vers son casier sans laisser le temps à Harm
d’ajouter un mot.
Les deux hommes se regardèrent, Bud était tout rouge et son embarras était tout à fait visible. Ils sortirent des vestiaires et se séparèrent après avoir échanger quelques mots.
Il était 00 h 30 quand la jeune femme rejoignit Harm sur la piste d’envol.
Elle avait un peu de retard et paraissait en colère.
- Désolée pour mon retard, Capitaine.
- Appelez-moi, Harm, s’il vous plaît, cela fera moins pompeux.
- D’accord, répondit-elle avec un sourire, l’air un peu plus détendue,
moi, c’est Leïa.
- On y va ?
- A vos ordres ! Vous voulez prendre le manche ?
- J’en serai très heureux, mais depuis mon accident, j’ai un problème
de vision la nuit.
- Je ne le savais pas, je suis désolée. J’imagine ce que vous devez
ressentir en nous voyant tous voler.
- Je fais un métier que me plaît, je viens en aide à des gens qui en
ont besoin.
- Et je suis certaine que vous faites cela très bien.
- J’essaie en tous les cas. Prête ?
- Prête !
Ils montèrent dans le tomcat et un manutentionnaire les aida à attacher
leur ceinture, ils décollèrent quelques minutes plus tard après avoir vérifié
la check list. Ils restèrent silenscieux pendant plusieurs heures puis Harm
coupa le silence.
- Vous aviez l’air remontée au décollage.
- Oui, j’ai lu la lettre de ma fille. Vous avez des enfants, Harm ?
- Non, je n’ai pas encore eu cette chance.
- Votre femme n’en veux pas ?
- Je ne suis pas marié.
- Vous rigolez, un beau mec comme vous ! Toutes les filles doivent
être pendues à votre cou.
- Justement, la plupart du temps, elles ne sont attirées que par mon
uniforme.
- Il faut avouer que vous êtes très séduisant en blanc, Capitaine Rabb.
De plus, cet uniforme a toujours plu aux filles, certains hommes s’en servent
d’ailleurs pour draguer.
- Ce n’est pas mon genre.
- Pour revenir à votre question, ma fille m’a écrit qu’ayant appris
que j’allais avoir une permission d’une semaine ce mois-ci, elle s’était arrangée
pour pouvoir venir la passer avec moi à Washington. Elle avait demandé a AJ
de m’avertir pour que je sois là à son arrivée, mais il n’en a rien fait.
Ne voulant pas passer une semaine seule, j’ai repoussé ma semaine de vacances,
j’ai pris cette décision il y a deux jours. J’ai prévenu AJ, mais il n’a pas
daigné me parler de Jessie, et aujourd’hui, ma fille est chez moi à Washington,
toute seule pour une semaine et moi je dois partir pour le Golfe.
- Cela ne doit pas être facile. J’ai aperçu votre fille au bureau du
JAG. Elle a un sacré caractère, elle a dit ses quatre vérités à l’Amiral.
Je ne connais pas votre mari, mais elle doit sûrement tenir de vous.
- Je ne suis pas mariée, j’ai élevé ma fille toute seule, quand je
n’étais pas en mission de par le monde. Jessie a cruellement manqué d’amour,
je sais que c’est de ma faute, je n’ai jamais été là quand elle avait besoin
de moi. J’ai beaucoup perdu en servant mon pays, dit-elle plus bas, mon frère,
les meilleurs moments de la vie de ma fille, les fêtes de son école, les remises
de diplômes… Je n’étais même pas là pour lui parler de sa féminité, des garçons
et pour la protéger contre eux. Je suis ce qu’on appelle une mère indigne.
- Vous êtes trop dure avec vous, Leïa, je suis persuadé que votre fille
sait que vous l’aimez.
- JAG One, ici Maman poule, vous êtes sur notre écran radar.
- Maman poule, ici JAG One, je vous ai repéré, nous serons derrière
vous dans deux minutes, nous nous préparons pour refaire le plein.
- Bien reçu, JAG One.
Deux minutes plus tard, le tomcat s’arrima au gros transporteur et
remplit ses réservoirs. La manœuvre dura un peu plus de cinq minutes puis
ils se détachèrent.
- Il nous reste encore une heure avant d’arriver, si vous voulez dormir
un peu, allez-y, je vous réveillerez avant l’atterrissage.
- Merci, je vais essayer mais cela m’étonnerai que j’y arrive.
Leïa s’aperçut au bout d’un quart d’heure que son copilote dormait.
Elle sourit et se concentra sur son pilotage.
Quand ils atterrirent sur le porte-avions Kitihawk, il était cinq heures
du matin. Ils furent accueillis par le Lieutenant Dawson, responsable des
relations publiques.
- Bonjour, Lieutenant. Est-ce que le Lieutenant Wilson se trouve toujours
à l’infirmerie ?
- Oui, Capitaine. Je vais vous montrer vos quartiers, vous pourrez
vous reposer quelques heures. Le docteur a interdit que vous interrogiez le
Lieutenant dès votre arrivée. Suivez-moi.
- L’état du Lieutenant s’est-il aggravé ?
- Non, Madame, mais le docteur pense que pour son équilibre mental
il vaut mieux attendre. Il semblerait qu’il ne passe pas de très bonnes nuits.
- Parce qu’à sa place, vous pensez que vous pourriez dormir ?
- Non, Madame. Je voulais simplement vous expliquer ce que le médecin m’a dit.
- Excusez-moi, Lieutenant. Je suis un peu sur les nerfs.
- Je comprends, Madame, vous venez de faire un long voyage et vous
retrouver ici ne doit pas vous rappeler que de bons souvenirs. Voici vos quartiers,
je suis désolé, mais vous devrez cohabiter, nous n’avions pas de cabines de
libres alors nous avons dû déloger deux hommes.
- Merci, Lieutenant. Veuillez nous prévenir quand le Lieutenant Roberts
sera arrivé.
- Bien, Monsieur. Les douches sont…
- Je sais où elles sont, Lieutenant. Merci pour tout, on se débrouillera
pour le reste.
- Bien, Madame.
Le Lieutenant Dawson partit les épaules courbées. Les deux capitaines
entrèrent dans la cabine. Leïa s’assit sur une chaise et mit sa tête dans
ses mains.
- Je ne pense pas que je sois la bonne personne pour cette mission.
- Vous dîtes des bêtises.
- Non, je suis simplement objective. Je vais prendre une douche, ensuite il faudra que je vous mette au courant de certaines choses que l’Amiral a semble-t-il omis de vous raconter à mon sujet. Je pense que je dois tout vous dire, vous pourrez ensuite comprendre un peu plus mon attitude et mes actions à venir surtout si cela peut mettre en péril votre vie ou celle de quelqu’un d’autre.
La jeune femme prit son paquetage et sortit. Elle prit une douche ce
qui lui permit de se détendre et de faire le vide dans sa tête. A son retour
dans la cabine, Harm dormait déjà. Elle ne prit pas la peine de le réveiller,
cela lui permettait de repousser l’échéance. Leïa savait qu’elle devait lui
parler, le mettre au courant de certaines choses qui pouvaient leur être utiles
pendant leur mission, mais la douleur était encore là, au fond de son cœur et elle ne savait pas si elle pourrait
soulager sa peine. Elle n’y était encore jamais arrivée jusqu’ici. Elle s’allongea
sur la banquette du bas que Harm lui avait laissée et essaya de dormir un
peu.
Elle ne dormit que trois heures, elle décida de se lever pour aller
prendre l’air. Elle enfila son uniforme et sortit.
Après quelques minutes de marche, elle se retrouva à l’extérieur, dans
un endroit discret, très apprécié du personnel navigant à bord d’un porte-avions,
juste en dessous de la passerelle.
Elle resta là, à regarder la mer, les mouettes, à écouter les décollages
et les atterrissages des tomcats et des hélicoptères. Elle se rappela le temps
où elle venait ici avec Luke et leurs RIO. Ils discutaient, riaient, faisaient
des plans pour leur permission à terre. C’était avant…
- Leïa ?
La jeune femme se retourna et découvrit Harm près d’elle. Elle sentit
quelque chose de chaud couler sur ses joues et comprit qu’elle pleurait. Elle
essuya ses larmes et sourit.
- J’ai beaucoup de souvenirs ici, des bons et des mauvais. J’ai servi
sur ce bâtiment pendant la guerre du Golfe, avec mon frère. Nous faisions
partis de deux escadrons différents. Un jour, il a décollé et n’est jamais
revenu. Son avion a été descendu alors qu’il faisait un raid sur Bagdad. Nous
n’avons pas pu commencer les recherches tout de suite, quand nous sommes arrivés,
il était trop tard, l’appareil était complètement calciné, nous n’avons jamais
su s’ils étaient vivants ou non. Quand la guerre a été terminée, les Irakiens
nous ont rendus des prisonniers mais nous ne saurons jamais s’ils ne gardent
pas les autres, ceux que nous croyons morts. Aujourd’hui, je me dis que mon
frère était et est peut-être encore en vie.
- Vous ne pouvez pas le savoir.
- Wilson va nous le dire, c’était son RIO. Sa femme va être heureuse,
elle va retrouver son mari, son enfant va retrouver son père… Je dois vous
sembler amère, n’est-ce pas ?
- Je vous comprends, je sais ce que vous ressentez.
- Vraiment ? demanda-t-elle sarcastiquement.
- Oui, mon père a disparu au Vietnam. J’ai toujours cru qu’il était
en vie, je suis allé le chercher alors que je n’avais que 15 ans, mais je
ne l’ai pas retrouvé. Il y a quelques mois, j’ai trouvé une preuve mentionnant
qu’il était bien vivant pendant la guerre. Il avait été fait prisonnier et
peut-être qu’aujourd’hui encore, il est dans un camp de prisionnier là-bas.
Je n’abandonnerai pas, je suis trop près du but, même si c’est pour découvrir
qu’il est mort, je veux savoir.
- Moi, je vais le savoir dans quelques minutes et je vous avoue que je meurs de peur. Je ne sais pas si je suis prête à accepter la vérité.
- Je serai là, si cela peut vous rassurer, dit-il en souriant. Venez,
Bud est arrivé, il nous attend à l’infirmerie.
- Bonjour, Madame, Monsieur.
- Bonjour, Bud.
- Vous allez bien, Madame ? Vous êtes toute pâle.
- Ca ira, Bud, merci de vous inquiéter, répondit-elle en souriant ;
- Capitaine Rabb ? Docteur Malloy.
- Bonjour, Docteur. Comment va le Lieutenant Wilson ?
- Il a passé une nuit assez calme, la première depuis qu’il est arrivé. Je ne sais pas ce qu’il a vécu, mais cela ne doit pas être très beau. Il se réveille plusieurs fois en pleine nuit en criant et en appelant au secours.
- Vous pensez qu’il est en état de répondre à nos questions ?
- Connaissant l’objet de vos questions, Capitaine Walker, je serai
tenté de dire non.
- Mais…
- Il doit pourvoir vous répondre à vous. Il vous a appelé plusieurs fois dans son sommeil, ainsi qu’une autre personne… Sophia.
- C’est sa femme.
- Allez-y, et essayer de l’interroger avec tact.
- Je n’ai nullement l’intention de lui faire du mal, Docteur, précisa la jeune femme, Steve est mon ami, et je dois le rendre à sa famille qui l’attend depuis si longtemps.
- Je ne serai pas loin si vous avez besoin de quelque chose.
- Merci.
Les trois officiers entrèrent dans l’infirmerie et s’approchèrent du lit du patient, Leïa resta un peu en retrait de façon à n’être vue qu’en dernier pour ne pas effrayer le rescapé.
- Lieutenant Wilson ? Je suis le Capitaine de Corvette Harmon Rabb du JAG et voici mon assistant, le Lieutenant Roberts. Nous avons quelques questions à vous poser, vous voulez bien y répondre ?
- Bud ?
- Oui, Lieutenant, c’est moi.
- Vous êtes encore sur le Kitihawk ?
- Non, Lieutenant, je suis au JAG maintenant.
- Les avocats ?
- Oui, j’essaie d’en devenir un.
- Luke disait que vous étiez fait pour aider les gens en détresse, il avait raison.
- Merci, Monsieur.
- Bonjour, Steve.
- Leïa ? C’est toi ?
- Oui, c’est bien moi. Je suis heureuse que tu sois revenu.
Le jeune homme la regarda comme si elle sortait d’un rêve. Tout à coup, il fut pris de sanglots et se mit à pleurer. Dans ses yeux, Leïa put voir toute la détresse d’un homme qui avait souffert pendant plusieurs années et qui aujourd’hui avait l’air d’affronter son passé.
- Je.. je suis désolé… je n’ai rien pu faire… je …
- Chut, calmes-toi, Steve, dit-elle en le prenant dans ses bras pour le bercer. C’est terminé, maintenant, tu es avec nous, à l’abri. Il ne pourra plus rien t’arriver.
Petit à petit, sous le doux son de la voix de la jeune femme, l’ancien RIO se calma et cessa de pleurer. Il reprit ses esprits et repoussa doucement son amie pour la regarder dans les yeux.
- Je suis désolé, Leïa, je n’ai rien pu faire pour Luke.
- Chut, tu vas commencer par tout nous raconter depuis le début, d’accord ?
- Oui… Nous menions un raid au-dessus de Bagdad, quand tout à coup
nous avons été pris pour cible par une mitrailleuse. Nous avons tenté de la
repérer pour la détruire, mais en vain. Avant que nous ayons réussi à la découvrir,
elle nous a touché. Luke a essayé de maintenir l’appareil en vol, et de le
ramener hors des frontières de l’Irak pour que nos alliés puissent nous retrouver,
mais il n’a pas réussi. L’avion est parti en vrille et nous avons été obligés
de nous éjecter. Nous avons atterri à quelques mètres de la carcasse, nous
n’avons pas pu récupérer la moindre chose à l’intérieur. Puis, sans que nous
les ayons vu venir, des troupes irakiennes nous sont tombées dessus. Ils nous
ont ligotés et bâillonnés. Ils nous ont fait marcher pendant des heures dans
les dunes jusqu’à un camp où se trouvaient déjà d’autres prisonniers.
- Je pensais que nos troupes n’avaient pas eu de pertes, intervint
Roberts.
- Les politiciens ont caché que certains de nos soldats avaient été faits prisonniers pour ne pas alarmer les populations, expliqua le Capitaine Rabb. Beaucoup de familles n’ont appris la disparition des leurs qu’après la fin de la guerre, après que les Irakiens nous aient soi-disant rendu nos prisonniers.
- Que s’est-il passé dans ce camp, Steve ?
- Nous sommes restés plusieurs jours enfermés dans des cages en bambous. Pendant trois jours, ils nous ont interrogés et torturés. Ils voulaient savoir où se trouvaient nos troupes, leurs intentions, leur cibles…
- Mais vous ne pouviez pas le savoir, vous n’étiez que des pilotes.
- C’est ce que nous leur avons répondu inlassablement. Et puis… le cinquième jour… celui que nous pensions être le chef s’est énervé… Il est venu chercher Luke et… il l’a forcé à creuser un trou… assez grand pour un homme… quand il a eu terminé… il nous a fait sortir des cages et nous a reposé les mêmes questions… nous menaçant de tuer Luke si nous ne répondions pas… nous n’avons pas… Nous en savions pas… il l’a abattu de sang froid et poussé dans le trou… Je suis désolé… Leïa, je suis désolé… je suis désolé…
La jeune femme regardait cet homme sans le voir, il venait de lui apprendre que son frère avait été abattu de sang froid par leur ennemi sous les yeux de ses camarades. Des larmes coulaient sur ses joues. Elle prit son ami dans ses bras et le serra très fort contre elle, il était le seul lien qui lui restait avec son frère et pour rien au monde elle ne voulait qu’il se sente responsable de sa mort. Ce n’était pas lui qui l’avait tué, c’était les Irakiens, la guerre.
- Steve, nous allons te laisser te reposer un peu, nous reviendrons dans deux heures pour continuer, d’accord ?
- Oui…
- Tout va bien se passer, maintenant. Tu n’es pour rien dans ce qui
est arrivé, tu n’es responsable de rien et je t’interdis de penser le contraire,
tu m’entends ?
- Je…
- Tu as compris ?
- Oui… Leïa ?… Je suis désolé.
- Chut, reposes-toi, nous reviendrons tout à l’heure.
Les trois officiers sortirent de l’infirmerie, Leïa en tête. Elle prit
la direction de la passerelle et sortit au grand air. Elle s’accrocha à la
rambarde, la tête lui tournait, son estomac se barbouillait. Elle sentait
ses membres trembler, elle tomba à genoux.
Bud voulut s’approcher mais Harm le retint lui signifiant que le jeune
femme avait besoin de rester seule.
- Vous avez sûrement raison, Capitaine, mais cela me rend triste de
la voir ainsi. Après tout ce qu’elle a déjà enduré. Elle s’est toujours raccrochée
à l’idée que son frère était vivant, vous comprenez, avec sa fille, c’était
la seule raison qui la poussait à continuer à servir l’armée et surtout à
vivre. J’ai peur qu’elle ne fasse une bêtise maintenant.
- On dirait que vous en savez beaucoup sur elle.
- Quand le Lieutenant Walker a disparu, j’ai essayé de l’aider. Vous
savez, à mon arrivée, j’ai été un peu malmené par certains ici, eux, elle
et son frère, ont pris ma défense. C’est grâce au Capitaine si j’ai pu être
affecté au JAG.
- Je ne comprends pas, quand on s’est rencontré, vous étiez encore
ici.
- En effet, le Capitaine avait déjà demandé son affectation sur le
Georgetown, mais elle ne m’a pas oublié, je me demande pourquoi d’ailleurs.
Elle a appuyé ma demande auprès de l’Amiral Sheggwiden pour que je sois accepté
au JAG. Maintenant, je sais que mon affectation est plus due au fait qu’ils
se connaissaient qu’à la liste de mes compétences.
- Je ne pense pas Bud. L’Amiral ne mélange jamais vie privée et travail,
vous devriez le savoir. Une telle recommandation n’a sûrement servie qu’à
le conforter dans son idée, vous êtes un très bon élément, Bud, et je suis
heureux de vous avoir avec moi.
- Vous le pensez vraiment, Capitaine ?
- Oui, Bud, répondit-il en souriant. Ecoutez, nous avons deux heures
à tuer, vous devriez aller vous reposer un peu. On se retrouve à l’infirmerie
à 10 heures.
- Bien, Monsieur. Merci, Monsieur.
Harm le regarda, un sourire sur les lèvres. Il aimait son assistant,
il était parfois un peu maladroit, et peu sûr de lui, mais il avait bon cœur
et était parfait dans son travail. Il pensa à sa fidélité envers le Capitaine
Walker, Bud était en admiration devant elle. Il se sentait redevable envers
elle, il est vrai qu’il était mieux au JAG qu’à jouer les relations publiques.
Le laisser ici n’aurait servi qu’à gâcher ses compétences et son potentiel.
Le Capitaine regarda la porte derrière laquelle se trouvait Leïa et décida de voir si elle allait mieux. Il comprenait très bien son désarroi et sa peine et il se surprenait à vouloir la consoler en la prenant dans ses bras. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas ressenti cela envers une femme. Celles qu’il rencontrait parfois étaient superficielles, ce n’était pas le cas de la jeune femme. Elle inspirait le respect, la confiance et d’autres sentiments auxquels Harm s’interdit de penser. Il ne pouvait pas se permettre de commencer une relation avec elle, ce serait profiter de sa peine et oublier leur mission : savoir s’il y avait d’autres prisonniers et aller les libérer.
Leïa était debout, penchée sur la rambarde, à son attitude, Harm comprit
qu’elle avait vomit. Il lui tendit un mouchoir.
- Merci, dit-elle dans un murmure. Vous devez vous dire que vous êtes tombé sur un drôle de numéro pour une mission importante.
- Pas du tout, je comprends ce que vous ressentez. Moi aussi j’ai perdu quelqu’un pendant une guerre, et je pense toujours qu’il est vivant.
- J’espère pour vous que vous le retrouverez et que vous n’aurez pas la douleur de vivre ce que je suis entrain de subir. Luke… Il n’était pas simplement mon frère,… c’était mon double, nous étions jumeaux… J’avais toujours ressenti les choses qui lui arrivaient, quand il se blessait ou qu’il était en danger, je le savais… il en était de même pour lui… Je ne comprends pas comment j’ai pu ne pas ressentir sa mort… J’aurai dû avoir froid, il représentait une partie de moi… C’est pour cela que je n’ai jamais douté qu’il était encore de ce monde… Aujourd’hui… je découvre qu’il est mort depuis des années… et que je ne l’ai même pas su dans mon cœur….
- Peut-être que vous l’avez senti mais que vous ne vouliez pas le croire, dit doucement Harm.
La jeune femme le regarda les larmes aux yeux, ne pouvant ajouter un mot. Il s’approcha d’elle et la prit dans ses bras. Elle ne le repoussa pas, au contraire, elle s’accrocha à lui et pleura.
Il fallut plusieurs minutes à la jeune femme pour se calmer. Elle s’écarta du jeune homme et le remercia d’un sourire sans joie. Elle était encore très pâle mais elle semblait avoir repris ses esprits.
- Je vais allez me rafraîchir un peu, on se retrouve à l’infirmerie dans une demie heure ?
- D’accord, à tout à l’heure.
- Harm ?
- Oui.
- Merci.
- Il faut toujours s’entraider entre pilotes.
La jeune femme le regarda, voulut ajouter un mot mais se ravisa. Elle
pénétra dans le bâtiment et referma la porte derrière elle.
Leïa arriva à l’infirmerie en même temps que Harm Bud était déjà là. Ils retournèrent auprès du Lieutenant Wilson qui paraissait plus serein.
- Tu te sens mieux, Steve ?
- Oui, je suis prêt à continuer.
- D’accord. Pouvez-vous nous dire combien il y avait de prisonniers quand vous vous êtes échappés ?
- Il en restait cinq. Cela faisait trois ans que nous étions là-bas quand j’ai réussi à m’évader. Sans compter Luke, deux autres sont morts, un italien et un autre américain.
- Tu connais leur nom ?
- Le Lieutenant Spinelli et le Major Asting. Pour les autres, ils n’étaient pas dans la même cage que nous, nous nous voyions seulement pendant les séances de travaux forcés. Je sais simplement qu’il y n’avait pas d’autres américains, et qu’il y avait un capitaine français, c’était le plus gradé. Ils n’ont pas pu s’évader avec moi, certains d’entre eux étaient trop faibles et le capitaine n’a pas voulu les laisser seuls. Il a préféré assurer mon évasion et protéger ses hommes.
- Comment se fait-il qu’il se soit écoulé six ans avant qu’on ne te retrouve ? Que s’est-il passé entre temps ?
- Six ans ?
- Oui, personne ne t’a rien dit ? Nous sommes en l’an 2000, Steve, cela fait neuf ans que la guerre a eu lieu. Au bout d’un mois, Hussein avait capitulé.
- Mon Dieu ! Les autres ?
- A la fin de la guerre, des prisonniers nous ont été rendus, mais
aucun d’eux n’a raconté qu’ils avaient été aussi mal traités que toi. Tu
étais encore prisonnier à cette époque, donc tous ceux de ton camps ont
dû être portés disparus. Personne n’a pensé un instant que vous étiez encore
vivants en Irak.
- Oh mon Dieu ! Vous nous avez abandonné pendant toutes ses années ?
- Non, nous pensions que vous étiez morts, Lieutenant. Personne n’a
soupçonné quoique ce soit, ni le Pentagone, ni l’ONU.
- Qu’est-il arrivé pendant ces six années, Steve ?
- Quand je me suis échappé, au début je me suis caché pendant plusieurs jours pour être sûr de ne pas être repris. Je suis resté dans une grotte que j’ai découverte. La nuit je sortais pour trouver de l’eau et de quoi manger, le jour je restais tapis au fond, essayant de dormir mais le moindre bruit me faisait sursauter. Je ne sais pas combien de temps exactement je suis resté là-bas. Une nuit, j’ai décidé de bouger et j’ai marché. J’ai traversé un désert. La nuit, je marchais, le jour je me cachais à l’ombre, soit dans une grotte, soit sous un arbre dans un oasis. C’était très risqué parce qu’elles sont très fréquentées. A mon avis, j’ai dû me perdre, je ne comprends pas comment j’ai pu resté aussi longtemps dans le désert. Il n’y a que quelques jours que je suis arrivé à Koweit City. J’ai été recueilli par un groupe de bédouins qui m’ont nourri et soigné. Ils m’ont conduit ici. Quand la patrouille m’a arrêté, j’ai cru que c’était des Irakiens alors je me suis défendu et ils m’ont emmené à leur QG, c’est là que j’ai reconnu leur uniforme.
- Lieutenant Wilson, pensez-vous pourvoir retrouver l’endroit où
vous étiez prisonnier sur une carte ?
- Franchement, je n’en sais rien. Vous venez de me dire que j’ai
erré pendant six ans dans le désert, alors que j’ai toujours cru que je
marchais droit devant moi… Mais je veux bien essayer, je me rappelle de
certaines grottes, de la forme des oasis, peut-être que cela pourrait vous
aider.
- Bud, allez vous le Commandant Johanson et demandez lui de nous
envoyer un géographe avec une carte détaillée du Koweit et de l’Irak, s’il
vous plaît.
- A vos ordres, Monsieur !
Steve s’allongea dans un soupir et ferma les yeux. Les deux capitaines s’écartèrent pour qu’il se repose un peu.
- Qu’en pensez-vous ? demanda Harm à voix basse.
- Je crois que nous allons avoir du mal à retrouver ce camp. Steve
était loin de penser qu’il avait tourné en rond pendant six ans.
- Cela m’étonne…
- Vous doutez de sa parole ?
- Non, mais c’est un RIO. Dans un avion, c’est à lui que incombe la responsabilité d’orienter le pilote. Vous trouvez normal qu’il ait erré pendant six ans dans une région qu’il a dû étudier des centaines de fois en vue de ses missions pendant la guerre.
- Il a vécu enfermé dans une cage pendant trois ans, rétorqua Leïa, il y a de quoi ébranler un homme et lui faire perdre le sens de l’orientation.
- Vous savez aussi bien que moi qu’un RIO est formé pour pouvoir s’orienter dans n’importe qu’elle situation au cas où son matériel informatique tomberait en panne. Il sait se repérer au soleil, calculer sa position avec une simple montre… Oubliez que c’est votre ami et dites moi en face que vous ne trouvez pas cela bizarre.
Le Lieutenant Roberts revint accompagné d’un sergent qui ne devait
pas avoir plus de vingt ans.
- Voici le Sergent MacCoy, le Commandant m’a dit qu’il était le meilleur
géographe sur ce navire.
- Eh bien, nous allons voir cela, venez avec moi, Sergent, dit Harm en le conduisant auprès de Wilson.
- Bud ?
- Oui, Madame.
- Vous pouvez me rendre un service ?
Bien sûr !
- Essayer de mettre la main sur une liste de soldats, de pilotes…
qui ne sont jamais revenus du Golfe. Faites-moi deux listes, une pour les
morts et une autre pour les disparus. J’en veux une aussi avec les noms
de ceux qui ont été libérés à la fin de la guerre. Pour terminer, trouvez
moi tout ce que vous pourrez sur le Lieutenant Spinelli et le Major Asting.
Je veux tout cela le plus vite possible, Bud, c’est très important.
- C’est-à-dire pour hier, j’ai l’habitude avec le Capitaine Rabb, je m’en occupe.
- Merci, Bud.
Le Lieutenant quitta l’infirmerie. Leïa se retourna et regarda son
ami entrain de parler avec le Sergent. Ils étaient penchés sur une carte
et tentaient de repérer certains endroits décrits par le rescapé. Harm se
tenait un peu à l’écart, écoutant les indications de Wilson. La jeune femme
pouvait deviner à son expression qu’il était très sceptique. Elle décida
de s’éclipser et préféra retrouver Bud pour l’aider. Rester à ne rien faire
lui tapait sur les nerfs.
Elle retrouva Bud aux communications. Il était en liaison avec le
bureau du JAG. Il donnait ses instructions à une jeune femme qui semblait
heureuse de l’entendre.
- Il me faut ces informations
très vite, Harriet. C’est très important.
- Je me dépêche, Bud.. Attends, je viens de me connecter sur les
fichiers du personnel de la Navy…
- Tu sais te servir de mon ordinateur ?
- Oui, je dois avouer que c’est très pratique pour trouver des renseignements. J’espère que tu ne m’en veux pas ?
- Pas du tout, à mon retour, je te montrerai certaines astuces.
- C’est vrai ?… Ca y est ! J’ai trouvé la liste des prisonniers qui nous ont été rendus par les Irakiens, je te la faxe au numéro que tu m’a donné… Tiens, c’est étrange.
- Quoi ?
- Eh bien, tu m’as demandé de trouver des informations sur le Lieutenant
Spinelli…
- Oui, tu as trouvé quelque chose ?
- Il est décédé il y a deux ans d’une crise cardiaque.
Leïa s’approcha de Bud et prit le micro.
- Ici, le Capitaine Walker, pouvez-vous nous envoyer le dossier militaire et la photo du Lieutenant Spinelli, Mademoiselle ?
- Tout de suite, Madame… Excusez-moi, Madame, mais je ne comprends
pas pourquoi vous voulez des renseignements sur des militaires morts il
y a plusieurs années. Le Major Asting est mort de façon tout à fait normale
il y a quatre ans, il avait 70 ans. Je vous envoie son dossier avec le reste.
- Merci, Harriet. Madame, je n’y comprends rien moi non plus.
- Alors on est trois, Bud.
- Pourquoi le Lieutenant Wilson nous a-t-il menti ?
- Je n’en sais rien, Bud.
- Bud ? Ca y est, vous devriez recevoir tout d’ici quelques minutes. La liste des disparus n’est pas très longue. Je me suis permis d’y joindre les dossiers militaires des personnes citées.
- Je peux avoir votre nom, Mademoiselle ?
- Enseigne Harriet Simms, Madame.
- Vous avez fait du bon travail, Enseigne. Je vous remercie beaucoup.
- Harriet, il faut que je te laisse, à bientôt.
- Au revoir, Bud, fais attention à toi.
- Promis… Alors, vous avez tout ?
- Presque, il reste quatre pages à recevoir. Votre amie est très
efficace, Bud ;
- Oui, et elle est très gentille.
- Je suis heureuse que vous ayez trouvé votre moitié.
- Ma… Oh ! Merci, Madame, répondit-il en rougissant.
- Allez chercher le Capitaine Rabb, et rejoignez-moi dans notre cabine, nous y serons plus libres pour parler.
- A vos ordres !
Leïa récupéra les dernières pages sur le fax puis quitta la cabine des communications pour regagner ses quartiers. Elle s’installa à la table et parcourut les documents qu’elle avait reçu. Elle n’arrivait pas à croire ce qu’elle lisait sur les soi-disant compagnons de cellule du Lieutenant Wilson.
Quand Harm et Bud pénétrèrent dans la cabine, ils trouvèrent la jeune femme les documents dans les mains, fixant le mur sans le voir.
- Capitaine Walker ? appela Bud, inquiet.
Leïa tourna la tête vers eux. Au début, elle semblait ne pas les voir, puis elle reprit ses esprits. Elle leur adressa une faible sourire.
- Wilson nous a menti, dit-elle d’un ton neutre, aucune colère ne transperçait dans sa voix.
- Qu’avez-vous découvert ?
- Le Lieutenant Spinelli n’a jamais participé à la guerre du Golfe, il est mort à l’âge de 45 ans terrassé par une crise cardiaque. Le Major Astings, lui, c’est encore mieux, il y a neuf ans, il était déjà à la retraite depuis cinq ans. Il est mort dans son sommeil ? N’en croyant pas mes yeux, je suis même allée vérifier qu’il n’existait pas plusieurs Spinelli et Astings dans l’armée Italienne et l’armée Américaine. Il y avait bien un autre Spinelli, mais il n’a que dix neuf ans. Quant à Astings, les deux seuls autres soldats qui portent ce nom dans notre armée sont un mécanicien qui est tout à fait bien portant et qui est cantonné à Miramar et un radio qui se trouve être ici sur le Kitihawk. Il a vingt cinq ans, pendant la guerre, il était à Washington, dans un lycée.
- Que donne la liste des disparus ?
- De toutes les forces armées alliées engagées dans la bataille, seuls
quatre officiers étaient portés manquants, leur corps n’ayant jamais été retrouvés :
Luke, Stece, le Sergent Rogers, un anglais et le Capitaine Picard de l’Armée
de Terre Française.
- Le Lieutenant Wilson est le seul rescapé réapparu et son histoire est parsemée de points sombres et incorrects. Il dit qu’il reste cinq prisonniers encore retenus dans ce camp alors que nous n’avons que deux noms.
- Je n’y comprends rien, pourquoi nous ment-il ?
- Il va falloir le découvrir et vite.
- Où en sont-ils avec la carte ?
- Eh bien, d’après les détails qu’il donne et que le Sergent reporte sur la carte, Wilson a sacrément tourné en rond pendant six ans. A ce point, cela devient très suspect.
- Nous devons découvrir ce qui lui est réellement arrivé. Il ne peut
pas nous mentir consciemment, il a toujours été loyal.
- Il a peut-être subi des choses inavouables, intervint Bud timidement, il paraît que certains prisonniers de guerre reviennent traumatisés à vie. Il a peut-être perdu une partie de la mémoire.
- Le médecin nous l’aurait dit, une amnésie partielle ne doit pas passée inaperçue.
- Eh bien, conclut Leïa, nous allons devoir lui faire retrouver la mémoire.
- Comment ? demanda Harm sceptique.
- Nous allons d’abord attendre qu’il finisse la carte, ensuite, nous lui ferons subir un interrogatoire un peu plus… disons… musclé.
- Vous allez le rendre fou, Capitaine !
- Non, Bud, je veux seulement qu’il ait plus peur de nous que de ceux qui lui ont demandé de nous trahir.
- S’il y a bien quelqu’un derrière tout cela.
- C’est vous même qui l’avait dit tout à l’heure, tout ceci n’est pas normal, quelque chose cloche.
Quelqu’un frappa à la porte, Harm ouvrit et le Sergent MacCoy entra. Il déplia une carte sur la table et leur montra l’emplacement du camp. Le Capitaine Rabb le remercia puis vint se placer derrière Leïa pour étudier le plan.
- C’est incroyable, s’exclama Bud, comment un homme super entraîné peut-il tourner en rond, même dans un désert, de cette façon pendant six ans ? Regardez ! Il est repassé plusieurs fois aux mêmes endroits sans s’en apercevoir.
- N’importe qui, appartenant à un corps d’armée trouverait cette histoire insensée et encore plus en sachant que c’est un RIO qui l’a vécue. Vous aviez raison Harm, même si Steve est mon ami, il ne fait aucun doute que son histoire sonne faux.
- Vous avez une idée pour faire avouer Wilson sans utiliser la force ?
- Oui, Bud, je viens de penser à quelque chose. Trouvez moi à bord deux hommes sachant parler l’arabe sans accent et qui soient inconnus de Wilson.
- Je vous les amène ici, Madame ?
- Oui, je leur expliquerai ce que j’attends d’eux.
Le Lieutenant sortit après avoir lancé un regard inquiet à Harm qui, lui aussi, n’appréciait pas la tournure des évènements.
- Vous pouvez m’expliquer ce que vous compter faire ?
- Nous allons tout simplement organiser une petite comédie à l’attention du Lieutenant Wilson.
- De quel genre ?
- Une mise en scène avec deux Irakiens, par exemple.
- Je ne crois pas que le toubib va beaucoup apprécier que vous torturiez
mentalement son patient.
- Peut-être, mais c’est la seule façon que nous ayons pour qu’il nous crache le morceau, à moins que vous n’ayez une autre solution, moins radicale.
- Hélas, non.
Bud revint accompagné de deux hommes. Ils confirmèrent qu’ils parlaient l’arabe couramment, ils avaient intégré l’aéronavale peu après la fin de la guerre du Golfe et ils avaient été désignés pour apprendre cette langue car ils étaient d’origine magrhébine. La jeune femme leur demanda de s’asseoir et leur expliqua ce qu’ils attendaient d’eux.
Le petit groupe pénétra dans l’infirmerie déserte. Sur un signe de tête de la jeune femme, les deux recrues s’approchèrent du lit où dormait le Lieutenant Wilson. Avec l’aide de Bud et de Harm, ils neutralisèrent le rescapé. L’un des hommes lui avait noué un bandeau sur les yeux pendant que l’autre l’empêchait de crier à l’aide d’un morceau de chiffon qu’il avait inséré dans sa bouche.
Le Lieutenant était pris de panique et celle-ci s’accentua quand il entendit ses agresseurs parler arabe.
- Alors, Lieutenant, vous avez oublié le but de votre mission ? demanda l’un des deux hommes.
Wilson secoua la tête et marmonna quelque chose d’incompréhensible. Le deuxième homme sortit un couteau, le plaça sous le cou du prisonnier puis enleva le chiffon de sa bouche.
- Qui êtes-vous ?
- Tu croyais que nous n’allions pas te surveiller, Yanki ? Tu nous as trahi !
- Ce n’est pas vrai ! Tout se passe comme prévu… je vous le jure…
- Vraiment ? Je n’en suis pas aussi sûr.
- Mais c’est vrai ! Ils ont gobé mon histoire… Je leur ai fait un plan pour retrouver le camp…. Ils sont en train de l’étudier…
- Bien.. Nous allons voir si tu te souviens exactement du rôle que tu dois jouer dans cette histoire.
- Je n’ai rien oublié… Je dois faire en sorte qu’ils entrent en Irak pour récupérer les soldats… Mais vous n’avez pas à vous inquiéter, tout se passe comme prévu… à l’heure qu’il est, ils sont sûrement en train de former le commando chargé de récupérer les prisonniers…
- Bon sang ! Mais que se passe-t-il ici ?
Tout le monde se retourna et découvrit le Docteur Malloy. Il les regardait tous l’un après l’autre comme s’il les voyait pour la première fois.
- Quelqu’un peut-il m’expliquer ce qui se passe ici ? A quoi jouez-vous Capitaine Rabb ?
- C’est bon , Messieurs, intervint Leïa. Lâchez-le !
Les deux soldats obéirent, ils enlevèrent le bandeau puis libérèrent le Lieutenant Wilson. Celui-ci s’assit sur son lit et regarda autour de lui, terrorisé.
- Leïa ?…
- Lieutenant Roberts, veuillez appeler la sécurité. Le Lieutentant Wilson est aux arrêts pour haute trahison. Il ne doit pas quitter cette infirmerie sauf pour rejoindre sa cellule dès qu’il sera en état de le faire.
- Leïa… je t’en prie… écoutes-moi…
- Ce n’est plus la peine d’inventer, Lieutenant, intervint Harm. Nous avons enregistré tout ce qui vient de se passer. Vous devrez nous expliquer les raisons quoi vous ont poussé à agir ainsi, mais pas ici. Cela se fera devant le tribunal militaire devant lequel vous comparaîtrez pour haute trahison envers votre pays. Mais d’ici là, nous trouverons peut-être d’autres chefs d’accusation.
- Attendez ! Je dois vous expliquer !… Vous devez me comprendre…
- Pas maintenant, Lieutenant. Vous avez droit à un avocat et tout ce que vous direz à partir de maintenant pourra être retenu contre vous. Nous allons vous rapatrier le plus vite possible à Washington.
Le lieutenant Roberts revint accompagné de deux MP à qui Harm donna
des ordres précis.
- Surveillez-le bien ! Je ne voudrai pas qu’il nous fausse compagnie, de quelque façon que ce soit, précisa-t-il avec tous les sous-entendus que cela impliquait.
L’infirmerie se vida mais Leïa resta là, à regarder celui qui avait été pendant des années son ami. Il l’avait trahi, avait voulu les conduire à la mort et au déclenchement d’une nouvelle guerre.
- Capitaine Walker ? appela Harm.
- Pourquoi, Steve? Demanda-t-elle en le fixant. Pourquoi tous ces mensonges ? Luke, les autres prisonniers.. Où sont-ils ?
- Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat, répondit Wilson.
- Luke était ton ami, c’était le parrain de ton fils, ton témoin à ton mariage. Que s’est-il passé ?
- Je… Je ne sais pas ce qu’est devenu Luke… nous avons été séparés le lendemain de notre capture. Ils l’ont emmené avec deux autres gars… je ne les ai jamais revu… j’ai présumé qu’ils étaient morts.
- Tu as présumé ! Espèce de salaud ! Tu as préféré trahir ton pays pour sauver ta vie. Ton fils va être fier de toi quand il va découvrir le pot aux roses dans la presse.
- Non !… Il ne doit rien savoir… Promets le moi !
- Te promettre ! Tu es peut-être celui qui a tué mon frère et
tu veux que je te protège ! Non ! Tu aurais mieux fait de mourir
là-bas, Steve, car je peux te promettre une chose : ce que tu as vécu
pendant ces neuf années n’est rien comparé à ce que tu vas endurer pendant
ton procès. Et cette promesse, je te jure que je vais la tenir.
La jeune femme quitta l’infirmerie hors d’elle . Elle n’avait plus envie de pleurer sur elle, sur son frère, sur Steve et tous les autres. Elle n’avait plus de larmes à verser, pour l’instant, elle s’en sentait incapable.
Le temps qu’elle regagne sa cabine, Leïa s’était un peu calmée. Elle
regarda les dossiers sur la tables, elle voulut les ranger et se surprit
à relire une page qui avait volé.
Tout à coup, un déclic se fit dans son esprit. Elle attrapa un autre dossier et le relut : son idée se précisait et se confirmait. Elle quitta la cabine en courant avec les dossiers sous le bras et se mit à la recherche du Capitaine Harm.
- Bud ! Vous savez où est Harm ?
- Il doit être avec le Commandant, Madame. Il voulait contacter l’Amiral Sheggwidden pour le rapatriement du Lieutenant Wilson.
- Suivez-moi ! J’ai peut-être trouvé quelque chose d’important.
Le jeune homme suivit son supérieur en courant. Ils arrivèrent devant
la cabine du Commandant dans laquelle ils pénétrèrent.
- Excusez-moi, Commandant, mais je voudrai parler au Capitaine Rabb avant qu’il n’appelle l’Amiral.
- C’est trop tard, Capitaine, dit une voix.
- Bonjour Amiral !
- Bonjour Capitaine Walker. Puis-je savoir ce que vous vouliez dire au Capitaine Rabb ?
- C’est au sujet du Lieutenant Wilson, Monsieur. Je pense qu’il n’a pas complètement menti.
- Quoi ! s’exclamèrent Harm et Bud en même temps. Qu’est-ce qui vous prend ? demanda le Capitaine.
- En rangeant les dossiers, je suis tombée sur cette feuille, expliqua-t-elle
en la tendant à Harm qui la lut.
- C’est la liste des disparus pendant la guerre du Golfe.
- En effet. Lisez-la, s’il vous plaît, à voix haute.
- Soldats de la force armée de l4ONU portés disparus et dont le corps n’a jamais été retrouvé : Leiutenant Luke Walker (US), Lieutenant Steve Wilson (US), Sergent Rogers (GB), Capitaine Picard (France). Je ne vois pas ce qui a p vous marquer.
- Le Capitaine ! s’écria Bud.
- C’est cela, Lieutenant Roberts. Wilson nous a dit dans son histoire qu’il y avait un capitane français dans le camp et il y en a effectivement un qui est porté disparu.
- Voyons, Capitaine. Ceux qui ont monté cette histoire l’ont sûrement appris par des espions et en piratant nos fichiers.
- Nous n’avons qu’une façon de le savoir, nous devons interroger Wilson une nouvelle fois. Je pense que nous n’aurons pas besoin de le forcer beaucoup pour qu’il se mette à table.
- Il y a une autre solution, Amiral, rétorqua Leïa.
- Laquelle ?
- Il y a deux avocats dans cette pièce, désignez en un d’office pour le défendre.
- Excusez-moi Capitiane, intervint Bud, mais je ne suis pas avocat… enfin pas encore.
- Et moi, rajouta Harm, vu le rôle que j’ai joué jusqu’à présent, je ne peux pas devenir son défenseur.
- Alors envoyez quelqu’un d’autre, Amiral ! Si nous rentrons maintenant et qu’il nous révèle qu’effectivement il y avait bien un Capitaine français là où il était, nous aurons perdu beaucoup de temps. Pour l’instant, ceux qui l’ont envoyé ne savent pas que leur plan a été découvert, nous devons faire vite. Amiral, le temps joue contre nous.
- Je comprends votre point de vue, Capitaine Walker, mais je ne peux
pas me permettre trop de fantaisie dans cette affaire.
- Sauf votre respect, Amiral, vous me devez cette fantaisie ! lâcha la jeune femme sur un ton sans réplique.
Un long silence s’installa dans la cabine. Les trois hommes regardaient
Leïa, certains plus surpris que d’autres par le ton qu’elle avait employé
envers leur supérieur hiérarchique.
- C’est d’accord. Je vous envoie quelqu’un le plus vite possible.
- Merci, Amiral !
- Capitaine Walker !
- Oui, Monsieur.
- C’est la dernière fois que vous employez ce ton avec moi, c’est bien entendu ?
- Permission de parler franchement ?
- Accordé !
- Je n’ai pas l’habitude de mélanger ma vie privée et mon travail, Monsieur, et vous le savez. Mais cette fois, j’avoue que j’ai outrepassé mes droits. Cette affaire me tient particulièrement à cœur et je suis sûre que vous avez bien compris la raison de mon impertinence.
- C’est la dernière fois que cela se produit, Capitaine.
- Oui, Monsieur !
- Bien… Tenez-moi informé du suivi de cette affaire.
- A vos ordres ! répondit H