Chapitre 3

Le lendemain matin
1er Juillet 1863
6h30

Bud sauta en bas de son cheval et entra dans la maison.

Il se rendit directement à la cuisine où les domestiques s’étaient réunis.

Il envoya chercher Sarah et Harriet. Mais seule Harriet descendit.

_ « Bud !...Euh, je veux dire lieutenant Roberts…que me vaut votre visite si matinale ? » demanda Harriet

_ « Je ne voudrais pas vous inquiéter, madame…mais je souhaiterais voir le capitaine Rabb et je… »

_ « Oh mais il fallait le demander tout de suite…Allons, suivez-moi, je vous conduis à sa chambre. Je l’ai entendu arriver cette nuit…il doit encore dormir à l’heure qu’il est »

Harriet conduisit Bud à la chambre d’Harm.

Elle frappa mais n’obtint aucune réponse. Elle se décida à entrer.

Elle eut la surprise de voir que le lit n’était pas défait et que rien n’indiquait qu’Harm avait passé la nuit dans la chambre.

_ « Peut-être est-il…enfin je veux dire que madame Mackenzie… » Bafouilla Bud avant de rougir jusqu’aux oreilles.

_ « Vous avez raison. Sarah doit savoir où nous pouvons trouver le capitaine… » Répondit Harriet, ignorant ce que Bud avait maladroitement voulu dire.

Elle frappa donc à la porte de la chambre de son amie. Mais elle n’obtint aucune réponse.

Troublée, elle hésita avant d’entrer dans la pièce.

Une partie de sa pensée craignait de trouver Harm dans le lit de Sarah.

Mais ce ne fut pas le cas. La chambre était vide.

Ils redescendirent les escaliers. En passant devant la bibliothèque, Harriet remarqua que la porte n’était pas complètement fermée.

Elle entra dans la pièce suivie par Bud et alla ouvrir les rideaux.

Elle se tourna vers le divan et sursauta.

Harm et Sarah y étaient allongés et dormaient profondément dans les bras l’un de l’autre.

Harm fut le premier à ouvrir les yeux. Il éclata de rire en voyant, devant lui, Bud et Harriet rouges de confusion.

_ « Bonjour lieutenant, Harriet… » Annonça t-il sans cesser de sourire.

Il réveilla tendrement Sarah en l’embrassant sur la joue.

_ « Sarah… » Lui murmura t-il à l’oreille.

Sarah ouvrit lentement les yeux.

Elle se sentit d’abord gênée d’être surprise, ainsi, dans les bras de Harm, mais lorsqu’elle se rendit compte que Bud et Harriet étaient encore plus gênés qu’elle, elle ne put s’empêcher de sourire.

_ « Vous vouliez me voir lieutenant ? » demanda Harm en se levant

_ « En effet capitaine. C’est pour aujourd’hui, monsieur. Les Sudistes ont attaqué à l’aube » annonça le jeune lieutenant.

_ « Ils attaquent Gettysburg ? » demanda Harm

_ « Oui monsieur. Nous arrivons à les contenir pour l’instant mais les combats sont acharnés et tous nos hommes sont mobilisés. Le général Cresswell m’envoie vous chercher. »

_ « Si je comprends bien, je peux dire adieu à ma permission d’une semaine » soupira Harm

_ « Je suis désolé capitaine »

_ « C’est bon Bud. Je vais chercher mes affaires. Je vous rejoins tout de suite »

Sur ces mots, Harm prit Sarah par la main et l’entraîna hors de la pièce.

Elle le suivit jusqu’à la chambre et le regarda ranger ses affaires.

_ « Harm je…j’ai peur » murmura t-elle

Harm se tourna vers elle et vit à quel point elle était pâle. Il s’approcha d’elle et l’attira contre lui.

_ « Sarah…Non, ne pleurez pas… » Chuchota t-il, le visage enfoui dans les cheveux de la jeune femme.

_ « Promettez-moi…promettez-moi de faire attention à vous…S’il vous arrivait quelque chose…je ne le supporterais pas… J’ai besoin de vous » annonça Sarah, en sanglotant, blottit dans les bras d’Harm.

_ « Je ne laisserais rien ni personne détruire notre amitié… »

_ « Oh Harm…pourquoi faut-il que tout soit si compliqué entre nous ? »

Harm se détacha de Sarah et la regarda dans les yeux.

_ « Rien n’est compliqué…Cette maudite guerre nous a permit de nous rencontrer, elle ne nous séparera pas. Faites-moi confiance. Non, Sarah, ne pleurez pas… »

Harm reprit Sarah dans ses bras et la berça.

_ « Embrassez-moi… » Murmura t-elle.

Harm la regarda longuement dans les yeux avant de pencher son visage vers le sien.

Sarah glissa ses mains autour de son cou et ferma les yeux lorsqu’elle sentit les lèvres d’Harm toucher les siennes.

Elle sentit une vague de désir la traverser tout entière et ne put retenir un soupir de plaisir.

Les lèvres d’Harm descendirent le long du cou de Sarah, jusqu’au creux de son épaule et Sarah sentit un plaisir intense l’envahir.

_ « Capitaine…veuillez m’excuser mais nous sommes attendus » annonça Bud, derrière la porte de la chambre.

Harm se redressa brusquement et regarda Sarah.

Il vit la passion qui brûlait dans ses yeux et il eut soudain envie de la porter dans ses bras jusqu’au lit derrière eux.

Mais sa raison le ramena à la réalité.

_ « J’arrive tout de suite, Bud »

Il s’écarta de Sarah.

_ « Je dois y aller… » Murmura t-il

_ « Je sais… » Soupira t-elle, résignée

Elle glissa sa main dans la sienne et l’accompagna jusque sur le perron où l’attendait Bud, déjà en selle, et Harriet.

Sarah oublia le monde autour d’elle et s’accrocha au cou d’Harm.
Harm enfouit son visage dans le cou de la jeune femme, s’imprégnant une dernière fois de la douceur et du parfum de sa peau.

Sarah s’agrippait à lui et ne voulait plus le lâcher. Il dû lui-même mettre fin à cette étreinte, à contrecœur, et détacha les bras que la jeune femme avait noué autour de son cou.

Sarah rejoignit Harriet qui passa un bras autour de sa taille. Les deux jeunes femmes retinrent tant bien que mal leurs larmes et regardèrent partir les deux officiers.

A peine leurs chevaux eurent-ils franchi les limites de la propriété que Sarah éclata en sanglots dans les bras d’Harriet.

 

Le lendemain matin
2 Juillet 1863, 8h00

Les blessés étaient évacués à l’extérieur de la ville et Sarah avait transformé le rez-de-chaussée de sa maison en hôpital de fortune.

Sa propriété étant située au Nord de la ville, elle était éloignée des combats mais, en tendant l’oreille, on pouvait entendre le grondement lointain des canons.

Sarah était allée en ville demander de l’aide et n’avait pas été déçue.
De nombreuses femmes s’étaient portées volontaires pour venir chez elle aider à soigner les blessés.

L’amiral, en retraite, AJ Chegwidden et sa femme Meredith avaient été les premiers à venir aider Sarah. Etant des amis de longue date de la jeune femme, ils n’avaient pas hésité un seul instant à proposer leurs services.

L’amiral, ayant servi comme médecin dans la marine, mettait ses connaissances au service des nombreux blessés qui emplissaient la maison de Sarah.

 

Sarah sortit sur le perron et s’essuya le front d’un revers de la main.

En dépit de l’heure matinale, l’atmosphère était étouffante et annonçait déjà les ardeurs du ciel bleu de midi et le soleil implacable.

Sarah s’assit sur la dernière marche du perron et essaya de mettre de l’ordre dans ses idées.
Elle se demanda comment avait bien pu se passer la bataille de la veille et comment pouvait bien se passer celle de ce jour-là.

Comme c’était étrange qu’une grande bataille se déroulât à quelques milles de soi et d’ignorer complètement la tournure que prenaient les événements.

Sarah se sentait tellement seule, tellement abandonnée. Elle aurait tant aimé qu’Harm fût là.

Lui aurait su la rassurer, lui aurait su apaiser ses craintes.

Sarah ferma les yeux et s’imagina reposant dans les bras d’Harm sous la véranda.

La voix d’Harriet la tira de ses rêveries.

_ « Sarah…tu vas bien ? » lui demanda Harriet avant de s’asseoir à côté d’elle.

_ « Harriet je…j’ai si peur » répondit Sarah en prenant son visage dans ses mains.

Harriet passa un bras autour de ses épaules et la serra contre elle.

_ « Ma chérie, calme-toi…je t’en prie. Je suis sûre qu’Harm va bien…Tu vas bientôt le revoir. »

Sarah releva la tête et fixa Harriet dans les yeux.

_ « Ce matin, en me levant, je…j’ai eu un mauvais pressentiment. Je…je sais que c’est mal de penser comme cela mais…Oh Harriet…je ne sais pas ce que je deviendrais s’il… »

_ « Ne dis pas n’importe quoi…Tiens, regarde…on nous apporte de nouveaux blessés…Aller, debout. Nous avons du travail. »

Harriet et Sarah se levèrent.

_ « Tu sais…je pense beaucoup à Bud mais…disons que j’évite les idées noires. C’est difficile mais nous nous devons d’être fortes… » Continua Harriet.

_ « Tu as raison »

Sarah sécha rapidement ses larmes lorsqu’un jeune sergent s’approcha d’elle.

_ « Bonjour madame Mackenzie, madame Sims. Je vous amène de nouveaux soldats. Nous les avons récupéré cette nuit. Nous ignorons leurs identités.»

_ « Ne vous inquiétez pas de cela. Nous nous occupons chaque jour de dresser une liste des blessés qui se trouvent ici. Voici celle que nous avons remise à jour ce matin. J’aimerai que vous la communiquiez au général Cresswell. » Annonça Sarah

_ « Bien sûr madame. Ce sera fait dès mon retour »

Sarah remercia le jeune sergent et entra dans la maison.

Elle retourna dans le grand salon pour prévenir l’amiral Chegwidden de l’arrivée de nouveaux blessés.

_ « Sarah…justement je vous cherchais… » Annonça l’amiral

_ « De nouveaux blessés viennent d’arriver et je… »

_ « J’ai entendu le martèlement des chevaux. Sarah, nous avons un problème »

_ « Un problème ? Ce sont les médicaments ? Les pansements ? Dans ce cas, je peux demander au sergent de… »

L’amiral leva la main pour l’interrompre.

_ « Il ne s’agit pas de cela, Sarah. Nous manquons de place »

_ « Oh mais ce n’est pas un problème. Nous pouvons effectuer un tri »

_ « Un tri ? »

_ « Bien sûr…Il y a de nombreuses chambres inoccupées à l’étage. Nous pouvons y installer les convalescents…ils ne nécessitent pas de soins particuliers. Ils n’ont pas besoin d’une surveillance constante »

_ « Sarah, en voilà une idée de génie ! » s’exclama l’amiral, en serrant la jeune femme dans ses bras.

Sarah s’éclipsa et monta l’escalier. Elle ouvrit les portes des chambres libres et entreprit de préparer les lits, aidée par Harriet et Cassie, la jeune domestique.

Rapidement, les convalescents furent installés à l’étage. Tout aussi rapidement, leurs places au rez-de-chaussée furent occupées par les nouveaux blessés qui venaient d’arriver.

Sarah alla chercher une cruche remplie d’eau fraîche à la cuisine et retourna auprès des blessés. Elle s’agenouilla à côté de chacun d’eux, sa tasse pleine à la main, et leur soutint la tête pour les aider à boire.

Brusquement, elle sentit quelqu’un tirer si fort sur sa robe, qu’elle manqua de renverser sa tasse sur la tête d’un jeune soldat à côté duquel elle venait de s’agenouiller.

_ « Je m’occupe de vous tout de suite. Encore quelques secondes de patience. » Annonça t-elle en se tournant vers le soldat allongé à côté d’elle, tout en détachant sa main qui était toujours agrippée à sa robe.

_ « Sarah…Sarah, ma douce… »

Elle releva la tête et sursauta. Elle aurait reconnu ses yeux bleus entre mille.

_ « Harm… »

La voix de Sarah se brisa et des larmes se mirent à couler sur ses joues.

_ « Hé…non, Sarah, ne pleurez pas »

Harm essuya ses larmes avec son pouce.

_ « Oh Harm…Vous êtes blessé…Je vais demander à l’amiral de venir tout de suite vous soigner » annonça Sarah en se levant.

Harm la rattrapa par la main et la fit se rasseoir à côté de lui.

_ « J’attendrais mon tour comme tout le monde… » Murmura t-il

_ « Pourquoi…pourquoi ne m’avez-vous pas appelé lorsque vous êtes arrivé ? »

_ « J’étais dans les vapes…Avant tout, je crois que j’aurais besoin d’un bon bain » soupira Harm

_ « Et vous osez vous présenter devant moi aussi sale, c’est une honte capitaine Rabb ! » s’exclama Sarah en souriant

Harm essaya de répondre à son sourire mais au lieu de cela, il ne put s’empêcher de grimacer.

_ « Oh mon dieu, vous souffrez ? Dites moi…où avez-vous mal ? »

Sarah se pencha vers Harm et prit son visage dans ses mains.

_ « Ma tête…ma tête me fait souffrir et ma jambe droite… »

Sarah nettoya son visage et sa tête avec de l’eau fraîche puis y chercha une blessure.

Mais elle n’en trouva pas. En revanche, une entaille assez importante se dessinait sur sa cuisse.

_ « Je vais chercher de quoi faire un pansement en attendant l’amiral » annonça Sarah

_ « Non, Sarah, restez avec moi » murmura Harm

Il prit la main de Sarah dans la sienne et la porta à ses lèvres.
Il embrassa chacun de ses doigts avant de les entrelacer avec les siens.

Sarah sentit une douce chaleur se diffuser au creux de son estomac et son cœur se mit à battre plus vite.

Son regard glissa des yeux d’Harm vers ses lèvres et elle eut soudain très envie de les embrasser, de sentir cette caresse si tendre qui lui avait tant manqué.

Elle se pencha lentement vers lui et posa un baiser sur ses lèvres.
Mais trop vite, ils durent se séparer.

_ « Je vais demander que l’on vous transporte dans ma chambre. Je vous veux près de moi » murmura Sarah en caressant le visage d’Harm.

_ « Non, je ne veux pas être favorisé par rapport à mes hommes…Ce ne serait pas correct et je… »

Sarah posa un doigt sur ses lèvres pour le faire taire.

_ « Chut…Ne dites pas n’importe quoi…Il ne s’agit pas de favoritisme. Des soldats occupent déjà des chambres à l’étage »

_ « Dans ce cas, j’accepte… »

_ « De toute manière, vous n’êtes pas vraiment en état de refuser, capitaine… » Chuchota Sarah en souriant.

Elle s’écarta légèrement lorsque l’amiral s’agenouilla à côté d’Harm.

_ « Bonjour, je suis l’amiral A-J Chegwidden »

_ « Capitaine Harmon Rabb »

_ « D’accord, je vois que vous avez une vilaine entaille à la jambe droite mais cela ne semble pas trop profond. Vous n’aurez pas besoin de points de suture…juste d’un bon pansement bien serré. Mais je crois, qu’avant tout, il faudrait vous déshabiller et vous laver. Cela me permettrait de voir si vous avez d’autres blessures. »

_ « Amiral, je pensais installer le capitaine dans ma chambre…elle est encore libre…et puis ce sera plus pratique si vous souhaitez le changer. » annonça Sarah

L’amiral leva les yeux vers elle et lut dans son regard les sentiments qui habitaient son cœur.
Mais il ne fit aucun commentaire et se contenta d’acquiescer.

_ « C’est d’accord…Trouvez quelqu’un pour vous aider à l’installer à l’étage. Ma femme va venir vous aider pour… »

_ « Je suis assez grand pour me laver seul… »Annonça Harm en souriant.

_ « J’en suis sûr mais je ne veux pas vous laisser sans surveillance. Sarah, allez chercher ma femme et demandez-lui de rester avec le capitaine pendant qu’il se changera. »

_ « Monsieur, j’ai été mariée pendant de nombreuses années et je…enfin j’ai déjà vu un homme nu… » Chuchota Sarah qui ne put s’empêcher de rougir.

_ « D’accord. Faites comme vous voulez. Moi, ce qui m’intéresse, c’est que le capitaine soit propre et en état de recevoir mes soins lorsque je viendrais dans la chambre. »

_ « Je m’occupe de tout, amiral » lui répondit Sarah

Elle demanda l’aide de soldats convalescents pour transporter Harm dans sa chambre.

Elle lui prépara tout le nécessaire pour sa toilette et l’aida à se déshabiller.

_ « Il y a injustice… » Annonça Harm, assis sur le bord du lit, tandis que Sarah l’aidait à enfiler une chemise ayant appartenue à son mari.

_ « Et pourquoi donc ? »

_ « Eh bien, vous m’avez vu nu et, de mon côté, je n’ai eu droit qu’à votre joli sourire…ce n’est pas juste… » Répondit Harm en lui offrant son plus beau sourire.

Mais très vite, une grimace remplaça son sourire.

_ « Allons…Allongez-vous…Je vais chercher l’amiral. »

Harm attrapa Sarah par la taille et caressa sa joue.

_ « Harm, arrêtez…il faut vraiment que j’aille chercher l’amiral. Il faut vous soigner… » Murmura Sarah, la voix chargée de désir.

Harm relâcha son étreinte à contrecoeur et laissa Sarah s’en aller.