Chapitre 2
Quelques jours plus tard
18 Juin 1863
2h00 du matin
Sarah ne cessait de se retourner dans son lit, ne parvenant pas à trouver le sommeil.
Elle tendit l’oreille : des bruits lui parvenaient de la chambre voisine.
Ainsi donc, Harm ne dormait pas lui aussi.
Elle se leva, enfila son peignoir et sortit de sa chambre.
Elle hésita un moment, devant la chambre d’Harm. Etait-ce bien convenable qu’une femme se rende ainsi dans la chambre d’un homme ? Sarah haussa les épaules et frappa discrètement à la porte.
Harm lui ouvrit et l’invita à entrer sans poser de questions.
_ « Vous ai-je réveillé ? » demanda t-il
_ « Non pas du tout. Je ne dormais pas. J’ai entendu des bruits dans votre chambre alors je me suis permise de… »
_ « Vous avez bien fait. J’aime beaucoup votre compagnie, Sarah »
_ « J’aime également votre compagnie, Harm… Qu’étiez-vous en train de faire lorsque je vous ai dérangé ? »
Sarah s’approcha du bureau où Harm s’était rassis et regarda par-dessus son épaule.
Le bureau était recouvert de cartes, croquis en tout genre.
_ « J’étudie une proposition d’attaque. De ce fait, je serais parti quelques jours… »
Harm vit Sarah pâlir. Craignant qu’elle ne s’évanouisse, il plaça ses mains autour de sa taille.
_ « Hé ! Je vais juste rendre compte de la situation à Washington et je… »
_ « Vous mentez…Dites-moi la vérité »
_ « Washington est menacée par l’armée confédérée »
_ « Oh seigneur ! Mais que va-t-il se passer ? »
_ « Je n’en sais rien. Nous allons tout faire pour les repousser le plus loin possible. »
_ « Promettez-moi…promettez-moi de revenir sain et sauf…S’il vous arrivait quelque chose… »
_ « Je vous le promets… » Murmura t-il
D’une main tremblante, elle lui caressa les cheveux.
Elle sentit ses yeux s’emplirent de larmes. Elle ferma un instant les paupières mais une larme s’échappa et glissa le long de sa joue.
Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle se trouvait assise sur les genoux d’Harm, la tête dans le creux de son épaule, blottie dans ses bras.
Elle ne fit pas un geste pour s’extraire de ses bras comme toute femme bien élevée devait le faire.
Elle en avait plus qu’assez de toutes ces convenances stupides.
Elle glissa sa main derrière la nuque d’Harm et appuya son visage contre le sien.
Elle ne sut combien de temps ils restèrent ainsi mais ce fût la voix du lieutenant Roberts qui les fit se ressaisir.
_ « Capitaine, il est 5 heures… » Annonça le jeune lieutenant derrière la porte.
Sarah croisa le regard d’Harm. Il plaça un doux baiser sur son front avant de l’inviter à se lever.
Il alla ouvrir la porte au lieutenant Roberts qui vira au rouge brique lorsqu’il aperçut Sarah dans la chambre, en peignoir.
_ « Je me prépare et je descends tout de suite, Bud » annonça Harm
_ « Bien capitaine…je…j’ai fait un peu de bruit et je…j’ai réveillé Harriet…euh madame Sims et elle…elle s’est proposée pour nous préparer un petit déjeuner »
_ « C’est très bien, Bud. J’arrive tout de suite »
Harm referma la porte et se tourna vers Sarah qui n’avait pas bougé.
_ « Nous y voilà… » Soupira t-il
_ « J’aimerai tellement avoir le pouvoir de vous garder ici… » Murmura t-elle
_ « Je sais… » Chuchota t-il
Il s’approcha d’elle et prit ses mains dans les siennes. Il les caressa un moment, ses yeux rivés aux siens.
Puis, brusquement, il lui entoura la taille et l’attira dans ses bras.
Il l’embrassa lentement, savourant chaque instant, comme si ce baiser devait être le dernier.
Oubliant toutes les convenances, il laissa sa bouche descendre le long de sa gorge jusqu’à l’endroit où un ruban fermait son corsage.
_ « Douce…ma douce… » Murmura t-il
Bien que tout fût confus en elle, Sarah retrouva sa présence d’esprit, son sang-froid, et elle se rappela ce qu’elle avait un instant oublié.
Elle ne devait pas tomber amoureuse…elle ne pouvait pas…elle ne devait pas s’attacher à lui…elle ne voulait pas le perdre…elle ne devait pas lui laisser espérer que…
Elle se ressaisit et, d’une seule détente, s’arracha aux bras d’Harm.
Pendant un moment, ils restèrent face à face sans pouvoir parler.
_ « Nous…nous ne pouvons pas… » Chuchota Sarah
_ « Je sais… »
Harm baissa les yeux. Sarah prit sa main dans la sienne et posa un baiser dans sa paume.
Lorsqu’il la regarda à nouveau, elle lut dans ses yeux combien il souffrait et elle s’en voulut d’en être la cause.
Refusant de résister plus longtemps à ce désir qui la poussait à agir, elle se hissa sur la pointe des pieds et colla sa bouche à la sienne.
Sarah ne laissa pas à Harm le temps de la retenir et sortit de la pièce rapidement.
Il resta un moment interdit, surprit par le furtif baiser que venait de lui donner Sarah.
Harm venait de comprendre qu’il était amoureux d’elle mais l’attitude amicale de la jeune femme à son égard ne lui avait jamais laissé espérer que…
Mais il devait bien se rendre à l’évidence que Sarah n’était pas aussi insensible qu’elle avait bien voulu le laisser paraître jusqu’à maintenant.
Sarah et Harriet regardèrent les deux hommes se diriger vers l’écurie pour récupérer leurs chevaux.
Harm se retourna et adressa un long sourire à Sarah qui y répondit sans hésitation. Harriet jeta un regard à son amie et la vit rougir.
Tandis qu’ils sellaient leurs chevaux, Bud remarqua qu’Harm n’était pas comme d’habitude.
Il hésita un moment avant d’aborder ce sujet délicat avec son supérieur.
_ « Capitaine ? Veuillez excuser ma maladresse mais je vous trouve un peu perturbé. Auriez-vous des ennuis ? » Demanda le jeune lieutenant.
_ « Non pas du tout. Où êtes-vous allé chercher cela, Bud ? Non, tout va bien…c’est juste que je me fais du souci pour madame Mackenzie…je crains pour sa sécurité »
_ « Oh…je comprends. C’est tout à fait normal de s’inquiéter pour la femme que l’on aime. » Répondit Bud
A peine sa phrase avait-elle été prononcée, que Bud se mordit les lèvres. Ses paroles avaient dépassé sa pensée.
Harm le regardait, un sourire aux lèvres.
_ « Dites donc, Bud, si vous continuez sur ce terrain, je vais vous questionner sur votre relation avec la très charmante Harriet… »
Bud vira au rouge brique et se mit à bafouiller.
_ « Mais monsieur…je…enfin il n’y a rien entre Harriet…euh…madame Sims et moi »
_ « A d’autres, Bud ! Vous ne vous êtes pratiquement pas quittés des yeux durant toute la durée de notre séjour… »
_ « Ce…ce n’est pas ce…ce que vous croyez » se défendit Bud, toujours aussi rouge
_ « Je ne vous juge pas, Bud…Oubliez pendant un instant que je suis votre supérieur…Alors, dites-moi tout »
_ « Je crois bien que je suis amoureux, monsieur »
_ « C’est bien ce que je pensais…Harriet est une femme parfaite pour vous, Bud »
_ « Merci monsieur. Je peux dire la même chose pour vous et madame Mackenzie…Vous l’aimez, n’est-ce pas ? »
_ « Cela se voit tant que cela ? » demanda Harm
Bud acquiesça.
_ « D’accord, j’avoue tout…Ses lèvres sont si douces que j’aimerai passer toute la journée à les embrasser » soupira Harm
_ « Vous…vous l’avez embrassé, monsieur ? »
Bud paraissait surprit.
_ « Oui…Ne me dites pas que vous n’avez pas embrassé Harriet au moins une fois… »
Bud vira de nouveau au rouge brique et recommença à bafouiller.
_ « Oubliez ma question, Bud ! La réponse se lit sur votre visage ! » S’exclama Harm qui éclata de rire.
Après le départ des deux hommes, Harriet alla retrouver Sarah dans sa chambre.
Lorsqu’elle entra dans la pièce, elle la trouva debout devant la fenêtre.
Elle la vit essuyer rapidement ses joues en entendant ses pas sur le plancher.
Sarah alla s’asseoir sur le bord du lit et invita Harriet à la rejoindre.
_ « Sarah…dis-moi ce qui ne va pas…Je sens que tu n’es pas bien… » Murmura Harriet en entourant les épaules de Sarah avec ses bras.
_ « Tout va bien…Ne t’inquiète pas…c’est juste que…je me fais du souci pour Harm et Bud…J’ai peur qu’il leur arrive quelque chose »
_ « Sarah, sois sincère…Tu ne me dis pas tout, n’est-ce pas ? »
_ « Je t’assure que je te dis la vérité : je me fais du souci pour Harm et pour… »
_ « Le capitaine est très séduisant. Il a des yeux magnifiques, tu as remarqué ? »
_ « Harriet, s’il te plait, arrête de me parler de lui…c’est déjà assez difficile comme cela… »
_ « Tu ne serais pas en train de tomber amoureuse du beau capitaine aux yeux bleus, par hasard ? » chuchota Harriet
_ « Je n’ai pas besoin de cela en ce moment » soupira Sarah
_ « Ce n’est pas une réponse çà,…c’est une échappatoire. Moi je veux une réponse…la vérité. Dis-moi… »
Sarah releva la tête et regarda Harriet.
_ « Je…je l’aime…Oh mon dieu, c’est affreux… » Annonça t-elle d’une voix tremblante.
Elle éclata en sanglots et Harriet la serra dans ses bras.
_ « Arrête de dire des bêtises ! C’est merveilleux ! »
_ « Mais non ! S’il se faisait tuer, je crois que je ne le supporterais pas ! Je m’étais jurée de ne plus jamais tomber amoureuse…De toute manière, les histoires d’amour se terminent toujours en souffrance »
_ « Tu dis n’importe quoi. Il ne lui arrivera rien du tout. Il va revenir et vous serez très heureux tous les deux…Tu as le droit au bonheur toi aussi. Tu le mérite, crois-moi »
_ « Oh Harriet…jamais on ne m’avait embrassé comme il l’a fait, jamais je n’avais ressentit çà…c’était magique. C’est à ce moment-là que j’ai compris que, malgré tout ce que j’avais fait pour que cela n’arrive pas, j’étais bel et bien amoureuse de lui. »
_ « Alors comme çà, une belle dame aussi bien élevée que toi s’est laissée embrasser par un séduisant capitaine de passage. Cà ne te ressemble pas du tout… » La taquina Harriet
_ « Tu peux bien parler ! Je ne suis pas allée voir ce que tu as fait avec le lieutenant Roberts. Je vous ai trouvé plutôt liés tout les deux, non ? » La taquina Sarah en retour.
Harriet rougit jusqu’aux oreilles et Sarah éclata de rire.
_ « Bud t’a embrassé, c’est çà ? » continua Sarah
_ « Oui mais je n’aurais pas dû…Cela fait à peine deux ans que je suis veuve et je…enfin ce n’est pas correct »
_ « Je sais combien tu aimais ton mari mais…Harriet, tu es jeune, tu ne dois pas laisser passer ta chance d’être heureuse avec Bud. Ton mari n’aimerait pas te voir gâcher ta vie »
_ « Tu as raison mais toi…Tu refuse bien l’idée d’être heureuse avec Harm »
_ « Je ne sais plus quoi faire, ni quoi penser…Peut-être, qu’après tout, il ne ressent rien pour moi et que c’était juste une façon, pour lui, de s’amuser… » Annonça Sarah
_ « Je ne crois pas…Harm n’est pas ce genre d’hommes. Sarah, je suis sûre qu’il est sincère et qu’il t’aime profondément »
_ « Soit, l’avenir le dira. A son retour, nous mettrons les choses au clair et s’il…eh bien s’il m’aime vraiment, nous envisagerons la suite à donner à cette relation. Pour l’instant, je refuse d’y réfléchir plus longtemps »
_ « Tu as raison. C’est la meilleure chose à faire en ce moment »
Sur ces mots, Harriet se leva et embrassa Sarah sur la joue.
_ « Je retourne me coucher. A tout à l’heure. » Annonça t-elle
Sarah acquiesça et regarda Harriet s’éloigner.
Lorsqu’elle entendit la porte de la chambre d’Harriet claquer, Sarah se leva et se rendit dans la chambre qu’avait occupé Harm durant son séjour.
Elle entra dans la pièce et ferma la porte derrière elle. Son regard se porta immédiatement sur le lit défait.
Elle s’approcha et s’assit sur le bord du lit.
Du bout des doigts, elle caressa l’oreiller chiffonné. Elle sentit son chagrin la submerger.
Refusant d’y résister plus longtemps, elle enfouit son visage dans l’oreiller et se mit à pleurer.
Quelques jours plus tard
Dans la bibliothèque
Le 30 Juin 1863, 0h20
Tout le monde était allé se coucher depuis longtemps et la grande demeure était silencieuse.
Seuls des bruissements de page parvenaient de la bibliothèque.
Sarah, n’arrivant pas à trouver le sommeil, avait décidé de rester dans la bibliothèque pour lire.
Son peignoir resserré autour d’elle, elle était allongée sur le divan, la lampe posée sur le guéridon éclairait suffisamment pour qu’elle puisse lire.
Elle lisait ainsi depuis plus de trois heures mais se refusait à aller se coucher avant d’avoir terminé son chapitre, malgré le sommeil qui l’envahissait.
Elle ne se rendit pas compte qu’elle s’endormait. Sa main laissa glisser le livre qui tomba sur le tapis moelleux sans la réveiller.
Alors qu’elle dormait depuis une ½ heures, quelque chose de doux et chaud caressa ses cheveux avant de descendre vers sa joue.
Sarah n’y prêta pas attention et se contenta de pousser un long soupir.
Mais cette chose si douce et si chaude ne s’arrêta pas en si bon chemin. Elle descendit jusqu’à ses lèvres dont elle alla jusqu’à tracer le contour.
S’en était trop pour Sarah qui, curieuse, décida d’ouvrir les yeux. Elle sursauta avant de se jeter dans les bras de l’homme qui se trouvait agenouillé devant elle.
_ « Harm ! Oh mon dieu ! » S’exclama Sarah d’une voix rendue tremblante par l’émotion.
_ « Hé ! Je vous avais bien dit que je reviendrais ! » Répondit celui-ci en la serrant contre lui.
Sarah s’écarta de lui et l’invita à venir s’asseoir à côté d’elle sur le divan.
Leurs regards se croisèrent…
Sans se quitter des yeux, Harm attira Sarah dans ses bras.
Sa bouche rencontra la sienne, lui écarta les lèvres, communiqua à son corps d’agréables frissons, éveilla en elle des sensations dont elle se serait crue incapable.
_ « Arrêtez…je vous en prie, je vais m’évanouir » murmura t-elle en essayant faiblement de détourner les lèvres.
Harm écarta légèrement son visage de celui de Sarah.
Ils restèrent quelques instants ainsi, dans les bras l’un de l’autre, sans parler.
Mais bientôt, la bouche d’Harm reprit possession des lèvres de la jeune femme et Sarah répondit à ses baisers avec le même désir, le même besoin de le sentir ainsi contre elle.
S’il ne s’arrêtait pas, elle allait s’évanouir. Si seulement il s’arrêtait…si seulement il voulait ne jamais s’arrêter.
Pendant un moment, Harm resta immobile, la tête de Sarah appuyée au creux de son épaule. Il s’écarta un peu d’elle et posa son regard sur elle.
Elle rouvrit les yeux et s’aperçut que ceux d’Harm étaient fixés sur elle. Elle ne put supporter longtemps son regard et baissa les yeux.
Harm la prit par le menton et lui releva la tête.
_ « Dois-je comprendre que vous acceptez ma présence à vos côtés? » murmura t-il
Sa voix reflétait son émotion et son inquiétude.
_ « Oui…Mais il faut me promettre de faire preuve de beaucoup de patience et laisser le temps nous guider.» chuchota t-elle.
Un grand sourire éclaira le visage d’Harm.
Il attira Sarah contre lui et la serra étroitement dans ses bras.