Chapitre 1
Au nord de Gettysburg
1er juin 1863
Sarah s’assit sous la véranda et regarda longuement le paysage autour d’elle.
Ce geste lui était si familier qu’elle était capable de décrire tout ce qui l’entourait avec une précision sans limite.
Sarah Mackenzie avait 34 ans et était veuve depuis 5 ans déjà.
La nature avait choisi de ne pas lui donner d’enfants et Sarah en souffrait terriblement.
Son mari l’avait quitté 5 ans auparavant pour s’en aller en Californie avec une autre femme. Mais la mort l’avait rattrapé quelques mois à peine après son arrivée.
Sarah avait donc hérité de toute sa fortune ainsi que de cette belle demeure, perdue au milieu de ce grand domaine au nord de Gettysburg.
Sarah se leva et descendit lentement les marches du perron. Il y avait tant de grâce paisible dans sa marche, dans les lents mouvements de sa crinoline.
Sarah était grande, son cou rond et mince que dégageait le fourreau de taffetas bleu foncé de son corsage, était d’un blanc laiteux et mettait en valeur sa chevelure luxuriante emprisonnée dans une résille. Ses yeux marron fendus en amande et ses cheveux foncés ne faisaient que ressortir l’agréable contour de ses joues arrondies.
Mais ce n’était qu’à la vie que le visage de Sarah avait pu emprunter sa fierté sans limite et son charme légendaire.
Elle était une femme d’une beauté surprenante sur qui les années semblaient glisser sans réussir à altérer cet éclat dans ses yeux, cette chaleur dans son sourire, cette vivacité dans sa voix au timbre si harmonieux. Elle s’exprimait d’un ton traînant et doux, dans lequel on pouvait ressentir ses origines géorgiennes.
Sarah était née et avait vécu à Savannah. Sa famille était une des plus aisées mais également une des plus aimées de Savannah.
Sarah avait donc était très triste lorsque, après son mariage, il lui fallut définitivement partir si loin de ceux qu’elle aimait, pour venir s’installer à Gettysburg, dans une ville dont Sarah connaissait à peine le nom. Mais grâce à sa gentillesse et à sa simplicité, elle avait rapidement conquis le cœur d’une majorité des habitants de cette ville où elle était désormais aimée et respectée.
Lorsque cette guerre entre Nord et Sud avait éclaté, le cœur de Sarah s’était arrêté de battre l’espace d’un instant.
Elle s’était retrouvée tiraillée entre son amour pour le Sud qui l’avait vu grandir, et son affection pour le Nord qui l’avait si bien accueillie et intégrée lors de son arrivée des années auparavant.
Elle avait pleuré des nuits durant, priant pour ceux qu’elle aimait, maudissant cette guerre qui ne faisait que du tort à cette jeune nation jusque-là si prospère et promise à un grand avenir.
_ « Sarah ! Des soldats arrivent !! » S’exclama Harriet.
Sarah releva les yeux et tourna la tête dans la direction d’où provenait le martèlement des chevaux.
Elle monta les marches du perron et rejoignit Harriet qui, apeurée, ne cessait de bouger.
_ « Je vais chercher le revolver d’oncle Matthew ! » s’écria Harriet en entrant dans la maison.
_ « Harriet, n’y touche pas ! Il est en mauvais état, tu pourrais te blesser ! » Lui répondit Sarah en la rattrapant par la taille.
_ «On a vu bien pire que cela, n’est-ce pas ? » continua t-elle
Harriet réussit à sourire.
Depuis la mort de son mari, au début de la guerre lors de la bataille de Bull Run dans le nord de la Virginie, Harriet était venue vivre avec ses deux enfants chez Sarah qui s’inquiétait pour sa sécurité.
Harriet était une jeune femme blonde aux yeux bleus âgée de 28 ans. Elle était mère d’un petit garçon de 6 ans, Jimmy, et d’une petite fille de 4 ans, Margaret.
Il y avait entre Harriet et Sarah une amitié solide reposant sur un secret bien gardé par les deux jeunes femmes.
Sarah regarda les deux cavaliers yankees mettre pieds à terre.
Le premier s’avança vers les deux jeunes femmes et Sarah vit les galons de capitaine sur la veste de son uniforme.
Elle fut surprise par sa taille. En effet, le jeune capitaine la dépassait d’une tête.
Sarah ne put s’empêcher de le détailler brièvement. Elle dû reconnaître qu’il était bel homme : ses cheveux presque noirs coupés court et son visage souriant mirent immédiatement Sarah en confiance.
Elle fut sous le charme de ses magnifiques yeux bleus qui ne cessaient de la fixer avec insistance.
_ « Mes hommages, mesdames. Je souhaiterais m’entretenir avec la maîtresse de maison… » Annonça le beau capitaine.
Sarah s’avança d’un pas.
_ « Sarah Mackenzie. Je suis la propriétaire de ce domaine. » Lui répondit-elle
_ « Capitaine Harmon Rabb. Vous me voyez très honoré de faire votre connaissance. »
Sur ces mots, Harm prit la main que Sarah lui tendait et, au lieu de la simple poignée de mains auquel s’attendait la jeune femme, il y posa un baiser.
Sarah se sentit frissonner sous cette tendre caresse. Cela faisait tellement longtemps qu’un homme n’avait pas eu autant de prévenance envers elle.
Harm se redressa et lui sourit.
_ « Cet homme sait qu’il a un charme ravageur et il n’hésite pas à s’en servir… » Pensa Sarah en lui rendant son sourire.
Harm s’écarta pour laisser passer le jeune homme qui l’accompagnait.
_ « Voici le lieutenant Bud Roberts »
Il était plus petit qu’Harm. Ses cheveux blonds cendrés et ses yeux bleu pâle lui donnaient un visage quelque peu poupin mais Sarah remarqua qu’Harriet le fixait, un sourire aux lèvres, et elle n’hésita pas à s’approcher des deux hommes.
_ « Harriet Sims. Je suis la cousine de Madame Mackenzie »
Sarah se retint de rire et fit installer tout le monde sous la véranda.
_ « Capitaine, vous ne m’avez pas dit ce que me vaut votre visite » annonça Sarah tandis que Cassie, la jeune domestique, servait des rafraîchissements.
_ « Oh, veuillez m’excuser. » répondit Harm
Il sortit une enveloppe de la poche de sa veste et la tendit à Sarah qui s’empressa de la décacheter.
Elle parcourut rapidement la lettre avant de la rendre à Harm.
_ « Selon les dires de cette lettre, votre général souhaiterait que je mette deux chambres à disposition pour ses soldats… » Annonça Sarah.
_ « En effet…mais vous êtes tout à fait autorisée à refuser. » répondit Harm
_ « Je n’en doute pas mais cela ne serait pas convenable surtout que j’ai bien assez de place pour loger deux pauvres soldats. Mais qui va-t-on m’envoyer ? »
_ « Eh bien…c’est très simple.Monsieur Roberts et moi-même serions très honorés si vous nous accordiez votre hospitalité. » Expliqua Harm.
_ « Cela me convient parfaitement. Je vais demander à mes domestiques de préparer vos chambres, messieurs… » Soupira Sarah tout en souriant.
Elle se leva et regarda dans la direction d’Harriet et Bud.
Ils étaient en train de se sourire et il semblait que plus rien n’existait autour d’eux.
Sarah croisa le regard d’Harm, qui regardait dans la même direction qu’elle, et il lui adressa un clin d’œil complice.
Elle lui sourit en retour avant de disparaître dans la maison.
Harriet se chargea, avec plaisir, de faire visiter le domaine au lieutenant Roberts, et Sarah s’occupa du capitaine Rabb.
Elle le conduisit à la chambre qu’elle avait fait préparer pour lui.
_ « J’espère que cela ne va pas vous gêner mais votre chambre est juste à côté de la mienne » annonça Sarah
_ « Il n’y a aucun problème madame »
_ « Puisque nous allons cohabiter, vous pouvez m’appeler Sarah. Je déteste être appelée Madame »
_ « Alors, appelez-moi Harm »
_ « D’accord Harm. Voici votre chambre. J’espère qu’elle vous plaira »
Harm entra dans une belle pièce décorée avec goût, très lumineuse, aux meubles d’acajou cirés avec soin. Son regard se porta sur le grand lit à baldaquin.
_ « Je suis très impressionné, Sarah. Je n’en demandais pas tant. »
_ « Cette chambre a été celle de mon époux dans les derniers temps de notre mariage » murmura Sarah
_ « J’ai entendu parler de votre mari lorsque je suis arrivé en ville et que j’ai demandé mon chemin. »
_ « Oh…alors vous savez tout » soupira Sarah
_ « Je ne sais que ce que ces personnes m’ont dit mais je n’ai jamais tenu compte des ragots »
_ « Si ces personnes vous ont raconté que mon mari a décidé de faire chambre à part le jour où il a compris que jamais je ne pourrais avoir d’enfants, eh bien c’est vrai. Si ils ont ajouté qu’il avait une maîtresse et qu’il s’est enfuit avec elle en Californie il y a 5 ans, me laissant seule pour gérer ce domaine, c’est également vrai. Il est mort à peine quelques mois après son arrivée sur la côte Ouest. »
_ « Je suis désolé… »
_ « Pas moi. Cet homme m’a humilié et jamais je n’aurais pu lui pardonner. »
Harm remarqua que Sarah serrait les poings et se refusait à laisser son émotion la submerger.
_ « Lorsque je suis arrivé, j’ai vu deux enfants qui jouaient dans le parc… » Annonça Harm
_ « Ce sont les enfants d’Harriet. Son mari est mort au début de la guerre. Maintenant, elle habite avec moi. Nous veillons l’une sur l’autre. Je tiens beaucoup à elle. C’est une femme très courageuse… »
_ « Vous l’êtes aussi, Sarah »
_ « Merci Harm. Maintenant parlez-moi de vous.Oh, veuillez m’excuser, je suis bien trop curieuse »
_ « Non pas du tout…c’est à mon tour de parler de ma vie. Non je ne suis pas marié. Je ne l’ai jamais été »
_ « Oh c’est dommage. Je suis persuadée que vous feriez un merveilleux mari et un bon père »
_ « Je vous remercie. Mais j’ai 39 ans et je pense que ce sera dur de trouver une femme qui veuille de moi à mon âge »
_ « Oh mais pourquoi dites-vous cela ? Je ne suis pas d’accord ! Toutes les femmes n’aiment pas les hommes trop jeunes et préfèrent épouser des hommes plus mûrs avec une bonne situation, capable de leur donner le foyer qu’elles souhaitent. Mon mari avait 10 ans de plus que moi lorsque je l’ai épousé. Il me donnait tout ce dont j’avais besoin et je… »
_ « Vous a-t-il rendu heureuse ? » lui demanda Harm
Sarah regarda longuement Harm sans pouvoir lui répondre.
_ « Je…je dois redescendre donner des ordres aux domestiques pour le dîner de ce soir »
_ « Sarah, je ne voulais pas vous blesser… » Murmura t-il
_ « Oublions cela, voulez-vous…Je vous laisse vous installer »
Avant qu’Harm n’ait pu la retenir, Sarah disparut dans l’escalier.
Le dîner se déroula dans le plus grand calme.
Harm ne pouvait s’empêcher de regarder Sarah mais lorsque leurs yeux se rencontraient, elle ne soutenait jamais son regard.
Harm s’en voulait d’avoir, sans le vouloir, blessé la jeune femme.
Malgré la force de caractère qui se dégageait d’elle, Harm avait immédiatement ressentit que Sarah n’était pas telle qu’elle voulait bien le laisser paraître, et cela le troublait complètement.
Quelques jours plus tard
6 Juin 1863
Tous les jours, Harm et Bud partaient à l’aube rejoindre leur régiment et ne revenaient que pour le dîner.
Le beau capitaine s’en voulait terriblement de ne pas pouvoir parler en tête à tête avec Sarah et ainsi lui présenter ses excuses pour l’avoir blessée.
Il ne supportait plus qu’elle l’ignore ainsi et, à chaque moment qu’il passait loin du domaine, il ne pouvait cesser de penser à elle.
La nuit venait de tomber sur le domaine mais Harm ne pouvait se résoudre à aller se coucher.
Il traversa, sans faire de bruit, la grande demeure silencieuse et sortit sur le perron.
Il s’assit sur une des marches en marbre blanc et sortit un cigare de sa poche qu’il alluma.
A peine en eut-il tiré quelques bouffées, qu’un frou-frou de satin attira son attention.
Sarah s’assit à côté de lui et étala autour d’elle sa large robe chatoyante.
Harm voulut éteindre son cigare mais Sarah posa la main sur son bras.
_ « Ne vous privez pas de ce bon cigare pour moi. La fumée ne me dérange pas du tout » murmura t-elle
_ « Sarah…cela fait longtemps que je voulais m’excuser de vous avoir blessée lors de notre dernière conversation, je n’aurais jamais dû… »
_ « J’avais complètement oublié…cessez d’y penser. Venez, nous allons marcher un peu… » Annonça t-elle
Harm se leva le premier et tendit une main à Sarah pour l’aider à se relever.
Son bras glissé sous celui d’Harm, Sarah le guida le long du chemin gravillonné qui entourait la propriété.
_ « Savez-vous, capitaine, que vous êtes en train de converser avec l’ennemi… » Murmura Sarah en souriant
_ « Avec l’ennemi ? Je ne comprends pas ce que vous voulez dire… »
_ « Je suis une Sudiste. Je suis née et j’ai grandi à Savannah en Géorgie »
_ « Je suis navré, mais je n’arrive pas à vous considérer comme une ennemie »
_ « Soit…peut-être avez-vous tort… » Chuchota Sarah, sans cesser de sourire.
_ « L’avenir le dira…Peut-être allez-vous me trouver trop curieux mais je n’arrive pas à comprendre qu’une femme, aussi belle et aussi intelligente que vous, ne se soit pas remariée. »
Sarah ne put s’empêcher de rougir sous les compliments d’Harm.
_ « Oh pour de multiples raisons. Pour commencer, j’ai 34 ans et les hommes préfèrent épouser des femmes plus jeunes avec lesquelles ils puissent espérer avoir des enfants. De plus, je ne me sens pas capable d’accepter un nouvel homme dans ma vie. Mon mari m’a fait trop souffrir et m’a rendu méfiante envers les hommes. Je ne pourrais jamais supporter une telle situation une seconde fois. »
_ « Tous les hommes ne sont pas comme votre défunt mari »
_ « J’en suis consciente mais je me refuse à envisager un autre mariage. L’idée de vivre seule tout le reste de ma vie ne m’effraye nullement »
_ « Je pense, pour ma part, que c’est bien dommage »
_ « Vous êtes mal placé pour parler de mariage, monsieur le célibataire ! » s’exclama Sarah en repoussant Harm qui éclata de rire.
_ « Vous avez entièrement raison. Bon, changeons de sujet si vous voulez bien…J’ai été surpris, lors de mon arrivée, de constater que la proximité des soldats ne vous effraye nullement. Une majorité de femmes seraient terrorisées à l’idée de savoir que deux soldats dorment sous leur toit »
_ « Mon seul et unique amour était dans l’armée. Il était sorti de West Point et était promu à une belle carrière dans l’armée. Je n’avais pas tout à fait 20 ans lorsque je l’ai rencontré. C’était à un bal chez des amis de mes parents à Savannah. J’ai tout de suite été sous le charme et je crois que lui aussi. Nous nous sommes fréquentés pendant un an en cachette. Presque tous les soirs, je passais par la fenêtre de ma chambre pour aller le retrouver. Je ne suis pas très fière de ma conduite mais l’amour nous invite parfois à faire des choses auxquelles nous n’aurions jamais osé penser. Je suis même allée jusqu’à lui offrir ma…enfin, ce qu’une femme a de plus précieux. »
Sarah leva la tête et croisa le regard d’Harm.
_ « J’ai compris à quoi vous faites allusion. Vous n’avez pas souhaité attendre votre nuit de noces, c’est cela ? »
_ « J’étais sûre de l’épouser alors à ce moment-là ou bien plus tard, cela n’avait pas vraiment d’importance. Je lui aurais appartenu de toute manière à un moment ou à un autre. »
_ « Mais il semblerait que cela ne se soit pas passé exactement comme vous l’aviez prévu »
_ « En effet. Mes parents ont commencé à avoir des soupçons lorsqu’ils se sont rendus compte que je ne m’intéressais pas du tout aux prétendants que l’on me présentait. Mon père a fini par me faire suivre par un de ses amis et il a vite su où j’allais. Mais l’homme que j’aimais n’avait pas assez d’argent pour prétendre épouser une jeune fille issue d’une des familles les plus aisées de Savannah. J’ai eu beau pleurer, supplier, rien n’a changé. J’aurais tellement aimé être enceinte à ce moment-là, cela aurait vraiment facilité les choses. Mais ce ne fut pas le cas. »
_ « Vos parents ont-ils su que vous n’étiez plus la jeune fille qu’ils croyaient ? »
_ « Oh non ! Ils n’en ont jamais rien su. Mais mon père était tellement furieux de ma conduite qu’il m’a envoyée chez une de mes tantes à Atlanta. Et c’est chez elle que j’ai fait la connaissance de l’homme que j’allais épouser. Il avait 30 ans, était plutôt bel homme, gentil, attentionné, issu d’une vieille famille anglaise et, grand bonheur pour mes parents, il avait beaucoup d’argent. Mes parents souhaitaient à tout prix que je l’épouse mais je ne voulais rien savoir. Mon père m’a menacé de m’envoyer au couvent si je continuais à faire la forte tête et à déshonorer la famille. J’ai finis par céder. »
_ « Cela a dû être une épreuve très difficile pour vous… »
_ « Vous n’en avez pas idée…Venez, asseyons-nous un instant sur ce banc. »
_ « J’ai toujours trouvé cette façon de marier les jeunes filles, sans leur demander leur avis, comme étant très barbare »
_ « Je suis d’accord avec vous mais, quoi qu’il en soit, je me suis fiancée avec l’homme qui plaisait tant à mes parents. Trois mois plus tard a eu lieu le mariage. Mes parents ont organisé une grande fête dans leur propriété de Savannah et ont convié tous leurs amis. Mon mari était tellement ivre qu’il s’est endormi à peine allongé dans le lit. J’étais terrorisée à l’idée qu’il se rende compte que je n’étais plus une jeune fille mais il ne m’a pas touché. Je n’arrivais pas à dormir alors je suis allée me promener dans le parc. J’ai eu envie de revoir l’endroit où je donnais rendez-vous à mon amant. Je ne sais pas si c’était le fait du hasard mais il était là. Il m’a annoncé que l’armée l’envoyait loin de Savannah et que l’on ne se reverrait peut-être jamais. Je ne pouvais pas me résoudre à le quitter comme cela alors j’ai oublié pour le reste de la nuit que j’étais mariée et je l’ai conduit dans la grange. J’ai passé ma nuit de noces dans ses bras, priant à chaque minute pour que ses caresses me donnent un enfant. A l’aube, alors que nous nous embrassions pour la dernière fois, Harriet nous a surpris. Elle n’avait que 14 ans à l’époque mais je savais qu’il ne pouvait pas avoir d’ambiguïté dans ce qu’elle venait de voir. Si elle parlait, je n’osais même pas imaginer ce qu’il risquait de se passer. Harriet m’a juré qu’elle ne dirait rien. Je ne savais pas si je pouvais lui faire confiance mais je n’avais pas vraiment le choix. Mais elle a tenu sa promesse et, au fil des années, notre amitié s’est solidifiée. Ce secret nous lie à jamais toutes les deux… »
_ « Maintenant, je connais également votre secret… » Chuchota Harm
Sarah releva la tête et vit qu’il souriait. Elle répondit à son sourire.
_ « Je ne sais pas pourquoi mais vous m’inspirez confiance… » Lui répondit-elle
_ « Vous m’en voyez très flatté…mais qu’est-il arrivé à votre ami ? »
_ « Il est mort deux ans après mon mariage…un accident de cheval »
_ « Je suis désolé »
_ « Puisque nous sommes dans les confidences, pourquoi vous êtes-vous engagé dans l’armée ? »
_ « Eh bien, j’étais un enfant plutôt difficile et mon père m’a assuré que l’armée me remettrait dans le droit chemin… »
Sarah éclata de rire suivie par Harm.
Remarquant que Sarah frissonnait, Harm retira sa veste et la posa sur les épaules de la jeune femme.
Il s’empara de sa main, la retourna et en pressa la paume de ses lèvres.
Au contact de sa bouche tiède, quelque chose passa entre eux, quelque chose qui toucha le corps de la jeune femme comme une caresse.
Les lèvres d’Harm remontèrent à son poignet et Sarah devina qu’il sentait battre son pouls tant son cœur s’affolait pendant qu’elle cherchait à retirer sa main.
Rien ne l’avait préparé à ce flot chaud et traître qui lui donnait envie de passer la main dans les cheveux d’Harm, de sentir ses lèvres se coller à sa bouche.
Perdue dans ses pensées, elle se disait qu’elle ne ressentait rien pour Harm, qu’elle ne le connaissait pas, mais comment expliquer cette sensation, ce froid au creux de l’estomac, ses mains tremblantes…
_ « Harm…je vous en prie… »
Il relâcha immédiatement sa main.
_ « Je suis désolé…je ne voulais pas vous mettre dans une situation aussi délicate… »
_ « Chut… »
Sarah posa un doigt sur les lèvres chaudes d’Harm.
_ « Nous devrions rentrer, n’est-ce pas ? » proposa t-il
Sarah acquiesça. Elle glissa son bras sous celui d’Harm et se laissa emmener.