Chapitre 5

 

 

Quelques jours plus tard

Résidence de l’Amiral Chegwidden

9h pm

 

Harm n’était pas enchanté d’être là mais il n’avait pas eu d’autre alternative que d’accepter l’invitation. Ce soir, on célébrait les fiançailles de l’Amiral et de Mérédith et il était le futur témoin de son supérieur. Aucun moyen de se défiler.

 

Et maintenant il était là, un verre à la main, écoutant sans y prêter vraiment attention les babillages du couple Roberts. Non pas que ce qu’ils racontaient ne soit pas intéressant. Mais il n’attendait qu’une chose et ne pouvait se concentrer sur quoique se soit d’autre. Il l’attendait…il l’attendait ELLE.

 

Il lui avait proposé de passer la chercher mais elle avait décliné son offre. Bien sûr, elle venait avec Webb. Qu’est-ce qui lui était passé par la tête ? Il ne pouvait pas en être autrement…déjà au bureau elle ne cessait de parler de lui, toute occasion étant bonne pour y faire allusion. Et Clay par ci, et Clay pas là…et Clay fait ceci…Il n’en pouvait plus !!! Une chose est sûre, si jamais il devait avoir un fils un jour, il ne l’appellerait pas Clay. Mac avait fini de le dégoûter de ce prénom ! Chaque journée de travail était une torture mais il s’accrochait : elle allait retrouver entièrement sa mémoire…elle le devait ! Sinon qu’adviendrait-il de lui ?

 

Enfin la porte s’ouvrit sur le couple et Harm sursauta légèrement à l’apparition de Mac. Elle portait une robe dos nu dans le même genre de celle qu’elle portait le soir de ses fiançailles avec Brumby. Instantanément, cela le ramena  deux années en arrière sous un porche, ici même…Le changement d’attitude chez Harm n’échappa pas au couple d’officiers qui se retournèrent vers la porte avant de reporter leur attention sur le Commandant. Ils pouvaient lire sur le visage de l’avocat de la joie mais aussi une profonde tristesse.

 

-         Tout va bien Commandant ?

-         Hein…euh oui Harriet. Excusez-moi.

 

Ils le regardèrent s’éloigner en direction du bar puis se dirigèrent vers l’improbable couple. Webb et Mac ensemble…ils ne s’y faisaient toujours pas…mais si c’était le choix du Colonel, ils devaient le respecter, elle était leur amie et la marraine de leur fils.

 

-         Bonsoir Colonel, Webb.

-         Bonsoir Lieutenant. Comment vous sentez-vous Harriet ?

-         Bien Madame. Plus que quelques jours à tenir et le bébé sera enfin là !

-         Il me tarde de le voir…j’espère que ce sera une fille…Vous avez vu Harm ?

-         Il était dans le coin. Je crois qu’il est allé se chercher un verre.

-         Je vais aller le saluer.

-         Attend Sarah. Reste avec tes amis. Je vais nous chercher à boire et je te ramène Harm.

 

Mac quelque peu surprise par l’empressement de Webb se retint de protester devant ses amis et lui retourna son plus beau sourire.

 

-         Très bien. Nous vous attendons.

-         Un jus d’orange ?

-         Parfait. Merci.

 

Ils regardèrent Clay s’éloigner à pas rapides et quand il fut hors de vue, Mac lança à ses amis d’un ton neutre en pinçant les lèvres :

 

-         Un vrai chevalier servant !

 

Webb retrouva effectivement Harm près du bar. Il devait lui parler rapidement même s’il savait que cette conversation risquait d’être houleuse mais surtout douloureuse pour lui. Il voulait avant tout éviter de goûter au crochet droit de Rabb !

 

-         Bonsoir Harm.

-         Webb.

-         Je peux vous parler ? De Sarah.

 

Devant la mine peu amicale de Harm, il avait préféré préciser tout de suite l’objet de la conversation qu’il voulait avoir avec lui.

 

-         Qu’est-ce qui se passe ? Elle vous cause déjà des ennuis ?

 

Même s’il ne le voulait pas vraiment, Harm ne pouvait s’empêcher d’utiliser un ton cassant avec Webb qu’il considérait dorénavant comme un rival dans sa quête du cœur de Sarah.

 

-         Non…enfin je…

-         Vous avez perdu votre langue ?

-         Écoutez Harm. Vous ne me facilitez pas les choses. Ce que j’ai à vous dire n’est pas facile pour moi…et tout ne sera pas facile non plus pour vous à entendre…

-         Vous commencez à me faire peur. Les médecins…

-         Non, non…enfin. Bon venez par ici.

 

Webb entraîna Harm dans la cuisine afin qu’ils aient un peu  plus de tranquillité. Harm commençait sérieusement à redouter ce que l’agent de la CIA avait à lui apprendre.

 

-         Voilà. Vous vous rappelez le soir où vous avez emmené Sarah chez elle ? Vous l’avez déposé ensuite chez moi.

-         Oui, murmura Harm se demandant où il voulait en venir.

-         A son retour, elle semblait passablement préoccupée et n’a pas parlé pendant un bon moment. J’ai laissé faire, lui laissant décider du moment où elle voudrait s’expliquer.

-         Un bon point pour vous Webb.

-         Je crois que vous n’allez pas aimé la suite Rabb alors ne distribuez pas tous vos bons points tout de suite.

-         Continuez…

-         Elle a finalement décidé de parler après dîner…

-         Et ? Le suspens devient insoutenable Clay.

-         Elle m’a demandé de lui faire l’amour…

 

Harm qui venait de porter son verre à ses lèvres manqua de s’étouffer et recracha une partie de l’alcool dans le verre.

 

-         Quoi !?!

-         Vous avez très bien entendu Rabb. Je sais que ce n’est pas agréable pour vous mais…

-         Pas agréable ! Vous vous foutez de moi là ! Vous…enfin je veux dire…vous n’avez rien fait…avec elle.

-         Elle a insisté.

-         Elle a insisté et vous avez cédé. Mais bon sang Webb ! Vous êtes un grand garçon, vous savez dire non ! Vous avez profité de la situation…elle était boulversée et vous…ahhh je ne veux même pas y penser !

 

Les images se bousculaient dans la tête de Harm. Il ne pouvait concevoir cela. Sa Sarah avec…ce…enfin quoi…c’est Webb…ce bon vieux Clay…Non décidément il ne pouvait l’accepter.

 

-         Je sais ce que vous pensez Rabb. Et je ne vous le reprocherais pas. Mais je l’aime et à ce moment là, j’ai cessé de réfléchir.

-         Oh non vous ne savez pas ce que je pense. Je n’ai qu’une envie c’est de vous mettre mon poing dans la gueule. Vous avez de la chance que nous soyons ici. Maintenant excusez-moi.

 

Harm se dirigea vers le porte-fenêtre qui donnait sur le porche mais Webb le rattrapa par le bras. Harm se dégagea de lui violemment et fit volte-face.

 

-         Vous voulez vraiment que je vous casse la gueule Webb.

-         Je n’ai pas fini Harm.

-         Je ne suis pas sûr de vouloir entendre la suite.

-         Et moi je suis sûr du contraire. S’il vous plaît.

 

Webb avait l’air tellement sincère que Harm se résigna.

 

-         Très bien, mais faites vite. J’ai besoin de prendre l’air.

-         Je serais bref. Je voulais simplement préciser que lorsque nous faisions l’amour, ce n’est pas mon nom qu’elle a crié…

 

Webb baissa tristement la tête tandis que Harm le regardait incrédule.

 

-         Vous voulez dire que…

-         Parfaitement. Elle l’a fait inconsciemment et ne s’est rendue compte de rien. Vous devriez aller lui parler Harm. Sérieusement. Je l’aime mais je ne veux pas qu’elle soit avec moi sur un malentendu. Même s’il elle ne le sait pas, elle vous aime. Et tôt ou tard, tout va lui revenir alors ne faites pas l’idiot pour une fois…

-         Webb, je…

-         Allez la trouver. Elle vous cherchait tout à l’heure.

-         Merci Clay.

 

Webb ne répondit pas et se dirigea vers le salon pour rejoindre la fête même si le cœur n’y était pas. Il avait fait ce qu’il avait à faire. Maintenant, le reste ne dépendait plus de lui. Il serait toujours là pour elle mais en tant qu’ami. Il savait que son cœur était dévoué entièrement à un autre.

De son côté, Harm partit à la recherche de Mac qu’il retrouva sous le porche…sous leur porche.

 

 

Résidence de L’Amiral

Porche extérieur

9h30 pm

 

Il resta un moment derrière elle à l’observer. Elle semblait perdue dans ses pensées et il se demandait ce qui la rendait si lointaine. Elle avait ses deux mains posées sur la balustrade et il ne put s’empêcher de laisser courir son regard sur ses courbes parfaites. Quand ses yeux eurent atteint sa nuque, il secoua sa tête afin de se remettre les idées en place et s’approcha.

 

-         Bonsoir Mac.

-         Oh bonsoir Harm. Clay était parti à votre recherche…comme vous n’arriviez pas, je suis sortie prendre l’air. Il y a un monde fou à l’intérieur.

-         Oui, presque toutes les huiles de Washington sont là !

-         Vous avez vu Clay ?

-         Oui…il m’a dit que vous me cherchiez…tout va bien ?

-         Oui, oui, je voulais juste vous saluer.

-         Vous sembliez ailleurs il y a quelques minutes….

-         Oui…à vrai dire, je tente de recoller les morceaux… mais il y a encore quelques blancs, de grands blancs…j’ai trouvé ce porche accueillant, alors je suis venue y réfléchir…Il y a des bribes qui me reviennent…des sensations…comme cet endroit, j’ai l’impression d’y être déjà venue…

 

Harm pensa que ce n’était peut-être pas le bon moment pour aborder le sujet de leur relation si particulière et décida de le remettre à plus tard.

 

-         Je vais vous laisser alors.

-         Non, Harm, restez !

 

Elle avait presque crié sa dernière phrase et Harm la regarda surpris.

 

-         Vous êtes sûre ?

-         Oui…en fait j’aurais une question à vous poser…

-         Allez-y.

-         Pourquoi avez-vous démissionné pour venir me chercher Harm ?

-         Vous me l’avez déjà demandé Mac, et j’y ai déjà répondu…vous êtes ma meilleure amie et…

-         Arrêtez avec vos beaux discours ! J’ai peut-être perdu une partie de ma mémoire mais je ne suis pas idiote. Vous croyez que je ne remarque pas les regards qu’on lance sur moi au JAG à la dérobée, que je n’entend pas les bruits de couloirs… « le pauvre, ça doit être dur pour lui…dire qu’il a fait ça pour elle et en être là…». Et vous, vous croyez que je ne remarque pas la façon dont vous me regardez discrètement, la façon dont vous prononcez mon prénom…Alors s’il vous plaît Harm…arrêtez de jouer avec moi.

-         Mac…

-         Vous voulez savoir le pire ? C’est que je n’y comprend rien mais…mais enfin, je ne sais pas…quand vous prononcez mon nom…

-         Sarah ?

-         Oui…comme ça…ça éveille certaines choses en moi alors, si vous êtes vraiment mon ami comme vous le clamez haut et fort, Harm, je vous en prie, aidez-moi à y voir plus clair.

-         Je ne suis pas sûr que ça va vraiment vous aider…au contraire…vous risquez d’apprendre des choses qui vont vous déplaire.

-         Allez-y Harm, je veux savoir, je veux reprendre ma vie en main.

-         Très bien…

 

Alors Harm se mit à tout lui raconter depuis le début, sans rien omettre. De Diane à Renée, en passant par Mic, à sa soirée de fiançailles et à ce qui s’y était passé, de la fuite de Mac sur le Guadalcanal... Tout ce qu’il avait volontairement omis de lui dire dans la forêt au Paraguay. Harm semblait ne plus pouvoir s’arrêter, comme si de parler ouvertement de tout ce qui avait pu les blesser avait un effet salvateur sur lui. Mac buvait littéralement ses paroles, ses grands yeux chocolat fixés aux siens. Peu à peu, le rythme des paroles de Harm se fit plus lent, comme s’il allait conclure sa longue tirade.

 

-         …et quand je vous ai vu embrasser Clay, mon monde s’est écroulé. Je n’ai pas voulu y croire d’abord mais, ensuite, après notre accident, j’ai du me rendre à l’évidence…

 

Mac le fixait toujours, interdite. Elle sentit des larmes monter mais elle ne savaient pas si elles étaient de joie, de peine, ou tout simplement le résultat de son conflit intérieur. Harm, Clay, Clay Harm…Ce dernier fit un pas vers elle et posa sa main sur sa joue pour enlever du pouce une larme qui coulait maintenant librement.

 

-         Je suis désolé Sarah…vous avez insisté.

 

Mac sursauta à ce contact et posa sa main sur celle de Harm.

 

-         Votre main, sur ma joue comme ça…

 

Harm ne fit pas attention à ce qu’elle venait de dire et faire et poursuivit.

 

-         Je n’aurais peut-être pas d’autre occasion de vous le dire et j’en ai déjà laissé passer trop alors…

-         Je me souviens…les Appalaches…

-         Sarah, je vous aime. C’est peut-être trop tard mais je vous le redis…je vous aime.

 

Harm se pencha alors vers elle et déposa un léger baiser sur ses lèvres. Avant qu’elle n’ait réalisé quoique se soit, Harm s’était déjà éloigné de quelques centimètres. Il lui fit un sourire timide.

 

-         Voilà, vous savez tout maintenant.

-         Harm…

 

Mac sembla soudain revenir sur terre et le regarda affolée.

 

-         Oh mon Dieu, qu’est-ce que j’ai fais…Clay…

 

 

Elle recula de quelques pas avant de s’enfuir vers l’intérieur de la maison qui lui paraissait plus sécuritaire. Harm resta là les bras ballants. Les dés étaient jetés, il ne pouvait plus rien faire. Il lui avait enfin avoué ses sentiments. Maintenant, Sarah était libre de revenir vers lui ou de passer à autre chose. Il n’y avait qu’à attendre. Il espérait de tout cœur que Webb avait raison et que ses explications permettraient à sa Marine de faire son choix et de retrouver la part de mémoire qui lui faisait défaut.

 

 

Appartement de Clayton Webb

Washington, le même soir.

 

Le retour chez Clay s’était fait dans le silence. Ils étaient rentrés tôt, Mac ayant insisté prétextant des maux de tête. Ils étaient partis un peu comme des voleurs, Clay remarquant que Mac semblait vouloir mettre le plus d’espace possible entre elle et la résidence de l’Amiral. Il n’avait pas insisté se doutant bien qu’elle devait avoir eu une conversation avec Harm, ce dernier les observant à la dérobée depuis l’autre côté de la pièce alors que Mac préparait sa fuite.

 

Il n’avait aucune idée de ce que le Commandant avait pu lui dire mais visiblement, Mac semblait boulversée. Ils s’étaient couchés sans un mot, et Mac s’était mise bien au bord de son côté, comme si elle voulait éviter tout contact avec lui. Clay comprit alors que ses heures en tant qu’amant de Sarah Mackenzie étaient comptées.

 

Mac attendit que Clay soit endormi pour se relever. Après les évènements de la soirée, il lui était impossible de fermer l’œil. D’ailleurs, comment le pourrait-elle ? Elle avait reçu une grande quantité d’informations sur ce qu’était sa vie, avant le crash, et d’après ce qu’elle en avait compris, ce n’était pas forcément beau à voir…Sa vie était faite de non-dits et d’erreurs, qu’elle en soit responsable ou victime.

Dans le salon, elle prit l’album qu’elle avait rapporté de chez elle quelques jours plus tôt et s’assit sur le canapé en remontant les genoux vers sa poitrine. Elle devait mettre un point final à toute cette affaire, l’album serait peut-être le moteur de cette quête. Enfin, elle trouva le courage de l’ouvrir…

 

En tournant les pages une à une, elle vit sa vie défiler…et de ce qu’elle pu y constater, Harm était toujours présent. De Clay, aucune trace. Chaque page tournée apportait une réponse de plus en plus nette à son esprit et peu à peu tout lui revenait : la Russie, Mic, le fiasco du ferry à Sydney, le baptême du petit AJ, la promesse de Harm le jour de la naissance. Chaque photo était une clé qui ouvrait une nouvelle porte de sa mémoire. Ses fiançailles…ça y est maintenant elle se souvenait. Harm lui en avait parlé tout à l’heure mais maintenant, elle pouvait presque revivre le baiser qu’ils avaient échangé ce soir-là. L’adieu qu’ils s’étaient fait…Si seulement Harm savait que s’il le lui avait demandé, elle l’aurait suivi n’importe où ce soir-là…ou un autre jour d’ailleurs. La réponse était claire maintenant dans son esprit : elle aimait Harmon Rabb de tout son être. Ils avaient perdu assez de temps, elle devait le voir. Il lui avait dit ce soir qu’il l’aimait, elle lui devait une réponse.

 

Elle alla dans la chambre pour s’habiller espérant ne pas réveiller Clay. Elle lui expliquerait plus tard. Mais dans sa hâte, elle heurta le pied du lit et ne pu réprimer un cri de douleur.

 

-         Sarah ? Qu’est-ce qui se passe ?

-         Excuse-moi Clay, je ne voulais pas te réveiller.

-         Que fais tu habillée à cette heure-là ?

-         Je sors…j’ai quelqu’un à voir.

-         Sarah…je…ça ne peut pas attendre demain. On est au milieu de la nuit, il doit certainement dormir.

-         Qui te dit que c’est un « il » ?

-         Arrêtes tu veux ! Je sais bien que tu cours chez Rabb !

-         Je suis désolée Clay. Tout m’est revenu. Mais avant tout, je ne veux pas que tu crois que ce que j’ai fais, je l’ai calculé…j’étais sincère avec toi.

-         Je sais Sarah…C’est moi qui ai poussé Harm à te parler ce soir.

-         Toi ? Mais pourquoi ?

-         Au fond de moi, je savais bien que c’est lui que tu aimais…j’ai tenté ma chance c’est tout. Mais je n’ai aucun remord ni regret. J’ai profité pleinement de ce temps passé avec toi et je l’ai apprécié.

-         Oh Clay…

 

Mac sentait les larmes lui monter aux yeux. Webb était ému de la voir ainsi et se leva et commença à s’habiller.

 

-         Clay….que, que fais-tu ?

-         Je te conduis chez Harm.

-         Clay, tu n’as pas à faire ça…

-         Il est hors de question que je te laisse y aller seule à cette heure-ci. Harm me tuerait. Et ce n’est pas négociable.

-         Clayton Webb, vous êtes un ange, avouez-le.

 

Clay lui sourit tristement et s’approcha d’elle. Il lui caressa les cheveux et lui murmura :

 

-         S’il te plait de le croire.

-         Je le crois. Et un jour Clayton Webb, tu rencontreras une femme qui saura t’aimer comme tu le mérite.

 

Elle lui déposa un léger baiser sur les lèvres et Clay se détourna d’elle pour éviter son regard.

 

-         Allons-y. Je t’emmènes à ton promis.

 

 

Chapitre 6

 

 

Appartement de Harm

1h30 am

 

Malgré l’heure tardive, Harm ne dormait pas. Il était allongé sur son divan ressassant les évènements de la soirée. A la façon dont Mac avait fuit la soirée, il commençait à douter du bon fondement de son idée de tout lui raconter. Elle était encore émotionnellement sous le coup de l’accident et tous ces aveux n’étaient peut-être pas le meilleur remède. « Mais c’est elle qui a insisté » n’arrêtait-il pas de se répéter comme pour se rassurer. Et puis, elle n’avait pas apparu insensible à sa déclaration et à son baiser : sinon, elle n’aurait pas réagi comme ça.

 

Il en était là de ses réflexions quand il entendit un léger coup à la porte. Il se leva d’un bond pensant d’abord qu’il l’avait imaginé mais le bruit se répéta. Il alla d’un pas nonchalant vers la porte se demandant qui pouvait bien venir le déranger au milieu de la nuit. Habituellement, quand quelqu’un se permettait une telle intrusion,  ce ne pouvait être que Mac. Mais ce soir, il doutait que…

 

-         Mac ! Que faites-vous là à cette heure-ci ?

 

Devant lui se tenait Mac qui le regardait timidement, son album photos pressé contre sa poitrine. Elle se balançait d’un pied sur l’autre comme si elle voulait se donner une contenance.

 

-         Je peux entrer ?

-         Webb est inconscient ! Il vous a laissé sortir seule à cette heure-là ! lui dit Harm en s’effaçant pour la laisser passer.

-         Non, il m’a déposé. Et quand bien même je serais venue seule, je vous signale que je suis une grande fille Commandant. Vous semblez l’oublier souvent ces derniers temps !

 

Le ton sarcastique de Mac fit sourire Harm. Ça c’était une répartie à la Sarah Mackenzie ! C’était plutôt bon signe, sa Sarah était-elle redevenue elle-même ?

 

-         Qu’est-ce qui vous fait sourire ?

-         Vous…je sais pas, vous me semblez différente maintenant. Enfin je veux dire, comme avant.

-         Peut-être parce que c’est le cas…

 

Harm la regarda déconcerté. La solution était-elle si simple ? Il aurait suffit qu’il lui raconte tout pour que sa mémoire se rétablisse ? Il n’osait y croire.

 

-         Vous voulez dire que…

-         Oui Harm. Je me souviens de tout, jusqu’à la moindre virgule.

-         Et euh…vous êtes venue pour…

 

Ils se tenaient face à face au milieu de l’appartement. Mac alla déposer son album sur le comptoir de la cuisine et revint vers Harm qui se tenait toujours à la même place, droit comme un i.

 

-         Je suis venue pour…vous donner une réponse.

-         Une réponse ?

-         Oui, LA réponse.

 

Harm ne pouvait détacher ses yeux de la mince silhouette qui s’avançait inexorablement d’un pas chaloupé vers lui. Mac s’approcha de lui jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’à quelques centimètres et quand se fut fait, elle passa ses bras autour de sa taille, se mit sur la pointe des pieds et effleura ses lèvres des siennes. Elle chuchota alors tout contre sa bouche :

 

-         Je vous aime aussi, Harmon Rabb.

-         Sarah…

 

Harm ne pouvait plus mettre à la suite une seule pensée cohérente. La promiscuité avec Mac le rendait nerveux. Il avait tellement envie d’elle. Si elle continuait comme ça, il ne savait pas s’il aurait la force de lui résister. Et il ne pensait pas que se laisser aller si vite après s’être avoués leurs sentiments était une bonne idée. Cela les entraîneraient certainement dans une relation purement physique et il ne voulait pas ça avec elle. D’un autre côté, ils avaient tellement attendu et tellement traversé de choses ensemble qu’ils pouvaient avoir confiances l’un en l’autre.

 

Mais Mac continua son jeu sensuel et passa ses mains autour du cou de Harm afin de faire disparaître les derniers centimètres qui les séparaient encore. Elle passa lentement sa langue sur les lèvres de Harm qui finit par entrouvrir sa bouche pour l’accueillir. Alors ils ne furent plus que sensations et Harm passa ses bras autour de la taille de la jeune femme pour la serrer un peu plus contre lui. Peu à peu, la passion fit place à la tendresse et ils finirent par se séparer à la recherche d’air. Harm posa son front contre celui de Mac qui avait encore les yeux fermés, puis se détacha d’elle à regret.

 

-         Sarah…je ne veux surtout pas te forcer. On est pas obligés d’aller plus loin ce soir. Coucher ensemble n’est pas une obligation. Après tout ce qui s’est passé, nous pouvons attendre.

-         Tu te fais du souci pour moi Pilote ou c’est toi qui a peur ?

-         Je pensais juste que ce n’était peut-être pas une bonne idée de se jeter…enfin si tu n’es pas prête…

-         Harmon Rabb ! Je vais te montrer si je ne suis pas prête ! Je te préviens qu’à 10, je suis dans tes bras. Je n’ai aucune raison d’avoir peur, je sais que tu sera toujours là pour moi alors…

 

Mac se rapprocha à nouveau de lui et se mit à égrainer les secondes.

 

-         Un.

 

Elle posa ses mains sur son torse et les fit glisser jusqu’à sa ceinture.

 

-         Deux.

 

Elle sortit le tee-shirt qu’il portait de son jeans et passa ses mains sous le tissu.

 

-         Trois.

 

Elle les fit remonter dans son dos, provocant chez Harm un frisson de plaisir. De son côté, il savait que si elle continuait de lui administrer un tel supplice, il ne tiendrait pas jusqu’à 10.

 

-         Quatre.

 

Elle fit passer le tee-shirt par dessus sa tête avec son aide et commença à déposer de légers baisers sur son torse.

 

-         Cinq.

 

Harm qui avait les yeux fermés fut surpris de la sentir s’éloigner il et ouvrit les yeux pour la voir se débarrasser elle-même de son pull. A la vue qui s’offrait à lui, Harm déglutit péniblement, sentant une douce chaleur envahir son bas-ventre.

 

-         Six.

 

Mac s’attaquait maintenant à la boucle de sa ceinture. Ce fut trop pour lui.

 

-         Et 10 ! Cria-t-il presque, en prenant violemment possession des lèvres de Mac.

 

Mac ne put s’empêcher de sourire contre sa bouche. Elle savait qu’il allait craquer ! Ils tâtonnèrent jusqu’à la chambre de Harm tout en finissant de se déshabiller. Debout devant le lit, Harm sembla à nouveau hésiter.

 

-         Sarah, je…

-         Chut…moi aussi.

 

Et elle l’entraîna avec elle sur le lit.

 

 

Appartement de Harm

Quelques temps après l’arrivée de Mac…

 

Harm était toujours étendu sur Mac et ils se regardaient tout en cherchant à retrouver leur souffle. Mac caressait nonchalamment le dos de son amant et ne pouvait s’empêcher de sourire en repensant à ce qui venait de se passer. Elle n’avait jamais connu une telle intensité dans une relation avec un homme. « Ça doit être ça de faire l’amour avec l’homme de sa vie » pensa-t-elle.

 

-         Qu’est-ce qui te fais sourire ?

-         Rien…c’est juste que…waouh quoi !

-         Ça t’as plut ?

-         Mouais…faut voir, le taquina-t-elle.

-         Sarah…je dois t’avouer quelque chose…ce n’est pas facile à dire.

 

Immédiatement, les alarmes de Mac se mirent au rouge. Ah non, ça n’allait pas recommencer, il n’allait pas encore faire marche arrière. Pas après ce qui venait de se passer, c’était impossible. Elle plongea son regard dans le sien et tenta de le rassurer et de l’encourager à poursuivre.

Harm roula sur le côté en gardant toujours Mac serrée contre lui.

 

-         Je t’écoute Pilote. Mais je te préviens, pas question de me dire que c’était une erreur ou je ne répond plus de rien.

-         Non, je te rassure, ce n’était pas une erreur. L’erreur a été d’attendre aussi longtemps !

-         Alors ça ne doit pas être si grave que ça…

-         C’est que, pendant que tu étais avec Webb au Paraguay, je…je préfère que tu l’entende de ma bouche tu comprends.

-         Lance toi Harm, ce suspens va me tuer ! Qu’est-ce que tu as bien pu faire de si terrible ? Tu as rencontré une nouvelle bimbo et tu as passé la nuit avec elle ?

-         Pire que ça, je l’ai épousé !

 

Immédiatement, le visage de Mac se ferma et Harm la sentit se raidir dans ses bras.

 

-         C’est une plaisanterie ?

-         Non, je suis sérieux, mais laisse moi finir avant de me juger d’accord ? Je suis sûr que tu trouveras ça très drôle quand tu connaîtras le fin mot de l’histoire.

-         Hummm, j’espère.

 

Harm déposa un léger baiser sur ses lèvres avant de poursuivre.

 

-         Voilà, comme je n’avais aucunes nouvelles de toi et que l’Amiral refusait de m’informer, j’ai décidé d’aller voir une connaissance directement à la CIA.

-         Tu connais du monde à la CIA à part Clay ?

-         Oui, et toi aussi. Bref, j’ai fini par réussir à rentrer en contact avec Catherine Gayle. J’ai tenté de la charmer pour lui soutirer des informations mais en vain.

-         Quoi, elle a résisté à ton sourire !!!

-         Ne te moque pas. Je te rappelle que j’ai fais tout ça pour toi. Bref, par une suite de quiproquos qui seraient trop longs à raconter, on s’est retrouvés à l’hôpital où sa mère venait d’être admise dans un état critique et où tout le monde m’a pris pour le petit ami de Catherine…

-         C’est vrai que tu as l’air d’être le gendre idéal…

 

Devant le regard noir qu’Harm lui lança, elle se tue et lui fis signe de poursuivre.