Paraguay
19 pm heure locale
Harm émergea peu à peu du brouillard dans lequel il
se trouvait. Il cligna plusieurs fois des yeux et réalisa qu’une fine pluie
commençait à tomber. Il mit plusieurs secondes à se rappeler où il était mais
bientôt tout lui revint en mémoire : la mission de Mac pour la CIA avec
Webb, leur disparition, sa démission, son arrivée, Gunny…et enfin il l’avait
retrouvé, à temps, car elle s’apprêtait à être torturée. Il revit son regard
soulagé de la voir là…Pourtant, quelques minutes après, c’est Webb qu’elle
avait embrassé. Mais il ne voulait pas donner plus d’importance que cela à ce
baiser. Après tout, ils avaient du traverser pas mal de choses tous les
deux…c’était un geste amical…du moins il l’espérait. Puis ils avaient loué cet
avion, retrouvé et détruit le missile avant d’être touchés. Et une fois de
plus, son vol avec Sarah s’était soldé par un crash.
La pluie aidant, il avait maintenant retrouvé tous
ses esprits et immédiatement, son regard se porta sur la silhouette immobile
devant lui.
-
Mac ! appela-t-il doucement, Mac…
Aucune réponse ne lui parvint, et il commença à
paniquer : « Oh, non mon Dieu, faites qu’elle soit vivante ! » Il ne
savait pas depuis combien de temps ils étaient là mais la nuit commençait à
tomber. La tête de Mac semblait reposer inerte sur sa poitrine, son corps
maintenu droit uniquement grâce à la ceinture. Harm s’extirpa facilement de son
siège et se rendit auprès d’elle, à peine gêné par les cordes qui s’abattaient
du ciel. Elle était inconsciente mais il fut soulagé de sentir son pouls. Il
n’y a avait pas de trace de sang hormis des égratignures au visage et des
ecchymoses. A priori, elle avait du heurter une branche. Il défit précautionneusement
la ceinture et la pris dans ses bras pour la sortir de son siège. En la
déposant à terre, il remarqua le bout de métal planté dans son ventre. Il
souleva rapidement la tunique de Mac et poussa un soupire de soulagement quand
il vit que la pièce était plantée uniquement dans le faux ventre qu’elle
portait encore. Il lança un regard vers le ciel, remerciant d’avoir eu la
présence d’esprit de lui demander de le garder. Il enleva la prothèse
découvrant au passage le piercing qu’elle portait au nombril. Il ne put
s’empêcher de sourire et de murmurer : « Sarah Mackenzie, vous
m’étonnerez toujours !»
La pluie tombant de plus en plus drue, il la porta
à l’abris des arbres. Il l’allongea, s’assit, et déposa la tête de Mac sur ses
genoux. Il caressa la peau douce de ses joues et recommença à l’appeler
doucement pour la faire revenir à elle.
-
Mac…Mac…Sarah, je t’en prie…
Après quelques tentatives infructueuses, Mac sembla
s’éveiller. Sa tête commença à bouger, puis son visage s’anima.
-
Clay ?
Ce simple prénom murmuré eu l’effet d’un coup de
poignard dans le cœur d’Harm.
-
Mac, c’est moi…Harm.
Mac ouvrit les yeux, le regarda semblant chercher
l’identité de la personne qui lui parlait et finit par articuler :
-
Qui…qui êtes-vous ? Où est mon mari…Où est Clay ?
Et mon bébé ? Oh…mon Dieu !
Elle se dégagea subitement de l’étreinte d’Harm et
se leva portant les mains à son ventre maintenant plat, le regard paniqué.
-
Mac, appela doucement Harm, je vous en prie, calmez
vous…nous avons eu un accident après avoir détruit le missile. Vous ne vous en
souvenez pas ?
Mac le regardait incrédule et redemanda :
-
Où est mon mari ? Qu’est-il arrivé à mon bébé ?
Harm se leva et la pris par les épaules pour la
forcer à se remettre à l’abris et à s’asseoir. Elle était visiblement en état
de choc et sa mémoire lui faisait défaut. Et qu’elle se rappelle Clay et pas
lui lui faisait mal mais ce n’était certainement pas le moment de penser à ça.
Une fois qu’elle fut réinstallée, Harm lui raconta toute l’histoire : son
travail pour la CIA, sa couverture avec Webb en tant qu’épouse enceinte, leur
séquestration et leur libération et enfin le crash. Harm ne lui dit pas qu’il
avait démissionné pour venir la chercher…ce serait pour plus tard. Elle
l’écouta sans rien dire mais semblait faire un effort surhumain pour tenter de
recoller les morceaux de sa mémoire. Bien sûr…maintenant tout lui revenait. Ce
qu’elle ne s’expliquait pas c’est ce qu’elle faisait dans cette forêt avec cet
inconnu alors que Clay avait besoin d’elle. Pourtant elle se souvenait de tout
ce qu’il venait de raconter, et du couple Roberts…et de l’Amiral…et du petit
AJ. Mais de ce grand brun, aucune trace dans son esprit. Pourtant, il avait
l’air de bien la connaître. Et puis Clay ne l’aurait pas laissé partir avec
n’importe qui. De ça, elle en était sûre. Quand il eut terminé, elle dit :
-
Nous travaillons donc ensemble ? Vous êtes en
quelque sorte mon partenaire c’est ça ?
Harm la regarda tristement.
-
Oui, enfin nous sommes plus que ça…nous nous
connaissons depuis plus de 8 ans…nous avons traversé pas mal de choses
ensemble…vous êtes ma meilleure amie…Commandant Harmon Rabb Junior pour vous
servir ! termina-t-il en essayant de plaisanter.
-
Ah…je…je suis désolée…je ne me souviens pas. Ma
tête me fait si mal !
-
Il fait nuit maintenant. Nous ne pourrons pas aller
bien loin. Le mieux est de rester là. Je vais faire un feu en espérant que ces
terroristes ne sont pas à nos trousses. Ça nous sèchera un peu. Vous devriez
dormir.
Mac lui sourit et ne se le fit pas dire deux fois.
Elle accepta le blouson qu’il lui tendait, s’allongea et ferma les yeux pour
s’endormir quelques secondes plus tard. Harm l’observa un moment puis, quand sa
respiration se fit régulière, il entreprit de faire un feu. Heureusement que la
pluie avait maintenant cessé.
Son ouvrage terminé, il s’installa aux côtés de Mac
et se contenta de la regarder. « Mon Dieu, et si la mémoire ne lui
revenait jamais !» Il avait tant à lui dire, il était prêt…mais voilà qu’elle
ne se rappelait même pas de lui ! Ce n’était certainement pas le moment de lui
parler de sa démission et de son pseudo-mariage avec Catherine Gayle. Il écarta
tendrement une mèche qui couvrait son visage et murmura : « Si tu
savais Sarah…si tu savais ce que j’ai fais pour toi et combien je t’aime…Si tu
savais que j’ai changé mes priorités…» Peu à peu, il sombra lui aussi dans le
sommeil, la main toujours posée sur la joue de Mac.
Le lendemain matin
Mac se réveilla et observa cet homme qui tentait de
ranimer le feu. Il lui avait dit qu’ils étaient très proches. Alors pourquoi ne
se rappelait-elle pas de lui ? Elle referma les yeux tentant de retrouver en
vain un indice, une image dans son esprit embué. Pourtant, il n’avait pas un
physique qui s’oublie facilement ! Sans nouvelle réponse, elle rouvrit les yeux
et lança :
-
Bonjour !
-
Bonjour Marine. Bien dormi ? Comment va votre tête
?
-
J’ai toujours horriblement mal à la tête…et aucun
souvenir de vous…désolée.
Il reporta son attention vers le feu pour lui
cacher sa déception et enchaîna :
-
Il ne faudra pas tarder. On doit trouver de quoi
téléphoner et vous avez besoin de voir un médecin. J’ai récupéré une carte dans
l’avion, on va bien trouver un village. Il y a quelques barres de céréales dans
le sac. Je vous conseille de manger un peu pour prendre des forces. La route va
être longue et il va falloir marcher. Ça ira ?
Elle lui fit signe que oui et le silence se
réinstalla entre eux.
Après avoir terminé ce qui leur avait servi de
petit déjeuner, ils prirent la route. Ils avançaient lentement dans la
végétation dense, ne sachant pas exactement où ils allaient. Il fallait qu’ils
trouvent absolument un village, les quelques barres de céréales restantes ne
pouvant les faire tenir bien longtemps. Ils marchaient en silence depuis
quelques temps quand Mac demanda :
-
Harmon ?
-
Oui ? répondit-il sans se retourner et continuant à
avancer. L’entendre l’appeler par son prénom lui avait remué les tripes.
-
Vous m’avez dit hier que nous étions très
proches…Racontez-moi s’il vous plait.
Harm s’arrêta, se retourna vers elle et demanda
doucement :
-
Vous voulez vraiment savoir ?
-
Oui…ça m’aidera peut-être à me souvenir.
Alors, tout en reprenant la marche, Harm se mit à
lui raconter leur histoire. Les circonstances dans lesquelles ils s’étaient
rencontrés dans cette roseraie, la Russie, l’Afghanistan, le sous-marin, la
prise d’otage à l’ambassade, celle de l’hôpital…Il évita volontairement
quelques épisodes comme Renée, Mic ou encore Diane. Il lui indiqua que
normalement, elle l’appelait par son surnom, Harm. Quand enfin il s’arrêta, il
se retourna vers elle les yeux remplis d’espoir mais elle le regarda tristement
avant d’ajouter :
-
Désolée…rien pour l’instant.
Harm soupira et repris la route. Pourquoi se
souvenait-elle de sa vie, de ses amis, hormis tout ce qui touchait à lui ? Il
fut sorti de ses pensée par la voix essoufflée de Mac :
-
Harm ? Vous ne voulez-pas que l’on s’arrête un peu
? Je suis épuisée.
-
Vous avez raison, faisons une pause.
Mac se laissa tomber lourdement dans l’herbe. Il la
regarda au moment où elle levait les yeux vers lui. Elle lui sourit et demanda
presque timidement :
-
Harm ? Je ne suis pas vraiment mariée avec Clay si
j’ai bien compris.
-
En effet.
-
Mais…enfin, j’avais l’impression que lui et moi
étions très proches…vous savez si…enfin je veux dire…si nous avons une aventure
tous les deux ?
Harm la regarda perplexe et mal à l’aise. Que
devait-il lui répondre ? Qu’en savait-il ? Qui sait ce qui avait pu se passer
entre eux depuis leur arrivée au Paraguay ?
-
Je…je ne sais pas. Enfin, je ne pense pas avant que
vous veniez ici en tous cas. Vous vous rappelez quelque chose ?
-
Non. C’est juste l’impression que j’ai de forts
sentiments pour lui.
Elle ne pouvait pas lui faire plus mal. Harm
regarda ses pieds mais Mac ne vit pas sa gêne et enchaîna :
-
Et vous Harm ? Vous avez quelqu’un dans votre vie ?
-
Je croyais…
-
Ah, et que s’est-il passé ?
-
Je ne sais pas exactement, je…je n’ai pas vraiment
envie d’en parler. On devrait reprendre la route.
-
Excusez-moi si je vous ai gêné avec mes questions.
-
Ce n’est pas grave Sarah…allons-y.
Mac frissonna lorsqu’il prononça son prénom.
C’était la première fois qu’elle l’entendait le prononcer et ça la bouleversa.
Pourquoi ? Peut-être que cet homme ne lui était pas aussi étranger qu’elle le
pensait.
Ils reprirent leur chemin mais après quelques
minutes, il sembla à Harm avoir vu des silhouettes se fondrent parmi les arbres
sur leur droite. Immédiatement, il attrapa Mac par la taille, la plaqua contre
lui en lui faisant signe de se taire. Collés l’un à l’autre derrière un arbre,
retenant leur respiration, ils attendirent. Il n’y avait pas un bruit hormis
les battements rapides de leurs cœurs qui semblaient résonner dans toute la
forêt. Ils étaient tous les deux gênés de la situation d’autant qu’Harm avait
du mal à se contrôler. Mac était troublée. Après son prénom, se retrouver
contre lui évoquait des souvenirs lointains mais rien auquel elle puisse le
rattacher. Visiblement, elle lui faisait de l’effet, bizarre pour un simple
collègue. Harm, relâcha un peu son étreinte avant que la situation ne lui
échappe quand ils entendirent des voix :
-
Commandant Rabb ? Colonel Mackenzie ? Vous êtes là
?
-
Qui êtes-vous ? cria Harm
-
Commandant ! C’est Gunny !
Harm s’écarta immédiatement de Mac et sortit de
leur cachette.
-
Gunny ! Ça c’est une bonne surprise ! Comment nous
avez-vous retrouvé ?
-
Le fermier auquel vous avez loué l’avion a signalé
la disparition de son appareil après que vous ne l’ayez pas contacté pour le
retour. Il avait vos passeports et a donné votre signalement. Et puis, vous
avez fait pas mal de dégâts sur votre route ! termina Gunny avec un clin d’œil.
-
Comment va Clay ? demanda Mac.
-
Bien, il a été rapatrié à Washington. Il s’en sort
avec quelques blessures mais rien de grave. Et vous ? Pas de dommages ?
-
Il semblerait que ma mémoire me joue des tours…je
n’ai aucun souvenir de Harm.
Gunny regarda perplexe Harm qui lui répondit par un
haussement d’épaule.
-
On va vous rapatrier sur la Capitale. Vous pourrez
voir un médecin. Ensuite, nous rentrerons tous enfin à Washington.
Washington
Quelques jours plus tard…
Mac avait été vue par un médecin mais il fallait
attendre l’avis d’un spécialiste sur Washington. Après un peu de repos, ils
avaient enfin pris ce vol pour rentrer chez eux. Harm ne savait pas s’il devait
en être content, soulagé ou s’il devait redouter ce retour. Pour lui, une fois
qu’il aurait posé le pied dans l’aéroport, sa vie serait définitivement
différente : il n’avait plus de travail, plus de carrière, la femme qu’il
aimait ne le regardait plus que comme un collègue…et encore, ça ne serait
bientôt même plus le cas ! Décidément, il devait se préparer à affronter un
avenir bien sombre…
La douane franchie, ils aperçurent la haute
silhouette de l’Amiral dépasser des autres visiteurs. A ses côtés, toute
l’équipe du Jag était là pour les accueillir : les Roberts et le petit AJ,
Sturgis, Tiner, Jen…Mac se précipita vers eux et ce ne fut qu’accolades et
cris. Seul Harm restait en retrait, simple observateur de ce qui se passait. Il
n’osait pas croiser le regard de l’Amiral, il ne voulait pas l’affronter…pas ce
soir, pas maintenant. Il se demandait d’ailleurs si les autres étaient au
courant de sa démission…Il fut sorti de ses pensées par la voix de Webb :
-
Bienvenue à la maison Sarah.
-
Clay !
Elle tomba dans ses bras et l’embrassa tendrement.
Ce geste surprenant eut pour effet de couper court aux jacasseries du petit
groupe qui avait maintenant les yeux rivés sur cet improbable couple en train
de s’embrasser. Puis, lentement, les têtes et les yeux interrogateurs se
tournèrent vers Harm…qui regardait ses pieds. Pour ne pas voir ça…et pour ne
pas montrer sa souffrance.
-
Merci de l’avoir ramené Rabb.
-
Pas de quoi, répondit difficilement Harm en
relevant finalement la tête.
-
Tu n’as rien ?
-
Non…juste des problèmes de mémoire.
-
Je compte sur vous pour l’emmener consulter
quelqu’un Webb…au plus vite.
-
Vous pouvez compter sur moi Harm. Merci encore.
-
Tu m’emmènes à la maison ?
-
En route princesse.
-
A lundi tout le monde. Merci pour votre accueil. A lundi Harm.
-
A lundi Mac.
Webb et Mac s’éloignèrent
bras-dessus, bras-dessous sous le regard encore stupéfait du petit groupe,
encore sonné de la conversation à laquelle il venait d’assisté.
-
Bon, ben…je vais y aller aussi. Il me
tarde de retrouver mon chez moi. « Beau mensonge » pensa Harm pour
lui-même.
-
Tu…tu lui a rien dit ? Enfin, je
veux dire…et…qu’est-ce qu’elle fait avec Webb ?
-
Ecoutes Sturgis, j’ai pas vraiment
envie d’en parler maintenant. Pour faire court, il semblerait qu’ils aient
plutôt apprécié de jouer au couple marié ensemble et Mac ne se rappelle pas de
moi suite au crash. Une autre question ? demanda Harm énervé.
-
Excuses-moi vieux. Je comprends…ça
doit être difficile.
-
Non ? Tu crois ?
-
Vous ne lui avez pas dit que vous
aviez quitté le Jag Monsieur ?
-
Pour quoi faire Bud ? Elle ne se
rappelle même pas de moi ! A quoi ça servirait ? Je…je suis fatigué,
je vous laisse. Merci d’être venus nous accueillir.
-
Vous voulez qu’on vous dépose ?
demanda timidement Harriet.
-
Non, je vais prendre un taxi. J’ai
envie d’être un peu seul…Mais merci de l’avoir proposé Harriet.
Harm attrapa son sac, le mit à l’épaule
et s’éloigna. Ils regardèrent tous la grande silhouette abattue du Commandant
se fondre dans la foule. L’Amiral n’avait rien dit. Il s’était contenté de
regarder tout ce gâchis s’étaler devant lui. Il s’annonçait des jours pénibles
pour cet homme qui avait tout perdu. Il regarda en soupirant le reste de son
équipe et pris congé, les laissant seuls débattre de l’avenir de ces deux-là.
Falls Church
Le lundi suivant…
Mac était dans l’ascenseur et tentait de se calmer.
Elle appréhendait ce retour même si maintenant, tout lui était revenu…ou presque.
Malgré tout ce qu’Harm ou ensuite Clay avaient pu lui raconter, elle n’avait
toujours aucun souvenir de son partenaire.
Mac n’avait pas voulu rentrer chez elle ce week-end,
trop anxieuse à l’idée de se retrouver seule face à elle-même et à des choses
qui pourraient lui sembler inconnues. Clay l’avait gentiment hébergée et le
temps était passé trop vite. Après une visite à l’hôpital, ils étaient rentrés
chez lui et il avait été aux petits soins pour elle. Les médecins ne semblaient
pas affolés par cette perte de mémoire partielle selon Clay…ce n’était qu’une
question de temps.
Bref, Clay avait déployé des efforts titanesques pour
la distraire et il y était parvenu. Mac se sentait bien avec lui : elle
aimait son humour, sa bonne humeur, sa prévenance…et la façon presque timide
dont il l’embrassait. D’ailleurs, elle avait été surprise qu’ils ne partagent
pas le même lit mais n’avait pas posé de question, mettant cela sur le compte
de sa « blessure ». De même, elle ne se rappelait pas non plus être déjà
allée chez lui mais bon, il y avait tellement d’autres choses dont elle ne
se souvenait pas…
Maintenant, elle était de retour en terrain connu
au Jag. La porte de l’ascenseur s’ouvrit sur le plateau et Mac prit une grande
inspiration avant d’en sortir. Elle allait devoir retrouver ses marques, ses
habitudes, son partenaire. Elle espérait d’ailleurs que le fait de travailler
avec lui remettra en route la partie de sa mémoire qui était pour l’instant
en veille. Elle se dirigea vers son bureau mais fut interceptée par Harriet.
-
Bonjour Colonel !
-
Bonjour Harriet.
-
Alors, comment vous sentez-vous ?
-
Ça va…je me suis bien reposée. Harm est arrivé ?
-
Ben…euh…c’est à dire…il ne vous a rien dit ?
-
Non. Qu’est-ce qui se passe ?
-
Et bien…
-
Excusez-moi Lieutenant. Colonel, l’Amiral souhaiterait
vous voir de suite.
-
Merci Tiner, j’y vais. Harriet, on en reparle tout
à l’heure.
Harriet regarda partir Mac avec un regard triste…certainement
que l’Amiral allait lui annoncer la nouvelle lui-même…
-
Vous m’avez demandée Amiral ?
-
En effet Colonel. Asseyez-vous. Alors comment vous
sentez-vous ?
-
Bien…ma mémoire est toujours quelque peu déficiente
mais ça va. D’après les médecins, ce n’est qu’une question de temps.
-
Bien…bien. Vous avez vu Rabb ce week-end ?
-
Non pourquoi ?
-
Il ne vous a donc pas parlé ?
-
Non, je ne l’ai pas revu depuis notre retour. Que
se passe-t-il ?
-
Colonel…
L’Amiral se leva et regarda par la fenêtre. Il ne
savait pas comment lui annoncer la chose. Il choisit d’être professionnel.
Il se retourna finalement vers Mac qui le regardait les yeux suspendus à ses
lèvres attendant impatiemment la suite. AJ prit une grande inspiration avant
de poursuivre.
-
Colonel…vous partez pour Norfolk cet après-midi. Un
problème de fraternisation entre deux officiers…je vous accompagne.
-
Vous Monsieur ? Mais le Commandant Rabb n’est pas
libre…ou un autre. Bien que ça me fasse plaisir que vous veniez mais c’est
plutôt rare que le JAG se déplace en personne…
-
Nous manquons quelque peu d’effectif en ce moment…Roberts
et Turner sont sur une affaire complexe, Singer n’est toujours pas remplacée
et Rabb…
-
Qu’est-ce qui se passe avec Harm…tout le monde est
bizarre depuis ce matin à son propos…Va-t-on enfin me dire ce qui se passe
?
-
Je pensais qu’il vous l’annoncerait lui-même mais
puisqu’il n’en est rien je me dois d’informer mon chef du personnel…
L’Amiral marqua encore une pose avant de poursuivre…
-
Lorsque vous avez été portée disparue au Paraguay,
le Commandant à demandé à y être envoyé…ce que j’ai refusé…il…il m’a donc
remis sa démission avant de nous quitter pour partir à votre recherche.
Mac se laissa retomber contre le dossier du fauteuil.
Elle s’attendait à tout mais certainement pas à ça ! Elle leva les yeux vers
l’Amiral toujours debout qui la regardait les yeux tristes et les lèvres pincées.
-
Euh…Amiral…vous savez pourquoi ?
AJ se laissa tomber lourdement sur sa chaise. Il avait
sa petite idée sur la question mais ce n’était certainement pas à lui d’en
parler. Il croisa les bras sur sa poitrine et dodelina de la tête.
-
Je n’en ai aucune idée Colonel. Lui seul pourra vous
répondre. Nous devons partir immédiatement pour Norfolk, nous reparlerons
de cela en revenant.
-
Bien Monsieur.
Mac se leva l’esprit bouillonnant de mille questions.
Pourquoi cet homme dont elle ne se souvenait pas avait-il pris le risque de
démissionner, de se rendre dans un pays qu’il ne connaissait pas, d’affronter
le danger juste pour la sortir de là, juste pour sa collègue. Il lui avait
bien dit qu’ils étaient proches mais…la brève étreinte qu’ils avaient eu dans
la forêt et le souvenir de sa voix prononçant son prénom lui revinrent en
mémoire. Elle se rappela surtout ce qu’ils avaient provoqué en elle…
Elle secoua la tête afin de se remettre les idées
en place et suivi l’Amiral. Il faudra qu’elle parle à Harm à son retour, mais
dans l’immédiat, elle devait faire son travail.
Le même jour
3h pm
Harm avait pris la précaution de téléphoner avant
de venir chercher ses affaires. Il n’avait pas envie de rencontrer l’Amiral,
Sturgis et encore moins Mac.
Il était maintenant en train de vider son bureau,
le cœur serré. A quoi tout cela avait-il servi ? A rien, il se retrouvait
en train d’entasser quelques souvenirs dans un carton et de tourner une page,
et quelle page de sa vie.
Depuis l’extérieur, Harriet le regardait tristement.
Elle vint finalement cogner à la porte.
-
Commandant ? Vous avez besoin d’aide ?
-
Non merci Harriet. Je n’ai pas grand chose. Et appelez-moi
Harm maintenant.
-
D’accord…si vous avez besoin, je ne suis pas loin…
-
Merci.
Harriet s’éloigna mais revint sur ses pas.
-
Mons…Harm ?
-
Oui ?
-
Pourquoi ne lui avez-vous rien dit ?
-
Pardon ?
-
Pourquoi n’avez-vous rien dit au Colonel ?
-
Je ne pense pas que ce soit le bon moment Harriet.
Elle a d’autres problèmes à régler auparavant. Ça ne servirait à rien…
-
Vous croyez ?
Pour seule réponse, Harm retourna à son ouvrage et
Harriet n’insista pas.
Le même jour 7h pm
La sonnerie du téléphone sortit Harm de ses pensées
alors qu’il ressassait l’entrevue qu’il avait eue le matin même avec le Directeur
de la CIA. Il ne savait pas encore s’il allait accepter, si ce travail lui
plairait…et puis, ça voulait dire aussi travailler avec Catherine…et surtout
Webb. Il se leva péniblement du divan pour décrocher.
-
Rabb.
-
Harm ? C’est Webb.
-
Clay ? Que se passe-t-il ?
Immédiatement, Harm s’inquiéta pour Mac.
-
Vous m’avez demandé de vous tenir au courant pour
le diagnostic. Je profite de ce que Sarah ne soit pas encore rentrée.
-
C’est vrai. Alors ?
-
Les médecins ne sont pas inquiets. Toutefois, ils
ne trouvent aucune explication rationnelle à cette perte partielle de mémoire.
Ils ont simplement émis la possibilité qu’elle occulte tout ce qui a pu lui
faire du mal avant l’accident…
-
Je vois…
-
Harm ? Elle va retrouver la mémoire…
-
Comment pouvez-vous en être sûr ? De toute façon,
ça vous arrange bien, non ?
-
Écoutez Harm…je sais que vous pensez que je profite
de la situation mais…je suis sincère avec elle.
-
Je n’ai pas vraiment envie de parler de ça avec vous
Webb.
-
Bien…comme vous voulez…alors, vous allez nous rejoindre
?
-
Je n’ai pas encore pris de décision.
-
Catherine serait ravie de vous avoir…Je ne savais
pas que vous vous connaissiez si bien.
-
C’est une longue histoire. Vous avez autre chose à
me dire ?
-
Euh non…Désolé de vous avoir dérangé.
-
Vous ne me dérangez jamais quand il s’agit de Mac.
Bonsoir Webb.
Clay n’eut pas le temps de répondre, Harm avait déjà
raccroché.
Ce dernier resta un moment la main sur le combiné
avant de rejoindre son divan. Visiblement, Mac avait passé le week-end là-bas
et il l’attendait encore…Mais ce n’était que le premier coup de poignard.
Le second ? Mac refoulait les souvenirs le concernant…parce qu’ils la font
souffrir ? Même si ce n’était qu’une « Théorie » des médecins, ça pouvait
s’expliquer…Le ferry, Renée…tous ces non-dits. Finalement, c’est lui qui était
encore une fois la cause de ses tracas.
Il laissa sa tête retomber sur le dossier du divan
et ferma les yeux. Son répit ne fut que de courte durée puisque l’on frappa
à la porte d’entrée. Harm poussa un long soupir en murmurant : « Ils
se sont tous donnés le mot ce soir…»
Il ouvrit sa porte d’entrée sur l’Amiral.
-
Monsieur !
-
Bonsoir Harm, je peux entrer.
-
Bien sûr. Je vous croyais à Norfolk…avec Mac.
-
Nous rentrons à l’instant. Je devais vous aviser d’une
information que j’ai eue dans la journée.
-
Ça pouvait peut-être attendre demain Monsieur.
-
Harm…vous pouvez m’appeler AJ ce soir. Je devais vous
en faire part au plus vite, avant que vous ne preniez d’autres dispositions.
-
Je ne comprends pas.
-
Le Secnav m’a contacté pour m’informer que le Gouvernement
vous était redevable pour votre action au Paraguay qui a empêché un attentat
sur les États-Unis. Aussi…sont-ils prêts à passer l’éponge. Si vous souhaitez
réintégrer votre poste…il est à vous.
Harm resta interdit regardant incrédule l’Amiral.
-
Vous voulez dire que je peux reprendre mon poste au
Jag…comme ça.
-
Dès demain si vous le souhaitez. Le plus tôt sera
le mieux, nous sommes débordés. Mais Commandant, ne comptez pas vous en sortir
comme ça avec moi, vous avez quand même désobéi à un de mes ordres directs
!
-
A vos ordres Monsieur !
-
Et ne vous avisez pas de recommencer !
Harm était trop content et était prêt à subir les
représailles de l’Amiral sans broncher. Un de ses problèmes était réglé. Il
allait retrouver son travail, sa vie…et il allait retrouver Sarah.
-
Bien, je vous attends demain. Et Harm…vous devriez
parler à Mac. J’ai du lui apprendre votre départ. Je compte sur vous pour
lui fournir quelques explications sur votre geste.
-
Monsieur, avec tout le respect que je vous dois, je
ne sais pas si c’est le bon moment.
-
Et moi Rabb, avec tout le respect que je vous dois,
je vous dis de bouger vos six heures et de prendre les choses en main. Me
suis-je bien fait comprendre ?
-
Oui, Monsieur !
-
Bien…Vous n’allez quand même pas laisser Webb l’emporter…l’honneur
de la Marine est en jeu Commandant, ne laissez pas la CIA vous damner le pion
!
L’Amiral dit ces dernières paroles dans un sourire
qui finit de détendre Harm qui lui retourna un sourire dont il a le secret.
-
Je suis d’accord avec vous Monsieur.
-
J’en suis heureux.
-
Mais…si jamais ma relation avec le Colonel changeait…si
jamais elle retrouvait la mémoire…nous reviendrions au point de départ.
-
Êtes-vous prêt à prendre le risque ?
-
Oui.
-
Dans ce cas, si vous êtes prêt à ça pour elle…je dois
pouvoir faire jouer mon privilège.
-
Merci Monsieur.
-
A demain Harm.
-
A demain Amiral.
Harm referma la porte derrière lui, le moral un peu
meilleur que quelques minutes auparavant. Il allait se battre pour reconquérir
Sarah, quel que soit le temps que cela prenne.
Le lendemain
9h am
A peine Harm sortit-il de l’ascenseur qu’il fut accueilli
par le sourire d’Harriet.
-
Bienvenu à bord…Monsieur !
-
Merci Lieutenant répondit-il avec un clin d’œil.
Il alla directement à son bureau poser le carton qui
contenait ses affaires et nota au passage que Mac n’était pas là.
-
Content de vous revoir Monsieur.
-
Merci Bud. Mac n’est pas là ?
-
Elle est avec l’Amiral…pour cette affaire de fraternisation.
Ensuite on a un débriefing à 10h, Monsieur.
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