Quelque part au dessus de l'Atlantique - 24.01.2005
A regarder ce ciel d'azur, sans l'ombre d'un nuage, il aurait été difficile de se croire au plein cœur de l'hiver, s'il n'y avait pas eu cette température glaciale au départ de la base.
Le Capitaine guettait à l'horizon, le rectangle d'acier sur lequel une fois de plus il allait se poser. Il pensa à Sarah, endormie à l'autre bout de la terre, à moins que ses craintes ne la tiennent éveillée. La peur de sa compagne gâchait un peu son plaisir. Voler était une de ses passions, il y avait souvent trouvé refuge quand la vie se montrait cruelle.
Désormais, il n'était plus question de cela. En plus de Trich sa mère, deux femmes l'attendaient : Sarah à qui il vouait un amour fou, enfin partagé, et Mattie cette toute jeune fille, dont il constituait l'unique famille. Pour elles trois, il devait se concentrer sur les heures à venir, et obtenir ses qualifications, pour regagner Washington au plus vite.
L'hélico était en vol stationnaire, des Tomcat rentraient de l'entraînement, il fallait leur céder la priorité. Il entendit la tour de contrôle donner l'autorisation d'appontage, aussitôt il replaça son casque, croisa ses bras sur sa poitrine et attendit le contact. Le pied à peine posé sur le pont, il aperçut au milieu de visages inconnus, le sourire de Skates :
- Bienvenue à bord Capitaine ! Allons nous mettre au calme, ici c'est impossible ! …
- OK Skates …Ils traversèrent en courant pour s'engouffrer à l'abri.
- Alors Harm, félicitations pour votre promotion. Comment va Mattie ?
- Merci pour les félicitations Skates, c'est gentil de vous soucier de ma "future fille", elle récupère très vite et beaucoup mieux qu'on ne l'espérait, à tel point qu'elle reparle de cours de pilotage ! … Et votre époux ?
- Toujours à Washington, ce qui nous permet de passer la plupart de nos week-end ensemble,
Bavardant comme deux vieux amis se retrouvant après plusieurs mois de séparation, ils se faufilèrent le long des coursives vers les quartiers du Capitaine.
- Comment va le Colonel, j'ai su qu'elle était venue à la soirée de l'Amiral… disant cela Skates s'était tournée vers son ami, elle saisit l'expression de son visage.. Pardonnez-moi, je suis peut-être indiscrète ?
- Non Skates, je ne pensais pas que la visite de Mac ait eu un tel écho. Je reviens d'Australie où nous avons mené ensemble une enquête préliminaire.
- Çà c'est mal passé ? Vous m'aviez dit avoir perdu presque tout contact avec elle ?
- Nous avons très vite retrouvé nos habitudes…. il s'arrêta un instant… Il était temps, elle rentre aux Etats Unis d'ici un mois ou deux… Et j'espère bien qu'elle reprendra son poste.
- Mais son mari … Ah… Je vois…. Harm c'est grave ?
- Elle divorce !... Çà ne va pas du tout, là-bas.. C'est dur à dire, mais au Q.G., nous n'avons jamais cru à ce mariage, quant à moi, vous savez mon opinion… Hélas il s'avère que nous avions raison !
- Elle a dû y croire. C'est une femme intelligente. Mais tout quitter comme çà, c'est très difficile… Et vous, comment prenez-vous la chose ?
- Je vous promets que cette fois je suivrai vos conseils Skates…Il sourit et ajouta… Mais nous n'en sommes pas encore là, hélas…. En attendant, je l'épaule du mieux que je peux, avec l'Amiral.
- Harm, communiquez lui mon numéro. Mon ordinateur est à votre disposition, ne vous gênez pas.
- J'accepte volontiers, d'autant plus qu'elle s'inquiète de me savoir ici…
- Votre métier de pilote lui fait peur ?…
- Vous savez mieux que quiconque que mes retours ont été parfois périlleux, depuis elle a peur !…
- Comptez-vous mettre un terme à votre carrière ?
- Si je ne veux pas ne faire étriper, je dois oublier, Sarah m'arracherait les cheveux et Mattie, lui donnerait un sérieux coup de main !… dit-il en riant
- Alors n'hésitez pas à la rassurer, je connais çà avec mon mari !
- C'est très gentil, merci encore une fois Skates !
- Non, c'est normal…Je suis contente pour vous. Et puis ici, le Colonel était très appréciée, nous serions très heureux de la revoir !
Il lui sourit, le regard embué par l'émotion, avec Skates, pas besoin de longs discours, le message passait très bien. Arrivé dans ses quartiers, il déposa ses bagages. Que c'était bon d'être à bord et de trouver à qui parler de Mac sans ambiguïté !… Il devait se présenter au Commandant dans une heure, Skates viendrait le chercher. Il expédia à Sarah et Mattie, les coordonnées de leur amie. A l'heure prévue il se présenta sur la passerelle de commandement.
- Capitaine de Vaisseau Harmon Rabb au rapport mon Commandant !
- Bonjour Harm ! bienvenue à bord et félicitations pour ce 4e galon…
- Merci Commandant, heureux de me joindre à vous !
- Je n'en doute pas. Vous êtes veinard cette fois, la météo est avec nous. Si vous le voulez, vous pourriez commencer dès ce soir les vols de nuit ?
- Si tout le monde est d'accord, dit-il en jetant un regard vers l'officier d'appontage, pour moi, c'est parfait, Skates ? Cette dernière acquiesça.
La nuit tombée, après un passage en salle de briefing, les deux officiers s'installaient dans le cockpit d'un F14. Ils se connaissaient depuis plus de six ans, depuis Skates était son RIO attitré. Le crash de leur F14 qui les avait obligés à s'éjecter en pleine tempête au milieu de l'Atlantique, n'avait fait que renforcer une solide amitié et une grande confiance. Comme à chacun de ses départs, en entendant dans son casque appeler "Hammer", son cœur se serra. Ce pseudo avec lequel son père s'était illustré dans l'Aéronavale, lui avait été donné par ses camarades quand il avait repris du service actif. Cette attention délicate de ses jeunes compagnons, avait vivement touché le Capitaine.
Les opérations s'enchaînèrent et requirent toute son attention. Le rugissement des réacteurs, le contrôle des instruments puis la poussée vers le ciel… avec cette montée d'adrénaline tant appréciée des pilotes même les plus chevronnés… Les exercices rituels, les ravitaillements en vol, enfin regagner ce morceau d'acier perdu au milieu de nulle part, en effectuant les manœuvre d'approche puis d'appontage sans encombre….
Les exercices de nuits terminés, Harm se détendait sur la passerelle au-dessus du pont d'envol. C'était à bord des porte-avions, un de ses repères favoris. Il y régnait un vacarme infernal, mais il aimait observer le va et vient des appareils en savourant un havane. Ses pensées vagabondèrent vers Mattie qui l'avait vu partir avec envie puis vers Sarah seule là-bas, se débattant dans des démarches qui les réuniraient enfin ! C'était bien la première fois qu'il lui était impossible de l'aider !… Il n'entendit pas arriver le Capitaine Ingals.
- Toujours dans votre coin de prédilection Rabb ?
- Je suis incorrigible, et j'en profite au maximum Commandant !…
- Vous avez encore fait le meilleur score ce soir. Bravo ! Vous ne voulez pas reprendre du service, nous manquons de personnel…ajouta le Commandant en souriant.
- Non Monsieur, une expérience suffit. Je suis trop vieux et au JAG, les effectifs sont également restreints. Turner est détaché dans le Golfe…
- N'est-ce pas lui qui épouse cette superbe chanteuse ? Ma femme et ma fille m'ont parlé de çà ?
- C'est bien lui, en effet. C'est une fille merveilleuse, il a beaucoup de chance.
- Le départ du Colonel MacKenzie a été une grande perte pour le JAG, et pour vous en particulier !
- Oui Commandant, elle a laissé un grand vide !.. Quant à moi...Les réacteurs d'un F18 coupèrent la conversation.
Après quelques heures de sommeil, Harm s'équipa pour les vols de jour. Ceux-ci se déroulèrent sans le moindre accroc. Il avait volé sur deux types d'appareils. Un véritable état de grâce, il n'en revenait pas lui-même.. Le Commandant vint à sa rencontre alors qu'il descendait d'un F18 :
- Vraiment Rabb.. Vous avez fait un score à tout casser, les jeunes sont impressionnés !…
- Je ne voulais pas qu'un "bavard" vous pose problèmes…dit-il en se tournant vers l'officier d'appontage, tous éclatèrent de rire, comprenant l'ironie de la réplique.
- L'Amiral Boone peut être fier de vous ! Revenez quand vous voulez, Harm !
- Il n'est pas très objectif, il était le meilleur ami de mon père, il est mon parrain, çà laisse peu de place à la partialité.
- Oh je le crois assez professionnel pour faire la part des choses. Vous avez ce que vous méritez. Nous vous voyons dans six mois, n'est-ce pas ?
- Je l'espère bien Commandant ! Ils se saluèrent et le Capitaine quitta le pont, pour aller se changer et rejoindre ensuite l'hélicoptère attendant sur le pont d'envol.
Maison de Brumby - Australie - 26.01.2005
La nuit avait été mauvaise, un horrible cauchemar. Sarah s'était retrouvée, en cette soirée où l'on avait répété la cérémonie de ce qui devait être, son mariage avec Mic !…Elle avait revécu les terribles heures d'angoisses où Harm avait été porté disparu après le crash de son F14, les sauveteurs avaient retrouvé Skates, mais pas son compagnon. Dans son rêve, Harm n'était pas rentré !.. Mic, le visage déformé par la haine, lui avait annoncé l'abandon des recherches !…
Elle avait dû pousser un hurlement avant de s'éveiller en sursaut, le visage baigné de larmes, la sueur lui collant les épaules. Elle s'était précipitée vers le répondeur, puis vers l'ordinateur où deux messages attendaient d'être lus. Elle avait hésité un moment avant d'ouvrir le dernier …
From : H. RABB-…. To : Ninja-girl @…
Juste un mot pour te dire que tout se passe pour le mieux. La météo est parfaite et ton pilote n'est pas encore trop rouillé. Quotas terminés. Je rentre. A bientôt ma Chérie. H-R.
Ce mail lui était parvenu depuis à peine quatre heures. Ses jambes se dérobaient sous elle. Elle s'était assise sur la terrasse, la fraîcheur matinale avait calmé ses nerfs à vif. Il était encore tôt. Après avoir bu un peu de thé, elle remontait vers sa chambre le téléphone à la main, quand la sonnerie l'avait fait sursauter :
- Allô ? Sarah ?
- Harm ! Où es-tu ?
- Ma Chérie je te réveille, je suis désolé !… Çà n'a pas l'air d'aller !
- Non, j'ai fait un mauvais rêve… Je ne pensais pas t'entendre, j'ai reçu tes mails…
- Nous avons terminé assez tôt, j'ai pu attraper le dernier hélico pour Andrews où je viens d'arriver.
- Tu es content de tes résultats ?
- Je finis premier du groupe, avec les félicitations du Pacha. Çà va, je ne perds pas la main.
- Je savais bien Pilote que vous étiez le meilleur, je l'ai toujours cru… affirma-t-elle en riant
- Le Commandant et Skates m'ont chargé de te saluer.
- C'est gentil ! J'aurais peut-être le plaisir de les revoir bientôt ?
- Je l'espère ma Chérie. Maintenant je rentre à la maison, je t'appellerai à mon arrivée.
- Bonne route, sois prudent surtout… Je t'aime !
Lovée dans le grand fauteuil de la chambre qu'elle occupait désormais, Sarah but une tasse de thé en relisant les mails reçus durant la nuit, ceux venant d'Harm l'informant sur ses quotas et celui de Vareze concernant son appartement.. Dans quelques heures Harm sera à Washington conclut-elle rassurée.
Cet appel bref, avait fini d'apaiser ses angoisses, il était bien vivant Dieu merci ! Petit à petit, elle retrouvait ses esprits. Ce soir ils auraient tout le temps de discuter à loisir. Elle se surprit à compter à l'heure des U.S.A. Puis elle passa dans sa salle de bain, une douche finirait de la détendre. Coleen revenait aujourd'hui. Elle souhaitait être prête pour l'accueillir. Vêtue d'un jean et d'un top bleu clair, elle vaporisa quelques gouttes de l'eau de toilette oubliée par Harm et redescendit.
Faisant le tri de ses mails, elle constata une fois de plus, l'absence de message de son mari ! De nouveau, la colère lui noua l'estomac. Mic n'ignorait pas qu'Harm était rentré aux U.S.A.. Il ne pouvait donc plus invoquer une présence indésirable sous son propre toit. Elle ne voyait plus aucune excuse à ses agissements dont le "passage clandestin" tendait de plus en plus à supposer la préméditation !…
Elle avait rendez-vous en fin de matinée avec un avocat américain. Elle lui exposerait la situation, sans rien omettre. Elle était déterminée, la seule question à régler concernait les modalités du divorce. Elle ne souhaitait rien demander. Elle voulait retrouver son pays et être libre d'aimer au grand jour !….
L'amour qu'elle vouait à Harm, avait littéralement explosé, comme une force trop longtemps retenue. Ses sentiments s'épanouissaient enfin. Elle se sentait prête à tout, pour vivre ouvertement ce bonheur tout neuf. Elle se prenait à rire ou à pleurer sans motifs. Elle était une femme amoureuse ! Elle découvrait avec quelques vingt ans de retard, ce dont elle s'était plus ou moins volontairement privée : le bonheur d'aimer.
Au file des journées, elle s'était trouvée prise entre l'absence de Brumby avec sa volonté délibérée de la tenir à l'écart, et cette passion enfin partagée. Sa décision s'était affermie. Il n'y avait plus de retour possible. C'est dans cet état d'esprit qu'elle s'apprêta à rencontrer l'avocat que lui avait recommandé le vice-consul. Son "horloge biologique" lui indiqua qu'elle pouvait encore joindre l'Amiral au Q.G. :
- Chegwidden !
- Bonsoir Amiral, c'est Mac , je ne vous dérange pas ?
- Colonel ! J'ai tout mon temps, que me vaut le plaisir de votre appel ?
- Eh bien Monsieur, j'aurais souhaité vous parler d'un problème important.
- Dîtes Mac, si je puis vous être utile …
- Amiral… J'entame une procédure de divorce … Je veux rentrer chez moi !
- Vous avez très certainement réfléchi, avant de vous décider à un tel acte !….
- Oui Monsieur, Harm vous a rapporté ce qui s'était produit deux jours avant son départ.
- En effet, il se fait beaucoup de souci pour vous, par la même occasion, moi aussi !…
- Des faits nouveaux se sont produits qu'il ignore encore, Monsieur, et qui ont pesé sur ma décision.
- Pardonnez ma curiosité, mais est-ce encore Brumby ?
- Oui Amiral, il a quitté Sydney comme vous le savez. Je ne sais ni où il est, ni quand il rentrera ! Je n'ai reçu ni mail, ni appel téléphonique depuis son départ… De plus j'ai découvert qu'il était venu à notre domicile en mon absence, pour y chercher d'autres bagages. Et je me pose quelques questions sur sa volonté d'accueillir Harm à la maison ..
- Vous pensez à un piège ? Il est vrai que ce garçon m'a toujours paru totalement incontrôlable …
- Je ne veux pas paraître frivole, ou inconséquente, Amiral, mais je mesure aujourd'hui, l'importance de mon erreur…
- Il vous fallait peut-être en passer par là, Mac ? .
- Il a été durant deux années, un bon compagnon, rien ne me laissait supposer un changement de comportement aussi soudain et radical,
- Ne pensez-vous pas que la venue d'Harm ait déclenché ce revirement ?
- De la part de Mic ? Non Monsieur, comme je vous l'ai dit, il a lui-même tenu à l'héberger, et rien dans notre attitude n'a mérité un quelconque reproche, je puis vous l'assurer Amiral.
- Permettez-moi d'être direct avec vous… Vous souhaitez mon opinion, n'est-ce pas ?
- Oui Monsieur, je vous remercie d'avance de votre franchise.
- Harm a dû vous dire, qu'ici vos amis, vos proches, ont compris depuis longtemps les liens qui vous unissent, tous les deux !… Lors de votre venue en décembre, j'ai constaté que rien n'avait changé. Mic aurait-il pu tirer la même déduction ?
- Amiral, si c'est le cas, pourquoi avoir invité Harm ? Il connaît les liens existant entre nous !
- Peut-être pensait-il que l'éloignement et votre mariage changeraient les choses.
- Harm et moi, nous aimons depuis des années ! Nous ne l'avons pas compris, peut-être même avons-nous inconsciemment refusé de l'admettre, par peur sans doute. Nous avons dû vous paraître stupides… Durant son séjour, Harm n'a rien fait de répréhensible envers Mic. Dieu merci, il n'était pas présent lors de notre dispute !
- Oui, c'est une bonne chose vu l'état de rage dans lequel il se trouvait quand il a abordé le sujet devant moi ! Brumby aurait passé un sale quart d'heure !…
- Amiral, c'est pourquoi je ne peux continuer à vivre ainsi. Je refuse le chantage de Mic… Je veux rester honnête envers moi, et surtout envers Harmon. Mettre fin à mon mariage est l'unique solution.
- Vous avez consulté un avocat, je suppose ?
- Je le rencontre officiellement tout à l'heure, Amiral !
- Alors, effectuez vos démarches, et tenez-moi informé de votre retour parmi nous. Voyez cela avec Harm. J'en aurai besoin pour votre réintégration ici, vous dépendez toujours du JAG. Nous sommes à cours de personnel… Il ne devrait pas être difficile de vous trouver une place …
- Je vous remercie Amiral. Une chose encore, je pense venir à Washington rapidement. J'ai besoin d'y préparer mon retour, mon appartement, en particulier. Mais ne parlez pas de ce voyage avec Harm, je lui en réserve la surprise.
- Vous vous êtes enfin trouvés tous les deux, n'est-ce pas ?
- Oui Monsieur, et à cela aussi, je dois penser, je ne veux pas qu'Harmon mette de nouveau sa carrière en jeu pour moi, il l'a suffisamment fait par le passé…
- Nous trouverons une solution. Nous l'avons fait pour Bud et Harriett. Voulez-vous me laisser m'en charger Colonel ?
- Pour ma plus grande joie Amiral !
- Alors réglez au mieux vos affaires, et laissez vos amis vous aider. Puis revenez-nous très vite.
- Je vous remercie infiniment Amiral !
- C'est tout à fait normal. A bientôt et, en attendant, prenez bien soin de vous.
Disant cela, Chegwidden sentit ses yeux se brouiller. Il éprouvait pour cette jeune femme un sentiment quasi paternel. Il était heureux de la voir enfin toucher au port, et Harm, ce grand gaillard, cet adolescent mûri trop vite, était tellement attachant. Ces deux-là allaient enfin trouver la paix.… Mais ils avaient encore besoin d'un petit coup de main…
Appartement d'Harmon - 26.01.2005
L'immeuble était silencieux quand vers 1 heure du matin, Harm franchit le seuil de son appartement. Pas question d'aller déranger les filles, il était beaucoup trop tard. Il posa son casque, "Hammer", ce pseudo lui portait bonheur… Il avait à cœur d'en être digne. Il consulta sa montre et décrocha le téléphone, à l'autre bout, la voix familière répondit :
- Sarah MacKenzie,
- Bonjour ma Chérie !
- Harm ! Pardonne-moi, mais je croyais que c'était Me Smith, mon Avocat. Tu es chez toi ?
- Oui Madame, j'arrive juste à l'instant, mais je ne vous dérange pas j'espère ?
- Vous êtes toujours aussi stupide Capitaine ! … Elle éclata de rire. Non ! J'ai tout mon temps, tu n'es pas trop fatigué ?
- Pas du tout, parle-moi de ton rendez-vous ! Comment çà c'est passé ?
- Très bien, je connaissais déjà cet avocat. Il travaille essentiellement pour les ressortissants américains, nous avons eu à traiter des cas communs. Je l'ai chargé de la procédure. Il a tous les papiers nécessaires. Mais avant d'aller plus loin, il y une chose dont je veux te parler.
- Que se passe-t-il ?
- Tu sais que je me suis rendue au bureau de Mic où j'ai appris, non sans mal que sa date de retour n'était pas fixée avant des semaines.
- En effet, tu me l'as écrit dans l'un de tes mails !
- Oui, mais ce que je t'ai pas dit, c'est qu'en rentrant à la maison, je me suis souvenue qu'il était parti avec un sac contenant des vêtements pour deux ou trois jours maximum.
- Et tu t'es demandée comment il pouvait rester absent plus d'un mois ?
- Exactement mon Chéri, cesse de finir mes phrases veux-tu !
- J'ai toujours adoré çà !.. Mais soyons sérieux, Sarah !
- Donc j'ai regardé dans le dressing, des costumes et d'autres vêtements on été emportés ainsi qu'une grande valise ….
- Mais tu n'as rien vu ? Il a fait son coup derrière ton dos ?
- Plus j'y pense, plus j'ai la certitude qu'il est revenu à la maison le vendredi, pendant que nous étions à Sydney. Il était sûr de trouver la maison vide, et avec Coleen, il pouvait faire ce qu'il voulait !…
- Quel sale …. je ne vais pas recommencer ma Chérie…
- Non Harm, tu avais raison, tout comme l'Amiral et les autres…
- Tu as téléphoné à l'Amiral ?
- Oui, avant d'aller voir l'Avocat. Je lui ai raconté ce qu'il ne savait pas encore. Nous avons évoqué mon retour aux U.S.A. Il s'est montré très rassurant…
- Tu as bien fait. Je ne peux pas t'aider ouvertement, alors que lui te sera d'un grand soutien.
- Je m'en suis rendu compte. Il te parlera de notre conversation. Il a besoin de savoir au plus vite la date approximative de mon retour,
- Et moi donc !
- Il a supposé que tu serais le premier averti, il demande que tu l'en informes.
- Je me ferai ce plaisir… Mais revenons à ton Avocat !
- Il me donne deux possibilités vis à vis de Mic : une lettre de ma main déposée à son cabinet à charge pour eux de la lui transmettre, ou un courrier officiel de sa part suivant le même chemin.
- Qu'en penses-tu ?
- Je voulais ton avis, et 24 heures de réflexion pour décider de la manière à employer.
- Si je n'écoutais que ma seule opinion, je te dirais de laisser Me Smith s'en occuper, surtout après ce que tu viens de me raconter… Mais l'avocat que je suis, te conseillerait de faire les choses de manière à n'avoir pas de regrets Sarah ! C'est très important pour toi.
- C'est ce que je pense… J'ai commencé à rédiger un texte, je ne veux pas en écrire des pages, juste ce qu'il faut pour ne laisser aucun doute sur mes intentions.
- Mais que dois-tu faire en attendant que Brumby réapparaisse ? Tu ne vas pas croupir là-bas éternellement ?
- Non, notre mariage a eu lieu aux U.S.A. il tombe donc sous les lois américaines. Il me suggère d'attendre deux semaines après signification de la demande, passé ce délai j'agis à ma convenance à condition de fournir une adresse aux U.S.A. qui me soit personnelle de préférence.
- Ton appartement est disponible. Vareze habite chez Sturgis de puis la fin d'année !
- Je lui ai adressé un mail. Elle m'a répondu immédiatement qu'elle libérerait l'appartement des quelques affaires qu'elle y avait laissées.
- Tu as eu raison de garder cet appartement !…il s'interrompit quelques secondes. Mais.. J'ai l'impression que tout à l'heure je vais me réveiller et me trouver face à une autre réalité…
- Harm ! Ce n'est pas un rêve, dans quelques semaines, je rentre à la maison !
- Pardonne-moi ma Chérie mais je n'arrive pas à y croire !.. sa voix s'étouffa.
- A dire vrai, moi non plus, quand l'Amiral m'a demandé ma date de retour, j'ai eu la même réaction que toi !… A son tour elle eut du mal à terminer sa phrase.
Ils étaient submergés par l'émotion, incrédules devant les événements heureux qui se précisaient cette fois, sous les meilleurs auspices. Ils continuèrent leur bavardage, puis se quittèrent attendant le prochain appel. Harm avait grand besoin de sommeil, les quotas qu'ils avait effectués, constituaient une épreuve physique considérable et son entretien avec Sarah l'avait épuisé moralement.
Maison de Brumby - Australie - 26.01.2005
Ce que Sarah avait omis de rapporter de sa visite chez Me Smith, c'est qu'elle pouvait quitter l'Australie à tout moment, pour se rendre où elle le souhaitait. Il suffisait pour cela, qu'elle avertisse le cabinet où travaillait Mic à défaut de le joindre lui-même.
Depuis la veille, l'envie d'aller à Washington faisait son chemin. Son appartement serait disponible. Elle appela son agence de voyage sans attendre davantage, quelques minutes plus tard l'hôtesse lui proposait un vol, l'amenant à Washington Dulles le vendredi vers 14 h 30, heure locale. Sans hésiter, elle réserva une place. Aussitôt son téléphone raccroché, elle expédia un fax de confirmation.
Dans sa tête tout se bousculait, en quelques jours sa vie venait de basculer à la vitesse de l'éclair, c'est pire que Kaboul se dit-elle en riant. Vendredi, je serai chez moi avec Harm !… Elle eut envie de lui envoyer un mail pour l'avertir et se ravisa. Elle prépara un courrier pour son mari, qu'elle déposerait en allant à l'agence de voyage. Elle prévint son avocat, lui donnant l'adresse de son appartement.
Si son cerveau était aussi dévasté qu'un champ de bataille, son physique tenait bon, elle se sentait capable d'abattre des montagnes. Elle monta explorer ses placards. Elle rassembla des vêtements compatibles avec l'hiver nord-américain. Elle se rappela ce tailleur pantalon gris et un pull rouge qu'elle avait remarqués dans une boutique où elle se fournissait. Avec le manteau de laine blanche qu'elle avait ramené le mois dernier, ce serait parfait !
Q.G. du JAG - Bureau de l'Amiral - 26.01.2005
L'Amiral était soucieux, pourtant son humeur, ce matin-là était résolument au beau fixe. Il dégustait le café préparé par Coast et songeait à Harm et Mac !… En finirait-il un jour avec ces deux-là, ils lui donnaient plus de fil à retordre que Francesca, qui menait une vie paisible avec son époux dans la banlieue romaine. Il fallait régler le cas de Mac, sans nuire à celui de Rabb. Il sonna Jennifer :
- Quartier-maître, appelez-moi l'Amiral Boone, j'aimerais lui parler le plus vite possible
- Entendu, Monsieur… quelques minutes plus tard, la communication était établie :
- Tom ? Salut mon vieux, comment vas-tu depuis l'autre soir ?
- Très bien, merci, que me vaut l'honneur d'un appel si matinal ?
- J'ai besoin de ton avis, et aussi d'un éventuel coup de main pour ton protégé,
- Harm ! Rien de grave j'espère ?
- Non Rassure-toi, au contraire… Le Colonel MacKenzie rentre au bercail !
- Pour de bon, mais son mari ? Ne me dis pas que …
- Et si. Elle demande le divorce, son mari lui a fait un sale tour. Ce qui ne m'étonne pas le moins du monde. Harm n'est pas la cause directe de cette rupture.
- En quoi puis-je t'aider, j'aime bien le Colonel, et mon bonhomme ne doit pas être mécontent ?
- Je ne l'ai pas vu depuis, il était en mer pour ses quotas,
- Eh bien çà a dû lui donner des ailes, ajouta Tom Boone dans un grand éclat de rire,
- Justement, j'aimerais qu'il les conserve. Mac peut sans problème réintégrer le JAG, nous manquons de personnel, mais s'ils se mariaient … Comment ne pas les séparer ?
- Bonne question A.J. je suis tout aussi convaincu que toi, que nous risquons d'être de mariage sous peu… Vois les possibilités de ton côté, je me charge d'un ou deux coups de fil au Pentagone.
- Merci pour eux, Tom… J'oubliais, pour l'instant tu ne sais rien, bien entendu !
- Message reçu, cinq sur cinq A.J… A bientôt.
Appartement d'Harm - Washington - 26.01.2005
Un bruit indistinct réveilla le Capitaine, ouvrant les yeux, il vit Mattie, une tasse de café à la main :
- Bienvenue à la maison !
- Qu'est-ce que tu fais debout à cette heure ma puce ?
- Il est bientôt 9 H et je suis venue voir si tu étais rentré,
- C'est gentil, merci, dit-il en attrapant la tasse, je suis arrivé très tard hier soir, je n'ai pas voulu vous réveiller, et je devais appeler Mac.
- Mac ? Elle compte beaucoup n'est-ce pas ?
- Avec toi, c'est ce que j'ai de plus cher au monde, mais je vous aime toutes les deux de manière bien différente.
- C'est pour çà que tu es toujours seul, sauf avec moi, mais dans la vie je veux dire !
- Assieds-toi une minute, je voulais te parler, çà tombe bien... malgré sa légère hésitation, il l'attira près de lui.. Mattie…Il risque d'y avoir un grand changement dans ma vie, dans notre vie.
- A cause de Mac ?
- Oui, à cause de Sarah… Elle revient vivre ici. Elle divorce, je voulais t'avertir moi-même.
- Et pour moi ? … Parce que si elle revient, vous aller vous voir, être ensemble…
- Quoi qu'il advienne tu n'as aucune raison de t'inquiéter, n'oublie pas que tu seras ma fille définitivement. Et Sarah en est très heureuse, de son côté elle a Chloé !
- Ce n'est pas pareil, Chloé ne vit pas avec elle…
- Elle n'allait pas allez en Australie ! Une seule suffisait, je t'assure. Mattie, fais-moi confiance ! Tu sais que je ne t'ai jamais trahie..
- C'est vrai. J'aime bien Mac, je sais que tu comptes beaucoup pour elle alors, çà ira, j'en suis sûre.
Mattie tendit sa joue vers Harm et partit sans rien ajouter, il n'insista pas. Il était en retard, il appellerait Sarah de la voiture, ou du Q.G.. Néanmoins il était content d'avoir eu cette discussion. Il n'aurait pas aimé qu'elle apprenne le retour de Sarah au hasard d'une conversation. Une heure plus tard, il arrivait à son bureau quand son portable sonna :
- Rabb à l'appareil
- Bonjour Capitaine, avez-vous bien dormi ?
- Ma chérie, attends, je ferme la porte, je viens d'arriver,
- Je sais, je quitte Mattie à l'instant, nous avons papoté pour te laisser le temps du trajet,
- Vous avez dit du mal de moi, je suppose ?
- Oh oui !… As-tu bien récupéré, quand nous nous sommes quittés, tu étais épuisé.
- Tu connais la vie sur un porte-avions… Notre conversation par là-dessus…
- Peux-tu m'accorder un moment encore, j'en ai pour une minute ?
- Je t'en prie ma Chérie, j'ai toujours du temps pour toi, que se passe-t-il ?
- Pourrais-tu être à Dulles vendredi vers 14 h30 ?
- Oui… Pourquoi ?… Mac !
- J'aurais besoin d'un chauffeur et il y a trop d'attente à l'arrêt des taxis.
- Si c'est une blague, elle est de mauvais goût !… Sarah réponds !
- Ce n'est pas une blague Harm, j'ai ma réservation, je serai à Washington après-demain, si tu veux bien me recevoir ?
- Sarah ! Cesse de me faire des coups pareils. Quand t'es-tu décidée ?
- Après mon entretien avec l'Amiral et ma visite chez l'avocat qui m'a conseillé de me changer les idées.
- S'ils en a beaucoup comme çà, des idées, je suis confiant pour ton divorce. Tu viens pour combien de temps ?
- Une semaine, dix jours au plus. Pendant que tu seras au JAG, je m'occuperai de mon appartement.
- Dieu que c'est bon à d'entendre, je peux en parler à l'Amiral ?
- A qui bon te semble, je ne compte pas raser les murs mon Chéri, je n'en ai aucune envie. Je vais te laisser travailler maintenant. J'espère que tu auras pu passer à côté de ce dossier de fraternisation
- Moi aussi, je saurai çà tout à l'heure, je t'appellerai pendant la coupure de midi. A bientôt ma Chérie, merci de la bonne nouvelle.
Il avait encore la main posée sur le téléphone, quand Bud passa la tête dans la porte, après avoir certainement frappé, sans réponse :
- Bonjour Capitaine !
- Entrez Bud, je ne vous ai pas entendu, j'étais dans mes pensées. Fermez la porte !
- Un problème avec vos quotas, Harm ?
- Non çà c'est passé à merveille ! C'était Mac au téléphone. Elle arrive vendredi après-midi, mais seule. Elle divorce Bud !… Il faudrait donc éviter le sujet "Brumby". Vous êtes le premier averti, gardez cela pour vous, à part Harriett, je veux avertir l'Amiral moi-même..
- Elle rentre pour de bon, ou est-ce un simple voyage ?
- Elle vient préparer son retour définitif, son appartement, et régler quelques détails administratifs.
- Vu votre sourire, je pense que le Colonel va bien… Mais c'est grave avec Brumby ?
- Disons qu'elle va mieux. Il lui a fait un coup tordu, avec un prétexte plus que douteux… Enfin, vous connaissez le bonhomme. Et vous savez ce qu'elle a abandonné pour lui….
- Nous aurions tellement aimé que çà se passe autrement. Nous savons ce qu'elle représente pour vous ! Je suis heureux pour vous deux, Harriett va être folle de joie… Finalement, vous y arriverez tout de même.
- Oui Bud, je commence à le croire.
Bud quitta le bureau d'Harmon sans avoir abordé le sujet de sa visite. Une affaire de fraternisation n'était pas du meilleur goût, pour un officier du JAG amoureux d'un Colonel de Marines. Il se passerait de son opinion.
Loin des scrupules de son ami, Harm assimilait lentement les révélations de Sarah. Dix jours, il la retiendrait au maximum, quel bonheur, même s'il fallait être discret, il suffirait d'utiliser la méthode appliquée durant huit ans… Il alla annoncer la nouvelle à l'Amiral qui reçut l'information, un léger sourire au coin des lèvres et demanda que Mac vienne le voir à son bureau. En sortant, Harm croisa Jennifer. Il lui fit signe de le suivre, elle emboîta le pas du Capitaine.
- Fermez la porte et asseyez-vous Jennifer
- Oui Monsieur !
- Je ne repars pas en voyage dit-il en souriant, cependant j'ai besoin de votre aide plus que jamais.
- Dîtes Capitaine, si je peux vous être utile, ou à Mattie…
- Je voudrais votre avis. Que pense Mattie du Colonel MacKenzie, selon vous ?
- Elle l'admire beaucoup, et je crois qu'elle l'apprécie, bien qu'elles se connaissent assez peu.
- Jennifer, le Colonel arrive vendredi pour une dizaine de jours, avant de rentrer définitivement dans deux mois au plus tard. Elle divorce…. Vous savez que nous sommes très liés…
- Je suis au courant Monsieur… Mattie m'a appris le divorce du Colonel tout à l'heure, mais pas sa venue…
- Elle l'ignorait tout comme moi. Mais elle vous a parlé du divorce de Mac ?
- Elle pense que çà va changer votre vie et la sienne, je crois qu'elle est un peu inquiète, mais aussi très heureuse pour vous, Monsieur.
- C'est une conversation privée Jen' laissez le "Monsieur"… Elle a raison sur le fait que ma vie va changer, mais vous savez qu'elle n'a rien à craindre… Sarah et moi, n'avons pas l'intention de bousculer son existence, ce sera ma fille définitivement. Si elle se montre soucieuse, prévenez-moi surtout, n'hésitez pas. Les séquelles de son accident la rendent encore vulnérable..
- C'est étrange Harm, pendant que vous étiez à Sydney, elle a évoqué vos sentiments pour le Colonel… Ce que vous m'annoncez ne fait qu'exaucer son vœu de ne plus vous savoir seul… Elle m'a déclaré un soir, que vous aimiez le Colonel et que son mariage vous rendait malheureux…
- Elle a dit vrai Jennifer, vous connaissez l'histoire, tout le monde en parle ici … Il sourit avant de continuer… Donc, d'après vous, elle ne voit pas d'objection à ce revirement dans ma vie ?
- Non Harm ! elle tient beaucoup à votre bonheur, c'est naturel. Je ne sais pas comment les choses vont évoluer, mais sachez que je suis là, vous pouvez compter sur moi…
- Vous êtes une fille super Jennifer, et ce qui vaut pour Mattie, vaut en partie pour vous. Je suis là, moi aussi, j'ai un peu l'impression d'avoir deux filles pour le prix d'une, et Sarah vous apprécie beaucoup, vous vous ressemblez assez toutes les deux !…
- C'est un énorme compliment, merci !… Jennifer sortit du bureau laissant Harm à ses projets...
Maison de Brumby - Australie - 27.01.2005
Sarah se leva tôt, elle avait eu une nuit paisible enfin, sa longue discussion avec Harm l'avait rassurée sur deux ou trois points cruciaux, Mattie en particulier. Elle avait un programme bien chargé. Avant tout elle devait écrire à Mic. Il était tout juste 7 Heures, elle était assise à son bureau. Le sourire d'Harm sur la photo, lui donna une motivation supplémentaire pour entamer sa démarche
Elle rédigea sa lettre d'un seul trait. Les mots s'alignaient comme s'ils avaient été choisis à l'avance. Relisant sa missive, elle n'y ajouta rien. Coleen arrivait alors qu'elle s'apprêtait à quitter la maison. Elle lui fit part de son voyage, sans explications superflues et l'informa qu'elle se rendait à Sydney pour effectuer diverses courses et déposer un courrier destiné à Mic.
" Mic
Quand tu prendras connaissance de ce courrier, je serai peut-être en voyage, je m'absente durant une dizaine de jours. Cette lettre n'est pas uniquement destinée à te prévenir de ce déplacement que tu n'aurais sans doute pas remarqué, n'étant pas toi-même, à la maison.
Non Mic, je t'annonce un événement bien plus grave. Je rentre aux U.S.A. et pour toujours. J'ai beaucoup réfléchi depuis notre dispute. Je ne peux et ne veux pas me plier à tes exigences. J'ai laissé derrière moi beaucoup de choses pour te suivre. Il n'est pas question que j'en abandonne plus encore.
Si tu as été un bon époux durant ces deux années, tu as depuis quelques temps un comportement irresponsable, tu m'as menti, et tu m'as écartée de ta vie sans explication… Je n'accepte pas. Peut-être parce que je ne t'aime pas suffisamment ? Diras-tu. C'est sûrement vrai ! Mais ce n'est pas la seule raison. Je n'ai pas envie de jouer les Pénélope, ni de me morfondre, seule, dans ce pays qui n'est pas le mien…
J'ai chargé un avocat, Me James Smith, des formalités de divorce. Tu recevras un dossier d'ici quinze jours. Je serais certainement rentrée. Quant à toi je l'ignore !.. Sache qu'en ta présence ou non, dès le délai légal passé, je quitterai l'Australie pour ne plus y revenir. A part mes vêtements et quelques objets personnels, je n'ai rien ici. Tout ce qui est dans la maison est à toi, du moins je le considère comme tel. Je laisserai tout en ordre, y compris vis à vis de Coleen.
Ta fierté va être blessée Mic, j'en suis navrée. Mais je dois penser à moi. Mon bonheur n'est pas ici. N'accuse personne d'autre de cette décision, je l'ai prise en toute sérénité et après mûre réflexion.
Je te souhaite tout le bonheur et la réussite que tu mérites. Je n'oublierai rien des bons moments qui furent les nôtres. Ne cherche pas à me faire changer d'avis, ce serait en pure perte. Adieu Mic.
Sarah.."
Aéroport Dulles - Washington - 28.01.2005
Le panneau d'affichage venait à peine d'indiquer la porte d'arrivée du vol en provenance de Sydney, qu'Harm s'était précipité afin d'accueillir la passagère tant attendue. Depuis que Sarah lui avait annoncé sa venue, il avait littéralement plané au dessus de tout. Il avait échappé à cette affaire de fraternisation. Il s'était chargé de liquider des affaires mineures en cours et avait préparé avec Manetti, cette Cour Martiale pour le meurtre d'un Enseigne de Vaisseau sur la base de Miramar à San Diego.
Encore quelques minutes et elle serait là. Dieu que c'était long … Enfin, il l'aperçut, elle fit un signe de la main et il la reçut dans ses bras. Ils demeurèrent un moment enlacés échangeant ce baiser tant désiré, sans se soucier de l'œil attendri des voyageurs devant le spectacle de ces deux êtres visiblement amoureux, leur beauté respective ne faisant qu'attirer davantage les regards.
- Sarah j'ai cru devenir fou dans ce hall, vous êtes en retard ?
- De trois minutes et trente secondes, Harmon Rabb !… Elle posa la tête sur son épaule en riant.
- Allons chercher tes bagages, ma Chérie, nous sommes attendus au JAG !
- Déjà, mais nous..
- Nous ferons comme au bon vieux temps, comme si !… Tout le monde est sur le pont, et il n'y aura pas de question embarrassante, tous nos amis sont au courant.
- Tu as pensé à tout si je comprends bien…
- C'est mon rôle de prendre soin de toi, et j'entends bien le tenir au maximum.
- N'oublie pas que tu l'as déjà fait plus souvent qu'à ton tour… sauf quand mes bêtises t'en ont empêché.
- C'est bientôt du passé ma Chérie, n'en parlons plus, il la serra plus fort contre lui.
Main dans la main, ils récupérèrent ses valises, puis quittèrent l'aéroport en direction de Falls Church. Ils prirent le temps de s'arrêter un moment dans le parc pour être un peu seuls avant d'affronter leurs amis. Ils s'étaient quittés amants certes, mais sans certitude aucune sur leur avenir. Ils se retrouvaient tout autres. Ils s'étaient débarrassés de cette retenue qui les avait séparés durant des années. Ils se dirent face à face, les mots échangés par téléphone, avec en plus la joie de pouvoir s'étreindre à loisir.
Q.G du JAG - Falls Church - 28.01.2005
L'Amiral raccrocha son téléphone.
- Le Colonel vient d'arriver. Nous avons fait le tour de ce dont je voulais vous parler, allons rejoindre le reste de la troupe. Joignez-vous à nous Lieutenant, vous rencontrerez une femme devenue un excellent officier et un brillant avocat, malgré une enfance et une adolescence des plus difficiles. Tout en parlant, Chegwidden, entraîna le jeune homme dans la salle centrale du JAG.
Grégory Vukovic aperçut la haute stature du Capitaine Rabb, il ne l'avait pas encore vu aussi souriant. Il lui parut soudain moins hautain. Tous l'entouraient, cachant la nouvelle arrivée. A l'approche de l'Amiral, l'assemblée s'écarta. Le Lieutenant s'arrêta, médusé. Le Colonel se débarrassait d'un lourd manteau aidée par son ancien coéquipier, visiblement très attentionné, elle tenait à la main un bouquet que venait de lui remettre la pupille du Capitaine. Bon sang, qu'elle est belle, pensa Vukovic. Rompez Lieutenant ! … Il s'était exprimé à haute voix… Chegwidden s'avança vers la visiteuse et l'étreignit à son tour. En un pas le groupe se trouva devant lui :
- Lieutenant je vous présente le Lieutenant Colonel Sarah MacKenzie, lui dit Rabb
- Madame, très honoré
- Sarah, voici le nouvel avocat dont je t'ai annoncé l'arrivée, le Lieutenant Grégory Vukovic, il nous vient de San Diego.
- Très heureuse de vous connaître Lieutenant, j'espère que vous vous plairez ici, et que vous vous y ferez une bonne expérience, continuant son chemin, elle le gratifia d'un petit sourire espiègle.
Elle paraissait visiblement heureuse, tel qu'on peut l'être en rentrant à la maison après une longue absence. Le Capitaine la suivait pas à pas. A l'invitation de l'Amiral, tous se dirigèrent vers le buffet dressé au fond de la salle. C'est le retour de l'enfant prodigue, observa le lieutenant. Amateur de femmes, il apprécia la silhouette parfaitement moulée dans un ensemble de tweed grège, et le port parfait, en uniforme aussi, elle devait avoir une sacrée classe. Il n'avait jamais vu un tel Colonel !…
L'Amiral quant à lui, ne manqua pas d'observer le couple formé par Mac et Harm…. De toute évidence, les liens étaient définitivement noués, il avait remarqué le tutoiement qu'ils n'avaient visiblement pas adopté la veille. S'ils se comportaient en collègues, ceux qui les connaissaient bien percevaient le changement survenu dans leur relation. Il surprit le regard attendri de Bud, les deux hommes échangèrent un sourire complice.
Chacun voulait parler à Mac, lors de sa visite en décembre, elle n'était pas venue au Q.G.. Harm l'observait à la dérobée, fier de voir l'intérêt qu'elle suscitait. Elle était magnifique ! Plusieurs Juges s'étaient joints à la fête. Harriett et Jennifer avaient très bien organisé le cocktail, aidées par Mattie. Elle semblait très à l'aise, bien qu'elle connaisse peu de monde mais ses yeux et son sourire en étaient la preuve. Seuls les Roberts et l'Amiral lui étaient familiers, sans parler de Jennifer dont elle était inséparable.
Tout à sa réflexion, il n'avait pas vu Sarah entamer une grande discussion avec Harriett et les filles … Il les regarda un moment, la joie de Mattie ne faisait aucun doute. Harriett s'en aperçut, elle lui fit un petit signe, il alla les rejoindre :
- Alors Capitaine, pourquoi resté seul dans votre coin, je demandais au Colonel, si elle voulait venir dîner samedi soir, afin de voir votre filleul, qu'en dîtes vous ? Ce serait bien pour AJ Jr de voir son parrain et sa marraine réunis…
- Colonel ? qu'en pensez-vous ? demanda-t-il une lueur de malice dans les yeux,
- Çà me va, mais j'aurai besoin d'un chauffeur !…
- Je me ferai un plaisir de venir vous prendre à votre appartement , Madame…
Ils éprouvaient un plaisir non dissimulé à échanger ce genre de propos… Harriett et Jennifer entrèrent dans leur jeu, d'autant que cette dernière et Mattie seraient de la partie, tout comme l'Amiral que Bud avait invité de son côté.
Vers 19 h, les invités s'étant peu à peu éclipsés, ne restaient que les intimes, l'Amiral, les Roberts, Jennifer et Mattie. Sarah leva les yeux vers Harm, avant de déclarer :
- Amiral, je peux vous dire dès ce soir que je serais définitivement disponible début avril au plus tard, mon avocat a reçu l'accusé de réception de Mic, il accepte la procédure. Le divorce sera prononcé dans les trois mois. Je devrais être chez moi pour le début de mars.
- Nous serons heureux vous compter parmi nous Mac ! Confidence pour confidence, je vous donne la priorité d'une autre nouvelle reçue dans l'après-midi, j'ai accepté de reprendre du service au JAG pour les deux années à venir et un peu plus si besoin…
- C'est une excellente nouvelle Amiral, mon retour n'en sera que plus agréable, répondit Mac..
Tous saluèrent cette événement qui les comblaient. Harm se tenait près de Sarah il passa son bras autour de sa taille :
- Puisque nous sommes dans les déclarations, je vais en profiter. Je pense que Sarah n'y verra pas d'inconvénients dit-il la regardant avant de poursuivre, elle posa sa tête contre son épaule …. Je voulais, enfin disons que nous voulions, vous demander de nous réserver le dernier week-end de Septembre afin d'assister à notre mariage… Il se pencha vers Sarah et lui mis un baiser sur le front.
- Ce sera pour notre plus grande joie… Nous avions tant espéré ce jour, tous nos vœux vous accompagnent… déclara Harriett, la première à reprendre ses esprits….
- Allons-nous pouvoir aborder une ère de félicité dans ce service ? demanda l'Amiral en souriant…
Une salve d'applaudissements salua cette nouvelle et la précédente. Les yeux étaient tous plus ou moins embués de larmes. Durant la déclaration de l'Amiral, Harm avait appelé Mattie du regard, elle se tenait à l'opposé de Mac. Ils offraient tous trois à leurs amis, la perspective d'un avenir enfin comblé. Cette journée ferait date dans le cœur de tous.
Les amis se séparèrent, jusqu'au lendemain. Harm et Mac suivirent l'Amiral dans son bureau.
- Je voulais vous voir seuls, j'ai quelques informations pour vous, pour votre carrière, Mac
- Amiral, sauf votre respect, pour ce qu'il en reste, ma carrière n'a plus grand chose à perdre… notre mariage…
- Détrompez-vous… l'Amiral Boone et moi-même avions envisagé ce scénario… Vous pourrez donc réintégrer le service et vous serez maintenue Juge par intérim pour remplacer le Capitaine Sebring qui demande une retraite partielle, ce qui vous place sous un double commandement….
- Je vous remercie Amiral, mais…
- Laissez-moi terminer. Si j'ai accepté de reprendre du service au JAG, c'est à une condition : me voir attribuer un adjoint… Ce sera vous Capitaine. Vous serez officiellement nommé à ce poste prochainement. Si tout se passe bien d'ici deux ans environ, vous pourrez prendre ma place avec le grade de Contre Amiral !…
- Monsieur… je vous remercie.. je ne sais quoi dire de plus..
- C'est bien la première fois ! Remerciez Boone, tous les deux, nous n'avons pas eu beaucoup de mal à convaincre le Secrétariat d'Etat, vos états de services parlent pour vous. Mais nous avons étudié le problème ensemble. Donc Colonel, je peux compter sur vous fin mars ?
- S'il fallait avancer la date, je crois que çà ne poserait pas trop de problème. C'est une question de logistique simplement, des travaux de rénovation dans mon appartement.
- Tu pourrais peut-être t'arranger avec Bud et Harriett dans ce cas ?
- Tu as raison, je n'y avais pas penser. Voyez Amiral ce qui est le mieux pour le service. Fin février, je serai rentrée à Washington…
Ils se séparèrent sur cet accord, les voyant sortir ensemble de son bureau, comme tant d'autres fois, l'Amiral apprécia leur tenue en public, mais il ne put s'empêcher de penser que si Brumby avait une once de bon sens, il avait constaté tout comme lui, que ce qu'il y avait entre ces deux êtres, personne au monde n'y pourrait rien changer !…
Pendant que Harm allait consulter les messages reçus durant le cocktail, Sarah se dirigea vers ses quartiers. Passant devant ce qui avait été les siens, elle constata qu'ils étaient inoccupés, les photos et les affiches qu'elle y avait accrochées, étaient toujours là, elle en fut touchée, elle continua son chemin.
En pénétrant dans bureau d'Harmon, une multitude de souvenirs afflua dans sa mémoire, les confidences, les conflits, les heures de travail, huit années de sa vie !… Elle fit le tour, retrouvant à leur place les objets familiers, le Stearman, les photos, il y en avait de nouvelles, le mariage de Sergei et la photo-souvenir de cette "Soirée de l'Amiral". Harm entra alors qu'elle tenait ce cadre :
- Tu redécouvres les lieux, ma Chérie ?
- Ici, c'était Mac ou Colonel… dit-elle en lui souriant.
- Tu oublies les appels téléphoniques que j'ai passés depuis mon retour d'Australie,
- C'est vrai… Mais je pensais à toutes ses années, à tout ce temps perdu, elle se blottie dans ses bras.
- N'y pensons plus, j'ai une irrésistible envie de vous embrasser Colonel, ou votre Honneur, je ne sais trop quel terme employer.
- Je peux te retourner le compliment Monsieur le JAG adjoint !…
- Alors, tant pis pour la fraternisation. Prenons le risque !… Il prit ses lèvres, ils attendaient ce moment d'intimité depuis des heures et le fait d'être en ces lieux, décuplait leur désir.
- Pourquoi n'a-t-on pas utilisé mon bureau ? Vous êtes en sous effectif, mais tout de même,
- J'aurais mal vécu l'installation définitive de quelqu'un à ta place, et par je ne sais quel miracle, personne n'y est venu sauf temporairement. Tu pourras le récupérer…. Ils ponctuaient leurs phrases de baisers. Et maintenant que voulez-vous faire Madame ?
- Allez à chez moi déposer mes bagages, ensuite nous improviserons Harmon Rabb, elle lui sourit avec cet air espiègle qui le faisait fondre à chaque fois.
Il l'aida à mettre son manteau, puis ils se dirigèrent vers l'ascenseur, un des théâtres de leurs chamailleries. Ils quittèrent l'immeuble main dans la main sous l'œil interloqué des deux gardes. Quelques vingt minutes plus tard, ils pénétraient dans l'appartement de Mac. Ils trouvèrent, posé sur la table basse du salon le bouquet de fleurs offert à Sarah, de l'autre côté de la pièce, une bouteille de Champagne dans un sceau à glace et un magnifique plateau repas les attendant sur une console. Deux fées nommées Jennifer et Mattie avaient veillé à la sérénité de leurs retrouvailles. Il refermèrent la porte sur eux, une longue nuit les attendait, mais ils savaient qu'elle serait suivie de nombreuses autres.
Fin de la troisième partie
Epilogue
Washington - 24 Septembre 2005
Il faisait un temps merveilleux en cette matinée d'automne. La Chapelle où, chaque année l'Aumônier Turner, venait faire son prêche de Noël, était garnie de fleurs roses et blanches. Elle regorgeait de monde. Outre les parents et amis, comme pour la Soirée de l'Amiral, tout le Q.G. du JAG était présent. Officiers en grand uniforme, femmes élégantes, et joyeuses, tous attendaient les héros du jour.
Harm arriva le premier au bras de Trich, très émue. Sur le profil de son fils, se superposait un autre plus jeune et pourtant si semblable, lui faisant revivre par delà quarante trois années le jour de ses propres noces ! Sergei, Bud et Sturgis suivaient en tant que témoins. Lauren était accompagnée de Franck et de l'Amiral Boone. Harriett et Vareze étaient déjà entrées, la première veillant sur A.J. Jr qui porterait les alliances, la seconde pour régler les derniers détails avec la Chorale.
Enfin Sarah apparut au bras de l'Amiral, vêtue d'une robe princesse en soie ivoire, un bouquet d'orchidée rose pâle à la main. Ses cheveux relevés en chignon étaient coiffés du voile de mariée de Trich. Elle était radieuse et belle à couper le souffle. Derrière elle, s'avançaient Chloé Mattie, et Jennifer, ses demoiselles d'honneur, très élégantes dans des robes d'un rose assorti à la couleur du bouquet de la mariée.
Voyant Sarah s'avancer dans la nef, Harm se sentit étreint par l'émotion. Sergei lui posa la main sur l'épaule, les deux frères échangèrent le même regard bleu avant de le lever vers le ciel, où de là-haut un Pilote dans son éternelle jeunesse, appuyé au balcon du Paradis, veillait sur eux. La cérémonie célébrée par l'Aumônier Turner, fut très émouvante, particulièrement lors de l'évocation du père d'Harmon. Les chants choisis par les mariés ajoutaient à la solennité de l'office. Au moment de l'échange des vœux, et des alliances, nombreux furent ceux qui ne purent retenir leurs larmes. Quand Harm embrassa Sarah, il dut lui essuyer doucement la joue.
Il sortirent de l'église sous la voûte d'acier formée par leurs amis officiers. En descendant les marches Sarah n'échappa pas au traditionnel coup de sabre "Pour la Marine". Les cloches sonnaient à toute volée, à l'émotion succédaient la joie générale et les applaudissements de tous leurs parents et amis.
Tard dans la soirée, laissant leurs invités continuer la fête sans eux, le Capitaine de Vaisseau et Madame Harmon Rabb s'envolaient pour leur lune de miel à destination du Sud de la France et de l'Italie.
FIN