Sydney -  Australie 15.01 2005

Le colonel s'était réfugiée dans sa voiture dès la fin de l'embarquement. Elle était restée au parking de l'aéroport, afin de se ressaisir. Elle devait se recomposer un visage avant de rejoindre le Consulat. Là, elle s'occuperait l'esprit, pour essayer d'oublier tout ce qui se rapportait à Harm !... Il n'y avait fait que de courts passages, elle ressentirait moins son absence, elle rencontrerait des visages amis. Il serait toujours temps de retrouver la maison où un long dimanche de solitude l'attendait.

En toute fin d'après-midi elle se résigna à rentrer chez elle. Sur la console de l'entrée, un petit mot de Coleen, lui indiquait qu'elle avait dû partir précipitamment et qu'elle ne serait pas de retour avant le lendemain. Faisant le tour de la maison, Sarah constata qu'en effet, Coleen avait quitté les lieux peu de temps après eux. La dernière tasse de café prise avec Harm était encore sur le plateau.

Elle était lasse, après deux nuits quasi sans sommeil. Le film des dix derniers jours tournait dans sa tête. L'enquête les avait réunis, leur démontrant leur capacité à retrouver leurs habitudes de travail, leur complicité, cette faculté de se comprendre d'un simple regard et bien plus encore : le bonheur d'être ensemble, dont ils n'avaient jamais mesuré l'importance quand ils se voyaient chaque jour. Tout ce qui constituait leur force, demeurait bel et bien intact, malgré les vingt mois de séparation. Le Commissaire de Police Australien en charge de l'accident, l'avait appris à ses dépens.

Elle sourit en y repensant. Son arrivée accompagnée du Capitaine à l'uniforme blanc bardé de décorations, n'était pas passée inaperçue. Elle avait alors ressenti une telle fierté ! Elle était également en uniforme, elle aussi arborait une vareuse impressionnante, surtout pour une femme. Sa première rencontre avec le policier n'avait pas été des plus courtoises, il l'avait prise de haut. Par la suite, le ton avait diamétralement changé, il s'était montré beaucoup plus coopératif !

Sans un regard pour le jardin et la plage, elle emprunta l'escalier, et se dirigea vers la chambre qu'avait occupée son ami. Rien n'avait bougé depuis le matin, comme s'il allait revenir, seuls manquaient les objets personnels éparpillés çà et là durant son séjour, sa guitare, ses casquettes… Dans la salle de bain, son parfum flottait encore. Elle se souvenait l'avoir remarqué en Décembre, c'est nouveau, mais çà lui convient parfaitement, avait-elle alors conclu.

La serviette de bain était restée accrochée. Sur la console du lavabo, un flacon signé d'un grand couturier français attendait, oublié. En un éclair elle se revit à Washington, quelques jours avant son dernier Noël là-bas, dans cette boutique luxueuse où elle avait choisi cette eau de toilette pour lui, connaissant son goût  du changement en ce domaine. Et pourtant deux ans après, il l'utilisait encore. Se raccrochait-il ainsi à ce qui lui rappelait sa présence ?... Cette idée la bouleversa… Elle s'assit sur le lit tenant encore le vaporisateur et s'écroula secouée par les sanglots trop longtemps refoulés.
 
Elle s'apaisa peu à peu. Selon toute vraisemblance Harm ne l'appellerait pas avant plusieurs heures.  L'idée de cette attente lui parut insupportable. Elle ressentit un vide immense, ses pensées la ramenèrent dans son ancien bureau, dans cette ambiance toujours un peu survoltée qui régnait au JAG. Elle éprouva le besoin de parler à l'Amiral. Il serait peut-être encore à son poste. 

  1. Chegwidden ?
  2. Bonjour Amiral, c'est Sarah MacKenzie !
  3. Colonel ! comment allez-vous ? quel plaisir de vous entendre..
  4. Pour moi aussi Monsieur… Je ne vous dérange pas ?
  5. Non, bien au contraire, je devais vous appeler!.. Vous avez fait du bon travail… Le Secrétaire d'Etat m'a déjà fait savoir que dans les hautes sphères, on était soulagé de la tournure prise par les événements…. C'est merveilleux, n'est-ce pas ?
  6. J'en suis très heureuse Monsieur !
  7. Rabb est avec vous ?
  8. Non Amiral !… elle sentit sa gorge se nouer. Il est en vol vers Washington, il arrivera en fin de matinée pour vous !….
  9. Mais ne devait-il pas rester à Sydney pour le week-end ?
  10. Euh, Oui… Mais il a préféré rentrer… Nous avions terminé et puis, pour Mattie.... un sanglot brisa sa voix… Veuillez m'excuser Monsieur… Mais, de m'être retrouvée un moment dans l'ambiance du JAG, même de si loin, m'a rappelé tout ce que j'ai abandonné… C'est ridicule, n'est-ce pas ?
  11. Non Mac !.. Je comprends très bien ! Cet endroit est attachant, la preuve, je suis à la retraite depuis trois semaines et voyez, je suis encore à la barre !… conclut-il en riant
  12. Vous avez raison Amiral, je vous remercie de m'avoir remonté le moral. Vos paroles m'ont été d'un grand réconfort, l'impression de faire toujours partie de la maison !…
  13. Mais c'est le cas Colonel, prenez bien soin de vous et si le cœur vous en dit, je suis toujours là !

Elle regretta de n'avoir pu garder son sang froid. L'Amiral lui avait cependant mis du baume au cœur. C'était un homme compréhensif, ses apparences rudes cachaient une grande sensibilité. Elle savait, pensa-t-elle en souriant, qu'elle avait été un de ses officiers préférés, avec Harm bien sûr, celui-là était le fils selon son cœur !… Elle jeta machinalement un coup d'œil à sa messagerie électronique, aucun signe de Mic ! Pas un appel, pas un mail ! Que faisait-il, jamais, il ne s'était conduit de la sorte… Il lui arrivait de s'absenter pour le cabinet, mais pas en fin de semaine ou alors elle l'accompagnait.

Bureau de l'Amiral - Q.G. du JAG - 15.01.2005

Calé dans son fauteuil, les lunettes sur le bout du nez et les mains jointes sous le menton, l'Amiral se remémorait son entretien avec le Colonel. Que s'était-il donc passé durant le séjour de Rabb en Australie ? Qu'arrivait-il à Mac ? Il avait senti un profond désarroi dans sa voix ! Elle n'était pas le genre de femme à pleurnicher pour une broutille. Il fallait quelque chose de grave ! Ces deux-là parviendraient-ils un jour, à régler leur problème relationnel ? Ils étaient fous amoureux l'un de l'autre, et les seuls à ne pas le savoir !

Quelle idiotie il avait faite en accédant aux requêtes du Secrétaire d'Etat et de Mac elle même. Boone avait raison, envoyer Harm en Australie était une aberration ! Il sonna le bureau de Coats sans résultat. Il avait oublié qu'elle était de repos !

  1. Capitaine Roberts !
  2. Oui Amiral ! 
  3. Avez-vous des nouvelles de Rabb ?
  4. Non Monsieur, pas depuis qu'il m'a faxé les derniers documents que je vous ai remis Amiral.
  5. Il n'a pas prévenu de son retour ?
  6. Pas à ma connaissance Amiral ! Il y a un problème Monsieur ? Je peux essayer de joindre le Colonel, si vous voulez….
  7. Non, non, merci Capitaine, çà va aller… Tournant les talons, il ajouta à l'intention de Bud,
  8. Mais dès qu'Harm arrive, dites-lui que je veux le voir ! Il rentra dans son bureau sans avoir entendu le "A vos ordres Amiral" du Capitaine.

Entre temps, dans l'avion vers les USA - 15.01.2005

La présence du Capitaine suscitait immanquablement l'intérêt quand il entrait quelque part. Une silhouette d'athlète en rien altérée par la quarantaine, un physique digne d'Hollywood, un regard et sourire dévastateurs, il menait sa vie d'une allure faussement nonchalante et arborait souvent un air moqueur, nullement révélateur de sa personnalité. Les femmes étaient en admiration, les hommes le jalousaient, sauf quand il portait son uniforme. Là, les galons et la collection de décorations accrochées à sa vareuse, ne laissaient aucun doute sur le chemin parcouru. Ces médailles ne s'obtenaient dans un quelconque service du Pentagone ! Quant aux ailes d'or, elles attestaient de son statut de pilote…

Le Capitaine ne remarqua pas plus que de coutume l'effet produit sur les passagers. Il était allé rafraîchir son rasage et enfiler son uniforme bleu, mieux adapté à la température nord-américaine que la tenue civile de lin avec laquelle il avait quitté l'Australie. Il avait mal au dos, dans le cou. Voyager sur un aussi long trajet, en mesurant plus de 1m 80, relevait de l'épreuve de force, même en première classe !.. Il se prit de nostalgie pour le confort spartiate de ses avions de chasse.

Il voulait appeler Sarah pour la rassurer et tester l'état de son moral, tant que la batterie de son portable le lui permettrait :

  1. Allô ! Sarah ?
  2. Harm ! Je ne t'entends pas bien !… Est-ce que çà va ?
  3. Je suis dans l'avion.. Nous arrivons dans 30 mn environ. Le voyage s'est bien passé… Mais toi ?
  4. Tu me manques déjà terriblement mon Chéri !…
  5. A moi aussi, tu sais.. As-tu des nouvelles de Mic ?
  6. Non, pas encore… Mais c'est de toi dont j'attendais des nouvelles…
  7. Sarah, je vais devoir raccrocher ... Nous allons bientôt atterrir…
  8. OK !  Je comprends…. Je t'aime Harm ….
  9. Moi aussi Chérie…Je t'appelle dès que possible… Sarah!.. Sarah ?… Bon sang il fallait bien que çà coupe à ce moment !

Durant les dernières heures de vol, il avait organisé le reste de sa journée. Il se rendrait directement au bureau. Aucun risque que l'on vienne le chercher à Dulles, il n'avait pas averti de son retour. Quelle que soit sa destination au sortir de l'avion, il faudrait affronter l'Amiral ou Mattie. Entre les deux, le choix était évident. Avec son supérieur il pourrait dévier des sujets scabreux, l'audience préliminaire tenue à Sydney alimenterait la conversation.

Avec Mattie ce ne serait pas si simple : elle lisait en lui comme dans un livre ouvert. Ce petit bout de femme de 18 ans, avait l'art et la manière de lui faire dire ce qu'il avait sur le cœur. Depuis bientôt trois ans qu'il l'avait recueillie, il en avait fait l'expérience. Ils étaient devenus très proches, surtout depuis cet accident qui avait failli lui coûter la vie.. Pauvre petite, trois semaines de coma ! Il avait cru la perdre, elle aussi, un véritable calvaire ! A son impuissance, devant ces médecins murés dans leur silence, s'ajoutait  sa solitude devant l'épreuve. Jennifer avait été d'un soutien exceptionnel, malgré sa jeunesse !.…

Evoquant le Quartier-maître, il ressentit une bouffée de tendresse, cette jeune femme arrivée au JAG en délinquante, s'y était fait une place de sous-officier très apprécié. Quant à lui, il considérait en avoir la charge morale. Avec Mattie, elles étaient comme deux sœurs. Dieu ou un ange gardien, peu importe, avait veillé sur sa protégée… Quand on la voit aujourd'hui, un vrai miracle, se dit-il. Néanmoins, malgré ces louanges, il préférait repousser le moment des retrouvailles. Comme prévu nulle tête amie ne l'attendait à l'aéroport. Il prit un taxi en direction de Falls Church.

 Domicile des Brumby - Australie 16.01.2005

Mac s'éveilla en pleine nuit, toute habillée, trempée de sueur. Elle avait dormi d'un sommeil lourd et peuplé de rêves où s'entremêlaient des images de Mic, de Clayton et de son Capitaine. Elle s'était revue, par dans les collines afghanes, le jour où leur jeep avait sauté sur une mine antipersonnel ! Heureux de s'en sortir avec quelques égratignures, ils avaient erré, perdus sans téléphone ni radio, et s'étaient serrés l'un contre l'autre, à l'abri d'un rocher pour se reposer et se protéger du froid.

Combien de fois avaient-ils vu la mort de près tous les deux ? Combien de fois s'étaient-ils mutuellement tirés d'un mauvais pas ? Ils avaient fait côte à côte, à peu près tout ce qui est humainement possible. Durant huit années bien remplies, ils avaient veillé l'un sur l'autre, jouant leur propre vie parfois, oubliant que ce dévouement sans limite ne pouvait se justifier que par l'amour ! D'où cette méfiance ressentie par tous ceux qui avaient tenté de partager leur existence, Mic irrémédiablement jaloux, et Renée avec son animosité à peine voilée.

Se levant pour ôter sa robe, elle se dirigea vers la fenêtre, il faisait clair, le reflet de la lune balayait l'Océan. Elle s'aperçut qu'elle se trouvait dans la chambre d'amis et non dans la sienne. Dans ce lit Harm et elle s'étaient aimés. Cette chambre donnant sur la mer, avait été d'emblée sa préférée. Mic avait refusé de la prendre pour eux, parce que trop chaude en été. Tant qu'elle serait seule elle utiliserait cette pièce. Et tant pis si Coleen posait des questions !… Elle s'allongea sur le lit et ce rendormit…
 
Coleen arriva en début de matinée, le visage défait. Elle s'absenterait pour plusieurs jours : sa mère venait de mourir ! Sarah abandonna son désarroi pour compatir au chagrin de son amie. Elle refermait la porte quand le téléphone sonna :

  1. Allô ?
  2. Sarah ? C'est moi, je passerai dans l'après-midi, et je repartirai dans la soirée, avant dîner.
  3. Mais pourquoi Mic ?..  Est-ce si urgent ?
  4. Nous en parlerons à la maison…. Tu seras là ?
  5. Bien sûr Mic, je ne bouge pas, c'est dimanche au cas où tu l'aurais oublié !
  6. Alors à tout à l'heure !

La conversation avait été brève, pourquoi ce retour suivi d'un nouveau départ ? Quand auraient-ils le temps de régler le conflit qui les opposait, certainement pas entre deux valises. Il faudrait bien qu'il rentre tôt ou tard et qu'ils aient cette discussion !.. Désemparée mais impuissante devant cet réaction de son mari, elle concentra toute son attention sur le courrier laissé en suspens durant l'enquête préliminaire.

Elle contemplait d'un air satisfait la tâche accomplie quand un signal de message s'afficha sur son écran. Elle cliqua sur l'enveloppe :
"Sarah
Contrairement à ce que je pensais, je n'aurai pas le temps de venir à la maison.  Je repars tout de suite pour Melbourne où je resterai une bonne semaine. Désolé de ce changement. A bientôt. Mic" 

Sarah resta interloquée, qu'avait-il d'aussi urgent à faire, qui ne lui laisse pas même le temps de téléphoner ? La stupéfaction fit place à la colère. Elle mesura une fois de plus sa solitude. Puis se reprit aussitôt, tout à l'heure elle en parlerait à Harm. Mais le différend qui l'opposait à Mic prenait une tournure inquiétante. Quelques heures plus tard, elle appela Harm sur son mobile et au bureau en vain, elle tenta l'appartement où la voix de Mattie l'accueillit avec un  plaisir évident, mais lui apprit qu'il n'avait pas encore regagné son domicile. Mic de son côté demeura résolument muet.

Q.G. du JAG - Falls Church - 16.01.2005

En ce dimanche, le JAG tournait à plein régime, il fallait rattraper le temps perdu durant les fêtes de fin d'année.

  1. Capitaine ! Pourquoi n'avoir rien dit ? Je serais allé vous chercher.
  2. Merci Bud. J'ai pris un taxi. Avec les embouteillages, vous auriez perdu votre temps.
  3. Pas trop long le voyage ? ….Ah ! …J'oubliais, l'Amiral vous attend !
  4. Déjà !…
  5. Il a parlé au Colonel, je crois… Quelque chose vous ennuie Monsieur ?  La fatigue peut-être ?
  6. Oui, certainement…Comment çà va ici ? … Je pose tout çà et file chez l'Amiral.

Que pouvait bien vouloir l'Amiral pour avoir contacté Sarah ? Le dossier était réglé, et les pièces qu'il ramenait n'avaient pas un caractère d'urgence. Allons-y, nous verrons bien se dit-il. En l'absence de Jennifer, il frappa directement à la porte du patron :

  1. Entrez !
  2. Capitaine de Vaisseau Harmon Rabb au rapport Amiral !
  3. Repos Harm ! Et bienvenue au bercail. Avez-vous fait bon voyage ?
  4. Si l'on excepte le fait que les avions sont construits pour les nains, oui Monsieur.
  5. Comment va le Colonel ? le regard noir de Chegwidden s'était posé sur Harm.
  6. Nous nous sommes quittés un peu à regrets Amiral. Nous avions si bien retrouvé nos habitudes…répondit-il  avec un sourire d'affirmation marqué d'une pointe de mélancolie,
  7. C'est ce qu'elle m'a dit !… Mais elle, comment va-t-elle ?
  8. Bien Monsieur ! Elle habite une jolie maison au bord du Pacifique… quant à Brumby…
  9. Avant-hier… J'ai dîné avec l'Amiral Boone.. Quand j'ai dit à Tom que vous étiez chez le Colonel, il a failli s'étouffer … Puis il m'a demandé si je voulais me débarrasser de vous …
  10. Pardon Monsieur ?
  11. Tout comme moi et quelques d'autres ici, il s'est fait, depuis longtemps, une opinion sur la nature des sentiments qui vous lient au Colonel… Suis-je clair ?

Harm blêmit. Il sentait peser sur lui le regard de l'Amiral. Et Tom, lui aussi !… Seigneur ! Quel crétin il faisait!.. On avait dû discuter dans leur dos… Et ni lui ni Sarah ne s'en étaient rendu compte, isolés dans leur histoire ! Et que répondre à cela !

  1. Amiral !
  2. Je vous écoute ! Mais avant de poursuivre, mettez-vous bien dans la tête que je ne joue pas les moralisateurs… Vous savez ce que vous représentez pour moi, tous les deux…. Vous, je vous vois chaque jour, ou presque… Mais Mac est à l'autre bout du monde avec un abruti de mari d'un genre dont je ne voudrais à aucun prix pour ma propre fille…  Vous me comprenez ?
  3. Oui Monsieur,  Sarah.. Enfin le Colonel…
  4. Rabb ! Je vous en prie !.. Faites-moi de plaisir de dire une fois pour toutes, ce que vous avez sur le cœur, nom d'un chien !… Ce sera plus simple. Si j'ai fait une boulette en vous expédiant chez les kangourous, au moins que çà serve à quelque chose ! Quand j'ai eu Mac au téléphone, elle s'est mise à pleurer ! Reconnaissez que ce n'est pas son habitude…. Est-ce vous la cause de cela ou bien ce Brumby de malheur ?
  5. C'est un peu les deux Amiral..
  6. Comment cela ? … Vais-je devoir vous tirer chaque parole l'une après l'autre ?…
  7. Non Monsieur, veuillez m'excuser… De toute façon je vous en aurais parlé…  Sarah et moi nous nous aimons !.… Çà semble d'ailleurs être l'avis de tout le monde ici…
  8. Quel euphémisme, pensa l'Amiral… Continuez…
  9. A mon arrivée, je l'ai retrouvée comme en décembre !…. Mais j'ai vite compris que ce voyage était une erreur. Je ne voulais pas y aller ! J'aurais dû suivre mon idée quitte à désobéir aux ordres. 
  10. C'est ma faute, je n'ai pas réfléchi... Le mois dernier je vous ai observés tous les deux, il m'a paru très clair que la séparation n'avait rien changé entre vous….
  11. Monsieur ! J'aime Sarah depuis des années. Tant que nous avons travaillé ensemble, je n'ai jamais prononcé un mot à ce sujet, je pensais comme un imbécile que nous avions le temps !… Après son départ j'ai compris à quel point elle comptait pour moi, mais c'était trop tard. Restait à espérer qu'elle soit heureuse avec son mari, c'est ce qui compte avant tout !… Je vous jure Amiral que je n'aurais rien fait pour troubler son bonheur !…
  12. Et vous pensez qu'elle n'est pas heureuse ?…
  13. Monsieur!  Elle n'aime pas ce type…Elle s'est mariée pour faire une fin… Quant à son travail, il consiste à remplir de la paperasse administrative, ou régler des conflits de voisinage… Vous savez comme moi qu'elle possède d'autres compétences… Elle est seule, terriblement seule là-bas…
  14. Ouais !  C'est bien ce que je craignais… Vous êtes tombés dans les bras l'un de l'autre !….
  15. Oui Amiral !… Mais ce n'est pas tout…
  16. Que voulez-vous dire ?
  17. Jeudi soir, Brumby lui a fait une scène très violente, la sommant ni plus ni moins, de rompre tout contact avec moi, ou toute autre personne de mon entourage, sous peine de divorce…
  18. Pardon ?
  19. Oui Monsieur! Brumby a repris ses éternels reproches à mon égard, ainsi qu'à vous tous. Elle lui a répondu, le ton a dû monter entre eux, la dispute a dégénéré. Pour Sarah ce fut un terrible choc, j'ai mis des heures à la calmer, à tel point que j'ai craint un moment, qu'il ne l'ait frappée.
  20. Vous n'étiez pas dans la maison ? Vous logiez chez eux, m'a dit Mac.
  21. Ce soir là, l'ambiance me semblait pesante, afin de leur laisser un peu d'intimité, j'étais allé me promener sur la plage pour y jouer de la guitare…. Si j'avais été dans la maison, Brumby aurait passé un sale quart d'heure… Je vous le promets…
  22. Je vois… Et que comptez-vous faire ?
  23. Pour l'instant je ne sais pas Monsieur !… J'ai peur de sa réaction, vous la connaissez, elle est fière, impulsive…Elle refuse de se plier aux exigences de Brumby… Comme je vous l'ai dit, elle est très seule, elle ne va pas couper le peu de liens qu'elle a conservé à Washington !… De mon côté je lui ai promis mon soutien où qu'elle se trouve, et je compte bien garder le contact que nous avons rétabli… Je suis inquiet Amiral….

Chegwidden se leva de son fauteuil et vint s'asseoir près d'Harm. Il lui posa la main sur l'épaule et le regarda longuement.

  1. Vous êtes dans de beaux draps tous les deux ! Si je puis employer l'expression !…
  2. Qu'y pouvons-nous Amiral ? Nous avons passé des années côte à côte, obnubilés par le respect du règlement. Nous avons refusé la réalité, aujourd'hui elle se rappelle à nous…J'aurais dû l'empêcher de partir, et surtout d'épouser ce type …
  3. Que pouviez-vous faire ? Le passé est ce qu'il est !… Occupons-nous du présent. Si elle revenait, il serait assez facile de lui trouver un poste… J'ai quelques idées là-dessus, et l'Amiral Boone aussi…
  4. L'Amiral et vous, avez évoqué cette éventualité ?…
  5. Vous savez ce qu'étaient Tom et votre père et ce vous représentez pour lui…
  6. C'est mon parrain et il connaît ma mère depuis près de cinquante ans !..
  7. Votre mère aussi, lui a parlé de votre voyage en Australie…
  8. Mon dieu ! Ma mère et Tom ?…
  9. Désolé, mais c'est une bonne chose… Disons que çà nous a permis d'échanger nos points de vue… Quand on parle de vous, on y associe obligatoirement Mac !… C'est un fait avéré !...
  10. Mais Amiral, Mac est mariée !…
  11. Ah oui !.. Et alors !… Pensez-vous qu'elle serait la première à divorcer ?… A son âge, elle ne va pas continuer à gâcher sa vie loin de son pays, de ses amis, sans oublier sa carrière !.. Quand je pense que c'est moi qui l'ai menée à l'hôtel, j'ai des envies de meurtre… Dieu merci c'était en comité restreint !… Une dernière chose Capitaine, du moins pour aujourd'hui…. Si Mac revenait ici avec du plomb dans l'aile que feriez vous ?
  12. Je vous demanderais de nous marier sur le champ, Monsieur … l'Amiral lui sourit. Lui tapant amicalement l'épaule, il ajouta :
  13. Ce serait avec le plus grand plaisir… Mais pour cela il faudra d'abord passer par la case divorce.

En sortant, Harm se sentit vidé, mais soulagé. Une part de son fardeau  reposait sur les épaules de l'Amiral... Soudain il prit consciente de "l'union sacrée" constituée autour d'eux. Brumby n'avait pas beaucoup de supporters ! Ainsi tout le monde savait !.. Les Roberts faisaient partie du lot, sa mère, Sergei et Lauren connaissaient la relation de solide amitié unissant le couple à Sarah comme à lui. AJ Jr était leur filleul, ce n'était pas un secret. Jennifer avait certainement rallié le groupe. Quant à Mattie!… Elle vouait une véritable dévotion à Sarah.

Appartement de Harm - Washington - 16.01.2005

Il avait passé environ trois heures à son bureau, le temps de prendre des nouvelles auprès de Bud. Sturgis venait d'être affecté dans le Golfe pour plusieurs mois, il serait de retour juste pour son mariage prévu en Avril. En voilà encore un qui aura désormais une vie stable, Vareze est charmante, bonne chance à eux ! Harm n'avait pas vraiment la tête à son travail. Il préféra rentrer chez lui.

Sa clé à peine dans la serrure, la porte s'ouvrit à toute volée. Mattie se pressa dans ses bras, visiblement heureuse de le retrouver. Se détachant de lui, elle lança :

  1. Bienvenue à bord ! (Une expression de Mac quand ils se retrouvaient)
  2. Merci Mademoiselle ! Tu es magnifique !.. Jennifer, pardon, je ne vous avais pas vue. Vous n'étiez pas au bureau ?…
  3. Tu es allé au bureau ?
  4. Oui Mattie ! J'avais des documents importants pour l'Amiral …
  5. Comme je n'avais pas de rééducation, Jennifer et moi avons passé la journée ensemble… Et puis Mac a téléphoné, elle m'a dit que tu étais en route. Alors nous t'avons préparé à dîner… 
  6. Mac a appelé !… les deux jeunes filles échangèrent un regard qu'il ne vit pas.
  7. Elle  cherchait à te joindre, elle m'a dit qu'elle t'enverrait un mail, et n'a rien ajouté d'autre… enfin pour toi…

De nouveau Harm eu la sensation que son sang se retirait de son visage. Il était hors de question qu'il aborde le sujet "Sarah". L'épisode du bureau suffisait amplement pour la journée.

  1. Bien ! Il y a du courrier pour moi ?
  2. Oh oui… Tu as de la lecture… Mais rien pour mon adoption !
  3. C'est normal Mattie !… Le Juge nous a dit en fin de mois !…
  4. Tu dois avoir une collection de mails dans ta boite de réception.

Pourvu que Sarah ait pu expédier le sien !…  Il en trouva une quinzaine attendant d'être lus. Des vœux de nouvel an en majorité et enfin celui de Sarah… Qu'avait-elle à lui dire après leur conversation de ce matin ? Dans l'avion il n'avait pas pu s'exprimer librement. Mais !… Il cliqua sur l'enveloppe :
From : Ninja-girl@hotmail….  To : Flyboy@hotmail…
"Juste un message pour confirmer mon appel à Mattie. Tout va bien. Je téléphonerai dès que possible.  Pas d'inquiétude…  Bye Flyboy !   -  Sarah"

C'était à la fois rassurant et imprécis. Sarah avait adopté le ton le plus neutre qui soit, rien de compromettant dans ces lignes, si ce n'est la demande clairement exprimée du "silence radio". Il referma le message, avant de rejoindre les filles, il expédia  un mail à sa mère. A elle non plus il ne voulait pas donner de détail, pas pour le moment en tout cas.

Ils dînèrent tous les trois, évoquant mille et un sujets, les cartes de vœux reçues, le week-end chez les Roberts, Sydney, la place devant la maison de Brumby et les cadeaux qu'Harm avait rapportés. Le collier typiquement australien, choisi avec Sarah, pour Mattie, un bijou composé de pierres d'un vert presque identique à celui de ses yeux et l'écharpe de soie destinée à Jennifer, très émue par cette marque d'affection.

Quand les filles eurent refermé la porte derrière elles, Harm demeura un moment assis dans le canapé. La journée avait été rude, mais la soirée s'était passée à merveille ! Quelle erreur de jugement il avait faite, son flair habituel l'avait totalement abandonné. Mattie n'avait pas posé la moindre question embarrassante, elle avait parlé de Sarah sans ambiguïté.

En revanche sa discussion avec l'Amiral, le laissait perplexe. Il avait fallu que sa conversation avec Sarah l'ait sérieusement ébranlé, Chegwidden mettait un tel point d'honneur à ne pas s'immiscer dans la vie privée de ses collaborateurs ! Harm appréciait cette qualité de son supérieur. Il s'était enfermé depuis la disparition de son père, alors qu'il n'était qu'un enfant, dans une sorte de tour d'ivoire où jamais quiconque n'avait pu pénétrer.

Il n'avait eu de cesse, de retrouver vivant ce père idolâtré, cachant jalousement cette quête qui l'avait mené au Vietnam, sans résultats. Il avait embrassé la carrière de Pilote de Chasse toujours avec la même idée. Ce n'est que quinze ans plus tard, au hasard d'enquêtes du JAG menées avec Sarah, qu'il avait enfin atteint le bout de sa route, là-bas en Sibérie, dans la petite ville où après des années de captivité son père était mort, laissant un second orphelin : Sergei….
Ce terrible périple, il l'avait accompli avec l'aide de l'Amiral, et avec la seule admise à partager son secret, Sarah !… Sarah, toujours Sarah, qui revenait comme un leitmotiv, comment pourrait-il vivre sans elle ?  Pour la première fois de son existence, la situation échappait totalement à son contrôle ! Pour un pilote de chasse !…

Appartement d'Harmon - Washington - 17.01.2005

Il dormit d'un trait, d'un sommeil lourd où son père et Mac passèrent à tour de rôle. Il était 5 h 30 quand il s'éveilla. Il avait un long moment devant lui, il se dirigea vers la cuisine pour y préparer du café. Je vais en avoir besoin pensa-t-il. Il faut que je réagisse, je ne peux pas me laisser ainsi submerger par les événements. Je n'ai plus quinze ans !…

Il arpentait l'appartement son café à la main…Il posa les yeux sur la photo de son père. Dans la pénombre il aperçu une seconde photo posée tout à côté, les représentant Sarah et lui. Ils se tenaient tous deux détendus et souriants, lui en uniforme de gala, son bras tenant légèrement la taille de la jeune femme appuyée contre lui, radieuse dans cette toilette superbe, lors de la "soirée de l'Amiral"… D'où venait ce cadre ? Il n'avait rien vu hier soir !...

Il faut dire qu'il avait sauté sur le premier sujet de conversation proposé par Jen' et Mattie pour se changer les idées… L'image de Sarah aurait dû attirer son regard ! Il la voyait partout alors qu'elle était à des milliers de kilomètres !… Il regarda au dos : aucune dédicace… L'idée lui vint que ce devait être un cadeau de Mattie, aidée par Harriett ou Jennifer. Il opta pour la première.

Mais le cadre offert par les Roberts représentait l'Amiral entouré de son staff, alors que celui-ci était un portait de couple, il ne possédait pas de cliché les réunissant seuls ainsi, il éprouva une sensation de bonheur mêlé de fierté devant la beauté de Mac, ils allaient si bien ensemble !… Sarah avait-elle remarqué le travail du photographe ? Elle ne posait pas, mais avait ce regard et ce sourire espiègles, beaucoup trop rares, qui lui donnait tant de charme !

Il reposa le cadre, les paroles de l'Amiral revinrent à son esprit. Il avait raison, si c'était cette image qu'ils avaient inconsciemment donnée ce soir-là, ils ressemblaient davantage à un couple marié, qu'à des collègues heureux de se retrouver !... Repartant vers la cuisine il aperçut sur le parquet, une feuille de papier blanc, il y reconnut l'écriture de Mattie "Pour Harm"  :  il déplia la feuille :
"Harm,
 Quand je suis revenue  pour te remettre ce cadre, tu étais endormi. Il était tard et je n'ai pas voulu te réveiller. J'aurai aimé t'offrir ce cadeau pour Noël, mais il n'était pas prêt. Je l'ai récupéré pendant que tu étais chez Mac.
J'aime cette photo, elle est super!... Ce sera pour toi, un souvenir de ton amie qui te manque beaucoup je le sais…. D'ailleurs, je lui ai dit au téléphone. Mac trouve que j'ai eu une bonne idée, elle a promis de te mettre un petit mot de dédicace quand elle viendra à Washington. - Je t'embrasse mon Papa - Ta fille Mattie"

Sa gorge se noua sous le coup de l'émotion. La sonnerie du téléphone le fit sursauter. Il se précipita avant que le répondeur ne se déclenche :

  1. Rabb à l'appareil
  2. Harm !
  3. Sarah ! … Qu'est-ce qui se passe… .
  4. Tout va bien !.. Je voulais simplement t'entendre… Tu as l'air inquiet !
  5. Non ma Chérie… J'ai été surpris par la sonnerie du téléphone, je ne m'attendais pas à ce que tu appelles si vite.
  6. Je suis seule à la maison, je voulais savoir comment s'était passé ton retour.
  7. Très bien !… Mais l'Amiral t'a félicitée toi aussi, il est content de notre boulot. Vous en avez discuté tous les deux ?
  8. Harm, il t'a parlé de notre entretien ?
  9. Oui !… Et nous avons eu une très longue discussion ...
  10. Tu lui as dit pour nous, n'est-ce pas ?
  11. Je n'ai pas eu le choix, ici tous nos amis ont compris, ma Chérie ! ..Sarah ?…
  12. Oui. Pardonne-moi… c'est comme avec l'Amiral, je ne peux m'empêcher de pleurer … C'est trop bête!
  13. Y a-t-il quelque chose que tu ne me dis pas ?
  14. Mic n'est pas rentré ! Il est reparti à Melbourne pour une semaine, sans passer à la maison, il a expédié un mail. Il n'a pas jugé utile de le dire par téléphone…
  15. Quel goujat !… Il a osé te faire çà !…
  16. Harm ! Je t'en  prie !.. Il faudra bien qu'il rentre et que nous ayons cette discussion... Ne t'inquiète pas, tu me l'as dit toi-même, c'est un impulsif…
  17. C'est surtout un fichu crétin… Pardonne-moi, je ne veux pas en ajouter, mais tu sais ce que je pense…  Tiens-moi au courant surtout, appelle-moi quand tu veux .... Promis ?

Ils échangèrent encore quelques mots, repoussant au maximum le moment de raccrocher. Ce fût Harm qui prit la décision lui promettant d'envoyer un ou deux mails dans la journée. Il en expédia une dizaine…  Il lui relata son entretien avec l'Amiral, les dernières nouvelles du bureau, l'accueil des filles, et lui décrit la photo découverte le matin près de celle de son père.

Q.G. du JAG  - Bureau du Capitaine de Vaisseau H. Rabb - 17.01.2005

Cette conversation avait redonné du tonus au Capitaine. Le comportement de Brumby le contrariait, mais avec ce type-là, il en avait vu d'autres. Sarah semblait prendre la chose avec philosophie…. Dès qu'il fut au Q.G, il consulta sa messagerie, et se plongea dans ses dossiers. L'Amiral tint sa réunion habituelle, distribuant à chacun notes et documents. Le Départ de Turner avait nécessité une nouvelle organisation. Tracy Manetti remplacerait en partie Sturgis et un jeune avocat viendraient grossir les rangs à la fin du mois. Tout le monde était rentré, il était temps de se remettre au travail.

Il  consulta son agenda après quoi il appela à bord du Patrick Henry pour avoir confirmation de la date prévue pour ses vols de qualification. Il pensait n'avoir la réponse que le lendemain, mais quelques heures après, Skates lui annonçait elle-même qu'il était attendu la dernière semaine de Janvier, elle serait son RIO et tout le monde à bord, y compris le Commandant, était impatient de le revoir…   
    
Dans les mails adressés à son amie, Harm n'aborda pas ses quotas semestriels. La peur de Sarah  l'inquiétait. Il ignorait si elle avait eu connaissance des engagements auxquels il avait pris part en Irak après son départ en Australie. Il était probable que non, elle y aurait fait allusion. Il pensa plus judicieux de l'avertir par téléphone. Il ne pouvait pas le lui cacher, ce n'était pas leur habitude, de plus, à bord du porte-avions il serait difficilement joignable. Il faudrait trouver le moment opportun. A moins que :

  1. Lieutenant ! … Harriett !
  2. Oui Capitaine ?
  3. Auriez-vous quelques minutes ? J'aurais besoin de votre avis !
  4. Je vous en prie…. Que puis-je faire pour vous Monsieur ?
  5. Harriett… c'est une question très personnelle, alors je vous en prie, oubliez le… "Capitaine" !
  6. Entendu Harm, je vous écoute, si je peux vous aider..
  7. Pensez-vous que je doive arrêter de voler Harriett ? … Les grands yeux bleus de la jeune femme  doublèrent d'étonnement....
  8. Vous ? Arrêter de voler ! Harm, une moitié de vous est en permanence sur un porte-avions ! Auriez-vous des ennuis de santé pour envisager une telle décision ?
  9. Non Harriett, Dieu merci ! Mais j'ai réfléchi … pour Mattie…
  10. Mattie ? N'ayez aucune crainte, elle est trop fière de vos exploits, sans parler du fait qu'elle rêve d'en faire autant, hélas !..
  11. Oui et çà c'est un autre problème !…
  12. Le Colonel était terrorisée quand vous faisiez vos quotas, elle me l'avait dit ce Noël où vous aviez ramené un appareil en difficultés avec l'Amiral Boone… Harriett regretta aussitôt ses paroles, avant de continuer… mais elle n'est plus là pour avoir peur!…
  13. Hum !….
  14. Harm !  Pardonnez ma curiosité, mais Bud et moi sommes inquiets pour vous, depuis votre retour  vous semblez si triste, si lointain… Nous pensons que le Colonel n'y est pas étrangère !
  15. C'est le cas Harriett … C'est pour elle que j'envisage cette hypothèse. Cela doit vous paraître curieux, étant donné qu'elle vit aux antipodes, mais depuis mon retour, nous communiquons régulièrement, je ne peux pas m'absenter sans qu'elle le sache.
  16. Je comprends Harm ! cependant je vais vous dire ceci : j'ai failli perdre mon mari alors qu'il était en mer pour y exercer son métier. Cette épreuve, avec la mort de notre petite fille, a été la pire de ma vie. Depuis j'ai peur… Mais l'amour que je porte à Bud m'interdit de l'empêcher de faire ce qu'il aime. Je suis sûre que Mac serait d'accord avec moi… Elle vous aime trop pour çà !
  17. Merci de votre franchise Harriett, vous m'avez parlé en véritable amie. Veuillez m'excuser de vous mêler à nos problèmes !..
  18. C'est fait pour çà les amis Harm ! Et ni vous, ni Sarah, ne nous avez fait défaut quand nous en avons eu besoin.  Comment va-t-elle là-bas ?...
  19. Elle a son mari, une belle maison, comme je l'ai dit à l'Amiral, mais tout le reste lui manque… 
  20. Bud et moi avons toujours pensé qu'elle n'aurait jamais dû partir.. Mais il fallait respecter son choix !..

Quand la jeune femme eut refermé la porte derrière elle, Harm se souvint du jour où à bord du Seahawk, Sarah et lui souriaient en imaginant le couple qu'elle formerait avec Bud. Ils s'étaient lourdement trompés. Ces deux-là étaient amoureux comme au premier jour, après des années de mariage, trois maternités, et la blessure de Bud en Afghanistan. C'était rassurant de constater qu'un tel amour pouvait exister.              

Domicile des Brumby - Australie - 17.01.2005

Depuis le mail expéditif de son mari et sa conversation avec Harm, Sarah cherchait une explication au comportement de Mic. En vain !.. Elle songea une fois de plus à ce qu'elle avait laissé, y compris Chloé avec qui, ses contacts se limitaient à quelques cartes, ou mails, la jeune fille suivait son chemin au sein d'une famille dont elle était la raison de vivre.

De près de 40 ans, il ne lui restait que ses souvenirs : les seuls liens avec son passé. Jamais elle ne renierait quoi que ce soit. Elle avait retourné la question en tous sens : il n'était pas question qu'elle accepte cet ultimatum. Sa conscience, tout son être s'y refusaient. Il faudrait qu'il le comprenne !.. Harm et tout ce qui s'y rapportait, était partie intégrante de sa vie et de loin, la plus importante !...

Leur dispute et surtout ses exigences l'avaient abasourdie, anéantie. Il s'était montré violent à son égard, ce qui était nouveau, contrairement à sa jalousie. S'ils avaient hébergé Harm, c'était à son l'initiative… Avait-il voulu leur tendre un piège ? Cette hypothèse la révulsa, ce serait machiavélique ! Elle en rejeta l'idée. Maintenant, il partait, la laissant sans explication, sans une adresse où le joindre. Elle n'était pas décidée à revivre l'épisode "Clayton", cette relation destructrice qui lui avait valu une grave dépression et une année de thérapie…

Elle se souvint du nombre de fois où Harm lui avait répété qu'elle commettait une énorme bêtise, ils avaient eu bien des querelles à ce sujet. Ses amis les plus proches, lui avaient tenu, de manière plus nuancée, les mêmes propos, tout comme son oncle Matt !… Harm s'était arrangé pour ne pas assister au mariage !.. De cela elle détenait aujourd'hui l'explication.

A ce point de ses réflexions, elle eut l'idée de se rendre au cabinet d'Avocats de Mic, elle y trouverait bien une des secrétaires, et obtiendrait plus facilement des informations, que par téléphone. Elle y apprit avec bien du mal que le retour de Brumby n'était pas prévu avant plusieurs semaines. Son déplacement se situait bien dans la région de Melbourne, mais il n'avait laissé aucune adresse précise, les clients étant répartis en des lieux différents. Quant aux affaires, elles revêtaient un caractère de confidentialité, qu'en tant qu'avocat, elle devait comprendre facilement. Elle pouvait, bien entendu, le joindre par téléphone sur son mobile privé ou professionnel…
En cours de route, il lui vint à l'esprit que le jour de son départ, Mic avait rassemblé devant elle, et à la hâte, les vêtements nécessaires pour une absence de deux à trois jours. Pour plusieurs semaines, le sac emporté ne suffirait pas !… Arrivée chez elle, elle monta dans leur chambre, elle constata en ouvrant le placard de Mic que plusieurs costumes manquaient, ainsi que des chemises et d'autres accessoires dont une grande valise. Il lui avait menti ! La colère de Mic aurait-elle été préméditée ? Venir chez soi, en cachette de son épouse, pour compléter ses bagages, ne pouvait être un hasard !

En l'absence de Coleen, Sarah vaquait aux obligations impératives du ménage, elle avait fait quelques courses, mis de l'ordre dans la maison, grignoté ce qui aurait dû être des repas. Comme toujours, dans les moments difficiles, elle se sentait le besoin d'agir. Son thérapeute lui avait appris à maîtriser ses angoisses et à rechercher les points positifs. Mais cette dernière découverte l'avait laissée désemparée et perplexe, l'affaire prenait un autre aspect !

Il était bientôt minuit, elle descendit vers la mer, l'eau la calma, elle fit quelques brasses et se laissa porter. Elle ne verrait plus jamais ces lieux du même regard !… Elle y percevait la présence d'Harmon. Allongée sur le sable, elle laissa son corps sous la caresse des rayons de lune, songeant à leurs étreintes… Non, se dit-elle, si je continue ainsi, je vais devenir folle. Je me dois de réagir, pour moi… pour nous !  

Elle voulait découvrir la raison du comportement de Mic. Pourtant elle dût convenir que son amour pour Harm et les liens qui les unissaient, comptaient bien davantage que l'avenir de son mariage !… De cela pour le moment, elle ne voulait pas en parler même avec Harm. Quelque chose lui disait qu'il  n'était peut-être que le prétexte de la crise qui secouait son couple.

Q.G. du JAG -  Bureau du Capitaine Rabb - 17.01.2005

Bien que la soirée s'avança, le Capitaine était encore au bureau. Buvant un café, il repensa à sa conversation avec Harriett… La jeune femme l'avait ému par sa spontanéité, son bon sens et son indéfectible amitié. Il nota également l'inquiétude de leurs proches à leur égard, les englobant d'emblée tous les deux. Cette idée au combien réconfortante, le mettait mal à l'aise. Il avait toujours refusé de partager les épreuves rencontrées dans sa vie. Il découvrait que de son amour pour Sarah, il n'avait rien caché ou si peu !

Il se souvint de la remarque de Sturgis. Il sourit à cette évocation. "Nous vivons en vase clos, quand elle était là, nous étions toujours ensemble et nous nous sommes si souvent chamaillés !.." se dit-il. Il consulta sa montre à cette heure il pouvait appeler Sarah :

  1. Colonel Mackenzie à l'appareil
  2. Ma Chérie, tu es bien solennelle !
  3. Harm !…. Tu es encore au JAG !..  J'ai vu s'afficher le n° de l'Amiral
  4. Je suis dans son bureau, nous avons travaillé sur les budgets, et je n'ai pas attendu d'avoir regagné mes quartiers pour vous appeler Colonel. Je ne vous réveille pas Madame ?
  5. Que tu es bête…Je suis contente de t'entendre… J'ai nagé un long moment hier soir, après j'ai dormi comme un bébé. 
  6. Sarah, il faut que je te parle de quelque chose, j'espère que cela ne te contrariera pas, mais tu dois le savoir !
  7. Qu'y a-t-il Harm ?
  8. Rien d'exceptionnel… Je dois faire mes quotas la semaine prochaine !
  9. C'est tout ?… Ce n'est pas un problème, je ne connais plus ton planning de vol…
  10. Mais tu m'as dit que çà te faisait peur … et Harriett  me l'a confirmé..
  11. Harriett !.. Je l'ai eu au téléphone hier soir… C'était pour çà ?
  12. Je ne suis pas au courant ! … Mais je lui ai demandé son avis à ce sujet…
  13. Qu'a-t-elle répondu ?
  14. Qu'elle avait peur pour Bud quand il était en mer ou en zone de guerre, mais que pour rien au monde elle ne s'opposerait à ses déplacements.
  15. Elle a raison ! Quand on aime quelqu'un, on n'a pas le droit de lui interdire de vivre. Hors mon Chéri, te clouer au sol serait la pire des choses, une moitié de toi vit sur un porte-avions !..
  16. C'est à peu de chose près le discours qu'elle m'a tenu…
  17. Aurais-tu l'intention de mettre fin à ta carrière de pilote ?…. Harm !…  Pas à cause de moi ?
  18. Si ma chérie, j'y ai pensé.. Les dates étaient fixées, mais j'aurais pu annuler !…
  19. Tu es fou ! Je ne te laisserai jamais refaire une telle sottise.. Une fois suffit… Harm, promets-le moi…
  20. Je te le promets. Je vais sur le Patrick Henry et Skates sera mon RIO… Sais-tu qu'elle s'est mariée il y a près d'un an. Je suis allé à son mariage juste avant l'accident de Mattie…
  21. Il s'en est passé des choses depuis mon départ… J'ai du retard à rattraper…
  22. Sarah…Je te remercie de ce que tu viens de me dire… Tu es vraiment sûre ?..  Pendant ces deux jours, ce sera difficile de se joindre..
  23. Je ne veux plus en entendre parler Harm !… Quant à ne pas pouvoir te joindre durant deux jours, je m'en suis passé près de deux ans ! Alors je m'en remettrai… Quand  pars-tu ?
  24. Le 24, j'ai un vol à la base d'Andrews, vers 13 heures …
  25. Montrez-leur ce que vous savez faire Pilote et rentrez en un seul morceau ! C'est un ordre…
  26. C'est drôle de t'entendre parler ainsi… Mais comme c'est rassurant.

Ils échangèrent encore quelques mots, puis raccrochèrent. Alors qu'il reposait le téléphone, il réalisa qu'il ne lui avait pas parlé de Mic. En fait il oubliait Brumby depuis cette nuit tant attendue !… Leurs conversations étaient ponctuées de mots tendres, de rires, comme tous les amoureux du monde. Ils s'appelaient deux à trois fois par jour. Malgré la distance qui les séparait, Sarah était plus présente dans sa vie qu'elle ne l'avait jamais été ! Il eut tout à coup conscience du gouffre qui s'ouvrait à leurs pieds.

Ils s'aimaient et aux yeux de leur entourage ce n'était pas nouveau !… Il adorait Sarah et rien ni personne ne pourrait changer cela. Mais le chemin qu'ils empruntaient tous deux, n'était pas celui de la célèbre roseraie où ils s'étaient rencontrés, c'était celui de l'adultère… Un obstacle de taille se dressait devant eux : Brumby !… Il fallait voir la réalité en face. Où cela les mènerait-il ? 

Cette situation lui était totalement étrangère. Il n'avait fréquenté que des femmes libres. Seule Annie, avec l'ombre de Luc planant sur elle et son fils, avait troublé à sa conscience. Un instant il revit Josh, à l'automne dernier… Sa mère devait être folle de dépit, elle était si sûre de lui faire embrasser une autre carrière que celle de son père !  Eh non. Annie le chemin est tracé d'avance… Nous devons l'accepter !

Maison des Brumby - Australie - 18.01.2005

La matinée commençait bien, elle avait longuement parlé avec Harm ! L'annonce de ses quotas lui mit une boule au creux de l'estomac. Elle devrait de nouveau compter avec çà.  Arrêter sa carrière de pilote, c'était de la folie furieuse, pourtant il y avait songé pour elle !.. Son cœur cogna plus fort dans sa poitrine. Il avait tant de fois tout abandonné, sans se soucier des conséquences, pour se précipiter à son secours.

Personne au monde n'avait pris autant soin d'elle, à commencer par Mic. A propos de ce dernier, elle avait volontairement omis de révéler sa découverte sur le comportement de plus en plus étrange de son mari. Il serait temps d'évoquer ce sujet, quand elle en saurait davantage. Elle dut une nouvelle fois se rendre à l'évidence que de plus en plus, Mic passait en second.

Comme Harm, à des milliers de kilomètres, elle prit conscience du mode de vie qu'ils avaient adopté depuis cette nuit où tout avait basculé… Tout comme lui, elle s'aperçut qu'ils s'étaient installés dans leur amour sans se soucier du reste. Au même instant, leurs idées suivaient le même cheminement. Elle entrevit le chemin bordé d'épines sur lequel ils avançaient. Son premier mariage avait été plus qu'éphémère, les hommes qu'elle avait fréquentés ensuite, étaient tous célibataires. Sa vie était semée d'embûches de toutes natures : enfance difficile, jeunesse houleuse, mais pas d'adultère. La jeune femme sentit soudain sur ses épaules tout le poids de sa solitude. Harm vivait entouré de leurs amis, pas elle… Elle se reprocha aussitôt son attitude négative : elle avait Harm désormais !

Elle resta un instant sur cette constatation, puis réalisa soudain qu'il lui serait impossible de revenir en arrière. Ce serait du suicide !… Même si c'était condamnable… Durant huit ans, sans en être consciente, elle n'avait voulu et attendu qu'un seul homme : Harm. Il avait fallu cette thérapie pour qu'elle l'admette… Elle avait épousé Mic en désespoir de cause, pensant très sincèrement que tout  était perdu puisqu'Harm avait Renée et Mattie...  Cette nuit où enfin ils s'étaient rejoints, avait eu dans sa vie, l'effet d'une bombe à retardement…

Cette dizaine de jours a transformé ma vie et je n'arrive pas à y croire !…songea-t-elle attendrie en regardant le cadre identique à celui offert à Harm par les Roberts. Elle l'avait posé sur son bureau, comme cette autre photo, rangée dans son portefeuille. La présence de son image la rassurait. Et puis elle avait envie que tout le monde le voit, ce qui s'était produit pour Coleen.

Il lui fallait être honnête envers elle-même, ce qui la gênait aujourd'hui dans la "fuite" de son mari : était l'impossibilité de lui signifier qu'elle n'accepterait jamais son chantage… Le tableau qu'elle dressait au fur et à mesure de sa réflexion, noircissait à vue d'œil. Elle y voyait s'écrire de plus en plus gros, l'unique clé à tous ses problèmes :  LE DIVORCE. Son dos se glaça à cette idée. Cette étape ne serait pas facile à franchir. Tout dépendrait de la réaction de Mic… A l'exception de son "exil", elle n'avait qu'un grief à l'encontre de son mari !

Ses vieux démons l'assaillirent. Harm était-il prêt à l'accueillir près de lui ? Ils étaient devenus amants, mais une seule nuit… Il était reparti vers sa vraie vie avec Mattie… Quelle idiote je fais !.. se dit-elle, nous n'avons jamais été aussi proches, malgré l'éloignement !.. Il est tendre, attentif… Notre complicité est restée intacte voire plus grande, cette barrière de pudeur qui nous retenait, n'existe plus. Si seulement…. La vieille ritournelle des regrets lui revenait en mémoire. Cette fois, elle n'eut pas raison de son moral.

Elle était tombée amoureuse la première fois qu'elle avait levé les yeux vers lui… Harm était encore sous le coup du décès de Diane à cette époque, mais était-ce leur étonnante ressemblance ? Elle n'aurait su le dire, pourtant elle était sûre qu'il avait reporté sur elle cet amour de jeunesse, qui avait mûri et grandi avec le temps et les épreuves partagées. Ils n'avaient pas choisi ! Leur tort avait été de ne pas comprendre la véritable nature de leurs sentiments !… Ils en souffraient tous les deux. Elle approchait de ses 40 ans et sauf miracle, elle ne pourrait pas être mère !… Il lui vint la certitude que de ce coup du destin, Brumby serait la victime !…

Elle devait s'organiser au plus juste vis-à-vis de Mic. Elle ne lui voulait aucun mal. Elle chargerait un des avocats du Consulat de la procédure de divorce. Pour le reste, elle n'avait rien en ce pays, à part ses bagages. Son appartement à Washington était inoccupé, Vareze vivait avec Sturgis depuis Noël. Quant à son job, elle faisait toujours partie des cadres de l'Armée, du JAG en particulier.

Quand Harm rentrerait de ses quotas, elle lui ferait part de ses décisions !….

Appartement de Harmon - Washington - 18.01. 2005 

Le Capitaine avait quitté le JAG vers 1 heure du matin. Sortant du bureau de l'Amiral il avait entendu le fax se déclencher. Spontanément, il avait ramassé les feuillets du dossier qu'on leur adressait. Parcourant les documents, il s'était arrêté net au milieu de la pièce. Le Commandant d'un bâtiment escorteur basé en Méditerranée, portait plainte contre deux de ses officiers pour Fraternisation ! Il avait faillit s'étrangler ! Un rapide tour des effectifs lui démontrant si besoin était, qu'il avait toutes les chances de devoir traiter cette affaire…. C'était un comble !… . 

Quand les autorités militaires comprendraient-elles enfin, qu'entasser sur des navires durant des mois, des hommes et des femmes éloignés de chez eux par des milliers de kilomètres, risquait fortement de mener à ces situations ? La Jurisprudence commençait à faire son œuvre, plusieurs couples dont le seul écart était de s'aimer, avaient été relaxés. Mais ils avaient vu leur vie exposée à la vindicte de leurs camarades et de leurs supérieurs.

Quant à lui, officier du JAG, éperdument amoureux d'un Colonel des Marines, de quel droit irait-il blâmer deux malheureux jeunes gens, si c'était là, leur seule faute ! Désemparé, écœuré et surtout fatigué, il était rentré chez lui.

Il consulta le courrier posé sur la table, puis jeta un coup d'œil à sa boite de réception. Un message de sa mère et un de Sergei lui amenèrent un peu de réconfort, tout se passait bien en Californie. Attrapant une bière au passage, il alla s'asseoir dans le canapé d'où ses yeux se portèrent vers la photo de son père. "Papa que penserais-tu de tout çà ? Tu étais si droit, si loyal." Il se souvint que son père avait connu, bien malgré lui, une vie amoureuse compliquée. Sergei en était la preuve vivante.

Après un coup d'œil à sa montre, et oubliant ses réflexions de la soirée, il décrocha le téléphone…

  1. Allô ?
  2. Sarah ! c'est moi !…
  3. Ne me dis pas que tu es encore au bureau !…
  4. Non, je viens de rentrer …. Il lui exposa le dossier qu'il allait devoir traiter.
  5. Mon Dieu, personne ne peux se charger de cette affaire à ta place ?
  6. Nous sommes en effectif réduit, ma Chérie, et je ne me vois pas aller dire à l'Amiral…
  7. C'est sûr.. mais tu dois partir pour tes quotas..
  8. C'est ma seule chance de passer à travers, Bud s'en chargerait.
  9. Je l'espère de tout cœur… Qu'allons nous devenir Harm ?…transposant cette affaire sur leur propre cas, la voix de Sarah s'étrangla, je ne cesse de penser à nous depuis ce matin,
  10. Moi aussi Chérie, j'ai beaucoup réfléchi au chemin que nous avons pris… Comme toi, je reste au stade de la question… Mis à part que…
  11. Quoi ? … Harm !.. réponds-moi !
  12. Je ne veux rien changer à ce que nous sommes devenus, je sais que c'est répréhensible, mais…
  13. Harm ! Je ne reviendrais pas en arrière… Ma décision est prise, je vais demander le divorce ..
  14. Que dis-tu ? … Sarah !
  15. Tu as bien compris Harm, je veux divorcer et rentrer chez moi… Je voulais attendre ton retour du Patrick Henry pour t'en parler.. Mais pourquoi faire après tout, ma décision est définitive.
  16. Sarah, tu es certaine de ton choix ?
  17. C'est toi qui me le demande ?
  18. Oui ma Chérie… Parce que si cette décision me comble de joie, j'ai conscience des difficultés auxquelles tu vas être confrontée…
  19. Je le sais bien ! Ce sera un mauvais moment à passer. Mais çà en vaut la peine, sauf si tu…
  20. Si quoi ? Ne me dis surtout pas de bêtises, ou j'attrape le premier avion pour Sydney… Sarah, Je t'aime et j'en ai plus qu'assez de te regarder vivre de l'extérieur… Je veux partager ta vie pour de bon, pas par téléphone !… Il serait temps non ?.. Et si tu divorces, je n'ai pas l'intention de te laisser m'échapper cette fois… Je t'épouse, de force, s'il le faut !
  21. Harm !  Tu es vraiment sérieux ?
  22. Depuis le temps que j'en rêve, la question ne se pose même pas, ma Chérie, je vivais avec l'idée que cela ne pourrait jamais se faire, mais au fond de moi…
  23. Nous, mariés, toi et moi pour de bon ! Je n'arrive pas à y croire !…une nouvelle fois sa voix se déroba sous l'émotion.
  24. Je dois admettre que ma demande n'est pas très romantique, mais je n'ai jamais su me conduire comme tout le monde, et toi non plus !.. poursuit-il en souriant malgré l'émotion,
  25. Je me fiche de la manière. Je n'ai qu'une envie : régler ce problème épineux, et quitter ce pays par le premier avion pour Washington, pour recommencer une autre vie !
  26. Tu sembles avoir déjà bien étudier la question, que comptes-tu faire ?
  27. A part consulter un des avocats du Consulat pour les formalités, je n'ai pas grand chose d'autre à prévoir, sauf une explication avec Mic. S'il veut bien rentrer à la maison… Pour le reste, je n'ai rien ici…
  28. Ma chérie, promets-moi d'être prudente. Dans cette épreuve, je ne peux t'apporter qu'un soutien moral… Je voudrais que tu en parles à l'Amiral !
  29. A l'Amiral, mais pourquoi ?
  30. Parce qu'à mon retour, lors de cette discussion à propos de nous, il a évoqué cette éventualité,
  31. Celle d'un divorce ?… Harm !
  32. Oui, tout à fait. Il l'a envisagé après ton appel je pense, mes propos ont dû le conforter dans son opinion. Il peut nous aider, mais en l'occurrence c'est toi qui en aura le plus besoin Chérie !..
  33. Je n'y avais pas songé, mais tu as raison, il s'est toujours montré d'un grand soutien.
  34. Je le sais ma Chérie… il marqua un temps d'arrêt puis reprit :  je t'ai dit que j'avais passé le Nouvel An avec ma famille.. Quand ma mère m'a embrassé, elle m'a dit : "Je voudrais que tu sois enfin heureux cette année mon grand"… Je n'aurais jamais cru que son vœu soit si vite exhaussé. Elle non plus d'ailleurs.
  35. Je crois que ta mère m'apprécie, elle a été très gentille quand je l'ai appelé, nous avons longuement bavardé…
  36. Elle fait partie de notre garde prétorienne, je dirais même qu'elle en est le porte-drapeau !
  37. Nous en aurons besoin… Une fois rentrée, j'aurais des problèmes à régler, j'en suis consciente.
  38. Mais je serai là. Nous essaierons d'être plus futés que par le passé, du moins le temps nécessaire, après !…
  39. Qu'est-ce que je risque ? Ma carrière ? Pour ce qu'il en reste, mais il nous faut préserver la tienne c'est la plus importante.
  40. C'est une des choses dont je souhaiterais que tu discutes avec l'Amiral, il y a pensé..
  41. Mais c'est un véritable complot…
  42. Dans un sens, ma Chérie… Et je n'y suis pour rien… Je crois que quelque chose s'est produit quand tu es venue. Je ne sais pas quoi, bien qu'en voyant notre photo, j'ai une idée sur la question.
  43. Pourquoi dis-tu cela ? Qu'est-ce qu'elle a de particulier, cette photo ?
  44. Ma Chérie, nous ressemblons davantage à Sergei et Lauren, le jour de leur mariage, qu'à deux vieux amis de promo !..  C'est à la suite de cette soirée qu'ils se sont mis à recouper leurs opinions sur notre compte, l'Amiral, Tom et ma mère. Mon frère et ma belle-sœur ont dû suivre, ralliant nos amis à leur cause. Pour l'avoir testée, c'est une véritable union sacrée qui s'est faite autour de nous et j'oubliais Mattie… qui, depuis mon retour, a installé ta photo dans le salon près de celle de mon père, et y met des fleurs en permanence..
  45. Arrête, je t'en prie je vais fondre en larmes…
  46. Non mon Amour … Au contraire, quand ce sera difficile, pense à tout cela et rappelle-toi que je t'aime. D'accord !
  47. D'accord mon Chéri. Tu sais, moi non plus le 31 Décembre, je n'aurais jamais cru… sa voix se brisa…

     
Fin de la seconde partie