Bureau  du Cpte de Vaisseau H. RABB  - Q. G. DU JAG -  4. 01 2005

Le tout nouveau gradé Capitaine de Vaisseau Harmon Rabb était assis à son bureau. Rentré la veille de Californie où il avait passé les fêtes en famille, il constatait le peu de dossiers en attente dans son casier et sa messagerie. La trêve de Noël se terminait, on verrait la semaine prochaine.

A demi tourné vers la fenêtre, il regardait, sans la voir, la neige tombant à gros flocons depuis le début de la matinée…Le parking et les véhicules stationnés disparaissaient déjà sous un épais manteau blanc. A ce train là, la circulation va devenir impossible, pensa-t-il. Ce ciel lourd de nuages noirs, à l'image de son moral, ne lui disait rien qui vaille.

Lentement il se retourna vers l'intérieur, ses yeux croisèrent la photo qui jamais ne le quittait.Celle de son père dans son éternelle jeunesse, debout près de l'avion où lui, enfant, était assis, il y avait plus de 35 ans !… Cet ultime portrait, tout comme la maquette du Stearman familial, l'avaient suivi partout… Un autre exemplaire de cette photo, ne quittait jamais son portefeuille.

D'autres portraits étaient venus rejoindre celui de ce père trop tôt disparu, celui de sa mère avec Franck son beau-père, entourant Serguei et Lauren le jour de leur mariage, l'été dernier et le petit A.J.  Roberts, son filleul. Il faudra penser à son cadeau d'anniversaire !.. Il aura six ans en Mai, déjà !.. L'espace d'un instant il imagina l'enfant qu'il n'aurait pas ! Puis se ressaisissant, ajouta :  il ne faut pas que j'oublie, je verrai çà avec les filles.

Un peu plus loin, son regard tomba sur le dernier cadre, celui-là datait d'une quinzaine de jours, Harriett et Bud le lui avaient offert pour Noël. Il regroupait l'autre partie de sa vie, celle d'ici, presque la plus importante. Le cliché avait été pris lors de la "Soirée de l'Amiral" organisée pour sa troisième étoile et son départ à la retraite. Qu'il va nous manquer ce grand bougon. Quel vide il laissera derrière lui…  Bon courage à qui prendra la place !

La réception avait réuni plus de deux cents convives. Francesca, sa fille, avec son mari, ses amis, tout le staff du Q.G. Ils étaient tous présents, y compris les anciens, tels Tiner, Galindez avec son épouse Gloria, Lauren venue avec Sergei. Même Sarah avait fait le voyage d'Australie avec Brumby…. Sarah plus gracieuse et élégante que jamais dans cette robe du soir d'un rouge sombre, les cheveux relevés en chignon. Elle était placée comme toujours, ente l'Amiral et lui. Il ne l'avait jamais vue aussi belle ! Le photographe avait capté ce regard d'une douceur infinie qu'elle avait parfois quand elle lui parlait … Comme ce soir lointain sous la véranda, chez l'Amiral, où l'on célébrait ses fiançailles avec ce crétin de Brumby ou cet autre jour, encore plus ancien où il quittait le JAG pour reprendre du service en mer….

  1. Bon Dieu, changeons de sujet ! Les idées de ce genre ne me valent rien, se dit-il se levant de son fauteuil, comme pour changer d'horizon. Quel temps !.. Si l'Amiral n'a pas besoin de moi, je vais rentrer voir Mattie et défaire mes bagages.

Un coup à la porte le tira de sa rêverie.

  1. Entrez.
  2. Capitaine…, l'Amiral voudrait vous voir dans son bureau dans 10 mn.
  3. Merci  Jennifer, j'y serai. Tout va bien ? demanda-t-il avec son sourire enjôleur.

10 mn plus tard - bureau de l'Amiral - Q. G. DU JAG -  4. 01 2005

  1. Entrez Harm et asseyez-vous, j'en ai pour une minute…
  2. Faites Monsieur, .. Je peux revenir si vous préférez ?
  3. Non, j'ai terminé… Il paraît que je suis en retraite ?…ajouta l'Amiral en souriant. Bien venons-en aux faits... J'ai reçu un appel du Secrétaire d'Etat et un dossier concernant le crash d'un de nos F14 basés en Australie… Le Pilote, un dénommé John Karlsen et son RIO, Marc Williams, ont pu s'éjecter à temps - ils s'en tirent à moindre mal. La chute de l'appareil a causé des dégâts dans une ferme : incendie, perte de moutons… Enfin çà aurait pu être pire, le fermier demande des dédommagements. Et des voisins se plaignent du passage de nos avions à basse altitude ! ...
  4. Comme en Italie Amiral, souvenez-vous !
  5. Oui, en effet, et çà continue rassurez-vous…
  6. Amiral, si je peux me permettre, cette affaire ne serait-elle pas du ressort du Colonel, elle représente le JAG là-bas…
  7. Je suis d'accord avec vous…. Mais au Secrétariat d'Etat, on tient à ménager nos amis Australiens. Quant au Colonel... elle demande votre assistance. Elle prétend que s'agissant d'une affaire de pilotes, vous êtes mieux à même de défendre nos officiers…. Nous avons eu une conversation au téléphone… Ne me regardez pas comme çà. Elle compte sur vous ! ..
  8. Eh  bien si Mac le demande, je pars dès que possible ….
  9. Coats s'occupe de vos billets d'avion et de votre hébergement. J'ai dit à Mac qu'en raison de la météo vous ne partiriez que demain, ce qui vous laisse largement le temps de préparer vos bagages... N'oubliez pas votre uniforme blanc, ni votre maillot de bain ! Là-bas c'est le plein été !.. Transmettez mes amitiés au Colonel ainsi qu'à son dadet de mari. Ce sera tout. Rompez.
  10. A vos ordres Monsieur.

 

Dans la salle centrale du JAG, Harm ne vit pas arriver le Capitaine Roberts chargé de dossiers et se heurta à lui, envoyant une partie des documents à terre.

  1. Pardon Bud… je.. je sors de chez l'Amiral et j'ai la tête ailleurs, attendez, je vais vous aider à ramasser tout çà
  2. Ce n'est rien Capitaine, mais çà n'a pas l'air d'aller ?…Des mauvaises nouvelles ?
  3. NNNon, non… enfin débarrassez-vous de cette paperasse et venez me voir.  

Là dessus il passa devant l'ancien bureau du Colonel, sans jeter un coup d'œil sur la pièce désormais vide, et rentra dans ses quartiers.

  1. Entrez Bud, fermez la porte. Veuillez encore m'excuser pour tout à l'heure… L'Amiral vient de me confier une mission et…
  2. Je suis au courant Capitaine... Vous partez en Australie et vous êtes inquiet pour Mattie ?
  3. Euh.. et bien oui, un peu, c'est la première fois que je pars aussi loin depuis sa sortie de l'hôpital et pour combien de temps ?… Je ne sais pas !  J'ai toute confiance en Jennifer, mais ? ..
  4. Ne vous en faites pas, Harm, je vais prévenir Harriett, vous pouvez compter sur nous, elle s'organisera avec Jennifer !… Partez tranquille, tout ira bien… Pensez que vous allez travailler avec le Colonel, comme au bon vieux temps… Transmettez-lui nos amitiés ainsi qu'à Brumby.
  5. Je vous remercie Bud vous êtes de véritables amis Harriett et vous, j'ai beaucoup de chance de vous avoir…
  6. Mais nous aussi Harm !… Vous ne partez que demain je suppose ?
  7. Oui, vu le temps, je n'ai pas le choix et je n'ai pas envie de retourner me baigner dans le Pacifique pas plus que dans l'Atlantique !…Ils sourirent tous deux à cette évocation
  8. Je vous comprends, alors à demain Capitaine, je vais essayer de rentrer à la maison pendant qu'il est encore temps.
  9. Moi aussi… A demain ! Embrassez Harriett et les enfants.

 

 

Appartement du C. de V. Harmon Rabb - 04.01.2005

Arrivé chez lui, il jeta un coup d'œil sur le répondeur. Pas de courrier, pour Internet, on verrait plus tard. Une bonne douche et une bière bien fraîche, après il faudrait préparer les bagages. Aller en Australie !.. Dans quel guêpier vais-je me fourrer ? pensa-t-il. Durant tout le trajet de retour, il avait ressasser ses idées noires, aux quelles s'était ajoutée celle de revoir Sarah…La retrouver, il en crevait d'envie, si c'était définitif encore, mais non, il faudrait être confronté à une nouvelle séparation !….

A bien y réfléchir, tout avait commencé à aller de travers un peu plus de quatre ans au paravent, depuis son accident de vol avec Skates Hawks, son RIO, alors qu'il rentrait pour assister à ce qui, le lendemain, devait être le mariage de Brumby et Sarah. Une effroyable tempête et de graves avaries d'instruments de bord, les avaient obligés à s'éjecter. Il était sorti de cette épreuve avec un regard neuf sur la vie et Skates l'y avait sérieusement aidé. Le fait que Mac ait localisé le canot de survie d'Harm en plein océan, avait troublé profondément la jeune femme. Elle avait compris, comme beaucoup d'autres avant elle, les véritables liens unissant son ami pilote et le Colonel.

Avait suivi le décès du père de sa petite amie, Renée, celle-ci avait pris l'habitude de se rendre chez sa mère de plus en plus souvent. Leur relation était devenue une succession de brèves rencontres, ponctuées d'appels téléphoniques, dérivant immanquablement sur Sarah, pour finir en disputes. Mais cette histoire là était à classer au magasin des souvenirs. Renée avait épousé son croque-mort… Tout était en ordre de ce côté-là, mais trop tard !

Entre temps Sarah avait annulé son mariage et connu nombre de rebondissements dans sa vie privée. Mic était revenu, après avoir quitté la Marine. Il avait fini par lui passer la bague au doigt et l'avait emmenée en Australie !… Depuis, ils n'avaient quasiment plus de contact. Mac avait mal pris les mises en garde qu'il lui avait faites, pire encore, son absence le jour du mariage. Une affaire de dommages collatéraux à la frontière irakienne lui avait évité, ce qui pour lui aurait été un véritable supplice. Sarah s'en était vexée. Ils s'étaient quittés presque fâchés !.…

Sa vie s'était muée en un vide immense. Après la disparition de son père, dont la mort en ex-U.R.S.S ne faisait plus aucun doute, celle de Diane, l'amie de jeunesse, morte elle aussi dans d'effroyables circonstances, tout comme Jordan, c'était Sarah, son double qui désertait à son tour. Celle avec qui il avait presque tout partagé durant près de huit ans, emportait avec elle un amour qu'il ne pourrait jamais donner à aucune autre ! 

20 mois…. 20 mois déjà ! C'était devenu insupportable !.. Chaque matin, en arrivant, il s'attendait à la voir sortir de son bureau ou de la salle du Tribunal, il entendait sa voix.  La nuit, il faisait des rêves insensés… Au Q.G. l'oublier relevait de l'impossible tant son souvenir était omniprésent, pas une journée ne passait sans que quelqu'un ne prononçât son nom !… Comment avait-il put être aussi aveugle et inconscient ? Pourquoi n'avait-il pas été capable de lui exprimer son amour ? Pourquoi avoir échoué où cet imbécile de Brumby avait réussi ? Ces questions le taraudaient sans cesse !..

Sarah ! Il ne l'avait appelée ainsi qu'à de rares exceptions. Mais depuis son départ, "Sarah" lui venait systématiquement à l'esprit. Lors d'une de leurs très rares conversations téléphoniques, elle en avait fait la remarque. Seule Trich disait toujours "Sarah" alors que tous l'appelaient Mac, Madame ou Colonel. Par mail, ils avaient conservé Ninja-girl et Flyboy, leurs pseudonymes habituels et strictement privés.

Cette pensée ramena Harm vers l'ordinateur qu'il n'avait toujours pas consulté. Il enverrait un mail à Sydney pour informer de son arrivée, même si l'Amiral l'avait fait de son côté. Une petite enveloppe lui indiqua la présence de messages. Bah !!! Encore de la pub, ou Maman peut-être ! Voyons !… En effet, Trich s'inquiétait de la météo déplorable qui sévissait sur la capitale.

Harm referma l'ordinateur remettant à plus tard l'envoi d'un mail pour Sarah. Mattie allait rentrer et ses bagages en étaient au point mort. Mattie : le seul événement heureux survenu dans sa vie, depuis des années. Cette gamine un peu rebelle, orpheline de mère et abandonnée par un père alcoolique, était venue combler en partie, le vide de son existence, apportant bonheur et angoisses. Elle lui donnait tant, la voir vivre, surtout depuis son accident, le réjouissait. En avril elle serait sa fille aux yeux de la loi.

La soirée se passa comme prévu. Harm redoutait un peu la réaction de Mattie à l'annonce de son voyage, il n'en fut rien. Comme Jennifer, elle avait regagné leur appartement sans trop de problèmes. Ils avaient dîner tous les trois, les filles rassurées de savoir que les Roberts les attendaient pour le week-end et Harm tranquille sur le sort de ses protégées durant son absence.

Bud et Harriett étaient ses plus fidèles soutiens. Quel chemin ils avaient parcouru ces deux-là. Bud était Capitaine de Corvette depuis six mois, après une amputation en Afghanistan. Son parcours était exemplaire ! La pente avait été difficile à remonter, il avait brillamment réussi. Quant à elle, malgré sa légendaire gentillesse et son sourire, c'était une véritable main de fer dans un gant de velours. Son amour et son dévouement sans faille avaient été un énorme soutien pour son mari.

Il resta un moment à gratter sa guitare, songeant au couple qu'il aurait formé avec Sarah, aurait-il été capable, comme la plupart de ses amis, d'abandonner son indépendance ?... Il se décida à aller dormir. Il sombra jusqu'à ce qu'un bruit strident vienne le sortir de ses songes.  Il était à peine 7 heures, après une douche revigorante et un solide petit déjeuner, il boucla ses bagages et fila vers Falls Church.
 
Au bureau, il confia les d'affaires en cours à Bud, avec qui il travaillait désormais. Il prit connaissance du dossier qu'il allait instruire et rassembla quelques informations sur les deux officiers impliqués dans l'accident. La météo redevenue plus clémente, le vol pour l'Australie partirait à l'heure. Dans le taxi qui l'emmenait vers l'aéroport, il s'aperçut qu'il n'avait pas envoyé de mail à Sarah.

Aéroport Dulles - Washington  05.01.2005

Il était bientôt minuit. Avec le décalage horaire, pas question d'appeler en Australie sans risquer de tomber sur Brumby, il verrait à l'escale ou en arrivant. Prenant place à bord de l'appareil, il constata que sa voisine était une toute jeune fille (l'âge de Mattie..) déjà plongée dans son ordinateur portable. Il s'assit sans bruit et commençait à rêvasser quand la voyageuse ôta son casque pour le saluer.

Elle s'appelait Liza Karlsen. En quelques mots elle lui expliqua qu'elle se rendait en Australie pour y retrouver son père, victime d'un accident d'avion. Il était pilote dans l'Aéronavale et avait dû s'éjecter de son appareil avec son coéquipier. Son état n'était pas grave, mais elle voulait se faire son opinion par elle-même. Sa mère étant décédée l'an passé, elle vivait désormais avec sa grand-mère maternelle, trop fatiguée pour entreprendre le voyage.

L'appareil avait décollé entre temps et un long moment s'écoula laissant Harm replonger dans ses pensées. L'officier dont il allait devoir assurer la défense, était le père de Liza : le nom de la jeune fille ne laissait pas de doute… Il faudrait en parler à Sarah dès que… Liza lui avait proposé son ordinateur, il était environ 10 H là-bas, il pouvait envoyer un mail, elle en prendrait connaissance presque aussitôt. Elle lui avait dit laisser son ordinateur toujours en veille, tant pis si Brumby était présent.

Maison de BRUMBY -  Banlieue de Sydney, Australie- 6.01.2005 

Le PC portable de Sarah était ouvert. Elle s'était réveillé plusieurs fois dans la nuit. Et s'était levée tôt. Depuis elle vaquait à des travaux domestiques qu'elle aurait pu laisser à Coleen, cette solide australienne d'origine irlandaise, entrée à son service dès son arrivée. Mais elle devait s'occuper l'esprit pour oublier le dossier, qui allait lui donner l'occasion inespérée de retrouver Harm, de batailler à ses côtés, pour défendre des pilotes américains devant ces australiens féroces. Depuis près de deux ans qu'elle vivait parmi eux, elle ne s'habituait pas à leurs manières. Elle n'arrivait pas à se sentir chez elle dans ce pays, même dans sa propre maison.

Certes Mic était soucieux de son bien-être, amoureux, prévenant, il l'avait présentée aux avocats du cabinet où il travaillait, mais aucune amitié n'en était ressortie. Leur maison ne pouvait guère être plus confortable et chaleureuse. Cependant cette attention lui pesait. Elle avait le mal du pays !… Dans cette ville ultra moderne, elle regrettait sans se l'avouer, Washington, ses avenues bordées de beaux immeubles, les immenses parcs, et les petites boutiques qu'elle avait l'habitude de fréquenter.

Quant au travail !… Son job lui plaisait par son aspect relationnel, et la maintenait en relation avec le JAG, mais il était bien moins valorisant. Outre une activité prenante, ponctuée de déplacements, d'enquêtes, elle regrettait le vieil immeuble de Falls Church et son jardin. Cette fourmilière toujours active, ses collègues, Harriett, Bud, l'Amiral, Chloé, tous lui manquaient … Et Harm plus que tout !…

Harm !.. L'éternel mystère, attachant et insaisissable. Le compagnon de tant d'aventures !… Harm et ses répliques acerbes, cruelles parfois (quand elle l'avait elle-même blessé), mais suivies très vite d'excuses maladroites, exprimées d'un air timide la faisant fondre comme neige au soleil ; encore pire quand, le pardon dans la poche, il faisait demi-tour, la gratifiant de ce sourire ravageur à la fois superbe et enfantin qui lui donnait chaque fois l'envie de se jeter dans ses bras !

Harm et ses yeux bleus comme un ciel d'été, mais capables de virer au noir comme un ciel d'orage. Elle s'était perdue parfois dans ce regard, tel le jour de ses fiançailles avec Mic, ou en décembre, lors la soirée de l'Amiral. Sortant de table, ils s'étaient presque heurtés, elle avait chancelé sur place. Aussitôt la main d'Harm avait saisi son bras pour la soutenir. Puis il y avait eu cette valse, dansée à la demande de leurs amis… Alors qu'ils tournaient leurs yeux s'étaient croisés intensément, percevant son angoisse, il avait resserré son étreinte en lui souriant pour la réconforter. Elle avait cru lire dans ce regard magnifique ce qu'elle soupçonnait, mais dont elle ne serait jamais certaine. Ils s'étaient tellement éloignés ! Son mariage avait terni à jamais leur amitié. 

Le bip de sa messagerie électronique la fit sursauter. Elle avait pris du retard à vagabonder  ainsi, elle voulait à tout prix être à  l'heure à l'aéroport. Son "horloge biologique" la rassura, elle avait largement le temps. Coleen veillait au repas. Elle hésita encore une fois malgré tout, puis ouvrit le message :
From : Flyboy@hotmail  …. To : Ninja-girl@hotmail…
"Bonjour Ninja-girl, je suis dans l'avion pour Sydney. Je peux vous envoyer ce mail grâce à ma voisine de voyage qui me prête son ordinateur. Sa gentillesse permettra à mon message de vous joindre avant mon arrivée. J'espère que vous allez bien. J'ai des tas de choses à vous dire.  Mais nous verrons çà plus tard…. Passez le bonjour à Brumby. A bientôt Sarah !  - Flyboy… ".

Elle relut le message à plusieurs reprises. Elle était touchée, il avait pris la peine d'envoyé ce mail… Et le "Sarah" de la fin, comme au téléphone, était inhabituel. Pourquoi maintenant ? A Washington, c'était toujours Mac, "Marine" ou Colonel se dit-elle !.

Il avait des tas de choses à lui dire ? De quoi voulait-il parler ?... Qu'importe, ils allaient faire du bon travail, de çà elle était certaine. Elle appréhendait un peu le moment de leurs retrouvailles, heureusement ce serait au beau milieu de l'aéroport. Mais dès qu'ils seraient seuls, il faudrait éviter les pièges de la conversation, en particulier les sujets tels que son mariage qui, inévitablement, les mettraient en conflit. Sans hésiter Mac expédia la réponse :
From : Ninja-girl@hotmail… To : Flyboy@hotmail
Hello Flyboy !.. Quelle surprise de recevoir votre mail! Merci à votre voisine. Vous avez trouvé le moyen de séduire une fille de plus!… J'ai prévu de vous prendre à l'aéroport et de vous consacrer le reste de ma journée. Nous serons seuls. Nous pourrons déjeuner sur la plage près de chez nous. Mais êtes-vous toujours aussi prude que lors de notre voyage, pour vous montrer en maillot de bain, même à une vieille amie… Enfin j'espère que cette journée vous conviendra. A bientôt Flyboy   -    Sarah 

Au moment où elle terminait son envoi, Mic passa la tête dans l'entrebâillement de la porte :

  1. Tout va bien Chérie ? Tu as l'air songeur ?
  2. Non. Je vais partir au bureau prendre des papiers et voir ma messagerie. J'irai directement à l'aéroport. Je passe la journée avec Harm… Toujours d'accord, çà ne te dérange pas ?.
  3. Nous en avons déjà parlé Sarah Chérie, tu sais bien que non. Vous devez avoir plein de trucs à vous raconter. Je suis content pour toi. Nous nous verrons ce soir.
  4. Alors à ce soir, bonne journée et merci Mic, tu es adorable.

Elle embrassa son mari puis se dirigea vers sa voiture, après une ultime recommandation à Coleen concernant les fleurs qu'elle avait choisies pour décorer la chambre son ami. Elle ne douta pas un instant que celui-ci puisse décliner son offre d'hospitalité, pas plus que la journée qu'elle avait décidée de lui consacrer.

Aéroport de Sydney, Australie - 6. 01.2005 

Mac guettait le tableau des arrivées. A mesure que l'heure avançait, elle se sentait à la fois heureuse et inquiète. Aucun retard n'était prévu, encore quelques minutes à patienter et ils seraient réunis. Les passagers en provenance de Washington arrivèrent par la porte 7. Harm ne la vit pas tout de suite, dans cette foule. Mais avec son uniforme et ses 1m 90, il était facile à repérer.

  1. Vous êtes perdu Pilote ?

Il fit volte face. Cette voix reconnue entre toute, c'était Sarah, sa Sarah. Elle se jeta à son cou. Il la reçut contre lui et serra un peu plus fort qu'il ne l'aurait dû, ce corps souple dont il rêvait depuis des mois. Ses cheveux lui renvoyèrent le parfum qu'il connaissait si bien.… Ils restèrent ainsi enlacés quelques minutes, au beau milieu des voyageurs.

  1. Vous m'avez manqué Matelot. Je suis heureuse de vous voir. Vous avez fait bon voyage ?
  2. J'ai fait un excellent voyage, aux côtés d'une ravissante jeune fille, mais vous ne m'avez pas manqué du tout… dit-il en l'écartant de lui avec un sourire ironique.
  3. Comment ! Vous plaisantez j'espère ?
  4. J'en ai l'air ?… Mais oui, vous m'avez manqué. Mac !… Mes éternelles blagues de mauvais goût… les auriez-vous oubliées ?….. Je suis chargé d'une tonne de messages pour vous, l'Amiral, Bud, Harriett, Jennifer et Mattie… enfin tout le monde, quoi.
  5. C'est gentil Harmon !..
  6. Si vous êtes sage, j'ai même des cadeaux !….. Mais d'abord qu'est-ce que c'est que ce programme de touriste ? Votre mari est au courant ?
  7. Harm vous n'allez pas commencer… Bien sûr que Mic est au courant, c'est un homme …
  8. Oui !.. Je sais, vous me l'avez répété une bonne centaine de fois. Si vous êtes heureuse, c'est tout ce qui compte.
  9. Dans la mesure où l'on peut l'être, je le suis Harm. Vraiment.

 

Alors qu'elle lui parlait, il la dévorait des yeux. Mais il se tenait sur ses gardes, elle ne devait rien savoir de ses tourments. Elle venait de le lui confirmer, elle était heureuse…

  1. Très bien, pouvez-vous m'indiquer mon hôtel et m'y conduire ? J'ai besoin d'une bonne douche et de changer de vêtements. J'ai quitté Washington sous la neige…
  2. Vous ne dormez pas à l'hôtel Harm, mais dans notre maison. Mic et moi avons pensé que vous y seriez mieux. La chambre d'amis est prête à votre intention. Ce n'est pas un palace 5 étoiles, mais vous y serez très bien, au calme et avec vue sur l'océan. Et puis ce n'est pas la peine de discuter, Coats a annulé votre réservation à l'hôtel avec la bénédiction de l'Amiral !…
  3. Bon ! Si je comprends bien, je n'ai pas le choix. Alors après vous Colonel.

Harm était à la fois ravi et perplexe à l'idée d'habiter chez Brumby. Ce ne serait pas la première fois, que Mac et lui vivraient sous le même toit. Ils avaient souvent partagé une réelle intimité, ils avaient dormi dans les bras l'un de l'autre pour se protéger, dans des hôtels suspects, au hasard d'un campement de fortune, voire aux abords d'un champ de bataille. Mais les circonstances étaient différentes. A bord d'un bâtiment de guerre, l'intimité est plus que relative. Tandis que dans la maison de Brumby, à deux pas de la chambre où Sarah dormait dans les bras d'un autre… Tout cela ne l'enchantait guère, mais elle avait l'air si contente !…

Il suivait Sarah vers la sortie pour rejoindre le parking, se faufilant dans la foule. Elle portait une robe jaune vif, assez décolletée pour faire ressortir le doré parfait de sa peau. Il avait oublié à quel point elle  était belle !…  Arrivée à la voiture, Mac surprit son regard. Celui qu'il avait eu dans la roseraie de la Maison Blanche, lors de leur première rencontre… Elle sentit un frisson la parcourir, mais réussit à maîtriser son émotion.

  1. Dites-moi Pilote, après la douche que voulez-vous faire ?
  2. Je ne sais pas moi !.. C'est vous l'Australienne. Vous m'avez dit avoir organisé notre journée.
  3. Au fait, vous m'avez parlé de Mattie, mais comment va Renée ?

La question tomba comme la foudre. Harm avait jugé inutile de lui parler de sa rupture avec Renée. Cela ne changeait rien désormais à sa relation avec Sarah. Durant son séjour aux USA, il était resté évasif sur sa vie privée. Mac le regardait, attendant d'un air interrogateur qu'il lui connaissait bien.

  1. Bien je suppose !… Renée et moi avons rompu depuis près d'un an. Çà n'allait plus depuis très longtemps déjà…. Je ne vous en avais pas dit, pas plus qu'à personne d'autre, en fait… pour ne pas avoir à répondre à des tas de questions.
  2. Harm !.. Vous auriez dû m'avertir ! Je suis votre amie ! 
  3. Je sais !… Mais vous aviez autre chose à faire qu'à écouter mes histoires de cœur. Sans oublier que nos échanges sont devenus plutôt rares ces  derniers mois !…
  4. Vous avez raison sur ce point Harm, mais ce n'est pas une excuse !
  5. C'est bon, je suis désolé. Nous n'allons pas commencer à nous disputer. Mac ! (il lui sourit, il avait repris le vieux diminutif). C'est bien mieux comme çà, elle s'est mariée avec son croque-mort, ils ont renoué après la mort du père de Renée, et il l'a demandée en mariage !…
  6. Eh pas vous ! …
  7. Moi ?… Mais je n'ai jamais envisagé épouser Renée, voyons Mac !…
  8. Je sais, vous me l'aviez dit chez l'Amiral !… Mais vous auriez pu changer d'avis.
  9. Oh çà non…  Elle n'aimait pas Mattie !.. Et puis, non vraiment, le mariage pour moi maintenant !..

Sarah sembla ne pas entendre cette dernière phrase. Ils prirent la direction de la maison des Brumby. Située à une vingtaine de kilomètres de l'aéroport, au bord de la plage, de belle taille et assez cossue, telle était la maison où Mic avait amené son épouse. Harm dut admettre qu'il avait bien fait les choses et que sa tendre amie était confortablement installée.

Maison des Brumby - Banlieue de Sydney, Australie - 6.01.2005

Sa chambre avait été préparée avec soin, il put se rafraîchir dans la salle de bains attenante. Il lui avait donné ses cadeaux : un parfum français, des chocolats dont elle raffolait, un dessin de A.J. Jr, enfin une boite de cigares pour Mic. Ils déjeunèrent sur la terrasse, plus fraîche. Le repas préparé par Coleen sur les conseils de Mac fut un régal.

Sarah s'était changée, elle portait une robe de plage à grandes fleurs orangées sur un maillot de bain assorti. En la rejoignant, Harm reçu son image en plein visage. Il aurait voulu la complimenter, tout naturellement, mais pas un mot ne put sortir de sa bouche. 

  1. Si vous êtes prêt, nous pouvons allez nous baigner. dit Sarah en s'avançant vers lui, l'air amusé.
  2. Mac !  Vous savez que j'ai horreur de l'eau de mer.. J'ai eu mon compte… ils éclatèrent de rire.
  3. Oui Harm !  Je sais, mais vous pourrez vous reposer, vous détendre, le sable est si beau par ici.

 

Lui souriant à demi comme à son habitude, il attrapa le drap de bain qu'il avait pris dans la chambre et la suivit vers la plage. Le lieu était magnifique, une petite crique à l'eau turquoise et chaude et du sable fin presque blanc… S'il existe un paradis il doit ressembler à cet endroit !..se dit Harm. Sarah avait déjà posé sa serviette. Elle enlevait sa robe quand lui revint à l'esprit le reproche qu'elle lui avait lancé à bord du ferry. Il se sentit rougir. Mais sa compagne tout occupée à sa tenue ne s'en aperçut pas. Quand elle releva la tête, voyant qu'il la regardait, elle le taquina :

  1. Y a-t-il quelque chose qui vous gène dans ma tenue,  Pilote ?
  2. Mac ! Arrêtez avec çà. Si non, je remonte me reposer chez vous..
  3. Harmon Rabb vous êtes si prude !
  4. J'ai déjà entendu cette phrase là, Mac.. Et pas très loin d'ici… Ne recommencez pas, s'il vous plaît…   Vous êtes superbe…
  5. C'est gentil Harmon ! Çà prouve que je peux encore plaire dit-elle se haussant vers lui pour l'embrasser sur la joue.
  6. Vous êtes folle ! Bien sûr que vous pouvez encore plaire…. Ce n'est pas parce que vous êtes mariée et que vous vivez au bout du monde que vous n'êtes plus séduisante. Votre mari devrait vous le dire, rétorqua-t-il presque avec colère.

Elle ne répondit pas, le regard bleu virant au noir l'en dissuada. Elle se dirigea vers l'océan en dégrafant, d'un geste machinal, le haut de son maillot. Harm demeura figé. Elle était splendide !... Il découvrait ce corps musclé et pourtant si féminin. Elle avait changé, ou était-ce ce maillot nettement plus seyant que l'uniforme ?… Durant leurs périples, elle portait des vêtements toujours très appropriés, en rien comparables. Sur cette plage paradisiaque elle était tout simplement divine ! 

Il ne pouvait en détacher son regard. Il avait désormais la certitude, qu'elle était l'unique femme capable de l'émouvoir ainsi, la seule dont il aurait pu partager la vie. Ce qu'il avait cru ressentir pour Diane, cette étrange double de Sarah, était un amour d'adolescents. Quel gâchis ! L'appel de Sarah le tira de ses pensées :

  1. Harm ! Allez ! Venez vous baigner avec moi, l'eau est délicieuse… percevant son embarras, elle ajouta,  pardonnez-moi mais ici on se baigne ainsi, çà ne vous choque pas au moins ?
  2. Mac !
  3. Allez venez !…

Il se jeta à l'eau, retrouvant ainsi une certaine maîtrise de soi, et la rattrapa. Ils nagèrent et chahutèrent dans l'eau comme deux gamins. Quand ils retournèrent s'allonger sur le sable, ils n'en pouvaient plus. Depuis combien de temps n'avaient-ils pas profité de tels instants, d'une pareille insouciance ? Ils s'étaient amusés comme des enfants. S'allongeant sur sa serviette, Sarah, attrapa un tube de crème solaire et s'en passa sur le visage et le corps avec soin :

  1. Harm, pouvez vous me mettre de la crème sur le dos, s'il vous plaît ?
  2. Bien sûr, attendez, il s'agenouilla près d'elle. Passez-moi votre produit miracle, Marine.

Il commença à étaler le produit sur les épaules, le dos de Sarah. et laissa sa main descendre jusqu'au creux des reins, découvrant le tatouage, dont qu'il connaissait l'existence depuis longtemps. Mac frémit sous la caresse et laissa échapper un petit cri. Harm se pencha et déposa un baiser léger sur le dessin. A peine avait-il eu le temps de se redresser que Sarah s'était retournée. Elle prit son visage entre ses mains et s'approchant doucement, déposa un baiser sur sa bouche…. Leurs lèvres s'unirent, leurs mains se joignirent comme leurs corps pour ne plus faire qu'un… Harm reprit pied le premier. Etait-ce bien Sarah cette femme blottie dans ses bras ?

  1. Je suis désolé.. Je ne sais pas ce qui m'a pris…
  2. Chut ! Je suis aussi responsable que vous Harm… Comme sous la véranda de l'Amiral, c'est un accident, n'en parlons plus.

Elle voulut se redresser, il attrapa son poignet, y déposa un baiser et l'obligea à se rasseoir près de lui, alors qu'elle allait parler, il mit un doigt sur sa bouche :

  1. Non Mac, ce n'était pas un accident !… Il la regardait si intensément, qu'elle eut presque peur.
  2. Harm ! Que voulez-vous dire ?… Répondez-moi ?
  3. Voilà des années que je vous désire.. Neuf ans pour être exact !.. Je n'ai jamais été capable de vous le dire. Il y avait le travail, nos vies différentes, et comme un imbécile, j'ai toujours pensé que nous avions le temps ! Il a fallu votre mariage pour que je comprenne ce que vous étiez  réellement pour moi….
  4. Harm !
  5. Non, laissez-moi finir. Je n'en peux plus de me taire... Je rêve de vous quatre nuits sur cinq, je vous vois partout.. Je ne sais plus où j'en suis Sarah…. J'ai toujours refusé de me laisser approcher, c'est ma faute.. Aujourd'hui, j'en paie le prix !… Il marqua un temps d'arrêt et ajouta : vous savez maintenant, je regrette de n'avoir pu vous éviter cela !... Si vous le souhaitez, je m'installerai à l'hôtel et l'affaire terminée, vous n'entendrez plus jamais parler de moi.

Sarah resta muette. En quelques minutes, il venait de révéler ce qu'elle attendait depuis des années. Harm n'avait jamais su se confier. Les femmes ayant partagé sa vie s'en étaient plaintes auprès d'elle… Alors pourquoi maintenant ?.. S'il en avait dit la moitié, même au matin de son mariage, elle aurait tout laissé pour le suivre… Quand elle leva les yeux vers lui, elle le vit, attendant, sa réaction devant l'aveu qu'il venait de faire. Lui essuyant doucement la joue, elle répondit : Nous ferions mieux de rentrer !…

Ils regagnèrent la maison en silence, évitant de se regarder. Quand ils franchirent le seuil de la maison Mic les attendaient un verre à la main ! Il ne remarqua rien. Ils avaient eu l'un et l'autre, le temps de se ressaisir.  

  1. Bienvenue à la maison Harm. Comment çà va mon vieux ?
  2. Très bien Mic, vous m'avez l'air en pleine forme vous aussi… Merci de votre accueil, j'aurais pu m'installer à l'hôtel..
  3. Vous plaisantez j'espère, et l'hospitalité australienne alors ! Surtout avec le meilleur ami de Sarah !
  4. Vous n'étiez pas obligés…. Toutes mes félicitations, vous êtes très bien installés!
  5. Merci du compliment. Mais rien n'est trop beau pour ma femme. Je n'allais pas lui faire abandonner la capitale des Etats Unis pour une cabane au bord de la mer.. N'est-ce pas ma chérie ?

Mac sourit sans répondre, puis passant subitement à autre chose, déclara :

  1. Je vous ai préparé des lasagnes végétariennes avec des légumes typiquement australiens.
  2. Ah ! Vous cuisinez maintenant ?
  3. Eh bien, je vais être honnête… J'ai téléphoné à votre mère pour avoir la recette et lui présenter mes vœux de bonne année par la même occasion.
  4. Vous n'avez pas perdu de temps… J'ai su avant-hier que je devais venir…
  5. Oui Pilote, mais j'avais deux jours d'avance.

Brumby écoutait sans mot dire, le dialogue entre ces deux êtres séparés depuis des mois qui, tout naturellement, reprenaient leurs chamailleries légendaires. Il se sentit étranger au milieu d'eux, et sa rancœur s'accrut à l'égard du Capitaine.

Ce type serait toujours dans ses pattes. Comment faisait-il pour ne pas changer ? A 40 ans, il traînait encore cet air d'éternel adolescent, à part une légère ride sur le front, pas une once de graisse, pas un cheveu gris !… Pourtant il continuait de voler aux commandes de Tomcat, y compris au combat. Etre catapulté et apponter sur un porte-avions des heures durant, de nuit comme de jour, ne constituait pourtant pas un métier de tout repos ! Sans parler des accidents…

Brillant Avocat et terreur des prétoires, ses exploits de pilotes faisaient le tour de toutes les marines du globe. L'épisode du C130 transportant des réfugiés, qu'il avait posé en catastrophe sur un porte-avions, avait fait la une des chaînes de TV et des journaux du monde entier. Sa vareuse comptait déjà plus de décorations que bien des Officiers Supérieurs de sa génération. Il venait d'être promu. A ce rythme, il prendrait tôt au tard le fauteuil que Chegwidden venait de quitter. Il haït Harm de toutes ses forces.

Mais lui, avait Sarah, par quelle chance ? Mieux ne valait pas y penser. C'était près de lui qu'elle avait trouvé refuge et qu'elle s'endormait le soir. Pour combien de temps ? Il se posait la question parfois, sachant ce qu'elle avait laissé derrière elle. Mais son ego quelque peu démesuré, et un solide bon sens paysan, le rassuraient, convaincu qu'il était de sa capacité à lui tenir lieu de tout. Ses yeux se portèrent sur son épouse. Il s'aperçut qu'elle et Harm avaient cessé de parler et que, tournés vers lui, ils attendaient la réponse à une question qu'il n'avait pas entendue.

  1. Pardon ma Chérie, tu disais ?
  2. Çà ne va pas Mic, tu as des soucis ?
  3. Non, ma Chérie, rien de grave, je pensais à cette affaire dont je t'ai parlé hier et qui nous donne du tracas.. Excusez-moi tous les deux ! …
  4. Ce n'est rien Brumby… nous sommes tous passés par-là, répondit Harm avec une moue significative.
  5. Si nous passions à table, dit Sarah. Je pense qu'Harm voudra se coucher tôt. Demain nous avons rendez-vous à l'hôpital avec nos clients ensuite nous devons aller sur le lieu du crash, et à la base.
  6. Très bien, passons à table et gouttons à ce que tu as mijoté.

Mac avait scrupuleusement suivi les conseils de Trich, les lasagnes étaient parfaites. Harm nota que sa mère n'avait fait aucune allusion à sa conversation avec Sarah. Etait-ce une exception ou bien les deux femmes communiquaient-elles régulièrement sans lui dire ? Quant à Mic, il se montra toujours égal à lui-même ! Qu'avait-elle bien pu lui trouver pour l'épouser et tout abandonner, surtout sa carrière ? Certes elle était rattachée au JAG comme déléguée du programme de coopération, mais elle stagnerait au grade de Lieutenant Colonel ! Alors qu'elle pouvait aspirer à tellement mieux .

Une fois dans sa chambre, il s'écroula sur son lit, sans prendre la peine d'ouvrir les draps.

Maison des Brumby - Banlieue de Sydney - 13.01.2005

Les deux amis avaient très vite retrouvé leur complicité, leur efficacité. Ils avaient mener l'affaire avec leur compétence habituelle, aidés à distance par l'Amiral, et par Bud toujours prêt à les épauler. Ils avaient apporté la preuve que le Capitaine Karlsen et son RIO étaient incontestablement hors de cause dans l'accident de leur Tomcat. Les paramètres de vol récupérés sur les lieux du crash, et l'enquête diligentée, révélaient des problèmes dans le réacteur droit et l'alimentation en carburent. Restait à régler le dédommagement du fermier sur les bâtiments duquel s'était écrasé l'avion ce qui ne relevait pas de la compétence du JAG.

Harm en accord avec l'Amiral, restait à Sydney pour le week-end. En rentrant ce soir là, Mac et lui n'avaient pas échangé un mot. Le compte à rebours de la séparation avait commencé. Trois jours !… Et ce serait de nouveau la séparation. Ils appréhendaient ce moment, sachant que le dossier qu'ils venaient d'instruire était d'une rare exception. Beaucoup de temps passerait avant qu'ils ne se revoient.

Mic était chez lui lorsqu'ils arrivèrent. Harm n'était pas d'humeur à écouter ses histoires de pub qui n'amusaient que lui. Le repas terminé, il se retira dans sa chambre, sous prétextes de notes à vérifier, laissant le couple en tête à tête. Il voulait prendre des nouvelles de Mattie et lui annoncer son retour. Heureusement, tout allait pour le mieux à Washington, restait à se mettre à la recherche des cadeaux à rapporter.

Appartement de Jennifer et Mattie - Washington

  1. Mattie, je crois que tu te fais du souci pour rien, Harm à l'air en pleine forme et visiblement content de rentrer !
  2. Oui !  Et c'est plutôt ce qui m'inquiète ! Il est doué pour jouer la comédie. Je sais qu'il aime Mac, j'ai réussi à lui faire avouer un soir !.. Et ne me dis surtout pas qu'il a changé d'avis… Pourquoi n'a-t-il personne dans sa vie ? Il est beau, intelligent. En plus l'uniforme… Toutes les femmes se retournent sur lui, les jeunes comme les vieilles, il ne les voit même pas !
  3. Tu as sans doute raison. Mais avec Renée çà s'est mal terminé, il veut peut-être prendre du recul, ton accident lui a donné d'autres soucis !…
  4. Je sais ! Mais je voudrais qu'il soit heureux et je pense que çà n'arrivera pas, à cause de Mac…

 

Jennifer n'ajouta rien mais demeura perplexe. Ainsi la légendaire histoire d'Harmon et Mac dont les anciens du JAG se faisaient l'écho, était bien réelle. A les côtoyer tous les deux durant quelques mois, elle les avaient très souvent vus ensemble, mais n'avait rien remarqué à part une indéfectible amitié. Elle songea à la réception de l'Amiral, leur joie mutuelle de se retrouver crevait les yeux, de plus il formait un couple magnifique. Avec le recul, leur comportement prenait un autre aspect. Elle resta muette sur le sujet pour ne pas aggraver les soupçons de son amie.
 
Maison des Brumby - Australie - 13.01.2005

Il était déjà tard, mais le sommeil fuyait Harm, une fois de plus. Comme la veille il prit sa guitare et redescendit sur la terrasse. Mic et Sarah avaient dû se retirer dans leur chambre. Sans faire de bruit il s'éloigna vers la plage, assez loin pour ne pas gêner ses hôtes. S'asseyant sur un rocher il commença à jouer en fredonnant une de ces balades qu'il affectionnait tout particulièrement quand il avait le cafard. Le vent avait tourné et le ciel avait perdu de sa limpidité, des nuages encore légers s'amoncelaient au loin. Il n'entendit pas Sarah arriver derrière lui.

  1. Harm ?
  2. Mac !.. Pardonnez-moi je vous ai réveillée ?
  3. Non pas du tout Harm, je ne dormais pas.
  4. Vous, çà ne va pas ! Qu'est-ce qu'il y a ? Dites ! Il lâcha la guitare et passa son bras autour des épaules de la jeune femme. Il la sentit frissonner, et se méprenant sur la raison, lui mit le pull qu'il avait pris en sortant.
  5. Merci, il fait frais ce soir ! J'ai pensé en vous entendant, que vous aviez un petit coup de blues.
  6. N'essayez pas de changer de sujet Mac, je vous connais assez pour savoir quand vous avez des ennuis. Quelque chose  vous tourmente je le vois.
  7. …. C'est Mic !
  8. Qu'est-ce qu'il a encore fait ?
  9. Il vient de partir !
  10. Comment ?… A cette heure !… Il est minuit !
  11. Oui, il est parti… pour cette affaire dont il a parlé à plusieurs reprises.
  12. Et bien alors, où est le problème ?… Quand rentre-t-il ?… Elle hésita un instant avant de lâcher d'un seul trait :
  13. Quand je pourrais lui jurer que je ne vous reverrais jamais plus !… Un sanglot brisa sa voix, Harm l'amena doucement contre lui et la serra dans ses bras.
  14. Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? S'il ne voulait pas me voir, pourquoi m'inviter chez vous ? Sarah ! Calmez-vous et racontez-moi exactement ce qui s'est passé. Il est hors de question que je reparte à Washington en vous laissant dans cet état !..
  15. Il ne supporte pas ce qu'il y a entre nous, c'est toujours la même chose !
  16. Oui en effet, mais que puis-je faire Mac ? Je me sens coupable vis à vis de vous !
  17. Harm ! Ce qu'il exige de moi est inacceptable, vous le savez bien ! Il y a tant entre nous, ce n'est pas nouveau ! Il le sait depuis toujours… Et puis, je vous ai promis, rappelez-vous !
  18. Mac ! Rappelez-vous aussi que Mic vous a déjà fait le coup le jour où je suis sorti de l'hôpital après le crash. Et il est revenu, puisque vous êtes mariés !... C'était le comble du grotesque, il essayait de trouver des excuses à ce type ! Mais le bonheur de Sarah primait avant tout.
  19. Mac ! Vous aimez Mic ?…
  20. Harm ! nous en avons déjà parlé cent fois…
  21. Oui, mais je n'ai pas eu de réponse à ma question !
  22. Vous n'avez pas le droit de me demander çà…. Je vous en prie Harm !
  23. Si j'en ai le droit, et vous le savez… Je peux accepter de perdre la femme que j'aime, c'est en partie ma faute, mais à condition qu'elle soit heureuse… Jamais vous ne m'avez dit : "Oui Harm, je me marie parce que j'aime Mic"… Jamais… Pardonnez ma brutalité, mais c'est plus fort que moi.

Blottie contre son ami, elle se calma peu à peu, mais ne savait que répondre. C'était vrai. Elle n'avait jamais pu lui donner une telle affirmation. Et ce soir encore moins. Son altercation avec Mic, avait été courte, mais aussi violente qu'inattendue. Depuis leur mariage, leur entente avait été sereine. Il leur était arrivé d'avoir des désaccords, mais pas sous cet aspect coléreux, agressif… Son mari lui avait apporté durant deux ans, tout ce qu'une femme est en droit d'attendre.

Malgré son amour pour Harm, elle l'avait épousé, après qu'il l'eut demandée en mariage pour la seconde fois. Elle avait espéré trouver l'oubli de ce rêve impossible, et fonder une famille. Harm avait Renée et Mattie dans sa vie, il n'y avait plus de place pour elle !.. Leur longue conversation sous la véranda de l'Amiral lui revint en mémoire…

Ce soir là, Harm lui avait reproché sa précipitation à se jeter dans ce mariage, il avait argumenté pied à pied sur l'obligation de s'éloigner de ses amis, de Chloé, pour aller vivre dans un pays qui n'était pas le sine. Seuls un long moment, ils avaient évoqué leurs souvenirs, oubliant la raison de la fête qui se déroulait, les invités. Quand ils avaient dû rejoindre la réception, il lui avait avoué qu'il l'aimerait toujours. Ils avaient échangé un long baiser… Ils s'étaient séparés bouleversés !

Avait-elle pris toute la mesure de cet aveu ? Elle n'en était plus sûre à présent, il avait réitéré ses propos quelques jours auparavant. Serrée au creux de ses bras elle se réchauffait doucement. Elle était glacée quand elle l'avait rejoint après cette scène dont les conséquences seraient lourdes quelle qu'en soit l'issue. Une fois encore, c'était lui qui la protégeait !…

Harm chercha son regard afin d'y lire la réponse aux angoisses qui l'étreignaient. Jamais il n'oublierait ses yeux éperdus… Même s'il ne devait plus la revoir. Il se rappela tout à coup la phrase de Webb "les yeux sont le miroir de l'âme, c'est par eux que transparaissent toutes les émotions que l'on ressent". Dans ceux de Mac il découvrait l'amour, mais aussi, la crainte, la détresse et les regrets !… Jamais, il ne lui avait vu cet air de bête traquée.

La fraîcheur montait de l'océan. Il la sentit de nouveau frissonner. Ils remontèrent vers la maison, et rentrèrent dans le salon où ils s'installèrent dans le grand canapé. Quand Sarah fut calmée, Harm lui fit du thé qu'elle avala d'un trait avant de s'endormir dans ses bras. Ils demeurèrent ainsi jusqu'au matin.

Maison des Brumby - Australie - 14.01.2005

Harm avait peu dormi. Il savait à quoi s'en tenir sur le couple de Mac. Il quitterait l'Australie le lendemain. Il reviendrait si nécessaire. Il s'ouvrirait du problème à l'Amiral, sans entrer dans les détails bien sûr, Chegwidden appréciait beaucoup Mac. Si d'aventure les choses tournaient mal, et qu'elle rentre aux U.S.A. l'Amiral lui viendrait en aide. Restait à annoncer son départ à Sarah. Quant elle s'éveilla, il devina qu'elle aussi avait réfléchi à son avenir.

  1. Bien dormi Pilote !
  2. Et vous ? répondit-il en lui caressant la joue.

La comédie bien rodée recommençait. Il lui annonça sa décision d'écourter son séjour, afin de ne pas aggraver ses relations avec son mari. Elle acquiesça sans rien dire..

Durant ce dernier jour, ils rendirent visite au Capitaine Karlsen. Liza se trouvait à ses côtés, heureuse à l'idée de repartir avec son père. Du bureau de Mac, ils expédièrent les pièces nécessaires à la clôture de l'affaire. Harm emporterait lui-même les documents officiels. Ces formalités accomplies, ils firent une promenade en bateau, achetèrent des cadeaux, en visitant Sydney. L'idée d'un tête à tête les effrayait, ils craignaient leurs propres réactions s'ils se retrouvaient seuls.

Ils dînèrent dans une auberge en bord de mer. Sur le chemin du retour, Sarah ne put retenir ses larmes. Arrivés à la maison, leurs pas les menèrent instinctivement vers la plage. Main dans la main, ils profitèrent une fois encore du somptueux paysage offert à leurs yeux. Ils ne résistèrent pas à la tentation de s'embrasser encore et encore !… Ils restèrent enlacés un moment, seuls dans ce décor de rêve. Puis ils reprirent le chemin de la maison. A peine rentrés, ils regagnèrent l'étage. Devant la porte d'Harm, Sarah s'accrocha à son cou :

  1. Harm, je ne veux pas rester seule cette nuit. Si nous ne devons plus nous revoir, je ne veux pas que l'on se quitte sans que….
  2. Sans quoi ?… Sarah, sans quoi ? .. Dis-moi ?  pour la première fois il la tutoyait
  3. Sans que nous… elle leva vers lui un regard où il lut la réponse…
  4. Te rends-tu compte ?… Tu le veux vraiment ?… Chérie..

Il la prit dans ses bras, et la soulevant de terre, entra dans la chambre en refermant la porte sur eux. Seuls au monde pour quelques heures, la nuit leur appartenait pour aborder enfin aux rivages qu'ils s'étaient si longtemps refusé d'approcher.

Maison des Brumby - Australie - 15. 01. 2005

Harm préparait le petit déjeuner. Sarah dormait encore. Une solide collation leur ferait le plus grand bien. Il avait passé une nuit blanche, elle s'était endormie au petit jour, épuisée. Malgré le désir qui le tenaillait, il n'avait pas eu le cœur à l'éveiller.

Ils avaient fait l'amour comme des naufragés craignant voir arriver leur dernière heure. Puis il avaient découverts, émerveillés, qu'ils n'étaient pas simplement attirés l'un par l'autre. Ils étaient faits l'un pour l'autre, l'union parfaite de leurs deux corps, dans les gestes venus du fond des âges, en avait été la preuve. Ils avaient oublié tout ce qui n'était pas eux, buvant ensemble ces moments merveilleux qui resteraient à jamais gravés dans leur cœur et dans leur corps.

Harm approchait de l'escalier, quand Mac apparut au bas des marches. Elle lui sourit et se cala contre sa poitrine après avoir repoussé le plateau qu'il avait failli laisser choir…

  1. Bonjour Pilote ! dit-elle nichée dans le creux de son cou
  2. Bonjour Marine ! Est-ce une erreur ou bien m'avez vous donné un autre nom cette nuit ? 

Pour toute réponse Mac tendit ses lèvres vers Harm qui les prit tendrement. Il la garda serrée contre lui, il savait qu'en la laissant s'écarter, il amorcerait cette séparation tant redoutée, mais inéluctable. La réalité reprenait le dessus. Dans quelques heures il partirait. Ils prirent leur petit déjeuner sur la terrasse, la présence de Coleen les obligeait à garder leurs distances.

Harm souhaitait qu'ils se disent adieu chez Brumby. Il voulait éviter à Sarah, une séparation à l'aéroport. Ils étaient assis dans le jardin, attendant l'heure du départ. Harm insista pour appeler un taxi. Mac refusa catégoriquement :

  1. Il n'y a aucune raison pour que je ne t'accompagne pas ! Non, Harm ! Je t'ai vu t'envoler dans des circonstances bien plus dangereuses. Souviens-toi, et je suis restée debout, sur le pont… Je ferai comme d'habitude, je serrerai les dents…
  2. Pardon ! Tu avais peur quand je partais en opération ?… Il l'attira contre lui.
  3. Oh oui ! J'éprouvais de la terreur mêlée de griserie… J'ai fini par aimer cette ambiance à la longue, dit-elle en souriant. Tu étais tellement heureux sur ces porte-avions, dès que l'hélico appontait tu n'étais plus le même. Je crois que… c'était une sorte de contagion… Et puis j'étais tellement fière de toi…
  4. Alors pourquoi avoir peur ?
  5. Seigneur ! Tu es inconscient !… A chaque fois que tu es  monté à bord d'un F14, tu as failli rentrer en vrac, voire pas du tout !… Heureusement, personne n'a jamais découvert mes angoisses…
  6. C'est vrai… J'ai eu des retours parfois mouvementés, mais, dans ces moments-là, sur la passerelle, ils étaient très occupés !… Moi-même, je n'y ai rien vu, je t'assure… Du moins, quand j'étais en état de le faire… Il riait, il est à gifler pensa-t-elle
  7. Te souviens-tu à bord du Seahawk, avec le Commandant Johnson ?… Non seulement, tu es rentré avec un seul réacteur et sans carburent,… mais c'est moi qui avait décidé de poursuivre l'engagement… J'ai cru devenir folle…
  8. Mais tout c'est bien terminé, sans une égratignure… Et j'ai aidé le pilote dont le Tomcat avait une avarie...
  9. Et si tu n'étais pas rentré ? Tu imagines ce que j'aurais ressenti ?…
  10. Sarah !… il la serra plus fort et son rire la gagna. Quelques minutes après Harm reprit : Aujourd'hui c'est différent, ma Chérie, je vais emprunter un avion de ligne, ce qui est moins dangereux, et nous ne repartons pas ensemble !…. Qui sait quand nous nous reverrons ?
  11. Harm !… Je ne céderai  pas. Nous nous sommes promis de toujours être là, l'un pour l'autre. Et même si je t'ai fait cette promesse sous la véranda de l'Amiral, elle était aussi solennelle que… elle s'arrêta net, incapable de poursuivre.
  12. Que veux-tu dire ?… Sarah ? … Que celle faite à Brumby le jour de votre mariage ?…
  13. Harm ! Pour moi c'est aussi important…. Il n'a pas le droit de changé la donne maintenant... C'est trahir ma confiance… Tu ne peux pas comprendre….
  14. Si je comprends. Pourquoi suis-je célibataire ? Et pourquoi çà n'a pas marché avec Renée,  Jordan, ou même Annie… Je le sais maintenant. Elles avaient compris bien avant moi, que tu étais omniprésente dans ma vie, tout comme ma mère qui me parle de toi régulièrement. Tout cela est ma faute, si j'avais été moins préoccupé de moi-même, plus lucide, nous n'en serions pas là !…
  15. Je ne t'ai pas facilité la tâche, soyons justes. Ma vie a été un séisme permanent. Il y a eu Dalton, Mic, puis Clayton…
  16. C'est vrai, et tu t'es éloignée de moi à cette époque !… Tu étais devenue distante, presque agressive, je me rappelle le Paraguay !… Et la mort de cette ordure de Sadik !.
  17. Harm ! Quand j'y pense… Tu as risqué ta vie et ta carrière pour moi, je serais certainement morte sans ton arrivée ! Et j'ai été odieuse !…C'est toi qui as supporté le contrecoup de cette ignoble affaire… Il m'arrive d'en rêver parfois ! Tu m'en as voulu, n'est-ce pas ?
  18. Hum ! Un peu… Mais tu traversais une terrible épreuve !.. Tu étais malheureuse...
  19. Mic est venu, tu sortais avec Renée. J'ai cru être amoureuse pour de bon. Et finalement … elle laissa sa phrase en suspens, pour ajouter …Tu vois, tu n'es pas le seul responsable, j'y ai largement ma part.

La tenant toujours contre lui, Harm avait pris sa main, dans la sienne. Il l'amena à hauteur de ses lèvres et l'embrassa longuement.

  1. Il va être l'heure Sarah ! je dois partir…
  2. Alors Allons-y
  3. Tu es sûre ?
  4. Oui Harm ! Aussi sûre que possible et certaine que nous nous reverrons bientôt.

A mesure qu'ils roulaient Mac sentait monter en elle une incontrôlable envie de pleurer. Elle avait posé sa tête sur l'épaule d'Harm qui conduisait la voiture. A l'entrée de l'aéroport, elle ne put retenir ses larmes. Ils restèrent ensemble, se tenant par la main, jusqu'au contrôle… Ils échangèrent un dernier baiser. Alors qu'il allait franchir la porte d'embarquement, il revit l'espace d'une seconde, Sarah rayonnante aux côtés de Brumby, des années au paravent, et se souvint de l'Amiral lui conseillant de ne pas se retourner.

Il revint sur ses pas, enlaça de nouveau Sarah, puis repartit en la regardant une dernière fois. Il s'efforça de plaquer sur son visage ce sourire ravageur auquel une fois de plus elle ne résista pas. A son tour, Sarah leva la main en un geste d'adieu et réussit à lui sourire.

Une fois dans l'avion qui le ramenait vers les Etats Unis, il s'effondra de fatigue et de chagrin. Il emportait l'image de la femme qu'il aimait, merveilleusement belle dans cette robe de lin blanc et noir agrémentée d'une écharpe de soie rouge, qu'il lui avait offerte. Contrairement à Sarah, il n'était pas certain de la revoir un jour.

 

Fin de la Première partie