BUREAU DE MAC JAG
FALLS CHURCH VIRGINIE
Je suis
plongée dans un dossier soporifique au possible quand j'entends frapper à ma
porte : c'est Tiner.
-Entrez !
-Ma'am l'amiral veut vous voir dans 10 minutes dans
son bureau.
-D'accord, merci Tiner.
J'espère que ce rendez-vous avec l'amiral va me permettre d'échapper à
cette affaire qui ne me passionne pas du tout. Il faut dire que l'activité au
JAG en ce moment n'est pas très virulente, à croire qu'il ne se passe rien dans
le milieu militaire ! Il va bientôt y avoir 2 mois que je ne suis pas partie en
mission sur le terrain et ça me manque beaucoup ; j'aime enquêter et pas
toujours être bloquée derrière ce bureau à farfouiller dans la paperasse !
Mon
horloge interne reprend le dessus sur toutes mes considérations et me rappelle
le rendez-vous avec l'amiral, il ne faut pas que je le fasse attendre.
BUREAU DE L'AMIRAL JAG
FALLS CHURCH VIRGINIE
- Colonel au rapport ! Vous m'avez fait demander
monsieur ?
-Bonjour, colonel, asseyez vous.
Le ton
de l'amiral est froid et sec, il n'a pas l'air de bon poil. Je ne sais pas
pourquoi il a l'air si remonté... j'espère que ce n'est pas à cause de moi. Au
moment de m'asseoir je m'aperçois que le siège d'à côté n'est pas vide: il y a
mon partenaire et ami le capitaine de frégate Harmon Rabb Junior.
-J'ai une affaire de la plus haute importance à
vous confier à tous les deux. Cela fait
maintenant quelques mois que le général Perry de la base de Quantico soupçonne
certains de ses hommes de se livrer à un trafic d'armes et peut être même
d'explosifs. Le problème c'est qu'apparemment la revente s'effectue en Amérique
du Sud et non aux Etats-unis. Si le gouvernement du pays l'apprend nous
risquons un incident diplomatique. Je vous envoie donc en Palombie, pays où les
militaires effectuent la revente, pour que vous tiriez cette affaire au clair
avec le plus de tact et discrétion possible. Vous m'avez compris Capitaine?
Colonel je compte sur vos compétences linguistiques plus que sur celles du
Capitaine....
L'amiral s'est détendu sinon il n'aurait pas lancé cette pique à Harm,
mais je pense que ce dernier préfère ne pas répondre de peur que l'amiral ne
change encore d'humeur.
-Voilà le dossier ; Tiner a réservé vos billets,
vous décollez dans trois heures.
AVION A DESTINATION DE LA PALOMBIE
Cela
fait bien 10 minutes que nous avons décollé pour la Palombie. Je commence
doucement à m'assoupir, pas que je sois en manque cruel de sommeil, mais mon
corps a pris l'habitude, lorsque ce n'est pas moi aux commandes de l'avion, de
piquer un petit somme régénérateur.
Au moment
où je sens que mon corps commence à s'engourdir et que mes paupières deviennent
trop lourdes pour que j'essaie de lutter, Mac m'assène un grand coup de coude
dans les côtes.
-Harm!
Je grommelle vaguement un oui.
-Oh pardon, je vous ai réveillé ?
-Non non je ne dormais pas... enfin pas encore!
-Désolé Harm. Mais je voulais vous dire ce que
j'étais en train de lire dans ce guide sur la Palombie.
-Moui,je vous écoute....
-Et bien il y a une légende sur un animal qui
vivrait dans la forêt Palombienne près du Rio Soupopoaro.
-Le Rio Soupopoaro ???
-Oui c'est ça et l'animal serait jaune à tâches
noires avec une queue de plusieurs mètres de long qui lui sert presque comme un
troisième bras et ...
-Mac ?
-Quoi ?
-C'est vous qui avez besoin de repos !
-Pardon ?
-Moi j'ai passé l'âge de croire aux animaux
mythiques et aux princesses !
-Et bien moi je crois encore qu'il existe quelque
part mon prince charmant.
A ce
moment-là elle me fixe avec un regard intense mais indéchiffrable.... je n'ai
jamais bien compris les femmes mais celle qui restera un mystère pour moi c'est
Mac! Alors comme d'habitude quand j'y ai droit, je lui réponds par un grand
sourire et un regard interrogateur.... bien qu'il ne doit pas vraiment être si
interrogateur que ça car comme les autres fois elle ne précise rien de plus.
Je
m'installe un peu mieux dans mon fauteuil et j'essaie de déplier mes jambes qui
me font souffrir. Décidément les avions ne sont vraiment pas faits pour les
personnes de plus de 1 mètre 80 ! Je sens que le voyage va être long mais ce
que je sens surtout c'est que Mac va me faire la lecture de son bouquin sur la
Palombie qu'elle a dénichée à l'aéroport.
-En fait l'animal s'appelle le marsupilami. Il vit
dans la forêt Palombienne comme je vous l'ai dit, il se construit un nid ....
Je
ne peux retenir un bâillement
-Je vous ennuie tant que ça Harm ?
-Mac ce n'est pas que vous m'ennuyez mais vous
savez, je ne suis pas très féru de mythe. Et les animaux et moi, disons que
nous n'entretenons pas les meilleurs rapports du monde.... À part Jingo bien
sûr! J'adore votre chien et il me le rend bien.
-Ok j'ai compris, j'arrête de vous embêter avec mes
histoires. Dormez bien.
HOTEL "LAS VACACIONES"
CHIQUITO PALOMBIE
-Mac je peux entrer ?
-Oui allez-y c'est ouvert!
-On sort visiter la ville maintenant ou l’on dîne à
l'hôtel auparavant?
Mac me
fixa étonnée.
-Vu le nom de l'hôtel... je ne suis quand même pas
si nul en espagnol ! Tiner aurait pu en trouver un avec un nom moins suggestif
!
-Sachant que nous sommes là pour une enquête en
premier lieu, j'opterai plutôt pour un récapitulatif de l'affaire et ensuite je
veux bien que vous me payiez le restaurant !
-Que je vous paie le restaurant, et en quel honneur
?
-Faut-il obligatoirement une raison ?
-Bon ok. Je paierai le dîner si vous trouvez
pourquoi un officier supérieur risque de se faire virer de l'armée pour venir
revendre des armes en Palombie.
-Marché conclu ! Préparez votre porte feuille
Flyboy !
Une
demi heure que je cherche le moindre indice dans le dossier et que je ne trouve
rien... Mac n'a pas l'air beaucoup plus avancée que moi puisqu'elle ne m'a pas
dit qu'elle avait découvert quelque chose. Je ne comprends toujours pas
pourquoi ces hommes font de la revente en Amérique du Sud, et nous ne savons
toujours pas à qui ils revendent ! Bref tout reste encore à faire dans cette
affaire ! Et l'amiral compte sur nous pour régler ça rapidement et sans coup
d'éclat. J'espère- moi aussi que cette enquête ne s'éternisera pas car le
climat de ce pays ne me convient guère: il fait une chaleur étouffante fort
désagréable. Et puis sans Mac je suis complètement perdu : je n'ai jamais été
doué pour les langues étrangères en général et pour l'espagnol en particulier!
-Bon Mac on arrête pour ce soir ? Je n'ai rien de
probant et vous ?
-Et bien rien de sérieux pour l'instant mais
j'attends que Bud me rappelle pour quelques infos.
-C’est-à-dire?
-Je lui ai demandé de faire des recherches sur le
major Johnson et
A
ce moment-là Mac est coupée par la sonnerie du téléphone. Apparemment ça doit
être Bud qui lui donne les renseignements qu'elle voulait. C'est fou comme la
perspective d'un bon repas peut la motiver !!
Une fois
raccrochée, elle me regarde avec un grand sourire : elle a l’air fier d'elle...
je sens déjà que je peux préparer la monnaie !
-Alors ?
-Et bien je pense que vous pouvez déjà réfléchir
pour savoir dans quel restaurant vous m'amenez ! Bud vient de me confirmer ce
que je supposais. Si le Major a agi ainsi c'est qu'il avait une raison, une bonne
raison à ses yeux. Le père du Major était dans l'armée lui aussi, dans les
marines tout comme lui.
-"Était"?
-Oui, une enquête était conduite sur lui pour
conduite déshonorante. Il s'est suicidé pendant les investigations, mais il
clamait son innocence. Le Major n'a pas dû se remettre de sa mort et a dû
considérer que c'était la faute à l'armée s'il s'est suicidé. Un autre point
est également intéressant et c'est ce qui me pousse encore plus à croire que la
mort de son père est le mobile de ses agissements : son père était également
sous les ordres du Général Perry.
-Ok sherlock mais il y a encore une autre question
: pourquoi ici en Palombie et à qui ?
A
ce moment-là, un papier est glissé sous la porte de Mac.
-Nous allons peut-être avoir la réponse, un témoin
qui se propose de nous donner des infos, on va lui rendre une petite visite ?
-En civil ce sera peut-être plus discret et l’on en
profitera pour trouver un bon resto.
Au
moment de quitter la chambre de Mac je ne peux m'empêcher de me retourner pour
rajouter :
-Hey Mac je devrais plus souvent vous motiver avec
un repas : on dirait que votre cerveau et votre estomac vont de pairs!!
J'aurai
mieux fait de garder ma remarque pour moi car Mac me mitraille du regard et
ajoute ironiquement :
-Dans 10 minutes dans le hall et pour une fois
tâchez de ne pas être en retard !
-Ok un partout balle au centre ! Et si on faisait
une trêve ?
-Mais ce n'est pas moi qui ai lancé les hostilités
Flyboy !
-Alors à tout de suite dans le hall et je me
présenterai avec mon drapeau blanc !
QUELQUE PART AU CENTRE DE CHIQUITO
Ça y'est nous venons de rencontrer notre contact. Je n'ai pas tout
compris à ce qu'il nous a raconté mais Mac vient de me le répéter en détail. Il
a l'air assez louche, mais n'ayant pas d'autres contacts en Palombie nous
devons lui faire confiance. Il nous a proposé demain de nous emmener là où sont
faites les livraisons d'armes. Nous avons accepté même si nous avons quelques
appréhensions, espérons qu'elles ne soient pas fondées !
Finalement vu que notre entretien a duré longtemps il est assez tard et
demain nous partons aux aurores. Mac m'a dit de laisser tomber pour le
restaurant pour ce soir, elle se contentera d'un sandwich, mais j'ai bien vu
que c'était à contre-cœur. Bah je lui en paierai un moins exotique mais plus
cher à Washington !
POINT DE RDV CHIQUITO
Il est 6 heures du matin et nous retrouvons Pablo. Il nous indique que
nous allons prendre la jeep pour avancer un peu le trajet mais qu'après nous
devrons continuer à pieds car il n'y a pas encore de Transpalombienne dans le
cœur de la forêt qu'ils appellent communément l'enfer vert !
Je ne
suis guère enchantée à l'idée de devoir marcher en jupe et talons au milieu de
la jungle. Pablo aurait pu prévenir du lieu où nous allons, mais vu le sourire
qu'il a arboré quand il nous l'a dit, je le soupçonne d'avoir
intentionnellement omis de nous le dire. Je ne sais pas pourquoi il ne
m'inspire pas confiance et apparemment à Harm non plus.
Vers 7 heures alors que le jour commence à se lever nous abandonnons la
jeep pour nous enfoncer dans la jungle à pied. J'ai un peu de mal à me déplacer
avec mes talons les premiers mètres, mais je n'ai guère le choix de toute façon
: il faut que je m'y habitue.... je ne veux même pas m'imaginer marcher pieds
nu ici ! Même si j'avais envie d'une enquête sur le terrain, je commence à
regretter la fraîcheur et le confort de mon bureau au JAG. Il n'est même pas 8
heures que la chaleur commence à devenir oppressante.
Pablo finit par entamer la conversation en nous parlant de tous les
animaux, plus terrifiants les uns que les autres, que nous pouvons croiser dans
la forêt palombienne. Je crois qu'il fait ça pour nous intimider un peu plus et
nous mettre mal à l'aise. Il est vrai que ce ne doit pas être tous les jours
qu'il peut se payer la tête de deux militaires américain ! Harm a l'air plus
décontracté que moi et discute avec Pablo:
-Mais dites-- moi, dans votre énumération, vous ne
m'avez pas parlé du marsupilami ?!
-Le marsupilami? Grand dieu c'est une légende pour
les étrangers comme vous ! C'est un moyen comme un autre de faire venir des
vacanciers ! Ne me dites pas que deux avocats américains comme vous y ont cru
?!
Avant que je ne puisse répondre Mac me lance un regard meurtrier.... si
je ne veux pas déclencher une guerre, je crois qu'il vaut mieux que je
m'abstienne d'essayer de faire de l'humour.
-Bien sûr que non! Et alors combien de temps
pouvons-nous survivre dans cette forêt sans nous faire dévorer ?
-Tout seul? Pas une journée ! Vous devez rester
avec moi sinon vous êtes mort !!
Sa dernière phrase résonne dans ma tête... il l'a dit d'une telle
manière. J'ai de moins en moins confiance en lui et pourtant il a raison : il
est notre seule chance de sortir vivant d'ici ! Ça c'est bien Mac et moi : on
fonce avant de réfléchir !
Nous marchons le reste de la matinée sans parler, chacun perdu dans nos
pensées quand Pablo nous fait signe qu'on s'arrête.
-On va manger avant de continuer. Il faut reprendre
des forces, le trajet est encore long jusqu'au village cahutas.
Ça y'est Pablo a enfin lâché une info : nous allons au village cahutas.
Depuis le début de la matinée, il n'avait pas été plus précis que "le cœur
de la forêt palombienne" ou "l'enfer vert" et je finissais par
me dire qu'il n'avait aucune information pour nous... juste la volonté de nous
perdre dans la forêt !
Pendant que nous mangeons des boîtes de conserves dignes des rations
militaires, je me hasarde à lui en demander un peu plus sur le lieu où nous
allons :
-Où se situe le village cahutas ?
-Plus loin dans la forêt Colonel. Ils aiment leur
tranquillité, ce sont des Indiens qui sont là depuis le début. Les légendes
palombiennes disent que ce sont les dieux qui pour les chasser les ont envoyés
dans la forêt mais ils ont réussi après plusieurs générations à vivre en
harmonie ou presque avec cette forêt.
-Et que vont-ils nous apprendre?
-Je ne peux rien vous dire : je ne suis pas au
courant sinon je n'aurai pas besoin de vous y amener pour que vous en appreniez
plus sur votre histoire de trafic d'armes. La seule chose que je sais c'est que
le chef des cahutas a des infos pour vous, je crois qu'il a vu des avions
larguer des caisses d'armes mais je ne sais rien de plus.
Je fais une traduction approximative à Harm qui n'a pas tout compris
mais j'évite de faire des commentaires et Harm aussi d'ailleurs. Après tout
nous ne savons pas si Pablo comprend l'américain. Mais sans nous parler on
arrive à se comprendre et l’on commence de plus en plus à douter de Pablo et
ses cahutas....
-Bon il est temps de repartir, en route gringos !
Décidément je n'aime pas la manière qu'il a de nous prendre de haut....
et puis un témoin qui se manifeste sans aucune raison à nous dans un pays où
règne la corruption ne me laisse rien présager de bon.
Une heure plus tard alors que nous nous sommes encore plus enfoncé dans
le coeur de la forêt palombienne Pablo se retourne vers nous et nous menace
d'une arme. Il commence à nous parler dans un américain approximatif :
-Je vais parler américain puisque le gringo ne
comprend pas un traitre mot de palombien! Il ne fallait pas vouloir vous mêler
de cette histoire de trafic d'armes. Vous allez maintenant le payer de votre
vie, Zantas n'aime pas être dérangé dans ses affaires.
Instinctivement je me place légèrement devant Mac.... s'il doit tirer,
je préfère que ce soit sur moi et que Mac ait une chance de s'en sortir.
-Pas besoin de jouer les preux chevaliers
Capitaine.... je ne vais pas vous tuer de sang froid. Non je préfère les morts
lentes ! Que diriez-vous de rester tous les deux un peu plus longtemps dans
cette forêt pour la visiter ? Sans nourriture, boussole ou armes pour vous
défendre contre les prédateurs, je ne donne pas cher de votre peau ! Adieu les
Américains et content de vous avoir connu ! Ah ah ah ah ah
Pablo a déjà disparu de notre champ de vision qu'on l'entend encore
rire. Un rire cynique et glacial. Nous restons cinq minutes hébétés avant que
je me décide à couper le silence:
-Ça nous apprendra à toujours foncer tête baissée !
-Et c'est vous qui dites ça Harm ?
-Depuis le début, on le trouvait louche, mais on
l'a quand même suivi...
-Il était notre seule piste et nous avons toujours
fonctionné comme ça : on agit et on réfléchi ensuite. La vérité, la recherche
de la vérité a toujours été notre moteur.
-Oui mais à l'avenir il faudra y réfléchir à deux
fois.
-Si vous le dites, mais honnêtement je ne vous en
crois pas capable !
-De toute façon pour que j'ai la possibilité de
changer il faudrait qu'on sorte vivant de cette forêt.
-Pessimiste?
-Non réaliste Mac ! Vous avez le don de toujours
savoir l'heure à la seconde près...
-Il y a 7 minutes et 52 secondes que Pablo est
parti.
-Vous avez peut-être aussi celui de savoir où nous
sommes.
-Désolé, je ne suis pas une boussole !
-C'est bien ce que je pensais, je ne vois donc pas
comment nous allons pouvoir regagner Chiquito ou un village indien...
-Peut-être mais en tout cas je ne compte pas rester
là à attendre la fin. Allez Harm du nerf et de la motivation ! Et puis dans son
empressement Pablo a oublié de récupérer notre sac à dos.
-Pour ce qu'il y a dedans....un briquet, nos
casquettes, papiers d'identités et deux téléphones portable qui ne marchent pas
au milieu de nul part !! Quand l'amiral va s'apercevoir qu'il n'a pas de
nouvelle de nous... il ne saura même pas où nous chercher !
-Allez les lamentations c'est fini ! On s'est déjà
sorti de situation sinon pire, au moins aussi dangereuse... et je ne compte pas
mourir ici ! Je vous rappelle Capitaine que vous me devez un dîner au
restaurant !
-Ah là là le cri du coeur! euh pardon du ventre !
COEUR DE
LA FORET PALOMBIENNE
Nous
marchons dans la jungle palombienne ne sachant ni l'un ni l'autre dans quelle
direction aller. D'un commun accord, nous avons choisi de suivre le cours d'eau
qui doit être le fameux Rio Soupopoaro de mon bouquin. Mes jambes fatiguent et
mon attention pour passer entre la végétation luxuriante est en baisse, je
trébuche sur une énorme racine que je n'avais pas vu et je me cogne violemment
la tête au tronc d'un arbre dont je ne vois même pas le sommet vu sa hauteur.
-Aïe !
-Mac ca va ?
Harm a
l'air inquiet, je ne veux pas qu'il se fasse du souci.
-Oui oui Harm pas de problème. Ce n'est pas encore
aujourd'hui que vous serez débarrassé de moi ! J'ouvrirai grand mes yeux la
prochaine fois !
Mais au
moment où je me retourne pour lui faire face
-Mac ! Vous saignez... montrez- moi ça vous avez dû
vous ouvrir.
-Et oh je suis un marine, j'en ai vu des pires!
-Oui mais quand même ;venez par là que je vous
passe un peu d'eau dessus.
Harm
m'attrape par la main et me fait asseoir sur une grosse pierre pendant qu'il
sort un mouchoir de sa poche pour aller le tremper dans l'eau. J'ai à peine le
temps de lui dire de faire attention qu'il retire précipitamment ce qu'il reste
de son mouchoir de l'eau.
-Harm si vous m'aviez écouté plutôt que de piquer
un somme dans l'avion, vous sauriez que le Rio Soupopoaro est rempli de
piranhas ; qui d'ailleurs sont un des péchers mignon du marsupilami.
-Et bien je suis d'accord la prochaine fois, je
vous laisserai me faire la lecture
.mais je ne vois toujours pas l'ombre d'une queue de votre marsupilami!
Et tout
en se moquant de moi il m'essuie la plaie avec le bout de mouchoir qu'il lui
reste.
J'essaie de lui nettoyer sans trop appuyer, mais je vois bien qu'elle
souffre vu sa grimace ; la connaissant je sais aussi qu'elle ne me l'avouera
pas. Je ne comprendrai jamais son désir de se montrer forte, un marine dur à
cuir alors qu'elle est avant tout une femme qui a droit à ses moments de
faiblesse. Remarque je suis mal placé pour penser cela car je suis bien pareil
!
-Bon je crois que ça y'est Mac, j'ai nettoyé le
plus gros, mais vous aurez une belle bosse et une belle croûte pour quelques
jours. Vous voulez qu'on se repose avant de partir ?
Avant que j'ai pu répondre, un effroyable rugissement se fait entendre
dans la jungle. Il a l'air tellement proche... je ne veux pas me retrouver nez
à nez avec l'animal qui a poussé un tel cri ; j'en ai froid dans le dos.
-Euh je crois qu'il vaudrait mieux que nous
partions.
-En route alors !
Et il
me tend son bras.
FORET
PALOMBIENNE
Nous marchons depuis une demi-heure bras dessus bras dessous quand Harm
me demande de s'arrêter pour une envie pressante. Il me fait rire quand il
prend son petit air gêné pour me demander cette pause; après autant d'année à
travailler ensemble et une amitié aussi longue, par moment il agit comme un
gamin gêné avec moi !
-Harm je vais me retourner, mais je crois que la
meilleure solution serait de ne pas nous séparer... On ne sait pas ce qu'il
peut arriver.
Après
une immense surprise qui a dû se lire sur mon visage, vu son regard amusé, je
finis par balbutier :
-Euh oui, vous avez sans doute raison. Mais ne
bougez pas je vais me retourner.
Je
finis à peine de remonter ma braguette quand je sens Mac me saisir par le bras
et le presser de plus en plus fort. Lorsque je me retourne, je la vois blanche
comme un linge et incapable d'articuler deux mots. Et quand je découvre enfin
la raison à tout ceci, je crois que je vire au blanc comme elle. À une quinzaine de mètres de nous se trouve un
jaguar qui commence déjà à se lécher les babines en rêvant de son futur repas.
-Oh mon Dieu ! .........Mac n'ayez pas peur ... on
va trouver une solution.
-Ah... et j'aimerais bien savoir laquelle ?
-Tout d'abord passez derrière moi... peut être que
je ne suis pas très digeste et qu'il voudra s'arrêter après moi !
-Ou peut être qu'il va s'étrangler avec vos ailes
!! Harm arrêtez vous n'êtes pas drôle ! Je ne veux pas rester là à vous
regarder vous faire... oh mon Dieu ! Je crois que cette fois ci notre dernière
heure a sonnée.
-Je crois aussi.
Le
jaguar commence à faire quelque pas dans notre direction. Mon pouls commence à
s'accélérer, et mes mains deviennent moites. Nous avons surmonté tellement
d'épreuves ensemble que parfois je me dis que nous devons être
"invincible" mais quand je vois le regard de la bête qui se trouve en
face de nous, j'ai le sang qui se glace. Je ne pensais pas mourir ici et
maintenant dévoré par un animal sauvage. Je pensais avoir encore quelques
belles années à vivre, et voir grandir AJ Junior par exemple.
-Harm, j'ai peur... je peux vous demander une
faveur ?
-Tout ce que vous voulez.
-Prenez- moi dans vos bras... Je ne veux pas le
voir arriver.
Avant même de m'avoir répondu il m'attrappe par la taille et m'attire
près de lui, si près de lui. Je suis plus proche que je ne l'ai jamais été, et
que je ne le serai jamais. Je sens son souffle dans mon cou. Nous nous serrons
les mains pour nous rappeler mutuellement que nous ne sommes pas seul. J'ai la
tête contre son torse et lui l'a baissé sur mon épaule. En une autre
circonstance nous serions mutuellement gêné d'une telle posture. Mais à l'heure
actuelle je ne fais que bénir le bon Dieu de m'avoir permis de passer mes
derniers instants en compagnie d'Harm. J'ai si peur ! Servir de déjeuner à une
bête sauvage me terrifie.
-Mac je n'ai pas votre sens inné du temps, mais il
ne devrait pas avoir attaqué mes orteils ou les vôtres ?
-Et bien cela fait 2minutes et 13 secondes et c'est
vrai que je me demande ce qu'il fait.
-On regarde ?
-Si vous voulez....
Et au moment où nous redressons la tête tous
les deux, le jaguar prend son élan et bondit dans notre direction la gueule
grande ouverte nous laissant voir ses crocs acérés.
Mac se
met à hurler de terreur et se jette contre moi. Je la prends immédiatement dans
mes bras, mais mon regard n'arrive pas à se décrocher de l'animal bondissant.
Et la suite se passe si vite.....
Comme dans un rêve ou plutôt un film, le jaguar se fait stopper dans sa
course et n'arrive pas jusqu'à nous. C'est une immense liane jaune et noire qui
le saisi à la gorge, lui fait faire 3-4 tours dans les airs avant de le
projeter au-dessus de la cime des arbres. Mac, elle, n'a rien vu et quand je
lui dis qu'elle peut ouvrir les yeux ; qu'il n'y a plus de jaguar grâce à une liane
jaune..... et bien disons qu'elle a beaucoup de mal à me croire. Remarque je la
comprends: j'ai moi-même du mal à me croire !!
-Mac de toute façon quoiqu'il se soit passé, le
principal c'est que nous soyons en un seul morceau, non ?
-Vous avez entièrement raison Harm. Mais venez ne
traînons pas par ici et essayons de trouver un village.
Nous reprenons notre marche mais aucun de nous ne parle, je crois que
nous sommes trop choqué par ce qu'il vient de nous arriver ou plutôt ce qui
aurait pu nous arriver.... et puis la fatigue commence à se faire ressentir.
Mac a l'air à bout de force mais il faut que nous continuions à avancer... je
n'ose pas imaginer que nous puissions passer une nuit dans cet enfer vert en un
seul morceau. La providence nous a aidé une fois mais honnêtement je ne crois
pas que ça se reproduirait une deuxième.
-Mac on va faire une pause dans cette clairière ok
?
-Comme vous voulez Harm... je suis si fatiguée.
Vous devriez peut-être me laisser là et partir à la recherche d'un village tout
seul.
-Et vous laissez, vous faire dévorer par le premier
jaguar venu... il n'en ai pas question marine ! Asseyez vous là j'arrive. Je
vais regarder si les fruits de cet arbre sont comestibles.
Je
viens de finir de remplir une pleine feuille de bananier de fruits de toutes
tailles et de toutes les couleurs. J'essaie de la porter délicatement pour ne
pas tout renverser mais quand je lève la tête; je laisse échapper ma feuille et
tous les fruits roulent au sol: Mac a disparu! Je commence à paniquer.
-Maaaaaaaac ! Mac où êtes vous? Répondez- moi ! Si
c'est un jeu, je vous préviens, il n'est pas drôle...... Maaaaac !
Avant
que j'ai eu le temps de continuer à m'époumoner j'entends une voix lointaine
mais familière.
-Du calme Flyboy..... ce n'est pas encore pour tout
de suite que vous serez débarrassé de moi ! Ne vous inquiétez pas, je ne me
suis pas envolée dans la nature quoique....
-Mac où êtes vous ? Je ne vous vois pas ? J'ai beau
regarder de tous les côtés il n'y a que du vert, partout du vert !
-Pour un pilote, vous m'étonnez.... ça ne vous
arrive jamais de regarder en l’air ?
Et en
levant les yeux je découvre Mac 15 ou 20 mètres au-dessus de moi, à
califourchon sur une branche.
-Mac? Comment... comment êtes-vous montée?
-Et bien j'ai été un peu aidé; la vue est splendide
d'ici.
Avant que j'ai pu finir ma phrase le marsupilami m'attrape avec sa queue
par la taille et nous regagnons délicatement la terre ferme sans que j'ai eu la
moindre appréhension.
Face à
moi se trouve un Harm bouche bée.
-C'est, c'est .... c'est le ... enfin le ...
-Oui c'est le marsupilami! Il n'est pas une légende
et je suppose que la fameuse liane jaune et noire de tout à l'heure était en
vérité sa queue.
-Vous voulez dire que c'est lui qui nous a sauvé la
vie ?
-Oui nous lui devons une fière chandelle.
-Il ne vous a pas fait de mal... il n'est pas
méchant ?
-Non bien au contraire, il a agi avec une
délicatesse surprenante et m'a donné tout un tas de fruits à manger! Bon ça ne
vaut pas un bon steack mais à défaut...
-Je vois, je suis le seul à avoir le ventre vide !
Je
commence à me baisser pour ramasser un des fruits de ma cueillette. À peine
l'ai-je attrapé que le marsupilami me l'arrache des mains et l'envoie à une
dizaine de mètres de nous. Il le remplace aussitôt par un autre beaucoup plus
dodu et lisse. Je le regarde sceptique et Mac ajoute :
-Allez y Harm, ceux-ci sont délicieux, j'en ai déjà
mangé deux.
-Vous avez dit qu'il n'était pas méchant....
pourquoi a-t-il agit ainsi avec l'autre Il ne veut pas que je touche à sa
réserve personnelle?
-Je pencherai plutôt sur le fait qu'il a voulu vous
éviter un fruit non comestible. Ce ne sont que des spéculations bien sûr, mais
ce que je sais d'après mon livre c'est que la jungle est autant remplie de
fruits mortels que de bons.
-C'est gai tout ça!!
Et je
croque avec délice dans le fruit.
L'animal qui se tient devant moi fait environ un mètre de haut, mais a
une queue de plusieurs mètres. Il est assez difficile de le mettre dans une
catégorie classique d'animaux. De par son aspect physique, je dirais qu'il se
rapproche du singe ; son pelage jaune à tâches noires ferait plutôt penser à
une panthère et sa grande compréhension et son humour le rapproche indéniablement
de l'homme.
-D'après les travaux de Franquini, cette bête haute
d’un mètre et avec une queue de plusieurs mètres de long n'est pas méchante.
Elle ne le devient que si c'est nécessaire et alors sa force devient
phénoménale. J'espère qu'il nous voit comme des amis et non des ennemis !
Remarque il nous a sauvé des griffes du jaguar et m'a nourri.
-Houba houba houbaba!
-Harm il a l'air de vouloir nous dire quelque
chose, non ?
-Je crois bien que oui, je dirai qu'il veut qu'on
le suive. De toute façon nous n'avons rien à perdre à le faire. La nuit va
bientôt tomber et à part un jaguar qui nous aurait bien dévoré c'est la seule
âme qui ne vive que nous ayons vu.
-Allons-y alors.
COEUR DE
LA FORET PALOMBIENNE
C'est affolant ce que l'on peut apprendre auprès d'animaux. La famille
marsupilamie est vraiment adorable avec nous. Moi qui ai dit à Mac que je
n'appréciais pas plus que ça les animaux... il y a à peine quelques heures que
je les connais mais je m'y suis déjà attaché !
La
nuit commence à tomber mais le marsu et sa femme ne baisse pas leur activité:
ils sont en train de tresser une sorte de natte avec des feuilles aux fibres
solides. Je me demande à quoi ça va leur servir, mais je n'ose pas poser la
question à Mac ; elle s'est assoupie depuis environ quinze minutes sur notre
sac à dos... je ne vais pas la réveiller pour si peu. Peut-être qu'à son
réveil, elle aura une explication à me donner. Son fameux bouquin que je
commence à regretter lui a peut-être appris quelque chose d'intéressant en plus
sur ces petites bêtes.
Bi bi bi
J'étais tellement perdu dans mes pensées que je n'ai pas fait attention
à ces cris mais, en tout cas ils n'ont pas laissé mes deux marsus de
marbre: ils n'arrêtent pas de parler:
-Houba houba houbaba
-Houbi houbi bi
Curieux, je finis par me retourner vers la source de ces Bi bi bi.
En
fait je découvre trois bébés marsus hauts comme trois pommes. Il y en a un tout
jaune qui n'a pas de tâches comme ses parents, un autre jaune et noir et le
troisième.... il est tout noir!! Je ne sais pas si Mac était au courant de la
possible existence d'enfant, mais je pense qu'elle ne savait pas qu'il en
existait des noirs ! Ils sont vraiment adorables. Leurs parents leur parlent et
ils viennent dans ma direction. En fait celui qui est à tâche doit être une
petite fille car elle a une fleur sur la tête comme sa mère.
Ils
sont maintenant à moins d'un mètre de Mac, mais n'osent pas s'approcher de
nous. Ils ont l'air d'avoir peur. Je ne veux pas bouger, je risquerai de faire
un geste brusque et de les effrayer. Le petit noir a l'air plus intrépide que
les autres et il finit par monter sur le dos de Mac. Il ne doit pas trouver
cela assez héroïque et vient donc dans ma direction. Pendant ce temps les
parents sont toujours afférés avec leur natte et ne s'occupent pas de nous...
Ils ont une telle confiance, je pourrais facilement embêter les petits.
Je
sens quelque chose qui me chatouille dans le cou. Ca me réveille brusquement et
je bondis en pensant sans doute que c'est un serpent. En fait j'entends une
boule de poil qui me perce les oreilles en criant "bi bi bi bi" et en
me menaçant avec ses poings et le bout de sa queue en "boule".
-Hey Mac, il ne faut pas avoir peur ! C'est juste
un petit marsu, il ne vous veut pas de mal et je suis sûr que si vous lui
faites un sourire charmeur il comprendra que vous ne lui en voulez pas non
plus.
-Des bébés marsus? Ils ne parlaient pas de ça dans
mon bouquin.... juste du mâle et de la femelle.
-S'il y a un mâle et une femelle, il faut se douter
que les enfants ne sont jamais bien loin ! Vous avez faim ? Ils ont été nous
chercher des fruits et même quelques piranha mais j'attendais le briquet qu'il
y a dans le sac pour les faire cuire. Je sens que nous allons avoir un repas
digne d'un quatre étoile.
-Mais ... les piranhas... comment font-ils ?? Ces
bêtes sont très féroces.
-Si je vous explique, vous n'allez une fois de plus
pas me croire !
-Essayez quand même!
En me disant cela Mac me fait un grand sourire, elle a l'air plus en
forme que tout à l'heure. Son petit somme a dû lui faire du bien, il faut dire
que marcher ici avec des chaussures à talons relève de l'exploit, et la pauvre
à marcher tout l'après midi avec.
-Et bien c'est les petits, je pense sur demande de
leurs parents, mais à vrai dire je n'en suis pas sûr : je ne suis pas très fort
pour les langues étrangères comme l'a si bien dit l'amiral, et le marsupilamien
n'est pas encore à ma portée !! En fait ils se mettent sur une branche
au-dessus du Rio Soupopoaro et se servent de leur queue comme d'appât : ils la
trempent et les piranhas viennent mordre. C'est très ingénieux, mais ils doivent
avoir la queue solide car ils n'ont pas l'air de ressentir la douleur des dents
du piranha. Mais en tout cas ils adorent ça car c'est la marsupilamie qui a dû
se fâcher pour que les petits et le père nous en laissent !
COEUR DE
LA FORET PALOMBIENNE
Nous venons de finir de nous régaler. Avec Mac, on a fini par comprendre
ce que faisaient les marsus: en fait ils nous ont construit un abri pour la
nuit. Ils viennent d'en finir un semblable au leur. Je ne suis pas mécontent de
dormir en hauteur car il n'y a pas que des animaux aussi bien intentionnés que
les marsus dans l'enfert vert qu'est la forêt Palombienne. Par contre je me
demande bien comment nous allons grimper à une dizaine de mètres de hauteur.
Mais avant que je finisse de me poser la question le marsu a déjà monté Mac
là-haut grâce à sa queue et il arrive pour me monter également.
Le nid est rempli de plumes qui le rendent moelleux à souhait. Tout en
m'allongeant à ses côtés, je dis à Mac :
-Je crois que nous ne pouvions pas rêver mieux
comme petit nid douillet pour passer la nuit !
-C'est certain, mais de toute façon vu ma fatigue,
je me serai même contenté d'un par terre de feuilles.
-Demain il faudra songer à regagner la
civilisation, non ?
-Pourquoi vous ne vous plaisez pas avec les marsus
et moi?
-Si bien au contraire, je ne pensais pas un jour
m'attacher à des animaux, quant à votre compagnie... j'ai l'habitude à force !
Je ne fais même plus attention à vos ronflements!!
-Menteur ! Vous savez très bien que je ne ronfle
pas !
Sur ce, j'entame une bataille de plumes de cinq minutes avant qu'Harm
ajoute :
-Bon il serait temps que l'on dorme pour être en
forme demain. Bonne nuit Mac !
-Bonne nuit Flyboy !
-Vous n'êtes plus fâché par ce que j'ai dit ?
-Je ne l'ai jamais été !! Je vous laisse fermer le
nid ?
-À vos ordres colonel ! Mac si vous avez froid...
-Non Harm, ça va c'est parfait. À demain.
COEUR DE
LA FORET PALOMBIENNE
En marchant en suivant le marsu, je repense à notre matinée. Quand je me
suis réveillé Mac était déjà en bas en train de faire sa toilette, ou plutôt
une bataille d'eau avec les p'tits marsus sous les yeux attendris de leur mère.
J'ai voulu les rejoindre mais au lieu de demander de l'aide comme le bon
sens l'indiquait, je me suis lancé dans une descente le long d'une des lianes
qui sert de pylone au nid. J'avais à peine descendu deux mètres que j'ai dérapé
! Enfin je tombais en chute libre d'environ huit mètres n'osant imaginer
l'atterrissage. Mais le marsu qui a toujours un œil partout m'a vu et m'a
accueilli avec sa queue en ressort qui m'a fait rebondir et a adouci la chute.
Mac s'est moquée de moi pendant cinq minute au moins !
Après l'heure des adieux avec toute la petite famille a sonné et nous
avons eu du mal à nous détacher d'eux.
VILLAGE
CAHUTAS
Le marsupilami nous a conduit au village cahutas dont Pablo nous a
parlé. J'espère qu'ils n'ont rien contre les américains et encore moins contre
les militaires américains ! Si nous avions été en civil, nous aurions quand
même été plus discret!
Un cahutas s'approche rapidement de nous et nous dévisage. Je tente mon
sourire Flyboy, mais je ne suis pas sur de son effet !
-Bônh jourhe monom é Tapamilastiko.
-Bônh jourhe voua si leu Capitaine de fégate Harmon
Rabb junior é jeusui le lieutenant Colonel Sarah Mackenzie. Nounousome per du
d'anla for'é.
-Ven'ai jeuh vouzamèn o ch'ef Takatruké.
-Mac comment les comprenez vous ??
-Voyons Flyboy ce n'est pas si difficile ! Essayez
pour voir c'est juste une gymnastique intellectuelle à faire !
-Euh... bon jourhe?
-Non bônh jourhe! Laissez moi faire Harm et prenez
exemple!!
Et tout en me disant ça Mac me donne un léger coup de coude dans les
côtes en me faisant un grand sourire. Je suis heureux que nous ayons trouvé un
village mais je me demande ce que l'avenir nous réserve encore.... Est ce que
ces cahutas sont vraiment au courant du trafic d’armes? À vrai dire je m'en
moque un peu, pas que je ne veuille pas résoudre cette affaire mais je voudrais
qu'on rentre en un seul morceau à Washington avec Mac.
HUTTE DU
CHEF
-Bônh jourhe,nousome amé riquin é
-Pas besoin de me parler dans leur langue tribale !
J'ai moi-même fait mes études en Amérique et je connais très bien votre langue.
Que puis je faire pour deux militaires américains?
Nous ne savons pas si nous pouvons parler sans rien craindre de cet
homme mais à vrai dire c'est notre seule solution de tout lui raconter: même si
le marsupilami nous aide nous sommes encore au milieu de nul part et dans le
brouillard total vis-à-vis de notre enquête.
-Voici le Colonel Sarah Mackenzie et je suis le
Capitaine Harmon Rabb Junior. Nous sommes avocats au JAG et nous sommes dans
votre pays au sujet d'une de nos enquêtes.
-Que peut-il donc bien se passer dans ce pays qui
intéresse des avocats américains?
Avant que je rajoute quelque chose Mac me regarde et me fait comprendre
qu'il vaut mieux jouer la carte de la franchise, nous n'avons pas grand chose à
perdre.
-Un militaire américain effectue un trafic d'armes:
il vole du matériel et le revend ici mais nous ne savons pas à qui.
-Et que gagnerai-je à vous répondre ?
-Que voulez-vous?
-Un billet pour l'Amérique et la nationalité
américaine.
-Je pense que nous pouvons vous arranger ça. Nous
vous écoutons.
-Il y a environ 3 mois j'ai été contacté par le
général Zantas. C'est un homme important ici en Palombie et c'est aussi un
fervent opposant au gouvernement en place. Il m'a demandé si je pouvais lui
rendre un petit service. J'ai tout de suite accepté, Zantas est réputé pour ne
pas faire de cadeau à ceux qui se mettent en travers de sa route. J'ai pris
peur. Et 2 semaines plus tard j'étais informé que je devais réceptionner ici
des caisses de matériel militaire américain, on m'a bien fait comprendre qu'il
fallait que je sois discret. Je ne suis pas dupe, vous savez, je sais que Zantas
et ses partisans sont en train de préparer un coup d'état pour renverser le
gouvernement. Si je vous dis tout aujourd'hui c'est que premièrement vous ne
pouvez pas m'inculper n'étant pas américain, et que deuxièmement je veux
quitter ce pays avant le coup d'état.
-Avez-vous encore des caisses de matériel ?
-Oui, suivez- moi je vais vous montrer. Vous savez,
je me plais bien ici avec les cahutas, ce sont de braves gars, mais le climat
politique actuel n'est pas favorable et je préfère partir avant que ça ne
dégénère. Voici le matériel.
En examinant une des caisses nous trouvons
un bon d'envoi aérien signé de la main du major Johnson ! C'est la preuve
idéale pour démontrer sa culpabilité.
-Merci beaucoup pour toutes ses informations, nous
allons faire le nécessaire pour que vous puissiez venir en Amérique mais cela
va prendre quelque temps. D'ici là, n'éveillez surtout pas les soupçons de
Zantas sur vous. Comment pouvons-nous rejoindre Chiquito?
-Je vais demander à Tamamilastiko de vous
accompagner, à une dizaine de minutes de marche vous devriez trouver Helmut et
son oiseau qui vous y ramèneront. Ne m'oubliez pas Capitaine.
-Nous n'avons qu'une parole Takatruké.
VILLAGE
CAHUTAS
10
MINUTES PLUS TARD
Takatruké vient de donner des
instructions à Tapamilastiko, pendant ce temps nous avons fait nos adieux au
marsupilami. Mac est aux bords des larmes, je n'en suis pas très loin non plus
remarque. Le marsupilami a l'air de comprendre tout ce qu'on lui dit et nous
sert très fort dans ses bras. Au moment où nous nous mettons en route il nous
dit au revoir de la main en disant HOUBABAYE . C'est impressionnant ! On dirait
un homme ! Il a la même compréhension que nous en tout cas j'en suis sûr.
Pendant tout le trajet qui nous conduit à ce fameux Helmut aucun de nous ne
parle, ce doit être la boule à l'estomac que Mac doit avoir comme moi qui nous
en empêche.
Une fois arrivée en vue du lieu,
Tapamilastiko s'arrête et tend la main vers nous.
-Que veut-il Mac ?
-Je n'en sais strictement rien ! Kesseu ki lia?
-Jeuh vouzé ame nai dauné mouah inca dode reumer
cimen.
-Traduction s'il vous plait Mac?
-Il veut un cadeau!
-Mais quoi?
J'ai du être assez clair dans ma
question puisque Mac n'a pas besoin de faire de traduction que Tapamilastiko me
montre mes ailes dorées. Et à contre-coeur je les détache et lui donne. Il est
tout content. Je n'ai pas envie de m'attarder plus longtemps et je me dirige
vers Helmut laissant Mac avec Tapamilastiko.
-Bonjour je me présente Capitaine de Frégate Harmon
Rabb Junior et là bas c'est le Colonel Sarah Mackenzie. Les cahutas nous ont
dit que la meilleure façon de rejoindre Chiquito était de vous demander de nous
ramener à bord de votre avion.
-Bonjour je suis Helmut le propriétaire du charmant
avion que voici: Aguila del paradisio.
-C'est cet avion-là qui vole ?!!
-Oui, qu'aviez vous cru ?
-Je pensais que c'était une épave dont vous
récupériez quelques pièces.
-Je ne vous permets pas de parler ainsi de mon
bébé, il vole très bien, il ronronne divinement quand il est en marche.
-Si vous le dites.... et je suppose que c'est vous
le pilote ?
-Oui je suis le seul à pouvoir faire voler cette
merveille ! Je n'aime pas trop votre façon de dénigrer mon avion et mes
compétences de pilote jeune gringalet ! Allez en route!
AUX ALENTOURS DE CHIQUITO
-Harm donnez moi votre chemise!
Je
la fixe sans comprendre.
-Donnez-la-moi et faites pas cette tête je vous la
rendrais. Il faut que l'un de nous aille en ville chercher des vêtements plus
discret que nos uniformes et louer dans un hôtel. On doit éviter de se faire
remarquer. Sans votre chemise, vous ressemblez tout à fait à un touriste, un
touriste qui aime se rouler dans la boue!
Si
elle commence à me taquiner, je ne vais pas me laisser faire !
-Vous n'êtes pas mal non plus dans le même genre
Mac ! Et vos chaussures ne ressemblent plus à rien, votre jupe est à moitié
déchirée et on dirait que vous avez pris un bain de boue.
Tout en lui disant cela en rigolant j'essaie d'imaginer dans quel état
je suis... sans doute le même que Mac ! Ma chemise est déchirée, boueuse.
Heureusement mon tee shirt est à peu près correct. Et mon pantalon... s'est
transformé en short! Je l'ai découpé comme je pouvais hier après midi au-dessus
du genou pour avoir moins chaud. J'imagine déjà la tête du vendeur quand je
vais rentrer dans un magasin.
-J'espère que je vais me débrouiller en espagnol.
-Mais oui je ne me fais pas de soucis. De toute
façon achetez juste le stricte nécessaire pour que l'on puisse se changer et ne
pas trop se faire remarquer. Il ne faudrait pas que Zantas apprenne que nous
sommes encore en vie. Allez retenir au passage dans un hôtel et revenez. Je ne
bouge pas d'ici, je vous attends.
-Je file alors, à tout de suite Mac.
QUINZE
MINUTES PLUS TARD
Je vois Harm revenir avec une poche dans une main et de l'autre il me
brandit un tee shirt moulant blanc avec un énorme marsu dessiné au centre.
Enfin je dis marsu car il a une longue queue et qu'il est jaune à tâches noires
mais il est très mal reproduit. Harm me fait un grand sourire.
-Vous vous moquez de moi ?
-Non pourquoi ? Il ne vous plait pas Mac ? Il n'y
avait pas beaucoup de choix, mais j'ai trouvé celui-là plutôt sympa. Et
regardez, je me suis acheté le même c'est bien que je ne me moque pas. A ce
moment là il sort de sa poche un tee shirt blanc avec le même dessin.
-Désolé Harm j'ai cru que vous aviez voulu vous
moquer de moi.
-Non non, je me suis dit que ça ferait un souvenir
de notre "ballade" dans l'enfer vert palombien. Par contre j'ai eu
quelques difficultés à l'hôtel. Je n'ai pas réussi à avoir deux chambres, je
crois qu'ils étaient complets. J'ai demandé une chambre avec deux lits, mais je
ne vous garantis pas le résultat.
-Bah du moment que je puisse prendre un bon bain
pour m'enlever toute cette crasse et dormir un peu!
-Il faudra songer à aller faire un saut à notre
ancien hôtel pour récupérer nos affaires.
-Oui mais pour le moment retournez vous que je
puisse me changer.
Une fois le tee shirt enfilé je me retourne, Harm a également mis le
sien.
-On doit avoir l'air mignon tous les deux avec nos
marsus!
-Au moins on rentre bien dans la peau de touristes
non ?
-Si tout à fait il ne vous manque plus que
l'appareil photo autour du cou !
HOTEL EL
MARSUPILAMI
-Évidemment
j'aurai dû me douter que le réceptionniste ne m'avait pas compris quand je lui
ai demandé deux lits.
En effet en ouvrant la porte j'ai découvert un lit deux places et qui
plus est, pas très large ! Mais on ne va pas faire les fines bouches, ces
dernières 48 heures nous ont vraiment épuisé et même un lit une place me
suffirait pour dormir ! Et il faut que je vois le bon côté des choses, même si
cette proximité entre Mac et moi risque de me gêner, je préfère partager le lit
avec elle plutôt que l'amiral, Bud, Sturgis ou encore pire: Singer !!!
-Harm ?
-Oui ?
-Je peux prendre la salle de bain en premier ? Je
rêve d'un bon bain ou d'une délicieuse douche...
-Pas de problème, j'irai après. Mac vous avez
encore la clef de votre chambre d’hotel?
-Oui pourquoi ?
-Pendant que vous prenez votre douche je vais aller
récupérer nos affaires discrètement, je suppose par exemple que vous aimeriez
bien revoir votre livre sur la Palombe.
-La clef est dans le sac à dos Harm. Harm ?
-Quoi ?
-Faites attention à vous.
-Oui Madame !
Et à ce moment-là Harm me fait son sourire Flyboy qui fait fondre toutes
les femmes et simule un salut militaire.
-Harm je suis sérieuse... faites attention.
Au moment où il s'apprêtait à quitter la chambre, je le rappelle :
-Encore des conseils, c'est ça Maman ?!!
-Non j'ai quelque chose pour vous.
Je lui saisis la main et y dépose ses ailes,
il les regarde un instant et me fixe intrigué :
-Je sais ce qu'elles représentent pour vous.
-Comment avez-vous fait Mac ?
-Ah ah, joker !
-Non sérieusement.
-J'avais une montre qui ne me servait pas beaucoup
au poignet... et qui ne représentait rien pour moi comparé à elles.
En disant cela je lui montre ses ailes. Ham a
l'air gêné, il rougit un peu.
-Merci beaucoup, Sarah.
Maintenant c'est moi qui commence à rougir
et me sentir gênée : il ne m'appelle presque jamais Sarah, uniquement en des
circonstances particulières. Je pense qu'ainsi il veut me montrer sa gratitude
qu'il n'arrive pas à m'exprimer vis-à-vis de ses ailes. Mais j'ai bien vu son
regard dans la forêt quand il a dû les enlever de sa chemise et les donner...
c'était comme si on lui avait arraché une partie de lui-même.
Pour faire retomber la tension qui monte
entre nous je rajoute avec désinvolture.
-Allez Flyboy filez que je puisse prendre mon bain
!
CHAMBRE
D'HOTEL
Quand je sors de la salle de bain je trouve
Harm allongé sur le lit, sur le dos, les mains sous la tête et l'air rêveur.
-Vous avez fait vite dites moi!
-Non Mac
c'est vous qui êtes lente! Vous avez passé 1 heure 15 minutes dans cette salle
de bain!
-Désolé je ne m'en suis pas rendue compte, j'étais
si bien dans ce bain que j'en ai perdue la notion du temps.
-C'est le monde à l'envers: vous ne savez plus
l'heure et moi si.
Tout en continuant de me parler il me
montre le tee shirt marsu:
-Vous ne voulez plus le quitter ?
-Je n'avais rien d'autre ! Maintenant que vous
m'avez ramené mes affaires, je vais pouvoir me changer, quoique je vais garder
le tee shirt: il est vraiment chouette et ce n'est pas tous les jours que vous
me faites un cadeau attention Marine, je n'ai pas dit que je vous l'offrais; je
n'ai fait que l'avance: vous allez devoir rembourser! Ou alors faites le passer
en frais de service !
-Oui pour que je me retrouve dans le bureau de
l'amiral à expliquer pourquoi la facture d'un tee shirt avec un marsu fait
parti des frais de service? Non merci, très peu pour moi!
-Pourquoi pas! Je la gratifie en même temps d'un
grand sourire. J'aime quand nous nous taquinons ainsi ; ça me prouve que nous
avons retrouver les mêmes relations qu'avant mon retour en service actif.
Pendant qu'elle était noyée dans son
bain, je me suis mis à essayer d'imaginer ma vie sans Mac. Comment aurai-je
évolué sans elle? Je pense qu'à un moment ou à un autre ma vie aurait basculée,
sombrée. Elle a toujours été là pour m'écouter, m'aider dans mes choix. Et
pourtant j'ai toujours eu beaucoup de mal à me confier, mais avec elle dès le
départ je me suis senti en confiance et j'ai su qu'elle allait devenir une
vraie amie. Il est vrai qu'elle ressemble beaucoup à Diane, physiquement, mais
pour y avoir souvent pensé je sais que ce n'est pas ça la raison. Elle a
simplement toujours su me comprendre, me redonner le moral, me faire rire.
Cependant nous avons connu des moments
difficiles dans notre relation; plusieurs fois j'ai cru que notre amitié
touchait à sa fin, mais à chaque fois elle en a été que fortifiée. Je crois
qu'aujourd'hui on en ai arrivé a un stade de complicité inégalable... Sauf
quand nous essayons de parler de sentiment, d'amour ou de nos différents
compagnons respectifs. Là c'est comme si nous étions des étrangers, incapables
de se comprendre et d'exposer ses idées, point de vue sans que le ton ne monte.
Ce que je sais c'est que Mac est et
restera ma meilleure amie, je ferai tout ce que je peux pour cela car je la
considère comme indispensable à mon équilibre. Par contre je n'ai jamais su
définir si je voudrais aller plus loin, entamer une relation plus profonde avec
elle. Je crois en y réfléchissant que je n'ai jamais été amoureux de ma vie. Je
me demande si c'est pareil pour Mac, ou si elle a vraiment aimé Farrow ou
Dalton. Mic je sais qu'elle ne l'aimait pas vraiment sinon elle ne l'aurait pas
laissée repartir en Australie.
C'est vrai que Mac est une belle
femme, même une très belle femme mais en dehors de ça je pense que nous
atteignons une complémentarité et une osmose car nous avons chacun notre vie.
Je ne pense pas qu'elle me supporterait 24 heures sur 24. Et moi je ne
supporterai pas de la voir manger des cochonneries à longueur de journée ! À
bien y réfléchir je vois ma vie future parsemée d'histoire sans lendemain
travaillant toujours au JAG et en étant toujours aussi proche de Mac. Mon seul
regret serait de ne pas avoir pu faire partager ma passion des avions avec mon
enfant mais à quoi bon avoir un enfant si on n’aime pas la femme qui l'a porté
et mis au monde.
-Un dollar pour vos pensées Harm!
-Mes pensées valent beaucoup plus cher.
-Si vous le prenez comme ça!
-Ok j'étais en train de me dire que j'étais heureux
qu'on soit sorti de cette forêt.
-Oui moi aussi mais les marsu me manquent quand
même... Bon maintenant filez dans la baignoire : je ne vous laisserai pas
entrer dans le lit tout boueux. Pendant ce temps, je vais appeler l'amiral pour
l'informer et lui demander ce que l'on fait.
Je suis bien heureux d'avoir pu me
laver et enlever la couche de boue de mon corps. Je trouve Mac allongée sur le
lit les yeux fermés, elle doit dormir sans doute.
-Alors matelot, on pouvait se moquer de moi, mais
vous aussi vous y êtes resté un moment sous l'eau.
-J'avoue votre honneur, je suis coupable de tous
les chefs d'inculpation qui pèsent contre moi ! Au fait vous avez eu l'Amiral ?
-Oui, je lui ai expliqué la situation. Notre boulot
est fini, on rentre demain à Washington. Cette affaire ne relève plus de notre
compétence : l'Amiral va en faire part au SECNAV et il décidera.
-Comment on repart déjà ? Même pas le temps de
faire du tourisme ?
-Et non ce sera pour la prochaine fois ! Il ne vaut
mieux pas qu'on traîne dans le coin si Zantas apprend qu'on est encore en vie.
Il vaut mieux nous coucher tôt ; l'avion décolle à 6 heures demain matin !
Je ne peux m'empêcher de faire
une grimace à cette idée.
3
SEMAINES PLUS TARD
BUREAU DE
L'AMIRAL
JAG,
FALLS CHURCH VIRGINIE
17h15
VENDREDI
-Amiral vous vouliez me voir ?
-Capitaine asseyez vous ! Avez-vous des projets
pour le week-end ?
-Euh ... c’est-à-dire...
-Tant mieux car l'armée en a pour vous ! Votre
dernier coup d'éclat est remonté jusqu'aux oreilles du SECNAV et il m'a demandé
de vous confier cette affaire.
Je commence à me sentir mal à l'aise. Je n'ose pas imaginer quel peut
être une affaire qui va m'occuper toute le week-end et que le SECNAV a voulu me
donner PERSONNELLEMENT.
Vu comme il m'apprécie, je sens que ce n'est pas
vraiment un cadeau.
-De quoi s'agit-il monsieur ?
-Vous allez avoir l'honneur de surveiller un de nos
invités sur le territoire des Etats-unis. C'est un être...hum plutôt violent et
la dernière personne qui l'a eu en charge est à l'hôpital de Bethesda pour des
radios.
-Et puis je savoir qui c'est ?
-C'est un animal en fait. Il s'appelle le marsipu,
non euh le marpusi..... enfin bref son nom est dans le dossier! Je compte sur
vous capitaine.
Tout en disant cela l'amiral arbore un grand sourire d'autosatisfaction.
Mais je lui fait également un grand sourire en lui répondant :
-Ne serai-ce pas le marsupilami, Monsieur?
-Euh oui voilà c'est ça. Comment savez-vous?
Et bien disons qu'il m'est familier. Quand nous
étions en Palombie avec Mac...
Réalisant soudain ma bêtise, je stoppe ma phrase mais trop tard.
-Oui Capitaine, je vous écoute. Quand étiez-vous en
Palombie avec le Colonel? Y'a-t-il quelque chose que vous ayez omis de
mentionner dans votre rapport?
-Pour être franc amiral, oui.Nous n'avons pas voulu
parler du marsupilami pour ne pas lever le doute sur son existence et faire de
sa vie un enfer. Si le monde venait à savoir qu'il existe vraiment la forêt
palombienne deviendrait le théâtre d'un défilé de touristes prêt à n'importe
quoi pour le prendre en photo. C'est donc d'un commun accord avec le Colonel
que nous avons délibérément omis d'en parler et je suis conscient des sanctions
que vous pouvez prendre pour un tel acte. Mais dans la forêt palombienne sans
son intervention nous n'en serions jamais sortis vivant et nous nous sommes dit
que la moindre des choses en échange était de préserver sa vie.
-Je vous remercie d'une telle franchise Capitaine
et.... disons que cela ne dépassera pas les portes de mon bureau. Aux yeux de
tous vous serez de corvée du dossier M tout le week-end même si apparemment
c'est un cadeau pour vous.
-Oh oui un magnifique cadeau que vous me faites là
Amiral, c'est le Colonel qui va être jaloux ! Mais au fait Amiral, comment le
marsupilami a-t-il fait pour se retrouver en Amérique?
-C'est un sous-lieutenant, Backalive je crois, qui
l'a capturé et a essayé de le faire rentrer en fraude aux Etats-unis. Il faut
rester discret sur cette affaire, si les médias apprennent que les militaires
traquent des bêtes protégées, ça va être encore une fois notre fête !! Alors
pas de coup d'éclat Capitaine. Vous le gardez sagement chez vous pendant deux
jours et nous le renvoyons dans son pays. Vous m'avez bien compris ?
-Oui parfaitement monsieur. Puis-je vous demander
une faveur?
-Essayez toujours.
-Je voudrais représenter l'accusation contre le
sous-lieutenant Backalive car je pense que...
-Accordez Capitaine, vous pouvez disposer. L'animal
va vous être amené avant la fin de la journée, de là vous aurez quartier libre
pour vous en occuper jusqu'à lundi dans la journée.
-Bien monsieur.
BUREAU DE
MAC
17h25
-Bonjour Mac.
-Bonjour. Que puis faire pour vous.
-Rien de particulier. Je venais simplement vous
dire que finalement je ne pourrais pas vous payer ce soir le restaurant que je
vous dois. À défaut, je vous invite à dîner chez moi, le resto, ce sera pour
une autre fois.
-Puis je savoir, si ce n'est pas indiscret,
pourquoi vous ne pouvez pas m'inviter au resto mais que vous pouvez quand même
m'inviter chez vous ? Vous êtes fauché ??
-En fait je vais avoir un invité tout le week-end
dans mon appartement et nous allons plutôt rester enfermer.
-Et vous êtes sûr que ça ne va pas gêner votre
invité que je me joigne à vous ce soir ?!!
-Je ne sais pas, je ne lui demande pas son avis !
-C'est une vieille connaissance à vous ?
-Oui mais vous la connaissez aussi....
-Harm ne jouez pas avec moi, et dites- moi qui
c'est. Une de vos innombrables conquêtes?
Je
suis en train de m'emporter et ce n'est pas bon. Après tout Harm n'a aucun
compte à me rendre sur sa vie privée. Mais je n'aime pas la façon qu'il a de
venir se vanter de son futur week-end avec son invité qui ne voudra pas sortir
de chez lui... ou qui sait même de sous sa couette ! Rien qu'à cette pensée,
j'ai un nœud à l'estomac.... Pourtant Harm a bien le droit de faire ce qu'il
veut, avec qui il veut. Il faudrait bien que je me rentre ça dans la tête que
j'en fasse autant de mon côté.
Il faut que je m'excuse....
-Pardon Harm je n'aurai pas dû vous parler comme
ça. C'est votre vie privée et ça ne me regarde en rien.
-Excuses acceptées Mac ! Vous êtes toujours convié
à venir manger avec nous, je suis sûr que ça vous fera plaisir à tous les deux.
-Écoutez Harm, je ne suis pas sûre.....
HOUBA !
Avant que je n'ai pu finir ma phrase, j'entends un cri qui m'est
familier et mon visage s'illumine. Je me retourne en même temps qu’Harm et nous
voyons avancer le marsupilami entouré de deux gardes, ou plutôt ce qu'il en
reste, car ils ont de l’avoir un petit différent avec lui !
-Harm c'est le... le...
-Oui le marsu qui nous fait une petite visite. Mac
je vous présente mon invité du week-end !
-C'et lui que vous allez avoir tout le week-end
chez vous ?
-Et oui ! Le SECNAV m'a PERSONNELLEMENT recommandé
pour cette tâche !
Je ne pensais pas que le marsu nous reconnaîtrait. Il y a maintenant
plusieurs semaines que nous ne l'avons pas vu mais pourtant en nous voyant il
nous saute dans les bras à tous les deux. Il a l'air aussi content que nous,
tout le JAG nous regarde il faut dire que le marsu n'est pas très discret à crier
HOUBA HOUBA
L'amiral se dirrige vers nous. Je pense qu'il veut voir l'animal de plus
près. Nous nous mettons tous au salut militaire. Le marsu nous regarde et prend
exemple pour lui aussi faire un salut militaire tout en disant HOUBA d'une voix
grave et en regardant l'amiral. Avec Mac nous ne pouvons nous retenir de rire !
Il est vraiment plein d'humour !
Avant
que je n'ai eu le temps de réagir il attrape ma casquette avec sa queue et se
la met sur la tête. Il a l'air très fier de lui? L'amiral s'approche et se
baisse à son niveau.
-On se découvre devant un supérieur hiérarchique
jeune homme !
Nous
échangeons un regard complice avec Mac, nous sommes au bord du fou rire. A ce
moment-là, le marsu reprend ma casquette avec sa queue et va la poser sur la
tête de l'amiral mais devant derrière!
HOUBA
HOUBA HA HA HA HA
Il a l'air très fier de son coup et l'amiral lui-même à le sourire aux
lèvres, il se redresse et me dit :
-Et bien Capitaine, j'ai du mal à croire que ce
soit ce petit farceur qui vous ai sauvé des griffes d'un jaguar ! En tout cas
je pense que vous n'allez pas vous ennuyer du week-end. Colonel je vous donne
également votre fin d'après-midi, vous pourrez ainsi aider un peu le Capitaine
avec cet énergumène !!
-Merci monsieur.
-Oh ne me remerciez pas, je ne suis pas sûre que ce
soit vraiment un cadeau !
APPARTEMENT D'HARM
20 HEURES
-Et bien dis donc il faut pas t'en promettre mon
vieux! Je comprends pourquoi Mac s'entend si bien avec toi : vous avez à peu
près le même appétit non ?
-Quand même pas ! Et moi je ne repasse pas aux
légumes après le dessert !
-Je crois qu'il va falloir que j'aille dévaliser
les magasins demain. Mon frigo n'était pas rempli en prévision de recevoir deux
ogres comme vous !
Nous nous installons devant un film, ou devrai-je dire un navet, comme
ils ont si souvent l'habitude de nous en mettre à la télévision. Mais n'ayant
pas d'affaire commune à préparer ce soir, ça fait du bien de penser à autre
chose qu'au boulot.
Quand le générique de fin apparaît je me retourne vers Mac: elle s'est
assoupie. Il est vrai que moi-même j'ai lutté plusieurs fois avec le sommeil :
ce n'est pas l'intrigue du navet qui m'a tenu réveillé.
J'éteins la télé et me dirige vers ma chambre, il y a trop longtemps que
je n'entends plus le marsu, je me demande ce qu'il est en train de faire.
Pourvu qu'il ne mette pas tout à sac ! Je n'ai pas envie de tout ranger à cette
heure.
Je le trouve endormi, couché sur le côté les mains sous la tête : il a
une position humaine comme ça. Cet animal est vraiment épatant, il est si
touchant ; il a un humour que j'adore et il est si... comment dire amical,
attentionné. Dans la forêt Palombienne, il s'est tout de suite occupé de nous,
pourtant il n'avait rien à y gagner. J'ai vraiment l'impression que pendant ces
deux jours nous avons tissé des liens particuliers, il n'y a qu'à voir la joie
qu'il a exprimé en nous revoyant tout à l'heure au JAG.
Je suis tiré de mes songes par une
main sur mon épaule. Je me retourne et je vois Mac, les cheveux ébouriffés et
les yeux bouffis, qui me sourit.
-Il n'est pas touchant comme ça ?
-Si, je crois que ses mésaventures l'ont épuisé.
Moi aussi d'ailleurs je le suis, je vais rentrer.
-Et comment ? Je vous rappelle que vous êtes venu
avec moi; je ne peux pas vous raccompagner et laisser le marsu seul ici.
-Prêtez- moi votre voiture !
Tout en lui disant cela je souris : je sais bien qu'il ne le fera
jamais.
-Mac vous êtes exténuée, ce n'est pas raisonnable
que vous conduisiez dans cet état !
-C'est la seule raison ?
-Mais bien sûr! Et puis avouez que ça ne va pas vous
déranger de partager le lit avec le marsu.
-Oh Harm !
-Quoi une chaleur animale près de vous vous déplaît
?
Je le regarde avec des yeux outrés et je lui
donne une tape sur le bras.
-Et vous, où allez vous dormir?
-Le canapé m'a l'air plutôt accueillant ! Tenez
prenez ça pour dormir.
Harm me tend un tee-shirt et un caleçon.
-Bonne nuit.
-Faites de beaux rêves !
APPARTEMENT D'HARM
11 HEURES
SAMEDI
Je viens juste de me réveiller, mais je
n'entends pas un bruit dans l'appartement d'Harm. Il m'a fallu quelques
secondes pour réaliser pourquoi j'étais dans son lit dans un de ses caleçons !
Mon horloge biologique se remet en route et me dit qu'il est 11 heures. Ça
faisait bien longtemps que je n'avais pas autant dormi et ma foi c'est
agréable. Dans le salon, je trouve un mot sur la table :
Alors on a perdu l'entraînement des marines ?
Je suis debout depuis 6 heures grâce au marsu!
Je pars faire quelques courses, je l'emmène avec moi.
Il y a des serviettes dans le placard et fouillez dans le frigo pour
essayer de trouver ce qui a pu échapper au marsu et qui serait encore
comestible!
À tout à l'heure.
HARM
Je commence à m'installer devant la
télé quand on frappe à la porte, persuadée que c'est Harm, j'ouvre sans
vérifier. Je me retrouve nez à nez avec une arme. L'homme qui la tient n'a pas
l'air de rigoler et me fait signe d'aller m'asseoir sur une chaise.
-Où est le Capitaine Rabb ?
-Qui ça ? Je ne comprends pas.
-N'essaies pas de jouer la carte de l'ignorance
avec moi car je risque de ne pas garder mon calme. Donc où est le Capitaine
Rabb ?
-Je suis désolée, je ne sais pas de qui vous
parlez.
Avant que j'ai eu le temps d'essayer
d'esquiver, l'homme me gifle. Je crois qu'il ne sait pas à qui il a à faire :
je suis un marine et j'en ai vu des pires! Je ne suis pas prête de répondre à
ses questions et l'intimidation ne marche pas avec moi.
-Alors ?
-Je n'ai strictement rien à vous dire.
-C'est ce qu'on va voir !
Il m'assène un grand coup et mon
arcade sourcilière se met à saigner. Mais il ne m'aura pas comme ça de toute
façon, je crois qu'il le comprend. Il sort son portable et compose un numéro :
-Patron j'ai un problème
-....
-Le Capitaine n'est pas là, il y a une femme, mais
qui ne répond pas à mes questions.
-....
-Oui, une femme !
-....
-Vous vous appelez Renée ?
Je ne vais pas répondre à
celle-là non plus! Apparemment le "patron" doit connaître Harm vu
qu'il parle de Renée, mais il a un train de retard ! Il y a bien longtemps que
Renée est sortie de la vie d'Harm.
-....
-Elle a l'air assez têtue, et plutôt belle femme.
-....
-Oui brune.
-....
-Ok je descends.
Et l'homme quitte
l'appartement. Je suis toujours attachée à la chaise et j'essaie péniblement de
rejoindre le téléphone mais une voix me glace :
-Colonel Mackenzie ! J'aurais dû me douter que
c'était vous ! Il n'y a pas plus têtue que vous ! Que faites vous chez Rabb
dans cette tenue et où est-il ?
-Je n'ai rien à vous dire Palmer. Et vous que
faites-vous là ? Leavenworth n'était plus à votre goût ?
Je sens son regard se poser
sur mon corps, je regrette de ne pas m'être habillé au saut du lit.
-Mais dites- moi Colonel, ça fait longtemps que la
nature de vos relations a changé ? Harm aurait pu me prévenir !
-Je n'ai aucun compte à vous rendre Palmer !
-Doucement Colonel, je sais être gentil mais j'ai
des limites qu'il ne faut pas dépasser. Bon si vous ne voulez pas me dire où
est votre cher et tendre nous n'avons plus qu'à attendre son retour. Je ne suis
pas pressé.
Je sens son regard toujours
posé sur moi, je ne peux rien faire et Harm qui va rentrer et se jeter dans la
gueule du loup. Je n'ai aucun moyen de le prévenir. Si j'avais été plus
méfiante au lieu d'ouvrir la porte sans regarder. J'entends une clef dans la
serrure.
-Mac est ce que le marsu.....
Harm n'a pas le temps de
finir sa phrase qu'il m'aperçoit ligotée et bâillonnée à une chaise, il
comprend alors tout de suite qu'il y a un problème.
-Bonjour Harm. C'est gentil de vous joindre à nous.
Justement avec Sarah on commençait à s'impatienter. Au fait petit cachottier,
tu aurais pu me prévenir que tes relations avec le Colonel étaient devenues
plus personnelles. Je vous aurai envoyé un petit cadeau pour vous féliciter.
-Que veux-tu? Pourquoi mêler Mac à tout ça ?
-Mais ce n'est pas moi qui ai mêlé Sarah.
Palmer commence à
s'approcher de Mac et à lui soulever le tee-shirt quand quelqu'un tourne la
poignée de la porte. Cet abruti de Palmer a oublié de refermer derrière moi !
Je ne vois pas qui peut venir me rendre visite un samedi à l'heure du déjeuné
mais je crois que la personne aurait mieux fait de s'abstenir aujourd'hui. Je
la remercie inconsciemment car ainsi Palmer ne continue pas à "jouer"
avec Mac. Il veut me pousser à bout et il va y arriver s'il ose toucher Mac
comme il s'apprêtait à le faire.
HOUBA ! C'est le marsupilami qui arrive tout
heureux ! Dans l'affolement, je l'avais oublié. Le pauvre, j'espère que Palmer
ne va pas lui faire de mal car il ne le mérite pas.
En voyant Palmer le marsu
se baisse et prend une position de combat: il commence à hérisser son poil et
du sang s'injecte dans ses yeux. Il se met à hurler.
HOUBA
GRRRRRRRRR Palmer n'a pas l'air de le prendre au sérieux.
-C'est votre nouvel animal de compagnie? Vous ne
m'en voudrez pas si je lui mets une balle entre les deux yeux et que je m'en
fasse une descente de lit?
Mais
avant qu'il n'ait pu tirer, le marsu met sa queue en "boule" et lui
asseine un grand coup en plein visage et Palmer s'effondre inconscient. Le
marsu commence alors à le frapper de toutes ses forces et je suis obligé de lui
dire d'arrêter sinon je crois qu'il l'aurait achevé.
Il stoppe de suite et
vient nous détacher, il est vraiment doué d'une intelligence hors du commun. On
dirait qu'il comprend tout comme un homme. Quand à Palmer il est complètement
HS.
-Et bien merci Marsu, je crois qu'on te doit une
fière chandelle. Mais dis- moi ou étais-tu passé? Je t'ai cherché à la sortie
du magasin.
Le marsu baisse les
oreilles et prend un air penaud. HOUBA OUPS
-Ce n’est pas grave, mais je ne compte pas te
courir après tout le week-end, tu m'as, bien entendu ? Mac, est-ce que ça va ?
-Oui.
-Il ne vous a pas fait de mal à part à l'arcade
avant que j'arrive ?
Je sais très bien à
quoi pense Harm en disant cela, si Palmer avait osé me toucher, il ne se
pardonnera pas de n'avoir pas été là pour me défendre et surtout d'en être la
cause.
-Non Harm tout va bien. Par contre je vais aller
prendre une douche et me désinfecter l'arcade, je vous laisse appeler l'Amiral
et Leavenworth.
APPARTEMENT D'HARM
15
MINUTES PLUS TARD
-Bonjour, Amiral.
-Bonjour, Capitaine, comment va le Colonel ?
-Elle est dans la salle de bain en train de soigner
son arcade monsieur. Si le Colonel était chez moi monsieur c'est que...
-Vous ai-je demandé une explication Harm?
-Non monsieur.
-C'est que je n'en veux pas alors. Je vais
embarquer Palmer au JAG où le personnel de Leavenworth va venir le récupérer.
C'est juste le marsu qui l'a mis dans un tel état?
-Oui Monsieur, il a une force phénoménale!
-Je veux bien vous croire ! C'est une armée de
marsu qu'il nous faudrait à la place des Commandos!
BUREAU DU
JAG
FALLS
CHURCH, VIRGINIE
11h45
LUNDI
Après avoir longtemps réfléchi, je me décide enfin à aller voir Harriet.
Je sais bien que c'est elle qui va pouvoir m'aider, mais je me demande encore
ce qu'elle va penser de tout ça. Tant pis, le principal c'est que j'arrive à
mes fins !
-Bonjour Harriet !
-Bonjour Capitaine ! Je peux faire quelque chose
pour vous ?
-Euh... et bien.... euh.... en fait.... je ne sais
pas trop comment dire, j'ai... un service à vous demander.
Il ne m'a pas encore demandé son service qu'Harm a déjà viré au rouge
cramoisi. J'ai du mal à retenir un léger sourire. Il joue nerveusement avec sa
casquette, il faut que je vienne à son secours sinon il ne va jamais s'en sortir
!
-Que puis-je faire pour vous Capitaine?
-Harriet laissez tomber le Capitaine !.... De toute
façon c'est un service....euh d'ordre personnel en fait.
-Capitaine, euh Harm si vous ne me dites pas ce que
c'est je ne pourrai pas vous aider. Lâchez tout d'un coup, vous allez voir ce
n'est pas si dur et vous vous sentirez mieux !
Réalisant soudain que j'étais en train de parler à mon supérieur comme
si c'était à Bud que je m'adressais
-Pardon Harm ce n'est pas ce que je voulais
dire....
-Non Harriet ce n'est pas grave, vous avez raison.
Bon je me lance ! J'ai besoin que vous alliez chez le Colonel avant 15 heures
sans qu'elle soit au courant. Je vais vous donner le double de ses clefs et
vous remplirez, s'il vous plait, un sac de voyage avec des affaires pour une
semaine.
Vu mon étonnement il doit comprendre que je veux en savoir plus avant de
m'introduire chez Mac à ses dépends...
-En fait j'ai demandé une semaine de vacances à
l'amiral pour le Colonel sans qu'elle soit au courant. Et l'avion décolle à 16
heures.
-Et quel genre de tenues faut-il que je lui prévois
?
Comprenant le sens de ma question Harm a l'air d'autant plus gêné et
finit par me répondre :
-Harriet, je sais que vous ferez de votre mieux.
Cependant prévoyez des tenues disons... euh.... qui ne risque rien !
-C’est-à-dire?
-Si vous me promettez que tout le JAG ne sera pas
au courant, je veux bien vous dire où je l'emmène.
-Motus et bouche cousue est ma devise Capitaine !
BUREAU DU
JAG
FALLS
CHURCH, VIRGINIE
14 heures
Il est déjà 14 heures. J'avais dit au
Capitaine que je lui rapporterai le sac du Colonel avant 13h 30. J'espère qu'il
ne s’impatiente pas trop. Du coup, je frappe à la porte et sans même attendre
la réponse d'Harm je rentre.
-Voilà Capitaine, j'ai fini, je suis désolée
d'avoir été si longue.
Tout en me retournant après avoir fermé la
porte, je découvre deux paires d'yeux qui me dévisagent. Ceux d'Harm semble
anxieux, il doit avoir peur que je n'en dise trop. Car l'autre personne est Mac
qui elle me fixe avec interrogation. Je finis par tendre maladroitement le sac
à Harm. Celui-ci ne sait plus où se mettre et ne semble rien réussir à répondre
au regard insistant de Mac. Il faut que je lui vienne en aide.
-Capitaine, c'était bien ce sac qui était dans
votre entrée qu'il fallait que je vous récupère ?
-Euh... oui Harriet, c'est celui-là. Merci
beaucoup.
Je comprends qu'Harriet est en train de me
sauver la mise.... à vrai dire je voyais bien que Mac attendait une explication
mais je ne voyais pas ce que je pouvais lui dire.
-Vous envoyez Harriet chercher vos affaires ?
-Oui Madame, le Capitaine avait l'air gêné d'être
obligé de repasser chercher son sac qu'il avait oublié et vu que j'avais une
course à faire dans ce quartier, je lui ai proposé de le lui prendre.
-Oh mais de toute façon Harm n'a aucun compte à me
rendre : il est grand ! Bon nous avions fini la conversation à propos de la
cour martiale Harm, non ?
-Oui puisque je vous ai dit que mon client refuse
un arrangement.
-Alors nous nous reverrons une fois de plus devant
le juge !
Et Mac quitte mon bureau.
-Et bien merci Harriet je vous dois une fière
chandelle !
-De rien Capitaine, j'ai vu que vous étiez gêné et
que vous ne saviez pas quoi dire. Heureusement que c'est un de vos sacs et non
celui de Mac car elle n'aurait pas été dupe.
-Oui. Si ça ne vous dérange pas vous avez qu’à
garder les clefs de Mac pour aller nourrir et promener Jingo cette semaine.
-Oh non pas de problème et puis c'est AJ Junior qui
va être content : il veut un chien.
BUREAU DE
MAC
10
MINUTES PLUS TARD
-Mac? Je peux entrer ?
-Oui mais je croyais qu'on s'était mis d'accord
pour la cour martiale.
-Ce n'est pas à propos de la cour martiale. Je
voulez savoir si vous accepteriez de m'accompagner à l'aéroport.
-À l'aéroport ?
-Oui je suis chargé de raccompagner le marsupilami
en Palombie et tant qu'à faire le déplacement j'ai pris une semaine de congés
pour visiter la Palombie un peu plus que la dernière fois !
Mac a l'air perdue dans ses pensées, je
crois qu'elle nous revoit au milieu de la forêt.
-Pas de problème, je vous accompagne. Vous avez
vraiment de la chance... je rêverai que l'amiral me donne une semaine de congés
; et la Palombie.... ce serait vraiment le bonheur ! Vous avez intérêt à
prendre un appareil photo pour qu'à votre retour, je puisse moi aussi
"visiter" la Palombie.
-Bien sûr Mac.... vous me connaissez, je ne vous
oublierai pas ; je prendrai même le temps de vous envoyer une carte postale!
-Oh mais j'y pense, comment allez vous vous
débrouiller pour parler ?
-Au feeling ! Moitié espagnole, moitié américain,
et puis il existe de très bons dictionnaires. Bien sûr cela ne vaut pas un
dictionnaire comme vous mais je ne voudrais pas vous arracher à vos dossiers si
passionnants.
-Passionnant vous l'avez dit ! L'amiral m'en a
encore donné un ce matin.... enfin je ne vais pas vous ennuyer avec ça alors
que vous êtes presque en vacances.
-Et oui Mac le monde est injuste ! Bon rendez vous
à 15 heures à ma voiture, le temps d'aller à l'aéroport.
-Il ne serait pas plus logique de prendre la mienne
?
-Comment ? Vous n'êtes pas contente que je vous
laisse le privilège de conduire ma voiture ? Plus sérieusement c'est que je
pensais que vous pourriez par la même occasion la garder devant chez vous où la
ramener chez moi.
-Ok ça marche, 15 heures devant votre voiture.
JARDIN DU
JAG
15 HEURES
-Et bien pour qu'une fois qu'Harmon Rabb Junior est
à l'heure !
-Quand c'est pour partir en vacances, je fais des
efforts !!
Après avoir chargé la voiture avec les
bagages, et fait monter le marsu à l'arrière nous partons en direction de
l'aéroport. Plus nous nous en rapprochons plus je commence à angoisser. Mon
rythme cardiaque s'accélère, mes mains deviennent moites et mon souffle plus
court... Comment Mac va-t'elle réagir? Elle a bien dit tout à l'heure dans son
bureau qu'elle en rêvait mais il y a quand même une différence entre ce que
l'on dit et la réalité de ce que l'on pense vraiment. Finalement ne suis je pas
allé trop loin? Comment ai-je pu me permettre de prendre cette décision pour
elle.... Je sens qu'elle va me maudire, et je n'ose pas imaginer les foudres du
marine dog devil qu'est Mac!
Assise à côté de moi Mac est détendue; sans
doute à mille lieux de penser à ce qui va arriver.
-Alors Flyboy ? Vous avez prévu votre tee-shirt
marsu pour continuer à jouer les touristes?! S'ils ont de nouveaux modèles,
vous avez intérêt à m'en ramener un sinon je vous botte vos six heures à votre
retour et je vous réexpédie par le premier vol !
.....
-Harm ? Vous m'écoutez ?
-Oui pardon Mac, je suis désolé.
-Ah là là c'est que vous vous voyez déjà dans votre
luxueux hôtel au bord de la piscine en maillot de bain, en train de siroter un
cocktail de fruits ?
-Ça doit être ça...
J'ai du mal à sourire, d'ici quinze
minutes je serais fixé. Mac va me détester, j'en suis sûr !
AEROPORT
Le marsu est de très bonne humeur, il
doit avoir compris qu'il rentre chez lui. Il me donne une main et donne l'autre
à Mac. Je porte mon sac sur l'autre épaule et Mac a insisté pour porter le
second. Quand elle a vu qu'il y en avait deux, j'ai même eu droit à une
réflexion du genre : "Deux sacs pour vous ? Mais dites- moi on dirait une
vraie femme ?" Là encore j'ai eu du mal à sourire à sa blague.
Ça y'est nous arrivons en vue de la
porte d'embarquement.... il va falloir que je lui dise mais je ne fais que
retarder au maximum le moment fatidique de peur de sa réponse. A ce moment-là
elle rompt le silence :
-Hey Flyboy ça ne va pas ? Depuis qu'on a quitté le
JAG, vous faites une tête d'enterrement... c'est l'idée d'être loin de moi une
semaine ?
Sans que j'ai eu le temps de réagir Mac
lâche la main du marsu, pose le sac par terre et me prend dans ses bras.
-Vous allez me manquer Harm. Tâchez de bien vous
amuser et en profiter pour vous reposer. Car attention, à votre retour, je vous
attends de pieds fermes en cour martiale !
Et aussi spontanément qu'elle m'a pris
dans ses bras, elle me lâche et nous reprenons notre marche vers le terminus
comme si rien n'était arrivé. Je n'ai même pas eu le temps de lui répondre,
elle m'a pris au dépourvu !
-Ça y'est moussaillon vous êtes arrivé à
destination... enfin pas tout à fait, mais mon travail s'arrête là. Il vous
reste les hôtesses de l'air qui vont vous bichonner je n'en doute pas.
Elle me tend une perche sans le savoir
: autant en profiter.
-Oui mais ce n'est pas avec les hôtesses de l'air
que j'ai envie de passer mes vacances.
-Qui sait, peut être que vous allez en trouver une
qui va s'arrêter en Palombie et vous tenir compagnie pour une semaine.
Seulement n'oubliez pas de nous revenir au JAG.
-Et si je vous disais que je l'ai trouvé ?
-Qui ?
-La personne avec qui j'ai envie de partir une
semaine en vacances, avec qui je veux visiter la Palombie et faire du shopping.
-Et bien je n'ai qu'une chose à vous dire : vous
auriez dû l'inviter !
-Mais je l'ai fait.
-Harm, à part le marsu, il n'y a personne ici pour
vous accompagner en Palombie.
-Si moi je vois quelqu'un.... vous Mac !
-Moi ? Même si ça me fait très plaisir ce que vous
dites Harm, je ne compte pas déserter mon poste pour vous accompagner en
Palombie.
-Vous n'avez pas besoin de déserter.
-Harm arrêtez de jouer aux devinettes, je n'aime
pas ça.
-Ok, ouvrez le sac.
-Quoi ?
-Ouvrez le sac que vous avez sur l'épaule.
Au moment où elle l'ouvre, d'une voix
mal assurée je lui dis :
-L'amiral est au courant Mac. Une semaine de
vacances en Palombie avec moi ça vous dit ?
Mac sort un de ses tee-shirts du sac,
son regard passe du tee-shirt à moi, elle semble perdue, ne pas comprendre. Je
sens mes jambes flageolantes.... si elle ne se décide pas à faire tomber le
verdict, je vais m'écrouler.
J'ai du mal à comprendre ce qui
m'arrive. Depuis ce matin j'envie Harm de raccompagner le marsu en Palombie et
d'y rester en vacances et là je viens d'apprendre que je pars avec lui. Je
finis par reprendre vaguement mes esprits et je vois Harm qui lui est en train
de virer au blanc. Il doit attendre ma réponse le pauvre. Et sans réfléchir je
me jette dans ses bras et l'embrasse sur la joue. Enfin dans mon idée, je comptais
l'embrasser sur la joue, mais il a tourné la tête à ce moment-là et mon baiser
sur la joue s'est transformé en baiser sur la commissure des lèvres.
-Je prends ça pour un oui marine ?
-Oh pardon : oui oui oui oui et encore oui. Enfin
seulement si vous arrivez à me supporter une semaine !
-Ça va être sans doute très dur, mais je pense que
je vais survivre.... après tout j'ai survécu à pire !
Je sais qu'il se moque de moi en
disant cela mais je lui donne un petit coup dans le ventre comme pour faire
semblant d'être vexé.
-Dépêchons nous Flyboy avant que l'avion ne parte
sans nous ou que vous changiez d'avis !
A ce moment-là, le marsu qui était
resté silencieux nous attrapa chacun par une main et se mit à bondir en
direction de l'embarquement tout joyeux.
FORET
PALOMBIENNE
Nous avons pas mal réfléchi avec
Harm dans l'avion et d'un commun accord nous avons décidé de prendre l'hôtel le
plus exotique de Palombie à savoir le nid que les marsus nous avaient
construit. Nous allons passer la meilleure semaine de vacances de notre vie,
j'en suis sûre! Et j'ai tellement hâte de revoir toute la famille marsue. Je
crois qu'Harm ne pouvait pas me faire de plus beau cadeau... Moi qui pensez
vraiment le connaitre, je ne le croyais pas capable de ça. Lui qui veut
tellement que sa vie soit planifiée à l'avance, qu'il n’y ait aucune inconnue
dans l'équation. Remarque il n'en menait pas large pour me dire qu'il
m'invitait une semaine en Palombie.
Je suis complètement perdue dans
mes pensées et je crois que je suis en train de sourire bêtement. Finalement je
finis par m'apercevoir qu'Harm est en train de me fixer. Depuis combien de
temps, il me regarde comme ça ?
-Ça va Mac ?
-Oui super. Que rêver de mieux ? Je suis en
vacances pour une semaine, je vais aller retrouver les marsus que je ne pensais
jamais revoir. Harriet m'a prévu des baskets : je n'ai même pas mal aux pieds
comme la dernière fois ! Je n'ai pas besoin de porter mon sac: le marsu bondit
dans tous les sens trop contents de rentrer chez lui, et n'a même pas l'air de
faire des efforts pour porter nos affaires. Et pour finir vous êtes avec moi.
Harm me fait l'un de ses
plus beaux sourires et glisse sa main dans la mienne. Nous marchons tous les
deux, main dans la main, vers notre semaine de vacances.