Cabinet Campbell, Headshaw et associés
Washington D.C.
15h25
Sarah McKenzie soupira en étirant ses muscles endoloris. Elle était plongée dans la paperasserie depuis le début de l’après-midi, tâche ingrate à laquelle elle avait décidé de s’atteler lorsque la pile qui ornait son bureau avait commencé à menacer sérieusement de s’écrouler. Elle était pourtant du genre consciencieuse et d’ordinaire elle ne laissait pas la paperasse s’accumuler de la sorte, mais elle avait été tellement absorbée le mois passé par une affaire de tentative d’enlèvement qui avait traîné en longueur, qu’elle n’avait vraiment pas eu le temps de s’en occuper. A présent que l’affaire était bouclée, son client relaxé et le véritable coupable sous les verrous, elle pouvait le faire. Bien-sûr, ce n’était pas aussi trépidant que de résoudre une affaire, mais il fallait bien qu’elle s’en occupe un jour ou l’autre, alors… Et puis de cette façon elle pourrait au moins voir les personnes qui s’asseyaient de l’autre côté de son bureau.
Elle sourit en constatant que la pile avait fondu de plus de la moitié, et décida de s’accorder une pause café bien méritée. Elle venait à peine de revenir dans son bureau, une tasse fumante à la main, lorsque le téléphone sonna. Elle s’empressa de poser sa tasse et décrocha le combiné.
–McKenzie, j’écoute.
–Sarah, c’est Jack.
–Hé, Jack ! Comment vas-tu ?
–ça peut aller, je te remercie. Et toi, toujours aussi jolie ?
Elle rit : c’était tout Jack, ça ; après toutes ces années, il faisait encore mine de la draguer.
–Oui, et toujours aussi fiancée ! répondit-elle.
–Ah, Sarah, tu me brises le cœur, tu sais ! répondit-il avec un soupir mélodramatique.
–Oui, je sais. Bon, dis-moi, qu’est-ce qui me vaut l’honneur de ce coup de fil ?
–Quoi, je ne peux pas t’appeler seulement pour le plaisir d’entendre ta voix ?
–Jack !
–D’accord, d’accord. En fait, j’aurais besoin que tu me rendes un petit service.
–Quel genre de service ?
–Tu te rappelles de Tom, mon petit frère ?
–Celui qui est dans les Marines ?
–Oui, c’est ça. Et bien il a des ennuis et j’ai pensé que tu pourrais peut-être l’aider.
–Attends, qu’est-ce que tu veux dire par « il a des ennuis » ?
–Il est accusé d’avoir tabassé une fille en sortant d’un bar.
–Et il est innocent ?
–Bien-sûr ! Sarah, Tommy ne ferait jamais une chose pareille, il est incapable de tabasser quelqu’un, et surtout pas une pauvre fille sans défense.
–Bien, je te crois, mais en quoi est-ce que je peux l’aider ? Je ne suis pas militaire, il a déjà sûrement un avocat.
–Oui, bien-sûr, mais ça me rassurerait de savoir que tu es près de lui. Je préfère qu’il ait trop d’avocats que pas assez. S’il te plaît, Sarah. Tommy adore les Marines et s’il est reconnu coupable, il peut non seulement tirer un trait sur sa carrière, mais en plus il risque fort de finir en taule.
–Jack, ce n’est pas que je ne veux pas t’aide, mais je ne connais rien aux procédures et aux règlements militaires.
–L’autre avocat t’expliquera l’essentiel. Ce qu’il faut, c’est surtout que tu découvres la vérité sur ce qui s’est passé. Pas besoin d’être militaire pour ça. Je t’en prie !
Elle réfléchit un instant puis soupira.
–D’accord, je verrai ce que je peux faire.
–Merci, Sarah, tu es une véritable amie, je te revaudrai ça !
–J’espère bien !
Appartement de Mac
Georgetown, Virginie
19h20
Une fois leurs assiettes et couverts lavés et rangés, David Campbell alla rejoindre sa fiancée sur le sofa.
–Alors, tu vas te décider à me dire ce qui te préoccupe ou il faut que je devine ? demanda-t-il en passant un bras autour de ses épaules.
–Oh, c’est rien. C’est juste Jack qui m’a appelée cet après-midi pour me demander de défendre son frère dans une sale affaire.
–Minute, Jack, tu veux dire Jack Lloyd ? Le type qui…
–David, ne recommence pas ! Jack est un vieil ami, et tu sais très bien qu’il n’essaye pas réellement de coucher avec moi.
–Mouais, ça c’est toi qui le dis !
–Bon, enfin de toute façon, c’est de son frère Tom qu’il s’agit, pas de lui.
–Qu’est-ce qu’il a fait ?
–Il est dans les Marines et il est accusé d’avoir frappé une femme après une soirée un peu trop arrosée.
–Dans les Marines ? Alors sa défense sera assurée par un avocat militaire, ça ne te concerne pas.
–Je sais, mais Jack a insisté pour que je donne un coup de main à son avocat. Je dois le rencontrer demain matin à Falls Church.
–Bon, c’est toi qui vois, si ça t’amuse de jouer les assistantes d’un vieux misogyne en uniforme…
–David !
–Je plaisante. Bon, changeons de sujet, pour le mariage, tu crois qu’il faut que j’invite mon cousin Ned et son horrible femme ?
–Et bien dans la mesure où tu as invité tous tes autres cousins, ça me paraît assez difficile de faire autrement !
–Mouais, c’est aussi ce que je pensais. Sauf si on égare leur invitation… Ou qu’on se trompe d’adresse…
–Tu es horrible ! commenta-t-elle en riant.
–Je sais, répondit-il en l’embrassant.
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
08h20
–Monsieur, l’Amiral veut vous voir dans son bureau dès que possible.
Harmon Rabb soupira en se dirigeant vers son bureau pour y déposer ses affaires.
–Très bien, Tiner, j’arrive tout de suite.
« Allons bon, à peine arrivé et déjà sur le grill. Qu’est-ce qui se passe, encore ? » songea-t-il alors qu’il traversait la salle commune en sens inverse pour se diriger vers le bureau de son supérieur.
Il frappa et entra.
–Vous vouliez me voir, Monsieur ?
–En effet, Capitaine. Asseyez-vous.
Harm prit un siège et jeta un œil à la jeune femme assise à côté de lui, impatient de savoir qui elle était et pourquoi elle était là.
–Capitaine, je vous présente Maître Sarah McKenzie. Elle travaillera avec vous sur votre prochaine affaire.
Harm se tourna vers elle et hocha poliment la tête. Elle lui sourit en retour.
–Monsieur, avec tout le respect que je vous dois, et sans vouloir vous froisser, Maître, je ne comprends pas vraiment la raison de cette coopération. Mon client est militaire.
–Oui, mais il se trouve que son frère est un de mes amis et il m’a demandé de veiller à ce que Tom soit reconnu innocent, répondit Mac.
–ça, c’est mon travail, Maître.
–Et c’est aussi le mien, maintenant.
–Capitaine, intervint AJ, un accusé a tout à fait le droit de faire appel au défenseur de son choix.
–Dans ce cas, Monsieur, je ne suis pas certain que ma participation soit nécessaire.
–Si, elle l’est. Vous êtes toujours en charge de ce dossier, Maître McKenzie vous assistera. Je compte sur vous pour coopérer avec elle et faire honneur à votre uniforme en vous comportant comme un gentleman. Est-ce que c’est compris ?
–Oui Monsieur.
–Bien, dans ce cas, disposez.
–A vos ordres, répondit-il en se levant.
–Merci, Amiral, ajouta Mac en suivant Harm.
AJ hocha la tête en guise de réponse et les regarda sortir de son bureau, non sans une certaine appréhension quant au bon déroulement de cette affaire.
Bureau de Harm
Harm ferma la porte derrière elle et alla s’asseoir à son bureau en soupirant.
–Est-ce que vous êtes toujours d’aussi joyeuse humeur ou est-ce que c’est un mauvais jour ? demanda Mac en s’asseyant face à lui, un sourire aux lèvres.
Il leva les yeux vers elle et la fixa en silence un moment avant de répondre.
–ça n’a rien de personnel, Maître, c’est juste que je n’aime pas beaucoup que des civils se mêlent des affaires des militaires. Chacun son travail, si je puis dire.
–Je suis là seulement pour vous donner un coup de main et tranquilliser un vieil ami, pas pour marche sur vos plates-bandes, Capitaine. Et si on doit travailler ensemble, appelez-moi Mac, c’est comme ça que mes amis m’appellent. Et puis j’ai toujours trouvé que « maître » faisait un peu gourou de secte ! conclut-elle en souriant.
Harm sourit aussi presque malgré lui. Il appréciait sa franchise.
–Alors appelez-moi Harm, répondit-il. Vous n’êtes pas militaire, vous n’avez donc pas à m’appeler Monsieur ou à saluer.
–Encore heureux ! Bon alors, par quoi est-ce qu’on commence, Harm ?
La matinée se déroula sans incident, ils étudièrent ensemble tout le dossier à fond et préparèrent les entretiens qu’ils voulaient avoir avec diverses personnes dans l’espoir d’y voir un peu plus clair. Vers 1 heure de l’après-midi, l’estomac de Mac commença à manifester bruyamment son mécontentement de se trouver vide, aussi ils décidèrent d’aller déjeuner.
Au restaurant
Harm regarda sa compagne attaquer avec appétit son entrecôte grillée et sa portion de frites d’un air consterné. Au bout d’un moment, n’y tenant plus, elle posa sa fourchette et planta son regard dans le sien.
–D’accord, dites-moi ce qui vous dérange, vous me coupez la digestion à me regarder comme ça !
–Non, je pensais juste à toutes les graisses que vous ingurgitez, sans parler de cette pauvre vache qui s’est retrouvée dans votre assiette. J’ai toujours eu du mal à comprendre les gens qui prennent tant de plaisir à manger des morceaux d’animaux morts.
Elle le regarda avec de grands yeux incrédules.
–Vous avez vraiment le chic pour couper l’appétit, vous ! C’est quoi, votre problème ? Vous avez élevé un veau au biberon quand vous étiez petit, c’est ça ?
Il sourit, amusé de sa réaction.
–Non, j’essaye juste de prendre soin de ma santé, c’est tout.
–Et bien si ça peut vous rassurer, mon taux de cholestérol est tout à fait raisonnable, quant au fait de manger de la viande, tous vos beaux discours ne m’y feront jamais renoncer. Je suis définitivement une carnivore ! Alors mangez vos brocolis et laissez-moi finir mon entrecôte en paix !
Elle reprit sa fourchette et engloutit un gros morceau de viande avant de piocher une frite. Sentant le regard de Harm toujours fixé sur elle, elle releva les yeux vers lui.
–Quoi encore ? Vous n’aimez pas la façon dont je tiens ma fourchette ? Vous faites partie du comité de protection des pommes de terre ?
–Non, c’est juste… Vous êtes incroyable !
Elle fronça les sourcils sans comprendre.
–Pourquoi ? Parce que je mange de la viande ?
–Non, parce que vous une façon de manger qui… Enfin on voit que vous appréciez ce que vous avez dans l’assiette !
–Bon , j’aime manger, et alors ? C’est si incroyable que ça ?
–Non, je suppose que non. Excusez-moi, c’est idiot. Je suis tellement habitué à voir ma petite amie picorer en calculant le nombre de calories qu’elle avale à chaque bouchée qui franchit ses lèvres !
–Oh, je vois.
Bizarrement, elle n’avait pas très envie d’en entendre davantage sur le sujet « petite amie de Harmon Rabb Jr ».
« Mais qu’est-ce que j’imaginais ? Qu’un type comme lui était célibataire ? C’est déjà étonnant qu’il ne soit pas encore marié, beau comme il est… Mais qu’est-ce que je raconte, là ? Bon d’accord, il est plutôt sexy…très sexy même, mais je suis fiancée ! Je me fais l’effet d’une gamine de 15 ans. Contrôle-toi, Sarah ! » s’admonesta-t-elle en pensée.
Les appels répétés de Harm la tirèrent de sa rêverie.
–Mac ? ça va ? demanda-t-il d’une voix vaguement inquiète.
–Oui, oui, ça va, pardon, j’étais juste en train de penser… Laissez tomber, murmura-t-elle en baissant les yeux sur son assiette.
« Je rêve ou elle a rougi ? » se demanda Harm. « Mais pourquoi ? Qu’est-ce qui peut bien faire rougir une brillante jeune avocate comme elle ? Est-ce qu’elle pensait à… ? Non, idiot, complètement idiot, comme idée. Elle est probablement mariée. Quoi qu’elle n’a pas d’alliance, juste une bague. Ah, fiancée alors, c’est du pareil au même. Je me demande quel est le veinard qui a réussi à… Rabb, arrête ça ! Elle est fiancée, et toi tu as Renée, qui est une femme merveilleuse et qui… Oui, enfin peut-être pas « merveilleuse », mais c’est une fille chouette et… sympa. Ouh là, ça fait très sérieux, ça ! Ma petite amie est « sympa ». Je connais Mac depuis ce matin et j’ai déjà plus d’adjectifs pour la qualifier ! … Il faut que j’arrête d’analyser ça. On se concentre, on règle cette affaire et on se dit au-revoir. Fin de l’histoire. »
Ils terminèrent leur repas dans un silence quasi religieux, le nez plongé dans leurs assiettes, chacun évitant soigneusement de croiser le regard de l’autre.
Appartement de Mac
Georgetown, Virginie
17h50
–Attends, tu es sûre que ce soit indispensable ? Tu ne peux pas rester là et l’aider par téléphone ou e-mail ? demanda David d’un ton quasi-suppliant à sa fiancée.
–David, comment veux-tu que je défende un client et que je mène des interrogatoires par e-mail ? Je ne serai partie que quelques jours, une semaine tout au plus. Tu survivras, tu verras ! ajouta-t-elle en remplissant son sac de voyage.
–Mouais, n’empêche que je n’aime pas l’idée de te savoir à l’autre bout du pays avec ce type.
–Qui ça, Harm ?
–Harm ? Tu l’appelles par son petit nom, maintenant ?
–Seulement parce-que ça me va mieux que « capitaine » ou « monsieur ».
–Mmmh.
–Il a une petite amie, et moi je suis fiancée, tu te rappelles ? Tu n’as pas à t’inquiéter, il ne se passera rien.
–Il est bon avocat, au moins, ton Harm ?
–Il paraît que c’est le meilleur du JAG. En tout cas, il a l’air efficace, tenace. Et j’aime assez sa façon de travailler.
–Sarah, je sais que je peux te faire confiance et qu’il ne se passera rien entre toi et lui, mais juste pour me rassurer, dis-moi qu’il est vieux, chauve et édenté !
–En fait, je dirais qu’il est relativement jeune, il a tous ses cheveux et toutes ses dents, et puis il est grand, musclé, il a de magnifiques yeux bleus et un sourire à faire fondre un iceberg !
–Sarah, tu es vraiment cruelle !
–Il est végétarien, ajouta-t-elle.
–Oh ! Impardonnable erreur ! Alors là, c’est bon, je suis entièrement rassuré !
–Idiot ! répondit-elle en riant avant de passer ses bras autour du cou de David pour l’embrasser.
–Tu vas me manquer, murmura-t-il à son oreille.
–Toi aussi, répondit-elle distraitement, tandis que l’image d’un certain capitaine de frégate flottait obstinément devant ses yeux.
Vol 158 Washington - San Diego
07h45
La voix du commandant de bord résonnant dans le haut-parleur fit sursauter Mac, la tirant du demi-sommeil dans lequel elle était tombée.
–Mesdames, Messieurs, nous allons traverser une zone de turbulences. Je vous demande de regagner votre place et d’attacher votre ceinture pour plus de sécurité. Merci.
L’avion se remplit aussitôt de murmures inquiets tandis que chacun faisait ce que le commandant venait de demander. Mac se tourna vers Harm en bouclant sa ceinture.
–J’espère qu’on sortira vite de cette zone de turbulences, je n’aime pas trop quand l’avion se met à tanguer.
–Ne vous inquiétez pas, répondit-il d’un air parfaitement détendu. C’est peut-être impressionnant, mais la plupart du temps ce n’est pas vraiment dangereux. Les pilotes sont habitués à ce genre de choses, de toute façon, dans ce métier on apprend vite à composer avec les caprices de la météo.
–Vous en parlez comme si vous étiez pilote vous-même !
–C’est le cas, sourit-il.
Mac leva un sourcil, surprise.
–Vraiment ?
–Oui Madame. Je pilote des F-14, et j’ai aussi un petit Steerman à moi.
–Ouah ! Je suis impressionnée ! Mais je croyais que vous étiez avocat. Est-ce qu’on m’aurait mal renseignée ?
–Non, je suis aussi avocat. En fait, j’ai commencé ma carrière comme pilote de chasse, mais j’ai eu un accident et mon RIO a été tué dans le crash. Après ça, on m’a diagnostiqué un problème de vision nocturne, donc interdiction de voler de nuit. Pour un pilote, c’est un handicap trop lourd pour pouvoir continuer dans la carrière, il a donc fallu que je trouve une autre façon de gagner ma vie. C’est comme ça que j’ai atterri au JAG.
–Alors vous ne volez plus ?
–Si, de temps en temps. En fait, on a découvert il y a quelque temps que le diagnostic était mauvais, j’ai subi une petite intervention au laser et mes yeux sont de nouveau opérationnels de jour comme de nuit. Donc je vole régulièrement, je suis obligé si je veux garder mes ailes, mais plus aussi souvent qu’avant, c’est certain.
–Et ça vous manque ?
–Oui, mais j’ai trouvé ma place au JAG, je m’y sens chez moi maintenant. J’aime ce que je fais, et puis ce n’est pas comme si j’étais cloué au sol. Si j’ai envie de décoller, je peux toujours aller faire un tour avec Sarah.
–Sarah !??
–Mon avion, expliqua-t-il devant l’air perdu de Mac.
–Votre avion s’appelle Sarah ?
–C’est le prénom de ma grand-mère.
–Oh !… Et bien en tout cas je suis rassurée, en cas de problème, vous pourrez toujours prendre le manche !
Harm répondit par un de ces sourires lumineux dont il avait le secret, et Mac sentit des papillons danser dans son estomac. Elle se détourna vers le hublot en se maudissant intérieurement de rougir comme une écolière, et tâcha de se concentrer sur ce qui les attendait à San Diego et de ne pas analyser sa réaction.
Base militaire de San Diego
09h10
Aussitôt arrivés à San Diego, ils se rendirent à la base et se présentèrent au Commandant, le Colonel Feretti. Celui-ci, ravi que des avocats se chargent de démêler cette ennuyeuse affaire, abrégea les civilités et les invita à se rendre auprès de leur client, placé en détention jusqu’à son procès. Harm et Mac obtempérèrent et se rendirent donc à la prison de la base, où on les accompagna jusqu’à une pièce où les attendait le jeune caporal. Celui-ci, voyant entrer Harm, se leva aussitôt pour se mettre au garde-à-vous.
–Repos, caporal. Asseyez-vous.
–Merci, monsieur.
–Je suis le capitaine Rabb, du JAG, et voici Maître McKenzie. Je crois que votre frère a réclamé son assistance.
–En effet, il m’en a parlé. Merci d’avoir accepté de venir, madame. Jack m’a dit que vous étiez la meilleure.
Mac sourit.
–Jack a toujours eu tendance à tout exagérer, cela dit je ferai tout ce que je pourrai pour vous tirer de là.
–Je vous remercie. J’espère que vous trouverez quelque-chose, parce que moi je n’y comprends rien.
–Si vous commenciez par nous dire ce qui s’est passé cette nuit-là ? proposa Harm en sortant un bloc et un stylo, imité en cela par sa collègue.
–Eh bien ce soir-là, j’étais en permission, commença-t-il. Avec quelques copains, on a décidé d’aller prendre un verre en ville, dans un bar sympa où on va de temps en temps. On a bu quelques bières, joué aux fléchettes. Et puis j’ai eu besoin d’aller aux toilettes, mais c’était occupé et comme j’avais vraiment une envie pressante, je suis sorti pour aller me soulager dans la ruelle derrière le bar, là où ils mettent les poubelles. Ensuite je suis rentré, on est restés encore un peu et puis on est partis. Le lendemain, des MPs sont venus m’arrêter en m’expliquant qu’une fille m’accusait de l’avoir tabassée. C’est tout.
–Vous savez qui est cette fille ? demanda Harm.
–Oui, ils m’ont montré sa photo. Je l’avais déjà vue quelques fois, dans ce bar. Je me souviens même qu’une fois, elle était avec un type qui la malmenait, et avec les copains on s’était interposés pour que ce gars lui fiche la paix. Il était complètement saoul et le moins qu’on puisse dire c’est qu’il n’a pas trop apprécié, mais les flics l’ont ramassé et je crois qu’il a passé la nuit au trou. Vous pourrez vérifier si vous voulez.
–On va le faire, mais parlez-nous un peu de cet homme. Vous pourriez nous le décrire ?
–Il était plutôt balèze, genre boxeur mais pas poids plume. Blanc, les cheveux bruns, avec un tatouage de Betty Boop sur le bras. Un look biker, vous voyez le genre. La pauvre fille semblait complètement terrorisée par ce type. Je suppose que c’était son petit ami.
–Est-ce que vous les avez vus ce soir-là, au bar ? demanda Harm.
–Je ne crois pas, non. Mais vous savez, il y avait pas mal de monde et je n’ai pas vraiment fait attention. En plus, j’étais passablement éméché , donc j’avoue que mes souvenirs ne sont pas d’une netteté à tout casser.
–Je vois, soupira Harm.
–Avez-vous une idée de la raison pour laquelle cette jeune femme vous a identifié comme son agresseur ? demanda Mac.
–Non, pas la moindre, ça me dépasse totalement !
–Vous n’avez jamais eu d’autre contact avec elle ? Vous ne l’avez jamais invitée à danser, par exemple, ou à prendre un verre ?
–Non, j’ai une petite amie, alors je n’invite pas d’autre fille. Un de mes amis lui a offert un verre, une fois, il me semble. Il la trouvait mignonne et il voulait juste bavarder un peu avec elle. Mais elle a refusé et lui a demandé de ne pas recommencer et de la laisser tranquille. Elle avait l’air d’avoir peur.
–De son petit ami ?
–Sûrement. Elle ne voulait sans doute pas qu’il la voie avec un autre homme, même si elle ne faisait rien de mal avec lui.
–Bien, je crois qu’on va aller faire un tour dans ce bar et tâcher d’en apprendre un peu plus sur ce gentleman, conclut Harm. On vous tiendra au courant, ne vous en faites pas.
–Merci, monsieur… Dites, vous allez me tirer de là, n’est-ce pas ? Tout le monde dit que vous êtes le meilleur avocat du JAG, et vous madame, Jack m’a assuré que vous étiez sensationnelle.
–Détendez-vous, Tom, répondit Mac. Vous êtes en de bonnes mains. On ne partira pas avant d’avoir trouvé le fin mot de l’histoire. Et quand ce sera fait, vous aurez certainement une longue et belle carrière. D’accord ?
–Oui, madame. Merci.
–Je vous en prie, répondit-elle avec un sourire chaleureux.
Bar « The Pacific Siren »
San Diego
10h05
–On est fermés ! maugréa le barman, occupé à ranger des bouteilles, dès que Mac et Harm eurent franchi la porte.
–On ne vient pas pour boire un verre mais pour des renseignements, répondit Harm. Je fais partie du JAG et ma collègue et moi-même assurons la défense d’un jeune caporal des Marines qui est accusé d’avoir frappé une jeune femme derrière votre bar.
–Ah, ouais, j’en ai entendu parler. Sale affaire. Il paraît que la petite est dans un sale état. Ce type est une brute, et si vous voulez mon avis il devrait aller pourrir en tôle.
–Le caporal affirme que ce n’est pas lui qui lui a fait ça.
–Ouais, bien-sûr. C’est ce qu’ils disent tous, non ?
–Ecoutez, cette histoire ne tient pas debout, ça ne lui correspond pas du tout de faire une chose pareille, reprit Harm. Je ne crois pas qu’il soit du genre à tabasser une femme. En revanche, il a parlé d’un homme qui pourrait être le petit ami de la victime. Grand, brun, costaud, avec une Betty Boop tatouée sur le bras. Vous le connaissez ?
–Ouais, c’est son mec, c’est vrai. Il s’appelle Hank.
–Et vous ne pensez pas qu’il aurait pu la frapper et la forcer pour une raison quelconque à accuser le caporal Lloyd ? interrogea Mac.
Le barman la dévisagea un instant en silence avant de répondre.
–Ben c’est vrai que c’est pas vraiment un enfant de chœur. Il est pas toujours tendre avec elle, surtout quand il a un verre dans le nez. Mais pourquoi il aurait voulu faire porter le chapeau à ce type ?
–On espérait que vous pourriez nous aider sur ce point. Vous n’avez jamais rien remarqué qui pourrait l’expliquer ?
Il réfléchit un instant et son visage s’illumina soudain comme s’il venait d’avoir une révélation.
–Oui ! Je me souviens qu’un soir, un groupe de Marines l’avait viré du bar. En fait, ils se sont interposés parce que Hank commençait à crier après la petite. Je l’aurais mis dehors moi-même s’il avait levé la main sur elle, de toute façon. Je veux pas de ça ici, vous comprenez.
–Oui, le caporal nous a parlé de cet incident, approuva Mac.
–Et alors, je sais pas, il aurait pu être assez tordu pour vouloir se venger de cette façon.
–C’est une piste à explorer, en effet, répondit Harm. Est-ce que vous sauriez où on peut trouver ce Hank, par hasard ?
–Je sais pas où il crèche, mais vous n’avez qu’à venir ce soir, vous êtes à peu près sûrs de le trouver ici.
–D’accord. Merci.
–Pas de quoi. Je l’aime bien, cette petite, et je ne supporte pas les mecs qui ont besoin de frapper leur nana pour se sentir virils.
–Moi non plus, murmura Mac en se dirigeant vers la porte, Harm sur les talons.
Commissariat de police du 3ème district
San Diego
10h35
Après avoir quitté le bar, Harm et Mac décidèrent de se rendre au commissariat du quartier pour tâcher d’en savoir un peu plus sur le fameux Hank. On les fit attendre un bon moment dans des fauteuils à moitié éventrés avant qu’un jeune lieutenant de police du nom de O’Brien vienne s’occuper d’eux. Harm lui expliqua brièvement la raison de leur visite.
–Oh, oui, bien-sûr que je connais Hank ! s’exclama O’Brien. C’est une sorte d’habitué de la maison, si vous voyez ce que je veux dire. Il a passé la nuit en cellule plus d’une fois.
–Pour quel motif ? interrogea Mac.
–Troubles de l’ordre public, dégradations volontaires de divers équipements municipaux, et violences domestiques. En clair, c’est un ivrogne qui bat ses copines. Il a fait plusieurs séjours derrière les barreaux, mais ça n’a pas l’air d’avoir un grand effet sur lui.
–Je vois. Pourriez-vous vérifier si ce sympathique individu a passé chez vous la nuit du 23 au 24 janvier ? demanda Harm.
–Bien-sûr, pas de problème, répondit le jeune officier en s’asseyant devant un ordinateur. Voyons… Oui, en effet. Un gars de la base nous a avertis qu’il causait des problèmes dans un bar. Quand on est arrivés pour voir, il braillait des insultes au milieu de la rue en lançant des pierres contre les vitrines des magasins. On l’a cueilli et on l’a collé au trou jusqu’au matin, le temps qu’il dessoûle. J’étais là, cette nuit-là, je m’en souviens. Il a passé une bonne heure à hurler et à promettre les pires choses aux Marines qui l’avaient fichu à la porte de ce bar. Un vrai bonheur !
Harm sourit et lança un regard à sa collègue.
–L’hypothèse de la vengeance semble tenir la route.
–En effet, acquiesça-t-elle. Et pour sa petite amie ? Est-ce qu’on pourrait la voir ?
–Elle est encore à l’hôpital, répondit O’Brien. La brute qui lui a fait ça n’y a pas été de main morte. Vous pouvez y aller, mais je ne garantis pas qu’elle accepte de vous parler. C’est pas une bavarde et elle n’aime pas parler aux inconnus. Vous voulez que je vous accompagne ?
–Non, ça ira, merci. On ne va pas vous déranger plus longtemps, répondit Harm.
–Merci pour votre aide, lieutenant, ajouta Mac en lui serrant la main.
–Pas de quoi. J’espère que vous trouverez le fin mot de l’histoire. Je ne crois pas à la culpabilité de ce type des Marines. A mon avis, la petite ment, mais j’ignore pourquoi.
–C’est pour le découvrir qu’on est ici, répondit Harm. On vous tiendra au courant, merci lieutenant.
Hôpital St Raphaël
San Diego
11h25
–Mlle Alvarez ? appela doucement Harm en ouvrant la porte de la chambre d’hôpital.
–Qui êtes-vous ? demanda la jeune femme d’une voix apeurée en voyant l’uniforme de Harm.
–Je suis le capitaine Harmon Rabb, et voici Maître Sarah McKenzie. Nous sommes les avocats du caporal Lloyd. Nous voudrions vous poser quelques questions si vous le permettez.
–J’ai tout dit à la police. Qu’est-ce que vous voulez savoir de plus ?
–Mlle Alvarez, il y a des choses dans cette affaire que je n’arrive pas à comprendre. J’espérais que vous pourriez m’aider à y voir plus clair, reprit Harm.
–Je suis désolée mais je n’ai rien à vous dire, répondit la jeune femme en détournant les yeux.
–Je suis navrée de ce qui vous est arrivée, déclara alors Mac en prenant une chaise près du lit, sous le regard interrogateur de Harm. Est-ce que c’est grave ?
Son ton compatissant et inquiet et son air sincère semblèrent surprendre la jeune femme.
–Non, hésita-t-elle. Enfin, pas trop. J’ai le poignet cassé, répondit-elle en soulevant son plâtre.
Mac la dévisagea en silence, enregistrant mentalement les multiples contusions visibles sur son visage et ses bras et sa lèvre inférieure éclatée. Elle faisait vraiment peine à voir. A demi assise dans ce grand lit blanc, elle semblait perdue, flottant dans une chemise d’hôpital trop grande pour elle, et si fragile que la moindre secousse semblait pouvoir la briser. Mais ce qui ressortait le plus de son visage tuméfié, c’étaient ses yeux, deux larges pupilles sombres de petite fille terrifiée.
–Mlle Alvarez, reprit Harm, je suis vraiment désolé de ce qui vous est arrivé, et justement je voudrais que justice soit faite, que celui qui vous a fait ça soit puni pour qu’il ne recommence pas. Vous comprenez ?
Elle hocha la tête pour toute réponse, les yeux fixés sur lui, les muscles tendus, comme un animal prêt à fuir.
–Ecoutez, je suis persuadé que le caporal Lloyd n’est pas celui qui vous a battue. Au contraire, il vous aimait bien, il s’inquiétait pour vous, lui et ses amis vous ont même défendue, un soir, vous vous souvenez ?
–Oui… Non… Enfin peut-être, je ne sais plus. Tous les militaires se ressemblent, alors je ne me souviens pas si c’était lui ou un autre.
–S’ils se ressemblent tellement, comment pouvez-vous être sûre que c’est bien le caporal qui vous a agressée ? reprit Harm.
–Je me souviens de son visage, répondit-elle précipitamment.
–Theresa, vous vous rendez compte que cet homme peut aller en prison et ruiner sa carrière, alors qu’il est innocent ?
–Je suis désolée pour lui, mais je ne peux rien vous dire de plus. S’il vous plaît, laissez-moi maintenant.
–Theresa, si c’est votre petit ami qui vous a frappé, vous devez le dénoncer. Sinon il recommencera, et vous ne vous en sortirez peut-être pas si bien la prochaine fois.
Elle ferma les yeux et des larmes roulèrent sur ses joues.
–Vous ne comprenez pas, murmura-t-elle.
–Alors expliquez-moi, insista Harm.
Elle secoua la tête.
–Je ne peux pas. Ecoutez, partez maintenant, je vous en prie. Je ne vous dirai rien de plus.
Mac, qui avait laissé Harm mener l’interrogatoire, approcha alors sa chaise et commença à parler de sa voix calme et douce.
–Si vous ne voulez rien dire, alors c’est moi qui vais parler. Je vous demande juste de m’écouter. Je vais vous raconter une histoire. C’est l’histoire d’une petite fille qui vivait avec son papa et sa maman dans une petite maison. Elle aimait beaucoup son papa, mais parfois il était méchant avec sa maman. Il allait dans des bars avec ses amis et il buvait beaucoup. Ses amis étaient obligés de le ramener à la maison parce qu’il était trop saoul pour conduire. Quand il rentrait, il s’effondrait dans son fauteuil et il criait à la petite fille de venir lui enlever ses chaussures. Et comme il était toujours de mauvaise humeur dans ces moments-là, il devenait violent et frappait sa femme et sa fille. Après ça, il se mettait à pleurer en disant qu’il regrettait et en les suppliant de le pardonner. Un jour, sa femme ne l’a plus supporté. Elle a fait ses valises et elle est partie en laissant sa petite fille. La petite, restée toute seule avec son papa, avait très peur et elle pleurait beaucoup quand il la battait. En grandissant, elle se mit à boire elle aussi, pour oublier tous ses malheurs. Elle buvait de plus en plus et petit à petit, sans même s’en rendre compte, elle sombra dans l’alcoolisme. A 18 ans, elle épousa son petit ami, un beau garçon qui buvait trop lui aussi et avait un tas de problèmes. Lui aussi se mit à la battre, mais elle ne pouvait pas le quitter, elle n’arrivait pas à imaginer sa vie sans lui. Mais un jour un de ses amis eut un accident de voiture, à cause de l’alcool, et il mourut. Elle se rendit alors brusquement compte de ce qu’était devenue sa vie, et elle décida de changer. Elle alla trouver son oncle qui était officier dans les Marines et lui demanda de l’aider. Grâce à lui, elle arrêta de boire, quitta son mari et reprit ses études. A l’université, elle rencontra un garçon gentil qui l’encouragea et l’aida beaucoup. Ils devinrent amis, et décidèrent de ne plus se quitter. Après leurs études, ils trouvèrent un travail dans le même cabinet d’avocats et décidèrent de se marier.
–Et ensuite ? demanda timidement Theresa.
–Ensuite, je ne sais pas, mais je suis certaine que l’histoire finit bien. Il n’est jamais trop tard, Theresa. Vous pouvez vous en sortir, vous êtes jeune, vous pouvez changer de vie.
–J’ai si peur ! lâcha la jeune femme en éclatant en sanglots.
Mac vint s’asseoir sur son lit et la prit dans ses bras.
–Je sais, murmura-t-elle. Mais vous n’êtes plus seule, maintenant. Nous sommes là pour vous aider.
Theresa releva les yeux vers elle en reniflant.
–Vous me protégerez ? Si je dis la vérité, vous ne me laisserez pas ?
–Non, Theresa, on ne vous laissera pas. Si quelqu’un veut vous faire du mal, il faudra d’abord qu’il me passe sur le corps. Et je suis ceinture noire de karaté ! ajouta-t-elle en souriant.
Pour la première fois, un sourire timide apparut sur les traits tirés de la jeune femme.
–Très bien, soupira-t-elle. Je vais tout vous dire. Je ne veux pas causer du tort à ce caporal, il a l’air gentil, je n’ai jamais voulu qu’il se retrouve dans cette position.
–Je sais, Theresa. Mais vous n’aviez pas le choix, n’est-ce pas ?
–Il m’a forcé à dire que c’était ce jeune Marines. Je ne voulais pas, mais il a dit qu’il me tuerait si je disais que c’était lui.
–Votre petit ami ?
Elle acquiesça.
–Il est violent. Il boit trop et ensuite il me bat. Je suis désolée d’avoir menti. Est-ce que je risque d’aller en prison pour ça ?
–Non, la rassura Mac. Vous êtes tout autant une victime que le caporal Lloyd, dans cette histoire, si ce n’est plus. Et les victimes, on les aide, on ne les met pas en prison.
–Alors écoutez. Ce n’est pas une belle histoire non-plus, la mienne.
Harm et Mac quittèrent Theresa une demie-heure plus tard, après avoir appelé le lieutenant O’Brien pour qu’il vienne prendre sa déposition et assurer sa protection. Ils sortirent de l’hôpital et montèrent en voiture en silence. Harm mit le contact et se tourna vers Mac.
–Bon, et maintenant ?
–Si on allait déjeuner ? suggéra-t-elle en sortant soudainement de sa rêverie. Je meurs de faim.
–Très bien. J’ai aperçu un petit resto végétarien en venant…
–N’y pensez même pas ! Si vous voulez manger de l’herbe à longueur de temps, libre à vous, mais vous ne me ferez pas renoncer aux steaks !
Harm leva les yeux au ciel mais ne put s’empêcher de sourire.
–Bon, alors une pizza, ça vous va ? Vous pourrez mettre autant de jambon, saucisses ou ce que vous voulez sur la vôtre, et moi plein d’aubergines, de champignons et de fonds d’artichauts. D’accord ?
–Vendu. Va pour une pizza, acquiesça-t-elle.
Pizzeria « Chez Tony »
San Diego
12h20
Installés à une petite table dans un coin tranquille, Harm et Mac attaquèrent leurs pizzas respectives avec appétit, ce qui leur permit de renoncer à l’effort d’entretenir la conversation. Depuis leur départ de l’hôpital, en effet, ils avaient à peine échangé quelques phrases, chacun étant plongé dans ses pensées. Au bout d’un moment, cependant, Mac posa sa fourchette et planta ses yeux dans ceux de Harm.
–Bon, ça suffit, Harm. Si vous avez quelque-chose à me demander, faites-le, mais arrêtez de me regarder à la dérobée en pensant que je ne remarque rien !
Harm rougit légèrement, gêné d’avoir été surpris en flagrant délit. Mais d’un autre côté, il était soulagé que Mac lui donne la « permission » de mettre fin à ce pesant silence. Prenant une grande inspiration, il se lança donc.
–L’histoire que vous avez racontée à Theresa, tout à l’heure, c’est la vôtre, n’est-ce pas ? demanda-t-il doucement.
–Oui, répondit-elle simplement.
Il la contempla un moment avant de poursuivre.
–Je vous admire.
Elle leva les sourcils, étonnée.
–Pourquoi ? Parce que j’ai eu une enfance malheureuse et une jeunesse de débauche ?
–Non. Parce que vous avez survécu à tout ça. Mieux que ça, même. Vous vous êtes battue pour remonter la pente, je ne peux même pas imaginer ce que vous avez pu endurer, mais aujourd’hui vous êtes là. Vous êtes une brillante jeune avocate pleine d’avenir…Ce genre de choses force le respect.
–Eh bien, si je m’attendais à ça ! s’exclama Mac. Je suis très touchée, Harm. Je vous remercie.
Il secoua la tête.
–Ne me remerciez pas. Vous savez, en tant que pilote, j’ai gagné un tas de médailles et de décorations militaires. Mais vous en mériteriez bien plus que moi. Je n’ai fait que mon devoir, et puis j’aime tellement voler que je me fiche bien que ce soit en temps de guerre ou dans des endroits dangereux. Je ne dis pas que je n’ai jamais eu peur, mais l’excitation est plus forte que la peur. Disons que j’y trouve mon compte, en quelque sorte. Je prends des risques et en échange on me permet de voler sur des appareils hyper sophistiqués qui coûtent plusieurs milliers de dollars. Alors que vous, vous êtes une véritable héroïne, mais personne n’a pensé à inventer des médailles pour les gens extraordinaires.
–Non, Harm, vous vous trompez, répondit-elle en hochant la tête.
–Quoi, quelqu’un a inventé des médailles et personne n’est au courant ?
–Non, pas que je sache, sourit-elle. Mais je ne vois pas en quoi quelqu’un qui a eu une vie difficile mériterait une médaille plus que les autres. Ce n’est pas la souffrance qui fait de vous un héros. La souffrance en elle-même est absurde et ne sert à rien. Ce qui compte, c’est la façon dont on la surmonte, ou la façon dont on se comporte dans la vie. Il faut beaucoup de courage pour faire certaines choses qui n’ont rien à voir avec la défense de la patrie ou je ne sais quoi, et les véritables héros ne passent pas à la télévision en général. Mon oncle Matt, par exemple, est sans doute un héros dans son genre, pour avoir fait ce qu’il a fait. Ça n’a pas été facile tous les jours pour lui, loin de là. On s’est beaucoup battus, au début. Il m’est arrivé d’être vraiment horrible avec lui. Mais il est resté avec moi, il m’a toujours soutenue, il m’a portée à bout de bras, il a toujours cru en moi même quand moi je ne croyais plus en moi-même. D’autres auraient renoncé et m’auraient laissée à mon triste sort, mais pas lui. Il m’a sauvée, non seulement de l’alcool et des mauvaises influences mais surtout de toutes ces pulsions destructrices qui faisaient rage en moi. Il faut une sacrée force pour faire ça, croyez-moi.
–Je vous crois, et je suis sûr que votre oncle est quelqu’un d’exceptionnel. Il doit être très fier de vous, aujourd’hui.
Mac sourit à cette question.
–Oui, il l’est. Mais c’est grâce à lui que je suis là aujourd’hui, je ne l’oublie pas. Et aussi grâce à David, ajouta-t-elle.
–David ?
–Mon fiancé.
–Ah oui, le gentil garçon rencontré à l’université !
–C’est ça. Il m’a vraiment beaucoup aidée, pendant toutes ces années. La fac de droit est difficile pour une ex-alcoolique qui n’a pas mis les pieds dans une salle de classe depuis des années !
–J’imagine, oui.
–Enfin bref, tout ça pour dire que si vous voulez me décorer, il faudra aussi prévoir des médailles pour tous ceux qui m’ont permis d’en arriver là.
–Je tâcherai de m’en souvenir le jour où vous nous aurez rejoints, sourit Harm.
–Moi, rejoindre l’armée ? Vous plaisantez !
–Non, pas du tout. Une femme dans votre genre aurait tout à fait sa place dans nos rangs.
–Ah… Et peut-on savoir ce qu’est une « femme dans mon genre », exactement ?
–Eh bien, c’est une femme qui, euh…
–Oui ? l’encouragea Mac, se forçant pour ne pas éclater de rire devant l’embarras de son collègue.
Remarquant l’amusement de Mac, celui-ci se reprit.
–Une femme dans votre genre, c’est une femme forte, courageuse, volontaire, généreuse, intelligente, et très belle par-dessus le marché, lâcha-t-il dans un souffle.
Mac le fixa un instant, stupéfaite par sa franchise et cette avalanche de compliments.
–J’ignorais que l’armée recrutait sur des critères physiques, ironisa-t-elle en revenant de sa surprise, lui lançant un long regard par-dessus sa fourchette.
Harm soutint son regard de ses yeux bleu azur.
–En principe, ce n’est pas le cas, mais une recrue comme vous pourrait être très utile en temps de guerre. Pour distraire l’ennemi.
–Je vois. Et si l’ennemi n’est pas distrait, mais que mes frères d’armes le sont ?
–Non, ils ne le seraient pas, répliqua Harm, parce qu’on les aurait entraînés avant.
–Entraîner des hommes à ne pas se laisser distraire par une jolie femme en tenue légère ? A moins de former un régiment d’homosexuels, je doute fort que ça marche ! Et puis vous imaginez les séances d’entraînement ?
A cette idée, Harm rougit jusqu’aux oreilles et tâcha de se concentrer sur sa pizza pour masquer son trouble, qui n’échappa cependant pas à l’œil de Mac. Celle-ci sourit et décida de lui accorder grâce.
–Votre pizza va refroidir, flyboy. Mangez.
–« Flyboy » ? D’où est-ce que vous sortez ça ?
–C’est un surnom que je viens de vous trouver. Il vous va plutôt bien, je trouve. Vous n’êtes pas d’accord ?
–Eh ben… Si ça vous plaît…, répondit-il en haussant les épaules, faisant tout son possible pour ne pas trop montrer à Mac combien le fait qu’elle lui donne un surnom de ce genre lui plaisait. C’était stupide, vraiment, mais il se sentit soudain aussi heureux qu’un gamin venant de recevoir un jouet convoité de longue date.
Mac étouffa discrètement un petit rire en voyant un sourire idiot se former sur le visage de son collègue. Il était vraiment adorable.
Base militaire de San Diego
14h10
Après avoir fini leur repas, les deux avocats repartirent à la base annoncer les dernières –bonnes –nouvelles au caporal Lloyd. Celui-ci les remercia chaleureusement pour leur travail.
–C’est Mac qu’il faut remercier, répliqua Harm. Sans elle, Theresa n’aurait sûrement jamais rien avoué.
Le jeune caporal se tourna vers Mac, tout sourire.
–Alors merci à vous, madame. Je suis ravi de constater que mon frère avait raison pour ça aussi.
–Comment ça, « pour ça aussi » ?
–Eh bien, il a dit que vous étiez non seulement une des plus jolies femmes qu’il ait jamais rencontré, mais aussi une des meilleures avocates du pays.
Mac rit.
–Et vous, vous êtes exactement comme votre frère ! Je suppose que ce cher Jack a oublié de vous préciser que j’étais fiancée ?
Le jeune homme parut un peu déçu.
–En effet, il a oublié de mentionner ce détail.
–ça ne m’étonne pas. Bizarrement, il a toujours eu beaucoup de mal à s’en souvenir !
–Quoi qu’il en soit, je vous dois énormément à tous les deux. Alors merci, vraiment.
–Je vous en prie, nous n’avons fait que notre travail, répondit Harm.
–Qu’est-ce qui va se passer pour moi, maintenant ?
–Eh bien avec le témoignage de Theresa, l’accusation sera levée et vous serez libre de reprendre votre service et de mener une longue et brillante carrière dans les Marines, résuma Harm.
Les deux avocats passèrent le reste de la journée ainsi que celle du lendemain à régler tous les détails de l’affaire. Theresa ayant retiré sa plainte contre le caporal Lloyd, celui-ci fut relâché. En revanche elle accusa son petit ami, Hank Barnett, de coups et blessures ainsi que de trafics divers. Il fut donc arrêté et placé en détention en attendant son procès. Theresa décida quant à elle de déménager en Floride, où elle avait de la famille, afin de s’éloigner de son ex-petit ami et de tous ses mauvais souvenirs. Elle présenta également ses excuses au caporal Lloyd, qui les accepta de grand cœur et lui fit promettre de lui écrire pour lui donner de ses nouvelles.
Ayant terminé de remplir toute la paperasse officielle, Harm et Mac se retrouvèrent pour un dernier dîner avant de reprendre l’avion pour Washington. Pour plus de commodité, ils commandèrent des plats chinois et s’installèrent dans la chambre de Harm.
–Alors, flyboy, toujours aussi contrarié d’avoir à vous coltiner une collègue civile ? interrogea Mac en attrapant adroitement un nem avec ses baguettes.
Harm sourit.
–J’ai survécu, répondit-il en haussant les épaules.
–Si vous tenez à votre charmant sourire, il va falloir trouver une meilleure réponse, capitaine !
–Eh, tout doux, ninja girl !
Mac leva un sourcil.
–« Ninja girl » ?
–Ben quoi ? Vous avez dit à Theresa que vous étiez une championne d’arts martiaux. Ou bien est-ce que vous avez dit ça uniquement pour vous faire mousser ?
–Non, je suis réellement ceinture noire de karaté, et je me suis mise aussi au kick-boxing. Mais je n’ai toujours pas entendu de réponse convenable à ma question.
Harm soupira.
–Vous ne lâchez jamais le morceau, hein ?
–Non, jamais, confirma-t-elle.
–D’accord, je me rends. J’ai été ravi de travailler avec vous. Vous êtes douée, je le reconnais.
Mac le gratifia d’un sourire triomphant.
–Merci. Vous n’êtes pas mal non plus.
Harm ouvrit de grands yeux surpris.
–Je croyais que vous étiez fiancée, Maître !
–Quoi ? Oh, non ! Je ne voulais pas… Pas que vous soyez difforme ou quoi que ce soit, loin de là ! Mais je parlais de… Enfin je voulais dire…
–Je sais ce que vous vouliez dire, je vous fais marcher ! l’interrompit-il en riant.
Mac rougit et prit un air contrarié.
–Très drôle, flyboy, très drôle ! ça vous amuse de rire à mes dépens ?
–Mac, c’était une plaisanterie ! Ne le prenez pas mal !
Elle lui répondit par un franc éclat de rire qui le laissa stupéfait.
–Moi aussi, je vous faisais marcher ! Je ne suis pas aussi susceptible, heureusement pour moi d’ailleurs, sinon je serais vexée 50% du temps !
–Bien joué, ninja girl. Vous m’avez eu. Vous êtes une sacrée bonne comédienne, vous savez ! J’ai réellement cru que vous étiez vexée !
–Ah, oui, j’ai de multiples talents !
–Mais la modestie ne fait pas partie de vos qualités, à ce que je vois !
–Il me semble que vous êtes plutôt mal placé pour parler, monsieur « oui c’est vrai je suis un grand pilote et un super avocat » !
–Eh ! C’est ma fête aujourd’hui ou quoi ?
–Non, seulement je risque de ne plus jamais vous revoir, alors j’en profite.
–Qu’est-ce qui vous fait dire qu’on ne se reverra plus ? Ce n’est quand même pas comme si vous habitiez au Groenland !
–Non, bien sûr, mais vous avez votre vie, j’ai la mienne, vous savez ce que c’est. On est tous les deux très occupés, surtout en ce moment d’ailleurs, avec tous les préparatifs du mariage… Et puis vous avez une petite amie, si je ne m’abuse.
–Oui, répondit Harm en soupirant.
–ça a l’air de vous réjouir, dites donc !
–Non, ce n’est pas ça, c’est juste… Elle est chouette, mais…
–Mais vous ne l’aimez pas ?
Harm leva les yeux vers elle.
–Honnêtement, non.
–Alors pourquoi est-ce que vous êtes encore avec elle ?
–Je ne sais pas. La peur de la solitude, j’imagine.
–J’ai du mal à imaginer que vous puissiez rester seul très longtemps !
–Ce n’est pas trouver une petite amie qui est difficile, c’est la garder.
–Quoi ? Vous êtes si horrible que ça ?
–Il faut croire, répondit Harm en hochant tristement la tête. Jusqu’à maintenant, toutes mes relations se sont mal terminées.
–Peut-être que vous n’aviez tout simplement pas trouvé la bonne ? suggéra Mac.
–Peut-être bien.
Il soupira longuement en la regardant.
–Et vous ? reprit-il. Vous êtes heureuse ?
–Moi ? Eh bien j’ai un travail que j’aime et qui paye largement les factures, des amis formidables, une vie sociale satisfaisante, et je vais bientôt me marier. Je ne vois pas ce que je pourrais demander de plus.
–Bien-sûr.
–Harm… commença-t-elle doucement en se penchant pour lui prendre la main.
–Non, je vous en prie, ne me prenez surtout pas en pitié ! la coupa-t-il. Vous êtes heureuse, je suis content pour vous, sincèrement. Vous le méritez.
–Et vous le méritez aussi.
–Peut-être, mais ce n’est pas toujours aussi simple. Je ne dis pas que je suis malheureux, loin de là ! J’ai un travail passionnant, des amis fidèles, une mère fantastique et un beau-père on ne peut plus méritant, je me suis même découvert récemment un demi-frère que j’adore, vous voyez je ne suis vraiment pas à plaindre !
–Mais il manque quelque-chose à votre vie.
–Oui, admit-il en détournant les yeux. Il me manque une femme comme vous.
–Harm…
–Rassurez-vous, je ne vais pas vous enlever à votre fiancé ! Je sais que vous l’aimez, c’est très bien comme ça.
Mac soupira.
–Si les circonstances étaient différentes… Si on s’était rencontrés plus tôt…
–Oui, mais ce n’est pas le cas. Ne vous en faites pas, je survivrai.
–Survivre, ce n’est pas vivre, Harm.
–C’est un début, répondit-il en haussant nonchalamment les épaules.
Mac posa ses baguettes et repoussa sa boîte de nouilles.
–Venez par là, murmura-t-elle en lui ouvrant les bras.
Il hésita un instant puis se rapprocha et passa ses bras autour de sa taille et posa sa tête sur son épaule.
–ça va aller, murmura Mac en passant doucement sa main dans ses cheveux. Je suis sûre que vous trouverez une femme qui vous rendra heureux. Je sais que ce n’est pas exactement ce que vous avez envie d’entendre pour le moment, mais un jour viendra, vous vous apercevrez que j’avais raison, vous verrez.
–Si vous n’êtes pas la femme de ma vie, comment se fait-il que je me sente si bien avec vous ? Je ne me suis jamais senti aussi proche de quelqu’un en aussi peu de temps.
–Eh bien, ,je suppose qu’on a quelques points communs. Et quelques atomes crochus, probablement.
Harm se dégagea de son étreinte pour pouvoir la regarder dans les yeux.
–Il y a plus que ça, Sarah, murmura-t-il en posant sa main sur la joue de la jeune femme.
Mac sentit un long frisson la parcourir à ce contact.
–Harm, on ne peut pas… Je suis fiancée, protesta-t-elle faiblement.
–Je sais, répondit-il en se penchant vers elle.
Elle savait qu’elle aurait dû résister, mais les lèvres de Harm semblaient attirer les siennes comme un aimant. Quand elle sentit sa bouche chaude contre la sienne, elle abandonna la lutte et ferma les yeux, se laissant aller aux sensations délicieuses qu’il faisait naître en elle. Les mains de Harm se perdirent dans ses cheveux, l’attirant plus près de lui, et son baiser se fit plus insistant. Etouffant un gémissement de plaisir, elle ouvrit les lèvres et rencontra sa langue avec passion. Tout le reste avait disparu, il n’existait plus rien pour elle que cet instant, cet homme qui jouait de son corps comme d’un instrument, créant des harmonies dont elle n’avait jamais soupçonné l’existence. Puis il glissa une main sous son chemisier, et ce fut comme si elle recevait une décharge électrique. Elle s’écarta brusquement de lui, réalisant soudainement ce qu’elle était en train de faire. Harm la regardait sans comprendre, interloqué.
–Mac, qu’est-ce que… ?
–Oh mon Dieu, oh mon Dieu ! s’exclama-t-elle, prise de panique.
–Mac, je suis désolé, je n’aurais pas dû faire ça, excusez-moi, bredouilla Harm en comprenant ce qui se passait dans sa tête.
–Non, c’est ma faute, je n’aurais jamais dû laisser les choses en arriver là. Je suis fiancée, je ne peux pas…
–Bien-sûr, je comprends, pardon, vraiment.
–Ce n’est rien, n’en parlons plus, répondit-elle vivement en se levant, remettant tant bien que mal de l’ordre dans ses cheveux et sa tenue. Euh… Il faut que j’y aille. Notre avion décolle tôt demain matin et je n’ai pas fait mon sac.
–Mac, attendez, ne partez pas comme ça !
–Je vous vois demain matin. Bonne nuit, le coupa-t-elle en ouvrant la porte pour partir.
Harm se leva à sa suite avec l’intention de la retenir, mais s’arrêta en voyant son regard.
–Je vous en prie, implora-t-elle. Laissez-moi.
Il laissa retomber la main tendue dans sa direction et la regarda se retourner et fermer la porte derrière elle, impuissant. Il resta là, debout, à fixer cette porte close, perdu et meurtri, une grosse boule dans la gorge.
Mac s’éloigna rapidement dans le couloir et gagna sa chambre. Là, elle ferma la porte à clé, s’effondra sur son lit et éclata en sanglots, pleurant désespérément, comme elle ne l’avait pas fait depuis de nombreuses années.
Fin de la première partie.
Note de l’auteur : oui, je sais, c’est cruel de finir comme ça, mais bon, un auteur ferait n’importe quoi pour garder son public en haleine, vous savez ! Nous sommes comme ça, nous autres, sans aucune pitié pour les nerfs (ou les petits cœurs sensibles) de nos lecteurs. Ha, ha, ha ! (ça c’était un petit rire sadique ; je précise parce que ça s’entend pas). Bon, sérieusement, j’espère que ça vous a plu. Je ne sais pas encore ce qui va se passer ensuite, mais comme j’ai pas mal d’histoires commencées en ce moment et qu’il faut que je finisse sinon je vais me faire scalper par des lecteurs las d’attendre la suite depuis des mois, pour la suite de cette fic, vous devrez vous armer de patience, je préfère vous prévenir. Donc s’il vous plaît ne me harcelez pas ! Je fais ce que je peux, sachant que j’ai aussi une vie à côté de tout ça (eh oui, qui l’eut cru !). N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires, critiques et autres, toujours bienvenus dans la mesure où ils sont constructifs. Merci et à bientôt pour de nouvelles aventures !