QG du Jag
Début mai 2004
Falls Church
Harm et Mac sortirent d’un pas décidé de l’ascenseur et se dirigèrent immédiatement vers le bureau de leur supérieur. Il était encore très tôt et le plateau était pratiquement vide. Leur avion avait atterri il y a une heure à peine et, selon les ordres reçus, ils venaient remettre leur rapport. Fatigués, en plein décalage horaire, les deux avocats parcouraient machinalement le chemin dans un silence commun qui persistait depuis l’aéroport. Il ne leur avait pas été facile de venir à bout de cette affaire mais finalement, leur tandem avait retrouvé son efficacité légendaire et ils avaient su à la fois, contenir les médias et dompter un Amiral peu enclin à les laisser faire leur travail. Maintenant, après trois longues semaines loin de chez eux, ils n’aspiraient qu’à une chose : se détendre.
Coates n’était pas encore arrivée mais la porte de l’Amiral était ouverte et ils n’eurent pas besoin de frapper :
- Entrez, je vous attendais.
Les deux avocats se mirent au garde-à vous mais AJ enchaîna :
- Repos. Je serais bref, je vous félicite d’avoir si bien résolu cette affaire délicate. Le Secrétaire d’État à la Marine m’a fait part de son contentement. Je pense que vous devez être fatigués.
- Merci, Monsieur. En effet, cette affaire a été assez dure nerveusement, constata Harm.
- Je comprends. Je vous laisse le reste de la journée. Vous le méritez. Remettez-moi juste vos conclusions et nous reparlerons de tout ça demain. Reposez-vous. Et c’est un ordre !
- Merci, Monsieur, répondirent en chœur les deux co-équipiers.
- Rompez.
- A vos ordres, répondirent-ils à nouveau à l’unisson.
Ils quittèrent le bureau sans en avoir dit plus et l’Amiral les regarda sortir un sourire aux lèvres, ravi de voir que sa dream-team était à nouveau sur les rails.
De leur côté, Harm et Mac ne s’attendaient vraiment pas à disposer du reste de leur journée aussi, c’est d’un pas plus serein qu’ils s’en retournèrent vers l’ascenseur, toujours dans un silence de connivence salvateur. Peu à peu, la pression de l’affaire retombait et ni l’un, ni l’autre ne souhaitait rompre la bulle qui semblait les envelopper. Tout était encore si calme ici…
En attendant l’ascenseur, Harm rompit finalement le silence :
- Alors Mac, vous allez faire quoi de tout ce temps à perdre ?
- Un bain !! Je rêve d’un bon bain, avec de la mousse jusqu’au cou, vous ne pouvez même pas vous imaginer !! répondit Mac alors que les portes de l’ascenseur s’ouvraient.
Ils entrèrent et Harm répondit en appuyant sur le bouton du rez-de-chaussée :
- Au contraire, j’imagine très bien…lui répondit-il en plongeant son regard intense dans ses yeux, des images d’une certaine salle de bain du Paraguay lui revenant parfaitement à l’esprit.
Mac sentit une vague de chaleur l’envahir et trouva subitement le bout de ses pieds intéressant. Mais comment Diable faisait-il pour la troubler autant se gronda-t-elle. Après avoir avalé difficilement, Mac se décida à parler avant que le silence ne devienne trop gênant.
- Et vous ? Que prévoyez-vous ?
- Moi, une douche…puisque je ne peux pas faire autrement. Et du repos. J’irais certainement chercher Mattie à la sortie du lycée et l’emmènerais manger une pizza. Ça fait presque un mois que je ne l’ai pas vu. J’espère que son père sera d’accord.
- Passez-lui le bonjour de ma part.
- Je n’y manquerais pas. A demain. Ne restez pas trop longtemps dans votre bain ! répondit-il avant de s’engouffrer derrière le volant de sa voiture.
- A demain Harm.
Appartement de Harm
Le même jour
Une heure plus tard
Harm laissait le jet d’eau chaude le drainer de toutes les tensions de cette affaire. Cela avait peut-être été la plus dure qu’ils aient eu à négocier depuis qu’ils étaient au Jag. Ils avaient peu dormis, beaucoup travaillé…mais c’est surtout de contenir les médias qui avait été éreintant.
Il laissa son esprit vagabonder et il s’arrêta immanquablement sur Mac qu’il imaginait dans son bain. Oh oui, il pouvait parfaitement l’imaginer…Combien de nuits avait-il passé à se demander quels trésors pouvait bien cacher cette mousse qu’il avait vu dans cette chambre d’hôtel. Cela faisait presque un an…Un an, et il s’en était passé des choses dans sa vie depuis : il s’était « marié », avait démissionné, retrouvé Mac, l’avait perdu, travaillé pour la CIA, devenu presque tuteur d’une ado…Décidément, 2003 avait été riche en évènements. Peut-être pas ceux qu’il avait espérés mais enfin…c’était le destin. Maintenant, tout semblait être rentré dans l’ordre. Mac était revenue dans sa vie, il était revenu au Jag, il avait retrouvé ses amis, il avait retrouvé Mac…Depuis l’automne, ils se faisaient peu à peu à nouveau confiance, depuis qu’il était revenu au Jag en fait. Ils reformaient à nouveau une bonne équipe et avaient du plaisir à travailler ensemble. Ça leur avait fait du bien de s’éloigner un peu. Enfin, c’était lui qui avait décidé de prendre de la distance, même si maintenant, il pouvait l’admettre, elle lui avait terriblement manqué. Toutefois, ils n’avaient pas reparlé de ce qui c’était passé au Paraguay…ils en avaient fait abstraction et il ne savait pas quoi en penser : était-ce si bon que ça pour eux de passer cela sous silence ?
Dans un grand soupire, Harm se laissa tomber sur son lit en marmonnant : « Bientôt, il faudra qu’on en parle bientôt…» avant de sombrer dans un sommeil sans rêves.
Appartement de Mac
Au même moment
Mac se prélassait dans son bain, laissant l’eau chaude agir sur ses muscles contractés. Elle soupira de bien être en fermant les yeux, enveloppée par la mousse aux odeurs de vanille. Cette mission s’était bien passée entre elle et son co-équipier. Elle devait bien avouer qu’avant de partir, elle redoutait de passer autant de temps seule avec lui à l’autre bout du monde. Certes ils avaient retrouvé leur complicité et la dynamique de leur duo, mais…qu’en serait-il de l’autre côté de l’Atlantique ? Finalement, la mission s’était bien déroulée et le fait de devoir faire front ensemble les avait même encore un peu plus rapprochés. Mac rouvrit uniquement les yeux pour arrêter le robinet avant de les refermer. Elle pouvait presque sentir le regard de Harm sur elle. Le même regard qu’il lui avait lancé dans cette salle de bain au Paraguay et qui la rendait toute chose. Elle pensait pourtant avoir réussit à se détacher de lui, du moins émotionnellement même si le fait qu’il la laisse sans nouvelles durant des mois l’avait blessé. Mais elle savait qu’elle en était en partie, voir totalement responsable. Elle avait voulu si fort l’oublier, faire comme si de rien n’était, faire comme si son départ ne l’affectait pas. Mais qui avait-elle réussi à berner ? Une simple visite chez lui et la rencontre de « sa femme » lui avait fait réaliser son erreur, sa double erreur : elle avait dit une grosse bêtise au Paraguay et elle n’était pas parvenue à se détacher. Elle devait se rendre à l’évidence, elle l’avait dans la peau. Mac poussa un long soupire et s’extirpa de l’eau qui refroidissait. Après avoir passé un peignoir, elle se laissa tomber sur son lit en marmonnant : « Bientôt, il faudra que je lui parle, bientôt…» avant de sombrer dans un sommeil sans rêves.
QG du Jag
Le lendemain
Cuisine
Mac était en train de se servir un café quand Harm pénétra dans la petite pièce :
- Bonjour Mac.
- Bonjour Harm. Café ?
- Avec plaisir.
Mac se détourna pour lui attraper une tasse ce qui lui permit également de calmer sa respiration qui s’était soudainement accélérée à la vue de son cher pilote. Il avait ce don sur elle : la mettre dans tous ses états sans rien faire. Juste en étant là. Sa grande silhouette remplissait la petite pièce qui semblait à Mac soudain encore plus étroite. Harm s’appuya contre le comptoir et la regarda, en silence, verser le liquide noir dans la tasse. La quiétude de l’instant fut soudain rompue par l’arrivée joyeuse d’Harriet suivie de Bud.
- Bonjour Madame. Monsieur, dirent en chœur les époux Roberts.
- Bonjour Bud, bonjour Harriet répondit Mac tandis que Harm se contenta de leur retourner un signe de tête et un sourire en attrapant la tasse que lui tendait Mac.
- Je suis heureuse de vous trouver là, enchaîna le jeune Lieutenant, Bud et moi souhaiterions savoir si vous êtes libre dimanche en huit.
- Je suis disponible, répondit Mac en sachant tout à fait pour quelle occasion le couple voulait les convier.
- Moi également, pourquoi ? demanda Harm.
Mac ne pu s’empêcher de rire intérieurement. Ça ne l’étonnait pas de Harm qu’il ait oublié ! Il aurait oublié son propre anniversaire !! Elle se demanda s’il avait également oublié autre chose…
- AJ va avoir cinq ans, Monsieur, répliqua Harriet sur un ton qui ne masquait pas entièrement la déception que le parrain de son fils ait oublié.
- Je suis désolé Harriet. Vous savez, je crois que je compte parfois trop sur Mac pour me rappeler ce genre d’événement, répondit-il d’un air penaud tout en laissant glisser un regard rempli de sous-entendus sur sa collègue. Mais, ça ne veut pas dire que je l’aime moins pour autant, conclu-t-il en accrochant son regard à celui de Mac.
Cette dernière plongea la tête dans sa tasse de café trouvant soudainement qu’il faisait une chaleur insupportable dans cette pièce. La phrase à double-sens de Harm ne lui avait pas échappé. Mais Bon Dieu, à quoi jouait-il depuis hier ? Il veut la tuer à petit feu ou quoi ??? AJ va avoir cinq ans !!! Instantanément, les paroles de la jeune femme avaient ramené les deux avocats sur le perron du Jag, justement cinq ans auparavant, où Harm lui avait fait la promesse d’un enfant. Mais voilà, les choses étaient loin d’être réglées entre eux. Tout du moins, ça allait bien mais pas au point de faire un enfant, n’est-ce pas ? Il ne pouvait pas y penser, non ? Mac secoua la tête pour tenter de chasser cette idée de son esprit. Pourquoi même s’autorisait-elle à y penser ? Tout à coup, elle se rendit compte que l’on s’adressait à elle.
- Allô, la terre à Mac. Répondez, plaisanta Harm.
- Excusez-moi, vous disiez ?
- Où étiez vous ?
- Oh…certainement dans une autre dimension j’en ai bien peur.
- Pardon ?
- Non, c’est rien. Vous disiez ?
- Je vous demandais si je passais vous chercher pour aller à l’anniversaire d’AJ ?
Mac le regarda d’abord comme si elle ne comprenait pas la question, encore immergée dans sa précédente introspection. Puis, lentement, sous le regard insistant de Harm, son cerveau se remit à fonctionner normalement.
- Oh oui, ce sera parfait. Vous pouvez compter sur moi Harriet. Maintenant, excusez-moi, j’ai du travail.
Elle attrapa sa sacoche et sorti de la cuisine son mug à la main sans demander son reste. Harm marmonna une excuse et lui emboîtât le pas.
- Qu’est-ce qui vient de se passer là ? questionna Bud. Il y a quelque chose qui m’a échappé.
- Mon pauvre Bud ! Et toi qui te veux un spécialiste du surnaturel ! Tu es toujours aussi aveugle en ce qui concerne les femmes !
Sur ce, elle suivit le chemin que Harm et Mac avaient précédemment pris laissant un Bud totalement perplexe.
Bureau de Mac
Le même jour
15h50
Ça avait pris quasiment toute la journée à Harm pour se décider à aller parler à Mac. Il avait une proposition à lui faire mais il n’osait pas. « C’est bizarre, avant, je ne me serais jamais posé la question. Mais avant quoi au juste ? » se questionna-t-il lui-même. Maintenant tout semblait compliqué. Il avait l’impression de marcher sur des œufs avec Mac et que chaque parole qu’il pouvait dire prenait une autre signification auprès de la jeune femme. Il poussa un long soupire et frappa finalement à la porte de son bureau.
- Entrez !
- Excusez-moi, Mac. Je peux vous parler ? demanda Harm en refermant la porte derrière lui.
Mac leva les yeux vers lui l’air inquiet devant son air de conspirateur.
- Que se passe-t-il, Harm ? Vous avez l’air de quelqu’un qui va livrer le plus grand secret de la planète !
- Mac…gémit Harm.
- Ok, ok, désolée. Je vous écoute.
- Je me demandais si vous aviez déjà acheté quelque chose pour l’anniversaire d’AJ.
- Non, pas encore. Je vous rappelle que cela fait plusieurs semaines que nous sommes partis et que nous venons tout juste de rentrer !
- Je croyais que les Marines étaient toujours prêts ? !
- Vous savez, Harm, un jour, je vous ferais ravaler votre langue…répondit Mac en prenant un air faussement en colère et en pointant son doigt vers lui faisant mine de le réprimander.
- Désolé, je n’ai pas pu résister. Je me demandais…peut-être que l’on pourrait acheter quelque chose en commun, histoire que se soit un plus gros cadeau pour marquer le coup. Cinq ans, c’est important, ajouta-t-il en la regardant dans les yeux.
Cette fois-ci, Mac ne détourna pas le regard et répondit du tac au tac :
- En effet, cinq ans c’est important. Que pensez-vous de samedi après-midi ?
- Samedi ? Parfait pour moi. Je passe vous prendre ?
- D’accord. Mais essayez quand même d’ici là de réfléchir un petit peu à une idée histoire que l’on ne tourne pas pendant des heures !
- A vos ordres, Madame ! répondit Harm en se mettant au garde-à-vous.
Mac lui jeta la gomme qui traînait sur son bureau et rétorqua en rigolant :
- Harm, arrêtez de faire l’enfant ! A croire que c’est vous qui allez avoir cinq ans ! Sortez d’ici avant que je ne trouve quelque chose de beaucoup plus lourd à vous jeter. Vous n’avez donc pas de travail ?
Harm lui tira la langue avant de lui retourner son plus beau sourire puis de quitter son bureau en refermant la porte derrière lui. Mac se replongea aussitôt dans ses dossiers en secouant la tête. Décidément, il ne grandirait jamais !
Centre Commercial
Samedi suivant
16h00
Mac s’affala sur un banc en laissant échapper un soupire de soulagement. Harm se laissa tomber à ses côtés, l’air tout autant satisfait.
- Bon, Harm. Parlons peu mais parlons bien. Cela fait deux heures que nous tournons et nous n’avons toujours rien trouvé qui nous convienne à tous les deux ! Mes pieds ne supporteront pas deux heures de plus alors, réfléchissez à une idée. Soyez brillant pour une fois.
- En parlant d’être brillant, ce n’est peut-être pas la meilleure idée de mettre ce genre de chaussures pour aller faire les boutiques !
- Un mot de plus et vous vous débrouillez tout seul, Matelot !
- Et vous ? Aucune idée ? Après tout, c’est vous qui vous déclarez experte en enfants…pas moi !
- Harm…répondit-elle sur un ton de reproche en lui jetant un regard en biais.
- Ok…j’arrête. Je me souviens qu’Harriet a dit qu’il aimait jouer au super-héros…on pourrait peut-être lui acheter un déguisement, un truc dans ce genre là. Non ? Ça pourrait lui plaire.
Il se tourna vers Mac pour voir ce qu’elle en pensait et la trouva en train de le regarder les yeux écarquillés, la bouche entrouverte.
- Mac ? demanda Harm légèrement inquiet devant le mutisme de sa partenaire.
- Eh bien, vous voyez quand vous voulez ! C’est une idée merveilleuse…je l’imagine déjà dans son petit costume de Zorro…
- Ou de Superman, l’interrompit Harm.
- J’en étais sûre ! On va encore passer des heures à se décider. Vous voulez réellement faire endurer votre complexe à votre filleul ? se moqua Mac.
Elle se leva promptement en rigolant afin d’éviter la pichenette que voulait lui infliger Harm.
- Au lieu de jacasser, si vous nous trouviez plutôt le rayon, Marine !
- Facile, c’est juste par-là, lui répondit-elle en indiquant une direction sur sa droite.
Harm lui emboîtât immédiatement le pas et ils se retrouvèrent quelques minutes plus tard au rayon des jouets, puis devant les déguisements.
- Waouh ! Je n’aurais jamais pensé qu’il pouvait en exister autant ! s’exclama Harm.
Mac le regarda, amusée devant son air enfantin et le taquina :
- Je vous dois toujours un cadeau pour vos 40 ans, Harm. Si vous voulez, vous pouvez en choisir un. Je vous l’offre !
- Très drôle, très drôle…Mais j’ai une toute autre idée de ce que vous pourriez m’offrir pour mes 40 ans…
- Vraiment ?
- Vraiment, confirma-t-il en plongeant son regard dans le sien.
Mac se troubla et reporta son attention vers le rayon.
- Hum…bien…alors, qu’est-ce qu’on prend ? Zorro, Superman, Batman, Robin des Bois ?
- Vous aviez l’air d’aimer Zorro.
- Harm, il faut que ça vous plaise aussi.
- Ça me va Mac, c’est vrai qu’il sera vraiment mignon là-dedans. Par contre je…
Harm s’interrompit en voyant Mac qui semblait bouleversée soudain en arrêt devant un costume de princesse.
- Mac ? Tout va bien ?
- Humm…c’est juste que je pense combien la petite Sarah aurait été jolie avec celui-ci, lui répondit-elle en tournant vers lui un regard empli de larmes.
Harm passa un bras protecteur autour de ses épaules pour l’attirer à lui et lui murmura :
- Je sais…venez, allons vois si on peut lui trouver autre chose à notre filleul.
- Et pour Jimmy aussi. Après tout, il a bien droit lui aussi à un petit quelque chose.
Harm lui sourit en l’entraînant dans le rayon suivant :
- Vous savez quoi, je crois que je suis très brillant aujourd’hui. Je viens d’avoir une autre idée !
- Pour AJ ?
- Oui pour AJ. Mac, vous il vous faudra attendre encore un peu !
- Et quelle est cette idée si merveilleuse ? Un avion miniature ?
- Ça ! répondit Harm en attrapant une petite guitare.
- Une guitare ? Pour faire comme son parrain ? Encore heureux que vous ne jouiez pas de la batterie ou Bud et Harriet auraient du souci à se faire !
- Alors ? Qu’en pensez-vous ?
- Oui, c’est vrai que de toute façon il veut toujours jouer sur la votre alors…ça devrait lui plaire.
- Vendu. Bien, il nous reste à voir pour le petit Jimmy maintenant.
Après avoir débattu au rayon layettes sur le choix de la couleur d’un petit ensemble et être passés à la caisse, Harm prit soudain un air mystérieux :
- Mac ? Ça vous dérange si je vous laisse quelques instants ? J’aurais une petite course à faire.
- Ah oui ? Et quoi donc ? Pourquoi tant de mystère ?
- Vous avez vraiment besoin de toujours tout savoir ? Je ne serais pas long je vous le promets.
- OK, dans ce cas, je vais aller déposer tout ça à la voiture et faire un tour. On se rejoint ici dans trente minutes. Ça vous va ?
- Parfais. A tout à l’heure.
- A plus.
Et ils prirent chacun une direction opposée.
Centre Commercial
Lieu de rendez-vous
30mn plus tard
Mac attendait déjà Harm depuis cinq bonnes minutes quand elle vit sa haute silhouette émerger de la foule. Elle avait même eu le temps d’aller chez Victoria’s Secret s’acheter un petit truc pour elle sachant pertinemment qu’il serait en retard.
- J’ai failli attendre, Pilote !
- Désolé, j’ai mis un peu de temps à trouver exactement ce que je voulais. Mais je vois que vous n’avez pas perdu de temps, répondit-il en louchant sur le sac qu’elle tenait à la main. On peut voir ?
- Désolée, c’est classé Top-secret.
- Je vois, y’a que les James Bond en herbe qui ont accès à ce genre d’informations.
Harm regretta aussitôt ses paroles dès qu’elles furent sorties de sa bouche. Il regarda Mac qui avait la bouche ouverte ne sachant quoi répondre à cette attaque directe.
- Mac, je…enfin, je ne voulais pas insinuer que…
- C’est rien Harm, le coupa-t-elle. On y va ?
Et sans le regarder, elle passa devant lui pour se diriger vers le parking. Elle marchait tête baissée en tentant de refouler ses larmes. Tout allait si bien entre eux. Cette après-midi avait été idyllique. Pourquoi fallait-il encore qu’il gâche tout avec ses sous-entendus ? Harm quant à lui la suivait penaud, cherchant un moyen de réparer son erreur. Dire qu’il voulait qu’ils aient ce soir LA discussion. « Vraiment Rabb », se sermonna-t-il, « comment comptes-tu l’inviter à dîner chez toi maintenant ? Tu as intérêt à être sacrément convaincant ! »
Voiture de Harm
Sur le chemin du retour…
Cela faisait maintenant vingt minutes qu’ils étaient coincés dans les embouteillages sur le périphérique et ni l’un ni l’autre n’avait prononcé un mot. Mac regardait inexorablement par la fenêtre tandis que Harm cherchait un moyen de se rattraper. Finalement, il décida qu’il valait peut-être mieux être direct avec elle au lieu de tourner autour du sujet indéfiniment.
- Mac ?
- Hum ?
- Je…je suis désolé. Pour ma remarque au sujet de James Bond. Je n’ai aucun droit de vous dire ce genre de choses…
- Je vous l’ai dit, Harm. Ce n’est rien.
- Vraiment ?
- Vraiment.
- Alors pourquoi j’ai l’impression que vous faites la tête ?
- Parce que c’est peut-être le cas.
- Donc, vous m’en voulez.
- Écoutez, Harm. Peut-on changer de sujet s’il vous plaît. Je ne crois pas que discuter de ça apporterait quoique ce soit de bon. Nous avons passé un après-midi extraordinaire, enfin en ce qui me concerne, alors ne gâchons pas tout en paroles inutiles.
- Très bien, comme vous voulez. Et par la même occasion, j’ai moi aussi passé un très bon après-midi, Mac.
Elle se retourna enfin vers lui pour lui décocher un sourire chaleureux. Sentant le moment propice, il en profita pour enchaîner :
- Ça vous dirait de poursuivre cette journée chez moi ? Je cuisine bien entendu.
Mac pencha la tête sur le côté et plissa le nez en faisant mine de réfléchir puis répondit finalement :
- OK, pilote. Vous gagnez. Mais est-ce qu’il y aura autre chose que des haricots verts ?
- Comme si c’était mon habitude de vous nourrir de verdure, Mac.
- Très bien, alors vendu. Mais passons d’abord chez moi pour déposer nos achats. Je m’occuperais de les plier pour dimanche prochain. Et puis je prendrais ma voiture et je vous rejoindrais. Ça laissera un peu de temps au marmiton !
Harm lui retourna un franc sourire avant de passer enfin une vitesse, la circulation reprenant son cours.
Appartement de Harm
Le même jour
19h00
Mac frappa à la porte de Harm à 19h00 précise ce qui amena sur le visage de Harm un sourire taquin. « Toujours aussi ponctuelle », pensa-t-il.
- Entrez, c’est ouvert ! lui cria-t-il depuis la cuisine.
- Hum, ça sent rudement bon ici, matelot. Qu’est-ce que vous nous avez préparés ?
- Une nouvelle spécialité, un gratin de fruits de mer. Je me suis dis que vous deviez être fatiguée de manger des lasagnes !
- On est jamais fatigué des bonnes choses, Harm.
- Ce sera prêt dans deux minutes. Pourquoi vous nous serviriez pas quelque chose à boire ? Vous trouverez ce qu’il faut dans le réfrigérateur.
Ils passèrent l’heure et demie suivante à discuter à table, de tout et de rien, des derniers potins du bureau, comme au bon vieux temps. Toutefois, Harm ne pouvait s’empêcher de penser à la conversation qui allait suivre, celle qu’il comptait amorcer quand ils prendraient le thé sur le divan. Celle qui allait, positivement ou négativement, changer le cours de leurs vies ou tout du moins celui de la sienne, à tout jamais. La journée s’était tellement bien passée qu’il avait peur de vraiment ruiner tout ça en lui posant une question, LA question. Déjà qu’il avait faillit tout mettre par terre à cause de sa remarque ridicule sur Webb…
Enfin, Mac alla s’installer confortablement sur le divan tandis que Harm s’occupait de préparer le thé. Il la rejoignit quelques minutes plus tard, et vint s’installer à ses côtés.
- Hum…soupira Mac en absorbant une gorgée du liquide chaud et en rejetant la tête contre le dossier du divan.
- Quoi ? questionna Harm.
- Ça fait tellement de bien après avoir été dans le brouhaha des magasins tout l’après midi !
- Oui…d’ailleurs, je me suis toujours demandé pourquoi, vous les femmes, vous adoriez faire du shopping alors que c’est tellement fatigant !
- Vous ne pouvez pas comprendre, Harm ! Je crois que c’est génétique !
Harm se contenta de rigoler et prit également une gorgée de son thé. Il y eut un silence apaisant de quelques minutes où chacun sembla apprécier le calme régnant dans la pièce en dégustant la boisson chaude. Puis, Harm décida que le moment était venu.
- Mac, je suis désolé de rompre le charme du moment mais, j’ai un cadeau pour vous.
- Un cadeau ?
- Oui, enfin…une sorte de cadeau.
- Le mystérieux achat de cet après-midi ? demanda-t-elle malicieusement.
Harm se retint juste à temps de lui faire remarquer qu’il n’était pas le seul à avoir fait des achats « mystérieux ». Il enchaîna rapidement :
- Oui…mais avant, j’ai une question à vous poser. J’ai besoin de la réponse pour savoir si je peux vous offrir ce cadeau.
- Vous êtes bien mystérieux, Harm. Ça commence même à me faire peur. Allez-y, je vous écoute.
- Avant, je veux que vous me promettiez de ne pas vous fâcher, mais de me répondre honnêtement.
- Je pense que je peux faire ça.
- Promettez, Mac !
- Très bien, Harm. Je vous le promets, je ne me fâcherais pas.
Harm déposa sa tasse sur la table basse, pris une grande inspiration et déclara d’une voix douce sans toutefois la regarder dans les yeux :
- Mac, est-ce que vous pensiez vraiment ce que vous m’avez dit Paraguay au sujet de « Nous »?
Harm releva finalement la tête pour croiser le regard de Mac totalement prise de court par sa question. Elle s’attendait certainement à tout type de questions, mais qu’il revienne sur ce sujet brûlant, et de son plein grès, ça c’était totalement nouveau. Incapable de soutenir son regard, elle plongea la tête dans sa tasse, comme si elle y cherchait une réponse. Elle sursauta légèrement quand elle sentit Harm lui prendre sa tasse des mains pour la déposer sur la table avant de lui prendre doucement la main.
- Mac ? Je vous en prie. Je veux savoir. On ne peut pas continuer à faire comme s’il ne s’était rien passé. Dîtes quelque chose, même si ça doit faire mal…
- Je…
Elle cherchait quoi lui répondre, le regard toujours fixé sur sa main dans celle de Harm. Finalement, ce fut Harm qui continua.
- Très bien, Mac, alors c’est moi qui vais vous dire ce que je ressens. Je sais, mon timing craint peut-être encore une nouvelle fois mais il me semble que notre relation est redevenue suffisamment amicale pour que nous puissions avoir cette fameuse conversation que j’ai si souvent reprogrammé.
Il lui lâcha finalement la main, puis se leva avant de poursuivre.
- Je vous en ai voulu, Mac. Énormément. Puis, j’ai repensé à ce que vous veniez de traverser et je reconnais que ce n’était peut-être pas le bon moment pour moi de vous faire part de mes sentiments. Parce que, Sarah, j’espérais que vous aviez compris que j’avais fait tout ça par amour pour vous. Je pensais que ce sentiment était réciproque. Peut-être que je me suis trompé, peut-être qu’il était trop tard…Pourtant, je ne pense pas avoir inventé ce qui a failli se passer sur ce lit avant l’arrivée de Webb. Je me disais que l’on en reparlerait, au calme, une fois de retour chez nous. Puis, il y a eu ces mots que vous avez prononcés devant ce taxi. Je ne voulais pas y croire. « Elle renonce », je pensais, c’est trop tard. Mais là encore, je me suis dit que nous verrions de retour à Washington…
Harm s’appuya contre le bureau qui faisait face au divan. Mac le regardait maintenant, le regard toujours rempli d’autant de stupeur. Il reprit sa respiration avant de continuer son long monologue :
- Et puis nous sommes rentrés et rien n’a plus jamais été pareil…Je quittais le Jag, et vous vous rapprochiez de Webb. Vous ne pouvez pas imaginer le mal que ça m’a fait de vous voir tous les deux, dans cette chambre d’hôpital…en train de faire comme si je n’existais pas. Puis la proposition d’emploi de la CIA est arrivée comme une bénédiction : enfin, j’avais le moyen de m’éloigner de vous, de vous laisser vivre votre vie puisque vous ne vouliez plus de moi…
- Harm…
- Non, Mac. Laissez-moi terminer s’il vous plaît. Un mois, deux mois, cinq mois…j’ai essayé Sarah. J’ai essayé de vous oublier, j’étais en colère…en vain. Plus je mettais de la distance entre nous, plus je pensais à vous et à toutes ces occasions manquées. Beth O’Neil avait raison en disant que je saurais vraiment ce que je ressentais quand je vous reverrais…Quand vous êtes venue m’apporter les dossiers de Immes, cela faisait cinq mois…cinq longs mois que je ne vous avais pas vu. Et dès l’instant où j’ai ouvert la porte, j’ai su que j’avais faux sur toute la ligne. Jamais je ne pourrais vous oublier, Sarah. J’ai essayé d’être dur avec vous ce jour-là, de faire comme si votre présence ne me faisait ni chaud ni froid. Mais à l’intérieur, je bouillais. J’ai même fait des avances à Catherine Gayle quelques jours plus tard. Peut-être pour essayer de me convaincre que je pouvais vivre sans vous, avoir une famille sans vous. Mais elle n’a pas été dupe sur mes intentions. Je ne sais même pas ce que j’aurais fait si elle avait accepté…Car oui, Sarah, je veux une famille, et je veux savoir si vous souhaitez en faire partie. Je veux savoir si, au plus profond de vous, vous pensiez ce que vous avez dit ce soir-là. Au nom de notre amour…ou tout du moins, notre amitié…
Harm arrêta enfin son long monologue et fixa Mac d’un regard profond. Ses yeux d’un bleu très sombre scannaient son visage à la recherche d’une émotion, d’un moindre début de réponse. Il avait vidé son cœur, la balle était dans son camp. Leur avenir était entre ses mains…
Le silence sembla s’éterniser, mais Harm continuait de dévisager Mac. Cette dernière, loin d’avoir détourné le regard, avait ses yeux humides accrochés à ceux de Harm et semblait se noyer dans leur couleur abyssale. Elle avait la gorge tellement serrée qu’aucune parole ne pouvait sortir alors qu’elle n’avait qu’une envie : crier ! Crier combien elle regrettait ses paroles, crier pourquoi elle avait agit ainsi, crier qu’elle l’aimait…
Harm poussa un long soupire de résignation et se leva du bureau où il s’était adossé pour se diriger vers la fenêtre.
- Non.
Harm sursauta presque au son quasiment inaudible de la voix de Mac. Cela avait été presque un murmure si bien est qu’il douta qu’elle ait dit quelque chose. Il se retourna vers elle le regard interrogateur.
- Non quoi ?
- Non…Non, je ne pensais pas ce que j’ai dit ce soir là.
- Alors pourquoi ? demanda Harm d’une voix douce.
Il y eut un nouveau silence et Mac se concentra sur ses mains qu’elle tordait l’une dans l’autre, comme si elle luttait pour ne pas parler. Devant sa détresse évidente, Harm vint s’asseoir à ses côtés. Il posa un doigt sous son menton, l’obligeant à lui faire face.
- Mac…Sarah…Pourquoi ?
- Je…je pense que je n’y croyais pas vraiment. Je veux dire, pendant des années vous m’avez laissé espéré, me témoignant de l’affection, de l’amitié…mais je n’ai jamais vraiment su ce que vous ressentiez réellement pour moi…de l’amour, de l’amitié ? Et là, d’un seul coup, vous faites ça ! Je veux dire, c’est énorme. Je n’y étais pas prête. Et puis, vous n’avez pas vraiment parlé. Certes vous sembliez jaloux de Webb mais, c’est vous qui avez souhaité remettre la discussion sur le « nous », pas moi. Alors oui, j’ai douté de la sincérité de votre geste. Pas sur le plan amical je veux dire, je sais que vous auriez pu agir comme cela par amitié. Mais connaissant votre complexe de « sauveur de l’humanité », je pouvais légitimement douter que vous ayez agit ainsi par amour tant que vous ne l’aviez pas formulé verbalement…et vous ne l’avez pas fait.
- Mac…vous me connaissez, vous savez que ce n’est pas évident pour moi, ce genre de chose.
- Je sais, Harm. J’étais confuse. Je venais de traverser des moments terribles. J’avais besoin d’être rassurée, de savoir que vous n’aviez pas agit sur un coup de tête comme vous le faites habituellement et, qu’une fois rentrés, vous auriez à nouveau retourné votre veste. Alors oui, j’ai eu peur d’avoir mal une nouvelle fois, d’être à nouveau blessé, peur qu’une fois que vous auriez réintégré le Jag, vous ne fassiez marche-arrière. Et qu’une nouvelle fois, je me retrouve sans rien. Alors je me suis protégée et j’ai préféré remonter la muraille autour de moi, pour ne plus souffrir.
- Mac, vous auriez du m’en parler…
- Harm, vous ne m’avez même pas contre-dite, vous n’avez même pas protesté ! Pour moi c’était très clair…
- Mais enfin, je pensais que vous aviez compris…je veux dire…
- Je sais Harm, avec le recul, je reconnais maintenant que vos actes parlaient pour vous mais à l’époque…j’avais besoin d’être rassurée, que les choses soit réelles et matérialisées. Vous ne m’avez jamais dit clairement que vous teniez à moi…tout du moins d’une façon romantique. Et puis…
- Et puis ?
- Tous les hommes qui m’approchent meurent alors…
- C’est pour ça que vous me repoussez ?
- Peut-être…je ne sais pas, je ne sais plus.
Mac se prit la tête dans les mains en soupirant tandis que Harm, toujours à ses côtés, la regardait en cherchant quoi dire. Mais Mac continua :
- J’ai compris avec le recul que vous teniez à moi plus que comme une simple amie. Sur place, je n’étais pas en état d’analyser la situation. Quand nous sommes rentrés et que vous avez été « banni » du Jag par l’Amiral, j’ai compris. J’ai compris que j’avais une fois de plus commis une erreur. D’un seul coup, vous quittiez ma vie professionnelle et je me suis mise à espérer. « Peut-être que si nos carrières ne sont plus un obstacle », me suis-je dis alors. Alors, j’ai voulu me rattraper, mais vous ne m’en avez pas laissé le temps. Quelques jours plus tard, j’ai surpris votre conversation avec Webb et Catherine Gayle : vous alliez travailler pour la CIA. Vous me quittiez, vous n’alliez pas vous battre. Vous ne m’avez même pas avertie de votre nouvel emploi. Subitement, vous êtes sorti de ma vie comme si tout ce que l’on avait partagé pendant huit ans n’avait jamais existé. Et ça m’a fait mal, même si je sais maintenant que je suis en partie responsable de ça…
Mac marqua un temps d’arrêt et se leva. Harm suivit des yeux la silhouette de la jeune femme qui alla se placer face à lui, contre le bureau qu’il occupait quelques instants auparavant.
- Je ne vous ai jamais remercié de m’avoir sauvé la vie…
- Vous m’avez remercié au centuple avec Mattie, Mac.
- Elle est repartie avec son père maintenant.
- Oui, mais je l’ai eu pour moi quelques mois. Ça compte énormément.
- Je voudrais tellement qu’on puisse oublier tout ça. Je veux dire, tout cet épisode paraguayen.
- Je pense malheureusement qu’il va falloir faire avec, constata tristement Harm.
- Oui…en effet.
- J’ai encore une question, Mac. Ensuite, je promets de vous laisser tranquille.
- Allez-y, Harm, je pense que nous devions de toute façon avoir cette discussion tôt ou tard.
- Et Webb ?
- Quoi Webb ?
- Et bien…je veux dire…vous vous voyez ?
- Oui…
La réponse s’abattit sur Harm comme une douche froide. Il avait commencé à reprendre peu à peu espoir mais maintenant, toutes ses illusions s’écroulaient.
- Oui, je le vois, Harm. Mais pas comme vous croyez. Il n’y a jamais rien eu entre nous. En ce qui me concerne en tout cas. Je vous l’ai dit dans cette chambre d’hôtel et rien n’a changé depuis. Seulement, nous nous sommes effectivement rapproché. Il vous a remplacé quand vous ne vouliez plus être mon ami. Mais jamais nous aurons tous les deux ce que j’ai avec vous, Harm. Et puis, nous travaillons toujours sur le cas de Sadik…
Harm sembla respirer à nouveau. Ainsi, elle était libre. Mais était-il prêt à passer à la suite de son plan. La première phase avait plutôt bien fonctionné. Chacun avait donné ses explications. Une grande partie du problème relevait d’un manque de compréhension entre eux deux. Maintenant que tout était aplani, il se devait de franchire le pas suivant. Mais comment aborder ce sujet délicat alors qu’ils venaient tout juste de s’expliquer ?
- Alors, qu’est-ce qu’on fait ? demanda Harm.
- Je ne sais pas. Tout semblait très bien aller entre nous ces derniers mois. Honnêtement, je ne sais pas si je suis prête à réessayer quelque chose, Harm.
- Je comprends. Écoutez, je vais quand même vous remettre mon cadeau. Vous en ferez ce que vous voudrez.
Harm se leva pour chercher le petit paquet qu’il avait déposé sur son lit en laissant une Mac perplexe retourner s’asseoir sur le divan. Il revint quelques secondes plus tard et lui tendit une petite boite de papier blanc.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda Mac.
- La meilleure façon de le savoir, Marine, c’est de l’ouvrir ! la taquina Harm en prenant place à ses côtés.
Il la regardait nerveusement alors qu’elle s’acharnait sur le cordon qui tenait la boite fermée. Avant qu’elle ne soulève le couvercle, il posa ses mains par-dessus les siennes afin d’interrompre son geste, tout à coup plus très sûr de lui, enfin de son cadeau tout du moins.
- Sarah, je ne veux surtout pas que cela vous mette une quelconque pression. Je vous ai dis ce que je souhaitais…mais je me plierais à votre décision.
- Harm, rigola nerveusement Mac, là vous me faites réellement peur !
Il relâcha enfin ses mains afin de lui permettre d’ouvrir la petite boîte. La main de Mac, après avoir repoussé le couvercle, resta un instant en suspend avant d’attraper l’objet ou plutôt les objets qui s’y trouvaient. Son cœur s’emballa…Était-ce bien ce que cela sous-entendais ou n’était-ce que le fruit de son imagination ?
- Oh…Harm…
Harm avait le regard fixé sur elle afin de connaître son avis sur sa proposition, et de voir surtout si elle la comprenait. C’est une Mac au bord des larmes qui croisa son regard.
- Harm ? Est-ce que ça veut bien dire ce que je pense que ça veut dire ? demanda Mac avec un timide sourire.
Rassuré par la mine de Mac, Harm confiant lui pris les mains et se rapprocha un peu plus d’elle.
- Si vous faites référence à ce que je vous ai promis il y a cinq ans, Marine, alors oui. Je vous l’ai dit, Sarah, je veux une famille avec vous, et personne d’autre. Nous avons déjà assez perdu de temps.
Mac passa un doigt dans chacun des petits chaussons de laine, un bleu et un rose, et les monta au niveau du regard de Harm, l’air taquin :
- Deux d’un coup…on ne serait pas un peu vantard, Matelot ?
- Je dois prendre votre réaction pour un oui ?
Pour toute réponse, Mac approcha son visage de celui de Harm sans quitter son regard des yeux et murmura simplement tout contre ses lèvres :
- Oui.
La suite ne fut qu’une succession de sensations, toutes nouvelles pour eux, puisque pour la première fois, ils les partageaient avec leur alter-ego. Enfin, ils se séparèrent quand le besoin d’air se fit trop fort et Harm posa délicatement son front contre celui de Mac et murmura :
- Enfin…
- Oui, enfin…il était temps, dit-elle en lui caressant la joue de son doigt toujours coiffé du petit chausson. Et maintenant ?
- Et maintenant ?
- Ben oui…c’est bien beau de vouloir me faire un enfant pilote…mais tu sais, ils ne viennent pas dans les choux ni dans les roses.
- Ah non ? Je croyais pourtant, lui répondit Harm en plaisantant.
- Et j’ai encore un scoop pour toi…les abeilles n’y sont pour rien non plus !
- Vraiment ?
- Vraiment.
Et elle l’attira à nouveau à elle pour un baiser beaucoup plus passionnel et demandeur que le précédent. Harm savait que s’il n’arrêtait pas ça tout de suite, la situation risquait de lui échapper et qu’il ne pourrait plus lui résister. Elle était déjà à moitié allongée sur lui et Harm sentait ses dernières bribes de lucidité disparaîtrent à la vitesse de la lumière. Ils avaient attendu si longtemps…mais il ne voulait pas non plus qu’ils se précipitent trop, maintenant que tout était clair entre eux.
- Mac…tenta-t-il entre deux assauts de sa bouche.
- Hum…grogna Mac en s’attaquant à son cou tout en commençant à déboutonner sa chemise.
Profitant de l’occasion de pouvoir utiliser ses lèvres autrement que pour découvrir sa peau, Harm déclara tout en tentant de se rasseoir :
- Sarah…Sarah…attend.
Mac s’interrompit brutalement et le dévisagea avec une expression mêlée de tristesse et de peur.
- Non, Sarah, détrompes-toi. Je…enfin, j’ai envie de ce qui est en train de se passer mais, peut-être qu’on ne devrait pas se précipiter.
- Harm, ça fait huit ans !
- Justement, on est plus à quelques jours près. J’ai envie qu’on fasse ça bien, dans les règles. Tu vois…Je t’emmènerais dîner, puis un cinéma ou une ballade…puis on rentrerait, chez toi…ou chez moi…
Tout en parlant, Harm caressait sa main qui était restée agrippée sur la boutonnière de sa chemise. Peu à peu, il la sentie se détendre.
- Et ensuite ? demanda-t-elle presque timidement.
- Et ensuite, on reprendrait les choses où je pense que nous devrions les laisser ce soir. Je ne veux pas faire ça comme ça, à la va-vite, sur un canapé…pas avec toi…ou du moins pas encore, répondit-il en lui retournant son sourire le plus sexy.
- Tu sais, on peut très bien poursuivre sur ton lit si tu préfères et puis…j’ai acheté un petit truc cet après-midi qui je suis sûre te plaira…tenta-t-elle en enfouissant son visage dans le creux de son cou.
Harm était à deux doigts de céder. « C’est dingue ce qu’elle peut faire avec ses lèvres ! » pensa-t-il.
- Sarah ! Je t’en prie.
Mac s’éloigna à regret de sa chaleur.
- Ok, ok, j’ai saisi le message, rallât-elle en prenant un air faussement furieux.
Devant son expression de petite fille capricieuse, Harm ne put faire autrement que de rire. Mac tenta de garder son sérieux mais finalement céda devant l’air joyeux de Harm.
Ils reprirent leur sérieux quasiment au même moment, surpris de se dévisager l’un l’autre. Harm approcha sa main de la joue de Mac pour la caresser tendrement et finalement, constata comme si c’était la chose la plus naturelle du monde :
- Je t’aime, Sarah.
- Je t’aime, Harm, répondit-elle en posant sa main par-dessus celle qui caressait sa joue.
Ils se sourirent avant que leurs lèvres ne se joignent à nouveau pour un autre baiser, chaste cette fois.
- Je devrais y aller.
- Oui. On va courir ensemble demain ?
- D’accord. Tu es prêt à perdre ?
- Tu peux toujours rêver !
- On verra…j’ai quelques arguments à faire prévaloir.
Et dans un mouvement de hanches provoquant, elle se leva et se dirigea vers la porte d’entrée et attrapa sa veste en jetant un coup d’œil par-dessus son épaule pour voir l’effet de sa manœuvre. Elle avait parfaitement fonctionné à en juger par le regard que jetait Harm sur le bas de son dos en la suivant.
- Demain va être une journée terrible pour toi, foi de Marine !
- J’en tremble à l’avance, rétorqua-t-il en ouvrant la porte et en tentant de garder un ton neutre.
« Mon Dieu, que la nuit va être longue ! » pensa-t-il alors que Mac rigolait encore de son petit effet. Elle s’adossa au chambranle de la porte et de sa voix la plus sexy dit :
- On se dit donc bonsoir, Matelot. Pas de regret ?
- Non, je te promets…bientôt, tu n’auras aucun regret.
- Des promesses, encore des promesses !
- Tu sais que je les tiens toujours !
Et il s’empara de sa bouche pour un baiser passionné. Elle profita de son état d’esprit actuel pour le plaquer contre le mur et se laisser aller contre lui de tout son poids, histoire de lui faire perdre la tête. Elle commença à bouger ses hanches contre l’évidence de son désir mais Harm, loin d’être né de la dernière pluie, comprit son manège et se sépara brusquement de ses lèvres à regret.
- Bien essayé, Sarah !
- C’est toi qui as commencé !
Mac tourna les talons et se dirigea vers l’ascenseur.
- Allez, ouste ! Et sois prudente. Appelles-moi quand tu arrive et un conseil, prends une douche froide avant de te coucher !
Mac, sans répondre, lui fit un signe de la main par-dessus son épaule comme pour signifier « Cause toujours ! » et s’engouffra dans l’ascenseur. Avant que les portes ne se referment, elle eut quand même le temps de mimer un « Je t’aime » avec sa bouche vers Harm. Ce dernier lui décocha son plus beau sourire mais les portes s’étaient déjà refermées. Ne souhaitant pas être en reste, Harm après avoir regagné l’intérieur de son appartement, décrocha son téléphone et composa le numéro si familier. Quand la voix de son âme sœur retentit à l’autre bout, il ne put s’empêcher de sourire à nouveau. Après le bip, il laissa son message :
- Je t’aime aussi, Sarah.
Et il raccrochât. Dieu, que la vie était belle finalement !
QG du Jag
Le lundi suivant
Mac se dirigea d’un pas décidé et le sourire aux lèvres vers son bureau, saluant les gens qu’elle croisait sur son passage. Elle avait passé avec Harm un week-end parfait…si ce n’est que son satané pilote la rendait dingue à toujours repousser ses avances. Mais, ils avaient beaucoup discuté, tout était réglé entre eux maintenant et ils ne pensaient plus qu’à l’avenir. Une fois arrivée à destination, elle accrocha son manteau et déposa sa sacoche près de son fauteuil. Puis, toujours le sourire aux lèvres, elle poussa un long soupire de contentement. « La vie est merveilleuse » se murmura-t-elle en quittant son bureau pour aller se chercher un café. Elle atteignit la petite cuisine où se trouvait Harriet en compagnie du petit Jimmy.
- Harriet ? Mais que faites-vous là ? Je vous croyais en vacances ?
- Oh, c’est le cas. Mais j’ai quelques courses à faire pas très loin alors on est venus faire un petit coucou.
- Salut toi, dit tendrement Mac en caressant la tête du petit. Je peux ?
- Bien sûr, Madame, répondit Harriet en lui mettant l’enfant dans les bras.
- Oh, il est tellement mignon !
- Ne vous inquiétez pas, se sera bientôt votre tour Colonel.
- Puissiez-vous dire vrai, Lieutenant…j’ai hâte.
Harriet s’étonna que Mac ne lui fasse pas un commentaire à propos du fait qu’elle devait d’abord trouver un père mais, devant la bonne humeur de Mac, ne fit aucune remarque. Ça faisait tellement longtemps qu’elle ne l’avait pas vu si heureuse.
- Vous avez passé un bon week-end, Madame ?
- Excellent !
- Ça a l’air !
- Vraiment ? Ça se voit tant que ça ?
- Oh oui ! rigola Harriet.
Elles furent interrompues par l’arrivée de Harm :
- Bonjour, Mesdames. Jeune homme.
- Bonjour Harm.
- Bonjour, Monsieur.
- On a l’air de bien s’amuser par ici. Jimmy veut-il venir faire un tour avec son oncle Harm ?
- Harm, vous êtes ici pour travailler, lui rappela Mac.
- Mac, je sais bien que vous êtes le chef du personnel ici mais je ne vois pas pourquoi il n’y aurait que vous qui auriez le droit de vous amuser. De plus, l’Amiral n’est pas encore arrivé, il est en rendez-vous avec le Secrétaire d’État à la Marine. On peut se détendre un peu.
- Je viens juste de le prendre, dit Mac en faisant mine de bouder.
- Ça suffit ! les interrompit Harriet, amusée de les voir se disputer les faveurs de Jimmy. J’ai un rendez-vous dans dix minutes alors je dois y aller. Capitaine, vous pouvez prendre Jimmy jusqu’à l’ascenseur si vous voulez.
Harm se retourna vers Mac un sourire triomphant sur les lèvres et elle lui tendit Jimmy à contre-cœur.
- Salut bonhomme, dit Harm en ayant les même gestes que Mac précédemment.
Cela amena un sourire sur le visage des deux femmes. Harm se sentant observé les questionna :
- Quoi ?
- Vous vous débrouillez très bien, Capitaine, constata Harriet.
- Rien, répondit Mac. Je pensais, c’est tout.
- Tu vois Jimmy. Cette femme va dans quelques mois se retrouver avec un petit bout comme toi. Et on verra comment elle s’en sortira, conclu Harm en sortant de la pièce avec un clin d’œil.
Mac lui jeta trop tard un regard d’avertissement.
- Madame, y a-t-il quelque chose que je devrais savoir ? demanda Harriet soudainement curieuse.
- Laissez tomber, Lieutenant. Cet homme a complètement perdu l’esprit !
- Vous êtes sûre ? insista-t-elle en emboîtant le pas à Mac.
Les deux jeunes femmes rejoignirent Harm qui babillait avec Jimmy près de l’ascenseur. Mac appela l’ascenseur tandis que Harm rendait son fils à Harriet. Les portes s’ouvrirent sur l’Amiral qui avait sa tête des mauvais jours. Il marqua un temps d’arrêt devant ses trois subalternes qui se mirent immédiatement au garde à vous, puis sorti en trombe en les saluant à peine. En passant à leurs côtés, il dit d’une voix ferme :
- Colonel, dans mon bureau, tout de suite.
- A vos ordres ! répondit Mac.
Elle le suivit immédiatement non sans avoir lancé un regard interrogateur vers Harm et Harriet qui étaient restés figés devant le ton de leur supérieur. Harm regarda avec inquiétude Mac disparaître dans le bureau de l’Amiral. Que pouvait-il bien lui vouloir ? Il espérait qu’elle n’allait pas partir sur une enquête à l’autre bout du monde, pas sans lui tout du moins. Une fois la porte refermée, il dit au revoir à Harriet en lui donnant rendez-vous le dimanche pour les cinq ans du petit AJ et se dirigea vers son bureau afin de récupérer quelques documents. Il avait une audience dans vingt minutes.
Bureau de l’Amiral
Quelques minutes plus tard
Mac entra dans le bureau à la suite de l’Amiral, s’arrêta devant l’imposant meuble en acajou et se mit instantanément au garde à vous. AJ déposa son porte-documents sur son bureau et s’adressa enfin à elle :
- Repos, Mac.
L’angoisse de Mac grandit en entendant l’Amiral l’appeler par son diminutif. Ce n’était pas dans ses habitudes, excepté quand il avait quelque chose de grave à annoncer à ses subalternes. AJ s’était mis à faire les cent pas devant son bureau et finalement fit signe à Mac de s’asseoir. Il poussa un long soupire et mis enfin fin au long silence qui s’était installé dans la pièce.
- Mac…Je…je reviens d’un rendez-vous avec le Secrétaire d’État à la Marine. Nous avons un problème en Irak qui ne supporte aucun délai.
- Que s’est-il passé, Amiral ?
- Le correspondant de notre bureau à Bagdad a du rentrer de toute urgence aux États-Unis suite à de graves évènements familiaux. Compte tenu de la situation actuelle là-bas, nous ne pouvons nous permettre de laisser son poste à responsabilités vacant.
Mac qui commençait à comprendre ce que l’Amiral allait finir par lui annoncer, s’aventura tout de même à poser la question :
- Qu’attendez-vous de moi ?
- Le Secrétaire, et non moi, souhaite que vous vous rendiez sur place afin d’assurer le relais. Cela aurait du être Rabb mais, compte tenu de vos connaissances linguistiques…
Mac n’était pas très ravie de la nouvelle. Maintenant que Harm et elle s’étaient trouvés, ils allaient être à nouveau séparés. Mais ce n’est pas comme s’il s’agissait d’une mutation. Une fois les problèmes du titulaire réglés, elle reviendrait prendre son poste ici.
- Mon départ est prévu pour quand ?
- Demain, soupira AJ.
- Demain ! Mais, Monsieur, je pensais avoir un peu de temps pour me retourner. Et il y a l’anniversaire du petit AJ…
- Je sais, Mac. Pour tout vous dire, je n’étais pas très chaud pour vous laisser partir. J’ai besoin de vous ici. Et puis, c’est une assignation à haut risque.
- Je suis un Marine, Monsieur !
- Je ne doute pas de vos compétences, Mac. C’est juste que…
AJ se troubla et se retourna subitement vers la fenêtre. Mac qui ne comprenait pas la réaction de son supérieur commença à se poser des questions sur la réelle nature de son assignation.
- Monsieur ? Y a-t-il quelque chose d’autre que je devrais savoir ? Ne me dîtes pas que la CIA et Webb sont encore là-dessous !
- Non, bien sûr que non, je ne ferais pas deux fois la même erreur…
- Bien. Mon retour est prévu pour quand ?
Un lourd silence envahit la pièce et Mac commença à sérieusement paniquer. Elle déglutit péniblement avant de murmurer :
- Monsieur ?
- Cette assignation est permanente, Mac, lâchât l’Amiral en se laissant tomber dans son fauteuil.
Mac le regardait les yeux grand écarquillés, n’osant croire ce qu’elle venait d’entendre.
- Pardon ? redemanda-t-elle
- Cette affectation est permanente, répéta-t-il en levant enfin les yeux vers elle.
Et il aurait préféré ne pas voir l’arc-en-ciel d’émotions qui traversaient à cet instant le regard de Mac.
- Je suis désolé. J’ai essayé de trouver une autre solution. Mais le Secrétaire a été très clair. C’est vous qu’il veut là-bas.
- Mais, Monsieur, ma vie est ici, mes amis son ici, Har…
Elle s’interrompit en sentant les larmes commencer à la submerger. Elle ne pouvait décemment pas se mettre à pleurer devant son supérieur. Deux jours, elle n’aura finalement eu droit qu’à deux jours de bonheur. AJ la regardait se battre contre elle-même. Il savait que ça n’était pas une nouvelle facile à apprendre, ni à annoncer. Il avait tout tenté auprès du secrétaire mais ce dernier était resté inflexible. Ça allait être étrange de ne plus voir la mince silhouette du Colonel dans les couloirs du Jag.
- Mac, je vous promets d’essayer de trouver une solution mais autant vous avouer tout de suite que les chances sont très minces. La personne qui était en poste là-bas n’y retournera pas. Il faudra attendre de trouver une personne avec des compétences similaires aux vôtres, ce qui n’est pas une mince affaire, ou bien qu’un volontaire se présente. Sur ce dernier point, et vu la dangerosité du poste, autant vous dire qu’il est préférable de l’oublier.
Mac, qui avait reprit un peu sur elle, demanda :
- Mais, Monsieur, vous allez faire comment ici ? Je veux dire, nous n’avons pas encore terminé avec les affaires de Immes…Vous avez déjà un remplaçant ?
- Le Secrétaire y travaille. Souhaitez-vous être là quand je ferais l’annonce à vos collègues ?
- Non !
Mac avait presque crié sa réponse. AJ leva vers elle un regard interrogateur.
- Non. Je ne crois pas que j’y arriverais, déglutit-elle avec peine en baissant à nouveau la tête, sentant les larmes à nouveau menacer.
« Mon Dieu », pensa-t-elle. « Comment Harm va-t-il réagir ? »
- Vous en êtes sûre ?
- Oui. Je vais avoir quelques affaires à régler avant demain. Je préfère ne pas avoir à les affronter si possible.
- Mac, vous devriez leur dire au revoir. Écoutez, je vous propose quelque chose. De toute façon, vous avez le reste de la journée pour vous. Je vais faire une réunion où je leur annoncerais. Et ce soir, vous nous rejoignez au Balzinger’s.
- Monsieur, je ne pourrais pas, se sera trop dur…
- Vous ne pouvez décemment pas partir comme ça, Mac.
- Je sais, murmura la jeune femme.
- Je vous libère, Mac. Je vous appelle dans la journée.
- Merci, Monsieur.
Mac se leva et se mit au garde à vous en regardant fixement un point sur le mur derrière l’Amiral. AJ lui fit signe de rompre et Mac tourna les talons. Il lui tardait de quitter ce bureau, de quitter le bâtiment pour enfin se laisser aller à sa peine. Avant qu’elle n’atteigne la porte, l’Amiral la rappela :
- Mac ?
- Oui ? demanda-t-elle sans se retourner.
- Je suis sincèrement désolé de tout ça.
Mac soupira et se retourna vers son presque ancien supérieur et déclara d’une voix monocorde :
- Monsieur, quand je me suis engagée dans les Marines, je savais parfaitement que mon pays passait avant toute autre chose. Excusez-moi.
Et sur ce, elle quitta son bureau, laissant l’Amiral perplexe. Il savait pertinemment que Mac lui avait montré sa façade de Devil Dog Marine mais qu’au fond d’elle-même, la jeune-femme était totalement effondrée.
De son côté, Mac ne mit que quelques minutes à rassembler ses affaires et sortit du bâtiment, heureuse de n’avoir croisé personne en chemin. Elle s’engouffra dans sa voiture et quitta le parking du Jag. Ce n’est que quand la porte de son appartement fut refermée derrière elle, qu’elle se laissa tomber au sol pour laisser libre cours à ses larmes.
QG du Jag
Le même jour
13h00
Harm venait juste de quitter la salle du tribunal où il venait de gagner son affaire contre Sturgis. Le cœur léger, il se dirigea vers le bureau de Mac pour voir si elle avait déjà déjeuner. Il fut contrarié de trouver l’endroit désert et interpella Coates qui passait à sa hauteur :
- Quartier-maître, savez-vous où se trouve le Colonel Mackenzie ?
- Non, Monsieur. Je ne l’ai pas vu de la matinée.
- Ah. C’est étrange.
- Monsieur, je vous cherchais. L’Amiral attendait que vous et le Capitaine Turner finissiez en Cours. Il souhaite réunir tout le monde en salle de conférence. Il nous y attend.
- Très bien. Je vous suis.
Il emboîtât le pas à Jen , certain de retrouver Mac là-bas. Mais quand il entra dans la salle, Mac ne s’y trouvait pas. Tous les autres étaient déjà là. L’Amiral attendit qu’il s’assied avant de s’éclaircir la voix et de commencer :
- Bonjour à tous. Bien, maintenant que nous sommes tous là…
- Excusez-moi, Monsieur ? interrompit Harm
- Capitaine ? interrogea AJ, le regard noir.
- Excusez-moi mais, n’attendons-nous pas le Colonel Mackenzie avant de commencer ?
- Non, Capitaine. Elle ne viendra pas.
Harm, surpris par la réponse de son supérieur se laissa aller contre le dossier de son fauteuil, l’air visiblement soucieux.
- Bien, comme je disais avant d’être interrompu, si je vous ai réunit aujourd’hui c’est pour vous faire part de quelques changements qui vont avoir lieu ici.
AJ marqua une pause avant de poursuivre. Il releva les yeux vers son équipe, tous suspendus à ses lèvres. Il remarqua également le front soucieux du Capitaine. « Bon sang », songea-t-il, « comment leur annoncer ça ».
- Comme certains le savent peut-être, j’avais un rendez-vous ce matin avec le Secrétaire d’État à la Marine. Notre QG de Bagdad rencontre quelques difficultés de personnel aussi…
Il marqua une nouvelle pause et posa son regard sur Harm. Instantanément, ce dernier sut que ce qu’il allait entendre ne lui plairait pas.
- Pour faire court, le Secrétaire a demandé après la présence du Colonel Mackenzie là-bas.
La nouvelle provoqua chez chacun une réaction de stupeur et bientôt, la salle fut remplie de murmures. Harm, qui avait croisé ses bras sur sa poitrine les laissa retomber de part et d’autre de son siège, abasourdi par ce qu’il venait d’entendre.
- Combien de temps ? s’entendit-il demander.
AJ redoutait cette question même s’il savait qu’il devrait le leur dire tôt ou tard. Il demanda le silence à son équipe avant de répondre :
- Cette assignation est permanente.
Un grand silence accompagna sa réponse. Harm ferma les yeux et les rouvrit comme s’il cherchait à sortir de ce mauvais rêve. Mais à son grand désarroi, tout était bien réel.
- Pourquoi elle ? demanda-t-il encore.
- Sa connaissance linguistique est un des atouts l’ayant propulsé là-bas.
- Je vois. Et si elle refuse ?
- Elle ne peut pas. Et pour vous répondre, elle a déjà accepté.
Harm ferma une nouvelle fois les yeux. Il était sûr qu’il allait finir par se réveiller. Ça ne pouvait pas être possible. Au moment même où ils se trouvaient enfin, voilà que leur carrière les séparait. Sans un mot de plus, ni sans se soucier des personnes présentes dans la pièce, Harm se leva précipitamment et sortit. L’ensemble de l’équipe encore sous le choc le regarda faire, puis se retourna comme un seul homme vers l’Amiral qui, d’un geste, leur ordonna de rompre. AJ savait très bien où Harm courait si vite. Et il ne ferait rien pour l’en empêcher.
Appartement de Mac
Le même jour
14h00
Mac avait finalement trouvé le courage de se relever et, le cœur gros, avait commencé à ranger son appartement. Elle avait passé une grande partie de la matinée à recouvrir ses meubles de draps. Ainsi, la vision de son appartement était encore plus déprimante et elle n’avait qu’une envie, s’en éloigner le plus vite possible, sortir prendre l’air. Mais elle avait son sac à préparer, des coups de fils à donner à Chloé et son oncle Matt, et ça, elle n’en avait pas encore eu le courage. Le temps lui était compté et elle devrait bien se résigner à le faire sous peu.
Lentement, elle se dirigea vers la penderie de sa chambre pour en sortir son plus grand sac de voyage et le déposa en soupirant sur le lit. « Pourquoi ? », ne cessait-elle de se répéter. « Pourquoi maintenant ? » Elle commença à sortir quelques vêtements de sa commode quand des coups donnés contre sa porte se firent entendre. Elle sursauta légèrement même si elle se doutait bien de qui il pouvait s’agir. Elle continua à déposer des affaires dans son sac comme au ralentit, comme si son corps exécutait cette tâche mais que son esprit en était détaché. Son esprit était focalisé sur les coups contre la porte et la voix qui les accompagnait maintenant.
- Sarah…je t’en prie, ouvre. Je sais que tu es là.
« Ne pas lui ouvrir, ne pas répondre, ne pas l’affronter. » Voilà les trois phrases qu’elle tentait de se répéter pour faire abstraction de ce qui se passait dans le couloir.
- Sarah, j’ai les clés. J’entre.
Mac sembla d’un seul coup sortir de sa torpeur. Il entrait, il arrivait ! « Comment ai-je pu être assez idiote pour lui donner un double ? », pensa-t-elle. Quelques secondes plus tard, Harm faisait son entrée dans sa chambre et elle sentit toutes ses résolutions pour ne pas pleurer s’effondrer.
- Sarah…murmura Harm en entrant.
Elle se retourna vers lui le visage ravagé par des larmes silencieuses. Il ouvrit ses bras et elle s’y jeta sans réserve.
- Oh, Harm.
Il la tint serrée contre lui jusqu’à ce qu’elle se calme, la berçant, lui murmurant à l’oreille des mots d’amours qu’elle seule comprenait. Au bout d’un long moment, elle s’écarta légèrement de lui, osant enfin le regarder en face. Et elle put lire sur le visage de son amour, le même désespoir, la même tristesse qu’elle devinait sur le sien. Il lui retourna un sourire timide, la prit par la main et alla s’asseoir avec elle sur le lit. Il passa un bras autour de ses épaules et elle se laissa aller contre lui en fermant les yeux. Quelques minutes passèrent encore avant que Harm ne demande :
- Tu as besoin d’aide ?
« Bravo, Harm », pensa-t-il. « La femme de ta vie est sur le point de te quitter contre son grès et tout ce que tu trouve à lui dire ou à lui demander c’est si elle a besoin d’aide ! » Mac se détacha subitement de lui en le regardant de ses grands yeux maintenant rougis par les larmes.
- Ce n’est pas ce que je…oh, Sarah, excuses-moi, déclara-t-il en se levant et en commençant à faire les cent pas dans la chambre, c’est juste que je ne sais pas…tout ça est tellement…
- Inattendu ? hasarda-t-elle.
- Oui, inattendu. Et injuste…
- Injuste ?
- Oui. Pourquoi n’avons-nous pas droit à un peu de bonheur ? Ne l’a-t-on pas mérité ?
- C’est notre devoir, Harm.
- Et bien, notre devoir craint !
- Harm !
Il s’en voulait de réagir comme ça. C’était à lui de la consoler, de la rassurer. Au lieu de ça, il se laissait aller à des considérations qui n’avaient pas lieu d’être à ce moment précis. Enfin presque…
- Je suis désolé. C’est juste que je ne sais pas du tout comment prendre ça.
- On a pas le choix. Je n’ai pas le choix.
- Tu pourrais…
- Ne le dis même pas !
- Quoi ! Tu ne serais pas la première femme à démissionner !
- Harm ! Je dois beaucoup de choses au Corps des Marines. Plus que je ne pourrais jamais lui rendre.
- Et ça vaut de sacrifier ton bonheur ? Notre bonheur ?
- Le bonheur personnel n’est pas à prendre en considération quand on s’engage, Harm.
Ils furent interrompus par la sonnerie du téléphone. Après quelques minutes de conversation, Mac raccrocha.
- C’était l’Amiral. On a rendez-vous avec les autres au Balzinger’s à 18h30. L’Amiral te donne ton après-midi…si tu le veux.
- Bien sûr que je le veux, répondit-il en s’approchant d’elle et en lui caressant la main.
Ce nouveau geste d’affection amena à nouveau des larmes dans les yeux de Mac qui se blottit contre lui.
- Je te promets, on va trouver une solution.
- Il n’y a rien à faire, Harm. L’Amiral lui-même m’a clairement dit que mes chances de retour dans un bref délai étaient quasiment inexistantes.
- Quasiment ne veut pas dire totalement.
- Le Secrétaire ne semble pas être de cet avis.
- On trouvera.
Il la berça encore quelques instants puis elle retourna à ses préparatifs. Harm se contenta de l’observer en silence, tentant de se figurer ce qu’allait être sa vie sans elle. Il lui tint la main quand elle passa ses appels téléphoniques à Chloé et à son oncle, puis à nouveau il la prit dans ses bras afin de calmer les nouvelles larmes que ces appels avaient engendrées. Quand tout fut terminé, ils partirent pour le bar, retrouver leurs amis.
Appartement de Mac
De retour du bar
Début de soirée
Le trajet de retour s’était passé dans le silence le plus total. Mac avait regardé tout du long par la fenêtre tandis que Harm l’observait du coin de l’œil. Les adieux avaient été pénibles pour tout le monde, en particulier pour Harriet. Le petit AJ qui était là ne semblait lui pas trop comprendre pourquoi sa marraine avait éclaté en sanglots en l’embrassant. Mac avait longtemps lutté mais en l’imaginant dans son petit costume de Zorro, la douleur était devenue trop forte. Enfin, ils étaient partis et depuis, Mac était entrée dans un mutisme total. Seuls, deux sillons humides sur ses joues prouvaient qu’elle vivait encore.
Maintenant, elle se tenait face à la fenêtre de son appartement, regardant distraitement la ville illuminée tandis que Harm leur préparait du thé. Le vol de Mac était prévu le lendemain matin à 8h00 précises à la base d’Andrew puisqu’elle prenait un vol militaire. Harm revint au salon et déposa le plateau sur la table basse avant d’aller se placer derrière Mac et entourer sa taille de ses bras. Il déposa son menton sur le haut de sa tête et demanda :
- Ça va ?
- Comment veux-tu que ça aille ? répondit-elle brusquement en se dégageant de son étreinte.
Harm la regarda tristement aller s’asseoir dans le divan.
- Excuses-moi, Harm. Ce n’est pas de ta faute. C’est juste que j’ai les nerfs à fleur de peau.
- Je comprends.
Ils restèrent quelques instants silencieux avant que Mac ne brise le silence.
- Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-elle en désignant de la tête une enveloppe qui était posée sur la table.
- Tu peux l’ouvrir, je voulais te la donner ce soir en dînant mais nos plans ont un peu changé.
Mac attrapa l’enveloppe et l’ouvrit. Elle en sortie une feuille sur laquelle elle pouvait lire des résultats d’analyse.
- Je ne comprends pas ?
- Ce sont les résultats du check-up que j’ai eu en rentrant. Tout est OK. Je voulais que tu le saches dans la mesure où nous…
- Harm…nous ne pouvons plus…
- Pourquoi ?
- Parce que je m’en vais…
- Ce n’est pas ça qui doit changer quoique se soit.
- Si justement. Tout est différent maintenant. Qui sait quand je reviendrais ?
- J’attendrais.
- Non. Non, Harm. Je ne peux pas te demander ça.
- Tu ne me le demande pas, c’est moi qui le veux.
- Harm, je peux tout aussi bien ne jamais revenir alors…
- Ne dis pas ça !
- Si il le faut, c’est la réalité. Alors écoutes-moi bien. Je ne veux pas que tu m’attendes, je veux que tu sois heureux. Trouves-toi une femme qui t’aimeras et que tu aimeras…et oublies-moi.
- Mais Sarah…je ne peux pas.
- Je t’en prie. Fais le pour nous.
Mac se releva subitement, laissant un Harm hagard sur le divan, et rejoint sa place initiale près de la fenêtre. Il la rejoignit peu de temps après et la prit à nouveau dans ses bras.
- Sarah, je…murmura-t-il à son oreille.
- Je sais, répondit-elle en se retournant dans ses bras.
Instantanément, leurs bouches se trouvèrent et ils se perdirent dans un baiser d’adieu déchirant. Alors que Mac tentait de s’éloigner de lui, Harm la retint en approfondissant un nouveau baiser. Ses mains commencèrent à s’égarer sous la chemise de Mac, à se faire plus pressantes tandis que ses lèvres glissaient maintenant dans son cou. Mac le repoussa avec force.
- Non !
- Sarah…
- Non, Harm ! Ça ne serait pas bien. Ni pour toi, ni pour moi.
- Je t’en prie, c’est notre dernière nuit. Laisse-moi t’aimer.
- Non, ça rendrait les choses encore plus difficiles.
Harm la regardait les bras ballants, cherchant un moyen de la persuader du contraire. Mais au fond de lui, il savait qu’elle avait raison. Comment pourrait-il la laisser partir après avoir connu la chaleur de son corps et de son lit ? Elle avait croisé les bras sur sa poitrine et regardait à nouveau la ville illuminée. Il observa son profil, retenant l’envie de caresser sa joue.
- Je voudrais que tu ne m’accompagnes pas demain, déclara-t-elle finalement après quelques minutes.
- J’insiste.
- Je préfère y aller seule. Je prendrais un taxi.
- Mac…laisse-moi te dire au revoir. Qui sait quand on se reverra ?
- Ici ou là-bas, Harm, ça ne fera pas grande différence. Je ne veux pas d’adieu larmoyant sur le tarmac.
Elle se tut un instant puis lui fit face.
- Je vais me coucher. Si tu veux, tu peux venir dormir avec moi. Mais il ne se passera rien je te préviens. J’aimerais que tu viennes juste me tenir dans tes bras pour cette dernière nuit. Si tu décides que tu ne peux pas, je comprendrais. Tu n’auras qu’à fermer la porte derrière toi.
Elle s’approcha de lui et lui déposa un léger baiser sur la joue.
- Adieu Harm. Au cas où…
Et elle disparut dans sa chambre. Il resta un instant à contempler la porte close puis se laissa tomber dans le divan. Il devait bien y avoir un moyen de faire en sorte qu’elle ne parte pas. Il se saisit d’une tasse de thé maintenant froid et recracha de dégoût la gorgée qu’il venait d’absorber. Pourquoi cela leur arrivait-il à eux ? Pourquoi maintenant ? Il se leva et se dirigea vers la chambre, bien décidé à la tenir une dernière fois dans ses bras même si cela serait difficile de ne pas la toucher. En passant devant la porte d’entrée, il vit le grand sac de voyage posé à côté et retint l’envie qu’il avait d’y donner un coup de pied pour le faire disparaître. Quand il entra dans la chambre, Mac semblait dormir. Il observa un instant sa silhouette qui se détachait dans le noir puis il se déshabilla avant de se glisser contre elle sous les draps. Il l’enveloppa de ses bras et sentit les mains de Mac serrer les siennes. Ils ne prononcèrent aucun mot. Ils se serrèrent juste l’un contre l’autre, laissant leurs larmes silencieuses les entraîner peu à peu vers un sommeil sans rêve.
Appartement de Mac
Le lendemain matin
Mac était réveillée depuis un moment et regardait les aiguilles de son réveil s’approcher inexorablement de l’heure fatidique où elle devrait quitter la chaleur des bras de Harm. Au rythme de sa respiration, elle savait qu’il était également réveillé mais tous les deux gardaient le silence. Qu’y avait-il de plus à ajouter de toute façon ? Elle partait. Leurs carrières les séparaient. Il était trop tard pour avoir des regrets.
L’aiguille atteignit finalement le 7 et Mac se dégagea de l’étreinte de Harm, prenant conscience que sa chaleur la quittait pour toujours. Harm ne fit rien pour la retenir et ne changea pas de position. Il resta les yeux fermés, faisant mine de dormir. Mac alla dans la salle de bain pour prendre une douche rapide et faire sa toilette matinale avant de revenir dans la chambre pour enfiler son uniforme. Harm l’observait derrière ses paupières mi-closes, appréciant de la voir se mouvoir dans des activités de la vie courante. « Je pourrais facilement m’y habituer » pensa-t-il. Mais voilà, il était trop tard. Elle partait. Et qui sait quand il la reverrait.
Une fois prête, Mac quitta la chambre pour appeler un taxi. Harm hésitait à se lever. Devait-il la rejoindre ou la laisser partir comme ça ? Il fut interrompu dans ses pensées par Mac qui revenait dans la chambre et il referma les yeux. Il sentit Mac s’asseoir sur le lit à côté de lui et ne put retenir un frémissement quand il sentit sa main caresser sa joue.
- Adieu, Pilote, murmura-t-elle. Sois heureux.
Et elle déposa un baiser sur ses lèvres avant de quitter définitivement l’appartement. Harm n’avait pas bougé, essayant simplement de conserver le plus longtemps possible la chaleur de ses lèvres sur les siennes. Le claquement de la porte d’entrée le ramena brutalement à la réalité : Sarah Mackenzie venait de quitter sa vie. Il se leva précipitamment pour aller à la fenêtre et il arriva uniquement pour voir la silhouette de la jeune femme s’engouffrer dans le taxi. C’est seulement à ce moment-là qu’il se rendit compte qu’il pleurait. Alors, à cet instant, il sut ce qu’il devait faire. Même s’il lui avait promis de ne pas l’accompagner, il savait que c’était une promesse qu’il ne pourrait pas tenir. Il enfila rapidement son uniforme, saisi les clefs de sa voiture et de l’appartement de Mac et sortit en trombe de l’immeuble.
Base militaire d’Andrews
7h50mn30s…
Mac attendait la gorge serrée sur le tarmac qu’on lui donne le feu vert pour monter dans l’avion. Elle regardait distraitement les hommes s’afférer autour de l’appareil, son esprit étant resté auprès du corps de l’homme qui était couché dans son lit. Elle prit une grande inspiration et ferma un instant les yeux pour tenter de trouver un autre sujet sur lequel se focaliser. Sinon, les larmes qu’elle retenait depuis son réveil menaçaient de couler à flot. Perdue dans ses pensées, elle n’entendit pas les pas discrets derrière elle qui annonçaient l’arrivée de quelqu’un.
- Sarah ? murmura Harm.
Mac se raidit immédiatement croyant qu’elle entendait des voix mais quand la voix à peine audible de Harm répéta son prénom, elle se retourna vivement.
- Harm ! Qu’est-ce que tu fais là ? Tu avais promis…
- Je n’ai pas pu. C’est trop dur de te laisser partir comme ça.
- Parce que tu crois que de t’avoir ici ne me rend pas les choses plus difficiles ?
- Colonel ? Vous pouvez monter, les interrompit un des hommes de la maintenance.
- Merci, quartier-maître, répondit machinalement Mac sans quitter Harm des yeux. J’arrive.
L’homme s’éloigna laissant les deux officiers à nouveau seuls.
- Je dois y aller.
- Je sais. Sois prudente. Donnes- moi des nouvelles.
- J’essayerais. Mais Harm ?
- Oui ?
- Promets-moi de ne pas m’attendre.
- Je…
- Promets-moi !
Harm avait la gorge trop serrée pour pouvoir lui répondre. Il se contenta de hocher la tête en signe d’acquiescement. Toutefois, Mac ne vit pas que tout en faisant ça, il avait croisé les doigts de ses mains qu’il tenait dans son dos.
- Il faut vraiment que j’y aille. Adieu Harm.
- Au revoir, Sarah.
Harm fit un pas en avant pour la prendre dans ses bras mais Mac l’arrêta d’un geste.
- Ne fais pas ça !
- Pourquoi ?
- Parce que si tu me prends dans tes bras maintenant, je ne pourrais plus partir.
- Alors c’est une bonne raison pour le faire, tenta de plaisanter Harm.
Mais les mots sonnaient faux. Mac lui sourit tristement et elle se raidit pour se mettre au garde à vous avant de saluer Harm. Harm lui retourna le salut officiel. Ils restèrent un instant tous les deux figés, à se regarder, tandis qu’aucun d’eux ne faisait plus rien pour retenir leurs larmes. Mac rompit finalement la première son salut et elle tourna les talons pour se diriger vers l’appareil en murmurant « adieu ».
Harm la regarda disparaître dans l’avion et suivit ce dernier des yeux jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’un point minuscule dans le ciel. Alors, il mit ses lunettes de soleil, en parti pour cacher ses yeux rougis et se dirigea vers le parking, la tête basse. Sa vie venait de prendre définitivement un autre tournant et il allait devoir maintenant faire avec. Il démarra sa voiture et prit la direction du Jag où il devait rencontrer, aujourd’hui, sa nouvelle partenaire. « Sois heureux », lui avait-elle demandé. « Mais comment vais-je faire pour être heureux sans toi ? » lui répondit-il en silence en se garant à la place qui lui était réservée sur parking du Jag, juste à côté de la sienne maintenant vide…
Fin