
« Oh
magnificence qui a pour preuve des héros libérant des conflits,
Qui
aime leur pays plus qu’eux-mêmes – et la pitié plus que leur vie. »
21:46
EST
Georgetown
Lorsque
tout ça a commencé, je pensais que je finirais par vouloir boire plus que
tout autre chose au monde. Je pensais que je voulais effacer ses images qui
avaient été marquées au fer rouge dans ma mémoire des dernières douze heures,
pour ralentir la panique et l’angoisse que j’ai vues aujourd’hui. Mais fait
étrange je n’en ai pas besoin. Je ne veux pas relâcher mon attention une seconde.
Parce que maintenant le monde extérieur est mon devoir immédiat commence à
se glisser dans ma tête, je peux mettre un nom sur ce que je ressens le plus
fort – et c’est de la rage.
Je
peux passer mes journées dans un tribunal, mais l’uniforme que je porte est
vert, le vert des Marines, et en ce moment précis je veux me sentir Marines.
Je veux défendre mon pays, les gens que j’aime, des monstres qui ont pu faire
une telle chose. Etaient-ils humains ? Est-ce qu’un être humain capable
de réflexion et de sentiments pourrait vraiment prendre le contrôle d’un avion
et consciemment le diriger sur un building ? J’ai vu des tas de choses
dans ma vie, des choses que je ne voulais pas imaginer qu’elles puissent être
vraies, mais ceci dépasse tout ce que j’ai pu imaginer. Le monde dans lequel
je me suis réveillée ce matin n’est pas comme je pensais qu’il était. Il ne
le serait plus jamais.
Comme
tout le monde je suis capable de dire exactement où je me trouvais lorsque
c’est devenu l’enfer. J’étais au travail. Dans le tribunal, pour être exacte
prête à me lancer mon plaidoyer dans la l’affaire Tanner. Un jeune quartier-maître
est entré à la volée, ignorant toutes les règles de protocole, et parla doucement
au juge. Je ne savais pas que l’Amiral Morris pouvait devenir aussi pâle,
mais il l’est devenu. Il ordonna immédiatement un ajournement et à nous de
retourner en opération. Bud et moi nous nous sommes regardés et avons quitté
la salle, sachant instinctivement que quelque chose de grave s’était produit.
Mais je n’avais aucune idée d’où j’allais mettre les pieds jusqu’au moment
où nous sommes arrivés dans les bureaux.
Tout
le monde – mais alors tout le monde – se tenait devant la rangée de télévisions,
les regardant totalement effaré. Y compris Harm, le JAG aujourd’hui était
paralysé par cette horreur dont il venait d’être témoin. Après tout ce que
nous avons vu et fait tous les deux l’expression de son visage à ce moment-là
était la chose la plus terrifiante qu’il m’ait été donnée de voir. « Mac »
dit-il d’une voix rauque. Ses yeux ne quittant pas l’écran « il y a eu
un attentat ».
Je
n’osais pas demander où. Je me retourne pour suivre son regard, et vis les
tours en feu… et à partir de là, une page de vie était tournée et une autre
commençait.
Le
téléphone sonna brusquement brisant le silence et Tiner décrocha « Monsieur »
dit-il en donnant le récepteur à Harm. Mon partenaire écouta pendant une minute;
le peu de couleur qui restait sur son visage disparut. « Bien monsieur »
dit-il et il raccrocha, reprenant ses esprits.
« Ecoutez ! »
ordonna-t-il, permettant ainsi aux personnes en larmes de détourner leur attention
de l’horrible scène pour un moment. « Pour le moment nous sommes en Delta »
ce qui signifie que toutes les procédures de sécurité sont mises en œuvre
et nous attendons les prochaines instructions. Ce sera tout. »
Lorsque
que les officiers commencèrent à sécuriser le bâtiment efficacement mais inquiet,
il enfonça un autre bouton de téléphone. « C’est le Capitaine de frégate
Rabb, directeur des opérations. Fermer les grilles, personne n’entre ou ne
sort sans avoir une permission expresse jusqu'à ce que vous en receviez l’annonce. »
C’est
trop surréaliste. Durant toute ma carrière militaire, nous n’avons jamais
été jusqu’à Threatcon Delta auparavant dans une base au pays. « Harm
que se passe-t-il bon sang ? » lui demandais-je le suivant jusque
dans le bureau de l’Amiral. Il se laissa tomber dans le fauteuil, passant
une main frustrée dans ses cheveux court.
« Mac,
si j’en avais la moindre idée, croyez-moi, je vous le dirais. » Il soupira
et se pencha en avant.
Deux
avions de ligne ont volé dans les tours à envions 20 minutes d’intervalle.
C’est bien trop coordonné pour que cela soit un accident. Il y a des rapports
qui passent d’un côté à l’autre qui parlent d’un autre avion ici à Washington,
mais c’est un tel chaos – personne ne sait ce qui se passe … »
Il
y avait des hurlements et des cris venant des bureaux et nous avons couru
pour aller voir ce qui se passait. Sur l’écran il avait un autre feu, mais
cette fois bien plus près de la maison.
« Seigneur »
murmura-t-il. « Le Pentagone. »
Tout
le monde dans la pièce avait des amis ou des compagnons de bord par delà la
rivière au Pentagone c’était notre centre, nos quartiers généraux et les bâtiments
les plus impressionnants dans lesquels j’ai pu mettre les pieds – et il était
en flammes. « Harm » murmurais-je priant pour que personne ne m’entende,
« l’Amiral est là-bas aujourd’hui. »
Même
avant que je ne prononce le moindre mot, je pouvais voir dans ses yeux qu’il
venait de le réaliser lui aussi. « Quel côté est-ce ? Quel côté
a été touché ? »
Je
me fis un plan mental rapide « L’aile E, traverser le bâtiment, traverser…
Oh Seigneur. C’est notre côté. »
En
trois secondes Harm prit une décision. Il retourna dans le bureau. Il prit
son manteau et ses clés. Vous commandez. J’y vais.
Je
n’avais aucune intention de remettre en question son besoin d’agir, aussi
futile qu’il soit. Le problème était que je ressentais ce même besoin « Pourquoi
vous ? »
« Pour
deux raisons. La première, parce que vous gardez les choses beaucoup mieux
sous contrôle que moi » Il avait probablement raison, mais ça je ne le
lui dirai pas. « Et deuxièmement, parce que s'ils ont besoin d’autant
d’aide que je le pense. Les vingt-trois centimètres et quarante kilos que
je fais de plus que vous pourraient faire une différence. »
« Très
bien. Faites attention. Et pour l’amour de Dieu laissez votre portable allumé. »
Nous nous sommes pris dans les bras l'un de l'autre rapidement et il était
parti avant même que qui que ce soit ne s’en rende compte. Je décrochais le
téléphone. Ici le Colonel Mackenzie je reprends la direction des opérations,
et le Capitaine Rabb se dirige vers les grilles, assurez-vous qu’il les passe
sans problème.
Je
pris quelques instants pour me reprendre avant de m’adresser au personnel.
Ecoutez tout le monde, nous allons tous vous ramener à la maison auprès de
vos familles aussi vite que possible. Dès que nous aurons la confirmation
que l’espace aérien a été sécurisé, nous commencerons à ouvrir les grilles,
mais vous allez devoir être patients. Nous allons nous rappeler d’utiliser
le tableau de service si nous avons besoin de quelque information plus tard.
Je sais que nous sommes tous inquiets à propos de beaucoup de choses différentes
mais nous n’avons pas les moyens de supposer quoi que ce soit pour le moment.
Tout ce que je peux dire c’est que nous pouvons être certains que cela va
s’arranger »
C’était
utopique de même vouloir essayer de garder toute sorte de confiance en ce
moment, mais il n’y avait rien d’autre à faire. Nous sommes restés des heures
devant ces fichues télé. Nous raccrochant à la moindre information que nous
pouvions trouver, mais aucune ne pouvait nous dire ce que nous voulions vraiment
savoir. Qui, et comment et pourquoi.
Finalement,
après ce qui nous sembla être une éternité le téléphone sur le bureau de Tiner
se remit à sonner. Le yeoman sourit inexplicablement après avoir répondu,
et mit rapidement le haut-parleur pour que nous puissions entendre. « Hey
tout le monde, dit la voix fatiguée mais forte de Harm, il y a quelqu’un ici
qui aimerait vous dire un mot. »
Il
y eut une pause et puis la voix facilement reconnaissable de notre commandant
se fit entendre « Ne vous inquiétez pas » dit l’Amiral Chegwidden.
« On ne se débarrasse pas aussi facilement de moi. »
Il
y eut des applaudissements silencieux comme signe de soulagement de savoir
qu’il allait bien, nous n’étions pas dupes sur le fait que beaucoup n’avaient
pas cette chance. Peu après ces mots, nous avons reçu l’autorisation de quitter
le bâtiment, lorsque tout avait été fait et dit. Je me suis retrouvée ici
sur mon fauteuil, la télévision montrant silencieusement le montage de terreur
encore et encore. Je ne veux plus le voir. Je ne supporte plus de voir ces
magnifiques buildings s’effondrer une nouvelle fois. Mais je ne peux pas éteindre.
Je dois savoir. Je dois savoir où je peux concentrer cette colère, cette peine,
je ne sais pas quoi faire d’autre.
Pendant
que tout se déroulait dans ma tête, un coup fut donné à la porte. Soupçonnant
un peu ce que cela pouvait être, je me lève pour aller ouvrir. Harm était
là dans l’embrasure, complètement ravagé. De la poussière ainsi que de la
crasse recouvrait sans visage tout comme son uniforme et l’expression sans
vie qui assombrissait ses yeux bleus était quelque chose que je n’avais jamais
vu. Il tenait un sac de marin rempli de vêtements – apparemment il avait appris
quelque chose de moi après tout – « vous permettez que j’emprunte un
peu de savon et d’eau ? » demanda-t-il simplement.
Je
le laissais entrer sans rien dire et attendis qu’il eut terminé de se débarbouiller.
J’éteignis la TV, cette histoire était brusquement relayée au second plan
par rapport à l’expérience infernale de mon ami. Après dix minutes, il émergea
de la salle de bain en jean et T-shirt noir et se laissa tomber dans le fauteuil
à mes côtés. C’était quelques secondes avant qu’il ne parle et lorsque qu’il
le fit la défaite raisonna dans sa voix. « Je ne me sentais pas l’envie
de rentrer chez moi » d’un air déprimé. « Au moment où j’étais dans
la voiture seul pour la première fois … être seul a renforcé à quel point
je suis impuissant. »
« Je
sais » dis-je doucement : « C’était exactement la raison pour
laquelle j’étais heureuse qu’il soit ici. « Mais vous n’étiez pas impuissant.
Vous avez fait quelque chose. »
« Pas
grand-chose » il se pencha en arrière et posa une main lourde sur ses
yeux. J’ai été là-bas quatre heures, et tout ce que je pouvais faire, c’était
porter des civières et diriger les équipes médicales, en fin de compte il
n’y avait rien que je puisse faire, mais je ne pouvais pas partir. Je voulais
juste … - comment aurais-je pu abandonner et rentrer chez moi, en sachant
qu’il y avait encore tellement de gens là-dedans… »
« C’est
un de nos principes de base. » Répondis-je. « On ne laisse jamais
de personnes derrière nous. »
« Possible.
Mais ce que j’ai vu n’est rien comparé à ce qui se passe à New York. C’est
de la vie de milliers de gens dont il est question… merde… J’ai parlé à ma
mère. Elle était paniquée parce que je lui ai dit que j’avais un meeting au
Pentagone cette semaine. Franck connaît des tas de gens dans la tour, une
des firmes avec qui il travaille. Ils essayaient tous les deux de me faire
dire comment cela a pu se produire comme si j’avais les réponses. Je ne savais
pas quoi dire. Nous avons sacrifié tant de choses pour protéger ce pays et
quelque chose comme ça se produit – et c’est difficile ne nous sentir comme
si nous avions tous un peu échoué. »
« Ils
parlent déjà de représailles », lui ai-je dit, me plaçant devant la télévision
pour la regarder. « Le Président a autorisé une puisée massive dans les
réserves. Ils disent que c’est la guerre, mais nous ignorons comment la mener. »
« Nous
trouverons une solution, » dit-il l’air absent. Après un moment, il regarda
dans ma direction pour la première fois. « Vous croyez qu’ils vont me
rappeler comme pilote ? »
Surprise,
je ne pus qu’hausser les épaules. « Je l’ignore. J’imagine que s'ils
ont trop peu de pilotes, ils pourraient le faire. Je n’y avais pas songé.
Voudriez-vous y aller ? »
« Evidemment
oui, j’irais. Alors au moins je pourrais faire quelque chose. Au lieu d’être
assis ici à me sentir inutile. Le pire – Mac – c’est qu’en ce moment je suis
si en colère que je n’ai pas les idées claires. Seigneur Dieu, qu’est-ce que
ces animaux pensaient accomplir en faisant ça ? Comment se fait-il que
des gens puissent causer une telle chose, et plein d’autres qui sont excités
parce qu’ils l’ont fait ? Qui a-t-il de si répulsif à notre société qui
fait que des personnes sont enclines à faire des choses pareilles ? »
« Ils
pensent que nous sommes des tyrans. » dis-je, souhaitant avoir une meilleure
réponse. « Ils pensent que nous sommes trop puissants, et ils veulent
que nous restions en dehors des affaires des autres pays. »
« C’est
justement ça: nous sommes si puissants. Et à cause de ça, nous avons
énormément de responsabilités. Lorsque nous agissons pour défendre les autres,
on nous le reproche et lorsque nous ne le faisons pas, on nous le reproche
également. On se fait avoir d'un côté comme de l'autre »
« Je pris soin d’ignorer le ton de défaite
dans sa voix ; Cela sonnait si mal venant de lui. Peut-être, mais ce
n’est pas une raison pour ne pas suivre notre conscience. Les Américains ne
sont pas les seuls à pouvoir profiter de la liberté que nous avons à offrir.
Si nous laissons les injustices se produire ailleurs, tout le concept ‘liberté
et justice pour tous’ ne signifiera pas grand-chose et si nous laissons la
peur dicter notre façon de vivre après quelque chose comme ça… et bien c’est
comme si nous avions perdu. »
« C’est la voix d’un marines ça »
Il y avait une trace d’humour dans sa voix, mais qui n’était pas visible sur
son visage. « Il va y avoir pas mal de terreur à présent. Peut-être avons-nous
eu tort de ne pas avoir eu peur avant. »
« Je ne pense pas. Je pense que nous
devrions reconstruire ces tours. Peut-être pas de 110 étages, mais je pense
que nous devons le faire. Comme symbole plus qu’autre chose. Nous sommes une
société solide. Nous ne pourrons oublier, mais nous nous en remettrons. J’en
suis certaine. »
Il me regarda à nouveau et secoua la tête,
angoissé. « Mac, murmura-t-il, je n’ai jamais mis votre parole en doute
auparavant, mais pour le moment, je ne sais pas si je peux y croire.
Le silence tomba. Si cet homme aux idéaux
inébranlable en toutes circonstances pouvait perdre confiance en quelque chose,
le monde était alors vraiment différent. Harm se leva et alla à la fenêtre
ses traits si fins se masquèrent lorsqu’il regarda la rue silencieuse. Je
rallume la TV, ressentant le besoin d’être connectée avec le monde extérieur.
Et après quelques minutes, je vis une chose qui fit briller à nouveau la toute
petite lueur d’espoir dans mon âme.
« Harm venez voir ça. »
« Je ne veux plus le voir. »
« Ça m’est égal. Venez voir »
Il me regarda d’un air méprisant, mais revint,
et ensemble nous avons regardé des pompiers hisser à un mât improvisé le drapeau
américain en parfait état. Les couleurs radieuses flottèrent comme un phare
au-dessus des ruines des tours qui faisaient la fierté de New York et je refoulais
mes larmes. S’en rendant compte Harm caressa ma main, les yeux brillant de
larmes.
« Le soleil se lèvera demain, »
dis-je doucement. « Tout le reste est peut-être fichu, mais ça au moins
c’est vrai. Peut-être est-ce tout ce dont nous avons besoin. »
************ FIN *************