15/06/2002
Nord de Union Station,
Washington D.C.
Appartement de Harm
18 : 25 GMT
“ Tu as tout
pris ? ” demanda pour la 3ème
fois Sergueï à son demi-frère. “ Les cartes, une boussole, tes chaussures
de randonnée, … ”
“ Sergueï, ça fait 15 fois
que tu me le demandes et tu as déjà tout vérifié 2 fois ! ”
l’interrompit Harm en soupirant bruyamment. “On va finir par manquer notre
vol ! ”
“ Je veux juste être sûr
qu’on n’oublie rien. ”
“ Tant que tu as ta tête,
ça va. Bon, on peut y aller ? ”
“ Oui, si tu penses que
tout est prêt, on y va. Heureusement que tu n’as pas de chien, il aurait fallu
demander à un voisin de s’occuper de lui. ”
Cette remarque fit sourire Harm.
“ Si j’avais un chien, je
l’aurais plutôt confié à Mac. Maintenant que Jingo est chez Chloé, je suis sûr
qu’elle aurait été ravie d’avoir un compagnon à quatre pattes pour quelques
jours. ”
Sergueï commença à prendre les
bagages quand son regard se posa sur un étui noir en équilibre sur un sac. Il
fronça les sourcils et leva les yeux vers Harm.
“ Qu’est-ce que c’est que
ça ? ”
“ ça ? C’est une petite merveille de technologie qu’on
appelle communément ordinateur portable. ”
“ Pourquoi tu
l’emmènes ? Tu ne comptes quand-même pas travailler pendant notre
voyage ? ” s’écria le jeune russe, méfiant.
“ Mais non, rassure-toi.
C’est juste au cas où, pour envoyer un e-mail à Maman ou à Mac à
l’occasion. ”
“ Mouais, si tu le
dis ” répondit-il, à moitié convaincu.
16/06/2002
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
08 : 20 GMT
“ Colonel, l’Amiral vous
demande. ”
Mac leva les yeux de son
ordinateur.
“ Merci, Tiner, j’arrive
tout de suite. ”
“ Bien, Madame. ”
Délaissant ce qu’elle était en
train de faire, elle se leva et sortit de son bureau, tombant nez à nez avec
Harriet, qui se rendait vers le bureau de Harm. Les deux femmes s’arrêtèrent
juste à temps pour ne pas se rentrer dedans.
“ Pardon, Madame ”
s’exclama Harriet, confuse et encore sous le coup de la surprise.
“ Ce n’est rien, Harriet,
c’est ma faute, je devrais sortir plus doucement de mon bureau. Peut-être même
qu’il faudrait instaurer des règles de priorité, ici. La prochaine fois, je
regarderai à droite et à gauche avant de m’engager ! ”
“ Excellente idée,
Madame ! ”
“ Vous avez quelque-chose
pour le Capitaine Rabb ? ”
“ Oui, Madame, c’est un
document qu’il m’avait demandé avant de partir. Il le trouvera sur son bureau
en rentrant. ”
“ Ah, oui, il doit être en
train de découvrir les merveilles de l’Ouest sauvage, à l’heure qu’il
est ! ” soupira-t-elle. “ Il y en a qui ont de la
chance ! ”
Harriet s’apprêtait à répondre
lorsque Lauren Singer arriva.
“ Colonel, je crois que
l’Amiral veut nous voir dans son bureau. ”
Mac leva un sourcil, guère
rassurée par ce qu’elle venait d’entendre.
“ Nous ? Vous voulez
dire vous et moi ? ”
“ Oui, Madame, en
effet. ” répondit Lauren, visiblement très satisfaite.
“ Bien, dans ce cas, ne
faisons pas attendre l’Amiral ” répondit Mac en essayant tant bien que mal
de masquer son peu d’enthousiasme soudain.
Bud croisa les deux femmes qui
se dirigeaient vers le bureau de l’Amiral et remarqua la sombre mine de Mac. Rejoignant
Harriet, il lui demanda :
“ Un problème avec le
Colonel McKenzie ? Je veux dire, à part le fait que le Capitaine soit
parti en vacances ? Elle n’a pas l’air heureuse ! ”
“ Je crois qu’elle va
devoir travailler avec le Lieutenant Singer ” répondit Harriet d’un air
entendu avec un sourire navré.
“ Oh, je vois ! Eh
bien espérons que ça se passera mieux que quand le Lieutenant travaille avec le
Capitaine Rabb ! ”
Bureau de l’amiral AJ Chegwidden
“ Asseyez-vous ”
ordonna AJ dès que les deux femmes entrèrent, sans même lever les yeux de ses
papiers.
Lauren et Mac s’exécutèrent. AJ
leva alors la tête, ôta ses lunettes et regarda les deux jeunes femmes assises
face à lui. Leurs yeux brillaient d’une interrogation muette, mais ceux de
Singer reflétaient impatience et enthousiasme, tandis que ceux de Mac
traduisaient une certaine méfiance, comme si elle craignait qu’on ne lui
annonce une mauvaise nouvelle. AJ savait très bien ce que redoutait Mac, elle
avait le même regard que Harm dans une situation analogue.
“ Colonel, Lieutenant, j’ai
ici une affaire qui va requérir tout votre talent ” annonça-t-il en
ouvrant un dossier posé devant lui. “ Le Lieutenant Mark Harrison,
stationné à Quantico, est accusé d’avoir dérobé un véhicule appartenant à l’armée
dans la nuit du 12 au 13 de ce mois, véhicule qui a été retrouvé le lendemain
dans un fossé en piteux état et soulagé de diverses pièces détachées. ”
“ Comment sait-on que c’est
le Lieutenant qui l’a volé ? ” demanda Lauren.
“ Parce qu’il y a des
témoins : un homme de son unité dit l’avoir vu quitter la base au volant
de cette voiture le soir en question, et une femme affirme avoir vu un homme
dont la description correspond à celle du Lieutenant dans une voiture de
l’armée à quelques kilomètres de la base. Elle a pu voir son visage car il
était stationné sur le bas-côté et il avait allumé le plafonnier pour regarder
quelque-chose, sûrement un papier quelconque. ”
“ Mais pourquoi aurait-il fait une chose
pareille ? ”
“ ça, Lieutenant, c’est à vous de le découvrir. Avec l’aide du
Colonel. ” ajouta-t-il en se tournant vers Mac. “ Je sais que ce
n’est pas le genre d’affaires que vous traitez habituellement, Colonel, mais
c’est plutôt calme en ce moment et je n’ai rien d’autre pour vous. Et puis qui
sait, cette affaire sera peut-être plus intéressante qu’il n’y paraît !
Vous êtes chargée de la défense du Lieutenant Harrison, le Lieutenant Singer
vous assistera. ”
“ Qui représentera
l’accusation, Monsieur ? ” demanda Mac.
“ Le Capitaine Turner.
D’autres questions ? ”
“ Non, Monsieur. ”
“ Bien, dans ce cas,
disposez. ”
“ A vos ordres. ”
répondirent les deux femmes à l’unisson en se levant et claquant des talons.
AJ les suivit des yeux tandis
qu’elles sortaient de son bureau.
“ Et bonne chance à vous,
Colonel. ” murmura-t-il pour lui-même quand la porte se fut refermée.
Route de campagne
Quelque-part dans le Kansas
10 : 32 heure locale
“Tu es sûr d’avoir pris la bonne route tout à l’heure ?”
demanda Sergueï en observant le paysage d’un œil inquiet.
“Sergueï, il n’y avait qu’un
chemin de terre dans l’autre direction, si on l’avait pris on serait
probablement arrivé dans la cour d’une ferme !” répondit Harm avec
impatience. “Et puis c’est toi qui voulais voir l’Amérique profonde, les grands
espaces, et tout ça. Tu devrais être content !”
“J’ai l’impression d’être en
Russie.”
“Et c’est une mauvaise
chose ?”
“Ben, en fait, j’espérais
découvrir des paysages plus différents de ceux de chez nous.”
“Désolé, petit frère. Comme tu
peux le constater, à l’Ouest, rien de nouveau !”
“Apparemment.” soupira Sergueï
sans saisir l’allusion.
Harm jeta un œil à son
demi-frère. Le jeune homme avait fermé les yeux, la tête appuyée contre la
vitre. “Il a l’air si jeune, presque encore un gosse, et pourtant il a déjà
vécu tellement de choses !” pensa-t-il. Il hocha la tête et se concentra
de nouveau sur la route, droite et uniforme jusqu’à l’horizon.
Quelques kilomètres plus loin
“Sergueï, réveille-toi ! ”
s’écria Harm.
Le jeune homme ouvrit des yeux
embrumés de sommeil, l’air un peu perdu.
“Qu’est-ce qui se passe ?”
“Regarde !”
Suivant le doigt pointé de son
frère, il regarda par la vitre et ouvrit de grands yeux étonnés.
“Un village ! Mais il n’y a
rien, à côté ! C’est vraiment au milieu de nulle part !”
“On peut dire ça, oui, mais
franchement, tant qu’ils ont un endroit où on peut se restaurer et une station
service, je me fiche du reste.”
Entrant dans le village, ils
roulèrent pendant quelques centaines de mètres avant de s’arrêter dans ce qui
semblait être la rue principale.
“Pas mécontent de respirer un
peu d’air frais !” s’exclama Harm en descendant de voiture, étirant ses
membres engourdis par des heures de conduite.
“Ouais, pas si frais que
ça !” remarqua Sergueï. “En fait, il fait plutôt chaud, ici !”
“Normal, on est en juin. Enfin,
peut-être qu’ils connaissent quand-même l’air conditionné, ici !”
Ils commencèrent à descendre la rue et trouvèrent une auberge au
bout de quelques minutes. Ils entrèrent. L’endroit était assez petit mais
propre et agréable, et il y faisait étonnamment frais. Une jeune femme rousse
apparut aussitôt et se porta à leur rencontre avec un grand sourire.
“Bonjour ! Vous désirez
déjeuner ? ”
“Oui, en effet.” répondit Harm.
“Et bien choisissez votre table,
comme vous le voyez ce ne sont pas les clients qui se bousculent ! ”
Harm et Sergueï s’installèrent à
une petite table près des fenêtres et commandèrent le seul plat proposé (sans
la viande pour Harm).
“Très bien, je vous apporte ça
dans deux petites minutes ! ” leur lança la jeune serveuse, et elle
s’éloigna rapidement vers une porte au fond de la pièce, non sans avoir décoché
à Harm son plus beau sourire.
Dès qu’elle eut passé la porte,
Sergueï se pencha vers son frère avec un demi-sourire :
“Dis donc, tu as toujours cet
effet-là sur les femmes ? ”
“Pas toujours, non ! ”
répondit Harm d’un air rêveur.
“Tu penses à Mac ? ”
demanda Sergueï, devinant les pensées de son frère.
Harm sortit de sa rêverie et lui
sourit.
“On ne peut rien te
cacher ! Mais n’essaie surtout pas d’analyser ma relation avec Mac,
d’autres ont essayé avant toi et s’y sont cassé les dents.”
“Oh, ce n’était pas mon
intention ! Votre histoire est beaucoup trop compliquée pour moi ! ”
“Elle l’est aussi pour moi,
figure-toi ! ” remarqua Harm avec un sourire désabusé. “Je plais peut-être
aux femmes, mais ça ne signifie pas que mes histoires sentimentales sont
simples, au contraire. Tu peux demander à mes ex, elles te le
confirmeront ! …Du moins celles qui sont encore en vie.” ajouta-t-il en se
rembrunissant au souvenir de la mort de Diane et de celle de Jordan.
Sergueï remarqua son changement
d’humeur.
“Eh, tu n’y es pour rien dans
leur mort ; ça n’a rien à voir
avec toi et tu le sais très bien ! Et puis il y en a qui sont toujours en
vie, non ? Tiens, cette fille de la télé, par exemple, la blonde, comment
elle s’appelait déjà ?”
L’allusion à Renée fit revenir
un sourire sur le visage de Harm.
“Oui, d’après ce que je sais,
Renée est mariée à un entrepreneur de pompes funèbres et j’imagine qu’elle est
heureuse.”
“Tu vois ! Et dès que tu
auras trouvé le moyen d’épouser Mac, tu seras heureux toi aussi.”
Harm leva un sourcil en hochant
la tête.
“Je crois que ça ne sera pas
pour tout de suite ! …Ah, voilà nos plats ! ” ajouta-t-il en voyant
revenir la serveuse avec deux assiettes fumantes.
“Et voilà ! ” s’exclama-t-elle
en déposant leurs assiettes devant eux. Puis, se tournant vers Harm : “Le
chef vous a mis une double portion de légumes, comme vous ne prenez pas de
viande. Bon appétit, messieurs ! ”
Harm la gratifia d’un de ces
sourires dont il avait le secret et qui faisaient fondre toutes les femmes au
JAG (ou presque) et la remercia. La jeune femme sourit et baissa les yeux en
rougissant jusqu’aux oreilles, puis elle leur tourna le dos et fila à nouveau
dans les cuisines, sous le regard mi-amusé, mi-incrédule de Sergueï.
“Ce truc-là ne marche pas sur
Mac, je parie ! ” lança-t-il avec un clin d’œil.
“Tais-toi et mange ! ”
ordonna Harm en saisissant sa fourchette.
“A vos ordres, Capitaine !
” répondit Sergueï, faussement sérieux.
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
15 : 20 GMT
“Ce Lieutenant Harrison ne me
plaît pas. Il nous cache quelque-chose, j’en mettrais ma main à couper.”
déclara Lauren en suivant Mac dans son bureau.
Elles avaient passé le début de
l’après-midi à l’interroger et n’en avaient pas tiré grand-chose. Il affirmait
qu’il n’avait pas volé la voiture et qu’il était resté dans ses quartiers cette nuit-là mais n’avait aucun témoin pour
confirmer ses dires. Il disait que ceux qui pensaient l’avoir vu s’étaient
trompés, après tout c’était la nuit et il avait un visage assez commun. Son
attitude avait énervé Mac. Comment pouvait-elle défendre ce type s’il
s’obstinait à répondre à ses questions par monosyllabes et à se méfier
d’elle ? La présence de Lauren n’avait rien arrangé. Elle avait le don
pour mettre les gens sur la défensive et pour mettre Mac à cran. Mais en ce qui
concernait Harrison, Mac devait reconnaître qu’elle avait le même sentiment
qu’elle. Elle ouvrait la bouche pour répondre quand le Sergent frappa à la
porte de son bureau, un dossier dans les mains.
“Désolé de vous déranger,
Madame. J’ai fait les recherches que vous m’aviez demandées sur le Lieutenant
Harrison Pas grand-chose d’intéressant, apparemment il n’a pas eu de problème
jusqu’à l’année dernière.”
“Que s’est-il passé l’année
dernière ? ” demanda Mac avec le vague espoir de découvrir quelque-chose
qui puisse les aider à avancer dans cette affaire.
“Oh, pas grand-chose, en fait,
mais c’est tout ce que j’ai trouvé qui mérite d’être signalé. Il a été arrêté
pour excès de vitesse avec un taux d’alcool dans le sang très supérieur à la
limite autorisée et ce trois fois en quelques mois seulement. En plus, pas dans
des coins très recommandables. C’est assez surprenant parce que jusque là, il
n’avait jamais eu de problème d’aucune sorte. Ses supérieurs étaient contents
de lui, il est même monté en grade assez vite après s’être distingué au cours
de plusieurs missions.”
Mac fronça les sourcils,
perplexe.
“Des problèmes familiaux ?
Une rupture, un deuil, je ne sais pas, quelque-chose qui pourrait expliquer ce
changement ? ”
“Pas que je sache, mais ce n’est
pas impossible.”
“Bon, on va creuser ça. Merci,
Sergent.”
“De rien, Madame. Bonne chance.”
Mac parcourut rapidement le
dossier que lui avait remis le Sergent puis le tendit à Lauren.
“Je propose qu’on se sépare pour
aller plus vite. Je vais aller interroger les amis et les collègues Harrison,
histoire de voir s’ils ont des explications sur ces incidents. Vous devriez
aller voir ce que les gars des labos ont trouvé sur la voiture volée.”
Lauren s’apprêtait à répliquer
qu’elle préfèrerait aller avec Mac, mais le regard noir que celle-ci lui lança
l’en dissuada. Elle se contenta donc d’un sec « à vos ordres » et
tourna les talons. Mac soupira en réunissant ses affaires et sortit elle aussi.
Forêt non-identifiée
Ouest du Nebraska
17 : 15 heure locale
Harm en avait marre de cette
foutue forêt et commençait sérieusement à regretter d’avoir accepté d’écouter
Sergueï. Celui-ci avait insisté pour faire une balade, disant que ça leur
ferait le plus grand bien de se dégourdir les jambes. Harm était hésitant mais
l’enthousiasme et les yeux suppliants de son frère l’avaient fait céder.
“Harm ! Tu es sûr qu’on a
pris le bon chemin ?” demanda Sergueï d’une voix inquiète.
“J’en sais rien, le problème
dans ces forêts sauvages c’est qu’il n’y a pas beaucoup de panneaux
indicateurs ! ” répliqua Harm d’un ton agacé.
“Hé, pas la peine de t’énerver
contre moi ! Je t’ai déjà dit que j’étais désolé. Qu’est-ce que tu veux de
plus ?”
“Rien, t’as raison, désolé.
Seulement je commence à me demander si on arrivera à sortir de cette foutue
forêt un jour ! ça fait 2
heures qu’on marche et je dois dire que j’en ai plein les bottes.”
“Qu’est-ce que tu as dans les bottes ?” demanda le
jeune Russe en fronçant les sourcils, l’air perdu.
Harm sourit.
“Je n’ai rien dans les bottes,
Sergueï, c’est une expression, ça veut dire que j’en ai marre et que je suis
fatigué de marcher.”
“Oh, je vois ! Les
subtilités de la langue m’échappent encore… Harm ? Qu’est-ce qu’il y
a ?” demanda-t-il en voyant son frère regarder au loin, les sourcils
froncés.
“J’en suis pas sûr…peut-être un
miracle. Viens ! ” et il entraîna Sergueï par la manche.
“Mais on s’écarte de plus en
plus du chemin ! ” protesta celui-ci.
“Si mes yeux ne m’ont pas
trompé, il y a une route par-là.” répondit Harm en indiquant une direction.
Sergueï plissa les yeux et accéléra l’allure. Au bout de quelques minutes, il
eut la confirmation que Harm avait vu juste : une route était visible à
travers les arbres à moins de 100 mètres d’eux. Pressant le pas, les deux
frères eurent tôt fait de se retrouver sur le bitume.
“Alléluia ! ” soupira Harm.
“Dieu existe ! ”
Motel Blue Ridge
Lincoln, Nebraska
18 : 45 heure locale
“La douche est libre ! ” lança
Harm en sortant de la salle de bain, une serviette autour des hanches.
Sergueï se précipita aussitôt
dans la pièce, impatient de laisser l’eau chaude masser ses muscles endoloris.
Ils avaient eu la chance de trouver un automobiliste qui avait accepté de les
ramener à leur voiture peu de temps après être sortis de la forêt. Ils avaient
alors rejoint Lincoln, où ils avaient loué une chambre double pour la nuit dans
un motel. Harm s’était précipité sous la douche, invoquant son statut d’aîné
comme garant de quelques privilèges. Maintenant il se sentait mieux, lessivé
mais propre et heureux d’avoir un lit sur lequel s’étendre. Il ne manquait plus
qu’une musique douce et une jolie masseuse et son bonheur serait total. Alors
que cette idée lui traversait l’esprit, il se prit à imaginer la scène avec
Sarah MacKenzie dans le rôle de la masseuse. Mais, sentant que ce genre de
rêverie risquait de l’emporter un peu trop loin, il secoua la tête et ouvrit la
housse de son ordinateur portable, alluma l’appareil, le brancha à la prise téléphonique
et commença à rédiger un e-mail à l’intention de sa partenaire.
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
17 : 50 GMT
Mac s’apprêtait à quitter son
bureau pour rentrer chez elle après une longue et frustrante journée, quand son
ordinateur émit un petit bruit caractéristique : elle avait un message.
Soupirant, elle se rassit et cliqua sur l’icône qui venait d’apparaître à
l’écran. Son air morose disparut aussitôt, laissant la place à un petit
sourire, qui s’élargit rapidement au fil de sa lecture. C’était un e-mail de
Harm.
Xxxxxxxxxxxxxxxxx
From : Flyboy
To : Ninja Girl
Objet : vacances “Ouest sauvage”
Hey
Mac !
Devinez d’où je vous envoie ce
message ! Lincoln, Nebraska. Charmante petite ville. Au moins, c’est une
ville, ça me change agréablement des « grandes étendues sauvages et
inhabitées » qu’on a traversées aujourd’hui. Sergueï nous a presque perdus
dans une forêt ; heureusement, je nous ai sortis de là. On a traversé la
moitié du Kansas, où à part des champs de maïs et autres céréales diverses, il
n’y a honnêtement pas grand-chose à voir (sauf la serveuse du petit restaurant
où on a mangé, une fille charmante, je suis sûr qu’elle aurait aimé que je
reste plus longtemps ! J). Bref
ce soir on est vannés mais Sergueï est content comme un gosse, c’est déjà ça.
Et vous, comment ça se passe ? Pas trop dur, sans moi ? ;-))
Vous me manquez déjà. A plus.
Harm
Xxxxxxxxxxxxxxx
Mac contempla l’écran d’un air
rêveur, le sourire aux lèvres. Un bref coup à sa porte la fit revenir à la
réalité. C’était Lauren. Le sourire de Mac disparut aussitôt. Elle ne laissa
même pas le temps au jeune Lieutenant d’ouvrir la bouche et lui jeta un
sec :
“Demain, Lieutenant. En ce qui
me concerne, je ne suis plus là, c’est comme si j’étais partie. ”
“Madame, …” commença Lauren.
Mais, voyant la mine de Mac s’assombrir encore, elle se contenta
d’ajouter :
“Je vous en parlerai demain. Bonne soirée, Colonel.”
Et elle tourna les talons.
Harriet, qui avait assisté à la
scène, passa la tête par la porte du bureau.
“Est-ce que ça va,
Madame ?”
“ça ira mieux quand on aura bouclé cette affaire et que Lauren
retournera à ses occupations habituelles, c’est-à-dire n’importe quoi du moment
que ce n’est pas avec moi ! ” répondit Mac en soupirant.
“J’ai l’impression d’entendre le
Capitaine Rabb !” sourit Harriet.
Cette remarque ramena un sourire
sur le visage de Mac.
“Oui, et bien lui au moins il
s’amuse, en ce moment ! ”
“Vous avez des nouvelles ?”
“Oui, il vient de m’envoyer un
e-mail. Il est dans le Nebraska, il se perd en forêt et il drague les petites
serveuses ! ”
“Oh, Madame, je ne crois pas que
les serveuses l’intéressent beaucoup ! ” rétorqua Harriet d’un air
entendu.
“Il vaudrait mieux pour
lui ! ” s’exclama Mac avec un air tout aussi entendu.
Les deux femmes partirent d’un
franc rire, qui fit se retourner tous ceux qui se trouvaient encore là. Bud
vint les rejoindre et leur demanda ce qu’il y avait de si drôle.
“Rien, Bud, un truc de
filles ! ” répondit Harriet en entraînant son mari en direction de
l’ascenseur. “Bonsoir, Colonel. Et transmettez mes salutations au
Capitaine !”
“Je n’y manquerai pas, merci
Harriet. A demain.”
17/06/2002
Motel Blue Ridge
Lincoln, Nebraska
07 : 20 heure locale
“Harm, réveille-toi ! ” répéta
Sergueï pour la troisième fois en secouant son frère.
“Ummh, ça va, ça va, je suis
réveillé ! ” grogna Harm en ouvrant péniblement un œil. “Qu’est-ce qui se
passe ? ”
“Il se passe qu’il faut te lever
si on veut avoir le temps de profiter de la belle journée qui s’annonce !
”
“Mon rêve était mieux que ta
belle journée.” bougonna Harm en se levant de mauvaise grâce.
Sergueï lui jeta un regard amusé
et inquisiteur.
“Dis donc, il n’y avait pas un
certain Lieutenant Colonel des Marines dans ton rêve, par hasard ? ”
Pour toute réponse, il obtint un
oreiller dans la figure.
“Je prends ça pour un
« oui » !” lança-t-il en riant. “Allez, grand frère, raconte, ça
m’intéresse ! A moins que ça soit trop…heu…personnel, disons.”
Harm leva un sourcil et finit
par sourire devant l’air embarrassé de son jeune frère.
“Non, ce n’était pas vraiment
« personnel », comme tu dis ! On était juste au bureau et elle
se plaignait parce que ton amie Singer lui tapait sur les nerfs. Je ne te l’ai
peut-être pas encore dit, mais elle est très forte pour ça ! Enfin bref,
elle était énervée, et moi je lui disais « relax, Mac, ça va aller, je
vais m’occuper de Singer et puis vous et moi on ira dîner quelque-part et on
aura cette fameuse discussion qu’on repousse depuis des mois. ». Et là
elle me faisait un grand sourire, le genre de sourire, tu vois, qui… enfin
bref, et elle était sur le point de me répondre quand j’ai été réveillé par un
certain Sergent de l’armée russe qui me secouait sans ménagement ! ”
Sergueï se mit à rire.
“Je comprends mieux maintenant
pourquoi tu ne voulais pas te lever ! Mais en attendant que Mac et toi
vous décidiez, on a encore des kilomètres à faire ! Et puis il fait un
temps magnifique, on a de la chance ! ”
Harm jeta un œil par la fenêtre
en prenant la tasse de café que Sergueï avait préparée à son intention.
« J’apprécierais encore plus si Mac était là » pensa-t-il en
soupirant. Puis il se détourna, finit rapidement son café et alla se préparer.
Sergueï avait raison, il fallait profiter de cette belle journée, et profiter
de ces vacances en général pour se détendre et penser à autre chose qu’au
travail ou à Mac. Quoi que pour Mac, il n’était pas du tout sûr de pouvoir y
arriver. « Mon cas est vraiment désespéré » songea-t-il en finissant
de s’habiller. Mais il n’arrivait pas à trouver ça terrible ou regrettable. Le
seul fait de penser à Mac amenait un sourire sur ses lèvres et faisait battre
son cœur un peu plus vite. « Je suis amoureux comme un adolescent »
murmura-t-il pour lui-même en hochant la tête. En fait, il avait hâte de
rentrer à Washington pour la retrouver, et peut-être qu’il trouverait le
courage d’essayer de faire avancer les choses entre eux. Mais il ne voulait pas
décevoir Sergueï ; le jeune homme s’était fait une telle joie de pouvoir
passer deux semaines entières avec son grand frère à parcourir « l’Ouest
sauvage », comme il disait. Tous les deux avaient beaucoup de temps à
rattraper, et Harm était heureux lui aussi de passer ces quelques jours avec
lui. Il décida donc de chasser Mac de son esprit, du moins jusqu’au soir, et de
ne pas ronchonner toute la journée.
Aujourd’hui, ils avaient prévu
de traverser le Nebraska jusqu’à la région de Cheyenne, dans le Wyoming :
pas mal de kilomètres à avaler. Ils n’avaient pas de temps à perdre.
Quand Harm sortit de la salle de
bains, il trouva Sergueï prêt à partir. Leurs sacs étaient déjà dans la voiture
et il avait réglé leur note. Le jeune Russe piaffait littéralement
d’impatience. Harm sourit et lui lança un joyeux :
“Prêt, Sergent ? Alors on y
va ! En avant, marche ! ”
Sergueï, étonné mais heureux du changement
d’humeur de son frère, ne se fit pas prier et sauta dans la voiture pendant que
Harm fermait la porte et allait rendre la clé.
Prison de la base militaire
Quantico, Virginie
09 : 32 GMT
“Alors, Lieutenant, bien
dormi ? On dit que la nuit porte conseil, j’espère que ça a été le cas
pour vous et que vous serez plus coopératif aujourd’hui.”
Le Lieutenant Harrison garda les
yeux baissés et ne répondit pas. « On dirait un gamin qui a décidé de
bouder dans son coin ! pensa Mac, sentant ses espoirs fondre. Quelle tête
de mule ! Il me ferait presque penser à Harm. Sauf que Harm est beaucoup
plus mignon » ajouta-t-elle en pensée en détaillant l’apparence du jeune
Lieutenant. Celui-ci était brun, plutôt mince et athlétique, et il aurait pu être
séduisant s’il n’avait pas eu un nez disproportionné et une barbe de 3 jours
qui lui mangeait le visage.
“Madame ? Est-ce que ça
va ?”
Mac se tira de sa rêverie et
leva les yeux vers Lauren qui la regardait avec un air vaguement inquiet. Elle
avait du rester silencieuse plus longtemps qu’elle ne s’en était rendue compte.
Elle adressa un bref sourire à Singer pour la rassurer.
“Oui, ça va, Lieutenant. Pardon,
je réfléchissais.”
Puis elle se tourna à nouveau
vers Harrison et reprit son interrogatoire.
“J’ai posé quelques questions à
vos amis, hier, Lieutenant. Ils ont tous dit qu’ils avaient remarqué un
changement chez vous au cours de l’année dernière. Selon eux, vous seriez
devenu plus distant, plus irritable aussi. Ils admettent cependant que vous
avez toujours été un bon officier et que vous êtes plutôt quelqu’un de bien.
Alors ce que je voudrais savoir, c’est ce qui s’est passé l’an dernier.
Qu’est-ce qui vous est arrivé, Lieutenant ?”
Le Colonel McKenzie essayait de
l’aider, il le voyait bien. Et en toute autre circonstance, il aurait fait tout
ce qu’il pouvait pour lui faciliter le travail. Le Colonel avait une excellente
réputation, elle était connue comme étant l’un des meilleurs avocats du JAG, et
il était désolé d’avoir à lui compliquer la tâche car il l’admirait et la
respectait beaucoup. Mais là, il ne pouvait vraiment rien dire, il se l’était
promis dès qu’il avait compris ce qui s’était passé cette nuit-là. Il savait
qu’il risquait sa carrière et qu’il lui faudrait payer le prix de son silence,
mais il était prêt à accepter ce sacrifice. C’était tout ce qu’il pouvait
faire, maintenant. Résolu, il leva la tête et s’adressa à Mac d’une voix triste
mais ferme :
“Je vous ai menti, Colonel.”
“Pardon ?”
“Je vous ai menti.” Répéta-t-il.
“Je ne suis pas resté dans mes quartiers ce soir-là. J’ai volé ce véhicule,
Madame.”
Mac fronça les sourcils,
incrédule et soupçonneuse. Un bref regard à Lauren lui apprit qu’elle non plus
n’arrivait pas à le croire.
“D’accord, mettons.”
répondit-elle tout de même, entrant dans son jeu pour mieux révéler ses
faiblesses. “Vous avez volé la voiture. Mais pour quel motif, au juste ?
Vous en avez une, de voiture, que je sache ! ”
“Oui Madame. Je voulais
seulement essayer celle-là, elle était assez neuve et je me suis laissé tenter.
Je ne sais pas trop ce qui m’a pris, je n’étais pas dans mon état normal.
J’avais eu une dure journée, je voulais me détendre un peu et j’ai bu quelques
bières. Après ça, j’ai décidé de prendre la voiture pour m’amuser un peu.”
“Et comment ce véhicule s’est-il
retrouvé en pièces détachées dans un fossé ? ”
“Après quelques kilomètres, je
me suis rendu compte de ce que j’étais en train de faire. Alors j’ai voulu
déguiser ça en banal vol de voiture, comme on en voit tous les jours. Les types
les volent pour revendre les pièces. J’ai pris quelques pièces que j’ai
démontées et j’ai abandonné la voiture.”
“Vous auriez pu vous contenter
de rentrer à la base et de remettre la voiture à sa place. Il est probable
qu’on n’aurait même pas remarqué que vous l’aviez prise.”
“Je n’y ai pas pensé, sur le
coup. J’avais bu, je ne devais pas avoir les idées très claires.”
Mac soupira. Cette histoire
était absurde, de plus il débitait son récit comme s’il l’avait appris par
cœur. Elle n’y croyait pas une seule seconde. C’est à ce moment que Lauren
sortit de son mutisme et passa à l’attaque.
“Et quelles pièces avez-vous
prises, Lieutenant ? ”
Il leva sur elle un regard
surpris et eut un moment d’hésitation. Le tremblement de ses mains trahissait
son agitation.
“Je… je ne me rappelle pas
exactement. Comme je vous l’ai dit, j’étais un peu ivre et je ne savais pas
très bien ce que je faisais.”
“Bon, d’accord. Mais ensuite,
qu’avez-vous fait de ces pièces ? Vous les avez gardées quelque
part ?”
“Non, je les ai jetées.”
“Où ça ?”
“Dans une benne à ordures, un
peu plus loin.”
“Et je suppose que personne ne
vous a vu ?”
“Non, je ne crois pas. Et puis
il faisait nuit, vous savez.”
“Il y a une chose qui me
chagrine dans votre histoire, Lieutenant. Vous dites que vous avez démonté
cette voiture pour prendre différentes pièces. Pourtant, on n’a trouvé vos
empreintes nulle-part sur le véhicule. C’est bizarre, non ? ”
“J’ai essuyé avant de
partir.”répondit-il nerveusement.
“Toute la voiture ? Tous
les endroits que vous aviez touchés pour démonter les pièces ?”
“Oui, Madame, j’ai fait
attention, j’ai tout bien essuyé.”
“Comme un vrai voleur,
hein ? Vous cherchez à obtenir un diplôme de vol de voiture,
Lieutenant ? ”
La question de Lauren le
décontenança. Visiblement, il ne savait plus quoi dire, les questions sur les
empreintes le prenaient de court.
“Vous avez mal révisé ce
chapitre, on dirait ! ”lui lança Lauren, provocatrice.
“Je… je ne sais plus. Je ne me
rappelle pas. Je suis coupable, c’est tout. Je ne peux rien vous dire de plus,
désolé.”
Lauren se tourna vers Mac,
attendant de savoir ce qu’elle déciderait pour la suite des opérations. D’un
signe de tête, Mac lui fit signe de laisser tomber. Elles avaient des choses à
éclaircir mais elles y arriveraient plus facilement sans Harrison
“Très bien, Lieutenant. Nous
allons vous laisser, mais nous nous reverrons bientôt. J’espère que vous saurez
vous montrer plus convaincant, ou mieux encore que vous vous déciderez à dire
la vérité. Bonne journée.”
Les deux femmes rassemblèrent
leurs affaires et sortirent, laissant derrière elles un Lieutenant Harrison
totalement perdu et paniqué.
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
10 : 50 GMT
Sans prendre le temps d’aller
poser ses affaires dans son bureau, Mac alla trouver le Sergent Victor
Galindez. Elle avait besoin de savoir certaines choses et le Sergent était
toujours rapide et efficace dans ses recherches. Elle lui expliqua donc
brièvement ce qui était ressorti de l’entretien avec Harrison et lui demanda de
chercher du côté du passé familial de celui-ci. En interrogeant son meilleur
ami, elle avait en effet appris que Harrison avait eu des « problèmes
familiaux » au cours de l’année précédente et elle souhaitait en savoir
plus. Comme l’ami en question n’avait pu lui donner aucune précision, elle espérait
que le Sergent trouverait quelque-chose d’intéressant, susceptible d’éclairer
la conduite de son client.
En se rendant à son bureau, elle
croisa le Capitaine Turner qui la salua en souriant.
“Alors, Colonel, votre client
vous donne du fil à retordre ? Je viens de parler au Lieutenant Singer,
elle a dit que c’était, je cite, « un imbécile qui s’obstinait à raconter
des cracks pour une obscure raison ».”
“Eh bien c’est une façon de
formuler les choses. Sur le fond je suis d’accord. Il nous cache quelque-chose,
en fait je suis presque sûre qu’il protège quelqu’un, mais je ne sais pas
encore qui ni pourquoi.”
“Et que faites-vous des
témoins ? Ils me paraissent fiables tous les deux, et votre client déclare
qu’il est coupable. Pour moi l’affaire est claire.”
“Je vous parie tout ce que vous
voulez que cette histoire est loin d’être aussi simple qu’elle y paraît.”
“Peut-être, mais vous ne pouvez
pas forcer votre client à plaider non-coupable. Si vous ne trouvez rien dans
les prochains jours, vous ne pourrez rien faire pour lui, à part essayer de
négocier avec moi.”
“Je trouverai, Capitaine,
faites-moi confiance. Je prouverai qu’il est innocent.”
Turner hocha la tête et sourit.
“Très bien, si vous le dites.
Bonne chance, Colonel.”
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
13 : 10 GMT
Mac et Harriet étaient assises à
une table ombragée devant le bâtiment et bavardaient tout en déjeunant. Harriet
picorait une salade composée tandis que Mac mordait dans un sandwich richement
garni. Une fois de plus, Harriet soupira en regardant manger son amie.
“Mais comment faites-vous pour
avaler ce genre de choses sans prendre un gramme ? Moi j’ai beau essayer
divers régimes, ça ne marche jamais. J’ai seulement l’impression d’être devenue
un lapin, à force de manger de la salade.”
Mac sourit d’un air désolé.
“Oh, je n’ai aucun mérite,
Harriet. Je ne supporte la salade qu’à petites doses, j’aurais l’impression de
ne pas avoir déjeuné si je ne mangeais que ça.”
Harriet hocha vigoureusement la
tête en signe de compréhension.
“Bon, d’accord, vous voulez mon
secret ?” demanda Mac d’un air de conspiratrice. “Je vais courir de temps
en temps, je travaille trop et j’essaye de supporter le Lieutenant
Singer ! Croyez-moi, ça fait maigrir ! ”
Harriet pouffa de rire dans sa
salade puis ajouta :
“Je crois que je préfère ne pas
essayer ! Finalement, la salade, c’est pas si mal que ça ! ”
Mac sourit puis tourna la tête.
Son regard se perdit dans le vide et elle soupira.
“Vivement que Harm
revienne ! ”
Harriet la dévisagea avec un
petit sourire et attendit que son attention revienne sur elle pour lui demander
doucement :
“Il vous manque ?”
Mac sourit et secoua la tête. Ce
n’était pas son genre de se laisser aller à déballer ses sentiments.
“Oh, c’est idiot, vous savez.
Quand il est là, on passe notre temps à se chamailler mais dès qu’il s’en va,
j’ai comme une sensation… de vide. Il manque quelque-chose. C’est vraiment
bête, je devrais profiter de ces deux semaines pour savourer ma tranquillité au
lieu de compter les jours ! Je suis sûre que lui, il ne pense pas du tout
à moi ! ”
“Je n’en suis pas si sûre,
Madame. Vous savez bien qu’il s’inquiète toujours pour vous ! ”
“Oui, mais là il n’a aucune
raison d’être inquiet. Je ne suis pas sur une mission dangereuse à l’autre bout
du monde avec Clayton Webb ! Si on écarte le danger que le fait de
travailler avec notre cher Lieutenant Singer fait courir à ma santé mentale, il
n’a vraiment aucune raison de s’inquiéter ! ”
“Ce que je voulais dire, Madame,
c’est que Harm aussi doit se sentir seul. Je sais bien qu’il est avec son
frère, mais c’est différent.”
Mac leva un sourcil et se mit à
rire en pensant à ce que venait de dire Harriet.
“Seigneur, j’espère bien que
c’est différent ! ”
Route de campagne
Quelque-part à l’Ouest du
Nebraska
15 : 10 heure locale
Après avoir traversé sans
difficulté plus de la moitié de l’Etat du Nebraska, les deux frères avaient
décidé de faire une pause pour profiter plus sereinement du paysage, du grand
air et du soleil. Harm, qui avait conduit pendant la majeure partie du trajet,
s’allongea dans l’herbe et ferma les yeux en souriant béatement. A cette vue,
Sergueï pouffa de rire aussi discrètement que possible et s’empressa d’aller
fouiller dans le coffre. Il en sortit un appareil photo, s’approcha sans bruit
du bienheureux Harm et appuya sur le déclencheur. A ce bruit, Harm ouvrit les
yeux et, comprenant ce qui venait de se produire, se leva d’un bond en
rugissant et se mit à poursuivre Sergueï, qui riait à gorge déployée en fuyant.
Harm le rattrapa assez vite et le fit basculer au sol avec un faux air furieux.
Sergueï, couché dans l’herbe, était toujours secoué de hoquets et ne parvenait
pas à s’arrêter de rire. Harm ne put se contenir plus longtemps et se mit à
rire lui aussi en se laissant tomber à ses côtés. Il leur fallut plusieurs
minutes pour se calmer et reprendre leur souffle.
Harm regarda son jeune frère qui
s’essuyait les yeux. Il avait les joues rouges et l’air heureux d’un gosse. A
ce moment-là, il comprit combien il était heureux d’avoir un frère, et combien
Sergueï comptait désormais pour lui. Peu importait qu’ils n’aient pas la même
mère ni la même nationalité. Le sang de Harmon Rabb Senior coulait dans leurs
veines à tous deux et les épreuves qu’ils avaient du traverser pour se
retrouver avaient scellé entre eux quelque-chose d’unique et d’indestructible.
Sergueï se tourna vers lui et
lui sourit.
“ça fera une superbe photo. Tu pourras la montrer à tous tes
collègues du JAG pour qu’ils voient que tu as eu des vacances épuisantes !
”
Harm leva un sourcil en
imaginant le genre de commentaires qu’une telle photo lui vaudrait de la part
de l’Amiral, de Lauren ou de Mac.
“Je crois qu’ils n’ont pas
besoin de ça pour se payer ma tête ! ” répondit-il finalement, l’image du
sourire moqueur que Mac arborait si souvent dansant devant ses yeux.
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
15 : 20 GMT
Un léger coup à la porte tira
Mac de son travail. Elle leva les yeux et vit le Sergent Galindez à l’entrée de
son bureau, un dossier à la main.
“Colonel, j’ai des choses pour
vous… Mais si je vous dérange, je peux repasser plus tard.”
“Non, entrez, Sergent, dites-moi
ce que vous avez trouvé.”
Le jeune Sergent s’assit et
ouvrit le dossier qu’il avait apporté.
“Comme vous me l’avez demandé,
j’ai fait des recherches sur la famille du Lieutenant Harrison Il s’avère qu’il
a été adopté peu après sa naissance, il n’avait que quelques mois. Sa famille
adoptive semble tout ce qu’il y a de plus normale, je n’ai rien trouvé de ce
côté-là. J’ai donc orienté mes recherches vers sa famille biologique. J’ai
découvert qu’il avait demandé à consulter son dossier d’abandon il y a un peu
plus d’un an. Et devinez ce qui figure dans ce dossier ! ”
Mac, dont l’intérêt et la
curiosité s’étaient éveillés, n’essaya pas de jouer aux devinettes.
“Dites-moi.”
“Et bien la mère n’a pas
abandonné un mais deux enfants ce jour-là.”
“Des jumeaux ?! ” demanda
Mac, incrédule.
“Exactement ! Mark et
Benjamin, deux garçons, nés à 4 minutes d’intervalle. Mark est l’aîné.”
“Et ils ont été confiés à deux
familles différentes ? ”
“Oui, les services sociaux m’ont
dit que ça arrivait parfois, quand les familles refusaient d’adopter tous les
membres d’une fratrie. Ils ont séparé les deux frères pour leur permettre
d’être adoptés tous les deux.”
“Et tous les deux ignoraient
l’existence de leur jumeau ? ”
“Oui, apparemment, du moins
jusqu’à l’année dernière. Ça a du être un sacré choc pour Harrison Vous
imaginez ? Vous avez un frère jumeau et vous grandissez sans même le
savoir ! ”
“Oui, j’imagine. J’ai bien vu
quel choc ça a été pour Harm de découvrir l’existence de Sergueï, alors un
jumeau…”
“Oui, drôle de surprise !
Enfin bon, j’ai voulu savoir ce qu’était devenu le petit Benjamin. Je me suis
dit que c’était certainement ce que Harrison avait fait. S’il a découvert qu’il
avait un frère, il a sûrement eu envie de le retrouver.”
“ça paraîtrait logique, en effet. Et alors ? Qu’est-ce
que ça a donné ? ”
“J’ai eu un peu de mal, mais
j’ai fini par trouver dans quelle famille il avait été placé. A partir de là,
ça n’a pas été très difficile de suivre sa piste. Il s’avère donc que le petit
Ben a été adopté par Glen et Mary Morgan, riche couple d’entrepreneurs de la
région de Baltimore. Ben a suivi une scolarité normale dans des écoles privées
chic, jusqu’à son adolescence. Vers 15 ans, il a commencé à avoir des soucis
avec la police pour des actes de délinquance mineurs, genre dégradation de
massif de fleurs, tagage de murs, etc. Après ça, ses parents ont du le mettre
au vert quelques temps car on n’a plus entendu parler de lui dans la région
jusqu’à l’année de ses 18 ans. Son diplôme en poche, il s’inscrit à
l’Université à Philadelphie, en droit, et brille par son absence en cours.
Apparemment, c’est à cette période qu’il se met à fréquenter des gens assez
louches et à se livrer à divers petits trafics sur le campus. Bien-sûr, à ce
rythme-là, il rate ses examens et il abandonne la fac. Il se fait arrêter
plusieurs fois, mais à chaque fois Papa le sort d’affaire. Pratique d’avoir un
père qui a du fric et des relations dans ces cas-là ! Enfin jusqu’au jour
où Papa, après un mauvais coup à la Bourse, fait faillite et se retrouve sur la
paille. Ben fait alors plusieurs séjours derrière les barreaux, mais il reprend
ses trafics dès qu’il se retrouve dehors. D’après ce que j’ai pu savoir, il
traînerait en ce moment dans la banlieue de Washington, du moins c’est là qu’on
l’a repéré pour la dernière fois.”
“Et vous croyez que notre
Lieutenant Harrison a appris tout ça ? ”
“Si j’ai pu le trouver, il l’a
sûrement fait aussi.”
“Ummh… Dur pour lui de découvrir
que son frère est un délinquant notoire ! Je comprends son changement
d’humeur. C’est le genre de nouvelles pas faciles à digérer.”
“En effet. Et vous m’avez dit
qu’il était accusé de vol de voiture ? ”
“Oui. Vous pensez que c’est Ben
qui a fait le coup ? ”
“C’est possible. En tout cas ça
lui correspond plus qu’au Lieutenant.”
“C’est vrai. Bien, je crois que
je vais aller discuter avec le Lieutenant Harrison On commence à y voir plus
clair dans cette affaire. Merci, Sergent, c’est du beau travail.”
“De rien, Madame. Si vous avez
encore besoin de moi, vous savez où me trouver. ” conclut-il en quittant le
bureau, Mac sur les talons.
Celle-ci se rendit directement
au bureau de Lauren. Elles faisaient équipe, il fallait donc qu’elle l’informe
de ses dernières découvertes. Elle s’apprêtait à frapper quand la porte
s’ouvrit, la faisant sursauter ainsi que Lauren qui se tenait en face d’elle.
“Mince, Lieutenant, vous voulez
me faire mourir d’une crise cardiaque pour être Juge Avocat Général plus vite
ou quoi ? ” soupira Mac en portant une main à son cœur.
Lauren, contrariée par sa
remarque, s’empressa néanmoins de se composer un visage impassible et répondit
froidement :
“Non, Madame. Je voulais aller
vous voir pour vous faire part de ce que j’avais trouvé sur notre affaire.”
“Oh ! Et bien j’étais venue
pour les mêmes raisons, figurez-vous ! Enfin bon, à vous l’honneur, je
vous écoute.”
Lauren alla s’asseoir à son
bureau et attendit que Mac ait pris un siège avant de commencer.
“Vous savez, hier, quand vous
m’avez demandé de voir ce qu’on avait trouvé sur la voiture volée, j’ai
contacté les gars des labos qui l’ont passée au peigne fin. C’est comme ça que
j’ai su qu’ils n’avaient trouvé aucune empreinte, pas même sur le volant, le
levier de vitesses ou la poignée de la portière. J’ai aussi appelé un ami à moi
qui est flic à D.C. et je lui ai parlé de l’affaire. Il a dit qu’il passerait
quelques coups de fil pour savoir si on retrouvait la trace des manquantes. Il
vient de me rappeler. Apparemment, ils ont retrouvé la plupart des pièces chez
un petit revendeur peu scrupuleux qu’ils connaissent bien. Ils l’ont interrogé
pour savoir qui les lui avait fourguées, et il a dit que c’était un certain
Benny, un voleur qui revend aussi de l’ecstasy ou d’autres saloperies. Les
flics de D.C. le connaissent bien, ils l’ont déjà arrêté plus d’une fois. En ce
moment ils sont en train de chercher où il se terre pour l’interroger. Ce qui
m’embête, c’est le rôle Harrison dans tout ça. Je ne le vois pas faire ami-ami
avec ce genre de type.”
Mac sourit. Tout prenait un
sens. Devant l’air perplexe et interrogateur de Lauren, elle ne put s’empêcher
de faire durer un peu le suspense.
“Pas « ami »,
Lieutenant, plutôt « frère ».”
“Pardon ? ” Lauren était
complètement perdue. “Quel frère ? ”
“Votre Benny est en fait le
frère jumeau de notre Lieutenant Harrison” Révéla enfin Mac.
“Quoi ? Mais c’est
impossible, il n’a pas de frère, il est fils unique ! ”
“ça, c’est qu’il croyait jusqu’à l’an dernier.”
Quelques minutes plus tard
“Je n’arrive pas à le
croire ! ”
Lauren se leva et se mit à
arpenter la pièce. Grâce à ce que Mac venait de lui apprendre, elle pouvait
remettre en place les différentes pièces de cet improbable puzzle.
“Je sais, c’est incroyable, mais
c’est la meilleure explication.”
“Quelle histoire ! On peut
dire que ce n’est pas banal ! ” s’exclama Lauren, secouant la tête.
“Oui, vous pourrez raconter ça à
vos subordonnés quand vous serez devenue Juge Avocat Général.”
Lauren soupira. Elle n’aurait
jamais du confier ses ambitions à ses collègues.
“Madame, je pense sincèrement
que c’est plutôt vous qui le raconterez. Vous serez JAG bien avant moi.”
Mac leva un sourcil, étonnée.
“Merci, Lieutenant. Ça me touche
que vous pensiez ça.”
Lauren la regarda, mal à l’aise,
et lui lança un petit sourire, avant d’ajouter.
“Bon, si on allait voir ce cher
Lieutenant Harrison ? ”
“Excellente idée. J’allais vous
le proposer.” répondit Mac en se levant.
Prison de la base militaire
Quantico, Virginie
16 : 30 GMT
Mac et Lauren se retournèrent
quand un garde amena dans la petite pièce le Lieutenant Mark Harrison Ou du
moins un homme qui lui ressemblait. Le changement survenu était frappant :
mal rasé, les cheveux hirsutes sur la tête, l’air hagard, il avait réellement
une tête à faire peur, se dit Mac tandis qu’il prenait une chaise à
l’invitation de Lauren. Elle lança un regard à sa jeune collègue pour lui dire
de ne pas trop le malmener. Lauren hocha la tête, visiblement elle aussi était
impressionnée par l’état de Harrison
“On dirait que ça ne va pas très
fort, Lieutenant.” commença-t-elle.
Harrison leva les yeux vers
elle, cherchant à deviner si elle se moquait de lui. Mais son regard exprimait
une réelle sollicitude, aussi il se détendit un peu.
“Je dors mal en ce moment.
Inutile que je vous explique pourquoi.”
“Non, en effet, Lieutenant.”
répondit Mac en se plaçant face à lui de manière à pouvoir le regarder dans les
yeux. “N’importe qui dormirait mal à votre place. Mais croyez-vous que ce soit
le cas de Ben ? ” demanda-t-elle, scrutant son visage pour voir sa
réaction.
A ce nom, Harrison sursauta et
son regard se teinta d’affolement. Il fixa Mac d’un air perdu et désespéré.
“Ben ? Qui vous a parlé de
lui ? Comment savez-vous ? Je n’en ai parlé à personne ! ”
“Calmez-vous, Lieutenant. Nous
sommes des enquêteurs, nous passons notre temps à trouver ce que les gens nous
cachent. Vous pensiez réellement qu’on ne découvrirait pas son existence ?
”
Réfléchissant à toute vitesse,
il se reprit.
“ça ne change rien. Vous ne pouvez pas prouver que c’est lui
qui a volé et démonté cette voiture. ”
“Pas encore, mais ça ne devrait
pas être trop difficile. Nous savons déjà que c’est lui qui a revendu les
différentes pièces qui manquent à ce véhicule. Et vu son passé et son casier
judiciaire, je crois qu’on n’aurait aucun mal à convaincre un jury qu’il est
responsable du vol.”
“Non ! ” s’écria-t-il,
soudain secoué de sanglots. “Je vous en prie, laissez-le, c’est mon
frère ! Je ne peux pas lui faire ça ! ”
“Lieutenant, on ne peut pas vous
laisser endosser la responsabilité d’un délit commis par votre frère.” rétorqua
Lauren fermement. “Ce n’est pas un service à lui rendre, croyez-moi.”
Relevant un visage crispé vers
Lauren, il demanda :
“Vous avez un frère,
Madame ? ”
“Oui.”
“Alors vous devez me comprendre.
Si vous aviez le pouvoir d’empêcher que votre frère ne finisse en prison une
fois de plus, vous le feriez, non ? ”
Lauren hésita un instant,
désarçonnée par cette question. Mais elle se reprit rapidement et
répondit :
“Non, je ne crois pas. Je
n’aimerais pas passer des mois en prison en me disant que je n’ai rien fait
pour mériter ça. Je crois que je finirais par maudire mon frère d’avoir laissé
la faute reposer sur moi. ”
Harrison secoua la tête ;
l’argumentation de Lauren ne l’avait pas convaincu.
“Vous ne comprenez pas. C’est
mon jumeau, mon double, ma moitié. Quand je l’ai retrouvé et que j’ai vu ce
qu’il faisait de sa vie, j’ai essayé de le ramener dans le droit chemin. J’ai
parlé avec lui, je l’ai supplié de ne pas gâcher sa vie de cette façon, mais il
ne m’a pas écouté. C’est ma faute. J’aurais du insister, j’aurais du le
convaincre, le tirer de là de gré ou de force…”
Mac, qui jusque là s’était
contentée d’écouter, décida d’intervenir.
“Vous ne pouvez pas choisir sa
vie pour lui.” objecta-t-elle d’une voix douce mais ferme. “C’est un adulte, il
est libre de faire ce qu’il veut. Même si ça ne vous plaît pas, et même si ça
lui cause des ennuis.”
Le Lieutenant avait les yeux
dans la vague et son visage avait un air infiniment triste.
“Si seulement il m’avait
écouté ! Ce soir-là, il est venu me voir à la base. Je l’avais appelé un
peu plus tôt pour lui demander de passer. J’ai encore essayé de le raisonner,
mais il s’est énervé et il a dit que si je l’avais appelé seulement pour lui
faire la morale, c’était pas la peine qu’il soit venu. Il a dit qu’on était
peut-être jumeaux mais qu’on était trop différents et qu’il valait mieux que
chacun vive sa vie de son côté. Avant qu’il parte, je lui ai donné une copie
d’une photo qui était dans notre dossier d’abandon. C’est une photo qui a été
prise à la clinique quelques heures après notre naissance : nous deux dans
les bras de notre mère. Je lui ai dit de la garder et que s’il changeait
d’avis, il savait où me trouver. Il est sorti et je ne sais pas exactement ce qui
s’est passé, mais je suppose qu’il a volé cette voiture. Moi je suis resté chez
moi à essayer de noyer tout ça dans la bière. Je n’ai compris que le lendemain,
quand on m’a arrêté et qu’on m’a dit que des témoins m’avaient formellement
identifié.”
“Et vous n’avez pas cherché à
vous défendre ? ”
“Non, c’était inutile, il y avait des témoins.”
répéta-t-il. “J’ai pensé que ça serait mauvais pour ma carrière mais que
c’était au moins quelque-chose que je pouvais faire pour aider mon frère.”
Il soupira.
“Qu’est-ce qui va se passer, maintenant ? ”
Mac et Lauren échangèrent un
regard.
“ça dépend de vous, Lieutenant.” annonça Mac. “Etes-vous prêt
à témoigner contre votre frère ? ”
“Est-ce que j’ai vraiment le
choix ? ” demanda-t-il d’un air désabusé.
“Pas vraiment. De toute façon
c’est la meilleure chose à faire. Vous êtes un bon officier, Lieutenant, je
suis sûre que vous aurez une longue et belle carrière.”
“Et la moitié de moi-même sera
derrière les barreaux et continuera à se pourrir la vie.” conclut-il.
“Mais ça, vous n’y pouvez rien.”
répondit doucement Mac.
“J’irai le voir.” Décréta-t-il
soudain. “J’irai le voir en prison, je ne le laisserai pas tomber. Jusque là,
son père adoptif l’a tiré d’affaire avec son argent mais en fin de compte,
quand ils se sont aperçus que leur fiston prenait le mauvais chemin, ses
parents l’ont plus ou moins abandonné à son triste sort. Ça fait mauvais genre,
dans ce milieu, d’avoir un fils voleur de voitures. Je crois que personne ne
lui a jamais offert de deuxième chance, personne ne s’est vraiment soucié de
lui. Vous comprenez, quand je le regarde, c’est moi que je vois, ou du moins
l’homme que j’aurais pu devenir si je n’avais pas été entouré par ma famille et
mes amis. Il a besoin d’aide et de se sentir aimé et accepté tel qu’il est,
c’est tout. Je ne le laisserai pas tomber.”répéta-t-il avec conviction en
relevant la tête vers ses avocates.
Cheyenne, Wyoming
17 : 45 heure locale
Après avoir déposé leurs
affaires dans leur chambre de motel, Harm et Sergueï avaient décidé d’aller se
promener en ville. Harm voulait en profiter pour acheter quelques cadeaux à
rapporter à AJ junior, à sa mère et à Mac. Les deux frères avaient passé des
jeans et Sergueï, désireux de se « fondre dans la population locale »
avait emprunté à Harm un bandana qu’il avait noué autour de son cou. Avec sa
chemise de flanelle bleue, l’effet était saisissant.
“Il ne te manque plus que des
bottes et un chapeau et tu auras l’air d’un vrai cow-boy !”commenta Harm
en riant quand il le découvrit dans cette tenue.
“Ben quoi ? On est dans le
Wyoming, non ? Le guide touristique dit que c’est un état où il y a
beaucoup d’élevage ; ils font même des championnats professionnels de
rodéo, ici ! ”rétorqua Sergueï.
“Vraiment ? J’aimerais bien
voir ça ! ”
“Pas de chance, c’est en
juillet. Il faudra revenir une autre fois.”
“Mince, tu as appris ce foutu
guide par cœur ou quoi ? Moi, tout ce que je sais sur cet endroit, c’est
qu’il y a des vaches partout dans le coin, et aussi une base de missiles
Atlas.”
Sergueï leva les yeux au ciel.
“Et c’est moi le touriste !
Je rêve ! Tu es américain et tu ne connais même pas ton pays ! ”
“Mais si ! ”protesta Harm.
“Je connais quasiment toutes les bases militaires ! Tiens, par exemple, on
va bientôt se retrouver dans le Colorado, et bien je peux te dire qu’il y a une
académie militaire dans la région de Colorado Springs, ensuite on se retrouvera
dans le Nevada, où il y a une zone militaire qu’on utilise pour les expériences
atomiques, au Nord-Ouest de Las Vegas, je crois, et…”
“OK, OK ! ”l’interrompit
Sergueï. “Mais à part les bases et les académies, tu ne connais pas
grand-chose, avoue ! ”
“Je connais les coins que j’ai
visités, et j’ai quelques restes de ce que j’ai appris en géographie à
l’école.”
“Mouais. Pas brillant.”
“Oh, et toi, tu sais tout ce
qu’il y a à savoir sur chaque coin de Russie, peut-être ? ”
“Oui, à peu près, je crois.”
Harm leva un sourcil d’un air
dubitatif mais n’insista pas.
Ils partirent donc pour le
centre-ville et se retrouvèrent bientôt dans une rue commerçante et animée.
Sergueï se mit à lancer un coup dans les côtes à Harm chaque fois qu’une femme
se retournait à leur passage ou jetait un regard appuyé et appréciateur sur le
beau capitaine (ce qui arrivait assez fréquemment). A la troisième fois, Harm
riposta en envoyant un coup à l’épaule de son frère.
“Sergueï, tu vas finir par me
casser une côte ! ”
“Désolé, mais ça me sidère de
voir que toutes les femmes te mangent des yeux.”
Harm préféra ne pas répondre et,
avisant un magasin qui vendait des chapeaux, il poussa la porte et entra,
Sergueï sur les talons.
La vendeuse était une jolie
blonde d’une vingtaine d’années qui se mit à sourire de toutes ses dents dès
qu’elle aperçut Sergueï. Harm, notant que son frère avait un ticket, lui envoya
un discret coup de coude. Cela ne troubla guère le jeune Russe qui s’était
empressé de rendre son sourire à la jeune femme. Harm dut se racler la gorge
pour rappeler sa présence. La jeune vendeuse se tourna vers lui comme à regret
et demanda poliment ce qu’il désirait.
“Est-ce que vous avez des
chapeaux pour les enfants ? ” demanda-t-il.
“Bien-sûr, Monsieur. Quel
âge ? ”
“Heu… à peu près 3 ans.”
Répondit-il après un bref calcul pour se rappeler l’âge que pouvait bien avoir
le petit AJ.
“Je vais vous montrer nos
modèles.”
Un quart d’heure plus tard, ils
quittèrent la boutique, Harm tirant presque Sergueï par la manche pour le faire
avancer. Une fois dehors, il soupira en hochant la tête.
“T’es vraiment pas
possible ! Dès qu’une fille te fait les yeux doux, tu perds la tête !
”
“Hey ! Elle était vraiment
jolie ! Et puis toi tu y es peut-être habitué, mais pas moi. En plus je
n’ai pas encore trouvé ma « Mac », alors j’ai le droit de sourire aux
filles qui me trouvent mignon.”
Harm sourit à la mention de Mac.
“Laisse-moi te dire que quand tu
l’auras trouvée, les autres femmes te paraîtront très fades !
”répondit-il.
“C’est bien ce que je disais,
t’es un cas désespéré ! ”
Harm leva le paquet qui
contenait le chapeau pour AJ, menaçant Sergueï de lui assener un coup sur la
tête. Celui-ci leva les bras pour se défendre en riant.
“Arrête, tu vas abîmer ton
paquet ! ”
“Ouais, t’as de la
chance.”répondit Harm en baissant son « arme », un sourire aux
lèvres.
Motel
Cheyenne, Wyoming
18 : 40 heure locale
De retour au motel, Sergueï
annonça qu’il se chargeait de leur trouver quelque-chose à manger. Pendant ce
temps, Harm rangea ses paquets, satisfait de ses achats. En plus du chapeau de
cow-boy pour le petit AJ, il avait trouvé de très jolies boucles d’oreilles en
argent pour sa mère (payées en moitié par Sergueï, qui avait tenu à participer)
ainsi qu’une chaîne ornée d’un superbe pendentif en argent et turquoise pour
Mac. En attendant le retour de Sergueï, il décida de consulter sa messagerie
électronique, ce qu’il n’avait pas pensé à faire la veille. Un grand sourire
illumina son visage lorsqu’il constata qu’il avait reçu un e-mail de Mac. Il
s’empressa de cliquer sur la petite icône pour en lire le contenu.
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From : Ninja Girl
To : Flyboy
Objet : dernières nouvelles du
JAG
Hello l’heureux vacancier !
Ravie de savoir que vous vous
amusez pendant que vos amis se tuent à la tâche ! ;-) Je vous
rassure, ici tout va bien, on survit plutôt bien sans vous. Je suis sur une
affaire compliquée avec Singer et aussi bizarre et incroyable que ça puisse
paraître, après des débuts un peu tendus, je dirais que ça se passe plutôt
mieux entre nous. Qui sait, je finirai peut-être par l’apprécier !
J’espère que tout va bien avec
Sergueï. Transmettez-lui mes salutations. Je me demandais juste ce que vous
pouviez bien manger au pays du steak. J’espère que vous n’en êtes pas réduit à
tenir compagnie aux vaches dans les prés pour vous mettre de la verdure sous la
dent ! ;-))
Bon, je vous laisse, il faut que
je me remette au travail. Evitez de vous perdre pour de bon, je tiens
quand-même à vous retrouver. Je ne voudrais pas avoir à former un autre
partenaire.
Bye
Mac
P.S. : Harriet et Bud vous
saluent.
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Harm lut deux fois le message,
s’attardant sur les dernières phrases. C’était la façon atténuée et détournée
qu’avait trouvé Mac de lui dire qu’il lui manquait aussi, et ça le
réconfortait. Apparemment, elle aussi avait envie de faire progresser les
choses entre eux, en tout cas elle ne mettait plus autant d’ardeur à essayer de
dissimuler ses sentiments.
Il fut interrompu dans ses
réflexions par l’arrivée de Sergueï qui portait deux sacs pleins de petites
boîtes de carton. A en juger par l’odeur appétissante qui s’en dégageait,
c’était chaud et chinois. Harm éteignit son ordinateur et alla décharger son
frère. Les nouvelles de Mac avaient achevé de le mettre de bonne humeur, et il
se rendit compte qu’il mourait de faim. Aussi il s’attaqua avec enthousiasme à
sa portion de nouilles chinoises, commentant avec Sergueï leurs achats de la journée
et planifiant le trajet du lendemain.
18/06/2002
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
10 : 30 GMT
Ce matin-là, quand le Lieutenant
Lauren Singer entra dans le bureau de Mac, elle arborait un air
particulièrement satisfait. Cela avait d’ailleurs étonné pas mal de monde car
généralement elle montrait un enthousiasme plus modéré, et chacun savait que
les relations entre les deux femmes n’étaient pas exactement des plus amicales.
Aussi, en voyant Lauren traverser le hall pour se diriger vers le bureau de Mac
avec un air si joyeux, tout le monde se demanda ce qui avait bien pu se passer.
Lauren ne se donna pas la peine
de faire des politesses à Mac. A peine entrée, elle lâcha un victorieux :
“ça y est ! ”
Mac leva les yeux vers elle, légèrement interloquée. Elle
n’était pas très sûre de savoir de quoi parlait Lauren.
“Heu, qu’est-ce qui y est,
Lieutenant ? ”
“Ben ! Il a avoué ! ”
“Oh ! Déjà ? Comment
ont-ils fait pour lui faire avouer si vite ? ”
“D’après mon ami flic, celui de
DC, vous savez, ils ont essayé de le cuisiner pendant une demi-heure sans
résultat. Mais dès qu’ils lui ont dit que son petit frère aurait des ennuis
s’il continuait à se taire, il s’est décidé. On dirait bien que les liens du
sang ont été les plus forts en fin de compte. Mais attendez, ce n’est pas
fini ! Les flics se sont arrangés pour organiser une entrevue entre les
deux frères. Il paraît que ça a été particulièrement émouvant. Ben a fini par
demander pardon à Mark de l’avoir entraîner dans cette affaire et il a dit qu’il
s’était rendu compte ce soir-là, en regardant la photo que le Lieutenant lui
avait donnée, que tous les deux avaient beaucoup de chance de s’être retrouvés
après toutes ces années. Il a décidé de retrouver leur mère et de se ranger dès
qu’il sortirait de prison. Inutile de dire que notre Lieutenant était fou de
joie et tout ça a fini en pleurs et en embrassades.”
“Et ben, quelle histoire !
” s’exclama Mac.
“Oui, vous pouvez le dire !
” soupira Lauren en se laissant tomber sur une chaise.
“Bon, et bien je suppose qu’en
ce qui nous concerne, l’histoire est terminée. Maintenant que Ben a reconnu les
faits, les chefs d’inculpation contre le Lieutenant Harrison ne seront pas
maintenus.”
Quartier général du JAG
Falls Church, Virginie
15 : 20 GMT
Mac et Lauren rassemblèrent
leurs affaires, un sourire aux lèvres. Le Lieutenant Mark Harrison venait de
quitter la salle du tribunal, fier et heureux, après les avoir toutes deux
chaleureusement remercié. Comme prévu, le Capitaine Turner avait annoncé que
l’accusation n’était pas maintenue contre le Lieutenant étant donné que le
coupable avait avoué le délit et que l’affaire était résolue. Il n’y avait rien
de plus à en dire. Après avoir échangé un sourire complice et satisfait avec
Mac, Lauren quitta la salle, dos droit et tête haute.
Sturgis Turner la suivit des
yeux un instant puis s’approcha de Mac.
“Félicitations, Colonel. Vous
avez fait du beau travail.”
Mac se tourna vers lui, un
sourire victorieux sur le visage.
“Je vous avais bien dit que je
prouverais son innocence ! ”
“Oui, vous avez tenu parole.”
“En fait, je n’y serais
peut-être pas arrivée sans l’aide du Lieutenant Singer et du Sergent Galindez.
Lauren a été très inspirée sur cette affaire.”
“Oui, en fait, je crois qu’elle
est comme le bon vin : elle s’améliore avec le temps.”
“espérons ! ” répondit Mac en riant.
Sturgis sembla soudain un peu
gêné, il se mit à observer ses chaussures en se dandinant d’un pied sur
l’autre. Mac le regarda, déconcertée.
“Il y a autre chose,
Capitaine ? ” demanda-t-elle au bout de quelques embarrassantes secondes
de silence.
“Heu… je me demandais… est-ce
que vous accepteriez de dîner avec moi ? En toute amitié, bien-sûr, pour
fêter l’heureuse issue de cette affaire. Et puis ça nous permettra de faire
plus ample connaissance.”
Mac sourit, amusée et étonnée
par sa requête et ne sachant honnêtement pas trop quoi répondre. Sentant son
hésitation, Sturgis reprit :
“Mais si vous avez d’autres
projets, ou si vous jugez que ce n’est pas approprié…enfin… ne croyez pas que
j’essaye de profiter de l’absence de Harm pour…euh…”
“Je sais, Capitaine, et vous
avez le droit de m’inviter à dîner même si Harm n’est pas en vacances à l’autre
bout du pays. Je ne suis pas sa propriété privée. Et je serais ravie de dîner
avec vous ce soir.”
Un sourire détendit les traits
de Sturgis.
“Très bien, alors je passe vous
prendre vers 19h ? ”
“D’accord.”
“Au fait, Colonel, vous n’êtes
pas végétarienne ? ”
Mac sourit.
“Non, Harm n’a pas réussi à me
convaincre de renoncer aux steaks ! ”
Route de montagne
Entre Denver et Colorado
Springs, Colorado
14 : 45 heure locale
“C’est vraiment
magnifique ! ” s’exclama une fois de plus Sergueï.
Ils s’étaient arrêtés au bord de
la route pour admirer le paysage quelques minutes plus tôt, et le jeune homme
ne cessait de s’extasier. Il était vrai qu’après des kilomètres de plaines
herbeuses et de forêts, les paysages montagneux du Colorado semblaient d’autant
plus imposants et impressionnants. Arrivés au niveau de Denver, nichée au pied
des Rocheuses à plus de 1500 mètres d’altitude, au cœur d’une région
étonnamment verte, grâce à un vaste et ingénieux système d’irrigation, les
montagnes leur avaient semblé infranchissables, formant une gigantesque
barrière naturelle dont les sommets s’élevaient à plus de 4000 mètres d’altitude.
Sergueï, qui n’avait jamais rien
contemplé de plus haut que les monts de l’Oural, avait été saisi devant ce
spectacle. Harm lui-même, qui pourtant avait déjà vu des montagnes dans sa vie,
s’était soudain senti petit et insignifiant . Il avait toujours ce sentiment à
présent qu’il contemplait le paysage grandiose qui les entourait. Devant un tel
spectacle, il se prit à penser à Dieu et à la vanité des hommes. La main de
Sergueï sur son épaule le ramena à la réalité.
“Merci” lui dit le jeune homme,
visiblement très ému. “Merci de m’avoir emmené jusqu’ici pour voir ces
montagnes. Cet endroit est magnifique.”
Harm hocha la tête et sourit à
son frère, puis il le prit par l’épaule et l’entraîna vers la voiture.
“Allez petit frère, allons-y, si
tu veux profiter un peu de la ville de Dr Quinn avant la nuit ! ”
Sergueï rit et monta dans la
voiture. Il n’aurait jamais du dire à Harm que Colorado Springs était la ville
dans laquelle se passait l’action de la série télé « Dr Quinn, femme
médecin », (série qu’il avait découverte par hasard en zappant, quelques
semaines auparavant). Maintenant, Harm ne cessait de le taquiner avec ça,
demandant s’il avait l’intention d’aller prendre un verre au saloon ou lui
recommandant de se méfier des Indiens renégats qui attaquaient de temps en
temps les Visages Pâles dans la région.
Toutes ces considérations
disparurent cependant dès qu’ils atteignirent la ville. Colorado Springs était
une ville agréable dont la localisation (au pied du Pikes Peak et à proximité
de cet endroit insolite et splendide que l’on appelait « le Jardin des
dieux », formé d’extraordinaires concrétions de grès rouge) faisait un
centre touristique assez fréquenté à cette période de l’année. En parcourant
les rues bordées de boutiques de souvenirs, ils ne croisèrent ni Jane Seymour
en robe longue ni Indiens emplumés, mais plutôt des groupes de touristes
européens et japonais, appareil photo ou caméscope en bandoulière, qui
arboraient des T-shirts « I ♥ Colorado » ou « Colorado
Springs » sur lesquels étaient brodés une vue de Monument Valley ou du
Pikes Peak. Sergueï, qui tenait absolument à rapporter un souvenir de cet
endroit, finit par acheter une boule de neige avec un Pikes Peak ridicule à
l’intérieur (qui n’avait de commun avec l’original que la forme globale et le
nom, inscrit en petites lettres dorées à la base de la boule). Cet achat lui
valut quelques remarques moqueuses de la part de son frère, mais il y était à
présent si habitué qu’il n’y prêta guère d’attention.
Motel « Pikes Peak »
Colorado Springs, Colorado
18 : 25 heure locale
Harm, allongé sur son lit,
attrapa le téléphone et composa de tête le numéro de son correspondant. Il
l’avait pianoté si souvent qu’il le connaissait par cœur depuis longtemps.
A chaque sonnerie, il
s’attendait à l’entendre décrocher, mais non, plus le temps passait et plus il
devenait clair qu’il n’y avait personne. A la 5ème sonnerie, il fut
presque surpris d’entendre une voix, mais ce n’était que le répondeur :
« Bonjour, vous êtes bien chez Sarah McKenzie, je ne suis pas là alors
laissez-moi un message et je vous rappellerai dès que possible. » Il
attendit le bip avant de parler.
“Hello Mac, c’est moi. Je
voulais juste vous dire bonjour et prendre de vos nouvelles. Mais bon, vous
n’êtes pas là apparemment, alors on se parlera plus tard. Bye.”
Il raccrocha, frustré. Où
pouvait-elle bien être à cette heure-là ? Vu le décalage horaire avec la
côte Est, il était trop tard pour qu’elle soit encore au bureau. Peut-être
sortie faire une course ? Ou invitée chez Bud et Harriet ? Non, pas
en semaine. Alors ? Il se leva et alluma la télévision pour se changer les
idées, mais les images n’arrivèrent pas à faire taire la petite voix qui se
faisait de plus en plus insistante dans sa tête : et s’il y avait un autre
homme ? Après tout, ils ne s’étaient rien promis, elle était libre de
sortir avec un homme si elle en avait envie, mais l’idée le rendait on ne peut
plus nerveux. Un autre homme… Il réfléchit. Qui pouvait s’intéresser à
elle ? Maintenant que Mic était reparti en Australie (et qu’il y reste,
surtout ! ), il ne voyait pas trop. Et puis ce n’était pas du genre de Mac
de se jeter dans les bras du premier venu. Alors qui ? L’Amiral ?
Non, impossible, il ne ferait jamais une chose pareille. Tiner ? L’idée le
fit sourire. Il ne fallait pas exagérer, tout de même ! Le Sergent
Galindez ? Il n’oserait jamais, et puis il avait une petite amie, cette
femme rousse qu’il avait amenée à la soirée de fiançailles de Mac, Gloria
quelque-chose. En repensant à cette fameuse soirée, un frisson le parcourut. Il
la revoyait, sur la terrasse, dans cette robe qui la mettait si bien en valeur,
il se rappelait leur discussion, son regard, le contact de ses lèvres…
Il secoua la tête. Ce n’était
pas le moment de se laisser emporter une fois de plus par les souvenirs. Il
reprit son énumération : si ce n’était ni l’Amiral, ni Tiner, ni Victor,
ni Bud évidemment, il restait…Sturgis !? Il considéra la chose. Est-ce que
Sturgis s’intéressait à Mac. Il n’avait rien remarqué. Ils s’entendaient bien,
apparemment, mais à part ça, il n’y avait rien de spécial entre eux. Et puis
Sturgis savait bien ce qu’elle représentait pour lui, ou du moins il s’en
doutait. Il ne lui ferait jamais un coup tordu dans le dos. Non, c’était
ridicule, comme idée. En plus, il avait visiblement un faible pour Bobbie
Latham, il n’y avait donc aucune raison de s'inquiéter.
Sûrement une course, décida-t-il
en se concentrant sur la télévision.
Motel « Pikes Peak »
Colorado Springs, Colorado
21 : 40 heure locale
La sonnerie de son téléphone portable
fit sursauter Harm, qui s’était assoupi devant la télévision. Il coupa le son,
interrompant au beau milieu d’une tirade mélodramatique une actrice blonde à
l’air insipide qui lui rappela vaguement Renée, et décrocha.
“Salut, flyboy ! ” le salua
la voix chaude et enjouée de Mac.
Il se détendit aussitôt et
sourit.
“Salut, ninja girl ! Pas
encore couchée ? ”
Il se mordit la lèvre,
regrettant d’avoir été aussi direct. Après tout, sa vie privée ne le regardait
pas, enfin pas vraiment, en théorie. Mais Mac ne se vexa pas, au contraire,
elle saisit l’occasion pour le titiller un peu.
“Oh non, en fait je viens juste
de rentrer” répondit-elle d’un ton volontairement évasif.
Harm sentit la provocation mais
ne put s’empêcher de mordre à l’hameçon : il fallait qu’il sache.
“Ah, vous travaillez tard, dites
donc.”
“Quoi ? Oh, non, je suis
sortie du bureau assez tôt aujourd’hui, ne vous inquiétez pas pour moi.”
“Oh, et alors vous rentrez de…où
ça ? ”
Il avait essayé de prendre un
ton détaché, mais Mac devina son inquiétude. Elle sourit, satisfaite de son
petit effet de mystère.
“Et bien si vous voulez savoir,
j’ai passé la soirée en agréable compagnie.”
Harm se crispa à ces mots.
“Vraiment ? ” demanda-t-il
d’une voix qu’il voulait désinvolte, mais qui trahissait son inquiétude
grandissante.
Mac décida de mettre fin à ses
souffrances.
“Oui. Lauren et moi sommes
venues à bout d’une affaire compliquée et pas banale, aujourd’hui, et Sturgis
m’a invitée à dîner pour fêter l’heureux dénouement de tout ça.”
“Sturgis ?? ”
Harm manqua s’étrangler. Alors
il l’avait fait, en fin de compte ! Il n’arrivait pas à le croire.
“En toute amitié, Harm. Il ne
s’est rien passé, et d’ailleurs il n’a rien tenté. On a mangé, on a discuté,
c’était sympa et c’est tout, fin de l’histoire. Sturgis est votre ami, il ne
pensait à mal en m’invitant. D’ailleurs pour un peu il me proposait de vous
demander votre autorisation ! ”
“Pas mauvaise idée…”
murmura-t-il, moyennement rassuré.
“Harm, arrêtez de vous imaginer
des choses. Je ne l’intéresse pas, je vous assure, il a craqué sur votre amie
la députée Latham. En plus de ça, il sait que je suis prise.”
Harm sentit son cœur s’emballer
légèrement. La situation tournait en sa faveur, il en profita donc pour pousser
les choses un peu plus loin. Juste retour des choses, pensa-t-il.
“Ah oui ? Vous êtes
prise ? ”
Mac sourit. Après tout, il
l’avait bien mérité.
“Ummh, très prise.”
répondit-elle.
“Est-ce que je le connais ?
”
“Peut-être. Il est grand, brun
aux yeux bleus et il a un ego disproportionné ! ”
“Désolé, je ne vois pas du
tout.” répondit-il en riant.
“Harm ? ”
“Oui ? ”
“…Vous me manquez.”
Bon. Elle l’avait dit. Ce
n’était pas si terrible, après tout.
A l’autre bout du fil, Harm
hésita. Ce blanc ne plut pas du tout à Mac, qui appela d’une voix où perçait l’inquiétude :
“Harm ? Vous êtes toujours
là ? ”
“Oui, je suis là, je… vous me
manquez aussi, Sarah.”
Ses mots, et plus
particulièrement la façon dont il avait prononcé son prénom, la firent
frissonner. En cet instant, elle aurait donné n’importe quoi pour se retrouver
dans ses bras. Elle soupira.
“Dans combien de temps est-ce
que vous pensez rentrer à Washington ? ”
“Eh bien on est dans le
Colorado, donc le temps d’aller jusqu’à Los Angeles et de revenir… une semaine,
quelque-chose comme ça.”
“Oh.”
Harm sentit sa déception dans sa
voix et cela le fit fondre. Dieu qu’elle lui manquait.
“Et si vous preniez quelques
jours pour venir nous rejoindre ? Vous m’avez dit que vous veniez de
terminer une affaire, et il vous reste bien des jours de permission à prendre,
non ?”
“Si.”
“Et je suis sûr que Sergueï n’y
verrait aucun inconvénient. Alors, qu’est-ce que vous en dites ?”
“C’est tentant, mais je ne sais
pas… C’est avec votre frère que vous vouliez passer ces jours, pas avec moi, et
…”
“Mac, s’il-vous-plaît. Ne me
forcez pas à supplier ! ”
“Bon, je vais voir avec l’Amiral
si c’est possible.” céda-t-elle.
“Génial ! Je vous
adore ! ”
Il réalisa trop tard ce que son
enthousiasme venait de lui faire dire, et attendit donc avec une certaine
appréhension la réponse de Mac.
Celle-ci fut surprise d’entendre
ces mots qu’elle n’attendait pas. Elle se mordit la lèvre en étouffant un petit
cri de ravissement surpris, et n’hésita qu’une seconde avant de répondre.
“Moi aussi, flyboy. Je vous
rappelle demain.”
Harm sourit et soupira, soulagé
et enchanté de sa réponse.
“D’accord. A demain. Bonne nuit,
Mac.”
“Bonne nuit.”
Il raccrocha, posa le téléphone
sur la table de chevet et s’affala sur le lit, un sourire ravi aux lèvres. Il
resta de longues secondes sans bouger à contempler le plafond, en repassant
dans sa tête la conversation qu’ils venaient d’avoir. Puis il se leva, arrêta
la télévision (où le clone de Renée Peterson tombait dans les bras d’un blond
surfeur), se glissa dans les draps et éteignit la lumière.
“Bonne nuit, Sarah.”
murmura-t-il avant de fermer les yeux.
Harm et Sergueï vont-ils
dévaliser les casinos de Las Vegas ?
Mac va-t-elle rejoindre Harm
sous le soleil de Californie ? Vont-ils siroter des cocktails sur une
plage de sable fin ?
Lauren va-t-elle devenir une
personne sympathique et attachante ?
Vous le saurez en lisant la
suite, qui sera disponible…euh…dans un certain temps. Laissez-moi le temps de
l’écrire !
Et bien-sûr, si vous voulez me
faire part de vos commentaires ou impressions, ne vous gênez pas, les feedbacks
sont toujours les bienvenus (il est bien connu que les auteurs de fics sont
accros aux feedbacks), à marion_monterrat@yahoo.fr