15/06/2002

Nord de Union Station, Washington D.C.

Appartement de Harm

18 : 25 GMT

 

“ Tu as tout pris ? ” demanda  pour la 3ème fois Sergueï à son demi-frère. “ Les cartes, une boussole, tes chaussures de randonnée, … ”

“ Sergueï, ça fait 15 fois que tu me le demandes et tu as déjà tout vérifié 2 fois ! ” l’interrompit Harm en soupirant bruyamment. “On va finir par manquer notre vol ! ”

“ Je veux juste être sûr qu’on n’oublie rien. ”

“ Tant que tu as ta tête, ça va. Bon, on peut y aller ? ”

“ Oui, si tu penses que tout est prêt, on y va. Heureusement que tu n’as pas de chien, il aurait fallu demander à un voisin de s’occuper de lui. ”

Cette remarque fit sourire Harm.

“ Si j’avais un chien, je l’aurais plutôt confié à Mac. Maintenant que Jingo est chez Chloé, je suis sûr qu’elle aurait été ravie d’avoir un compagnon à quatre pattes pour quelques jours. ”

Sergueï commença à prendre les bagages quand son regard se posa sur un étui noir en équilibre sur un sac. Il fronça les sourcils et leva les yeux vers Harm.

“ Qu’est-ce que c’est que ça ? ”

“ ça ? C’est une petite merveille de technologie qu’on appelle communément ordinateur portable. ”

“ Pourquoi tu l’emmènes ? Tu ne comptes quand-même pas travailler pendant notre voyage ? ” s’écria le jeune russe, méfiant.

“ Mais non, rassure-toi. C’est juste au cas où, pour envoyer un e-mail à Maman ou à Mac à l’occasion. ”

“ Mouais, si tu le dis ” répondit-il, à moitié convaincu.

 

 

 

16/06/2002

Quartier général du JAG

Falls Church, Virginie

08 : 20 GMT

 

“ Colonel, l’Amiral vous demande. ”

Mac leva les yeux de son ordinateur.

“ Merci, Tiner, j’arrive tout de suite. ”

“ Bien, Madame. ”

Délaissant ce qu’elle était en train de faire, elle se leva et sortit de son bureau, tombant nez à nez avec Harriet, qui se rendait vers le bureau de Harm. Les deux femmes s’arrêtèrent juste à temps pour ne pas se rentrer dedans.

“ Pardon, Madame ” s’exclama Harriet, confuse et encore sous le coup de la surprise.

“ Ce n’est rien, Harriet, c’est ma faute, je devrais sortir plus doucement de mon bureau. Peut-être même qu’il faudrait instaurer des règles de priorité, ici. La prochaine fois, je regarderai à droite et à gauche avant de m’engager ! ”

“ Excellente idée, Madame ! ”

“ Vous avez quelque-chose pour le Capitaine Rabb ? ”

“ Oui, Madame, c’est un document qu’il m’avait demandé avant de partir. Il le trouvera sur son bureau en rentrant. ”

“ Ah, oui, il doit être en train de découvrir les merveilles de l’Ouest sauvage, à l’heure qu’il est ! ” soupira-t-elle. “ Il y en a qui ont de la chance ! ”

Harriet s’apprêtait à répondre lorsque Lauren Singer arriva.

“ Colonel, je crois que l’Amiral veut nous voir dans son bureau. ”

Mac leva un sourcil, guère rassurée par ce qu’elle venait d’entendre.

“ Nous ? Vous voulez dire vous et moi ? ”

“ Oui, Madame, en effet. ” répondit Lauren, visiblement très satisfaite.

“ Bien, dans ce cas, ne faisons pas attendre l’Amiral ” répondit Mac en essayant tant bien que mal de masquer son peu d’enthousiasme soudain.

Bud croisa les deux femmes qui se dirigeaient vers le bureau de l’Amiral et remarqua la sombre mine de Mac. Rejoignant Harriet, il lui demanda :

“ Un problème avec le Colonel McKenzie ? Je veux dire, à part le fait que le Capitaine soit parti en vacances ? Elle n’a pas l’air heureuse ! ”

“ Je crois qu’elle va devoir travailler avec le Lieutenant Singer ” répondit Harriet d’un air entendu avec un sourire navré.

“ Oh, je vois ! Eh bien espérons que ça se passera mieux que quand le Lieutenant travaille avec le Capitaine Rabb ! ”

 

 

 

Bureau de l’amiral AJ Chegwidden

 

“ Asseyez-vous ” ordonna AJ dès que les deux femmes entrèrent, sans même lever les yeux de ses papiers.

Lauren et Mac s’exécutèrent. AJ leva alors la tête, ôta ses lunettes et regarda les deux jeunes femmes assises face à lui. Leurs yeux brillaient d’une interrogation muette, mais ceux de Singer reflétaient impatience et enthousiasme, tandis que ceux de Mac traduisaient une certaine méfiance, comme si elle craignait qu’on ne lui annonce une mauvaise nouvelle. AJ savait très bien ce que redoutait Mac, elle avait le même regard que Harm dans une situation analogue.

“ Colonel, Lieutenant, j’ai ici une affaire qui va requérir tout votre talent ” annonça-t-il en ouvrant un dossier posé devant lui. “ Le Lieutenant Mark Harrison, stationné à Quantico, est accusé d’avoir dérobé un véhicule appartenant à l’armée dans la nuit du 12 au 13 de ce mois, véhicule qui a été retrouvé le lendemain dans un fossé en piteux état et soulagé de diverses pièces détachées. ”

“ Comment sait-on que c’est le Lieutenant qui l’a volé ? ” demanda Lauren.

“ Parce qu’il y a des témoins : un homme de son unité dit l’avoir vu quitter la base au volant de cette voiture le soir en question, et une femme affirme avoir vu un homme dont la description correspond à celle du Lieutenant dans une voiture de l’armée à quelques kilomètres de la base. Elle a pu voir son visage car il était stationné sur le bas-côté et il avait allumé le plafonnier pour regarder quelque-chose, sûrement un papier quelconque. ”

“ Mais pourquoi aurait-il fait une chose pareille ? ”

“ ça, Lieutenant, c’est à vous de le découvrir. Avec l’aide du Colonel. ” ajouta-t-il en se tournant vers Mac. “ Je sais que ce n’est pas le genre d’affaires que vous traitez habituellement, Colonel, mais c’est plutôt calme en ce moment et je n’ai rien d’autre pour vous. Et puis qui sait, cette affaire sera peut-être plus intéressante qu’il n’y paraît ! Vous êtes chargée de la défense du Lieutenant Harrison, le Lieutenant Singer vous assistera. ”

“ Qui représentera l’accusation, Monsieur ? ” demanda Mac.

“ Le Capitaine Turner. D’autres questions ? ”

“ Non, Monsieur. ”

“ Bien, dans ce cas, disposez. ”

“ A vos ordres. ” répondirent les deux femmes à l’unisson en se levant et claquant des talons.

AJ les suivit des yeux tandis qu’elles sortaient de son bureau.

“ Et bonne chance à vous, Colonel. ” murmura-t-il pour lui-même quand la porte se fut refermée.

Route de campagne

Quelque-part dans le Kansas

10 : 32 heure locale

 

 “Tu es sûr d’avoir pris la bonne route tout à l’heure ?” demanda Sergueï en observant le paysage d’un œil inquiet.

“Sergueï, il n’y avait qu’un chemin de terre dans l’autre direction, si on l’avait pris on serait probablement arrivé dans la cour d’une ferme !” répondit Harm avec impatience. “Et puis c’est toi qui voulais voir l’Amérique profonde, les grands espaces, et tout ça. Tu devrais être content !”

“J’ai l’impression d’être en Russie.”

“Et c’est une mauvaise chose ?”

“Ben, en fait, j’espérais découvrir des paysages plus différents de ceux de chez nous.”

“Désolé, petit frère. Comme tu peux le constater, à l’Ouest, rien de nouveau !”

“Apparemment.” soupira Sergueï sans saisir l’allusion.

Harm jeta un œil à son demi-frère. Le jeune homme avait fermé les yeux, la tête appuyée contre la vitre. “Il a l’air si jeune, presque encore un gosse, et pourtant il a déjà vécu tellement de choses !” pensa-t-il. Il hocha la tête et se concentra de nouveau sur la route, droite et uniforme jusqu’à l’horizon.

 

 

 

Quelques kilomètres plus loin

 

“Sergueï, réveille-toi ! ” s’écria Harm.

Le jeune homme ouvrit des yeux embrumés de sommeil, l’air un peu perdu.

“Qu’est-ce qui se passe ?”

“Regarde !”

Suivant le doigt pointé de son frère, il regarda par la vitre et ouvrit de grands yeux étonnés.

“Un village ! Mais il n’y a rien, à côté ! C’est vraiment au milieu de nulle part !”

“On peut dire ça, oui, mais franchement, tant qu’ils ont un endroit où on peut se restaurer et une station service, je me fiche du reste.”

Entrant dans le village, ils roulèrent pendant quelques centaines de mètres avant de s’arrêter dans ce qui semblait être la rue principale.

“Pas mécontent de respirer un peu d’air frais !” s’exclama Harm en descendant de voiture, étirant ses membres engourdis par des heures de conduite.

“Ouais, pas si frais que ça !” remarqua Sergueï. “En fait, il fait plutôt chaud, ici !”

“Normal, on est en juin. Enfin, peut-être qu’ils connaissent quand-même l’air conditionné, ici !”

 Ils commencèrent à descendre la rue et trouvèrent une auberge au bout de quelques minutes. Ils entrèrent. L’endroit était assez petit mais propre et agréable, et il y faisait étonnamment frais. Une jeune femme rousse apparut aussitôt et se porta à leur rencontre avec un grand sourire.

“Bonjour ! Vous désirez déjeuner ? ”

“Oui, en effet.” répondit Harm.

“Et bien choisissez votre table, comme vous le voyez ce ne sont pas les clients qui se bousculent ! ”

Harm et Sergueï s’installèrent à une petite table près des fenêtres et commandèrent le seul plat proposé (sans la viande pour Harm).

“Très bien, je vous apporte ça dans deux petites minutes ! ” leur lança la jeune serveuse, et elle s’éloigna rapidement vers une porte au fond de la pièce, non sans avoir décoché à Harm son plus beau sourire.

Dès qu’elle eut passé la porte, Sergueï se pencha vers son frère avec un demi-sourire :

“Dis donc, tu as toujours cet effet-là sur les femmes ? ”

“Pas toujours, non ! ” répondit Harm d’un air rêveur.

“Tu penses à Mac ? ” demanda Sergueï, devinant les pensées de son frère.

Harm sortit de sa rêverie et lui sourit.

“On ne peut rien te cacher ! Mais n’essaie surtout pas d’analyser ma relation avec Mac, d’autres ont essayé avant toi et s’y sont cassé les dents.”

“Oh, ce n’était pas mon intention ! Votre histoire est beaucoup trop compliquée pour moi ! ”

“Elle l’est aussi pour moi, figure-toi ! ” remarqua Harm avec un sourire désabusé. “Je plais peut-être aux femmes, mais ça ne signifie pas que mes histoires sentimentales sont simples, au contraire. Tu peux demander à mes ex, elles te le confirmeront ! …Du moins celles qui sont encore en vie.” ajouta-t-il en se rembrunissant au souvenir de la mort de Diane et de celle de Jordan.

Sergueï remarqua son changement d’humeur.

“Eh, tu n’y es pour rien dans leur mort ;  ça n’a rien à voir avec toi et tu le sais très bien ! Et puis il y en a qui sont toujours en vie, non ? Tiens, cette fille de la télé, par exemple, la blonde, comment elle s’appelait déjà ?”

L’allusion à Renée fit revenir un sourire sur le visage de Harm.

“Oui, d’après ce que je sais, Renée est mariée à un entrepreneur de pompes funèbres et j’imagine qu’elle est heureuse.”

“Tu vois ! Et dès que tu auras trouvé le moyen d’épouser Mac, tu seras heureux toi aussi.”

Harm leva un sourcil en hochant la tête.

“Je crois que ça ne sera pas pour tout de suite ! …Ah, voilà nos plats ! ” ajouta-t-il en voyant revenir la serveuse avec deux assiettes fumantes.

“Et voilà ! ” s’exclama-t-elle en déposant leurs assiettes devant eux. Puis, se tournant vers Harm : “Le chef vous a mis une double portion de légumes, comme vous ne prenez pas de viande. Bon appétit, messieurs ! ”

Harm la gratifia d’un de ces sourires dont il avait le secret et qui faisaient fondre toutes les femmes au JAG (ou presque) et la remercia. La jeune femme sourit et baissa les yeux en rougissant jusqu’aux oreilles, puis elle leur tourna le dos et fila à nouveau dans les cuisines, sous le regard mi-amusé, mi-incrédule de Sergueï.

“Ce truc-là ne marche pas sur Mac, je parie ! ” lança-t-il avec un clin d’œil.

“Tais-toi et mange ! ” ordonna Harm en saisissant sa fourchette.

“A vos ordres, Capitaine ! ” répondit Sergueï, faussement sérieux.

 

 

 

Quartier général du JAG

Falls Church, Virginie

15 : 20 GMT

 

“Ce Lieutenant Harrison ne me plaît pas. Il nous cache quelque-chose, j’en mettrais ma main à couper.” déclara Lauren en suivant Mac dans son bureau.

Elles avaient passé le début de l’après-midi à l’interroger et n’en avaient pas tiré grand-chose. Il affirmait qu’il n’avait pas volé la voiture et qu’il était resté dans ses quartiers  cette nuit-là mais n’avait aucun témoin pour confirmer ses dires. Il disait que ceux qui pensaient l’avoir vu s’étaient trompés, après tout c’était la nuit et il avait un visage assez commun. Son attitude avait énervé Mac. Comment pouvait-elle défendre ce type s’il s’obstinait à répondre à ses questions par monosyllabes et à se méfier d’elle ? La présence de Lauren n’avait rien arrangé. Elle avait le don pour mettre les gens sur la défensive et pour mettre Mac à cran. Mais en ce qui concernait Harrison, Mac devait reconnaître qu’elle avait le même sentiment qu’elle. Elle ouvrait la bouche pour répondre quand le Sergent frappa à la porte de son bureau, un dossier dans les mains.

“Désolé de vous déranger, Madame. J’ai fait les recherches que vous m’aviez demandées sur le Lieutenant Harrison Pas grand-chose d’intéressant, apparemment il n’a pas eu de problème jusqu’à l’année dernière.”

“Que s’est-il passé l’année dernière ? ” demanda Mac avec le vague espoir de découvrir quelque-chose qui puisse les aider à avancer dans cette affaire.

“Oh, pas grand-chose, en fait, mais c’est tout ce que j’ai trouvé qui mérite d’être signalé. Il a été arrêté pour excès de vitesse avec un taux d’alcool dans le sang très supérieur à la limite autorisée et ce trois fois en quelques mois seulement. En plus, pas dans des coins très recommandables. C’est assez surprenant parce que jusque là, il n’avait jamais eu de problème d’aucune sorte. Ses supérieurs étaient contents de lui, il est même monté en grade assez vite après s’être distingué au cours de plusieurs missions.”

Mac fronça les sourcils, perplexe.

“Des problèmes familiaux ? Une rupture, un deuil, je ne sais pas, quelque-chose qui pourrait expliquer ce changement ? ”

“Pas que je sache, mais ce n’est pas impossible.”

“Bon, on va creuser ça. Merci, Sergent.”

“De rien, Madame. Bonne chance.”

Mac parcourut rapidement le dossier que lui avait remis le Sergent puis le tendit à Lauren.

“Je propose qu’on se sépare pour aller plus vite. Je vais aller interroger les amis et les collègues Harrison, histoire de voir s’ils ont des explications sur ces incidents. Vous devriez aller voir ce que les gars des labos ont trouvé sur la voiture volée.”

Lauren s’apprêtait à répliquer qu’elle préfèrerait aller avec Mac, mais le regard noir que celle-ci lui lança l’en dissuada. Elle se contenta donc d’un sec « à vos ordres » et tourna les talons. Mac soupira en réunissant ses affaires et sortit elle aussi.

 

 

 

Forêt non-identifiée

Ouest du Nebraska

17 : 15 heure locale

 

Harm en avait marre de cette foutue forêt et commençait sérieusement à regretter d’avoir accepté d’écouter Sergueï. Celui-ci avait insisté pour faire une balade, disant que ça leur ferait le plus grand bien de se dégourdir les jambes. Harm était hésitant mais l’enthousiasme et les yeux suppliants de son frère l’avaient fait céder.

“Harm ! Tu es sûr qu’on a pris le bon chemin ?” demanda Sergueï d’une voix inquiète.

“J’en sais rien, le problème dans ces forêts sauvages c’est qu’il n’y a pas beaucoup de panneaux indicateurs ! ” répliqua Harm d’un ton agacé.

“Hé, pas la peine de t’énerver contre moi ! Je t’ai déjà dit que j’étais désolé. Qu’est-ce que tu veux de plus ?”

“Rien, t’as raison, désolé. Seulement je commence à me demander si on arrivera à sortir de cette foutue forêt un jour ! ça fait 2 heures qu’on marche et je dois dire que j’en ai plein les bottes.”

“Qu’est-ce que tu as dans les bottes ?” demanda le jeune Russe en fronçant les sourcils, l’air perdu.

Harm sourit.

“Je n’ai rien dans les bottes, Sergueï, c’est une expression, ça veut dire que j’en ai marre et que je suis fatigué de marcher.”

“Oh, je vois ! Les subtilités de la langue m’échappent encore… Harm ? Qu’est-ce qu’il y a ?” demanda-t-il en voyant son frère regarder au loin, les sourcils froncés.

“J’en suis pas sûr…peut-être un miracle. Viens ! ” et il entraîna Sergueï par la manche.

“Mais on s’écarte de plus en plus du chemin ! ” protesta celui-ci.

“Si mes yeux ne m’ont pas trompé, il y a une route par-là.” répondit Harm en indiquant une direction. Sergueï plissa les yeux et accéléra l’allure. Au bout de quelques minutes, il eut la confirmation que Harm avait vu juste : une route était visible à travers les arbres à moins de 100 mètres d’eux. Pressant le pas, les deux frères eurent tôt fait de se retrouver sur le bitume.

“Alléluia ! ” soupira Harm. “Dieu existe ! ”

 

 

 

Motel Blue Ridge

Lincoln, Nebraska

18 : 45 heure locale

 

“La douche est libre ! ” lança Harm en sortant de la salle de bain, une serviette autour des hanches.

Sergueï se précipita aussitôt dans la pièce, impatient de laisser l’eau chaude masser ses muscles endoloris. Ils avaient eu la chance de trouver un automobiliste qui avait accepté de les ramener à leur voiture peu de temps après être sortis de la forêt. Ils avaient alors rejoint Lincoln, où ils avaient loué une chambre double pour la nuit dans un motel. Harm s’était précipité sous la douche, invoquant son statut d’aîné comme garant de quelques privilèges. Maintenant il se sentait mieux, lessivé mais propre et heureux d’avoir un lit sur lequel s’étendre. Il ne manquait plus qu’une musique douce et une jolie masseuse et son bonheur serait total. Alors que cette idée lui traversait l’esprit, il se prit à imaginer la scène avec Sarah MacKenzie dans le rôle de la masseuse. Mais, sentant que ce genre de rêverie risquait de l’emporter un peu trop loin, il secoua la tête et ouvrit la housse de son ordinateur portable, alluma l’appareil, le brancha à la prise téléphonique et commença à rédiger un e-mail à l’intention de sa partenaire.

 

 

 

Quartier général du JAG

Falls Church, Virginie

17 : 50 GMT

 

Mac s’apprêtait à quitter son bureau pour rentrer chez elle après une longue et frustrante journée, quand son ordinateur émit un petit bruit caractéristique : elle avait un message. Soupirant, elle se rassit et cliqua sur l’icône qui venait d’apparaître à l’écran. Son air morose disparut aussitôt, laissant la place à un petit sourire, qui s’élargit rapidement au fil de sa lecture. C’était un e-mail de Harm.

 

 

 

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From : Flyboy

To : Ninja Girl

Objet : vacances “Ouest sauvage”

 

         Hey Mac !

Devinez d’où je vous envoie ce message ! Lincoln, Nebraska. Charmante petite ville. Au moins, c’est une ville, ça me change agréablement des « grandes étendues sauvages et inhabitées » qu’on a traversées aujourd’hui. Sergueï nous a presque perdus dans une forêt ; heureusement, je nous ai sortis de là. On a traversé la moitié du Kansas, où à part des champs de maïs et autres céréales diverses, il n’y a honnêtement pas grand-chose à voir (sauf la serveuse du petit restaurant où on a mangé, une fille charmante, je suis sûr qu’elle aurait aimé que je reste plus longtemps ! J). Bref ce soir on est vannés mais Sergueï est content comme un gosse, c’est déjà ça. Et vous, comment ça se passe ? Pas trop dur, sans moi ? ;-))

Vous me manquez déjà. A plus.

Harm

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Mac contempla l’écran d’un air rêveur, le sourire aux lèvres. Un bref coup à sa porte la fit revenir à la réalité. C’était Lauren. Le sourire de Mac disparut aussitôt. Elle ne laissa même pas le temps au jeune Lieutenant d’ouvrir la bouche et lui jeta un sec :

“Demain, Lieutenant. En ce qui me concerne, je ne suis plus là, c’est comme si j’étais partie. ”

“Madame, …” commença Lauren. Mais, voyant la mine de Mac s’assombrir encore, elle se contenta d’ajouter :

 “Je vous en parlerai demain. Bonne soirée, Colonel.”

Et elle tourna les talons.

Harriet, qui avait assisté à la scène, passa la tête par la porte du bureau.

“Est-ce que ça va, Madame ?”

ça ira mieux quand on aura bouclé cette affaire et que Lauren retournera à ses occupations habituelles, c’est-à-dire n’importe quoi du moment que ce n’est pas avec moi ! ” répondit Mac en soupirant.

“J’ai l’impression d’entendre le Capitaine Rabb !” sourit Harriet.

Cette remarque ramena un sourire sur le visage de Mac.

“Oui, et bien lui au moins il s’amuse, en ce moment ! ”

“Vous avez des nouvelles ?”

“Oui, il vient de m’envoyer un e-mail. Il est dans le Nebraska, il se perd en forêt et il drague les petites serveuses ! ”

“Oh, Madame, je ne crois pas que les serveuses l’intéressent beaucoup ! ” rétorqua Harriet d’un air entendu.

“Il vaudrait mieux pour lui ! ” s’exclama Mac avec un air tout aussi entendu.

Les deux femmes partirent d’un franc rire, qui fit se retourner tous ceux qui se trouvaient encore là. Bud vint les rejoindre et leur demanda ce qu’il y avait de si drôle.

“Rien, Bud, un truc de filles ! ” répondit Harriet en entraînant son mari en direction de l’ascenseur. “Bonsoir, Colonel. Et transmettez mes salutations au Capitaine !”

“Je n’y manquerai pas, merci Harriet. A demain.”

 

 

 

 

 

17/06/2002

Motel Blue Ridge

Lincoln, Nebraska

07 : 20 heure locale

 

“Harm, réveille-toi ! ” répéta Sergueï pour la troisième fois en secouant son frère.

“Ummh, ça va, ça va, je suis réveillé ! ” grogna Harm en ouvrant péniblement un œil. “Qu’est-ce qui se passe ? ”

“Il se passe qu’il faut te lever si on veut avoir le temps de profiter de la belle journée qui s’annonce ! ”

“Mon rêve était mieux que ta belle journée.” bougonna Harm en se levant de mauvaise grâce.

Sergueï lui jeta un regard amusé et inquisiteur.

“Dis donc, il n’y avait pas un certain Lieutenant Colonel des Marines dans ton rêve, par hasard ? ”

Pour toute réponse, il obtint un oreiller dans la figure.

“Je prends ça pour un « oui » !” lança-t-il en riant. “Allez, grand frère, raconte, ça m’intéresse ! A moins que ça soit trop…heu…personnel, disons.”

Harm leva un sourcil et finit par sourire devant l’air embarrassé de son jeune frère.

“Non, ce n’était pas vraiment « personnel », comme tu dis ! On était juste au bureau et elle se plaignait parce que ton amie Singer lui tapait sur les nerfs. Je ne te l’ai peut-être pas encore dit, mais elle est très forte pour ça ! Enfin bref, elle était énervée, et moi je lui disais « relax, Mac, ça va aller, je vais m’occuper de Singer et puis vous et moi on ira dîner quelque-part et on aura cette fameuse discussion qu’on repousse depuis des mois. ». Et là elle me faisait un grand sourire, le genre de sourire, tu vois, qui… enfin bref, et elle était sur le point de me répondre quand j’ai été réveillé par un certain Sergent de l’armée russe qui me secouait sans ménagement ! ”

Sergueï se mit à rire.

“Je comprends mieux maintenant pourquoi tu ne voulais pas te lever ! Mais en attendant que Mac et toi vous décidiez, on a encore des kilomètres à faire ! Et puis il fait un temps magnifique, on a de la chance ! ”

 

Harm jeta un œil par la fenêtre en prenant la tasse de café que Sergueï avait préparée à son intention. « J’apprécierais encore plus si Mac était là » pensa-t-il en soupirant. Puis il se détourna, finit rapidement son café et alla se préparer. Sergueï avait raison, il fallait profiter de cette belle journée, et profiter de ces vacances en général pour se détendre et penser à autre chose qu’au travail ou à Mac. Quoi que pour Mac, il n’était pas du tout sûr de pouvoir y arriver. « Mon cas est vraiment désespéré » songea-t-il en finissant de s’habiller. Mais il n’arrivait pas à trouver ça terrible ou regrettable. Le seul fait de penser à Mac amenait un sourire sur ses lèvres et faisait battre son cœur un peu plus vite. « Je suis amoureux comme un adolescent » murmura-t-il pour lui-même en hochant la tête. En fait, il avait hâte de rentrer à Washington pour la retrouver, et peut-être qu’il trouverait le courage d’essayer de faire avancer les choses entre eux. Mais il ne voulait pas décevoir Sergueï ; le jeune homme s’était fait une telle joie de pouvoir passer deux semaines entières avec son grand frère à parcourir « l’Ouest sauvage », comme il disait. Tous les deux avaient beaucoup de temps à rattraper, et Harm était heureux lui aussi de passer ces quelques jours avec lui. Il décida donc de chasser Mac de son esprit, du moins jusqu’au soir, et de ne pas ronchonner toute la journée.

Aujourd’hui, ils avaient prévu de traverser le Nebraska jusqu’à la région de Cheyenne, dans le Wyoming : pas mal de kilomètres à avaler. Ils n’avaient pas de temps à perdre.

Quand Harm sortit de la salle de bains, il trouva Sergueï prêt à partir. Leurs sacs étaient déjà dans la voiture et il avait réglé leur note. Le jeune Russe piaffait littéralement d’impatience. Harm sourit et lui lança un joyeux :

“Prêt, Sergent ? Alors on y va ! En avant, marche ! ”

Sergueï, étonné mais heureux du changement d’humeur de son frère, ne se fit pas prier et sauta dans la voiture pendant que Harm fermait la porte et allait rendre la clé.

 

 

 

Prison de la base militaire

Quantico, Virginie

09 : 32 GMT

 

“Alors, Lieutenant, bien dormi ? On dit que la nuit porte conseil, j’espère que ça a été le cas pour vous et que vous serez plus coopératif aujourd’hui.”

Le Lieutenant Harrison garda les yeux baissés et ne répondit pas. « On dirait un gamin qui a décidé de bouder dans son coin ! pensa Mac, sentant ses espoirs fondre. Quelle tête de mule ! Il me ferait presque penser à Harm. Sauf que Harm est beaucoup plus mignon » ajouta-t-elle en pensée en détaillant l’apparence du jeune Lieutenant. Celui-ci était brun, plutôt mince et athlétique, et il aurait pu être séduisant s’il n’avait pas eu un nez disproportionné et une barbe de 3 jours qui lui mangeait le visage.

“Madame ? Est-ce que ça va ?”

Mac se tira de sa rêverie et leva les yeux vers Lauren qui la regardait avec un air vaguement inquiet. Elle avait du rester silencieuse plus longtemps qu’elle ne s’en était rendue compte. Elle adressa un bref sourire à Singer pour la rassurer.

“Oui, ça va, Lieutenant. Pardon, je réfléchissais.”

Puis elle se tourna à nouveau vers Harrison et reprit son interrogatoire.

“J’ai posé quelques questions à vos amis, hier, Lieutenant. Ils ont tous dit qu’ils avaient remarqué un changement chez vous au cours de l’année dernière. Selon eux, vous seriez devenu plus distant, plus irritable aussi. Ils admettent cependant que vous avez toujours été un bon officier et que vous êtes plutôt quelqu’un de bien. Alors ce que je voudrais savoir, c’est ce qui s’est passé l’an dernier. Qu’est-ce qui vous est arrivé, Lieutenant ?”

 

Le Colonel McKenzie essayait de l’aider, il le voyait bien. Et en toute autre circonstance, il aurait fait tout ce qu’il pouvait pour lui faciliter le travail. Le Colonel avait une excellente réputation, elle était connue comme étant l’un des meilleurs avocats du JAG, et il était désolé d’avoir à lui compliquer la tâche car il l’admirait et la respectait beaucoup. Mais là, il ne pouvait vraiment rien dire, il se l’était promis dès qu’il avait compris ce qui s’était passé cette nuit-là. Il savait qu’il risquait sa carrière et qu’il lui faudrait payer le prix de son silence, mais il était prêt à accepter ce sacrifice. C’était tout ce qu’il pouvait faire, maintenant. Résolu, il leva la tête et s’adressa à Mac d’une voix triste mais ferme :

“Je vous ai menti, Colonel.”

“Pardon ?”

“Je vous ai menti.” Répéta-t-il. “Je ne suis pas resté dans mes quartiers ce soir-là. J’ai volé ce véhicule, Madame.”

Mac fronça les sourcils, incrédule et soupçonneuse. Un bref regard à Lauren lui apprit qu’elle non plus n’arrivait pas à le croire.

“D’accord, mettons.” répondit-elle tout de même, entrant dans son jeu pour mieux révéler ses faiblesses. “Vous avez volé la voiture. Mais pour quel motif, au juste ? Vous en avez une, de voiture, que je sache ! ”

“Oui Madame. Je voulais seulement essayer celle-là, elle était assez neuve et je me suis laissé tenter. Je ne sais pas trop ce qui m’a pris, je n’étais pas dans mon état normal. J’avais eu une dure journée, je voulais me détendre un peu et j’ai bu quelques bières. Après ça, j’ai décidé de prendre la voiture pour m’amuser un peu.”

“Et comment ce véhicule s’est-il retrouvé en pièces détachées dans un fossé ? ”

“Après quelques kilomètres, je me suis rendu compte de ce que j’étais en train de faire. Alors j’ai voulu déguiser ça en banal vol de voiture, comme on en voit tous les jours. Les types les volent pour revendre les pièces. J’ai pris quelques pièces que j’ai démontées et j’ai abandonné la voiture.”

“Vous auriez pu vous contenter de rentrer à la base et de remettre la voiture à sa place. Il est probable qu’on n’aurait même pas remarqué que vous l’aviez prise.”

“Je n’y ai pas pensé, sur le coup. J’avais bu, je ne devais pas avoir les idées très claires.”

 

Mac soupira. Cette histoire était absurde, de plus il débitait son récit comme s’il l’avait appris par cœur. Elle n’y croyait pas une seule seconde. C’est à ce moment que Lauren sortit de son mutisme et passa à l’attaque.

“Et quelles pièces avez-vous prises, Lieutenant ? ”

Il leva sur elle un regard surpris et eut un moment d’hésitation. Le tremblement de ses mains trahissait son agitation.

“Je… je ne me rappelle pas exactement. Comme je vous l’ai dit, j’étais un peu ivre et je ne savais pas très bien ce que je faisais.”

“Bon, d’accord. Mais ensuite, qu’avez-vous fait de ces pièces ? Vous les avez gardées quelque part ?”

“Non, je les ai jetées.”

“Où ça ?”

“Dans une benne à ordures, un peu plus loin.”

“Et je suppose que personne ne vous a vu ?”

“Non, je ne crois pas. Et puis il faisait nuit, vous savez.”

“Il y a une chose qui me chagrine dans votre histoire, Lieutenant. Vous dites que vous avez démonté cette voiture pour prendre différentes pièces. Pourtant, on n’a trouvé vos empreintes nulle-part sur le véhicule. C’est bizarre, non ? ”

“J’ai essuyé avant de partir.”répondit-il nerveusement.

“Toute la voiture ? Tous les endroits que vous aviez touchés pour démonter les pièces ?”

“Oui, Madame, j’ai fait attention, j’ai tout bien essuyé.”

“Comme un vrai voleur, hein ? Vous cherchez à obtenir un diplôme de vol de voiture, Lieutenant ? ”

La question de Lauren le décontenança. Visiblement, il ne savait plus quoi dire, les questions sur les empreintes le prenaient de court.

“Vous avez mal révisé ce chapitre, on dirait ! ”lui lança Lauren, provocatrice.

“Je… je ne sais plus. Je ne me rappelle pas. Je suis coupable, c’est tout. Je ne peux rien vous dire de plus, désolé.”

Lauren se tourna vers Mac, attendant de savoir ce qu’elle déciderait pour la suite des opérations. D’un signe de tête, Mac lui fit signe de laisser tomber. Elles avaient des choses à éclaircir mais elles y arriveraient plus facilement sans Harrison

“Très bien, Lieutenant. Nous allons vous laisser, mais nous nous reverrons bientôt. J’espère que vous saurez vous montrer plus convaincant, ou mieux encore que vous vous déciderez à dire la vérité. Bonne journée.”

Les deux femmes rassemblèrent leurs affaires et sortirent, laissant derrière elles un Lieutenant Harrison totalement perdu et paniqué.

 

Quartier général du JAG

Falls Church, Virginie

10 : 50 GMT

 

Sans prendre le temps d’aller poser ses affaires dans son bureau, Mac alla trouver le Sergent Victor Galindez. Elle avait besoin de savoir certaines choses et le Sergent était toujours rapide et efficace dans ses recherches. Elle lui expliqua donc brièvement ce qui était ressorti de l’entretien avec Harrison et lui demanda de chercher du côté du passé familial de celui-ci. En interrogeant son meilleur ami, elle avait en effet appris que Harrison avait eu des « problèmes familiaux » au cours de l’année précédente et elle souhaitait en savoir plus. Comme l’ami en question n’avait pu lui donner aucune précision, elle espérait que le Sergent trouverait quelque-chose d’intéressant, susceptible d’éclairer la conduite de son client.

 

En se rendant à son bureau, elle croisa le Capitaine Turner qui la salua en souriant.

“Alors, Colonel, votre client vous donne du fil à retordre ? Je viens de parler au Lieutenant Singer, elle a dit que c’était, je cite, « un imbécile qui s’obstinait à raconter des cracks pour une obscure raison ».”

“Eh bien c’est une façon de formuler les choses. Sur le fond je suis d’accord. Il nous cache quelque-chose, en fait je suis presque sûre qu’il protège quelqu’un, mais je ne sais pas encore qui ni pourquoi.”

“Et que faites-vous des témoins ? Ils me paraissent fiables tous les deux, et votre client déclare qu’il est coupable. Pour moi l’affaire est claire.”

“Je vous parie tout ce que vous voulez que cette histoire est loin d’être aussi simple qu’elle y paraît.”

“Peut-être, mais vous ne pouvez pas forcer votre client à plaider non-coupable. Si vous ne trouvez rien dans les prochains jours, vous ne pourrez rien faire pour lui, à part essayer de négocier avec moi.”

“Je trouverai, Capitaine, faites-moi confiance. Je prouverai qu’il est innocent.”

Turner hocha la tête et sourit.

“Très bien, si vous le dites. Bonne chance, Colonel.”

 

 

 

Quartier général du JAG

Falls Church, Virginie

13 : 10 GMT

 

Mac et Harriet étaient assises à une table ombragée devant le bâtiment et bavardaient tout en déjeunant. Harriet picorait une salade composée tandis que Mac mordait dans un sandwich richement garni. Une fois de plus, Harriet soupira en regardant manger son amie.

“Mais comment faites-vous pour avaler ce genre de choses sans prendre un gramme ? Moi j’ai beau essayer divers régimes, ça ne marche jamais. J’ai seulement l’impression d’être devenue un lapin, à force de manger de la salade.”

Mac sourit d’un air désolé.

“Oh, je n’ai aucun mérite, Harriet. Je ne supporte la salade qu’à petites doses, j’aurais l’impression de ne pas avoir déjeuné si je ne mangeais que ça.”

Harriet hocha vigoureusement la tête en signe de compréhension.

“Bon, d’accord, vous voulez mon secret ?” demanda Mac d’un air de conspiratrice. “Je vais courir de temps en temps, je travaille trop et j’essaye de supporter le Lieutenant Singer ! Croyez-moi, ça fait maigrir ! ”

Harriet pouffa de rire dans sa salade puis ajouta :

“Je crois que je préfère ne pas essayer ! Finalement, la salade, c’est pas si mal que ça ! ”

Mac sourit puis tourna la tête. Son regard se perdit dans le vide et elle soupira.

“Vivement que Harm revienne ! ”

Harriet la dévisagea avec un petit sourire et attendit que son attention revienne sur elle pour lui demander doucement :

“Il vous manque ?”

Mac sourit et secoua la tête. Ce n’était pas son genre de se laisser aller à déballer ses sentiments.

“Oh, c’est idiot, vous savez. Quand il est là, on passe notre temps à se chamailler mais dès qu’il s’en va, j’ai comme une sensation… de vide. Il manque quelque-chose. C’est vraiment bête, je devrais profiter de ces deux semaines pour savourer ma tranquillité au lieu de compter les jours ! Je suis sûre que lui, il ne pense pas du tout à moi ! ”

“Je n’en suis pas si sûre, Madame. Vous savez bien qu’il s’inquiète toujours pour vous ! ”

“Oui, mais là il n’a aucune raison d’être inquiet. Je ne suis pas sur une mission dangereuse à l’autre bout du monde avec Clayton Webb ! Si on écarte le danger que le fait de travailler avec notre cher Lieutenant Singer fait courir à ma santé mentale, il n’a vraiment aucune raison de s’inquiéter ! ”

“Ce que je voulais dire, Madame, c’est que Harm aussi doit se sentir seul. Je sais bien qu’il est avec son frère, mais c’est différent.”

Mac leva un sourcil et se mit à rire en pensant à ce que venait de dire Harriet.

“Seigneur, j’espère bien que c’est différent ! ”

 

 

 

Route de campagne

Quelque-part à l’Ouest du Nebraska

15 : 10 heure locale

 

Après avoir traversé sans difficulté plus de la moitié de l’Etat du Nebraska, les deux frères avaient décidé de faire une pause pour profiter plus sereinement du paysage, du grand air et du soleil. Harm, qui avait conduit pendant la majeure partie du trajet, s’allongea dans l’herbe et ferma les yeux en souriant béatement. A cette vue, Sergueï pouffa de rire aussi discrètement que possible et s’empressa d’aller fouiller dans le coffre. Il en sortit un appareil photo, s’approcha sans bruit du bienheureux Harm et appuya sur le déclencheur. A ce bruit, Harm ouvrit les yeux et, comprenant ce qui venait de se produire, se leva d’un bond en rugissant et se mit à poursuivre Sergueï, qui riait à gorge déployée en fuyant. Harm le rattrapa assez vite et le fit basculer au sol avec un faux air furieux. Sergueï, couché dans l’herbe, était toujours secoué de hoquets et ne parvenait pas à s’arrêter de rire. Harm ne put se contenir plus longtemps et se mit à rire lui aussi en se laissant tomber à ses côtés. Il leur fallut plusieurs minutes pour se calmer et reprendre leur souffle.

Harm regarda son jeune frère qui s’essuyait les yeux. Il avait les joues rouges et l’air heureux d’un gosse. A ce moment-là, il comprit combien il était heureux d’avoir un frère, et combien Sergueï comptait désormais pour lui. Peu importait qu’ils n’aient pas la même mère ni la même nationalité. Le sang de Harmon Rabb Senior coulait dans leurs veines à tous deux et les épreuves qu’ils avaient du traverser pour se retrouver avaient scellé entre eux quelque-chose d’unique et d’indestructible.

Sergueï se tourna vers lui et lui sourit.

ça fera une superbe photo. Tu pourras la montrer à tous tes collègues du JAG pour qu’ils voient que tu as eu des vacances épuisantes ! ”

Harm leva un sourcil en imaginant le genre de commentaires qu’une telle photo lui vaudrait de la part de l’Amiral, de Lauren ou de Mac.

“Je crois qu’ils n’ont pas besoin de ça pour se payer ma tête ! ” répondit-il finalement, l’image du sourire moqueur que Mac arborait si souvent dansant devant ses yeux.

 

 

 

Quartier général du JAG

Falls Church, Virginie

15 : 20 GMT

 

Un léger coup à la porte tira Mac de son travail. Elle leva les yeux et vit le Sergent Galindez à l’entrée de son bureau, un dossier à la main.

“Colonel, j’ai des choses pour vous… Mais si je vous dérange, je peux repasser plus tard.”

“Non, entrez, Sergent, dites-moi ce que vous avez trouvé.”

Le jeune Sergent s’assit et ouvrit le dossier qu’il avait apporté.

“Comme vous me l’avez demandé, j’ai fait des recherches sur la famille du Lieutenant Harrison Il s’avère qu’il a été adopté peu après sa naissance, il n’avait que quelques mois. Sa famille adoptive semble tout ce qu’il y a de plus normale, je n’ai rien trouvé de ce côté-là. J’ai donc orienté mes recherches vers sa famille biologique. J’ai découvert qu’il avait demandé à consulter son dossier d’abandon il y a un peu plus d’un an. Et devinez ce qui figure dans ce dossier ! ”

Mac, dont l’intérêt et la curiosité s’étaient éveillés, n’essaya pas de jouer aux devinettes.

“Dites-moi.”

“Et bien la mère n’a pas abandonné un mais deux enfants ce jour-là.”

“Des jumeaux ?! ” demanda Mac, incrédule.

“Exactement ! Mark et Benjamin, deux garçons, nés à 4 minutes d’intervalle. Mark est l’aîné.”

“Et ils ont été confiés à deux familles différentes ? ”

“Oui, les services sociaux m’ont dit que ça arrivait parfois, quand les familles refusaient d’adopter tous les membres d’une fratrie. Ils ont séparé les deux frères pour leur permettre d’être adoptés tous les deux.”

“Et tous les deux ignoraient l’existence de leur jumeau ? ”

“Oui, apparemment, du moins jusqu’à l’année dernière. Ça a du être un sacré choc pour Harrison Vous imaginez ? Vous avez un frère jumeau et vous grandissez sans même le savoir ! ”

“Oui, j’imagine. J’ai bien vu quel choc ça a été pour Harm de découvrir l’existence de Sergueï, alors un jumeau…”

“Oui, drôle de surprise ! Enfin bon, j’ai voulu savoir ce qu’était devenu le petit Benjamin. Je me suis dit que c’était certainement ce que Harrison avait fait. S’il a découvert qu’il avait un frère, il a sûrement eu envie de le retrouver.”

ça paraîtrait logique, en effet. Et alors ? Qu’est-ce que ça a donné ? ”

“J’ai eu un peu de mal, mais j’ai fini par trouver dans quelle famille il avait été placé. A partir de là, ça n’a pas été très difficile de suivre sa piste. Il s’avère donc que le petit Ben a été adopté par Glen et Mary Morgan, riche couple d’entrepreneurs de la région de Baltimore. Ben a suivi une scolarité normale dans des écoles privées chic, jusqu’à son adolescence. Vers 15 ans, il a commencé à avoir des soucis avec la police pour des actes de délinquance mineurs, genre dégradation de massif de fleurs, tagage de murs, etc. Après ça, ses parents ont du le mettre au vert quelques temps car on n’a plus entendu parler de lui dans la région jusqu’à l’année de ses 18 ans. Son diplôme en poche, il s’inscrit à l’Université à Philadelphie, en droit, et brille par son absence en cours. Apparemment, c’est à cette période qu’il se met à fréquenter des gens assez louches et à se livrer à divers petits trafics sur le campus. Bien-sûr, à ce rythme-là, il rate ses examens et il abandonne la fac. Il se fait arrêter plusieurs fois, mais à chaque fois Papa le sort d’affaire. Pratique d’avoir un père qui a du fric et des relations dans ces cas-là ! Enfin jusqu’au jour où Papa, après un mauvais coup à la Bourse, fait faillite et se retrouve sur la paille. Ben fait alors plusieurs séjours derrière les barreaux, mais il reprend ses trafics dès qu’il se retrouve dehors. D’après ce que j’ai pu savoir, il traînerait en ce moment dans la banlieue de Washington, du moins c’est là qu’on l’a repéré pour la dernière fois.”

“Et vous croyez que notre Lieutenant Harrison a appris tout ça ? ”

“Si j’ai pu le trouver, il l’a sûrement fait aussi.”

“Ummh… Dur pour lui de découvrir que son frère est un délinquant notoire ! Je comprends son changement d’humeur. C’est le genre de nouvelles pas faciles à digérer.”

“En effet. Et vous m’avez dit qu’il était accusé de vol de voiture ? ”

“Oui. Vous pensez que c’est Ben qui a fait le coup ? ”

“C’est possible. En tout cas ça lui correspond plus qu’au Lieutenant.”

“C’est vrai. Bien, je crois que je vais aller discuter avec le Lieutenant Harrison On commence à y voir plus clair dans cette affaire. Merci, Sergent, c’est du beau travail.”

“De rien, Madame. Si vous avez encore besoin de moi, vous savez où me trouver. ” conclut-il en quittant le bureau, Mac sur les talons.

 

Celle-ci se rendit directement au bureau de Lauren. Elles faisaient équipe, il fallait donc qu’elle l’informe de ses dernières découvertes. Elle s’apprêtait à frapper quand la porte s’ouvrit, la faisant sursauter ainsi que Lauren qui se tenait en face d’elle.

“Mince, Lieutenant, vous voulez me faire mourir d’une crise cardiaque pour être Juge Avocat Général plus vite ou quoi ? ” soupira Mac en portant une main à son cœur.

Lauren, contrariée par sa remarque, s’empressa néanmoins de se composer un visage impassible et répondit froidement :

“Non, Madame. Je voulais aller vous voir pour vous faire part de ce que j’avais trouvé sur notre affaire.”

“Oh ! Et bien j’étais venue pour les mêmes raisons, figurez-vous ! Enfin bon, à vous l’honneur, je vous écoute.”

Lauren alla s’asseoir à son bureau et attendit que Mac ait pris un siège avant de commencer.

“Vous savez, hier, quand vous m’avez demandé de voir ce qu’on avait trouvé sur la voiture volée, j’ai contacté les gars des labos qui l’ont passée au peigne fin. C’est comme ça que j’ai su qu’ils n’avaient trouvé aucune empreinte, pas même sur le volant, le levier de vitesses ou la poignée de la portière. J’ai aussi appelé un ami à moi qui est flic à D.C. et je lui ai parlé de l’affaire. Il a dit qu’il passerait quelques coups de fil pour savoir si on retrouvait la trace des manquantes. Il vient de me rappeler. Apparemment, ils ont retrouvé la plupart des pièces chez un petit revendeur peu scrupuleux qu’ils connaissent bien. Ils l’ont interrogé pour savoir qui les lui avait fourguées, et il a dit que c’était un certain Benny, un voleur qui revend aussi de l’ecstasy ou d’autres saloperies. Les flics de D.C. le connaissent bien, ils l’ont déjà arrêté plus d’une fois. En ce moment ils sont en train de chercher où il se terre pour l’interroger. Ce qui m’embête, c’est le rôle Harrison dans tout ça. Je ne le vois pas faire ami-ami avec ce genre de type.”

Mac sourit. Tout prenait un sens. Devant l’air perplexe et interrogateur de Lauren, elle ne put s’empêcher de faire durer un peu le suspense.

“Pas « ami », Lieutenant, plutôt « frère ».”

“Pardon ? ” Lauren était complètement perdue. “Quel frère ? ”

“Votre Benny est en fait le frère jumeau de notre Lieutenant Harrison” Révéla enfin Mac.

“Quoi ? Mais c’est impossible, il n’a pas de frère, il est fils unique ! ”

ça, c’est qu’il croyait jusqu’à l’an dernier.”

 

 

Quelques minutes plus tard

 

“Je n’arrive pas à le croire ! ”

Lauren se leva et se mit à arpenter la pièce. Grâce à ce que Mac venait de lui apprendre, elle pouvait remettre en place les différentes pièces de cet improbable puzzle.

“Je sais, c’est incroyable, mais c’est la meilleure explication.”

“Quelle histoire ! On peut dire que ce n’est pas banal ! ” s’exclama Lauren, secouant la tête.

“Oui, vous pourrez raconter ça à vos subordonnés quand vous serez devenue Juge Avocat Général.”

Lauren soupira. Elle n’aurait jamais du confier ses ambitions à ses collègues.

“Madame, je pense sincèrement que c’est plutôt vous qui le raconterez. Vous serez JAG bien avant moi.”

Mac leva un sourcil, étonnée.

“Merci, Lieutenant. Ça me touche que vous pensiez ça.”

Lauren la regarda, mal à l’aise, et lui lança un petit sourire, avant d’ajouter.

“Bon, si on allait voir ce cher Lieutenant Harrison ? ”

“Excellente idée. J’allais vous le proposer.” répondit Mac en se levant.

 

 

 

Prison de la base militaire

Quantico, Virginie

16 : 30 GMT

 

Mac et Lauren se retournèrent quand un garde amena dans la petite pièce le Lieutenant Mark Harrison Ou du moins un homme qui lui ressemblait. Le changement survenu était frappant : mal rasé, les cheveux hirsutes sur la tête, l’air hagard, il avait réellement une tête à faire peur, se dit Mac tandis qu’il prenait une chaise à l’invitation de Lauren. Elle lança un regard à sa jeune collègue pour lui dire de ne pas trop le malmener. Lauren hocha la tête, visiblement elle aussi était impressionnée par l’état de Harrison

“On dirait que ça ne va pas très fort, Lieutenant.” commença-t-elle.

Harrison leva les yeux vers elle, cherchant à deviner si elle se moquait de lui. Mais son regard exprimait une réelle sollicitude, aussi il se détendit un peu.

“Je dors mal en ce moment. Inutile que je vous explique pourquoi.”

“Non, en effet, Lieutenant.” répondit Mac en se plaçant face à lui de manière à pouvoir le regarder dans les yeux. “N’importe qui dormirait mal à votre place. Mais croyez-vous que ce soit le cas de Ben ? ” demanda-t-elle, scrutant son visage pour voir sa réaction.

A ce nom, Harrison sursauta et son regard se teinta d’affolement. Il fixa Mac d’un air perdu et désespéré.

“Ben ? Qui vous a parlé de lui ? Comment savez-vous ? Je n’en ai parlé à personne ! ”

“Calmez-vous, Lieutenant. Nous sommes des enquêteurs, nous passons notre temps à trouver ce que les gens nous cachent. Vous pensiez réellement qu’on ne découvrirait pas son existence ? ”

Réfléchissant à toute vitesse, il se reprit.

ça ne change rien. Vous ne pouvez pas prouver que c’est lui qui a volé et démonté cette voiture. ”

“Pas encore, mais ça ne devrait pas être trop difficile. Nous savons déjà que c’est lui qui a revendu les différentes pièces qui manquent à ce véhicule. Et vu son passé et son casier judiciaire, je crois qu’on n’aurait aucun mal à convaincre un jury qu’il est responsable du vol.”

“Non ! ” s’écria-t-il, soudain secoué de sanglots. “Je vous en prie, laissez-le, c’est mon frère ! Je ne peux pas lui faire ça ! ”

“Lieutenant, on ne peut pas vous laisser endosser la responsabilité d’un délit commis par votre frère.” rétorqua Lauren fermement. “Ce n’est pas un service à lui rendre, croyez-moi.”

Relevant un visage crispé vers Lauren, il demanda :

“Vous avez un frère, Madame ? ”

“Oui.”

“Alors vous devez me comprendre. Si vous aviez le pouvoir d’empêcher que votre frère ne finisse en prison une fois de plus, vous le feriez, non ? ”

Lauren hésita un instant, désarçonnée par cette question. Mais elle se reprit rapidement et répondit :

“Non, je ne crois pas. Je n’aimerais pas passer des mois en prison en me disant que je n’ai rien fait pour mériter ça. Je crois que je finirais par maudire mon frère d’avoir laissé la faute reposer sur moi. ”

Harrison secoua la tête ; l’argumentation de Lauren ne l’avait pas convaincu.

“Vous ne comprenez pas. C’est mon jumeau, mon double, ma moitié. Quand je l’ai retrouvé et que j’ai vu ce qu’il faisait de sa vie, j’ai essayé de le ramener dans le droit chemin. J’ai parlé avec lui, je l’ai supplié de ne pas gâcher sa vie de cette façon, mais il ne m’a pas écouté. C’est ma faute. J’aurais du insister, j’aurais du le convaincre, le tirer de là de gré ou de force…”

 

Mac, qui jusque là s’était contentée d’écouter, décida d’intervenir.

“Vous ne pouvez pas choisir sa vie pour lui.” objecta-t-elle d’une voix douce mais ferme. “C’est un adulte, il est libre de faire ce qu’il veut. Même si ça ne vous plaît pas, et même si ça lui cause des ennuis.”

Le Lieutenant avait les yeux dans la vague et son visage avait un air infiniment triste.

“Si seulement il m’avait écouté ! Ce soir-là, il est venu me voir à la base. Je l’avais appelé un peu plus tôt pour lui demander de passer. J’ai encore essayé de le raisonner, mais il s’est énervé et il a dit que si je l’avais appelé seulement pour lui faire la morale, c’était pas la peine qu’il soit venu. Il a dit qu’on était peut-être jumeaux mais qu’on était trop différents et qu’il valait mieux que chacun vive sa vie de son côté. Avant qu’il parte, je lui ai donné une copie d’une photo qui était dans notre dossier d’abandon. C’est une photo qui a été prise à la clinique quelques heures après notre naissance : nous deux dans les bras de notre mère. Je lui ai dit de la garder et que s’il changeait d’avis, il savait où me trouver. Il est sorti et je ne sais pas exactement ce qui s’est passé, mais je suppose qu’il a volé cette voiture. Moi je suis resté chez moi à essayer de noyer tout ça dans la bière. Je n’ai compris que le lendemain, quand on m’a arrêté et qu’on m’a dit que des témoins m’avaient formellement identifié.”

“Et vous n’avez pas cherché à vous défendre ? ”

“Non, c’était inutile, il y avait des témoins.” répéta-t-il. “J’ai pensé que ça serait mauvais pour ma carrière mais que c’était au moins quelque-chose que je pouvais faire pour aider mon frère.”

Il soupira.

“Qu’est-ce qui va se passer, maintenant ? ”

Mac et Lauren échangèrent un regard.

ça dépend de vous, Lieutenant.” annonça Mac. “Etes-vous prêt à témoigner contre votre frère ? ”

“Est-ce que j’ai vraiment le choix ? ” demanda-t-il d’un air désabusé.

“Pas vraiment. De toute façon c’est la meilleure chose à faire. Vous êtes un bon officier, Lieutenant, je suis sûre que vous aurez une longue et belle carrière.”

“Et la moitié de moi-même sera derrière les barreaux et continuera à se pourrir la vie.” conclut-il.

“Mais ça, vous n’y pouvez rien.” répondit doucement Mac.

“J’irai le voir.” Décréta-t-il soudain. “J’irai le voir en prison, je ne le laisserai pas tomber. Jusque là, son père adoptif l’a tiré d’affaire avec son argent mais en fin de compte, quand ils se sont aperçus que leur fiston prenait le mauvais chemin, ses parents l’ont plus ou moins abandonné à son triste sort. Ça fait mauvais genre, dans ce milieu, d’avoir un fils voleur de voitures. Je crois que personne ne lui a jamais offert de deuxième chance, personne ne s’est vraiment soucié de lui. Vous comprenez, quand je le regarde, c’est moi que je vois, ou du moins l’homme que j’aurais pu devenir si je n’avais pas été entouré par ma famille et mes amis. Il a besoin d’aide et de se sentir aimé et accepté tel qu’il est, c’est tout. Je ne le laisserai pas tomber.”répéta-t-il avec conviction en relevant la tête vers ses avocates.

 

 

 

Cheyenne, Wyoming

17 : 45 heure locale

 

Après avoir déposé leurs affaires dans leur chambre de motel, Harm et Sergueï avaient décidé d’aller se promener en ville. Harm voulait en profiter pour acheter quelques cadeaux à rapporter à AJ junior, à sa mère et à Mac. Les deux frères avaient passé des jeans et Sergueï, désireux de se « fondre dans la population locale » avait emprunté à Harm un bandana qu’il avait noué autour de son cou. Avec sa chemise de flanelle bleue, l’effet était saisissant.

“Il ne te manque plus que des bottes et un chapeau et tu auras l’air d’un vrai cow-boy !”commenta Harm en riant quand il le découvrit dans cette tenue.

“Ben quoi ? On est dans le Wyoming, non ? Le guide touristique dit que c’est un état où il y a beaucoup d’élevage ; ils font même des championnats professionnels de rodéo, ici ! ”rétorqua Sergueï.

“Vraiment ? J’aimerais bien voir ça ! ”

“Pas de chance, c’est en juillet. Il faudra revenir une autre fois.”

“Mince, tu as appris ce foutu guide par cœur ou quoi ? Moi, tout ce que je sais sur cet endroit, c’est qu’il y a des vaches partout dans le coin, et aussi une base de missiles Atlas.”

Sergueï leva les yeux au ciel.

“Et c’est moi le touriste ! Je rêve ! Tu es américain et tu ne connais même pas ton pays ! ”

“Mais si ! ”protesta Harm. “Je connais quasiment toutes les bases militaires ! Tiens, par exemple, on va bientôt se retrouver dans le Colorado, et bien je peux te dire qu’il y a une académie militaire dans la région de Colorado Springs, ensuite on se retrouvera dans le Nevada, où il y a une zone militaire qu’on utilise pour les expériences atomiques, au Nord-Ouest de Las Vegas, je crois, et…”

“OK, OK ! ”l’interrompit Sergueï. “Mais à part les bases et les académies, tu ne connais pas grand-chose, avoue ! ”

“Je connais les coins que j’ai visités, et j’ai quelques restes de ce que j’ai appris en géographie à l’école.”