BABY, CAN’T YOU SEE THE TROUBLE IN MY
HEART ? ?
8h30
QG DU JAG,FALLS
CHURCH
Elle rêvassait, appuyée sur le bord de sa
fenêtre, lorsqu’il entra,
comme à son habitude,
sans frapper.
H_ Hello Ninja-girl, désolé de
vous déranger dans votre travail qui
m’a l’air franchement
prise-de-tête...
Elle sursauta en
entendant sa voix moqueuse et se retourna vers
lui. Il rit en voyant ses beaux yeux bruns écarquillés de
surprise.
Mais son rire dû la réveiller car elle reprit rapidement
contenance et
répliqua d’un ton faussement indigné :
M_ Excusez-moi capitaine, mais sauf erreur de ma part je
suis encore
votre égale et j’ai donc droit à un minimum de respect, et
je
vous conseille de vous abstenir à l’avenir de faire des remarques
déplacées sur mon travail, est-ce que je me suis bien
faite
comprendre ?
Le capitaine se demanda s’il ne l’avait pas tiré d’une
rêverie très
intéressante, et sourit en imaginant de quoi il pouvait
bien s’agir.
Elle pouffa en le voyant si absorbé.
H_1 Dollar pour vos pensées, Mac.
M_ Et vous continuez à me vexer en plus ! ! !Harm,
mes pensées valent bien plus d’1 Dollar, elles n’ont pas de prix, en tout
cas
H_OK, bon, plus sérieusement, l’amiral nous veut dans son
bureau
tout de suite.
S’était-il vexé à cause de ses blagues ?Elle se
rassura lorsqu’il la
gratifia de son superbe sourire
de pilote. Parfois, Mac se demandait
si l’apprentissage du sourire
Freedent n’était pas une matière à
part entière lors de
l’apprentissage du pilotage...
AJ_Je vous envoie sur l’USS
Santa Maria pour enquêter sur
l’assassinat présumé du
lieutenant Doubt. On suppose qu’elle
a été poussée à l’eau alors qu’elle
était sur le pont dans la nuit de lundi à mardi. Mais on vous donnera de plus
amples détails sur
Les deux avocats saluèrent leur
supérieur et se dirigeaient vers la sortie quand l’amiral Chegwidden dit :
AJ_ Capitaine !restez deux
minutes, j’ai à vous parler.
Harm se rassit tandis que Mac
sortait.
AJ_ Harm, j’ai l’impression
qu’en ce moment Mac a l’esprit ailleurs,
Elle est inattentive et assez insouciante.
Elle est sûrement préoccupée par son mariage, c’est vrai qu’il n’est plus
que dans un mois...Alors
H_ Ne vous faites pas de soucis,
amiral.
Harm salua et sortit. Il était
assez pensif par rapport à cette requête de l’amiral, mais de toute manière
il était inutile de lui demander de veiller sur Mac. Il le faisait toujours,
et certainement beaucoup mieux que l’espèce d’empaffé avec qui elle allait
se marier...
10h47
A BORD DE L’USS SANTA MARIA
B_ Un matelot a entendu le
lieutenant Doubt crier et nous a alertés. Mais il était trop tard.
Mac et Harm étaient arrivés
depuis quelques minutes sur le porte-avions et étaient tout de suite allés voir
le capitaine Alan Boss qui leur exposait la situation. C’était un homme très
sympathique, qui semblait être très attaché à ses hommes vu son air triste.
M_ Savez-vous si d’autres
personnes que ces trois se trouvaient sur le pont au moment du meurtre ?
B_ Oui Colonel, il y avait aussi
les lieutenants Liam Chain et Jerry Lover. Ce sont deux pilotes. Chain allait
se marier avec Doubt, alors vous pensez comme cet événement l’a choqué, même
s’il n’en a pas a priori été témoin...
Mac sentit un frisson lui
parcourir l’échine.
M_Le lieutenant Doubt était une
femme ?
B_ Oui, Lyra-Sky Doubt. Je vous
conseille d’interroger en premier le quartier-maître Samantha Looker, c’est
elle qui a vu Doubt en dernier avant le meurtre et qui l’a vue passer devant le
hublot de ses quartiers dans sa chute.Je le sais, j’étais avec elle. Elle et
Doubt partageaient les mêmes quartiers. Je ne sais rien de plus. Vous pourrez vous
servir de mon bureau pour vos interrogatoires.
Mac et son coéquipier sortirent
après avoir remercié le capitaine Boss et se rendirent à leurs quartiers pour y
poser leurs affaires. Il n’y avait dans cette petite pièce que deux lits côte à
côte, un bureau et un placard. Mac songea que cette fois-ci ils n’auraient pas
à partager le même lit, tant mieux puisque cela la mettait très mal à l’aise à
présent qu’elle allait se marier. Elle songea aussi, pendant que tous deux se
dirigeaient vers le bureau du capitaine pour y interroger Samantha Looker,
combien son mariage allait changer beaucoup de choses...
M_ Repos. Bonjour
quartier-maître, nous désirerions vous interroger au sujet du meurtre du
lieutenant Doubt. Asseyez-vous, je vous en prie.
La jeune femme s’assit devant le
bureau, derrière lequel Mac se tenait. Harm était debout près du hublot.
Samantha Looker semblait vraiment très jeune, elle avait de longs cheveux bruns
retenus par une queue de cheval, et un visage d’une finesse qu’on ne rencontre
que chez les très jeunes adolescentes. Elle se retenait visiblement pour ne pas
éclater en sanglots.
M_ Quels genre de relation
aviez-vous avec le quartier-maître Doubt ? Vous avez la permission de
parler librement.
S_ Lyra et moi étions très
amies. Quand on partage les mêmes quartiers, forcément on discute beaucoup
entre nous, on s’était trouvé énormément de points communs, et on se racontait
presque tout.
M_ Lui connaissiez-vous des
ennemis sur ce porte-avions ?
S_ Non, elle était même plutôt
populaire, surtout auprès des hommes...Vous comprenez, c’était une très jolie
femme, et beaucoup d’entre eux avaient tenté leur chance. Sans succès. Elle
était assez introvertie et c’était difficile de gagner sa confiance.
M_ C’est vous qui l’avez vue en
dernier avant le meurtre ?
S_ Oui.
M_ Que c’est-il passé quand vous
l’avez vue ?
S_ Rien de spécial. On a discuté
a propos d’une dispute qu’elle avait eu avec son fiancé, le lieutenant Chain,
ce jour-là, elle était hors d’elle, je ne l’avais jamais vue dans un état
pareil, et m’a demandé de la laisser seule au bout d’à peu près un quart
d’heure... mais quelques minutes après que je sois rentrée dans mes quartiers,
je rêvassais devant ma fenêtre quand...Oh mon Dieu, c’était tellement
HORRIBLE... je l’ai vue tomber à quelques centimètres de mon nez, de l’autre
côté du hublot. Elle a dû savoir qu’elle tombait devant nos quartiers car elle
a crié: « SAM ! ! ! ». C’était elle, je n’en ai
aucun doute, j’ai reconnu sa voix...Si vous ne me croyez pas, vous pourrez
demander au capitaine Boss, il était avec moi, et il l’a aussi entendue et
reconnue... Quand nous l’avons entendue, nous sommes remontés immédiatement sur
le pont. Il n’y avait plus que les lieutenants Chain et Lover...J’en ai été
malade toute la nuit...Vous ne pouvez pas imaginer comme ça a été dur pour tout
le monde, pour Jerry Lover, qui était son meilleur ami depuis 6 ans, et pour
Liam... Ca ne peut pas être l’un d’eux qui l’a tuée, ils étaient sa famille, et
ils l’aimaient...Si je tenais le fils de pute qui a tué mon amie...
Samantha, qui s’était
difficilement contenue durant tout son récit, éclata en sanglots. Harm posa une
main apaisante sur son épaule.
H_ Je sais que c’est difficile,
mais je vous promet que nous trouverons celui qui a tué votre amie.
Harm et Mac, en attendant Liam
Chain, discutèrent de l’affaire et surtout de Samantha.
H_ Elle me semble trop sincère
pour être coupable.
M_ A moi aussi, et en plus le
capitaine nous a assuré qu’il était avec elle quand elle a vu son amie tomber.
Elle est donc innocente d’office.
H_ Le capitaine peut mentir...
M_ Ca aussi ça m’étonnerais.
C’est lui qui a fait appel « aux deux meilleurs avocats du JAG »
pour élucider cette affaire.
Harm eut un petit sourire.
H_ Et les « deux meilleurs
avocats du JAG » élucideront cette affaire avec brio ensemble, comme
d’habitude.
Mac lui rendit son sourire au
moment où le lieutenant Chain entrait. l’interrogatoire commença.
H_ Que savez-vous des faits,
lieutenant ? Vous pouvez parler librement.
C_ En fait je ne sais pas grand
chose. J’étais sur le pont quand j’ai vu le capitaine Boss et le
quartier-maître Looker courir vers moi. Ils m’ont demandé si j’avais vu
quelqu’un d’autre sur le pont, et j’ai répondu qu’il n’y avait que moi et
Lover. Ils m’ont expliqué la situation et nous sommes allés chercher Lover,
puis nous lui avons posé la même question et nous sommes allés sur les lieux du
meurtre. Il n’y avait personne... Je suis sûre que c’est connard de Lover qui
l’a tuée... De toute façon j’ai toujours soupçonné une liaison entre
eux...C’est tout ce que je peux vous dire.
H_ Vous êtes le fiancé du
lieutenant ?
C_ Oui, nous devions nous marier
dans deux mois.
H_ Vous êtes vous disputés
récemment ?
C_ Eh bien oui... Environ une
heure avant le meurtre, je trouvais qu’elle passait bien trop de temps avec son
« ami » Lover. Je...Je sais que j’ai eu tort, je m’en rend compte à
présent, mais...
H_ Venez-en aux faits.
C_ Je lui ai dit qu’il fallait
qu’elle choisisse entre moi et lui... Que je ne pourrait pas supporter de la
voir toujours avec lui. Elle m’a reproché de vouloir tout diriger dans sa vie
et m’a dit que le choix serait impossible. Et elle est partie en claquant la
porte.
H_ Merci, nous vous reverrons si besoin est. Vous pouvez sortir.
Le lieutenant salua et se
dirigea vers la porte. Il semblait bouleversé au plus haut point. C’était un
homme de taille moyenne, assez trapu et au visage dur mais beau. Il s’arrêta
juste devant la porte, regarda les deux avocats et sourit d’un sourire très
triste, avec sur les joues le brillant de ses larmes.
C_ Vous ne pouvez pas savoir ce
que c’est de perdre celle qu’on aime...
H_ Si lieutenant, j’en sais
quelque chose.
Mac regarda Harm. Elle croisa
son regard dans lequel se lisaient toute sa tristesse et sa souffrance. Il lui
sourit d’un sourire amer, et elle eut peur de savoir parfaitement de quoi il
parlait...
Ce fut ensuite au tour du
lieutenant Lover d’être interrogé. Il était grand, mince et très beau. Son
visage était cerné et creusé, sans doute par le manque de sommeil et par une
trop grande souffrance, mais son visage était totalement fermé, et dénué de
toute expression.
Harm fût frappé par cette
tristesse terrible mais muette.
Comme Chain, il raconta qu’il
n’avait eu connaissance de l’événement que quand il avait vu celui-ci et le
capitaine sur le pont. Il n’avait rien entendu. Il garda une expression de
désespoir renfermé pendant tout son récit.
H_ Quels étaient vos rapports
avec le lieutenant Doubt ?
L_ Nous nous connaissions depuis
6 ans, elle était mon copilote et ma meilleure amie, nous étions comme frère et
sœur...
Le lieutenant s’arrêta soudain
de parler, il semblait hésiter à continuer, et Harm le ressentit bien.
H_ Vous avez permission de
parler librement. Notre entretien restera confidentiel.
L_ Bien...En fait, Ly était bien
plus qu’une soeur pour moi... Je ne l’ai admis que quand elle m’a dit qu’elle
allait se marrier. Nos rapports s’étaient un peu détériorés à cause de son
mariage. Son futur mari était jaloux que nous passions tant de temps ensemble, il ne m’appréciait pas et
je dois avouer que c’était réciproque. Je ne pouvais pas comprendre POURQUOI
elle voulait épouser un tel mufle. Maintenant je sais pourquoi : elle
m’avait fait des avances un soir, mais je ne me sentais pas prêt à m’engager,
alors je l’ai repoussée. Elle a sans doute voulu se venger. Je donnerais
n’importe quoi pour pouvoir revenir en arrière... Je lui ai avoué mes
sentiments peu après qu’elle aie accepté la demande en mariage de Chain, nous
nous sommes embrassés, et... Elle m’a dit que j’avais trop attendu, et qu’elle
s’était engagée auprès de lui... Mais elle m’a dit qu’elle m’aimait, elle m’a
toujours aimé et moi je n’ai jamais su le voir... j’aimais cette femme comme
jamais je n’aimait et n’aimerai plus personne. J’avais toujours peur pour elle,
je ressentais toujours le besoin d’être avec elle pour la protéger...De tout et
de tous. Je ne pourrait pas continuer sans elle. C’est impossible.
Lover s’arrêta et Harm sentit
qu’il ne pourrait pas continuer. Il vit comment ses rides de souffrance
ressortirent de son visage. C’était un homme qui avait suffisamment pleuré.
Harm se sentait défaillir. Car l’histoire de cet homme, c’était aussi la
sienne... Ils étaient pareils, même souffrance muette, même frustration, mêmes
désespoirs et mêmes doutes. Tous deux avaient été irresponsables et n’avaient
pas sus se montrer digne de la femme à qui ils aspiraient, et tous deux
l’avaient perdue.
M_ Harm ? Ca va ?
Harm releva brusquement la tête.
Lover n’était plus dans la pièce, et Mac le regardait d’un regard inquiet. Le
capitaine de corvette sentit brusquement les larmes couler sur ses joues.
Depuis combien de temps coulaient-elles ?
H_Oui, bien sûr.
M_ Ne me faites pas ce coup-là
matelot, je vois bien que ça ne va pas...Harm, s’il vous plaît, parlez-moi...
Combien de fois s’étaient-ils
dit ces mots l’un à l’autre, Harm ne le savait plus. A chaque fois que l’un
avait un problème, l’autre se montrait attentif, bienveillant et prêt à
consoler. Mais là c’était trop de souffrance, et même si Harm avait su tous les
mots du monde, il n’aurait pas pu dire à sa partenaire combien il regrettait.
Il se leva brusquement et, bousculant Mac, se précipita dehors.
17h32
A BORD DE L’USS SANTA MARIA
La journée s’était révélée très
pénible pour Mac. Oh bien sûr l’enquête avançait, elle et Harm avaient deux hypothèses sur le meurtrier du
lieutenant Doubt. Soit il s’agissait de Chain qui aurait tué sa fiancée au
cours d’un accès de colère dû à leur dispute, soit c’était Lover qui l’avait
tuée car elle refusait d’abandonner Chain pour lui. Non, ce n’était pas l’avancée
de l’enquête qui n’allait pas, malgré quelques invraisemblances...C’était cette
distance qu’il y avait eu entre eux durant toute cette journée. Ils s’étaient
comportés l’un envers l’autre comme si ils ne se connaissaient pas, et
n’avaient eu que des contacts d’ordre strictement professionnel. Elle sentait
bien quand Harm refusait son aide, et cela la remplissait d’une tristesse
immense. Mais elle savait. Il avait compris, tout comme elle, que cette enquête
changerait tout à jamais entre eux, plus encore que son mariage... Ils ne
pouvaient plus se défiler... Lyra-Sky et Jerry, c’était Sarah et Harm, c’était
ELLE et LUI... C’était leur vie, leur histoire, racontée par la voix d’un
autre...
?_ Est-ce que ça va ?
Mac sursauta et se retourna
brusquement. Si seulement ça avait été lui... Elle sourit.
M_ Bien sûr quartier-maître.
S_ Appelez-moi Sam, c’est moins
pompeux.
Le colonel fût amusée de
l’impertinence de la jeune fille. Ca se voyait qu’elle n’était pas dans la
marine depuis longtemps, sinon elle aurait su que s’adresser à un supérieur
dans ces termes et sans se mettre au garde-à-vous pouvait lui coûter un sérieux
sermon. Sam lui rappelait elle même dans sa jeunesse...
M_ très bien Sam. Appelez-moi
Mac alors.
S_ Aucun problème. Excusez-moi
de me montrer un peu familière, mais les femmes sont si rares ici, alors je
suis toujours très heureuse de voir une « collègue » à bord.
Racontez-moi ce qui ne va pas.
M_ Mais tout va bien, je vous
assure...
S_ Non, vous pleurez.
Mac essuya ses larmes d’un geste
rapide. Sam la regarda avec gentillesse et compréhension.
S_ Nous ne nous verrons sans
doute plus jamais une fois que l’enquête sera finie, je ne connais rien de vous
alors il n’y aura pas de risque que je vous juge. Vous savez, parler soulage
toujours quand on a un poids dans le coeur...
Mac eu immédiatement confiance
en Sam comme elle aurait eu confiance en une amie, ce qui n’était pas son
habitude. Mais la jeune fille semblait d’une grande maturité malgré son jeune
âge, et Mac se sentait bien en voyant un visage aimable et prêt à l’écouter,
chose qui lui avait tant fait défaut aujourd’hui. Et elle sentait qu’elle ne
pourrait porter le poids de sa détresse seule. Alors elle raconta tout. Toute
sa vie depuis Harm, comment il l’avait changée, comment ils étaient devenus les
meilleurs amis du monde, comment elle aurait voulu qu’ils soient bien plus,
comment elle lui avait fait des avances sur un Ferry un soir qu’il avait
repoussées, comment elle avait accepté la demande en mariage d’un autre,
comment un baiser entre eux le jour de ses fiançailles avait introduit le doute
en elle... Sam l’écouta attentivement, en amie fidèle qu’elle était déjà pour
elle.
S_ Pourquoi avez-vous accepté la
demande en mariage de ce Brumby si vous en aimez un autre ?
M_ J’ai beaucoup d’affection
pour Mic, il m’aime profondément et fait tout pour me rendre heureuse, et
j’aurais été bien ingrate de ne pas accepter sa demande...
S_ Arrêtez, parce que là il y a
quelque chose qui me chiffonne. Vous avez accepté pour lui faire plaisir !
Mac s’arrêta. Encore une chose
qu’elle avait tenté de sortir de sa tête pendant si longtemps, mais oui c’était
vrai, OUI... Elle n’avait accepté la bague de Mic que pour se venger d’Harm,
mais au fil du temps elle s’était attachée à Mic, c’était si doux de se sentir
aimée, et du coup elle avait décider d’assumer ses bêtises d’adolescente
puérile jusqu’au bout (et aussi car elle avait pour principe d’assumer tous ses
actes), bien qu’elle aie toujours su que ce serait impossible, qu’elle n’y
SURVIVRAIS pas, elle ne survivrais pas sans, à la place de celle de Mic, la
bague d’Harm... Alors elle articula péniblement, histoire que la vérité sorte
de sa bouche une bonne fois pour toute :
M_ Oui. Mais c’est trop tard,
tenta- elle mollement de se défendre, je suis fiancée maintenant, je ne peux
pas...
S_ Vous apercevoir à 45 ans que
vous avez foutu votre vie en l’air avec un mari que vous n’avez jamais aimé,
et en vivant toujours avec la frustration et la jalousie de ne pas en avoir
eu un autre , c’est vraiment ce que vous voulez ? Regardez dans
quel état vous êtes, vous avez encore une chance de tout faire basculer, profitez-en
car bientôt il sera trop tard. Avez-vous toujours l’intention de vous marier ?
A cet instant précis, Mac
comprit que le sort en était jeté, et qu’elle ne pourrait plus jamais retourner
dans le même lit que Mic. Sam lui avait fait cracher la vérité, ça avait été
douloureux, mais elle était toujours là. Il fallait qu’elle reprenne sa vie en
main. Et sa vie devait changer.
M_ Non, pas avec Mic en tout cas.
Sam lui sourit et elle s’appuya à la barrière, le regard perdu dans l’immensité
bleue qui lui faisait face.
S_ Ici, en pleine mer, les
couchers de soleils sont fabuleux, et ce serait un crime que de les regarder
seul ; des couchers de soleils pareil, c’est fait pour être
partagé...
Elle se redressa et se dirigea
vers ses quartiers.
17h55
A BORD DE L’USS SANTA-MARIA
La lettre que le quartier-maître
Looker avait trouvé dans ses quartiers, cachée sous son lit, était
celle-ci :
Salut Sam ,
Avant de commencer cette lettre,
j’aimerais que tu me fasses une promesse, celle de la lire jusqu’au bout et
de ne pas me maudire pour l’éternité. J’aurais aimé que ma vie se passe autrement,
tu le sais, on en parle souvent ensemble de nos rêves et de tout ce qu’on
a raté dans nos 23 et 30 ans d’existence. Mais je ne t’ai jamais dit le plus
grand de tous mes secrets. Le voici à présent, petite soeur. J’ai toujours
su que je l’aimais, il ne me l’a dit qu’après six ans. Et six ans c’est long
tu sais, six ans à chercher à se deviner, à se comprendre, six ans pendant
lesquels les autres hommes ne manquaient pas autour de moi. Mais je n’avait
d’yeux que pour lui, Jusqu’à ce que j’en aie assez. Assez d’attendre, assez
qu’il ne se sente pas de s’engager avec moi malgré mes avances, alors je me
suis laissée séduire par Liam.. Il était si tendre, si gentil, et lui voulait
bien de moi TOUT DE SUITE. Alors j’ai fait semblant de l’aimer, jusqu’à ce
que je sente que je ne pouvais plus. J’avais eu ma dose d’incertitudes, de
faux-semblants et de douleur. Il me regardait...Oh je n’oublierai jamais ce
regard qu’il avait quand Liam m’embrassait devant lui, il me semblait qu’il
mourrait de l’intérieur. et moi je refusais à présent de concevoir que nous
puissions nous aimer l’un l’autre, car c’était trop tard...Il avait trop hésité,
trop attendu, j’allais me marier dans deux mois, j’allais réaliser tous mes
rêves : une famille, des enfants...
Mais, quand il m’a embrassé.,
j’ai senti toutes mes certitudes et mes belles promesses s’effondrer. J’ai alors
su qu’il n’y avait jamais eu que lui dans ma vie, que quoi que je fasse il n’y
aurait jamais personne d’autre. Tu sais, j’ai terriblement souffert quand j’ai
découvert cela. Il était le meilleur ami que j’ai jamais eu, nous nous
complétions si bien, nous étions si complices...
Je ne pourrai jamais plus avoir
une relation d’amitié avec lui, car à chaque fois que je le vois je rêve de ses
lèvres contre les miennes, et ce ne serait pas juste envers Liam que je
l’épouse alors que je veux passer le reste de ma vie blottie contre un autre...
Ma mère m’avait appelé Lyra-Sky,
elle me l’a dit un jour, parce que « Lyra est l’héroïne d’un roman que
j’ai adoré, une femme qui s’est tuée pour que son mari vive, et que Sky, le
ciel, c’est le symbole de l’immensité des possibles , le symbole que tout est
réalisable dans la vie si on le désire vraiment... »Ce sont ses propres
paroles. Pauvre maman, tu ne sais pas encore combien je vais te décevoir..
Adieu petite soeur, désolée de
te laisser, toi aussi tu restera mon amie là où je vais.. Fais parvenir cette
lettre à Jerry Lover.
J’aime Jerry Lover maintenant et je l’aimerai au-delà de l’éternité. Je ne peux
pas vivre sans son amour.
LYRA-SKY
DOUBT
Le 13 /02/2000
Harm reposa doucement la lettre sur la table. Il se
sentait mal, il avait envie de vomir. Mac, qui l’avait aussi lue par-dessus son
épaule, prononça d’une voix tremblante :
M_ L’affaire est close, il
s’agit d’un suicide et de rien d’autre.
Alan Boss les regarda d’un
regard infiniment triste.
B_ Je vous remercie d’avoir
coopéré à cette affaire.
C’était Jerry Lover qui avait
autorisé Harm, Mac et Boss à lire la lettre. Il était sorti quelques minutes
après l’avoir lue, et Harm, pensant soudainement à lui, se jeta hors de la
pièce.
18h15
A BORD DE L’USS SANTA MARIA
Après avoir vomi copieusement
sur le sol, le capitaine de corvette trouva Jerry sur le pont, regardant dans
le vague. Il lui dit gentiment :
H_ Jerry...
Le pilote se retourna
brutalement, et Harm pût voir que son visage était défiguré par les larmes.
Lover se calma à la vue de Rabb. Harm sentit de nouveau la nausée le saisir à
la vue de cet homme qui avait perdu sa raison de vivre. Comme la perdrait tout
homme dont la femme qu’il aime se serait suicidée. Il se sentait profondément
désépéré, et ce n’était pas seulement pour le pilote.
H_ Si vous voulez que je vous
laisse seul, je vous comprendrai. Mais peut-être désirez-vous parler à quelqu’un...
L_ Parler pour quoi dire ?
J’ai perdu la seule personne qui vivait dans ce monde et qui me rendais donc
digne d’y vivre moi-même. Ma raison de vivre. Je ne suis plus rien. Il n’y a
rien a rajouter...Et d’ailleurs je pense que c’est plutôt vous qui auriez
besoin de parler.
Harm le regarda avec
ahurissement. Comment avait-il deviné ?
H_ Moi ? Non, je...
L_ Si capitaine. Si vous ne
réagissez pas sur la situation actuelle, il vous arrivera bientôt la même chose
que moi. Vous croyez que je n’ai pas remarqué ce que vous ressentez pour votre
coéquipière ? Ca crève les yeux même pour les marins de ce porte-avions
qui vous connaissent à peine.
Pourquoi Harm eut-il
immédiatement confiance en cet homme ? Même avec du recul, il ne pu jamais
donner d’explication rationnelle à cela. Mais il parla. Longtemps. Il raconta
tout ce qui faisait sa relation avec Mac, ses débuts, leurs moments de
complicité et de confiance totale l’un envers l’autre, les obstacles qui
s’étaient mis entre eux, la situation actuelle. A la fin de son récit, Jerry le
regarda avec gravité.
L_ Sauf votre respect, Harm,
vous êtes un vrai handicapé des sentiments. Tout comme moi. Vous aimez cette
femme, elle vous aime aussi et ça vous le savez depuis longtemps, alors assumez
ce que vous ressentez bon Dieu de merde ! ! ! ! Vous vous
faites souffrir mutuellement, et surtout vous LA faites souffrir. Alors arrêtez
ça tout de suite. Assumez. Faites ça pour moi, n’en arrivez pas au même point
que moi. Notre histoire est tragique, si vous continuez comme ça la vôtre se
finira comme la mienne. J’ai gâché ma vie entière, ce n’est pas une raison pour
que vous en fassiez de même.
Harm était bouleversé. Cet homme
avait raison. Mais pourquoi avait-il fallu qu’un autre le secoue pour qu’il se
rende compte oh combien immense était le désordre de ses sentiments ? Harm
s’en voulait tellement... Pourquoi s’était-il comporté comme un gamin gâté au
point de refuser de s’engager auprès d’elle, alors qu’elle lui avait clairement
fait comprendre un an auparavant qu’il était bien plus qu’un ami pour elle. Et
en plus il l’aimait...
« Harm mon gars il va
falloir que tu changes ça et tout de suite. »
H_ Merci Jerry.
L_ Je vous l’avait dit que vous
deviez parler. Allez-vous en à présent, vivez votre vie.
18 :45
A BORD DE L’USS SANTA MARIA
SOLEIL COUCHANT
Elle regardait le ciel, appuyée
à la barrière. Ses cheveux volaient au vent, et sur son visage se reflétaient
les premiers rayons orangés du soleil qui déclinait. Elle entendit tout à coup
des pas se rapprocher. Des pas qu’elle connaissait. Elle ne se retourna pas.
Puis elle sentit ses bras vigoureux lui entourer la taille, et elle s’appuya
contre son torse, le sommet de la tête posé contre ses lèvres. Elle était si
bien, dans cette bulle qui la protégeait du reste du monde, des désespoirs, des
envies, des jalousies, de la douleur ; dans cette tendre étreinte qui
n’appartenait qu’à eux... Mais aujourd’hui cette étreinte avait une étincelle
en plus, qu’elle n’avait jamais ressenti en 6 ans...
Elle sentit qu’il prenait sa main,
et qu’il la portait à ses lèvres. Et le soleil déclinait... Sa voix
sembla alors venir de très loin...
H_ Mac, il faut que je vous
parle de nous... Je ne veux pas vous laisser vous marier, je...Je vous aime
depuis toujours, je vous aime plus que tout, vous êtes mon Ciel, ma Terre, mes
Orages, mon Océan, ma Lune, mon Soleil, sans vous je ne suis rien. J’ai été
cruel et injuste envers vous, et je m’excuse aujourd’hui de vous avoir fait
souffrir, vous m’aimez et vous ne l’aimez pas, lui, je le sais vous me l’avez dit
lors de ce fameux soir...Je vous en supplie, ne me laissez pas, j’ai trop
besoin de vous, de votre amour... Pardonnez-moi le mal que j’ai pu vous
faire...
Et voilà, c’était dit. Mais
pourquoi seulement maintenant ?
Mac se retourna. Et le
soleil tombait encore...
18 : 30
AVEC SARAH MACKENZIE
SOLEIL COUCHANT
Elle le regarda de son regard
brun- émeraude. Ses lèvres tremblaient légèrement, il comprit qu’elle lui
pardonnait. Mais leur souffrance était trop grande à tous les deux. Ils se
jetèrent au cou l’un de l’autre et s’embrassèrent fiévreusement, comme si
c’était la fin du monde et qu’il ne leur restait que ça. Harm répondit au
baiser de Mac aussi ardemment qu’elle, et sentit le liquide salé de leurs
larmes entrer dans sa bouche et s’y mêler. Il serra le corps de Mac contre le
sien, et sentit comme il tremblait de tous ses membres. Il la
berça tendrement pour la calmer, caressant doucement sa nuque et déposant de
doux petits baisers dans son cou. Et le soleil se couchait...
M_ Pourquoi...As-tu mis
autant de temps...Pour me dire ça...Pourquoi...M’as- tu laissée faire cette
bêtise...
Harm la serra plus fort contre
lui, se maudissant intérieurement d’être l’objet de toutes les souffrances de
la femme qu’il aimait.
H_ Chhuuuuuuuuutt... Ne parle
pas...
Elle se retourna et appuya de
nouveau son dos contre son torse, la tête reposée contre ses lèvres, ses bras
entourant sa taille svelte. Et ils regardèrent ensemble le soleil orangé
s’empourprer et venir s’unir à la Terre dans une couronne de lumière rose
flamboyante. Quand le soleil eut disparu, Mac ne tremblait plus.
19 :00
DANS LES BRAS D’HARM
Elle se sentait si bien... Elle
avait la sensation d’avoir retrouvé la moitié de son coeur qui lui avait
toujours manqué. Leur baiser avait eu un goût de pardon, de regrets
et...D’Amour. Pourquoi n’aurait-elle pas mis une majuscule à ce mot, ce
sentiment qu’elle ressentait pour Harm ? Car il était si profond, si pur,
si tendre, et aussi si violent et passionné... Parfois Mac ressentait cela si
brutalement qu’elle avait l’impression de mourir dans d’atroces souffrances,
comme quand par exemple Renée se pendait au cou d’Harm et l’appelait « mon
chéri »...
Si cet Amour avait été un océan,
elle se serait noyée dedans avec délices, comme elle se noyait à présent dans
les yeux d’Harm. Leur Amour un océan...L’océan des possibles...Lyra-Sky...
Elle eut un soupir de plaisir et
se sentit tout doucement basculer dans le sommeil, dans cet asile si bon
qu’étaient les bras d’Harm autour d’elle... Elle frotta sa joue contre le tissu
râpeux de son uniforme, et ferma les yeux...Il lui caressait tendrement les
cheveux.
19 :00
TOUT CONTRE ELLE
Il fit courir ses doigts dans
les cheveux soyeux de Mac, et respira profondément. Elle était enfin là. Ou
plutôt IL était enfin là, avec elle. Ils étaient enfin ensemble... Et désormais
rien ne serait plus pareil. Il la sentit soupirer de sommeil, là, tout contre
lui. Harm avait encore du mal à y croire, croire qu’il serrait tant de
perfection contre lui...
Elle, le colonel que tout le
monde voyait comme un militaire de charme au physique de mannequin, au yeux de
biche et au sourire éblouissant, bref comme une fille...Bonne. Harm grimaça à
ce mot. Mais il n’y en avait pas d’autre. Quand elle se trouvait dans une
pièce, elle était le centre de tous les regards, regards des hommes pleins de
désir, et des femmes jalouses et envieuses, qui semblaient par leur regard aigu
vouloir percer le secret de tant de Beauté. Personne ne connaissait la femme
meurtrie et blessée par la vie qui se cachait derrière cette merveilleuse
façade. Seul lui savait ce qu’elle avait enduré, et ce qu’elle n’endurerait
plus à présent qu’ils étaient ensemble. Il la sentit qui s’appuyait plus contre
lui.
H_
Mac ?
M_
Humm... Hein ?
H_ Tu dormais ?
M_ Presque...
Elle se redressa lentement et
lui sourit.
M_ Nous partons très tôt demain,
il faudrait aller dormir.
Ils se dirigèrent vers leurs
quartiers, main dans la main, en regardant si personne ne pouvait les voir.
19 :10
A BORD DE l’USS SANTA MARIA
Ils se couchèrent dans la
couchette du bas, Mac serrée contre Harm et la main protégée dans la sienne, et
passèrent la nuit ainsi. Le règlement de la marine interdisait les relations
sexuelles entre deux officiers dans le cadre du travail, et de toute façon ils
avaient décidé pour se faire une raison que après deux ans
« d’abstinence » (bon OK ce ne fut pas le mot qu’ils employèrent mais
ils n’en pensèrent pas moins...) ce serait peut-être un peu trop rapide de
faire l’amour le premier soir... Prétexte... Secrètement ils étaient vraiment
frustrés... Mais vu comme ils posaient problème à l’armée à cause de leurs
enquêtes au bout du monde qui coûtaient si cher et leurs manquements au devoirs
depuis qu’ils travaillaient ensemble qui avaient été fréquents et toujours plus
ou moins pardonnés à l’amiral, il valait mieux ne pas trop se faire
remarquer... Du moins pour le moment, pensa Mac en se sentant plonger dans le
sommeil...
7 :00
A BORD DE L’USS SANTA MARIA
Les deux officiers, leurs
bagages à la main, attendaient leur hélico sur le pont du porte- avion. Le
lieutenant Jerry Love vint vers eux et les salua. Il avait les larmes aux yeux.
L_ Je voulais vous remercier une
dernière fois pour ce que vous avez fait. Cet événement était vraiment...
M_ Repos. Terrible pour vous
lieutenant capitaine, oui. Mais dites-vous bien une chose : ce que vous
avez fait pour venir vers elle n’a pas été complètement inutile. Elle vous
aime, vous le savez, et cela vaut bien tous les trésors du monde.
L_ Mais c’est à cause de moi
qu’elle est morte...
M_ Non. Elle est morte aussi
parce qu’elle n’a pas eu le courage de réagir, de tout faire basculer pour
retrouver l’homme qu’elle aime. Quand deux personnes s’aiment vraiment, elles
devraient être capable de tout sacrifier et de tout risquer pour pouvoir être
ensemble. Parce que l’amour c’est vraiment tout. Mais il est parfois dur de
s’en rendre compte...
Le regard de Mac glissa sur
Harm, qui la regarda à son tour. Elle lui fit un sourire triste en coin, et dit
au lieutenant qui avait à présent beaucoup de peine à retenir ses larmes :
M_ Ne flanchez pas. Vivez votre
vie et ne vous faites pas souffrir. Elle veut qu’il en soit ainsi. Elle le
veut.
L_ Pourquoi parlez-vous d’elle
au présent ?
M_ Parce que comme elle a dit
dans sa lettre, elle vous aimera au delà de l’éternité. Son esprit vous regarde
en ce moment même, elle veille sur vous de là où elle est.
Les trois officiers levèrent les
yeux vers le ciel d’un bleu uni et limpide. Jerry sourit tristement et envoya
un baiser aux cieux du bout des doigts. Mac sentit la main de Harm attraper la
sienne et la tenir serrée. Et ils sourirent tous trois à ce ciel qui, ils en
étaient sûrs, leur souriait aussi. Et tandis que Jerry Lover offrait ses larmes
au vent, Harm et Mac imaginaient ce qui allait se passer quand ils seraient
rentrés. Leur avenir... L’océan des possibles.
Et la mer dansait...