Chapitre 2
Ron se rua sur elle, l’attrapa par la main et la poussa derrière un gros coffre posé sur le pont tandis que les avions mitraillaient le bateau.
Il se cacha à ses côtés et se coucha contre elle, espérant ainsi lui éviter une balle perdue.
_ « Ron laisse-moi ! »
_ « Cesse de te débattre ! Tiens toi tranquille ! Bon sang Beverly arrête! »
_ « Non je veux m’en aller ! »
Il prit le visage de Beverly dans ses mains et l’embrassa.
_ « Beverly, promets-moi que si l’on sort vivant de cette attaque… Promets-moi de nous donner une deuxième chance… Je t’aime tellement ma princesse ! »
Ron poussa un cri de douleur. Beverly l’attira contre elle, essayant de le protéger.
_ « Non Ron ! Cà va aller ! Tu vas t’en sortir. Je t’aime, on va se donner une deuxième chance je te le promets ! » Lui annonça t-elle lorsqu’elle vit que le bras de Ron saignait abondamment.
L’artillerie américaine riposta aux attaques japonaises et bientôt les avions se replièrent.
Beverly regarda de plus près le bras de Ron.
_ « Je crois que tu t’es pris un éclat quand cette bombonne d’oxygène a explosé. » Annonça-t-elle en désignant du regard un tas de débris sur le pont.
_ « Cà fait un mal de chien en tout cas ! » S’exclama Ron en serrant les dents.
Beverly tâta la blessure et Ron grimaça de douleur.
_ « Il se pourrait qu’il y ai un éclat à l’intérieur. Viens, je vais m’occuper de toi. »
Elle l’aida à se mettre debout.
_ « En tout cas tu m’as sauvé la vie… » Lui murmura-t-elle.
_ « Je n’allais pas laisser la femme que j’aime en danger… » Répondit Ron en l’attirant contre lui avec son bras valide.
_ « Tu as l’air sincère alors tu peux prétendre recevoir un petit câlin. » Précisa Beverly en souriant.
Ron pencha son visage vers elle et posa ses lèvres sur les siennes.
Beverly ne put s’empêcher de soupirer: cette chaleur un peu humide de ses lèvres, cela lui avait tellement manqué.
Elle posa ses mains sur les joues de Ron et commença à répondre à son baiser.
La langue de Ron se glissa dans sa bouche.
Elle l’accueillit avec bonheur en y mêlant la sienne.
Tout se déroulait sans aucune précipitation, l’un et l’autre voulant profiter au maximum de ces quelques instants de plaisir qu’ils s’offraient.
Après de longues minutes, Beverly interrompit leur baiser pour tenter de reprendre une respiration normale et de calmer les battements trop rapides de son cœur.
_ « Pendant ces quelques minutes j’avais complètement oublié ma blessure. » Soupira Ron.
Bureau de Beverly
10 minutes plus tard.
_ « Ron, tiens-toi tranquille. Je ne peux pas te soigner si tu bouges sans arrêt. »
_ « Tu me fais mal. »
_ « Ce que tu peux être douillet… »
_ « J’aimerai bien t’y voir. J’ai le bras tout déchiqueté ! »
_ « Tu en rajoute un peu là… Eh bien pour un matelot tu n’es pas très courageux mon amour… » Soupira Beverly.
Elle rougit lorsqu’elle se rendit compte de ce qu’elle venait de dire.
Elle n’osa pas relever les yeux.
Ron posa un doigt sous son menton et lui releva le visage.
_ « Beverly, regarde-moi. »
_ « Je suis ridicule… »
_ « Pas du tout. Je trouve cela très mignon. »
_ « Voilà, ton charcutage est terminé. Je te changerais le pansement tout à l’heure. Es-tu blessé ailleurs ? »
Ron prit la main de Beverly dans la sienne et la posa sur son cœur.
_ « Je crois que pour ce genre de maladie, il n’y a qu’un seul remède… » Répondit Beverly en venant s’asseoir sur ses genoux.
_ « Ah oui ? Lequel ? »
_ « Ne pas lui résister… » Lui murmura t-elle à l’oreille.
Ron lui adressa un grand sourire avant de glisser une main sous sa blouse et caressa ses cuisses.
Beverly croisa les jambes et emprisonna sa main.
_ « Chérie… je ne trouve pas ça drôle… » Annonça Ron en tentant de libérer sa main.
_ « Oh mais moi si… maintenant c’est moi qui commande lieutenant. Alors nous allons faire les présentations parce qu’il y a pleins de choses que je ne sais pas sur toi. »
_ « Très bien. Je m’appelle Ron Graham. J’ai 34 ans. Je suis né et j’habite à Cincinnati dans l’Ohio. Je suis fils unique. Ma mère est secrétaire et mon père est un militaire à la retraite. Mais le plus important c’est que je suis amoureux d’une belle infirmière qui s’appelle Beverly. »
_ « Alors tout ce que je peux te dire c’est que la femme que tu aime à 29 ans. Elle est née et habite à Charleston en Caroline du sud. Elle est fille unique. Ses parents sont instituteurs. Et elle est très amoureuse de toi. »
_ « Ah oui vraiment ? »
_ « Oui je t ‘assure. » Murmura Beverly avant de poser ses lèvres sur celles de Ron.
Ils étaient toujours en train de s’embrasser quand Joanie entra dans le bureau.
Elle s’assit à la place de Beverly et attendit qu’ils aient terminé. Beverly sursauta lorsqu’elle remarqua sa présence.
_ « Oh mon dieu ! Joanie tu m’as fait peur ! » Annonça Beverly, rouge de honte.
_ « Je n’allais pas vous déranger alors j’ai attendu bien sagement que vous ayez terminé. »Répondit Joanie en souriant.
_ « Tu voulais quelque chose ? » Lui demanda Beverly en se levant des genoux de Ron.
_ « Je venais juste te dire que, quand tu auras fini tes câlins avec Ron, tu pourras venir donner un coup de main à tes collègues car on a reçu de nouveaux blessés. »
_ « Je…euh j’arrive tout de suite. »
_ « On t’attend… » Précisa Joanie.
Elle adressa un clin d’œil à Ron avant de quitter la pièce.
_ « Dis donc, tu te fais draguer par mon amie… »
_ « Cà ne me dérange pas, elle est mignonne. »
_ « Ron, tu es insupportable. »
_ « Mais tu sais très bien que je n’aime que toi… »
_ « Mouais… c’est suspect tout çà quand même… »
_ « Cà peut peut-être s’arranger avec un baiser. »
_ « Mmmmh… çà pourrait… »
S’en suivit un autre long baiser passionné.
Cabine de Beverly
Bateau-hôpital »good hope »
Iwo Jima 22h30.
Beverly était assise à sa table et écrivait une lettre à ses parents lorsqu’elle entendit quelqu’un frapper à sa porte.
Elle se leva et alla ouvrir.
_ « Bonsoir… Je ne te dérange pas j’espère ? » Demanda Ron.
_ « Non pas du tout. Entre… »
Ron alla s’asseoir sur le bord du lit de Beverly.
_ « Tu étais en train de travailler ? »
_ « Non j’écrivais une lettre à mes parents. Je suis justement en train de leur parler de toi… »
_ « Ah… En bien j’espère ? »
_ « Mm, peut-être… »
Ron s’allongea complètement dans le lit de Beverly et posa sa tête sur l’oreiller.
Après avoir terminé sa lettre, Beverly se retourna et vit que Ron s’était endormi dans son lit.
Elle alla s’installer contre lui, les recouvrit tous les deux avec les draps et éteignit la lumière.
Ron se réveilla lorsque la main de Beverly caressa ses lèvres.
_ « Bébé, il vaudrait mieux que je retourne dans mon lit… »Murmura Ron.
_ « Tu rêves ? Je veux m’endormir dans tes bras. Maintenant que tu es là, tu ne vas plus t’en aller. »
_ « Beverly, si quelqu’un… » Commença Ron.
Elle posa un doigt sur ses lèvres.
_ « Chut… on dort… » Répondit-elle avant de poser un baiser sur ses lèvres.
Ron finit par céder et attira Beverly contre lui avec son bras valide.
Celle-ci se blottit étroitement contre sa poitrine et ferma les yeux.
_ « Je t’aime Ron… »
_ « Je t’aime aussi ma princesse… »
Quelques heures plus tard, 1h30.
Ron fut réveillé par les gémissements de Beverly et ses mains qui se crispaient sur sa poitrine.
Il comprit immédiatement qu’elle faisait un cauchemar. Il la secoua doucement pour la réveiller.
_ « Beverly… Bébé… » Lui murmura-t-il.
Celle-ci ouvrit les yeux.
_ « Hé çà va ? » Lui demanda t-il.
_ « Oh, J’ai fait un cauchemar horrible. Il y avait une autre attaque aérienne. On était sur le pont en train de s’embrasser. Puis tu étais touché et tu mourrais dans mes bras. C’était affreux. » Réussit à articuler Beverly, la voix changée par l’émotion.
_ « C ‘est bon Bébé… C’était un cauchemar. Viens là… »
Beverly posa la tête dans le creux de son épaule.
_ « Et en plus j’avais un joli petit ventre rond… » Soupira t-elle.
_ « Tu étais enceinte de moi ? »
_ « Je suppose. Ron, je n’ai pas envie de parler de ce cauchemar. Cela me fait trop peur… »
_ « Chut… »
Il la berça tendrement contre lui en déposant une série de petits baisers dans son cou et sur ses épaules.
Beverly se serra plus contre lui, l’invitant à continuer.
Les mains de Ron glissèrent le long du dos de Beverly.
Lorsqu’il arriva dans le creux des reins, il la sentit frissonner.
Ron s’empara de ses lèvres. Il glissa rapidement sa langue dans sa bouche et la mêla avec la sienne.
Il voulait lui montrer par ce baiser tout le désir qu’il ressentait.
Leurs regards s’accrochèrent : ils restèrent un long moment sans bouger, pour graver chaque instant dans leurs mémoires.
Ron se laissa tomber sur le dos entraînant Beverly avec lui.
Ils firent l’amour lentement et tendrement profitant pleinement de chaque seconde de plaisir qu’ils se donnaient.
Lorsque tout fut finit, Ron serra Beverly dans ses bras, restant immobile, attendant que sa partenaire s’endorme, son corps encore humide allongé sur le sien, avant de s’endormir à son tour.
Cabine de Beverly
Le lendemain matin 6h30.
La sonnerie du réveil retentit et Beverly tendit la main pour l’arrêter.
Elle reposa sa tête sur la poitrine de Ron.
_ « Il va falloir qu’on se lève. » Soupira t-elle.
_ « Bébé, je … enfin pour cette nuit… »
Beverly comprit que Ron hésitait. Elle releva la tête et le regarda dans les yeux.
_ « Tu veux savoir si c’était bien ? »
Ron acquiesça.
_ « Mm, oui, c’était pas mal. »Annonça Beverly.
Ron prit un air étonné.
_ « Juste pas mal ? »
_ « Je plaisantais ! Si je te dis que c’était à la hauteur de mes attentes, çà te va ? » Lui demanda t-elle.
_ « Mm, çà me va ! »
Ron laissa Beverly l’embrasser tendrement avant de continuer.
_ « Bébé, on n’a pas vraiment fait attention hier soir… »
_ « Ron ne t’inquiète pas pour cela. Je sais ce que je fais. S’il y avait un risque je t’aurais arrêté. Je suis amoureuse mais pas inconsciente. Tant que la guerre n’est pas finie, ce n’est pas le moment de tomber enceinte… »
_ « Et après ? »
_ « Après… Et bien si tu veux toujours de moi… on verra pour faire un bébé. »
_ « Ce serait le plus beau cadeau que tu pourrais me faire… »
_ « Mais pour l’instant, il faut se lever, prendre une bonne douche et un petit déjeuner. Je meurs de faim… »
Beverly sauta en bas du lit, Ron la suivit.
_ « Mademoiselle, auriez-vous vu une douche dans le coin ? » Lui demanda Ron.
_ « Suivez-moi lieutenant ! Mais il faut économiser l’eau chaude. »
Beverly ouvrit une porte communicante et Ron découvrit une minuscule salle de bains équipée d’une douche et d’un lavabo.
_ « Je connais un moyen qui a fait ses preuves pour économiser l’eau. »Annonça Ron.
_ « Ah oui ? Lequel ? »
_ « Eh bien… On peut prendre notre douche ensemble… »
Beverly éclata de rire et poussa Ron vers la douche.
_ « Allez… après vous matelot ! »
_ « Certainement pas… »
Ron attrapa Beverly par la taille et l’emmena sous la douche avec lui.
Une dizaine de minutes plus tard, ils sortirent tous deux de la salle de bains emballés dans des serviettes.
Beverly commença à s’habiller. Ron se glissa derrière elle. Il commença à l’embrasser dans le cou et sur les épaules.
_ « Ron …arrête… Laisse-moi m’habiller. Je vais être en retard… Ron…. » Murmura t-elle, la voix chargée de désir.
Ron continuait de plus belle ses caresses.
Ron la retourna et l’enlaça étroitement. Il s’empara de ses lèvres et l’embrassa tendrement.
Il la souleva dans ses bras et l’emmena vers le lit. Il s’allongea contre elle et posa ses lèvres sur son cou puis descendit le long de sa poitrine jusqu’à son ventre…
Quelques minutes plus tard, quelqu’un frappa à la porte de la cabine de Beverly.
Ron se leva, attrapa ses affaires et alla se cacher dans la salle de bains.
_ « Une minute…J’arrive ! »Annonça Beverly.
Elle enfila à la 4ème vitesse ses sous-vêtements et sa blouse.
Elle ouvrit. Maryann se tenait devant la porte les bras croisés.
_ « Beverly… Mais qu’est-ce que tu fabriques ? » Lui demanda t-elle en entrant dans la pièce.
Beverly la doubla et ouvrit le hublot.
_ « Tu as raison de l’ouvrir. Il fait très chaud, c’est humide ici… »S’exclama Maryann.
Elle se tourna et vit le lit défait de Beverly.
Elle se pencha et ramassa le tee-shirt de Ron oublié au pied du lit.
Beverly se sentit rougir.
Maryann regarda Beverly.
_« Maryann…je … je peux tout t’expliquer… »
_ « Ce n’est pas nécessaire. J’ai très bien compris. Lieutenant Graham, ne m’obligez pas à venir vous chercher. Sortez de votre cachette… »
Ron ouvrit la porte de la salle de bains et alla se planter devant Maryann.
_ « J’aimerai avoir quelques explications sur la raison de votre présence dans la cabine d’une de mes infirmières. »Annonça Maryann.
_ « J’avais besoin de passer du temps seul avec Beverly… »
_ « Vous avez toute la journée pour cela. Vous n’avez pas à venir passer la nuit avec une de mes infirmières… »
_ « Nous n’avons rien fait de mal ! » S’insurgea Beverly.
_ « Mais oui ! Ton matelot est venu là pour jouer aux cartes peut-être… » Répondit Maryann.
_ « Madame… Je suis amoureux de Beverly. Je ne voulais pas qu’elle ait des ennuis à cause de moi. Je suis sincère. Essayez de comprendre. Je suis sûr que vous avez déjà été amoureuse… »
Maryann regarda tour à tour Ron et Beverly puis éclata de rire.
_ « Bien sûr que j’ai déjà été amoureuse. Moi aussi je cachais mon matelot dans ma cabine le soir. Il était évident qu’il ne venait que pour dormir… » S’exclama t-elle en souriant.
_ « Alors… Tu comprends… » Commença Beverly.
_ « C’est bon, je ferme les yeux. Mais soyez plus discrets tous les deux. »
Maryann se dirigea vers la porte et se retourna.
_ « Vous formez un joli petit couple. Je vous souhaite beaucoup de bonheur. »
Cabine de Beverly
4 jours plus tard.22h00.
Ron attira Beverly contre lui et rabattit les draps sur eux.
Il passa une main sous sa nuisette et remonta le long de son ventre jusqu’à ses seins qu’il caressa du bout des doigts.
Beverly retira sa main qu’elle entrelaça avec la sienne.
_ « Ron…pas ce soir… »
_ « Mais pourquoi ? Ces derniers jours tu ne m’as pas repoussé… »
_ « Je sais, mais ce soir il y a trop de risques que je me retrouve enceinte… »
_ « Ah…alors je comprends… »
Beverly releva la tête et regarda Ron.
_ « Je te trouve très préoccupé. Tu ne me cacherais pas quelque chose par hasard ? » Lui demanda t-elle.
_ « Les médecins estiment que je peux retourner au combat. Mon ordre d’affectation ne devrait plus tarder. C’est l’affaire de quelques jours… »
_ « Oh non…Ron…non pas çà ! »
Elle s’agrippa à son cou et éclata en sanglots.
_ « Non, ne pleure pas mon bébé… Tout se passera bien. Je reviendrais… »
_ « Ron… Promets-moi que tu ne m’oublieras pas… »
_ « Beverly je t’aime…cette guerre nous a permit de nous rencontrer. Elle ne nous séparera pas. Il faut que tu sois courageuse. Je sais que notre séparation va être difficile mais elle sera de courte durée. Et à mon retour, je te ferais un beau bébé et puis je t’épouserais… »
_ « Tu es sérieux ? »
_ « Je n’ai jamais été plus sérieux de ma vie. Je veux que tu deviennes ma femme et que tu portes mes enfants. Je veux m’endormir et me réveiller tous les jours de ma vie en te tenant dans mes bras. Cà te plairait ? »
_ « C’est un programme plutôt intéressant… »
_ « J’aimerai t’offrir une bague de fiançailles mais je n’en ai pas… à moins que… »
Ron enleva la chaîne qu’il portait autour du cou et qui retenait ses plaques d’identité. Une chevalière lui tomba dans la main.
Il prit la main gauche de Beverly dans la sienne.
_ « Cette chevalière est trop petite pour moi. C’était un cadeau de ma grand-mère pour mes 18 ans. Je pense qu’elle devrait t’aller… enfin si tu veux la porter…. »
_ « Je sens que je vais avoir une crampe dans la main si tu ne te décide pas… »
Ron éclata de rire et glissa la bague au doigt de Beverly.
Celle-ci l’attira contre elle et l’embrassa tendrement.
Ron roula sur le dos et l’entraîna avec lui. Beverly s’allongea sur lui et glissa ses mains derrière sa nuque.
_ « Alors…maintenant je suis fiancée au très séduisant lieutenant Graham… » Soupira t-elle.
Ils se regardèrent dans les yeux et éclatèrent de rire.
Bureau de Beverly
3 semaines plus tard
11h30.
Ron était parti depuis maintenant 15 jours et Beverly se sentait très seule.
Les derniers jours précédant le départ de Ron, les amies de Beverly s’étaient arrangées pour que les deux amoureux puissent passer le plus de temps possible ensemble.
Les deux amants s’étaient échangé des promesses d’amour et n’avaient pas beaucoup dormi durant les dernières nuits qu’ils avaient partagé.
Joanie frappa et entra dans le bureau.
_ « Tiens, il y a du courrier pour toi. Deux lettres : une de Charleston et l’autre… elle doit être de Ron… »Annonça Joanie.
_ « De Ron ? Au mon dieu ! »
Beverly se jeta presque sur Joanie et lui arracha des mains la lettre tant attendue.
Elle déchira fébrilement l’enveloppe et parcouru le début de la lettre.
_ « Que te dit-il ? » Lui demanda Joanie.
_ « Je vais te la lire. Assis-toi. Très bien je commence :
« Mon amour,
J’espère que tu vas bien et que tu ne te fais pas trop de soucis à cause de moi.
Tu me manques énormément mais j’essaye de ne penser qu’à mon retour prochain et à notre avenir ensemble.
Ici les combats sont acharnés. Notre navire a subi quelques attaques kamikazes mais il n’y a eu que quelques blessés légers.
Je t’entends d’ici me dire de faire attention à moi. C’est promis !
La nuit dernière j’ai rêvé que je m’endormais et que tu venais te glisser contre moi pour t’endormir dans mes bras. Mais lorsque je me suis réveillé, je me suis rendu compte que j’étais seul et une grande vague de tristesse a rempli mon cœur.
Mais je me suis souvenu de toutes les promesses que nous avons échangées avant mon départ et cela m’a redonné du courage.
Je sais que je dois être fort mais je ne peux m’empêcher de penser à toi, à tes baisers et à tes caresses, à ton corps doux et chaud pressé contre le mien, à ton sourire… Tu me manques tellement mon Bébé…
Je suis triste à l’idée de devoir terminer si vite cette lettre mais sinon je vais manquer la levée du courrier.
Je t’embrasse très fort ma chérie.
Je t’aime.
Ron »
Beverly reposa la lettre et éclata en sanglots. Joanie s’approcha d’elle et la prit dans ses bras.
_ « Chut…Beverly, calmes-toi… Il va revenir très bientôt …j’en suis sûre… »
_ « Joanie… Il faut que je te dise quelque chose… C’est très délicat… »
_ « Qu’est-ce qui se passe ? »
_ « Je… J’ai un retard de 9 jours… »
_ « Ne me dis pas que tu es enceinte ! »
_ « Je …je ne sais pas ! Pourtant Ron et moi avions fait attention. J’avais tout calculé pour que cela n’arrive pas… »
_ « Enfin…il faut dire que tu n’es pas très douée en mathématiques… »
_ « Joanie ! Arrête de dire n’importe quoi ! Aide-moi ! Qu’est-ce que je dois faire ? »
_ « Tu devrais écrire à Ron pour lui annoncer la nouvelle. »
_ « Je ne suis même pas sûre d’être vraiment enceinte. Je ne veux pas lui faire une fausse joie, tu comprends ? »
_ « As-tu les symptômes de la femme enceinte ? »
_ « Je n’ai pas de nausées mais mes seins sont plutôt sensibles… »
_ « Et tu le veux ce bébé ? »
_ « Bien sûr ! Si je suis réellement enceinte alors je garderais mon bébé. Ce n’est pas dans mes plans pour le moment mais cela ne fait rien… »
_ « Mais tu pourrais ne rien dire à Ron et ne pas le garder. Je suis sûre qu’il ne t’en voudrait pas. »
_ « Tu me propose d’avorter ? Et si c’était toi qui attendais un enfant de Scott, tu t’en séparerais ? » S’exclama Beverly.
Joanie baissa les yeux.
_ « Au début de la guerre, je me suis retrouvée enceinte. Mon petit ami de l’époque m’a laissé tomber quand il la apprit. La décision a été dure à prendre mais ma mère m’a soutenu… »
_ « Oh, Joanie… je suis désolée. Je ne savais pas… »
_ « C’est pas grave. De toute façon, c’est du passé. Tu as raison de me remettre à ma place. Je n’ai pas le droit de t’influencer comme je le fais. Toi et Ron vous vous aimez, vous êtes fiancés. Ce bébé est un bébé d’amour… »
_ « Joanie…j’aimerai que cela reste entre nous deux pour le moment. Si Maryann l’apprenait, elle voudrait me renvoyer aux Etats-Unis pour le bien du bébé et je sais que je peux être utile ici. »
_ « D’accord. Alors fille ou garçon ? » Lui demanda Joanie.
_ « J’aimerai bien avoir un petit garçon… »Annonça Beverly.
_ « Et Ron voudrait une petite fille… »
_ « Je n’en sais rien. Les hommes veulent toujours des garçons. »
_ « C’est faux. Scott m’a dit qu’il aimerait avoir une petite fille… »
Beverly prit les mains de Joanie dans les siennes.
_ « Tout ceci est classé top secret… »
Salle de soins du « Good-Hope »
15 jours plus tard.
8h30.
Beverly se servit un café et s’assit.
Elle passa une main sur son ventre. Les premières nausées avaient fait leur apparition une semaine auparavant et Beverly savait qu’il n’y avait plus de doute possible, elle était bel et bien enceinte.
Comme le lui avait conseillé Joanie, elle avait envoyé une lettre à Ron pour lui annoncer la nouvelle.
Elle n’avait toujours pas reçu de réponse mais elle savait que le courrier était plutôt lent à arriver en ce moment.
_ « Ben, qu’est-ce que tu fais toute seule ici ? » Lui demanda Joanie en entrant dans la pièce.
_ « Oh, je pensais à Ron. »
Joanie prit une chaise et s’installa à côté de Beverly.
Elle posa sa main sur celle que Beverly avait posé sur son ventre.
_ « Comment te sens-tu ? »
_ « Je suis un peu gênée par ces nausées mais sinon tout va bien… »
_ « Et le moral ? »
_ « Je tiens le coup…il le faut pour ce petit être que je porte en moi… »
_ « Quand cela commencera à se voir, tu l’annonceras à Maryann et tu retourneras à Charleston. Je suis persuadée que l’armée te trouvera un autre poste dans un hôpital militaire où tu seras toujours très utile. J’essayerais d’avoir une permission pour venir te voir. Scott m’a dit qu’un de ses amis, dont la femme allait avoir un bébé dans les semaines à venir, avait été renvoyé chez lui. Il en sera certainement de même pour Ron même si vous n’êtes pas mariés. »
Beverly regarda Joanie.
_« Eh, tu te sens bien ? Tu es toute pâle ! »
_ « Ce sont ces nausées qui… excuse-moi ! »
Beverly se leva précipitamment et sortit de la pièce en courant.
Elle faillit entrer en collision avec Maryann dans la coursive.
_ « Je viens de croiser Beverly. C’est une vraie tornade. Depuis quelques temps elle me semble un peu souffrante. Est-ce que tout va bien ? » Demanda Maryann en entrant dans la salle de soins.
_ « Je pense que oui. Enfin, c’est vrai que depuis le départ du lieutenant Graham, elle semble un peu différente mais c’est seulement parce que Ron lui manque énormément. »
_ « Ah je vois. Mais j’ai de quoi lui remonter le moral ! » Annonça Maryann en montrant une lettre à Joanie.
_ « Un courrier de Ron ? »
_ « Je crois… »
Beverly revint s’asseoir.
_« Tiens, j’ai du courrier pour toi. Cà doit être Ron… »
_ « En tout cas ce n’est pas son écriture… » Précisa Beverly en ouvrant le courrier.
Elle se leva et alla près du hublot pour lire. Après avoir parcouru quelques lignes, la lettre lui échappa des mains.
_ « Beverly? Cà va ? » Lui demanda Joanie en s’approchant d’elle.
Beverly la regarda un moment avant de s’évanouir dans ses bras.
Maryann aida Joanie à allonger Beverly et tentèrent de la réanimer.
_ « Joanie, passe-moi la bouteille de bourbon qui se trouve dans ce placard… »
_ « Mais pourquoi faire ? »
_ « Je vais lui en faire boire quelques gouttes, çà devrait la faire revenir parmi nous. »
_ « Dans son état, l’alcool est déconseillé…c’est très mauvais pour le… »
Joanie se mordit les lèvres pour ne pas continuer.
Elle ne devait pas trahir Beverly.
_ « C’est bon j’ai compris. Je vais juste lui mettre sous le nez. Je ne veux pas qu’il arrive de mal à son bébé. »
Une dizaine de minutes plus tard, Beverly était installée dans son lit et ses amies étaient à son chevet.
_ « Dis donc, tu nous as fait une belle peur… Qu’est-ce qui t’arrive ? » Demanda Joanie.
_ « Les nouvelles de Ron ne sont pas bonnes ? »Continua Maryann.
_ « C’est pire que cela. C’est un de ses amis à bord qui m’a écrit cette lettre. Ron a été porté disparu. Il a participé à un débarquement aux côtés de l’aéroportée. Ce n’était pas dans ses attributions mais ils avaient besoin d’hommes alors il s’est porté volontaire. Il manque trois autres hommes. Ils ont procédé à des recherches mais sans succès. Je suis persuadée que Ron n’a pas reçu ma dernière lettre. Il est mort sans savoir que… »
Beverly s’arrêta un moment pour essuyer ses yeux remplis de larmes et regarda Maryann.
_ « J’ai compris que tu attendais un enfant de Ron… »
_ « J’aurai dû te dire pour le bébé mais je ne voulais pas que tu me renvoie aux Etats-Unis. »
_ « J’ai besoin de toi ici et, à moins que tu veuille t’en aller, je te garde. Mais il sera préférable que tu rentres chez toi quand ta grossesse commencera à se voir. Ce bébé a besoin de tous les soins nécessaires à son bon développement et ce n’est pas ici que tu les auras. »
Beverly acquiesça avant d’éclater en sanglots.
Ses amies la bercèrent et tentèrent de la consoler.
3 semaines plus tard
Sur le pont du bateau
14h00, 25 Avril.
Beverly n’avait toujours pas reçue de nouvelles de Ron.
Elle savait que désormais tous les espoirs étaient perdus et qu’elle ne reverrait jamais son matelot.
Le soutien de ses amies lui permettait de garder le moral et de ne se soucier que de son bébé.
A cette pensée, elle caressa tendrement son ventre.
_ « Salut ! »
_ « Hé, Joanie ! Qu’est-ce que tu as dans la main ? »
_ « Une lettre pour toi de l’Ohio. »
_ « De l’Ohio ? »
_ « Ben, oui, regarde toi-même. »
Beverly prit la lettre, l’ouvrit et commença à la lire.
_ « Alors, qu’est-ce qui se passe ? » Lui demanda Joanie.
_ « Il semblerait que Ron ait parlé de moi à ses parents avant sa disparition. Il leur a dit qu’il m’aimait et qu’il voulait m’épouser. Ses parents n’ont toujours aucune nouvelle de lui mais ils voudraient me rencontrer. »
_ « Te rencontrer ? Mais c’est super ! Tu vas enfin savoir à quoi ressemblent tes futurs beaux-parents ! »
_ « Joanie arrête ! Tu sais très bien que je n’épouserais jamais Ron puisqu’il est mort ! »
Beverly éclata en sanglots. Joanie la prit dans ses bras.
_ « Excuse-moi ! Je sais que c’est dur mais il faut garder espoir. Il n’est pas mort. Ron ne peut pas te laisser ! Il t’a promis de revenir. »
_ « J’aimerai tellement que tu ais raison… Mais dis-moi ce que je dois faire avec les parents de Ron… »
_ « Demande à Maryann pour rentrer aux Etats-Unis et va les voir. »
_ « Ce n’est pas si facile…et en plus je suis enceinte de 2 mois ½. »
_ « Oui, mais de leur fils…Ils seront heureux d’apprendre la nouvelle. Alors viens, on va parler à Maryann. »
15 jours plus tard
120, Opal Street, Cincinnati Ohio
Domicile de John et Mary Graham
13h00, 9 mai.
Beverly était arrivée le matin même chez les parents de Ron qui l’avaient accueilli chaleureusement.
Mais elle n’avait pas encore trouvé le moment idéal pour leur annoncer la venue prochaine d’un bébé.
Elle alla se promener dans le jardin et prit place sur la balancelle.
La mère de Ron ne tarda pas à la rejoindre et s’installa à côté d’elle.
_ « J’ai écouté les infos à la radio et j’ai appris que nos troupes ont découvert un camp de prisonniers américains. Aux dernières nouvelles, il y aurait beaucoup de soldats que l’on croyait disparus. »
Beverly sursauta.
_ « Oh mon dieu… Ron… »
_ « Oui, je sais, ce serait un miracle. Mais pour l’instant nous ne savons rien de plus. Il faut attendre encore, le temps que nos équipes transportent tous ces pauvres soldats dans des hôpitaux et ensuite nous connaîtrons leurs noms… »
_ « Mary…il faut que je t’apprenne une nouvelle mais je ne sais pas comment te l’annoncer. »
_ « Beverly, allons, dis-moi. »
_ « Ron et moi… nous avons eu une relation amoureuse sur le bateau et… malgré toutes les précautions je… j’attends un enfant de Ron. »
Mary sentit les larmes lui monter aux yeux.
Elle serra Beverly dans ses bras.
_ « Mais c’est merveilleux…On va bien le choyer ce petit ange. Et quand doit avoir lieu sa naissance ? »
_ « Eh bien… J’entame mon 3e mois aujourd’hui. Selon les calculs de mes amies, je devrais accoucher aux environs du 20 Novembre. »
_ « Ron a appris la nouvelle ? »
_ « Je ne crois pas qu’il ait reçu ma lettre avant sa disparition. »
_ « Il va revenir ma chérie, il faut garder espoir. Je sais que c’est dur mais tout n’est pas perdu. Tu dois avant tout penser à ton bébé. »
_ « C’est ce que je me dis tous les jours. En attendant je vais rentrer chez mes parents à Charleston. L’armée m’a trouvé un poste dans un hôpital militaire près de la ville. Je vais continuer à travailler jusqu’à la naissance du bébé. Mes parents m’hébergeront quelques temps avant que je trouve un appartement bien à moi. »
_ « Tes parents sont au courant pour l’enfant ? »
_ « Je leur ai parlé de ma relation avec Ron et de sa disparition mais je n’ai pas réussi à leur dire pour le bébé. Mes parents rêvent d’avoir des petits-enfants alors je pense que cela devrait bien se passer. »
_ « En tout cas, n’hésite pas à venir me voir ou même à me téléphoner. Tu seras toujours la bienvenue ici… »
_ « Merci Mary… »
Domicile de Philippe et Evelyn Trombatore
Charleston, Caroline du sud
15 jours plus tard ,23 Mai.
12h30.
Beverly avait prévenu ses parents de son arrivée.
Ceux-ci l’attendaient sur le perron de la maison. Elle se jeta dans leurs bras.
La petite famille s’installa à table pour déjeuner.
_ « Maman, papa, il faut que je vous annonce une grande nouvelle… »Commença Beverly.
_ « Tu as de bonnes nouvelles pour Ron ? » Demanda Evelyn.
_ « Non maman, toujours rien… euh… Vous savez tous les deux que Ron et moi nous avons eu une relation amoureuse sur ce bateau… »
_ « Oui tu nous as dit que vous vous étiez fiancés avant son départ. »Annonça Philippe.
_ « Oui mais je… enfin vous allez être bientôt grand-père et grand-mère. »
_ « Ne me dis pas qu’il t’a mise enceinte ? »S’exclama Evelyn.
_ « Maman ! J’aime Ron. Je voulais avoir des enfants avec lui et… »
_ « Mais tu es inconsciente ! Il est peut-être mort à l’heure qu’il est. Qui acceptera de t’épouser avec un enfant sur les bras ? »
_ « Maman ! Tais-toi ! Je ne veux épouser que Ron ! Et si il ne revient pas, j’élèverais seule mon enfant. »
_ « Mais tu n’y pense pas ! Ce que nos amis diraient ! »
_ « Je m’en fiche complètement ! J’aime Ron. Je connaissais les risques en faisant l’amour avec lui. Il ne m’a pas forcé. Et si tu veux tout savoir c’était très agréable et j’ai hâte qu’il revienne pour recommencer ! »
Sur ces paroles, Beverly se leva de table et quitta la pièce en claquant la porte. Elle alla se réfugier dans sa chambre.
_ « Chérie, tu aurais pu être moins dure avec elle. Beverly traverse une période difficile… » Commença Philippe.
_ « Ce n’est pas une raison. Tu te rends compte que ta fille est enceinte d’un marin qui est peut-être mort ? »
_ « J’en suis conscient ! Mais je suis sûr qu’elle saura s’occuper de son enfant. »
_ « Je n’en doute pas mais j’ai toujours rêvé d’aller avec elle acheter sa robe de mariée… »
_ « Evelyn… »