Chapitre 1

 

Bâteau-hôpital  “Good Hope”
Iwo Jima
08h30
21 février

                   _ « Bonjour Joanie, avons-nous reçu de nouveaux patients aujourd’hui? » Demanda Beverly.

                   _ « Oui, un nouveau matelot, blessé à la tête. Je suis allée le voir tout à l’heure. Il est très mignon. »

                   _ «  Joanie, on n’est pas là pour les aimer mais pour les soigner. »

                   _ « L’un n’empêche pas l’autre. » Répondit la jeune infirmière avant de s’en aller avec ses dossiers sous le bras.

        
Beverly avait envie de voir d’elle-même ce marin. Elle se rendit à son chevet. Il dormait, la tête tournée sur le côté.

                   _ «  C’est vrai qu’il est très mignon. »Pensa t-elle.

        
Elle se pencha vers lui et lui caressa la joue.

 Il ouvrit lentement les yeux et la fixa longuement avant de lui adresser un magnifique sourire.

 

                   _ « Bonjour, comment allez-vous ? »Lui demanda t-elle en passant une main sur le front.

                   _ «  Bien merci. Je crois que l’on ne s’est jamais rencontré. Je m’appelle Ron. »

                   _ «  Beverly. Avez-vous besoin de quelque chose ? »

                   _ «  Oui j’aimerai aller prendre l’air. A moins que mon infirmière s’y oppose. » Annonça Ron tout en continuant à sourire.

                   _ «  Je n’y vois aucun inconvénient mais je préfère vous accompagner. »

 

         Beverly aida Ron à se lever et le conduisit sur le pont.

                   _ «  Pourquoi m’avoir accompagné ? Vous avez peur que je me jette par-dessus bord… »
_ « Ce serait dommage. Je suis sûr que cela rendrait une femme, qui vous attend aux Etats-Unis, très malheureuse… »

                   _ « Ah, oui ? Et bien à part ma mère… »

                   _ « Alors ce beau gosse est célibataire… » Pensa Beverly. « Je suis confuse. Je pensais que vous aviez une petite amie qui vous attendait aux Etats-Unis. » Répondit-elle.

                   _ «  Il n’y a aucun mal. Maintenant parlez-moi de vous. »

                   _ «  Vraiment… Il n’y a rien à dire. Je suis célibataire et je cherche désespérément un homme que j’aimerai assez pour  le laisser me faire des enfants. »

                   _ «  Je n’arrive pas à vous imaginer ainsi…Vous êtes une femme très séduisante alors j’ai du mal à croire que vous soyez célibataire… »

                  _ «  C’est pourtant le cas. Mais je pourrais vous retourner la remarque. »Répondit Beverly en souriant.

 

         Elle vit un voile de tristesse passer devant les yeux de Ron.

 

                   _ «  J’ai perdu la femme que j’aimais, il y a un an. Elle était infirmière tout comme vous. Elle s’était  portée volontaire pour aller en Europe. L’hôpital de campagne a été bombardé. Depuis sa mort ma vie n’a plus de sens. Je voulais l’épouser, lui faire des enfants…elle me manque tellement… »

 

         Des larmes coulèrent sur les joues de Ron.

Beverly l’attira contre elle.

Tel un enfant, il se blottit dans ses bras et cacha son visage dans son cou.

 Elle lui caressa  les cheveux et tenta de le calmer.

 

                   _ « Chut…çà va passer…chut. Je suis vraiment désolée de vous avoir rappelé de si tristes souvenirs. »

                   _ «  Vous ne pouviez pas savoir. » Précisa Ron entre deux sanglots.

_ «  En une heure je vous en ai raconté plus sur moi qu’en sait Joanie, qui pourtant est mon amie. » Essaya de plaisanter Beverly.

                   _ « J’en suis honoré. Il en est de même pour moi. »

 

         Ron se redressa lentement. Beverly sécha ses joues.

 

                   _ « Cà va mieux ? Oh ! Je m’en veux tellement de … »

         Ron posa un doigt sur ses lèvres.

 

                   _ «  Chut… C’est oublié. Faites-moi un sourire. »

 

         Beverly lui adressa un sourire et Ron y répondit.

 

         Il passa le plat de sa main le long du cou de Beverly.

                   _ «  Je suis désolé, j’ai mouillé le col de votre blouse. »

                   _ «  Ce n’est pas grave. Il fait chaud, çà va sécher. » Répondit Beverly en enlevant la main de Ron.

 

         Ils baissèrent les yeux et regardèrent leurs mains  posées l’une sur l’autre.

 Lorsqu’ils relevèrent les yeux, ni l’un ni l’autre ne put éviter  ce qui allait arriver.

Ron pencha son visage vers celui de Beverly. Ils allaient s’embrasser quand Joanie accourue, essoufflée.

 

                   _ «  Beverly ! Maryann a besoin de toi. On est débordé pour refaire les pansements ! »

        
Beverly recula.

                   _ «  Je… je dois y aller, on a besoin de moi. Vous savez où me trouver… »

                   _ «  Bien sûr. »

 

         Elle s’éloigna. Ron se tourna vers la mer.

Il sentit une main lui  attraper le bras. Il se retourna.

 

                   _ «  Be …Beverly qu’est-ce que…»

         Il n’eut pas le temps d’en dire davantage, Beverly venait de poser ses lèvres sur les siennes.

 Elle les retira immédiatement.

 Ron tenta de la retenir dans ses bras pour prolonger leur baiser mais elle posa un doigt sur ses lèvres.

 

                   _ « Non…Je dois vraiment y aller. Venez me voir tout à l’heure. Mon bureau est juste à côté de la salle de soins. Je vous attendrais. »

 

 

Bureau de Beverly
2 heures plus tard.

 

         Beverly était de dos lorsqu’elle entendit la porte de son bureau s’ouvrir. Elle ne se retourna pas.

 Cela devait être Ron.

 Elle ne devait surtout pas lui montrer ce qu’elle ressentait.

 Tout était tellement confus dans sa tête depuis ce baiser qu’ils avaient échangé sur le pont.

 

         Elle sentit deux mains lui attraper la taille. Elle se retourna.

Ce n’était pas Ron mais John, l’infirmier du bateau qui lui tournait sans cesse autour et dont elle ne cessait de repousser les avances.

 Elle se libéra de son étreinte.

                   _ «  John, qu’est-ce que tu veux ? »

                   _ «  Rien du tout. Juste passer un peu de temps seul avec toi. » Répondit John en tentant de nouveau de la prendre dans ses bras.

 

         Beverly s’écarta et retourna consulter la pile de dossiers posée sur son bureau.

 

                   _ «  Tu sais très bien ce que je pense de ton attitude… »

 

         John se glissa derrière elle et commença à l’embrasser dans le cou.

 

                   _ «  Non…je ne m’en souviens pas. »

                   _ «  John, maintenant çà suffit, j’ai été assez patiente. Enlève tes mains baladeuses de ma taille. »

 

         Elle le repoussa brutalement.

John l’attrapa par le bras et la coinça entre lui et le bureau.

                   _ «  Tu ne crois quand même pas t’en sortir à si bon compte ma chérie. »

                   _ «  John laisse-moi tranquille. Tu me fais mal. »

                   _ «  Laisse toi faire et je ne te ferais pas de mal. »

                   _ «  Tu rêves ? Je ne t’aime pas, je te l’ai déjà dit, maintenant vas-t-en ! » Annonça Beverly en essayant de se libérer.

                   _ «  On n’est pas obligé de s’aimer pour le faire. Ne m’oblige pas à te prendre de force, Beverly… »Répondit John en la coinçant encore plus contre le bureau.

 

         Beverly commença à le gifler mais il attrapa ses mains dans les siennes et les lui passa dans le dos.

Il réussit  à les bloquer avec une seule main pendant que l’autre déboutonnait la blouse de Beverly.

                   _ « John, arrête ! Je vais hurler si tu continues ! »Le menaça Beverly  tout en s’agitant.

                   _ «  Je ne te le conseille pas. Tu crois peut-être que je n’ai pas vu ton manège avec le nouveau matelot ce matin. Tu sais que je peux envoyer plus tôt que prévu un courrier pour qu’il soit réaffecté dans son unité ? »

                
_ « Tu ne ferais pas cela ? »

               _ « Tu veux parier ? Laisse toi faire Beverly… »

               _ « Jamais ! Tu n’es qu’une sale ordure ! »

Elle continua à se débattre même si elle sentait que c’était peine perdue.

 La main de John caressa ses seins à travers le soutien-gorge.

 Beverly sentait les larmes lui monter aux yeux. Elle n’arrivait plus à lutter.

 

Quelqu’un frappa à la porte et entra.

Ron comprit immédiatement ce qui se passait. Sans un mot il attrapa John et lui décrocha un coup de poing qui l’envoya au sol.

Celui-ci se releva et essuya sa lèvre fendue.

 

           _ « Eh mon vieux c’était pas la peine de se fâcher. On aurait pu se la partager. Faut pas être si possessif… » Annonça John d’un air moqueur.

          _ « Désolé « monsieur » mais il n’est pas dans mes habitudes de prendre les femmes de force »

 

John ricana avant de sortir.

 

        _ « Merci… » Réussit à articuler Beverly.

        _ « C’est normal. Je n’allais pas rester là sans rien faire alors que cet abruti essayait de profiter de la situation »

 

Beverly tenta de reboutonner sa blouse mais ses mains tremblaient tellement qu’elle n’y arrive pas.

 
_ « Laisse-moi t’aider… » Murmura Ron.

Sans même s’en rendre compte, le tutoiement était venu naturellement.

Beverly leva les yeux vers Ron. Celui-ci lui adressa un sourire tout en boutonnant sa blouse.

Mais il vit les yeux de Beverly s’emplirent de larmes.

Elle glissa ses bras autour de sa taille et posa sa tête contre sa poitrine. Ron enserra Beverly dans son étreinte et la berça doucement.

 

        _ « Chut…calme-toi princesse, je suis là. Plus personne ne va te faire de mal. Je te protège… »

_ « Oh mon dieu…j’ai eu tellement peur… »

       _ « N’y pense plus…maintenant c’est terminé. Tu es dans mes bras et personne ne va… » Commença Ron

        _ « Non il ne faut pas ! » S’exclama Beverly en s’écartant de lui.

        _ « Mais qu’est-ce qui se passe ? » Demanda Ron, surprit par l’attitude de Beverly.

         _ « Nous sommes en train de nous rapprocher tous les deux et ce n’est pas une bonne idée »

        _ « Pourquoi ? »

        _ « Bientôt tu devras repartir et je serais malheureuse. »

        _ « Beverly comment peux-tu être aussi négative. Nous nous connaissons seulement depuis ce matin. Attendons de voir comment les choses vont évoluer… »

 

Ron se rapprocha de Beverly et la prit dans ses bras.

 

        _ « Je ne peux pas m’empêcher de penser que… » Commença t-elle.

        _ « Tu penses trop » répondit Ron avant de poser un petit baiser sur les lèvres de Beverly.

 

 

Cabine de Beverly

22h00

 

     _ « Beverly ? Tu m’écoutes ? » Demanda Joanie en s’apercevant que son amie n’écoutait pas le récit très romantique de sa rencontre un mois auparavant avec Scott, un séduisant lieutenant devenu depuis son petit ami.

 

Beverly sortit de sa rêverie.

 

      _ « Excuse-moi Joanie. Tu disais ? »

      _ « Je disais que Scott…enfin peu importe. Je peux savoir ce qui t’arrive Beverly ? » Demanda Janie en s’asseyant en face de son amie sur le lit.

     _ « Mais rien du tout. Je suis juste un peu fatiguée… »

    _ «  Tu crois pouvoir me faire avaler çà ? Beverly, je ne suis pas stupide ! Tu imagines que je n’ai pas vu les grands sourires que tu ne cesses d’adresser à ce nouveau matelot depuis son arrivée, et puis n’oublie pas que je vous ai vu sur le pont ce matin, il allait t’embrasser. »

                   _ «  Voyons Joanie, où vas-tu chercher tout çà ? Il ne voulait pas m’embrasser. On ne faisait que parler. Ron est très gentil… »

                   _ «  Et surtout très mignon. Et en plus tu l’appelles par son prénom… Avec tout çà, tu vas me dire que tu n’es pas amoureuse. »

                   _ «  Joanie, je ne sais pas exactement ce que je ressens… »
_ «  Alors il t’a embrassé ? »

                   _ «  Oui, tout à l’heure dans mon bureau… »Soupira Beverly.

                   _ «  Et qu’est-ce que tu as ressenti ? »

                   _ «  Eh bien c’était très agréable… J’étais sur un petit nuage… tellement bien à l’abri dans ses bras… » Répondit Beverly.

 

         Joanie sourit.

                   _ «  Alors t’es vraiment amoureuse. »

 

         Les deux filles se regardèrent et éclatèrent de rire.

 

Salle de soins du « Good Hope »
Le lendemain après-midi.
14h 30.

 

Beverly et ses amies étaient en train de boire un café ensemble dans la salle de soins quand Ron passa la tête dans l’embrasure de la porte.

 

                   _ «  Bonjour lieutenant, vous vouliez quelque chose ? » Demanda Maryann.

                   _ «  Euh oui… j’ai un mal de tête qui ne veut pas s’en aller… »

                   _ «  C’était prévisible avec votre blessure à la tête. Asseyez-vous, on va s’occuper de vous. Beverly occupe-toi du lieutenant. Je vais aller voir les autres patients. Viens avec moi Joanie… »

 

         Beverly comprit que ses amies faisaient en sorte qu’elle et Ron se retrouvent seuls en tête-à-tête.

Mais elle fit semblant de ne pas s’en rendre compte.

 Elle s’approcha de Ron et posa sa main sur son front.

 

         _ « Tu n’as pas de fièvre c’est déjà çà. Je  vais te donner un comprimé d’aspirine et tu vas retourner t’allonger… »

         Ron avala le comprimé que lui tendait Beverly.

                   _ «  Beverly, je peux rester quelques minutes avec toi ? »

                   _ «  Oui si tu veux… mais tu ne fais pas de bêtises ! »

                  _ «  A vos ordres madame ! » Répondit Ron en se mettant au garde-à-vous.

                   _ «  Repos matelot… » Annonça Beverly.

 

         Elle se retourna pour débarrasser la table  des tasses de café.

Ron se glissa derrière elle et passa ses bras autour de sa taille.

 

                   _ «  Ron…non, arrête. Ce n’est pas une bonne idée. Maryann pourrait revenir et nous voir ainsi. »

                   _ «  Cela m’étonnerait qu’elle revienne. Je crois que sa fuite avec Joanie tout à l’heure n’était pas anodine. Elle se doute qu’il se passe quelque chose entre nous… »

                   _ «  Je l’ai bien compris Ron, mais je ne sais pas exactement ce que je ressens. C’est confus dans mon esprit. » Répondit Beverly en lui faisant face.

                   _ «  C’est pareil pour moi mais tout ce que je sais c’est que je ne peux plus me passer de toi. »

 

         Surprise par la confidence de Ron, Beverly laissa échapper la tasse qu’elle tenait dans sa main. Ron la rattrapa de justesse mais cela n’empêcha pas au café resté dans la tasse de couler par terre.

 

                   _ «  Oh mon dieu, ce que je suis maladroite. » S’exclama Beverly en attrapant un torchon et en essuyant le café.

 

         Lorsqu’elle eut fini, elle vit que Ron s’amusait avec le matériel posé sur le plateau. Il s’approcha d’elle et écouta son cœur avec le stéthoscope.

                   _ «  Ron, cesse de faire l’enfant. On ne joue pas avec le matériel médical. » Le réprimanda t-elle gentiment.

 

         Elle lui enleva le stéthoscope des mains et alla le remettre sur le plateau.

 Il la suivit et la prit de nouveau dans ses bras.

                   _ «  Et on peut jouer avec l’infirmière ? » Lui murmura-t-il à l’oreille.

                   _ «  Je ne crois pas. Je suis ici pour soigner… Ron, tiens-toi tranquille. »

                   _ «  Je ne peux pas. Je crois que je suis amoureux de toi. » Lui chuchota-t-il.

 

         Une douce chaleur traversa le corps de Beverly.

 Elle se sentit faiblir et Ron la serra plus fort contre lui.

Au bout de quelques instants, il la tourna pour l’avoir face à lui. Ils se regardèrent longuement dans les yeux.

                   _ «  Embrasse-moi. » Lui murmura Beverly.

         Ron pencha son visage vers celui de Beverly et  s’empara de ses lèvres.

D’abord un peu rapide, leur baiser se transforma peu à peu en un tendre câlin. Beverly écarta  lentement les lèvres et Ron y glissa sa langue, la mêlant avec la sienne.

 

         Elle crispait ses mains autour de la nuque de Ron au fur et à mesure que leur baiser s’intensifiait avant de laisser échapper un soupir de plaisir.

 

                   _ «  Je crois que moi aussi je suis amoureuse de toi. » Murmura Beverly lorsqu’ils terminèrent leur baiser.

 

         Joanie entra dans la pièce.

 

                   _ «  Désolée de devoir déranger deux amoureux mais le médecin fait son tour d’inspection, alors il serait préférable que Ron retourne dans son lit. »

 

         Ron regarda Beverly.

 

 _ « Aller file…je te verrais tout à l’heure » lui annonça t-elle

 

     Ron posa un baiser sur les lèvres avant de s’en aller.

 

     Joanie s’approcha de Beverly.

 

_ « Alors tu as réussi à clarifier les choses avec lui ? »

                   _ « Oui. Il m’a avoué qu’il m’aimait »

                   _ « Et comment te sens-tu ? »

                   _ « Amoureuse ! Je crois que c’est toi qui es de garde cette nuit… »

                   _ «  Oui et alors ? Toi tu as une idée derrière la tête… »

                   _ «  J’aimerai que tu ferme les yeux en passant devant le lit de Ron. »

                   _ «  Tu veux l’inviter dans ta cabine cette nuit ? »

                   _ «  J’aimerai bien… »

                   _ « Beverly, tu ne vas pas un peu vite ? Tu  le connais depuis seulement deux jours. »

                   _ «  Joanie ce n’est pas pour faire ce que tu crois, seulement pour passer un peu de temps seuls tous les deux, avoir un peu d’intimité. »

                   _ «  C’est bon. Je te couvrirais. »

 

22h30.

 

         Beverly sortit de sa cabine et se dirigea vers la salle de soins.

Joanie y sirotait un café.

                   _ «  Tiens, qu’est-ce que tu veux ? T’as pas encore séquestré ton matelot ? » Lui demanda Joanie.

                   _ «  Chut ! Ne parle pas si fort. Je vais aller le chercher. »

                   _ «  J’ai fait mon tour de garde il y a 5 minutes et il dormait comme un bébé. »

                   _ «  Ne t’inquiète pas j’ai de bons arguments pour le réveiller. » Répondit Beverly en déboutonnant le haut de sa blouse.

                   _ «  Hou ! Tu veux le faire baver avec ton décolleté pigeonnant ! » Annonça Joanie en pouffant de rire.

                   _ «  Cesse d’être jalouse ! » Répondit Beverly en quittant la pièce la tête haute.

 

        
Elle se dirigea vers le lit de Ron.

Comme lui avait dit Joanie, celui-ci dormait profondément. Elle s’assit au bord du lit et approcha ses lèvres des siennes.

 

         Avant même d’avoir pu l’embrasser, elle sentit les bras de Ron lui enserrer la taille.

 

                   _ «  Je voulais te réveiller de façon plus tendre. » Murmura Beverly contre les lèvres de Ron.

                   _ «  Tu peux encore le faire… »

 

         Elle posa un petit baiser sur ses lèvres et il ouvrit les yeux.

 

                   _ «  Comment as-tu su que c’était moi ? » Lui demanda t-elle.

                   _ «  J’ai tout de suite reconnu ton parfum… »

                  
Ron baissa les yeux et vit le décolleté de Beverly.

 

                   _ «  C’est pourquoi ce joli spectacle ? » Murmura t-il en écartant un peu plus le tissu.

         Beverly enleva sa main.

 

                   _ «  Ce sera pour toi uniquement si tu viens avec moi maintenant. »

                   _ «  Tes désirs sont des ordres princesse. »

 

         Ron se leva et suivit Beverly.

Elle le fit pénétrer dans une pièce qui était éclairée par une petite veilleuse posée sur la table.

 

                   _ «  Nous voici dans ma cabine. »

                   _ «  Pourquoi m’avoir emmené ici ? » Demanda Ron.

                   _ «  Je voulais que l’on passe un peu de temps seuls tous les deux. » Répondit Beverly en le prenant par la main et l’attirant  vers le lit.

 

                   _ «  Beverly…qu’est-ce que tu fais ? »

                   _ «  Viens… »

                   _ «  Je ne veux pas paraître idiot mais je crois que l’on va un peu vite. »

                   _ «  J’aimerai seulement que tu t’assoies dans ce lit et que tu me prennes dans tes bras. »

                   _ «  Tu n’enlève jamais cette blouse ? »

                   _ «  Cela m’arrive. Tu voudrais que je l’enlève ? »

_ «  J’aimerai voir à quoi tu ressemble habillée autrement. »

 

         Beverly se posta devant Ron et déboutonna sa blouse.

 Mais au moment où Ron tenta de la prendre par la taille, elle disparu derrière son paravent.

Elle réapparut vêtue d’une courte chemise de nuit satinée moulante à fines bretelles qui mettait en valeur ses formes.

 

                   _ «  Alors çà te plait matelot ? » Demanda t-elle en s’approchant de lui.

                   _ «  Tu es très belle… »

                   _ «  Je n’avais jamais porté cette nuisette avant. C’est un cadeau de Janie. »

                   _ «  Elle te va très bien. Tu es superbe… »

 

         Ron s’assit  au bord du lit et attira Beverly devant lui.

Il laissa ses mains glisser de sa taille jusqu’à ses genoux puis elles passèrent sous la nuisette et remontèrent le long de ses cuisses.

 

                   _ «  Ron, c’est moi qui rêve ou bien je sens réellement tes mains trembler… »

                   _ «  Je n’ai pas touché de femme depuis plus d’un an…je suis un peu troublé. »

                   _ «  Détends-toi. »

 

         Beverly prit le visage de Ron dans ses mains et l’embrassa lentement et tendrement.

Ron la reprit par la taille et la renversa sur le lit à côté de lui.

 

         La main de Ron glissa le long du cou de Beverly puis passa sur sa poitrine et termina sur son ventre.

Elle embrassa chacun de ses doigts avant d’entrelacer sa main avec la sienne.

 

                   _ «  Ron, j’ai besoin de beaucoup plus que tes baisers ou de tes mains posées sur moi… Je veux te sentir en moi. »

                   _ «  Non… non Beverly… je ne  peux pas. »Répondit Ron en se levant.

                   _ «  Mais…mais pourquoi ? » Lui demanda Beverly en se levant à son tour.

                   _ «  J’ai peur de te perdre comme j’ai perdu Catherine l’année dernière. Je ne veux pas souffrir  une deuxième fois… »

                   _ «  Tu ne me perdras pas… »

                   _ «  Comment peux-tu en être si sûr ? Avec  cette guerre qui ne finit pas. »

                   _ «  Ron, ne me laisse pas… »

                   _ «  Je suis désolé Beverly mais je ne peux pas… »

                   _ «  Je croyais que tu m’aimais. »

                   _ «  C’est le cas Beverly… »

                   _ «  Vas t-en Ron, retourne te coucher. Cela vaut mieux pour nous deux… »

                   _ «  Ne m’en veux pas. Essaye de me comprendre. »

 

         Ron prit Beverly dans ses bras et voulut l’embrasser mais elle tourna la tête.

Il posa tout de même un baiser sur sa joue avant de s’en aller.

 

         Après son départ, elle se laissa tomber par terre et se mit à pleurer.

 

 

Bateau-hôpital « good hope »

Le lendemain matin 8 h30.

 

         Beverly suivait Maryann dans sa visite matinale à tous les patients.

Lorsque arriva le tour de Ron, Maryann remarqua qu’il y avait un froid entre les deux amoureux mais elle ne fit aucune remarque.

 Alors que Maryann passait au patient suivant, Ron attrapa la main de Beverly.

 

                   _ «  Beverly, il faudrait que l’on parle… »

                   _ «  On a rien à se dire. Je crois que ton comportement d’hier était très significatif. Maintenant laisse-moi partir. »

 

         Beverly essaya de libérer sa main mais Ron la porta à ses lèvres et l’embrassa à plusieurs reprises.

 

                   _ «  Je ne peux pas me passer de toi… » Murmura-t-il.

                   _ «  Ron, tu ne sais pas ce que tu veux… »

                   _ «  J’ai un peu de mal avec mes sentiments mais ne me rejette pas. »

 

         Voyant que les défenses de Beverly s’écroulaient, il tira doucement sur sa main pour la rapprocher de lui.

 Elle finit par s’asseoir au bord du lit. Ron s’assit dans le lit et  caressa le visage de Beverly.

 

                   _ «  Tu es très belle ma princesse… »

 

         Il pencha son visage vers elle et tenta de l’embrasser mais elle posa un doigt sur ses lèvres.

                   _ «  Ce n’est pas une bonne idée. »

                   _ «  Mais personne ne peut nous voir. Les paravents nous protègent des regards indiscrets… »

                  _ «  Je dois y aller. »

 

         Avant même qu’il n’ait eu le temps de la rattraper, elle s’était déjà enfuie.

 

Iwo Jima

15h00
Sur le pont du bateau.

 

         Beverly était sortie sur le pont et s’était accoudée au bastingage.

Elle avait besoin de faire le vide dans son esprit et surtout elle devait éviter de penser à Ron.

 

         Depuis le début, leur relation était vouée à l’échec : une relation amoureuse entre un matelot blessé et une infirmière… Il n’y avait pas mieux comme roman à l’eau de rose.

Pourtant elle y avait cru et, par moments, elle y croyait encore.

 

         Pendant quelques instants elle ferma les yeux, respirant à pleins poumons l’air marin.

 

         Ron se glissa derrière Beverly et posa ses mains sur les siennes. Celle-ci sursauta et se retourna.

 

                   _ «  Ron… qu’est-ce que tu fais là ? »

                   _ «  Je voulais te voir. Je ne supporte plus que tu  m’ignores ainsi… »

                   _ «  C’est beaucoup mieux pour nous deux je t’assure. »

                   _ «  Non, je ne suis pas d’accord. Beverly, laisse-moi une chance, laisse-nous une chance… Je t’en prie ne gâche pas tout. »Annonça Ron en la prenant dans ses bras.

 

                   _ «  Si je me souviens bien, c’est toi qui a tout gâché. » S’exclama Beverly en essayant de sortir de son étreinte.
_ «  Ne t’enfuis pas ! Chérie écoute moi… Je ne pouvais pas te prendre comme çà… Je sentais que  l’on brûlait les étapes, tu comprends ? »

                   _ «  Dis-moi tout simplement que tu n’en avais pas envie ! » Répondit Beverly en s’éloignant de lui.

 

         Un bourdonnement se fit entendre au loin.

Des avions japonais se dirigeaient droit sur le bateau.

 

                   _ «  Beverly ! Ne reste pas là ! Mets toi à l’abri ! » Hurla Ron.

 

         Mais elle ne réagissait pas et était là au milieu du pont, une simple cible…