Article : JAG
Article, Partie 1
Dire que Donald P. Bellisario, ancien producteur des Têtes Brûlées et de Galactica, créateur et maître d’oeuvre de Magnum, Code Quantum et Supercopter (entre autres), aime mettre en scène l’armée est aujourd’hui une banalité. De fait, ses plus grands succès sont étroitement liés à l'univers militaire, dont il explore les petites tares, les qualités et les compromissions depuis une bonne vingtaine d'années. Après les pilotes fortes têtes de l'escadron 214 dirigé par Greg 'Pappy' Boyington, puis l'ancien Marine Thomas Magnum, c'est avec le personnage d'Al Calavicci qu'il a continué de développer cet important background dans Code Quantum, pour ensuite créer JAG.
Le JAG, initiales de Juge Avocat Général, est un service de la Marine chargé de mener des enquêtes internes lorsqu'il se produit un crime ou un événement grave. Le lieutenant Harmon Rabb, Jr, dont le père fut porté disparu au Viêtnam (Magnum perdit le sien lors de la guerre de Corée et Sam Beckett, le héros de Code Quantum, perdit son frère au Viêtnam, de même que Hawke dans Supercopter), est ainsi amené à faire la lumière sur des morts suspectes, des accidents dramatiques ou des prises d'otages, tout en s'efforçant de faire le moins de vagues possible et de ménager, parfois, la susceptibilité de supérieurs peu enclins à collaborer. De manière générale, pourtant, Rabb n'est pas du genre influençable et ne laisse rien ni personne se mettre en travers de son enquête, fort de l'immunité que lui confère sa fonction.
La rédaction du Quotidien du Cinéma en partenariat avec la revue Arrêt sur Séries.
LES GARS DE LA MARINE
L'idée, on l'a dit ailleurs, a pu être soufflée à Bellisario par le film Des Hommes d'Honneur, avec Tom Cruise, Demi Moore et Jack Nicholson, mais elle se prête parfaitement à une "assimilation" bellisarienne. D'épisode en épisode, le producteur, également scénariste et réalisateur comme sur ses précédentes séries, explore le monde fermé de l'armée, posant ses caméras aussi bien dans la Marine que dans l'Aéronavale ou l'Armée de Terre.
Jalousies, rivalités, humiliations, secrets d'alcôves, espionnage militaire et missions diplomatiques se disputent les faveurs des scénaristes recrutés par le Maître, qui ont commencé en intégrant à leurs histoires des images empruntées à des oeuvres de cinéma : la première saison pioche ainsi dans "A la poursuite d'octobre rouge" et "Danger immédiat" pour alimenter les scènes d'action de quelques épisodes, sans nuire pour autant à la qualité des histoires, généralement tout à fait honorable. Pourtant, malgré des scores qui ne sont pas spécialement catastrophiques, NBC décide de ne pas renouveler la série en deuxième saison. Le dernier épisode ne sera d'ailleurs pas diffusé aux Etats-Unis et son cliffhanger, programmé en France, restera sans suite. Mais ce revers de fortune n'a pas raison d'une série qui est loin d'avoir épuisé son potentiel. CBS lui fait une place dans sa grille à la mi-saison 1997 et lui donne l'opportunité de transformer un brillant essai. JAG en est maintenant à sa sixième saison et son succès ne s'est pas démenti depuis 1997.

LES RAISONS DU SUCCES
Les raisons du succès de la série sont somme toute assez simples. Un bon casting, d'abord. David James Elliott, qui a obtenu son premier rôle régulier dans la série canadienne "Street Legal", entre 1985 et 1988, puis est entrée dans la peau d'un pilote pour "Fly By Nigh", en 1991, avant de participer aux nouveaux Incorruptibles, entre 1992 et 1994, a un charisme évident qui évoque le mâle Tom Selleck ou Scott Bakula dans "Code Quantum". Bellisario raconte d'ailleurs que sa rencontre avec le comédien a produit sur lui le même effet que celle, quelque quatorze ans plus tôt, avec Selleck.
A ses côtés, le père de Magnum a tenu à placer quelques fortes femmes, capables dans le monde machiste des militaires de rivaliser d'audace et de ténacité avec les mâles les plus obstinés. Andrea Parker, présente dans le téléfilm pilote, sera vite remplacée par Tracy Needham, plus fragile mais tout aussi déterminée (notons que Mlle Parker se consolera en jouant le rôle de son homonyme dans "Le Caméléon", après avoir rendu une ou deux visites à son ancien partenaire en qualité de guest star). Andrea Thompson complètera l'équipe féminine en incarnant le chef de Rabb dans la première saison. Avec la deuxième saison, Le Lt Rabb gagne une nouvelle assistante : Meg Austin mutée ailleurs, c'est Sarah McKenzie qui lui succède, tandis qu'une rencontre épisodique de la première saison, Bud Roberts, fait son entrée au JAG pour seconder notre vaillant héros. McKenzie, incarnée par l'actrice Catherine Bell, n'a rien à envier à sa prédécesseuse (il paraît qu'il faut fémininiser les noms...) en matière de courage et de ténacité. Quant à Bud, il est campé avec fantaisie par Patrick Labyorteaux (l'ancien Andy Garvey de "La Petite maison dans la prairie", frère adoptif de Matthew Laborteaux) et se révèle, derrière son apparence inoffensive et un peu niaise, un auxiliaire très efficace et un ami précieux.
A la tête du JAG, John M. Jackson, ex-patron de Vinnie Terranova dans "Un Flic dans la mafia", confirme une présence esquissée dans la précédente saison et accède au générique de début, voyant son rôle étoffé. Mais le casting n'est pas tout. Les scénarii de la série sont également d'une qualité soutenue, comme l'étaient ceux de Magnum. Autour de Bellisario, Jack Orman, R. Scott Gemmill, Tom Towler et Stephen Zito assurent l'essentiel de la deuxième saison, prêtant leur plume aux thèmes bellisariens par excellence : l'honneur, le dépassement de soi, la responsabilité, l'héritage paternel et la filiation, le tout saupoudré d'un zeste de patriotisme bon teint.

UN ESPRIT AVANT TOUT
Chaque épisode, en outre, est tourné dans de nombreux décors naturels et riche en action. Même les huis-clos comme "Les espions" bénéficient d'un traitement soigné qui ménage les effets dramatiques. Les intrigues, transportées dans des lieux variés, sont suffisamment renouvelées pour maintenir l'intérêt. Quant au thème musical, composé par Bruce Broughton (La Conquête de l'Ouest, Dallas, Perdus dans l'espace au cinéma), il dégage une force et un sentiment martial juste ce qu'il faut pour ne pas sombrer dans le patriotisme outrancier. Car, comme l'écrivait le magazine Séries Mania dans son n°7 (août 1998), « si JAG pouvait laisser présager une oeuvre reaganienne ou encore un spot publicitaire de la Navy, il n'en est rien. » Le générique, résolument branché uniformes, ressemble certes à une vitrine de la Marine mais il est également efficace et les épisodes, quant à eux, se détournent de la propagande pour privilégier l'étude des personnages et les situations.
En regardant JAG, on en apprend davantage sur le monde de l'Armée, avant tout américaine certes mais pas seulement, et on peut facilement s'attacher aux différents protagonistes, suffisamment bien trempés. Plus encore que dans Magnum, qui parvenait aussi à donner du monde militaire une image toute en nuances, l'armée est montrée comme un réservoir d'humanité, au sens où les choix et les opportunités qu'elle génère sont propices à l'exploration des émotions humaines. Il faut voir dans le générique très martial davantage le reflet d'un état d'esprit qu'un hommage appuyé à la caste militaire. Par l'image qu'elle véhicule, la présence constante de la mort, les notions de courage et de sacrifice, l'armée est un formidable vivier de situations dramatiques et de dilemmes en tous genres.
